Le ton change de jour en jour sur la Croisette, on passe de grands bouleversements à des films plus tranquilles qui restent dans des émotions assez égales malgré le bel éclat de Nicolas Bedos en Hors Compétition avec La Belle époque. Aperçu de cette septième journée.
Le jeune Ahmed, Jean-Pierre et Luc Dardenne (Compétition)
Après Téchiné et son Adieu à la nuit, c’est au tour des frères belges de s’initier à la radicalité au cinéma. Avec ce film, les deux réalisateurs avaient beaucoup intrigué mais comment traiter d’un sujet si fort, eux souvent habitués à mettre en scène des personnages un peu marginaux et rejetés socialement ou en tout cas en difficulté ? Ici, les cinéastes ne condamnent rien, et c’est peut être cette absence de prise de position qui leur sera reprochée, mais l’approche choisie est quasi sociologique. Ils retracent des faits, rendent compte du processus de radicalisation tel qu’il apparaît souvent et se refusent à faire condamner le protagoniste par la société. Ce phénomène, ils le retransmettent grâce à une caméra au plus proche des personnages, comme si elle était spectatrice de l’histoire et qu’elle était en train de capturer cette jeune vie, déjà en train de basculer. Sans excès ni encombre, le film est efficace sans emballer complètement mais garde un côté très classique dans sa sobriété parfois digne d’un téléfilm, la narration parfois tranquille était pour le moins inattendue face à son sujet puissant.
Nuestras Madres, de Cézar Diaz (Semaine de la Critique)
Septième et dernier film de la 58ème Semaine de la Critique, Nuestras Madres finit la quinzaine en douceur. Une image reste en tête, celles des visages de femmes qui défilent devant la caméra sur une mélodie de piano assez intense qui, pour la première fois du film, rend toute l’émotion qu’il mérite au spectateur. Avec un témoignage final puissant, le film avait pourtant tout dont un sujet fort pour frapper le public de plein fouet, finalement, il ne sera qu’un énième film de ce genre sur la quête de vérité et d’honneur, qui laissera de marbre. Assez linéaire, le film raconte l’errance d’un homme, un anthropologue à la recherche de son père, sans jamais vraiment marquer de rupture dans son parcours. L’histoire offre quelques moments d’émotions mais rien qui ne saurait retourner les cœurs.
La Belle époque, de Nicolas Bedos (Hors Compétition)
Après son très réussi premier film Monsieur et Madame Adelman, Nicolas Bedos était assez inattendu sur la Croisette mais permet aux festivaliers de passer un moment très agréable en compagnie d’un casting mémorable. La Belle époque est une déclaration d’amour du réalisateur à sa compagne, qui jouait déjà dans son précédent film, Doria Tillier s’empare de son rôle avec un naturel et un charme qu’on lui connaissait bien mais qui la place encore une fois comme élément central du long métrage. Empli de nostalgie, le film entraîne lentement le public dans les années 70 où les technologies, directement pointées du doigt dès le début du film, n’ont pas leur place. Bedos offre un film frais, plein d’émotion, un conte sur l’amour fané, passé et pourtant, l’amour toujours qui triomphe. Quand le passé devient une force du présent et qu’un casting fait vibrer les sentiments, cela fait des bons moments de festival.
Présenté à la section Un Certain Regard du Festival de Cannes 2019, Viendra le feu d’Oliver Laxe marque un grand coup. Le film est une longue errance dans la campagne espagnole, naturaliste et introspective, qui finira par s’évanouir dans les flammes du monde.
Viendra le feu commence par une séquence démentielle, qui voit l’Homme détruire une mère Nature innocente et proche de l’extinction. Les arbres tombent les uns après les autres comme si des dieux en avaient décidé ainsi. Puis la vie reprend son cours. L’histoire s’ouvre alors avec une résonance autre que cette introduction quasi sensorielle : on suit Amador, qui sort de prison et qui a purgé une peine pour avoir provoqué un incendie. C’est alors qu’il revient dans sa région natale où il rejoindra sa mère (Benedicta) dans la maison familiale, pour l’aider et s’acclimater à une atmosphère plus propice au repos.
Oliver Laxe démontre à partir de là, toute la qualité de son cinéma autant dans sa manière d’appréhender la nature que dans sa facilité à intégrer ses deux personnages dans l’épure de son scénario. Amador est au service de sa mère, âgée et difficilement autonome. Lui est une âme en peine : tout passe par son visage et son apparence. On sent un homme, seul, monolithique, qui affronte la vie et ses déboires avec mutisme. Mais derrière ce regard qui préfère se dérober, Oliver Laxe nous fait ressentir avec passion la torpeur muette et incandescente qui se cache sous ce crâne. Amador ressemble parfois trait pour trait à Travis dans Paris Texas : ce genre de gueule cassée qui traîne comme son ombre sa mélancolie. Mais ce personnage est entouré de deux choses qui drainent le film de toute sa beauté : sa mère et la nature. Oliver Laxe a un véritable don pour filmer la nature. Avec son cadre droit et son goût pour les plans larges, on croirait revoir LaBalade sauvage de Terrence Malick ou le réalisme ambiant de Kelly Reichardt ou celui de Wim Wenders. La nature n’y est jamais fantasmée ni iconisée : celle qui nous est présentée est d’un réalisme presque tétanisant. Où l’on aime se fondre dans la brume du soir et voir éclore le soleil du matin. On se laisse alors emporter par cette balade dans la campagne espagnole, un environnement où la vie se fait dure et rêche comme de la pierre. Sa mère est auprès de lui, et dédouble son comportement entre droiture et bienveillance fortuite. Car l’enjeu est là : la reconstruction d’une confiance, le regard d’une mère sur son fils éteint par les événements. Pourtant au fil des jours, du travail apporté ou de la complicité retrouvée, ce trouble ne se détache pas d’Amador. Il est présent, il embrase son regard et l’addiction ou non au feu a quelque chose de mystique. Comme si les flammes du néant le suivaient comme la mort.
Mais après cette parenthèse onirique, le feu reprendra son dû et détruira tout sur son passage, dans les trente dernières minutes de Viendra le feu. Un climax dantesque, apocalyptique, affolant de tristesse et qui ne répondra pas aux sirènes du spectaculaire : comment ne pas être ébloui par cette séquence où Benedicta marche aux travers des cendres. Mais le film gardera en son sein, le mystère et la présomption d’innocence d’un personnage au bord du chaos d’un monde qui n’existe plus, sous le regard protecteur d’une mère qui ne demande qu’à aimer son fils.
Synopsis : Amador Coro a été condamné pour avoir provoqué un incendie. Lorsqu’il sort de prison, personne ne l’attend. Il retourne dans son village niché dans les montagnes de la Galice où vivent sa mère, Benedicta, et leurs trois vaches. Leurs vies s’écoulent lentement, au rythme apaisé de la nature. Jusqu’au jour où un feu vient à dévaster la région.
Le film Viendra le feu est présenté dans la section Un certain regard au Festival de Cannes 2019
Avec Amador Arias, Benedicta Sanchez, Inazio Abrao
Genre : Drame
Distribué par Pyramide Distribution
Date de sortie : 4 septembre 2019 (1h25min)
Nationalités : Espagnol, Français, Luxembourgeois
Passé un peu inaperçu au milieu de tout un tas d’autres films attendus, To Live To Sing ajoute une touche de douceur à la Quinzaine des Réalisateurs. Le film de Johnny Ma est assez inégal, souvent ennuyeux, mais sauvé par quelques scènes de grâce et sa bonne humeur générale.
