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Persona (1966), d’Ingmar Bergman : le cinéma comme remède

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Bergman a avoué que Persona était le film qui l’avait sauvé, qui avait permis sa « renaissance ». Cloué à son lit d’hôpital, en plein délire et isolé, le cinéaste se réfugia dans le silence et ses illusions. Il remarqua deux infirmières que ses yeux malades firent se confondre dans son esprit ; et lorsqu’il vit les visages de Liv Ullmann et Bibi Andersson apparaître dans les journaux, ce fut comme une révélation : il fallait écrire Persona.

Synopsis : Elizabeth Vogler, célèbre actrice au théâtre, s’interrompt brusquement au milieu d’une tirade de la pièce Électre. Elle ne parlera plus. D’abord soignée dans une clinique, son médecin l’envoie se reposer au bord de la mer en compagnie d’Alma, une jeune infirmière. Les deux femmes se lient d’amitié. Le silence permanent d’Elizabeth conduit Alma à parler et à se confier. La découverte d’une lettre dans laquelle Elizabeth divulgue cette confession à son médecin provoque alors une crise relationnelle profonde.

Dédale fantasmatique

Dès le début, des images défilent, violentes, sanglantes, sexuelles, comme des flashs qui reviendraient à la mémoire ; puis une crucifixion, et le film peut commencer. Il y a de quoi être dérouté par une telle entrée en matière, mais le spectateur comprendra vite que ceci n’est qu’un début. Le prologue rappelle étrangement La Jetée de Chris Marker, sortie quatre ans plus tôt, et dont l’influence ne serait pas étonnante : des images fixes qui se succèdent comme un roman photo, puis des paupières qui s’ouvrent pour donner vie au mouvement.

Alors, un enfant touche ce qui semble être un écran, ou du moins une projection géante du visage de sa mère, tel un jeune spectateur qui voudrait poser ses mains sur la toile de cinéma pour passer de l’autre côté du miroir (et par la suite, de nombreux regards face-caméra seront rendus par Elizabeth à son fils). Une main et un visage flou, donc, qui marquent d’entrée une rupture dans la relation maternelle que la déchirure ultérieure d’une lettre viendra confirmer. Le thème de la maternité, bien qu’en filigrane, est primordial et sera en réalité au cœur des personnages et de leurs maux. Nous y reviendrons.

Persona jouit d’une des plus belles photographies du cinéma, chirurgicale, granuleuse, pure : chaque gros plan, long, très long, scrute les visages jusqu’à en faire ressortir les moindres imperfections, ou les plus discrètes tâches de rousseurs perchées au bout du nez. Le montage est lui aussi irréprochable, servant la déconstruction des personnages par des coupures nettes, ou accompagnant la psychanalyse en bord de mer par de longues séquences de calme plat ; et un point d’orgue lors d’une séquence rejouée deux fois, la caméra d’abord fixée sur le visage silencieux de Liv Ullmann qui écoute, puis en scrutant celui de Bibi Andersson qui parle. Les métaphores visuelles ne manquent pas, notamment à travers les objets (une lampe dans l’obscurité, des vêtements, un voile…), et l’organisation de l’espace est tout aussi réussi (de grandes pièces vides et blanches, hautes de plafond, qui rappellent l’enfermement mutique, mais aussi la bicaméralité de la conscience et ce rapport schizophrénique entre les personnages). Aux deux-tiers du film, soudain, l’image se fracture, la pellicule brûle et des voix synthétiques se rembobinent : une atmosphère dérangeante qui, pour les amateurs, peut donner l’impression de visiter Twin Peaks avant l’heure. Persona n’est vraiment pas un film comme les autres, même chez Bergman.

Le bruit du silence

Beaucoup disent du film que c’est un long monologue, puisque l’un des personnages est muet et que l’autre multiplie les prises de parole. Mais non, c’est bel et bien un dialogue entre la parole et le silence. Ce dernier devient un langage à part entière qui génère en retour une parole. La cause du silence d’Elizabeth est en elle-même pleine de sens : peur du mensonge, peur de dire mal les choses, peur de dire ce qu’elle n’est pas au fond d’elle-même, peur des limites sociales du langage. Un silence qui rime irrémédiablement avec solitude.

Paradoxalement, puisque Elizabeth est enfermée dans le mutisme, c’est Alma, son infirmière, qui confie ses problèmes, ses souvenirs, ses questionnements, et qui procède à travers l’écoute silencieuse de sa patiente à sa propre psychanalyse. Dès lors, impossible de ne pas se poser des questions sur l’identité de chacune d’elles. Tout comme leurs habits coordonnés, avec les mêmes chapeaux, le même bandeau noir, les mêmes hauts, ou les mêmes cigarettes tenues de la même façon, les mêmes regards parfois – la frontière de leur personnalité se trouble progressivement.

Une mythologie théâtrale

« On peut se replier, on peut s’enfermer en soi. Alors plus de rôle à jouer, plus de grimace à faire, plus de geste mensonger. Du moins, on croit. Ta cachette n’est pas étanche. La vie s’infiltre partout »

Alma dit d’Elizabeth qu’elle a une âme « qui déborde » : l’autre devient comme un vase vide dans lequel elle transfère une partie d’elle-même, le surplus, le pulsionnel, le vital. Une projection qui permet l’introspection. Là encore, le fait qu’Elizabeth soit une actrice n’est pas un hasard pour Bergman, qui voit dans le théâtre la quintessence de l’aliénation et de la dépossession de soi.
Le titre même, « Persona », désigne le masque de théâtre, et c’est par extension aussi un masque social. C’est cette fameuse surface opaque et en même temps invisible qui sépare la main de l’enfant du visage de sa mère ; c’est notre « personnage » à tous, indissociable de notre identité, car c’est l’identité que l’on choisit – ou pas – de montrer aux autres, c’est « l’être pour les autres » pourtant si lointain de « l’être pour soi », celui que l’on croit être profondément mais que l’on n’est jamais vraiment. Car « un abîme sépare ce qu’on est pour les autres et pour soi-même ».

Liv Ullmann incarne ici une actrice de théâtre qui jouait Électre avant de s’enfermer dans le silence pour se retirer du monde réel. Dans la pièce éponyme de Sophocle, Électre est une héroïne grecque qui s’identifie métaphoriquement au symbole des sentiments maternels qui est, chez les Grecs, l’image de la mère dépossédée de ses enfants (tout comme Elizabeth est séparée de son fils, dès l’image de début, puis dans les lettres, puis dans le récit de sa tentative d’avortement).
Encore plus intéressant : plus tard, Électre donna son nom à une théorie psychanalyste élaborée par Jung, « le complexe d’Electre », qui se veut un équivalent féminin du complexe d’Œdipe freudien. Sa thèse part de l’idée que la « mère nourricière » est le premier objet d’amour chez le garçon mais aussi chez la fille. Une « mère nourricière » qu’Elizabeth n’a jamais réussi ni voulu être. Et, comme par un bien heureux hasard, le prénom « Alma » de l’infirmière qui s’occupe d’elle et avec qui se tisse une forte tension sexuelle – le récit de l’orgie est d’un érotisme rare –, signifie étymologiquement… « mère nourricière ». La mythologie bergmanienne à son apogée.

Porte ouverte vers soi

Quant à la fin, elle est des plus troublantes. Difficile d’en dégager une interprétation rationnelle et définitive. Qui est Alma, qui est Elizabeth ? Qui est l’infirmière et qui est la patiente ? « Peut-on n’être qu’une seule et même personne à la fois ? ». Le film semble se rembobiner, les mêmes images surgissent en sens inverse, la boucle est bouclée. Presque une invitation à recommencer, pour peut-être y voir un peu plus clair la fois d’après. Ou pas. Tant pis. Ce qui est certain, c’est que Persona questionne l’être, l’identité, l’apparaître, et par extension la vérité et le mensonge.
Les deux femmes sont-elles la même personne ? Non. Il faut chercher la métaphore au-delà des personnages : leur impossible union symbolise l’impossibilité d’une correspondance parfaite en tout être humain entre son « moi profond » et son « moi social », entre ce que l’on croit être et ce que les autres voient de nous. Le premier est ineffable (Elizabeth), le second bavard (Alma), et il est difficile de faire pencher le curseur de la vérité vers l’un ou l’autre. Et peut-être la repossession de soi passe-t-elle par un mutisme intégral et forcé doublé de solitude, comme le pensait aussi Jean-Luc Godard dans Vivre sa Vie : « Je crois qu’on arrive à bien parler que quand on a renoncé à la vie pendant un certain temps », disait Anna Karina quelques années plus tôt.

Mais la maxime de Bergman serait sans doute celle-ci : « Rêver vraiment d’exister. Ne pas avoir l’air, être réellement », car « peut-être s’améliore-t-on en s’autorisant à être soi-même ». Entreprise difficile et effrayante, mais dont Persona, sans nous en donner les clés, amorce au moins la réflexion en accouchant d’une des œuvres les plus marquantes du Septième Art.

Persona – Bande-annonce

Persona – Fiche technique

Titre original : Persona
Réalisation : Ingmar Bergman
Scénario : Ingmar Bergman
Distribution : Liv Ullmann, Bibi Andersson, Margaretha Krook, Gunnar Björnstrand
Genre : Drame, thriller
Durée : 80 minutes
Date de sortie : 18 octobre 1966

Suède – 1966

Le Septième Sceau (1957), d’Ingmar Bergman : la désacralisation de la mort

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Le Septième Sceau d’Ingmar Bergman est un incontournable pour beaucoup de cinéphiles, car il fait partie de ces films qui assurent au spectateur un vertige enivrant, assailli de questions philosophiques mises en images par une réalisation sublime. L’homme et la mort n’auront jamais été aussi intimes.

Synopsis : Au XIVe siècle, un chevalier et son écuyer, après dix ans passés aux croisades, sont de retour en Suède où fait rage une épidémie de peste. Sur une plage déserte le chevalier rencontre la Mort et lui propose une partie d’échecs afin de retarder l’échéance, le temps de trouver des réponses à ses problèmes métaphysiques : Dieu existe-il ? La vie a-t-elle un sens ? L’épidémie de peste est-elle celle dont parle l’Apocalypse ? Tandis que l’écuyer professe l’idée de néant, le chevalier refuse d’y croire.