To Live To Sing est le genre de film avec lequel on a du mal à être sévère, malgré les défauts criants, parce que son histoire et ses personnages sont touchants, il y a aucune violence ni parti-pris trop polémique ; bref c’est un joli petit film gentil et qui met de bonne heure. Cependant, il demeure dans l’ensemble très moyen. Plongé dans l’intimité d’une troupe d’opéra chinoise en mal de public et en proie à la destruction de leur théâtre (le quartier tout entier doit être rasé pour faire place à de grands buildings), le spectateur se lie immédiatement d’amitié avec ces marginaux et se rallie à leur cause. L’opéra n’est plus à la mode de nos jours, et seules quelques personnes âgées restent fidèles ; il devient impossible de vivre convenablement des recettes des représentations, et ce déclin ne les aide pas à faire porter leur voix dans la défense du quartier face aux actionnaires.
Johnny Ma offre quelques bonnes idées de mise en scène. Les bulldozers et autres tractopelles sont filmés en gros plan, au ralenti, réduisant en miette des bâtiments entiers sur fond de Prélude de Bach. La violence destructrice, visuelle et surtout symbolique de ces manœuvres urbanistiques est donc filmée en opposition à la création artistique de la troupe. D’un côté, le béton et le fer contrôlés par l’argent ; de l’autre, les robes et les chants animés par la passion. Ou comment illustrer les conséquences désastreuses de l’urbanisation et de la modernisation de la société chinoise sur le monde de l’art et le patrimoine tout entier. L’opposition n’est pas subtile pour un sou, mais esthétiquement ces séquences de destruction comme les représentations théâtrales sont époustouflantes de beauté et de poésie.
Malheureusement, le bât blesse à peu près partout ailleurs. Ces parenthèses magnifiques ne suffisent pas à compenser un rythme chaotique qui confine à un ennui quasi assuré, les scènes de dialogues ineptes et interminables, la protagoniste totalement antipathique qui gâche le capital sympathie énorme du reste de la troupe, la fin à rallonge qu’on désespère de voir se clore… Pas grand chose ne convainc pleinement, hormis quelques séquences de grâce indiscutable donc, et un message forcément touchant sur l’ancienne génération abandonnée par le mode de vie effréné et matérialiste des nouvelles.
To Live To Sing est un film très dispensable, qui ne marquera pas les esprits mais y survivra peut-être à travers ses prouesses esthétiques et lyriques éphémères, trop éphémères pour faire avaler la lourdeur et la platitude de l’ensemble. Dommage, car on aimerait aimer ce film, c’est certain.
Synopsis : Zhao Li mène une troupe d’opéra du Sichuan qui vit et se produit dans un théâtre délabré de la périphérie de Chengdu. Quand elle reçoit un avis de démolition, elle cache la nouvelle, par peur que celle-ci sonne le glas de la troupe. En même temps, leur vie est de plus en plus difficile… Mais quelles alternatives pour eux ? Elle s’inquiète aussi pour sa nièce Dan Dan, jeune star de la troupe attirée par les lumières de la ville. Pour sauver sa « famille » du théâtre, Zhao Li se met à la recherche d’un nouveau théâtre où ils pourraient vivre et chanter. Alors qu’elle affronte la bureaucratie, les personnages du monde de l’opéra, son échappatoire, commencent à apparaître dans sa vraie vie…
Le film Huo Zhe Chang Zhe (To Live To Sing) de Johnny Ma est présenté à la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2019.
Avec Gan Guidan, Yan Xihu, Zhao Xiaoli..
Genre : Drame
Date de sortie : Prochainement
Distributeur : Epicentre Films
Nationalité : Chinois
Après le sublime Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma qui rendait les femmes gracieuses, enchaîner avec Une fille facile n’était pas chose aisée tant le premier avait bouleversé. Rebecca Zlotowski dont on connaît Belle Épine ou encore Grand Central revient donc à Cannes, très à l’aise, avec un film qui ressemble davantage à un premier essai qu’à une sélection de Quinzaine des Réalisateurs.
Le film est aussi cheap que le tatouage ‘carpe diem’ en bas du dos, une sorte de Mektoub, My Love : Canto Uno version grotesque et facétie. Pourtant, le propos est bon. La fougue des étés, la découverte de soi et de ses désirs et le fantasme quand on a 16 ans de voir son modèle féminin voguer en toute liberté. Zahia qui fait ses premiers pas d’actrice, aurait très bien pu l’incarner, mais le résultat de cela n’est finalement qu’un jeu d’une immense superficialité et elle n’est pas la seule à nous faire rire malgré elle. La réalisatrice s’essaie même à une voix off rajoutée qui embourbe le film dans un récit manquant de finesse et de justesse pour n’offrir qu’un vaste essai où la liberté des corps manque de conviction, un film de vacances que l’on aurait presque pu faire avec le caméscope des parents.
La mise en scène ne sert ni les acteurs ni le film en lui même en offrant des scènes assez improbables, notamment celle où sexe et oursins se confondent. Quelle est l’intention, quel est le propos ? Tout y est maladroit. Et on veut bien passer 1h30 à regarder le corps d’une femme être filmé ainsi, certains le font très bien, mais ici, cela semble bien creux et vain. Gratuit. Surfer sur l’image de Zahia pour rendre aux femmes toute leur liberté d’agir, dans l’idée, on est plus qu’emballés, mais encore faut-il en faire un film, une œuvre de cinéma qui transporte et fasse vivre une histoire au spectateur. Le féminisme discret de Céline Sciamma était bien plus passionnant que celui de Rebecca Zlotowski, qui nous sert un long métrage dans lequel résonne une époque, certes, mais peu d’engagement artistique.
Synopsis : Naïma a 16 ans et vit à Cannes.Alors qu’elle se donne l’été pour choisir ce qu’elle veut faire dans la vie, sa cousine Sofia, au mode de vie attirant, vient passer les vacances avec elle. Ensemble, elles vont vivre un été inoubliable.
le film Une fille facile de Rebecca Zlotowski, est présenté à la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2019.
Avec : Benoit Magimel, Clotilde Courau, Henri-Noël Tabary, Mina Farid, Nuno Lopes, Zahia Dehar..
Genre Comédie dramatique
Date de sortie 28 août 2019
Distributeur : Ad Vitam
Nationalité Français
C’est fini. Ce lundi 20 mai est à graver dans le marbre pour les Fans de Game Of Thrones. En huit saisons la série a fait couler beaucoup de sang, de larmes et surtout d’encre. Difficile alors d’échapper aux différentes réactions des fans sur les réseaux sociaux. Entre coups de gueule et humour, retour sur les tweets face au final de Got.
FACE AU FINAL, DÉCEPTION GÉNÉRALE
Cette saison 8 était la plus attendue, et depuis la diffusion du premier épisode, les réactions des fans ont enflammé les réseaux sociaux. Que ce soit à cause de la lenteur du début de saison, ou des morts spectaculaires de la bataille contre le Night King, le public a été tiraillé entre éblouissement et propos vindicatifs. Au point qu’à la suite de l’épisode 5, une pétition a circulé sur Facebook pour refaire la saison 8.