D’abord, un oiseau, puis une plage avec deux chevaux, un chevalier, son écuyer – assoupi – et un échiquier. La Mort les rejoindra bientôt ; alors le chevalier (Max Von Sydow, jeune et charismatique) lui proposera une partie d’échecs. Son corps est prêt à mourir, mais pas son esprit : il va donc lutter contre l’inéluctable. Défier la Mort. « Tant que je résiste, je vis ; et si je gagne, tu me libères ». Pourtant l’homme ne peut pas gagner, vaincre la mort est impossible, mais il profite de ce délai en espérant en tirer quelque réponse à son trouble métaphysique.

« Le vide est le miroir de mon visage. […] Je vis dans un monde de fantômes, prisonnier de mes rêves. », et d’ajouter qu’il n’attend que « La Connaissance » pour se laisser mourir. La connaissance de ce qu’est la mort, de ce qu’il y a derrière – si quelque chose il y a –, de ce que veut dire « croire », de ce qu’est la miséricorde dans ce monde si sombre. Sa foi vacillante le questionne, et la connaissance doit en rétablir l’équilibre.
« Pourquoi ne puis-je tuer Dieu en moi ? ». Le chevalier souhaite que Dieu lui parle, qu’il lui fasse un signe, lui montre son visage. Mais la Mort lui répond simplement que « Dieu se tait », car il n’y a rien à dire. Le silence de Dieu souligne la vacuité totale de la mort : elle ne cache aucune substantialité, aucune réalité matérielle ou intelligible, aucun savoir ; la mort est un néant, un non-être. Le Septième Sceau interroge l’homme sur l’angoisse de sa propre mort, sur la peur de ce néant et le besoin de se raccrocher à ses espoirs. « À notre crainte il nous faut une image. Et cette image, nous l’appelons Dieu ».

Puisque la Mort maintient qu’elle ne sait « rien », puisque Dieu reste muet, le chevalier se tourne alors vers les hommes. Chez les pécheurs, il cherche un moyen de rencontrer le diable afin de le questionner à son tour. Une jeune femme, condamnée au bûcher pour sorcellerie, lui répondra simplement : « Tu peux le voir quand tu veux ». Une phrase décisive qui pose la question de l’attente : doit-on attendre un signe de Dieu (ou du diable), comme le chevalier, ou plutôt est-il là, partout, tout le temps, à condition qu’on veuille vraiment le voir ? Et encore : doit-on chercher la beauté et le sens des choses dans une vie ultérieure, ou plutôt ici et là, partout, tout le temps, à condition qu’on veuille vraiment ouvrir les yeux ?

La Mort vous va si bien

Bergman donne à la Mort un rôle de confesseur, qui écoute la tourmente des hommes comme ultime rédemption avant de les emporter. Cette symbolique est d’autant plus appuyée lors de la scène où le chevalier se confie à la Mort derrière une grille, en contre-plongée, tel un fidèle dans un confessionnal. Mais le spectateur, comme le chevalier Antonius Block, se rend compte progressivement que ces questions existentielles ne trouvent jamais réponse. Néanmoins, le simple fait de les poser est déjà suffisant pour en être bouleversé.

Au-delà du personnage à part entière, la mort contamine l’atmosphère, envahit les esprits et les discussions. La mort est partout, on la sent, on la touche, on la voit et on entend son long râle traverser les allées. On joue au théâtre avec des masques de squelettes, on rencontre des cadavres sur la route, on torture des femmes pour éloigner le Malin, on peint des fresques de la « Danse Macabre », et enfin on propage la rumeur de l’arrivée de la peste noire. « Une tête de mort les intéresse plus qu’une femme nue », puisque les gens voient le Mal comme une punition divine, et jouissent de cette souffrance pour plaire à Dieu. Car on craint le Jugement Dernier, on craint l’Apocalypse, et on ferait tout pour y échapper, jusqu’à sombrer dans le fanatisme.
Bergman souligne l’insalubrité des temps médiévaux : immoralité, débauche sexuelle, maladie, infirmité, flagellation, sueur, puanteur, meurtres, tortures, boue. Une atmosphère sale et mortifère théâtre de l’humanité pécheresse. Si Dieu existe, comment a-t-il pu vouloir cela ? Comment expliquer l’existence de la peste, sans doute le mal ultime, si Dieu nous aime ?

Par ailleurs, on peut interpréter l’arrivée de la peste comme métaphore de la mort qui arrive inéluctablement, dont le délai qui nous en sépare est comme le délai que la Mort offre au chevalier le temps d’une partie d’échec. Le temps de regarder la peste arriver, de regarder la mort arriver, pour enfin détourner les yeux du néant abyssal de l’au-delà et peut-être, pour une fois, pour une dernière fois, apprécier les choses d’ici-bas. Et en voir la beauté absolue. Et écouter tout ce que la vie a à nous raconter. En d’autres termes, la quête stoïcienne du chevalier se métamorphosera en retrouvailles avec un hédonisme perdu. La fermeté de l’âme qui scrute le ciel retrouvera toute sa vitalité dans l’appréciation de fraises, de lait, et de choses simples.

La danse des rêveurs

Malgré ses nombreuses rencontres, Antonius Block est incontestablement seul. Tout comme il est l’unique personnage à voir la Mort suivre son cortège, il semble être aussi le seul à se questionner. Son écuyer (Gunnar Björnstrand, qui incarne à merveille le vieux briscard désabusé) est aux antipodes d’Antonius, éternel cynique préférant jouir des plaisirs du corps plutôt que de torturer son esprit. Et quant au couple d’acteurs de théâtre (les remarquables Nils Poppe et Bibi Andersson), ils sont le miroir inversé du chevalier : eux ne se posent aucune question, ne s’inquiètent pas du futur ou de la mort, mais vivent au jour le jour en souriant à chaque bise de vent, avec une naïveté et une insouciance infantiles.

Le thème du théâtre est omniprésent dans l’œuvre d’Ingmar Bergman, ici mis en parallèle avec la religion : ce sont comme deux théâtres, sauf que le second n’en est pas conscient. Les acteurs sont méprisés par les foules pour vivre dans la fiction et « hors du monde » ; les fidèles sont tout autant dans l’illusion et hors de ce monde, en ne vivant que dans la perspective de l’au-delà.

Après sa vision de la Vierge Marie, le mari dit à sa femme : « Tu ne me crois pas, mais c’est la réalité. Pas celle que tu vois, mais une autre réalité ». Oui, il y a toujours chez le cinéaste suédois une profonde réflexion sur le dualisme réel-imaginaire, dont il aime souvent brouiller les frontières. Dans le couple, c’est la femme qui incarne le réel, et le mari l’imaginaire. Celle-ci lui rétorque à plusieurs reprises « Toi, avec tes idées » (fantaisier en suédois, signifiant donc, plus qu’« idée », la « fantaisie » et le « fantasme »), avec un sourire moqueur.

Pour autant, chez Bergman, c’est toujours le rêve qui triomphe (Fanny et Alexandre, Les Fraises sauvages), parce qu’il est si humain, face aux cyniques et aux pessimistes. À l’image du couple d’acteurs, son cinéma se range du côté de la pulsion de vie qui ouvre la porte sur la richesse du monde, là où ceux qui, comme le chevalier Antonius, sombrent dans la pulsion de mort ne trouvent derrière cette porte rien d’autre qu’une pièce vide et obscure. Un dualisme sublimé, on ne le soulignera jamais assez, par des noirs et blancs somptueux, aussi contrastés et purs que les cases d’un échiquier.

Le Septième Sceau, c’est enfin un final inoubliable. Difficile de ne pas être à jamais hanté par ce couloir aux allures de tunnel, dans lequel le regard des personnages se perd et par où la Mort surgit. Un tunnel à l’image de ce long voyage en roulotte, à l’image de cette longue introspection, de cette longue danse finale sur la colline et de ce sublime regard face-caméra des personnages, attablés, qui contemplent apaisés l’inéluctabilité de leur destin, la Mort, enfin là, prête à les emporter. Et un peu plus loin, découvrir que le couple d’acteurs est sauf, avec leur bébé qui nous rappelle que la mort des uns permet la continuation de la vie des autres, que les êtres se croisent dans l’écoulement éternel du monde.

Ingmar Bergman est un grand rêveur, qui par l’obscurité et la violence de ses œuvres parvient toujours, miraculeusement, à faire vaincre l’espoir et l’optimisme. Le Septième Sceau questionne beaucoup et ne répond presque jamais. Et bien souvent dans la vie, on ne retient que les réponses sans même se rappeler des questions. Revoir ce film ne permet pas d’y voir plus clair, mais il permet au contraire de se souvenir de ces questions existentielles qui, si elles ont de quoi donner le vertige, méritent d’être répétées encore et encore, aussi inlassablement que Bibi Andersson et ses « Toi et tes visions » répétés à son mari jusqu’à la dernière seconde, nous arrachant un ultime sourire volé.

Bande-annonce : Le Septième Sceau

Le Septième Sceau : Fiche technique

Titre original : Det sjunde inseglet
Réalisation : Ingmar Bergman
Scénario : Ingmar Bergman
Distribution : Max von Sydow, Gunnar Björnstrand, Gunnel Lindblom, Bengt Ekerot, Nils Poppe, Bibi Andersson
Genre : Drame
Durée : 96 minutes
Date de sortie : 16 février 1957

Suède – 1957

Sourires d’une nuit d’été d’Ingmar Bergman, une comédie rose et noire

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Sourires d’une nuit d’été est sûrement le film le plus accessible d’Ingmar Bergman. Entre marivaudage et inspiration shakespearienne, le réalisateur fait preuve de légèreté et d’humour, alors qu’il sort d’une profonde dépression.

Synopsis : En 1900, Frederik Egerman, un quadragénaire séduisant, épouse en secondes noces Anne, qui a 16 ans, comme son fils Henrik, étudiant en théologie. La jeune épouse, insatisfaite, se laisse aller à des confessions auprès de Petra, la femme de chambre. De son côté Frederik retrouve son ancienne maîtresse, Désirée. Commence alors un véritable chassé-croisé amoureux et une folle nuit entre plusieurs couples…

Des thèmes bergmaniens sous une apparente légèreté

Sourires d’une nuit d’été, ou Sommarnattens leende en suédois, signifie en réalité « les sourires » et fait allusion à la nuit de la Saint Jean pendant laquelle le soleil ne se couche pas. Avec poésie, Bergman fait dire à ses personnages que la nuit d’été sourit trois fois : aux jeunes amoureux découvrant l’amour, aux fous et aux malheureux. Le nom du film est également une référence à la pièce de Shakespeare, Songe d’une nuit d’été, seule oeuvre fantastique de l’auteur à l’exception de La Tempête. Bergman garde aussi l’idée du filtre d’amour, comme dans Songe d’une nuit d’été où le lutin Puck doit rapporter un filtre d’amour à Titania, la reine des fées.

Dans la plupart des films de Bergman où apparaissent des couples, même lorsqu’ils s’aiment, ils éprouvent des difficultés à vivre ensemble. S’il traite fréquemment le sujet sous son aspect le plus dramatique, il l’aborde ici avec la même habileté que le ferait Marivaux dans ses pièces lorsqu’il s’intéresse aux jeux de l’amour et du hasard. Dans Sourires d’une nuit d’été on découvre des couples insatisfaits, ne trouvant pas d’harmonie et ne parvenant pas à comprendre les désirs de l’autre. Malgré ces problèmes de communication les hommes et les femmes finissent par reformer des couples. La nuit magique de la Saint Jean leur permet de se retrouver et de se séparer dans une soirée animée, dans un unité de temps que l’on retrouve fréquemment au théâtre.

Sous des aspects comiques en surface, pointent en réalité des sujets plus profonds comme les rapports complexes père-fils, les sentiments entre les hommes et les femmes et leurs relations, la vie elle-même (est-elle un songe ?). Le rire permet de dire bien de choses, et de créer une distance avec les situations plus difficiles, que nous affrontons tous un jour ou l’autre.

Les rapports entre les hommes et les femmes sont bousculés, tout comme le sont les classes sociales. Bergman inverse les rôles et laisse la servante prendre le dessus sur son patron ; les rapports entre maîtres et valets pourraient être ceux des pièces de Molière ou des films de Renoir. Les rapports sont aussi renversés par le fils étudiant en théologie – ce qui rappelle la jeunesse de Bergman puisque son père était un pasteur rigoriste – qui change l’ordre des choses en partant avec Anna, la 2e épouse de son père. La scène montrant Henrik rattrapant le voile blanc qui vole au vent symbolise d’ailleurs bien la virginité qu’Anna refuse d’offrir à son mari… mais dont elle se défait avec Henrik. Le fils va jusqu’à dire au père : « une personne mûre comme toi connaît tout de l’amour? » avec une pointe d’ironie.

Un film atypique qui permet à Bergman d’accéder à une renommée internationale

Le sujet de l’adultère est un thème cher à Bergman : marié 5 fois, époux peu fidèle il montre ici des couples passionnés qui analysent pourtant la portée morale de leurs actes sans pour autant renoncer à tromper l’être aimé.

Les personnages ont une vraie dimension érotique, inhabituelle à l’époque. Ils allient la parole aux actes : le baiser que semblent se donner la maitresse et la servante, la poitrine dévoilée ou les couples ayant épouse et maîtresse à la fois sont autant d’exemples.

La plupart des personnages du film connaissent l’humiliation, ce qui illustre leur souffrance intérieure. Fredrik car il est devenu veuf et épouse une jeune femme de 16 ans qui ne va pas vers lui, Désirée car en dépit de son succès en tant que comédienne elle est quittée par les hommes et semble être un deuxième choix. Autre source de complication, l’actrice a un amant régulier, le Comte Carl-Magnus Malcolm, possessif. Pourtant, Bergman semble s’interroger sur la supériorité de la femme sur l’homme, se montrant avant-gardiste sur ce thème si actuel. Les personnages apparaissent vulnérables, ils semblent ne pas pouvoir s’en sortir, comme prisonniers d’un cercle vicieux. Certains vont même jusqu’à jouer à la roulette russe pour les beaux yeux d’une femme, pour se prouver qu’ils sont des hommes et qu’ils méritent l’attention de la femme. Une scène qui fait écho aux envies de suicide du réalisateur.

Comme toujours avec Bergman le théâtre est très présent : Désirée, l’ex-maîtresse de Fredrik est une comédienne renommée ; le jeu parfois théâtral illustre bien le fait que certains des acteurs du casting et Bergman lui-même viennent du monde du théâtre ; les dialogues eux-mêmes – et certaines situations cocasses – font penser au théâtre populaire. S’ajoute aussi le fait que dans le cadre champêtre où se situe l’action, les personnages ne sont pas dérangés par des éléments extérieurs et sont tout à leur passion, leurs jeux amoureux, comme au théâtre.

Tourné en 55 jours, Sourires d’une nuit d’été a marqué les esprits et inspiré Broadway qui en a fait une comédie musicale en 1973, A little night music, puis un film musical en 1977. La boucle semble donc bouclée puisque c’est sur la scène du Théâtre de Malmö que le réalisateur a découvert de nouveaux acteurs quand il était directeur artistique et metteur en scène. Avant d’être Désirée (Eva Dahlbeck), Anne (Ulla Jacobsson) et Henrik (Björn Bjelfvenstam) les acteurs ont tous été remarqués sur les planches par Bergman, qui les a intégrés au casting de son film.

Sourires d’une nuit d’été permet à Bergman d’accéder au succès international, grâce aux « Prix de l’humour poétique » obtenu à Cannes en 1956. Le film est pourtant bien différent du style habituel de Bergman, même si on y retrouve son goût prononcé pour le théâtre et son grand art dans la manière de diriger les acteurs, quels qu’ils soient.

Sourires d’une nuit d’été : bande-annonce

Fiche Technique – Sourires d’une nuit d’été

Titre original : Smiles of a Summer Night

Réalisation : Ingmar Bergman
Scénario : Ingmar Bergman
Interprétation : Interprétation : Ulla Jacobsson (Anne Egerman), Eva Dahlbeck (Desiree Armfeldt), Harriet Andersson (Petra), Margit Carlqvist (comtesse Charlotte Malcolm), Gunnar Björnstrand (Fredrik Egerman), Jarl Kulle (comte Carl Magnus Malcolm), Åke Fridell (Frid)..
Musique : Erik Nordgren
Photographie : Gunnar Fischer
Montage : Oscar Rosander
Maisons de production : Svensk Filmindustri (S.F.)
Distribution (France) : Carlotta Films
Durée : 108 mn
Genre : Comédie
Date de sortie : 20 juin 1956

Suède – 1955

Kursk, un film de Thomas Vinterberg

Découverte à l’Arras Film Festival édition 2018 de Kursk, drame historique revenant sur la tragédie du tristement célèbre sous-marin russe : retour sur un jeu d’équilibre entre intime et spectaculaire.

Synopsis : Kursk relate le naufrage du sous-marin nucléaire russe K-141 Koursk, survenu en mer de Barents le 12 août 2000. Tandis qu’à bord du navire endommagé, vingt-trois marins se battent pour survivre, au sol, leurs familles luttent désespérément contre les blocages bureaucratiques qui ne cessent de compromettre l’espoir de les sauver.

« Il faut sauver les ruskovs ! »

A la simple vision de la bande-annonce, les spectateurs pouvaient se lasser de devoir faire affaire à un énième film historique sur une autre de ces histoires de mecs qui doivent sauver des mecs piégés littéralement piégés (un sous-marin ici au fond de l’océan) et symboliquement « traped » (par le contexte de la guerre froide). Le casting était soigné, avec le biopic-man Colin Firth et le physique Matthias Schoenaerts, quoique la présence de Léa Seydoux pouvait vous hérisser le poil pour de mauvaises raisons. Mais revenons sur les deux hommes derrière le film… Écrit par Robert Rodat, scénariste d’Il faut sauver le soldat Ryan et du Patriote, réalisé par Thomas Vinterberg (Festen, La Chasse), Kursk ne pouvait simplement être le film naïvement humaniste et bordé de bons sentiments attendu.

Intime et spectaculaire

Même si l’intrigue est internationale, dans le sens où elle a concerné l’OTAN et la Russie, Vinterberg construit un récit où la banalité du quotidien et de ces accidents est essentielle. Une première partie du film est filmée en 4/3, format longtemps associé au cinéma des années 30-40 puis au film dramatique à petit budget (on pense à Cassavetes) ainsi qu’à la télévision, cette fenêtre sur le monde qui orne nos salons. Outre ses généralités vite écrites, prenons le film tel qu’il est. Ce format est utilisé pour capter le quotidien des sous-mariniers, un mariage, leur vie familiale, etc. La caméra joue entre plans à l’épaule propre à l’esthétique de Festen et plans fixes plus que soignés – probablement stylisés – qui viennent capturer l’ambiance mystique du mariage à l’église. Justement le film travaille sur la captation du quotidien dans tout ce qu’il a de plus banal et de transcendant. On peut penser à ce plan où les gamins courent le long de la plage pour faire signe au sous-marin Kursk qui s’en va, conduit par leurs pères. La caméra filme à hauteur d’enfant, capte leur amusement banal face à ce spectacle entré dans leurs habitudes. Et la musique religieuse – ou du moins empreinte d’une religiosité – qu’on pouvait entendre dans l’église reprend. Car ce spectacle de banalité tient davantage du rituel que de l’habitude. Et le rituel s’avère être spectaculaire, tant le départ du sous-marin et sa disparition dans les eaux russes nous confronte à une action surréaliste de banalité.

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Copyright – EuropaCorp

Justement, la dimension spectaculaire gagne en puissance lorsque le ratio 4/3 laisse place à au format « scope ». L’ouverture de l’espace visuel accompagne celle du récit sur le monde. On découvre alors l’institut militaire de la marine britannique ainsi que le commandant vieillissant de la flotte navale russe du nord. Le spectacle devient multi-national. Mais le film centrifuge n’en oublie pas de poursuivre son travail de captation de l’intime. La journée de travail chez les british est dans le fond somme toute banale jusqu’à ce que l’accident soit repéré sur les radars. Et dans le sous-marin, pas de bande-son épique et de sous-mariniers qui courent vers je-ne-sais-quel poste. Le petit événement filmé par Vinterberg est l’apport d’une télévision à travers les sas peu spacieux du bâtiment. Cet équilibre entre intime et spectaculaire apparaît comme le véritable point fort du film, que ce soit dans son écriture ou dans sa réalisation. Même le naufrage du sous-marin bénéficie de ce traitement. Ce dernier joue sur les rapports d’échelle : plan serrés sur les membres de l’équipage subissant une explosion présentée en plan d’ensemble sous une mer étouffant plus ou moins les différents accidents avant de laisser le bâtiment dans le silence maritime de la mer des Barents. Une force se dégage ici de ce montage : les plans « intimes » rendent davantage spectaculaire les images d' »attraction » ; et le grandiose fait s’épanouir l’intime et la narration dans l’attachement à ces personnages mais aussi dans notre immersion dans un drame catastrophique mais bien humain.