MAD MAD MAD QUEEN
Pour les fans, les scénaristes n’ont pas tenu leurs engagements en changeant de manière inattendue et radicale le personnage de Daenerys. Alors qu’elle était désignée depuis le début comme la future Reine du Trône de fer, notre Kalheesi a pris des airs de Cersei Lannister en réduisant en cendres la ville de Port Real. Une décision incomprise qui a valu a Danny les pires insultes des spectateurs …
Mais au-delà de cet épisode, Danny et d’autres personnages féminins ont été critiqués et mis à mal. Dans leurs choix et prises de position belliqueuses, elles passent trop facilement pour des folles hystériques. Par exemple, l’implacable loyauté de Sansa pour l’indépendance du Nord la transformait aux yeux du public en ennemie à la cause de Daenerys. Encore une fois, les réactions des fans n’ont pas été tendres a son égard. A croire que les femmes sont incapables de régner avec équité et justice …
QUAND TWITTER PREND FEU
Qu’est-ce qui a suscité le plus de réactions de la part des fans ? Sont-ce les morts consécutives des personnages principaux ou bien les choix scénaristiques qui ont été le plus critiqués ? Ou simplement le constat d’une fin irréversible qui rend les fans mitigés et en manque ?
La fin de #GameOfThrones c'est comme quand tu te fais larguer par une personne qui ta déçu sur la fin de la relation. T'es content que ça se termine, ça fait un petit pincement au cœur quand même mais tu as bizarrement un arrière gout de merde dans la bouche
J’arrive pas à croire que Jon Snow a tué Daenerys ! La peine de Drogon me brise le cœur, il a tout perdu, ses frères et maintenant Daenerys sa mère ! Le moment où il l’emmène à part ça final très décevant 💔😭😭#GOTFinale#GameofThrones#gotS08E06#GameOfThronesFinale
Alors GOT bravo, vous avez réussi à faire de Daenerys une tueuse sanguinaire et de Jon (l'homme le plus vertueux de la serie) un meurtrier sans honneur. J'ai l'impression d'avoir perdu 8 ans de ma vie 😩😩😩 et Bran sur le trône, REALLY?? bref valar morghulis #GOTFinale#GOTS8E6pic.twitter.com/1vHSHqTt4B
Peut être que 2-3 épisodes de plus n'auraient pas été en trop. Mais ça reste une belle fin, chacun est à sa place. Et je trouve que ce gouvernement a quand même une belle tête, même si on aurait parié sur aucun d'eux au départ. 👍🏻 #gotS08E06#GameOfThronesFinalepic.twitter.com/b22BmiD6N1
« Ce qui réunit le peuple, ce sont les bonnes histoires » : Tyrion Lannister
En somme, un épisode final qui divise. Dans les réactions, beaucoup expriment leur incompréhension (sans parler de surprise) face au geste de Jon. Car personne n’aurait soupçonné que cette soif du trône retourne la tête de Daenerys…
Bran désigné comme Roi de Westeros. Une nouvelle qui a étonné, déçu et suscité beaucoup de moqueries… Il semble inimaginable à certains qu’un personnage dans l’ombre depuis huit saisons, qui plus est en incapacité physique, se retrouve en position de pouvoir suprême.
Malgré tout, les spectateurs sont avant tout heureux de la fin. Finalement, la famille Stark se retrouve, saine et sauve, à la fin d’une guerre qui aura décimé une grande partie de leur famille.
Beaucoup de fans remercient cette série d’avoir suscité autant d’émotions fortes durant neuf ans et d’avoir créé un univers et des personnages innovants. Pour se consoler, il ne reste plus qu’a se remater les saisons, voire même faire découvrir aux irréductibles qui n’ont toujours pas goûté à la série. Car Game of Thrones fut une drôle de religion , qui sans doute continuera à se propager après sa fin.
Après un deuxième opus sidérant en matière d’action et dans la manière dont il étendait habilement l’univers du désormais célèbre tueur, on retrouve un John Wick plus en en forme que jamais dans cet épisode intitulé Parabellum. Plus fort, plus rapide, plus tout en ce qui concerne une action virtuose, ce troisième film démontre tout de même les limites narratives de la saga.
Synopsis : John Wick est désormais en cavale. Une prime de 14 millions de dollars a été mise sur sa tête car il a tué un membre de la Grande Table. De plus, l’ayant fait dans les murs du Continental Hotel, il se retrouve Excommunicado. John peut malgré tout compter sur l’aide de Winston, le directeur du Continental, qui lui a laissé une heure avant d’être considéré comme banni. John va alors tout faire pour quitter New York.
Sorti de nulle part, le premier film de la saga John Wickavait su surprendre tout le monde par la précision de son action, son univers intriguant et le retour en forme de Keanu Reeves. Mené par Chad Stahelski et David Leitch, qui a bifurqué vers une carrière de moins en moins intéressante par ses blockbusters insipides, on y retrouvait un amour de la chorégraphie des combats et de l’action bien découpée, pour en décupler tout son impact. Les deux réalisateurs étant d’anciens cascadeurs, ils n’ont jamais caché vouloir rendre hommage à cet aspect de leur travail. Lorsque le deuxième John Wick sorti, c’était entre la joie de retrouver ce personnage iconique, mais aussi la crainte de voir ses producteurs tirer sur la corde, et exploiter l’univers au point de le dévitaliser. Pourtant, cette suite surpassa en tout point son prédécesseur, par sa cinématographie encore plus experte qui magnifiait des fusillades de plus en plus viscérales et impressionnantes, mais aussi par un univers plus étendu, qui ne perdait jamais son aspect insaisissable. Plus tentaculaire et chimérique que jamais, il venait même poser une brillante amorce pour le 3e volet. La promesse d’une fuite en avant désespérée et épique pour la survie de son personnage. Et c’est à peine quelques minutes après cette intense conclusion que débute ce John Wick Parabellum.
Le film gardera l’intensité de ce postulat durant toute sa première heure, enchaînant à une vitesse sidérante des morceaux de bravoure à s’en décrocher les mâchoires. Chad Stahelski, et son chef opérateur Dan Laustsen, on redoublé d’efforts pour offrir une photographie encore plus léchée et esthétisante, qui donne à la réalisation un écrin assez saisissant, mais aussi pour accompagner une mise en scène encore plus brutale et virtuose. Que ce soit dans l’utilisation des décors, l’intelligence du cadrage qui privilégie encore les longs plans à un montage sur-découpé, ou encore la violence des chorégraphies, tout transpire l’ingéniosité. L’action n’a jamais été aussi inventive et diversifiée, délaissant par moments les fusillades pour y injecter une rixe aux couteaux aux accents cartoonesques, une course poursuite en motos absolument brillante de maîtrise qui renvoie à la folie créatrice des films d’actions hongkongais, ou encore l’utilisation d’animaux pour dynamiser l’action. Et c’est là le vrai tour de force du film, notamment lorsqu’il se lance dans une fusillade de plusieurs minutes, composée de plans séquences dans lesquels se baladent des chiens meurtriers et qui accompagnent les chorégraphies très élaborées de Keanu Reeves et d’Halle Berry. Impressionnante à regarder, cette scène a dû être d’autant plus impressionnante à tourner. Mais il est un peu dommage de voir le tout s’essouffler dans un dernier acte un peu moins inspiré. Notamment le climax qui reprend le même principe des miroirs et des reflets du second opus, en poussant le concept à peine plus loin. En ça, les deux derniers combats s’avéreront un peu trop mous, là où Keanu Reeves affronte plus fort que lui et où l’on sent que ses adversaires doivent retenir leur coups pour paraître crédibles. L’implication de l’acteur n’en reste pas moins impressionnante, surtout qu’il se retrouve au centre de cascades de plus en plus vertigineuses où il démontre encore son savoir-faire et sa maîtrise des armes.