Finalement, ce rapport d'(inter)action entre intime et spectaculaire soignés par Vinterberg et Rodat sonne comme un rappel de qu’est le cinéma : une image en mouvement qui peut capter le plus petit, le plus grand, et peut les faire se rencontrer afin de mettre en scène une saga humaine formidable et modeste sobrement intitulée Kursk.

Bande-Annonce : Kursk

Fiche Technique : Kursk

Réalisation : Thomas Vinterberg
Scénario : Robert Rodat, d’après le livre de Robert Moore
Cast : Matthias Schoenaerts, Léa Seydoux, Colin Firth, Peter Simonischek, August Diehl, Max Von Sydow, Magnus Millang, Matthias Scheighoefer, Steven Waddington, Artemiy Spiridonov
Décor : Thierry Flamand
Costumes : Catherine Marchand
Montage : Valdis Oskarsdottir, et Sigurdur Eythorsson
Musique originale : Alexandre Desplat
Producteur : Ariel Zeïtoun
Production : Via Est, Belga Productions, avec la participation de OCS et le soutien de Screen Flanders, La Région de Bruxelles-Capitale, Wallimage (Wallonie) et du Tax Shelter du Gouvernement Fédéral de Belgique
Distribution : EuropaCorp Distribution
Genre : Drame

2018 – Durée : 1h57

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Les bonnes raisons pour jouer au casino en ligne

L’industrie du jeu en ligne est un secteur très prisé des entrepreneurs. C’est un domaine d’activité très populaire à travers les chiffres enregistrés aux cours de ces dernières années. Les gens qui ont investi dans le monde du divertissement en ligne sont devenus des milliardaires aujourd’hui. En effet, la technologie qui s’applique aux jeux de casino en ligne touche pratiquement tous les secteurs. En ligne, il existe un nombre interminable de casino. Il suffit de s’inscrire et parfois de faire un dépôt pour être de la partie. Les jeux sur Internet diffèrent de ceux des casinos terrestres pour la simple et unique raison qu’ils n’ont pas à se déplacer ou de se mettre sur leur « 31 » pour se rendre dans un casino en dur. Tout se passe depuis son domicile et il suffit simplement d’une connexion internet et d’un ordinateur ou smartphone. Découvrez en effet dans cet article les raisons pour lesquelles les joueurs jouent au casino en ligne.

La possibilité de tester les jeux

S’il y a une raison de jouer au casino en ligne, c’est bel et bien parce qu’il y a la possibilité de tester les jeux. En effet, vous n’avez pas besoin de faire un dépôt pour jouer en ligne. Et oui, la plupart des casinos en ligne français tels que casino en ligne argent Сanadien offrent la possibilité de jouer gratuitement. C’est une bonne technique pour tester l’ensemble des jeux disponibles, mais aussi d’accroître son expérience de jeu. Si le jeu gratuit permet de s’acclimater avec les jeux, il n’existe pas dans les casinos terrestres. En aucun cas vous ne trouverez sur les casinos terrestres ceux qui offrent des bonus sans dépôt. Alors, autant mieux s’inscrire sur un site de jeu sur Internet.

Histoirique du jeu toujours conservé dans les casinos en ligne

Sur terre, lorsque vous entrez dans un casino en ligne, il n’y aucun enregistrement. Parfois même le casino n’a aucune traçabilité et ne sait qui était là ou pas. C’est une méthode qui n’est pas toujours sécurisée. Par contre, dans les casinos en ligne, tout l’historique du joueur est parfaitement enregistré. Que vous jouez sur un smartphone, un ordinateur ou une tablette, vous serez enregistré et vous pourrez consulter votre parcours quand vous le souhaitez, du moment où vous avez une connexion internet.

Accessibilité aux jeux

Quand vous choisissez de jouer sur un casino en ligne, il n’y a vraiment pas de restriction. Le joueur a la possibilité de choisir n’importe quel jeu ce qui n’est pas le cas lorsqu’on se dirige dans un casino terrestre. Alors, n’hésitez pas à vous divertir sur un casino en ligne, surtout si vous disposez de la connexion internet. De plus, vous n’avez pas à vous habillez convenablement pour jouer comme c’est le cas pour le casino en dur. Dès lors que vous avez un bon appareil, une connexion internet, vous pouvez jouer depuis votre canapé et même avec un bermuda. Il est aussi possible de jouer en ligne au cours d’un voyage.

Focus sur le jeu

Sur les casinos en dur, il y a beaucoup trop de distractions. L’ambiance qui existe dans les casinos terrestres ne permet pas de se concentrer sur le jeu à proprement parler. Il y a des femmes glamour et branchés qui peuvent vous distraire, alors pour mettre toutes les chances de son côté, jouer en ligne.

En quelques mots, jouer au casino en ligne dispose de nombreux avantages. En plus d’offrir des bonus sans dépôt, le casino en ligne ne demande quasiment pas d’effort. Il suffit d’être dans votre canapé ou en voyage pour jouer. Aussi, le casino en ligne permet d’accéder à tous les jeux disponibles sur la plateforme.

 

Un amour impossible de Catherine Corsini : une adaptation impossible réussie avec panache

Un Amour impossible, le nouveau film de Catherine Corsini, évite tous les écueils que l’adaptation du livre éponyme de Christine Angot pouvait cacher.

Love Streams

Catherine Corsini nous a depuis longtemps déjà gratifiés de ses films pas totalement oubliables, mais pas complètement marquants non plus. Ainsi La nouvelle Eve, Partir, ou encore La belle Saison, pour les plus mémorables. Ils ont en commun de mettre en avant des personnages féminins forts, et donnent quand même globalement l’envie de suivre leur réalisatrice.

Dans ce nouveau film, Un Amour impossible, la cinéaste s’attaque à la protagoniste du roman éponyme de Christine Angot, Rachel Steiner (Virginie Efira), qui est la mère de la narratrice (et bien sûr de l’écrivaine, réputée pour ses récits autobiographiques). Une gageure, quand on connaît l’extrême sècheresse du style de cette dernière, un style qui confine au clinique et qui n’invite certainement pas à l’empathie.

un-amour-impossible-catherine-corsini-film-critique-niels-schneider-virginie-efiraA la fin des années cinquante, Rachel, une jeune employée modeste de la Sécu rencontre Philippe (Niels Schneider), un garçon des beaux quartiers. Le lien qui les unit est extrêmement passionnel, bien que la passion ne revête pas la même définition pour les deux. Philippe, pour des raisons vagues, mais certainement en relation avec la situation sociale de Rachel, ne souhaite pas épouser cette dernière et le lui fait comprendre très clairement. Ils auront cependant, dans un commun accord plus que trouble, l’envie de faire un enfant, Chantal. Rachel mènera un combat de très longue haleine pour que Philippe reconnaisse sa fille.

Un synopsis qui paraît bien simple, mais qui cache non pas un, mais plusieurs amours difficiles, à défaut d’être impossibles. Philippe est un homme englué dans la conscience de classe (il fait comprendre à Rachel que désargentée, elle ne vaut rien, et certainement pas de devenir sa femme), dans le machisme (les compliments qu’il lui fait tournent sans vergogne et essentiellement autour de son physique), dans un vague racisme (il l’abreuve de commentaires plus ou moins innocents par rapport aux Juifs). C’est un homme de son temps, de ce temps-là, de ces années-là, quand tout ceci était la norme indiscutée des relations sociales. Et Rachel valide tout, expliquant à sa petite Chantal que cet ordre des choses est normal, plongeant cette dernière dès toute petite dans une confusion.

un-amour-impossible-catherine-corsini-film-critique-virginie-efira-chantal-adoMais l’amour impossible, ce sont aussi les relations filiales de Chantal avec chacun de ses deux parents, au fil des quelques quarante années que couvre le film. Très intelligente, la jeune fille (Estelle Lescure) se pose très vite des questions par rapport au sens qu’elle doit donner à son existence, au mode de vie de ses parents, des parents qui au fond n’ont jamais vécu ensemble, par rapport à la relation avec sa mère, et aussi par rapport à ce père en pointillés, aussi attirant que repoussant. Plus tard, la jeune femme qu’elle devient sera portée par une magnifique Jehnny Beth, hallucinante de vérité, et qui sera la quatrième actrice à jouer le personnage. Chantal continuera d’être bouleversée par ce maelström de sentiments (culpabilité, reproches, etc.) qui la met par terre, et qui met aussi son entourage par terre, sa mère en tout premier lieu.

La cinéaste choisit le voice over, en faisant lire des pans entiers du livre par Chantal adolescente, puis jeune adulte. Le cinéma et la mise en scène de Catherine Corsini, la caméra de Jeanne Lapoirie apportent un plus indéniable, au travers des images riantes de cette période de la vie de Chantal, qui atténuent singulièrement la sècheresse du récit de Christine Angot, peut-être même en révélant en filigrane dudit récit un bonheur et une joie de vivre insoupçonnés par aucun des personnages, comme ces moments joyeux passés en famille pour Rachel et sa sœur, et tous leurs enfants. Peut-être la lecture du livre montrerait-elle que Catherine Corsini a su voir au-delà de ce que l’écrivaine elle-même a vu.

un-amour-impossible-catherine-corsini-film-critique-niels-schneiderUn amour impossible est donc un pari plutôt réussi par la cinéaste. L’incarnation de ses personnages est époustouflante, les enfants comme les adultes, même si on n’est pas toujours convaincu par le maquillage visant à vieillir ou à rajeunir l’excellente Virginie Efira et le très expressif Niels Schneider, deux personnages qui vont passer des décennies à tourner autour de quelque chose qui n’est que la nostalgie d’un amour potentiel, tant les dés sont pipés dès le début. Christine Angot a tendance à relater des faits bruts, et souvent brutaux ; Catherine Corsini a su rendre leur part d’humanité, bonne ou mauvaise, à tous ces personnages. Par là-même, Un amour impossible, un livre dont les extraits entendus paraissent durs, devient ce film émouvant.

Un amour impossible – Bande annonce

Synopsis : la fin des années 50 à Châteauroux, Rachel, modeste employée de bureau, rencontre Philippe, brillant jeune homme issu d’une famille bourgeoise. De cette liaison passionnelle mais brève naîtra une petite fille, Chantal. Philippe refuse de se marier en dehors de sa classe sociale. Rachel devra élever sa fille seule. Peu importe, pour elle Chantal est son grand bonheur, c’est pourquoi elle se bat pour qu’à défaut de l’élever, Philippe lui donne son nom. Une bataille de plus de dix ans qui finira par briser sa vie et celle de sa fille ?

Un amour impossible – Fiche technique

Réalisateur : Catherine Corsini
Scénario : Catherine Corsini et Laurette Polmanss sur la base du livre éponyme de Christine Angot
Interprétation : Virginie Efira (Rachel Steiner), Niels Schneider (Philippe Arnold), Jehnny Beth (Chantal adulte), Estelle Lescure (Chantal adolescente), Coralie Russier (Nicole), Iliana Zabeth (Gaby Steiner), Catherine Morlot (La grand-mère), Pierre Salvadori (Le médecin), Simon Bakhouche (Alain), Didier Sandre (Le père de Philippe)
Photographie : Jeanne Lapoirie
Montage : Frédéric Baillehaiche
Musique : Grégoire Hetzel
Producteurs : Elisabeth Perez, Coproducteurs : Patrick Quinet, Anne-Laure Labadie, Jean Labadie
Maisons de production : Chaz Productions, Coproduction : France 3 Cinéma, Artémis Productions, Le Pacte, RTBF, Shelter prod, Voo
Distribution (France) : Le Pacte
Budget : 8 000 000 USD
Durée : 135 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 07 Novembre 2018

France, Belgique – 2018

Note des lecteurs2 Notes
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Mandy de Panos Cosmatos avec Nicolas Cage : La critique

Panos Cosmatos opte avec Mandy pour un film de vengeance et nous livre un OVNI bis furieux, poétique, lent et d’une splendeur visuelle à couper le souffle.

Synopsis : Mandy et  Red  vivent dans les montagnes. Lui est un bûcheron mutique, calme. Mandy, elle, tient un magasin dans un trou paumé et passe son temps libre à lire et dessiner. Quand sa route croise celle de Jérémiah Sand, chanteur raté devenu gourou, à qui elle tape dans l’œil, son destin va rapidement sombrer.

Ancré dans les années 80, le deuxième long du fils de George Pan Cosmatos (réal abonné au cinéma B aux punchlines du style « La loi c’est lui » pour Cobra avec Sylvester Stallone) est à nouveau un film de genre. Après le totalement sensique Beyond the black rainbow où les images et les sons prenaient le dessus sur les dialogues (rares) et le scénario (prétexte). Mandy nous plonge, lui, dans un bon vieux revenge movie.

D’un pitch vu mille fois  ailleurs, avec pour ne citer que les meilleurs, J’ai rencontré le diable (Kim Jee Woon)Kill Bill (Quentin Tarantino)Death sentence (James Wan),… Cosmatos livre un film qui prend le temps de présenter ses personnages et surtout une ambiance. Accordant une nouvelle fois une place maître à la bande son et aux images ultra-saturées et léchées façon Dario Argento (de la bonne époque) sous acide, l’auteur nous prouve qu’un genre rebattu peut encore surprendre. Piochant à droite à gauche dans le cinéma des années 70/80, le film de Cosmatos ne ressemble, malgré tout, à rien de ce qu’on y a déjà vu.

Quand l’horreur arrive Nicolas Cage (Red), relégué à quelques apparitions quasi muettes se transforme sous nos yeux pour retrouver une folie qu’on ne lui avait pas vu depuis Volte face de John Woo et pour ainsi dire jamais à un tel degré. L’acteur prend son pied en surjouant tout avec un talent et une audace à faire pâlir le Pacino de Scarface ou le De Niro des Nerfs à vifs.

Côté bad guy, Linus Roache campe un ersatz de Charles Manson (son personnage est lui aussi un chanteur raté ayant ensuite eu une emprise sur des cerveaux faibles pour créer sa secte) avec un talent rare. Tour à tour inquiétant, pitoyable mais toujours furieusement iconique, l’acteur brille dans chacune de ses scènes.

Les images sont d’une beauté hallucinantes comme provenant d’un trip et mélange allègrement les plans aux couleurs saturées et les scènes en anime à mi-chemin d’un trip à la Métal Hurlant et des tableaux de Franck Frazetta.

Malgré toutes ses qualités, et en dépit de critiques élogieuses via les festivals l’ayant présenté, aucune sortie officielle française n’est annoncée. Si vous l’avez manqué lors du Festival de l’Étrange, dernière présentation en salle à Paris, probable que vous ne puissiez le voir qu’en vidéo vers la fin de l’année.

Un nouveau film (l’un des meilleurs de cette année) à échouer sur les plages de plus en plus imposantes des DTV (comprendre Direct To Video) incompréhensibles au vu de la qualité de l’œuvre et de sa réputation de bête de festivals, mais de plus en plus courant dans le genre sous-estimé du film de série.

Fiche Technique :

Mandy
Réalisation : Panos Cosmatos
Scénario : Panos Cosmatos et Aaron Stewart-Ann d’après une histoire de Panos Cosmatos
Musique : Johann Johannsson
Production XYZ Films
Genre: Thriller / Action
Durée : 121 minutes
Sortie US : 19 janvier 2018
Sortie France : non communiquée

Angelo Badalamenti : le compositeur fétiche de Lynch

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« Le cinéma, c’est un désir très fort de marier l’image au son »

Angelo Badalamenti – David Lynch : Osmose Musicale

Afin d’achever notre Spéciale rétro David Lynch – que vous avez été très nombreux et nombreuses à apprécier et nous vous en remercions -, il n’est pas possible d’omettre la composition d’Angelo Badalamenti, dont la collaboration avec Lynch fut longue et particulièrement fructueuse. La musique est un récit, une peinture sonore distillant les atmosphères d’inquiétantes menaces. Une musique hantée créatrice d’univers sensoriel évoquant un monde sombre, tragique… Dans les œuvres de Lynch, la photographie, la couleur, le décor joue un rôle fondamental, ce sont des éléments de la mise en scène à part entière. Comme cette musique lynchienne qui orchestre un univers des sens sensoriels, un voile aux tonalités clairs-obscurs, dissonantes, décalées, toxiques et lyriques.

Ce voil sonore saisit le spectateur, l’enrobe, l’hypnotise en réveillant cette partie anesthésiée du psyché humain pour l’emmener vers un voyage cosmique surréaliste, une expérience sensorielle unique à travers l’exploitation des bruits comme, dans Eraserhead où l’on entend le vent hurler…Sur Elephant Man, période pré-Badalamenti, en collaboration avec John Morris, la musique est superbe. Les films de David Lynch sont des œuvres picturalement musicales. Le son lancinant d’Angelo Badalamenti, lyrique, transcendantal s’inspire de jazz avec Insensatez d’Antonio Carlos Jobim pour Lost Highway, de blues dans Mulholland Drive avec On Home de Willie Dixon, de rock classique dans Sailor et Lula avec Wicked Game de Chris Isaak, de la voix aérienne de Julee Cruise interprétant les chansons de Twin Peaks, de hard-rock, voir même du heavy-metal plus agressive avec The Perfect Drug de Nine Inch Nails, Apple of Sodom de Marylin Manson, I’m Deranged (reprise) de David Bowie, This magie Moment de Lou Reed, Driver Down de Trent Reznor, Heirate Mich de Rammstein, Eye The Smashing Pumpkins, Red Bats with Teeth et Fred & Renee Make Love, Police…d’Angelo Badalamenti encore pour Lost Highway…

Lynch débute sa collaboration avec Angelo Badalamenti en 1986, sur Blue Velvet en composant « The Mysteries of Love » chanté par Julee Cruise, une collaboration riche, une osmose musicale puisque c’est en 1990 que Lynch signe avec le compositeur « Industrial Symphonie no 1″, la composition d’une symphonie filmée. La musique est pour Lynch une toile visuelle, elle devient ainsi aussi déterminante que les acteurs et actrices. Les violons obsédants, les cassures de rythmes, les modulations contrastées, les guitares, les cordes, le piano intensifie l’action en donnant le tempo, provoque l’émotion, visualise une ambiance et la musique devient alors un instrument fascinant restituant un discours, elle modèle une histoire… L’orchestration du duo formé par Angelo Badalamenti/David Lynch traduit en image les sensations, les sentiments des personnages, elle façonne un climat, une atmosphère; cette mélodie dépeint le parfum d’une Amérique tragique et émouvante….

Œuvre musicale du Lynch pré-Badalamenti

Soundrack du film – Elephant Man: 1. The Elephant Man Theme – 2. Dr. Treves Visits The Freak Show And Elephant Man – 3. John Merrick And Psalm – 4. John Merrick And Mrs. Kendal – 5. The Nightmare – 6. Mrs. Kendal’s Theater And Poetry Reading – 7. The Belgian Circus Episode – 8. Train Station – 9. Pantomime – 10. Adagio For Strings Composé par le talenteux Samuel Barber Conduit par – Andre Previn* Joué par –The London Symphony Orchestra – 11. Recapitulation

    • 1977 : Eraserhead (Labyrinth man pour sa sortie en France)

Voici un petit récapitulatif des plus belles compositions de Badalamenti dans la filmographie lynchienne. Nous vous laissons apprécier :

  • 1986 : Blue Velvet

Angelo Badalamenti – Mysteries of Love (Vocals Julee Cruise)

Nota Bene : Twin Peaks: Fire Walk with Me est adapté de la série culte de David Lynch et Mark Frost, Twin Peaks (1990) du même réalisateur, dont l’intégrale est à redécouvrir le 29 juillet 2014 en version Blue-Ray, non censurée. Cette dernière comprend tous les épisodes bien évidemment, mais également 90 minutes de scènes coupées, le film Fire Walk with Me, et des bonus : documentaires, interviews, making-of et autres bizarreries lynchiennes…

  • 1990 : Sailor et Lula (Wild at Heart)

Angelo Badalamenti & Kinny Landrum – Cool Cat Walk »Angelo Badalamenti & Kinny Landrum – Cool Cat Walk

Im Abendrot -Gewandhaus orchester Slaughterhouse – Powermad Cool cat walk – Angelo Badalamenti, Kinny Landrum Love me – Nicolas Cage Baby please don’t go Them Up in flames – Koko Taylor Wicked game – Chris Isaak Be-bop a lula – Gene Vincent, The Blue Caps Smoke rings – Glen Gray, Casa Loma Orchestra Perdita – Rubber city Blue spanish sky – Chris Isaak Dark spanish symphony – Angelo Badalamenti, Kinny Landrum Dark Lolita – Rubber city Love me tender – Angelo Badalamenti, Kinny Landrum

  • 1992 : Twin Peaks (Twin Peaks, Fire Walk with Me)

Questions in a world of blue et SURTOUT The Voice of love

Twin Peaks: Fire Walk With Me – The Voice of Love

 « Angelo Badalamenti – Love Theme from « Twin Peaks » Angelo Badalamenti – Love Theme from « Twin Peaks »

«Angelo, c’est Twin Peaks. Ne fais rien, ne change pas une note. Je vois Twin Peaks.