Halle Berry n’est d’ailleurs pas non plus en reste. Elle s’investit corps et âme dans son rôle, au point d’en voler presque la vedette à son alter-ego masculin lors de la séquence de combat qu’ils partagent, montrant avec crédibilité les fruits de son entraînement. Mais son personnage subira les conséquences du défaut de ce John Wick Parabellum, son écriture. Non pas que les deux premiers films avaient des scénarios sensationnels, ni que ce soit un élément foncièrement important dans ce genre de film, mais ce Parabellum enchaîne plusieurs erreurs que ses aînés avaient su éviter. La première étant sur ses personnages. Ceux-ci se voient bien trop souvent écrasés au profit de l’action, et on aura du mal à sentir les liens qui les unissent. Dans John Wick 2, on se souvient encore de cette sublime séquence où le protagoniste se voit contraint de tuer une vieille amie ; qui, par son ambiance posée et la précision de ses dialogues, arrivait à faire comprendre le poids de leur passif en quelques minutes à peine. Ici, toutes les relations semblent devenues artificielles, notamment celle qui est censée unir Reeves et le personnage de Berry, puisque ceux-ci finissent juste par énumérer des liens dont on ne ressent plus jamais la force. Il y a donc un côté expédié qui ressort de ce 3e opus, comme s’il ne prenait plus le temps de s’attarder sur ce qui alimente son action, mais juste sur l’action en elle-même. Même John Wick paraît effacé et subit un développement légèrement incohérent lorsque sa raison de continuer et de rester en vie apparaît finalement assez faible. Il n’est plus qu’un héros lambda de film d’action, et perd ce qui le rendait si captivant. Et cela va de pair avec le traitement de son univers, plus enclin ici à n’être qu’une machine à facilités scénaristiques, même si il accouche pour une fois de très bons antagonistes.
John Wick Parabellum s’avère au final plus une porte ouverte pour la suite, que la quelconque fin d’une trilogie. Et c’est finalement ce qui amoindrit ce nouvel épisode qui apparaît plus comme un opus de transition. Avec le temps de son action limitée, les développements très peu présents ou sa narration en forme d’aller-retour, on se retrouve face à un film qui n’a pour but que de servir l’action, et non pas, comme par le passé, à poser un univers ou développer une histoire. On se retrouve donc face à un épisode qui apporte assez peu à la saga sur le plan narratif, de plus sa fin assez maladroite s’impose comme un point de départ répétitif et peu intéressant pour un quatrième film. Il n’y a donc pas de sentiment de conclusion ou de satisfaction pour ce Parabellum, mais au contraire l’impression d’une frustration. Par une fin un peu incohérente, mais aussi un climax un peu plus mou et répétitif que le reste. Mais rester sur cette légère déception serait passer à côté de la sève de ce 3e film qui offre avant ça, deux tiers absolument dingues et virtuoses. On aura rarement vu aussi impressionnant et inventif dans le cinéma d’action hollywoodien, et rien que pour cet aspect, John Wick Parabellum s’impose comme un ténor du genre.
Furieux, viscéral et d’une maîtrise isolante, John Wick Parabellum est un grand film d’action où chaque joute et chaque fusillade se transforment en ballets funestes aux chorégraphies majestueuses et au service de jeux de massacres jubilatoires. Plus artificiel que John Wick 2, mais bien plus inventif et abouti que le premier film, John Wick Parabellum ne sera pas le sommet tant attendu de la saga, mais en reste un très bon représentant. Surtout si l’on s’en tient à son action sidérante. Mais il aurait sans doute été plus judicieux de clôturer l’ensemble en gardant la tête haute, plutôt que se risquer à cette ouverture maladroite qui annonce un éventuel 4e film de manière plutôt répétitive, amoindrissant l’impact de ce Parabellum. De plus, un autre opus ne serait-il pas l’épisode de trop ? Seul le temps nous le dira, mais faire mieux sans se répéter sera assurément un challenge.
John Wick Parabellum : Bande annonce
John Wick Parabellum : Fiche technique
Titre original : John Wick: Chapter 3 – Parabellum
Réalisation : Chad Stahelski
Scénario : Derek Kolstad, Shay Hatten, Chris Collins et Marc Abrams
Casting : Keanu Reeves, Ian McShane, Mark Dacascos, Laurence Fishburne, Asia Kate Dillon, Halle Berry, Lance Reddick,…
Décors : Kevin Kavanaugh
Photographie : Dan Laustsen
Montage : Evan Schiff
Musique : Tyler Bates et Joel J. Richard
Producteurs : Basil Iwanyk et Erica Lee
Production : Lionsgate et Thunder Road Pictures
Distributeur : Metropolitan Filmexport
Durée : 131 minutes
Genre : Action
Dates de sortie : 22 mai 2019
Le cinéma a t-il à être décent ? Dans le cadre de notre cycle sur les tueurs en série au cinéma, on traite le tragique meurtre de Sharon Tate par la secte de Charles Manson. D’American Horror Story à Once Upon A Time Hollywood, ce meurtre, qui marqua le monde du cinéma dans les années 60, continue de fasciner le 7ème art. Retour sur cette relation morbide entre l’écran et le drame.
6 août 1969. L’horrible s’abat sur Sharon Tate, jeune actrice américaine, alors enceinte de huit mois. Épouse du réalisateur Roman Polanski, elle se retrouve victime de la folie de trois membres de La Famille, secte dégénérée du tueur et gourou Charles Manson. Les assassins veulent venger Charles Manson d’un producteur de musique qui aurait refusé de signer avec le tueur en série. Sauf qu’ils se trompent de logement, le producteur ayant déménagé. Cela ne suffira pas à les faire partir : le trio massacre tous les habitants de la maison. Les amis présents ce soir-là connaîtront un sort funeste. Steve Parent, un ami, est abattu par quatre balles de revolver. Le producteur Wojciech Frykowski et sa fiancée Abigail Folger seront massacrés, laissés gisant sur le gazon du jardin. L’actrice Sharon Tate poignardée à de multiples reprises et suspendue par une longue corde de nylon. Pour ce meurtre, tous les membres seront punis par de longues peines de prison (la majorité y étant encore) et Charles Manson sera condamné à mort, avant que la sentence soit commuée en réclusion à perpétuité. Ce fait divers tragique marque à l’époque le milieu du cinéma.