    • 1977 : Lost Highway

Fred & Renee Make Love

Angelo Badalamenti – Dub Driving (Lost Highway)

https://www.youtube.com/watch?v=6zPQgnongI0

    • 1999 : Une histoire vraie (The Straight Story)

 « Laurens, Iowa (« The Straight Story », Angelo Badalamenti) »

Laurens, Iowa (« The Straight Story », Angelo Badalamenti)

  • 2001 : Mulholland Drive

ANGELO BADALAMENTI Mulholland Drive

Soudtrack du film Mulholland Drive: Jitterbug, Mulholland Drive, Rita Walks / Sunset Blvd. / Aunt Ruth, Diner, Mr. Roque / Betty’s Theme, The Beast, Bring It On Home, Every Little Star, Dwarfland / Love Theme, Silencio, Llorando (Crying), Pretty Fifties, Go Get Some, Diane and Camilla, Dinner Party Pool Music, Mulholland Drive / Love Theme d’Angelo Badalamenti

Le cinéaste David Lynch est un musicien, un peintre, un photographe, un artiste virtuose qui trouve en la personne d’Angelo Badalamenti, son alter ego sonore, un compositeur capable de mettre en mélodie cet univers sombre, onirique, surréaliste… que nous vous invitons à découvrir en lisant les critiques et en écoutant cette musique aux nuances et aux influences venant d’horizons hétéroclites.

Touch Me Not d’Adina Pintilie : l’étude de la compréhension du corps

À travers l’observation, et la dissection de la chair, Adina Pintilie s’interroge sur l’intimité et la confiance de chacun en son propre corps dont découle une sexualité enivrante et libératrice. Dans l’environnement froid d’un centre hospitalier, à l’esthétique quadrillée et translucide, Touch Me Not n’est pas une œuvre qui se veut facile d’accès.

Au contraire, il faudra gratter sous ce vernis de froideur, de frustration, d’anesthésie de sensualité et sous cette couche de chair parfois laissée inanimée par la mise en scène, pour apercevoir la finesse du propos sur la position du soi dans le monde. Que cela soit à travers une sorte de thérapie de groupe où Tomas et Christian se rendent et apprennent à se comprendre l’un l’autre, ou par le biais des entretiens que vit Laura avec des prostituées ou des personnes pouvant l’aider à se réapproprier son corps, Touch Me Not parait au premier abord, trop cérébral et enfermé dans son dispositif volontairement lourd pour aller plus loin que son sujet initial.

La première chose qui nous vient en tête lors des premières minutes du film, c’est le parti pris courageux et audacieux de la cinéaste de parler de l’intimité, de la sexualité, de la luxure de corps, de personnes qui sortent du cadre habituel hollywoodien ou même des conventions que nous impose l’imaginaire collectif de la société : Christian, qui ne peut pas bouger suite à une atrophie des membres parle de sa beauté comme « sortant des normes ou des conventions ». La réalisatrice parle elle, « de vrais gens » : le film laisse ce sentiment paradoxal, de vouloir traiter de choses inhabituelles pour les rendre habituelles. Ici, il n’est pas question de normalité ou de singularité, mais de donner la parole aux « invisibles », à ceux à qui on ne donne pas souvent le droit de s’exprimer dans la sphère cinématographique, pour en faire une étude sur une intimité qui sort des vieux schémas.

En s’insérant dans son film à travers un écran, faisant de lui une fiction aux allures de documentaire, Adina Pintilie se questionne avec Laura, montre ses propres doutes quant à l’existence même de son film, et peine donc parfois à matérialiser la jouissance ou la sensualité qui émane de cette étude. Le fait qu’elle exprime ses pensées devant le spectateur, elle montre aussi son incapacité à rentrer en communion totale avec les acteurs/personnages qu’elle est en train de scruter. Trop pensif peut être, trop réflexif dans ses intentions, trop distancier dans le regard caméra, l’expérimentation radicale qu’est le film déroute par son incapacité à révéler toute la beauté des corps, comme si les protagonistes du film restaient au stade de cobayes et non à un stade supérieur.

Même dans ces instants volés dans une boite/lieu BDSM, le film se révèle froid : on entend les cris de jouissance, mais on ne les ressent pas. C’est un peu le cas de Touch Me Not, qui de manière inconsciente (ou non), n’arrive jamais à sortir de l’aliénation de son dispositif visuel estudiantin. Comme si la caméra voulait observer ses moments sans les vivre. La réalisatrice ne sait pas où poser sa caméra pour rendre grâce aux corps en question. Mais peut-être que cette froideur s’avérait inévitable : c’est ce que l’on comprend au fil de l’œuvre. La cinéaste filme aussi des corps, des âmes en peine (notamment Laura et Tomas) qui errent pour enfin donner sens à leur pulsion, qui sont devenues prisonniers de leurs carapaces corporelles, isolées les unes des autres par honte ou même traumatisme et qui ont du mal à mettre des mots sur un blocage et des limites qui leurs sont parfois insurmontables.

Quand l’esprit lui-même n’a plus cette faculté à exister, le corps ne répond plus. D’où ce manque de connexion entre la caméra et un corps « en réparation » : cette solitude n’est jamais évidente à visualiser. Sexualité, ou désir au cinéma, ne signifie pas automatiquement chaleur, et fougue : nous ne sommes pas obligés de voir les corps comme dans les films d’Abdellatif Kechiche, par exemple. La question du désir au cinéma peut être posée de plusieurs manières, sans forcément que la mise en scène ne la visualise d’une manière solaire : on se souvient du personnage de Isabelle Huppert dans La pianiste, de celui de Michael Fassbender dans Shame ou même de la sexualité presque morbide et économique dans Paradis : Amour d’Ulrich Seidl ; froid, presque autodestructeur mais cela prend sens avec son environnement.

C’est donc de cette autarcie, de ce musellement de l’anatomie, puis de cette évolution dans la compréhension de chacun que Touch Me Not apporte le fruit de son travail et sa beauté profonde : au fil des discussions, de la libéralisation de la parole de chacun et de ce sentiment de sécurité qui s’éveille en eux, les personnages de Touch Me Not « touchent » du doigt le Graal : pouvoir donner vie à un corps, ne plus être une marionnette inanimée, et cette sensation d’appartenir au monde, et de n’y faire qu’un dorénavant.

Synopsis: Entre réalité et fiction, TOUCH ME NOT suit le parcours émotionnel de Laura, Tómas et Christian qui cherchent à apprivoiser leur intimité et leur sexualité. Si cette soif d’intimité – toucher et être touché, au sens propre comme au sens figuré – les attire autant qu’elle les effraie, leur désir de se libérer de vieux schémas est plus fort. Espace de réflexion et de transformation, TOUCH ME NOT s’attache à comprendre comment vivre l’intimité de manière totalement inattendue et comment aimer l’autre sans se perdre soi-même.

Bande annonce – Touch Me Not

https://www.youtube.com/watch?v=jGHYDOCEVq8

Fiche technique – Touch Me Not

Réalisateur : Adina Pintilie
Scénariste : Adina Pintilie
Acteurs : Laura Benson, Tomas Lemarquis
Photographie : George Chiper
Distributeurs (France) : Nour Films
Genre : Drame/Documentaire
Durée : 2h05mn
Date de sortie : 31 octobre 2018

 

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Cineseries-mag devient Le Mag du Ciné !

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Plus d’analyses, de dossiers, de débats.. Cineseries-mag refait peau neuve et devient Le Mag du Ciné. Le projet ? Aller encore plus loin dans notre volonté d’interroger le 7ème art, le questionner et le faire vivre.

On change de nom, mais rien de dramatique. Cineseries-mag devient officiellement Le Mag du Ciné. Après un ralentissement des publications, on débarque avec une nouvelle formule. On dit au revoir aux petites actus, pour accueillir de nouvelles rubriques. Avec ce changement de nom vient l’envie de débattre avec vous, d’interroger le cinéma et d’aller encore plus loin dans l’analyse.

Chaque mois des dossiers complets, des analyses, des réflexions sur le 7ème art et des critiques seront publiés. Si le mot séries disparaît du titre, elles seront loin d’être absentes de notre site. Tout comme pour le cinéma, nous irons analyser et faire vivre le débat autour de nos chers productions télévisées et Netflix.

Comme depuis toujours, nos rédacteurs iront visiter les manifestations ciné et séries qui rythment l’année pour vous faire vivre les festivals au plus près. Auteurs, cinéastes, musiciens .. Toutes les personnalités en lien avec le cinéma auront une place sur notre site à travers des interviews et des portraits.

On espère que vous serez nombreux à nous suivre dans cette nouvelle aventure. On est impatient de vous présenter notre nouvelle formule. Vive les séries, vive le cinéma !

 

 

 

 

 

Les Valseuses, un film de Bertrand Blier : Critique

Sorti en 1974, Les Valseuses de Bertrand Blier reste encore aujourd’hui culte. A la fois libéré et provocateur, le film a choqué, bien que porté par nombre d’acteurs formidables, dont la plus connue à l’époque, Jeanne Moreau.