C’est sans compter sur l’obsession d’Hollywood pour le macabre, qui s’est emparé de cette tragédie à plusieurs reprises. En 2004, le téléfilm Helter Sketler reproduisait à l’écran le massacre de la villa. Sharon Tate n’était pas au cœur de l’histoire, qui était plus centrée autour de La Famille. L’année 2019 marque le 50ème anniversaire de la mort de l’actrice, et de nombreux projets adaptés de sa fin tragique vont bientôt voir le jour. Sorti le 5 avril aux états-unis, The Haunting of Sharon Tate reprend le drame sous l’angle du film d’horreur. Conspué publiquement par Debra Tate, sœur de la défunte artiste, le métrage passe inaperçu et essuie un immense échec critique. Cette adaptation pose alors une question à creuser : est-il de bon ton, ou sensé, de se servir de ce meurtre pour un film d’horreur ? Le cinéma a t-il à être décent ? S’interroger sur ces notions est inévitable dès lors que l’on sait que c’est Quentin Tarantino qui s’attaque à ce terrible événement.
Quand le projet Once Upon a Time in Hollywood a commencé à faire parler de lui, il s’agissait apparemment d’une adaptation entièrement consacrée à Charles Manson, sa secte et Sharon Tate. Au fur-et-à-mesure de la production, de nouvelles infos ont émergé. A la surprise générale, les deux personnages principaux semblent à priori loin du drame car ils sont..entièrement fictifs. Rick Dalton, une star de télé (Leonardo Di Caprio) et Cliff Booth, sa doublure (Brad Pitt), occuperont les premiers rôles et conteront la métamorphose d’un Hollywood qui leur échappe. Pourtant Sharon Tate sera bien dans le présent sous les traits de Margot Robbie, Charles Manson sera interprété par Damon Herriman, et tous les assassins de l’actrice ont bien été castés. Mais il est curieux de traiter une telle affaire pour ne la relayer qu’en second plan.
La secte du gourou Manson sera t-elle uniquement une toile de fond ? Si l’on peut se le demander, la vraie question est finalement : le massacre aura t-il bien lieu ? Lors de son meurtre, Sharon Tate était enceinte de huit mois. Pourtant selon la bande-annonce, aucune trace d’une quelconque grossesse. Et si Tarantino nous la faisait à la Inglorious Basterds où il ré-écrivait l’Histoire tuant Hitler de plusieurs balles dans un auditorium ? Pourrait-il épargner Sharon Tate, lui donnant une nouvelle vie au cinéma ? Chose surprenante d’ailleurs, Debra Tate a validé le projet de Tarantino. Elle a même confié à TMZ : « Ce film n’est pas ce que l’on croit attendre d’un film qui combine les noms de Tarantino et Manson ». De quoi peut-être rassurer ceux effrayés à l’idée de voir le réalisateur de Kill Bill utiliser ce meurtre pour satisfaire son appétence pour le sang et le gore. Une décence pas au goût de tous. La saison Cult de American Horror Story reproduisait la scène dans son plus grand effroi. Le showrunner de la série Ryan Murphy racontait au sujet de cet épisode et du personnage Charles Manson :« Je travaillais là-dessus et je faisais des recherches, raconte-t-il, mais ça ne me paraissait jamais approprié, car ça avait déjà été fait un million de fois et je ne savais pas comment proposer quelque chose de nouveau, mais je ne pouvais pas m’empêcher de revenir à cette idée du culte de la personnalité. » Car au travers de cette horrible tragédie, c’est aussi le tueur Charles Manson qu’on raconte. Son ombre plane encore largement sur le cinéma dans un rapport doux-amer. Quelle place accorder au diable et à ses meurtres ?
À chaque sélection cannoise ses ovnis. Vivarium de Lorcan Finnegan est sans aucun doute celui de la Semaine de la Critique de ce Festival de Cannes 2019. Un film où l’irrationnel, le fantastique, l’absurde, ou encore la folie se mêlent pour offrir au spectateur une séance aussi hypnotique que dérangeante.
Vivarium est le parfait exemple du film à concept, qui mise tout sur son originalité et son caractère délirant, quitte à se révéler d’une vacuité abyssale dans le fond, pas aidé par une forme elle aussi assez discutable. L’on suit donc un couple pris au piège d’un lotissement infini, qui semble créer une boucle si bien que l’on a beau avancer en ligne droite, on revient toujours au point de départ. Impossible de s’en échapper, sinon d’espérer être libéré par les instigateurs inconnus de cette mascarade en se pliant à leurs ordres successifs. C’est pourquoi le couple va devoir habiter les lieux, faute de pouvoir partir, errant à la recherche d’une issue dans ce lotissement sans fin où ils sont absolument seuls, où même le vent ne s’engouffre jamais, où le mouvement n’existe pas, où les nuages sont tous identiques.
Le lotissement est franchement laid, les fonds verts grossiers et les images numériques semblant dater de la fin des années 2000 (alors que le film est prévu pour février 2020 !). Pourtant, une inexplicable identité se dégage de ce film, par ses couleurs criardes, ses maisons clonées à l’infini, son côté « parfait, trop parfait » qui appuie le malaise en créant un décalage entre la folie des personnages et la perfection matérielle absolue.
Si le film passionne tant malgré lui, c’est que son rythme est d’une efficacité redoutable : une heure et demie qui passe comme rien, le concept étant déjà lancé à peine les dix premières minutes écoulées. Tout s’enchaîne bien, sans laisser au spectateur le temps de souffler ni de tenter de rationaliser ce qu’il a sous les yeux. Tant mieux, en un sens. Difficile, en sortant de la salle, de savoir si l’on a aimé ou non. Beaucoup de gens se sont endormis, d’autres paraissaient passablement ennuyés ; c’est compréhensible. Sans adhérer au style dès le début, on ne peut que passer un mauvais moment. Mais si l’hypnose fonctionne, impossible de ne pas être investi à fond dans la longue dégénérescence mentale de ce couple piégé dans une sorte de « jeu » fantastique et malsain. Chaque scène est plus étrange que la précédente, plus incompréhensible dans son intention, même si ce qui se passe à l’écran est tellement littéral qu’il n’y a aucunement besoin de réfléchir pour comprendre ce qui se passe.
Empruntant à The Truman Show sa mise en scène de l’isolement au sein d’un monde factice et trop beau pour être vrai, à Un jour sans fin pour le besoin qu’ont les personnages de tisser un nouveau rapport au temps et à l’espace (questionnant également brièvement la morale, le bien et le mal), ou encore à Mother! pour sa dimension cyclique et conceptuelle, Vivarium est un produit rafraîchissant, mais qui n’arrive jamais à la cheville des inspirations susdites. Ne racontant rien sinon une simple histoire irrationnelle et absurde, bien que s’essayant à une grande parabole sur le foyer et la perte du cocon familial (d’où le titre, évoquant les oiseaux tombés du nid), le film de Lorcan Finnegan a le mérite de pousser son concept dans ses retranchements, s’arrêtant juste à temps pour que l’on pressente ses limites sans pour autant les franchir.
Une curiosité, un trip hallucinant dans lequel Jesse Eisenberg et Imogen Poots ont l’occasion de cabotiner tout en restant convaincants. Difficile d’anticiper la réception qu’aura le film, par la presse comme par le grand public. Car tout en étant très faible sur de nombreux points, il se révèle passionnant et jouissif sur le moment.