On se rappelle de l’affiche et de son trio d’acteurs : Miou-Miou, légèrement vêtue, laissant apparaître un sein, aux bras de deux grands costauds que sont Gérard Depardieu et Patrick Dewaere. Ils ne le savent pas encore mais Les Valseuses rencontrera un succès public immédiat à sa sortie en salles. Le succès est à double tranchant : la critique conservatrice déteste le film (on se doute pourquoi), alors que Depardieu et Dewaere deviennent des vedettes. Pas un film ne se fera sans eux par la suite.

Tout commence avec Jean-Claude et Pierrot, arpentant les rues désertes à la poursuite d’une dame distinguée. Ils la harcèlent, la suivent, lui mettent la main aux fesses, lui font peur. D’entrée de jeu, nous ne savons que penser de nos deux héros : seraient-ils gentils et feraient-ils cela juste pour s’amuser (et encore, c’est limite), ou bien ont-ils vraiment pour but de la violer ? On ne le saura pas, car d’autres habitants les prennent en chasse. Et voilà les deux compères en cavale, poursuivis par la France morale. C’est là un des motifs du film : la fuite en avant. Tel un road-movie, Les Valseuses suit Jean-Claude et Pierrot sur les routes de France, sans aucun but, ou peut-être le seul, « trouver un cul ». C’est ainsi que le film est construit presque par épisodes, avec comme fil rouge la figure de Marie-Ange (Miou-Miou), la seule femme qu’ils trouvent, mais qu’ils n’arrivent pas à faire jouir. On se souvient de cette scène un peu dérangeante mais surtout hilarante des deux nigauds qui s’efforcent de faire l’amour à la fille, en essayant toutes les techniques possibles, ce qui a pour unique conséquence de la faire bailler. « -Elle ferme les yeux ? – Non. -Elle se mord les lèvres ? -Non. -Elle transpire sous les bras ? -Non non. » se demandent-ils, inquiets.

Au-delà de leur misogynie et de leur arrogance, c’est cette inquiétude qui rend les deux personnages masculins touchants. D’abord Pierrot, inquiet par la balle qu’il s’est prise et qui l’empêche de bander. Puis, Marie-Ange qu’ils peinent à contenter et qu’ils dénigrent, frustrés, avec des expressions alambiquées (« juste un trou avec du poil autour ») qui font sourire tant elles paraissent injustifiées. Touchés dans leur estime par cette fille, ils redeviennent plein d’assurance avec les autres femmes. Dans un train, ils tombent sur une mère seule, en train d’allaiter son bébé. Ils insistent pour avoir leur part. Ainsi, Jean-Claude et Pierrot sont comparés ici à deux enfants, deux gamins qui se cherchent une mère. C’est d’autant plus vrai lorsqu’ils vont voir Jeanne (Jeanne Moreau), une « vieille » tout juste sortie de prison.

Il faut s’arrêter un instant sur le rôle tenu par Moreau. Elle joue cette femme à peine sortie de prison que les deux jeunes hommes suivent et séduisent jusqu’à la mener au lit. Actrice star depuis les années 50, son implication dans le film rassure les producteurs et permet aux Valseuses de voir le jour. Son rôle est décrit par Bertrand Blier comme central. C’est effectivement le personnage le plus marquant, le plus digne aussi, comme une parenthèse pessimiste à l’intérieur de cette aventure. Jusqu’à maintenant, les désirs et préoccupations de la gent féminine étaient superbement ignorés par Jean-Claude et Pierrot, à l’instar de Marie-Ange qui veut qu’on l’embrasse et qui en a marre qu’on prenne son cul pour un moulin. Mais lorsque Jeanne parle de sa ménopause, c’est avec gravité. La relation qu’ils ont avec Jeanne est belle, et marquera un tournant dans la vie des deux garçons devenus hommes. Dans la seconde moitié du film, ils réussiront à faire jouir Jeanne, et ils éduqueront même une jeune fille aux premiers amours (Isabelle Huppert).

Que l’on ne s’y trompe pas : Les Valseuses contient quelques scènes très érotiques. La scène la plus belle reste celle avec Jeanne Moreau. On pense à Nymphomaniac dans la manière dont le sexe est abordé, presque aussi trivial (pour l’époque) et avec autant de respect. Très souvent à trois (les deux bonhommes partagent tout), de la tétée au dépucelage en passant par une tentative de rapport homosexuel (a-t-il eu lieu ou pas ?), tout est dans la suggestion. On ne voit rien mais on voit tout. Cela ne concerne pas seulement les scènes de sexe : le montage fait de nombreuses coupes à la limite du faux raccord, mais qui apparaissent très godardiennes. Elles sont en fait une marque de liberté et d’accélération : tout va trop vite, il faut partir. L’ambiguïté reste jusqu’au plan final, où la voiture rentre dans un tunnel, telle la fin ouverte de Thelma et Louise.

Provocateur à souhait, le film de Blier donne un nouveau souffle dans le cinéma français à sa sortie en 1974, sous le pompidolisme. Plus que tout, c’est l’envie de tâcher et de déranger la France bien rangée qui prime, ainsi il en va de cette pauvre bourgeoise ridiculisée en début de film, mais également de Jacqueline qui quitte ses vieux cons de parents, en leur piquant leur fric au passage. De plus, le personnage de Miou-Miou prénommé Marie-Ange ne trompe pas : elle est la dépravation du catholicisme puritain.

Les Valseuses : Extrait

Les Valseuses : Fiche Technique

Titre : Les Valseuses
Réalisateur : Bertrand Blier
Scénario : Bertrand Blier
Interprétation : Gérard Depardieu, Patrick Dewaere, Miou-Miou, Jeanne Moreau, Brigitte Fossey, Isabelle Huppert
Image : Bruno Nuytten
Musique : Stéphane Grapelli
Montage : Kenout Peltier
Producteur : Paul Claudon
Durée : 1h57
Sortie : 20 mars 1974

France – 1974

Interview des cinéastes Hélène Cattet & Bruno Forzani : FEFFS 2017

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Venu présenter leur nouveau film Laissez bronzer les cadavres, reparti avec le Méliès d’Argent lors du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg 2017, le duo de cinéastes Hélène Cattet et Bruno Forzani a accepté de répondre à quelques unes de nos questions.

LeMagduCiné : Première question : D’où vous vient cet amour du cinéma bis et comment est née cette volonté de lui rendre hommage à travers vos films ?

Bruno Forzani : Cela vient du plaisir en tant que spectateur qu’on a pris à voir ces films là. Cela vient d’un côté latin où tu as tout un vocabulaire autour de la mort, du désir, de l’érotisme, des instincts, des pulsions, qui est développé dans ces films de manière ludique, mais qui a crée une certaine iconographie qu’on a utilisé pour raconter d’autres histoires. Après nos films on ne les voit pas comme des hommages, ils sont empreints de ça parce que ce sont des films qui nous ont donné beaucoup de sensations, de plaisir. Quand on fait nos films, on ne pense pas à rendre hommage à, même si là on pense au western car déjà le livre nous faisait penser au western italien, mais c’est un peu le fantasme qu’on a de ces films qui resurgit par notre interprétation dans nos films et qui est personnel, plutôt qu’un hommage théorique à un genre très particulier.

Hélène Cattet : Parce que pour moi c’est vrai que le giallo, les westerns spaghetti, sont de vrais genres de mises en scènes. C’est extrêmement créatif, audacieux dans son imagerie et moi ça m’inspire plein de trucs. J’aime beaucoup la mise en scène.

Bruno Forzani : Après on est deux, avec deux backgrounds différents donc ça fait quelque chose d’hybride, pas comme si on était tous les deux fans de la même chose, on ferait un film fan de je ne sais quoi. Là, il y a deux sensibilités complètement différentes.

Pour Laissez bronzer les cadavres cela change un peu, vu qu’il s’agit de l’adaptation d’un roman, d’autant plus un roman assez linéaire, au contraire de vos autres œuvres très labyrinthiques comme L’étrange couleur des larmes de ton corps. Comment s’est passé le processus créatif, l’élaboration du scénario ? Est-ce que vous aviez déjà certaines idées de mise en scène dès la lecture du roman ? La mise en scène de la mort de Gros qui est magnifique par exemple.

Hélène Cattet : On a eu quelques idées en lisant le livre, mais pas des idées précises. Quand j’ai lu le bouquin, il y a de ça 10 ans, j’avais cette sensation d’être en terrain connu, familier, d’avoir quelque chose de fait pour moi, mais c’était juste une sensation. Je me disais, oui il y a un potentiel pour se l’accaparer. C’est vraiment en travaillant l’adaptation que les idées sont venues.

Bruno Forzani : La mort de Gros, c’était vraiment pendant l’adaptation. Tu te dis allez on doit offrir une belle mort. Comment avec ce qu’il se passe dans le bouquin, on peut lui donner une mort assez chouette ? On n’avait jamais travaillé les morts avec les coups de feu, c’était plutôt des armes blanches. Comment trouver quelque chose de spécial avec ce type de mise à mort et du coup c’est vraiment en travaillant qu’on a trouvé. Au fur et à mesure qu’on bossait le scénario, il y avait des portes qui s’ouvraient sur des phrases qui nous inspiraient et nous permettaient de faire entrer notre univers. Au fur et à mesure la petite folie s’est installée et ça s’est construit vraiment pendant l’écriture, plus que la lecture.

« On le fait pour le live, c’est comme un concert pour nous la salle de cinéma. »

C’est le premier de vos films que j’ai eu la chance de voir au ciné, et il y a quelque chose qui m’a encore plus frappé que d’habitude, c’est le travail sur le son. D’autant qu’il me semble que vous n’utilisez pas de prise de son en direct …

Hélène Cattet : En effet tout est recréé.

Donc sur les 4 années de travail qu’a nécessité le film, combien de temps vous avez passé sur le son ? Pouvez-vous détailler un peu le travail sur ce dernier ?

Hélène Cattet : Le son, depuis l’écriture du scénario il est présent. Quand on écrit le scénario, c’est des images et du son qui nous viennent. On pose ces images et ce son sur le scénario. Pour la préparation, sur le tournage on se dit qu’on doit laisser la place au son. On tourne donc sans aucun son. C’est seulement une fois qu’on a le montage que là on commence le tournage son et donc là, il y a un tournage son avec un bruiteur qui dure deux semaines On recrée absolument tous les sons, et on va les retravailler au montage son pendant 3 mois. On retravaille toutes les couches sonores, voir à quel moment on va plutôt mettre des sons qui vont agresser, qui vont être plus doux ou plus fantasmatiques. Chaque son dispose de plusieurs couches et on va choisir quelle couche on va mettre en plus pour essayer de parler à l’inconscient du spectateur, pour le guider au niveau de ses sensations, dans quel état d’esprit le mettre pour parler des personnages ou des situations. Et ensuite il y a le mixage. Au total, il y a 6 mois de travail en post-production pour le son.

Bruno Forzani : Et donc les autres, tu ne les as pas vus au cinéma ?

Non

Hélène Cattet : Il faut

Bruno Forzani : Parce qu’on le fait vraiment pour la salle, pour le côté où tu te fais bombarder.

La scène de la répétition des sonneries d’entrée où le personnage principal devient fou dans l’Étrange couleur fait quand même sacrément son effet, même sans le son cinéma. J’ai jamais vu des coups de rasoirs qui semblent si vrai.

Hélène Cattet : *rires*

Bruno Forzani : *rires* Ça c’est cool.

J’imagine pas ce que ça doit être au cinéma.

Bruno Forzani : Bah c’était très agressif *rires*. Mais tu vois le truc c’est que le son, ça te permet d’avoir un impact physique sur le spectateur et je pense que tu ne peux l’avoir qu’en salle. Et donc c’est pour ça que c’est cool que tu aies pu le voir en salle, c’est là où tu ressens tout ce qu’on a voulu faire, la puissance qu’on essaie de dégager avec le film, d’écraser les gens..

Hélène Cattet : On essaie vraiment de faire quelque chose d’immersif, comme un concert. On le fait pour le live, c’est comme un concert pour nous la salle de cinéma.

C’est très bien fait *rires*. Pour rester dans le domaine sonore, parlons de la musique. Vu qu’il s’agit de morceaux de BO de films anciens, comment vous les choisissez pour qu’elles collent aux scènes ? Parce que ce sont des morceaux fait spécifiquement pour des autres films, donc on peut se demander comment ça peut coller.

Hélène Cattet : C’est donc le scénario qui colle aux musiques. On écoute les musiques en écrivant et du coup c’est pour ça qu’on a du mal à avoir une autre musique. Cela ne peut être que ces musiques qui nous ont inspiré de telles séquences qui peuvent se retrouver dans le film. Elles nous ont donné un rythme dans la séquence qu’on écrivait.

Bruno Forzani : Et les idées.

Hélène Cattet : Voila les idées qui sont venues ont été liées à cette musique

Bruno Forzani : Après on essaie de les utiliser dans un autre contexte. Par exemple pour le duel final, on a utilisé une musique de giallo. Pour le générique de début, la préparation du braquage, on a mis une musique de western et pas de polar. Donc à chaque fois, on essaie de jouer sur le contrepoint et de leur donner un autre univers que celui pour lequel elles ont été créées, et d’arriver à rendre un truc atemporel pour créer un univers atemporel. Tu vois il y a la déco, les costumes, les objets, mais aussi la musique qui donne un côté à la fois rétro et moderne dans la façon dont elle est utilisée.

« Pour qu’on fasse un film de groupe et que ça fasse un groupe qui soit chouette. »

Pour rester avec Laissez Bronzer les cadavres et le côté western spaghetti/poliziesco, il y a quelque chose qui m’a marqué avec le casting. C’est le choix de Stéphane Ferrara qui ressemble énormément à Charles Bronson.

Hélène Cattet : *rires* C’est drôle, on s’est dit ça aussi.

Alors je me demandais si c’était quelque chose de voulu.

Bruno Forzani : *rires* Ah non pas du tout.

Hélène Cattet : Quand on l’a vu, c’est sûr qu’on s’est dit : Ah, on dirait Rhino vraiment. Parce qu’il y a une description dans le livre et c’était vraiment lui. Mais c’est vrai que pendant le tournage lorsqu’on regardait les rushs, je disais : Wouah regarde on dirait Bronson. C’est drôle que tu dises ça *rires*

C’est surtout quand on le voit face caméra.

Hélène Cattet : *rires* Ouais c’est drôle

Et donc pour le casting, vous aviez des idées précises en faisant le scénario ?

Hélène Cattet : Le livre nous a beaucoup inspiré pour les personnages.

Parce que c’est quand même des acteurs assez connus, comparés aux films précédents. Elina Löwensohn et Bernie Bonvoisin ont quand même un certain bagage, notamment dans le cinéma de genre.

Hélène Cattet : Ouais ouais, c’est vrai.

Bruno Forzani : On ne les as pas choisis pour ce qu’ils étaient..

Hélène Cattet : Ou ce qu’ils avaient fait.

Bruno Forzani : C’est que Bernie Bonvoisin, il a tourné dans le film d’un copain et on a vu les photos de tournage et on s’est dit : c’est exactement le type de personnage qu’on cherche pour Gros. Pour Elina c’est pareil, c’est un autre copain qui a tourné un film avec elle qui s’appelle Mon Ange et qui nous a dit qu’on devrait la rencontrer, qu’elle irait super bien. Et donc on l’a rencontrée et puis voilà. C’était pas du tout une volonté, comme tu disais de prendre des acteurs plus connus.

Hélène Cattet : Non c’était du hasard. Le hasard des rencontres, parce qu’après on s’est rencontré et tout le monde était super cool. Ce qu’on faisait pour le casting, c’est qu’on filmait une séquence et après on mélangeait les séquences avec les autres personnages pour voir qui se mélangeait bien, pour qu’on fasse un film de groupe et que ça fasse un groupe qui soit chouette. On a vraiment pensé en termes de groupe, comment ils réagissaient entre eux. Pour Elina, on cherchait vraiment une Luce qui pouvait tenir tête à Rhino, qui pouvait tenir tête aux policiers. Voilà, on a fait en fonction de ça.

Lorsque vous avez présenté le film, vous avez cité deux cinéastes que j’aime beaucoup qui sont Shinya Tsukamoto et Tsui Hark. Je me demandais si après les films italiens, vous voudriez explorer d’autres genres comme le cyberpunk japonais ou le film de sabre chinois par exemple ?

Bruno Forzani : *rires* Et bah ouais, tout à fait, tu as bien vu.

C’est vrai ?

Bruno Forzani : Oui, on va faire une anime au Japon pour adultes. Un roman porno pinku eiga.

Hélène Cattet : Mais en animé.

Tourné en japonais ?

Bruno Forzani : Ça sera en langue anglaise, mais tourné avec des artistes japonais. Pour l’instant c’est à l’état de projet.

« Il y en a un qui donne une idée, l’autre rebondit dessus, qui rajoute et qui emmène ailleurs. Ça se construit vraiment comme un jeu de ping-pong à chaque fois. »

En tout cas, ça donne très envie. Pour parler de manière plus générale de votre travail, vu que vous êtes deux, est-ce qu’il arrive que l’un ait une idée qu’il veut absolument mettre et l’autre pas ? Est-ce que vous faites parfois des compromis ou il faut vraiment que ça plaise aux deux ?

Bruno Forzani : Et elle, elle veut toujours mettre des trucs bizarres, des femmes qui font pipi sur les gens. *rires*

Hélène Cattet :*rires* Oui il y a des concessions. Enfin celui-ci ça allait, c’était beaucoup plus calme vu qu’on était en terrain neutre. C’était une adaptation donc le matériel de base ne venait ni d’un truc personnel de l’un ou de l’autre et on a juste dû l’investir et se l’approprier, donc ça allait mieux. Parce que les autres fois, c’est vrai que c’est rock’n’roll *rires* Bruno est quelqu’un de très têtu.

Est-ce que vous avez une spécialité ou vous travaillez tout le temps ensemble ?

Hélène Cattet : Non, enfin la spécialité de Bruno c’est de casser les pieds. *rires*

Bruno Forzani : Non, tout ce qui est violence, sadomaso et sexe c’est Hélène. Moi j’essaie de développer les personnages à côté. *rires*

Hélène Cattet : La psychologie. *rires*

Bruno Forzani : Tout ce qui est déviant c’est Hélène. *rires*

Elle a souvent l’avantage alors. *rires*

Bruno Forzani : *rires* Ouais, elle est terrible

Hélène Cattet : Honnêtement, c’est difficile de dissocier ce que fait l’un ou ce que fait l’autre, c’est impossible. Il y en a un qui donne une idée, l’autre rebondit dessus, qui rajoute et qui emmène ailleurs. Ça se construit vraiment comme un jeu de ping-pong à chaque fois. Il y a celui qui lance la balle et puis..

Bruno Forzani : C’est plutôt le tennis ça.

Hélène Cattet : Voilà du tennis.

Vous avez dit que les images viennent directement avec le scénario. Il vous arrive d’avoir des images que vous voulez absolument mettre et qui nécessitent de broder le scénario autour ?

Hélène Cattet : Il est vrai que souvent, il y a une séquence et il y a ça qui se passe. Je sais pas ce qu’il y a avant ou après, mais c’est un moment important de la séquence.

Bruno Forzani : Alors parfois t’arrives à l’intégrer au scénario et ça c’est quand ça marche, et des fois t’arrives pas à lui trouver sa place et tu l’abandonnes. Mais souvent ce sont des images, des séquences ou des flashs qui viennent et après t’essaies de les intégrer. Là c’était différent vu qu’on avait la base et c’était plutôt comment transcender certaines séquences. Mais après quand c’est un processus plus perso, c’est ça ouais.

Pour finir, une petite question de curiosité, si vous deviez citer votre giallo préféré, ou parler des films qui vous ont marqué, ce seraient lesquels ?

Bruno Forzani : Notre giallo préféré c’est Profondo Rosso, je pense. On est d’accord là-dessus.

Hélène Cattet : Ouais après y en a plein d’autres, mais effectivement Profondo Rosso.

Bruno Forzani : Après la Lucertola (Le Venin de la peur) de Fulci ou celui qui est ressorti récemment La Longue Nuit de l’Exorcisme. Et puis Dario, Ténèbres, L’oiseau au plumage de cristal , Quatre mouches de velours gris, etc.

Hélène Cattet : La mort a pondu un œuf, voilà il y en a tellement. Bref Profondo Rosso, et pour une fois on est d’accord.

Et je suis d’accord avec vous *rires*. Merci beaucoup à vous deux.

Laissez bronzer les cadavres sort en salles, le 18 octobre 2017.