Synopsis : À la recherche de leur première maison, un jeune couple effectue une visite en compagnie d’un mystérieux agent immobilier et se retrouve pris au piège dans un étrange lotissement.
Vivarium de Lorcan Finnegan : Extrait
Le film Vivarium de Lorcan Finnegan, est présenté à la Semaine Internationale de la Critique au Festival de Cannes 2019.
Avec Imogen Poots, Jesse Eisenberg, Eanna Hardwicke, Jonathan Aris, Senan Jennings…
Genres : Thriller, Science fiction
Date de sortie: Prochainement (1h 37min)
Distributeur The Jokers
Nationalités Irlandais, Belge, Danois
Présenté en séance de minuit de la sélection officielle du Festival de Cannes 2019,Lux Æterna de Gaspar Noe est une sucrerie, un crachat sur le monde du cinéma, un essai récréatif qui s’amuse de l’imagerie de la sorcellerie pour suivre Charlotte Gainsbourg et Béatrice Dalle au fin fond d’un tournage chaotique.
Plus le Festival de Cannes 2019 avance, plus il est simple de se rendre compte que certains films se répondent. A l’image de Lux Æterna de Gaspar Noe et Nina Wu de Midi Z. Deux films qui parlent avec une tonalité différente des actrices, de la pression qu’elle reçoive sur les plateaux de tournage et comment le cinéma les amène parfois à se dépasser. Lux Æterna commence tout doucement par une simple discussion, rappelant les digressions verbales de Climax, en split screen : en voyant d’un côté la gouaille de Béatrice Dalle débiter rapidement tout un discours sur la sorcellerie au cinéma et les expériences qu’elle a eues en tant que « sorcière » dans un film ; avec de l’autre côté une Charlotte Gainsbourg délicieuse et muette, assez circonspecte devant le phrasé sans vergogne de son acolyte.
C’est amusant et toujours aussi fendard de voir Dalle raconter ses histoires chevaleresques. On se rend compte qu’elles sont sur un plateau de tournage. Les deux actrices jouent leur propre rôle, et petit à petit elles vont devoir bouger de leur siège pour se préparer pour une scène qui verra trois actrices, dont Charlotte Gainsbourg, incarner des sorcières qui seront brulées sur un bûcher. Continuant sa formule visuelle en split screen, le film basculera dans l’anarchie la plus totale. A gauche, une Béatrice Dalle qui tentera de faire tourner la scène et d’haranguer toute son équipe malgré la pression de son producteur et de son chef opérateur. A droite, dans la même temporalité que celle de gauche, une Charlotte Gainsbourg qui fera face à la pression d’un apprenti réalisateur qui souhaite ardemment la voir jouer dans son prochain film et qui devra se préparer pour ladite scène malgré certaines révélations. Comme nous pouvions l’imaginer, un tournage chez Gaspar Noé, ça ne se passe jamais comme prévu : manque de communication, dispute, coup de pression, harcèlement, cri de rage et de peur. Le film dans le film se suit non sans plaisir, et la courte durée du projet (50 minutes) permet à Noé de ne pas partir dans des élucubrations non fortuites. Au contraire, Lux Æterna se permet d’avoir une observation assez acide sur les parasites qui s’immiscent sur les plateaux de tournage et qui sont des « prédateurs » qui ne tentent que de déstabiliser les actrices. Des actrices, qui malgré leur caractère et leur renommée seront toujours les « proies » d’un milieu qui n’a rien de ce qu’on appelle « la famille du cinéma ».
Comme à son habitude, la tension ira crescendo pour épouser les formes d’un final stroboscopique, éreintant et claustrophobe qui n’est pas sans rappeller le générique ahurissant d’Enter The Void. Court, inventif, Lux Æterna n’a pas l’intention de révolutionner la matière organique du cinéma de Noé mais est une récréation assumée entre trois têtes d’affiche d’un cinéma français assez frondeur et qui n’a pas froid aux yeux. Les trois restent dans leur registre et la recette se marie avec délectation, et beaucoup d’éclats de rire (« Heureusement, je suis athée »).
Lux Æterna : Extrait
Synopsis : Deux actrices se racontent des histoires de sorcières.
Le film Lux Æterna de Gaspar Noé, est présenté en séance de minuit au Festival de Cannes 2019.
Avec Béatrice Dalle, Charlotte Gainsbourg..
Genres Drame, Thriller
Durée 0h 50min
Nationalité Français
Le Maghreb a offert de très beaux films à Cannes cette année. Après Papicha, place au premier pas de la Marocaine Maryam Touzani en réalisatrice avec Adam, présenté en Un Certain Regard. Un film sensible porté par deux femmes extraordinaires.
La force d’Adam repose dans sa sagesse. La réalisatrice, actrice du film Razzia, Maryam Touzani montre avec beaucoup d’amour et de douceur la beauté d’être mère. Dans un Maroc où avoir un enfant hors mariage est illégal, Samia erre jusqu’à trouver la porte ouverte d’Abla. Va alors s’en suivre une relation sublime entre ces deux femmes aussi fortes que fragiles dont la pudeur et la générosité font d’elles un duo marquant. Liées par la chose probablement la plus intime que peut posséder une femme, la maternité, elles vont passer de la méfiance à la solidarité grâce à la jolie écriture de Maryam Touzani, aidée de son mari, le réalisateur Nabil Ayouch, pour lequel elle passait devant la caméra l’an dernier. Sensible et très juste, la cinéaste offre de vrais moments de simplicité mais remplis de bonheur. Que ce soit dans la préparation de pâtisseries qui lie très vite les deux femmes, dans les moments amusants qui soudent Samia et la fille d’Abla ou encore dans la drague subtile d’un habitué et les allers et venues des clients qui s’arrachent leurs gâteaux, l’ambiance est simple, belle, agréable et suffit à donner le ton du film et rendre cette rencontre touchante. L’une veut donner son bébé à l’adoption, l’autre réapprend à vivre après la mort de son mari : les deux femmes vont alors s’apporter la joie et la légèreté dont elles ont besoin pour continuer le chemin, se redonner le sourire et la force.
Avec le précédent film de Nabil Ayouch que Maryam Touzani avait co-écrit sur la jeunesse marocaine pleine de fougue et d’envie de révolte, la réalisatrice insère encore ses envies de liberté et d’évolution dans un pays où certains droits sont encore bafoués. Le très fort Sofia avait dernièrement traité le sujet de la parentalité hors mariage avec beaucoup de puissance. Adam s’inscrit dans cette lignée s’attardant davantage sur les sentiments de la mère à l’égard de l’enfant et le choix difficile de donner le nourrisson à l’adoption ou non, à travers des plans d’une grande beauté lorsque Samia découvre son fils et apprend à l’aimer. Adam est efficace, réussi, et parvient à toucher simplement. On ne demandait pas plus pour être emporté. Un titre au masculin pour un film au féminin, Adam comme le premier homme mais des femmes comme uniques chemins pour amener la vie dans un film où la parole des hommes n’est pas centrale, Maryam Touzani redonne toute leur place aux femmes en les affirmant. Les voix féminines se font entendre à Cannes, entre Papicha et Portrait de la jeune fille en feu, les films portés par les femmes et réalisés par elles également, ont offert de bien beaux moments sur la Croisette avec autant de sensibilité que de puissance.
Synopsis : Dans la Médina de Casablanca, Abla, veuve et mère d’une fillette de 8 ans, tient un magasin de pâtisseries marocaines. Quand Samia, une jeune femme enceinte frappe à sa porte, Abla est loin d’imaginer que sa vie changera à jamais. Une rencontre fortuite du destin, deux femmes en fuite, et un chemin vers l’essentiel.
Le film Adam de Maryam Touzani est présenté dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2019
Avec Lubna Azabal, Nisrin Erradi, Douae Belkhaouda
Genre : Drame
Distribué par Ad Vitam
Date de sortie : Prochainement (1h38min)
Nationalités : Marocain, Français, Belge
Ça y est, Game of Thrones c’est fini ! La série la plus populaire de l’histoire fait ses adieux avec un ultime épisode déchirant qui n’en finira pas de diviser par ses choix, mais qui conclut en beauté ce phénomène planétaire.
All Good Things Come To An End, chantait Nelly Furtado en 2007. Douze ans plus tard, nous sommes bien d’accord, toutes les bonnes choses ont effectivement une fin. Game of Thrones tire sa révérence après neuf années où les passions se sont déchaînées, les spoils ont fusé, les discussions à la machine à café se sont enflammées. Un véritable phénomène de société à l’impact planétaire. Aucune autre série n’aura jamais rien réussi de tel. Jusqu’à repousser et redéfinir les limites de la série, à coup de spectaculaires batailles et de déferlements d’effets spéciaux.
Objet unique donc, qui, sans aucun doute, en appellera d’autres, au vu du succès tonitruant du show de HBO. Et comme tout phénomène de société, comme tout produit de masse, comme toute œuvre suscitant des passions déraisonnées : il y a division. Et pour sûr, ce final n’y échappera pas.
LE DEVOIR EST LA MORT DE L’AMOUR
Cet ultime épisode débute sur le visage horrifié et désespéré de Tyrion, errant entre ruines et cadavres calcinés par le barbecue de la veille déclenché par Daenerys. Kings Landing n’est que feu et cendres. L’hiver est bien terminé, mais l’aube est terne. Ce n’est plus de la neige, mais une cité en poussière. Le chaos va laisser des traces. Jon Snow essaye tant bien que mal de raisonner un Ver Gris plus déterminé que jamais à obéir aux ordres sanguinaires de sa reine. Tyrion continue d’errer jusqu’aux tréfonds du royaume déchu. Dans la seule lueur, la main d’or de son frère Jaime. Le dernier des Lannister retire les pierres et l’on aperçoit les deux corps de Jaime et Cercei. Magnifique séquence, d’une grande intensité émotionnelle, mettant en lumière encore une fois l’excellente partition de Peter Dinklage, implacable depuis la saison 1. Les larmes coulent des deux côtés de l’écran, et ce ne sera pas la dernière fois.
Daenerys, pas descendue de son égotrip libérateur et meurtrier, promet que la guerre n’est pas finie tant que les lances n’auront pas libéré « tous les peuples de Winterfell à Dorne, de Port-Lannis à Quarth, des îles d’Eté à la mer de Jade ». Le début de la tyrannie. Retour à la case départ à Westeros. Tyrion assume ses choix et défie la Mad Queen en jetant au sol son pin’s de Main du Roi. Passez par la case prison.
La scène de cachot qui s’ensuit entre Jon et Tyrion, scellera le sort de Dany. « L’amour est plus fort que la raison » lâche Tyrion. « L’amour est la mort du devoir » rétorque Jon Snow en citant Mestre Ameon. « Parfois, le devoir est la mort de l’amour ». Fin du game. Tyrion vient de planter une petite graine dans l’esprit de Jon Snow. « Vous devez choisir maintenant » lâche-t-il en dernier espoir. Jon Snow face à son destin.
LA LOYAUTÉ OU LA RAISON
Meurtri, Jon Snow rejoint sa douce-tata dans la salle du trône, enfin ce qu’il en reste. Alors qu’elle a à peine goûté au plaisir de s’asseoir sur le trône de fer et dans une dernière tirade passionnée et aveugle, Daenerys est poignardée en plein cœur. Jon nouveau régicide. Rage de colère, Drogon détruit le symbole ultime du pouvoir. Le trône n’est plus que lave et le dragon emporte le corps gisant de sa mère dans les nuages. La destinée Targaryen s’envole avec ses derniers espoirs de pouvoir.
RIEN N’EST PLUS PUISSANT QU’UNE BONNE HISTOIRE
Qui pour régner ? Le jeu des trônes n’est pas terminé, et dans son ultime demi-heure, la série va conclure ce qui nous animait depuis le début. La fin d’épisode est forcément troublante, déroutante. Il est en effet toujours délicat de faire face à ce que l’on a attendu depuis les premières heures. Lors d’un conseil animé par invectives et indécisions entre les derniers rois de Westeros, on rembarre le tonton relou et Samwell Tarly propose une démocratie directe – quelle drôle d’idée tiens-donc. C’est finalement Tyrion, clé de voûte de cette saga, qui opte pour Bran, « gardien de nos histoires ». Apprendre des erreurs passées pour envisager l’avenir. Qui de mieux que la mémoire incarnée pour gouverner ? Il n’est plus question de faire table rase du passé, mais de s’en servir. Plus que la loyauté indéfectible de Jon Snow, pourtant roi légitime, c’est l’Histoire qui apportera la paix. En ces temps troubles sur une autre planète, appelée Terre, le clin d’œil est astucieux, à défaut d’être subtil.
Tyrion récupère son statut de Main du Roi et Sansa obtient l’indépendance du Nord. Jon Snow, lui, est renvoyé à la garde de nuit où il retrouve Tormund et Ghost. Le jeu d’échiquier arrive à terme.
EN FINIR
Il est difficile d’admettre que finir une série, avec une telle densité narrative, en seulement six épisodes était une bonne idée. Partant de ce postulat, il était obligé d’enchaîner les raccourcis, d’accélérer les décisions (quid de certaines incohérences) quitte à ce qu’elles soient dures à digérer. Mais les choix de David Benioff et D.B. Weiss n’étaient résolument pas mauvais, bien au contraire : ils étaient malins et surprenants. Construits dans le sang et la sève de la série, avec un véritable sens du show. Mais, il est certain que l’ajout d’épisodes supplémentaires pour conclure la saga aurait mieux fait passer la pilule à bon nombres de déçus.
La chaîne américaine HBO était prête à donner plus de budget pour la saison 8 de Game of Thrones et donc, avoir plus d'épisodes que prévus, mais les producteurs David Benioff et D.B Weiss ont refusé, estimant que 6 épisodes étaient assez pour conclure la série. pic.twitter.com/NyjAZCxnh7
C’est la loi des phénomènes de masse, jamais incontestable et incontestée. Finir sur une note positive une série qui nous aura tant surprise par son sens de la cruauté, de l’injustice et de la surprise a de quoi perturber.
– « Personne n’est vraiment satisfait, j’imagine que c’est un bon compromis » explique Tyrion à Jon, comme ultime pied de nez.
– « Est-ce juste, tout ce que nous avons fait ? », demande Jon. ; « Redemandez-moi dans dix ans » rétorque Tyrion. Pari tenu.
En abandonnant définitivement son versant nihiliste, Game of Thrones propose un dernier tiers déchirant et inoubliable ; iconique à chacun de ses mouvements, magnifiant les destinées de chacun. Des adieux dignes. Sansa, Aryan, Jon, Bran et consort nous disent adieu et filent vers leur avenir en nous laissant orphelins. Arya la solitaire vogue découvrir de nouveaux horizons, Sansa devient la « Queen on the North ». La série débuta avec les Stark et se termine avec les Stark. La boucle est bouclée.
Désormais, il nous reste le souvenir d’un show unique en son genre qui aura su rassembler comme jamais auparavant, faisant des lundis une communion spéciale, un souvenir impérissable, qu’il sera dur de combler. « And now, our watch has ended. »
Le 72ème Festival de Cannes a commencé à séduire doucement connaissant peu de coups d’éclats mais quelques belles surprises. La deuxième semaine promet de bien belles claques de cinéma, mais en attendant de les découvrir, retour sur quelques films vus par nos rédacteurs. D’une séance spéciale d’Alain Cavalier en faisant un grand détour à la Quinzaine des Réalisateurs avec Alice et le maire ou encore First Love, jusqu’à Liberté d’Albert Serra et Jeanne de Bruno Dumont à Un Certain Regard, voici un pêle-mêle des films qui font Cannes 2019.
Cannes 2019 : Le Récap cinéma de la première semaine
Être Vivant et le savoir, de Alain Cavalier (séance spéciale)
Alain Cavalier nous offre une belle parenthèse désenchantée avec Etre vivant et le savoir. Un moment assez unique de compassion et de synthèse dans ce Festival de Cannes 2019. Il est difficile de décrire cette oeuvre qui s’étalonne entre le documentaire et la fausse fiction pour donner vie à un chant du cygne sur le deuil, le processus de création et la solitude même que peut procurer de tels projets. Mais le cinéaste donne vie à ce film aussi et surtout pour rendre un humble mais vibrant hommage à sa comparse scénariste, morte suite à son combat face à la maladie, Emmanuèle Bernheim. On ne saisit pas forcément toutes les idées d’Alain Cavalier lorsqu’il prend sa caméra pour filmer les éléments et détails de sa vie domestique, mais nous sommes d’emblée frappés par la simplicité du trait et la capacité du cinéaste à pouvoir nous émouvoir par le biais d’un dispositif minimaliste.
Liberté aurait dû faire l’objet d’un article à part entière, mais pour la première fois de ma vie, j’ai quitté une salle de cinéma avant le terme du film. 45 minutes de souffrances que je n’imaginais pas voir s’étendre sur 2h20. Filmé uniquement en plans fixes, sans aucune idée de mise en scène, avec de rares dialogues mais tous insupportables d’obscénité, Liberté est d’une vanité mortelle : 45 minutes où je n’ai rien vu d’autre que des hommes en habits typiques du mondain du XVIIe siècle errer dans une forêt nocturne tout en se masturbant, et en planifiant la réalisation de leur prochain fantasme sexuel. Appelant à des thématiques similaires, Fellini avait réalisé son célèbre Casanova ; Albert Serra n’offre que du vide, dont le rejet ne s’explique même pas par une quelconque intention provocatrice, sinon par l’horrible impression que le réalisateur se moque royalement de son spectateur… Une infamie indigne du cinéma.
Alice et le maire, de Nicolas Pariser (Quinzaine des Réalisateurs)
Les comédies ont désormais bien leur place à Cannes. Nicolas Pariser prouve son talent d’écriture dans des dialogues voire des monologues très bien interprétés par Fabrice Luchini, définitivement bon orateur, et Anaïs Demoustier, avec qui il forme un duo plein de charmes. Une comédie sur la politique risquait pourtant la caricature et l’ennui mais le réalisateur ne s’y heurte pas et offre au contraire un film intelligent qui évite tous les pièges. Des punchlines lancées directement au Président, il y en a peu, elles sont bonnes mais elles ne sont pas le gros morceau du film, qui choisit, au contraire, de dresser un tableau mitigé du monde politique actuel sans rendre responsables pleinement les têtes du pays d’aujourd’hui. Les torts sont partagés et les rires dans la salle, aussi.
« Big John » recevait cette année au Festival de Cannes une palme toute particulière : le Carrosse d’or, récompensant sa carrière pour son indépendance et l’aspect novateur de ses films. Précédant la masterclass du cinéaste, The Thing était projeté au théâtre Croisette afin de rappeler à toutes les générations de cinéphiles présentes que son chef-d’œuvre n’a pas pris une ride. Au contraire, The Thing est encore, 37 ans plus tard, une leçon de cinéma. Ce qui frappe d’entrée, ce sont les bruitages et l’ambiance sonore composés par Carpenter lui-même, et qui dans une telle salle jouissant d’une bonne sonorisation offrent un rendu des plus immersifs. Les effets visuels, les décors, les créatures sont encore impressionnants de réalisme ; le rythme est toujours aussi parfait. Qu’on le voie pour la première ou la énième fois, c’est toujours un immense plaisir de redécouvrir The Thing, l’un des plus grands thrillers du cinéma.
Give me Liberty, de Kirill Mikhanovsky (Quinzaine des Réalisateurs)
Le film russe est un joyeux bordel comme on dit, l’humour assez rustique ne fera pas rire tout le monde mais permettra de passer un bon moment en compagnie de tous ces personnages atypiques. Mais Mikhanovsky est loin de se contenter de faire rire sur un sujet fort, la place des marginaux dans cette Amérique rêvée, le réalisateur glisse quelques scènes puissantes où le changement de format permet davantage d’adhérer aux idées et de prendre les émotions en plein visage, autant visuellement qu’idéologiquement. Le groupe est au centre de ce festival et se place en personnage central de nombreux films après la cité des Misérables et le village de Bacurau. Give me Liberty dynamite un peu la Quinzaine avec son côté punk entraînant.
L’un des plus grands cinéastes français actuels, Bruno Dumont, revient au Festival de Cannes avec sa suite de Jeanette. Cette fois ci, Jeanne nous dévoile l’adolescence de la jeune fille et sa mise à mort. Avec un schéma moins chancelant, moins porté sur l’humour, il trouve le parfait équilibre entre sa volonté d’inscrire ses oeuvres dans une tonalité théatrale tout en retrouvant parfois son style d’antan, sombre et délabré. Mais derrière ce récit, c’est surtout la bande son et les apparitions musicales de Christophe qui nous éblouira et qui sera l’un des moments marquants de ce Festival.
First Love, de Takashi Miike (Quinzaine des Réalisateurs)
Le réalisateur de Audition, Visitor Q et même Ichi The Killer pose ses bagages à Cannes pour le plus grand plaisir des festivaliers. Loin des vociférations nihilistes et ultra violentes des films cités en amont, First Love s’avère être une petite bouffée d’air frais qui éblouit la Quinzaine de son versant parodique. On s’amuse du début à la fin dans un marasme de scènes d’actions bien troussées qui contiennent un sens du comique burlesque et outrancier qui fait mouche à chaque fois. First Love s’amuse avec allégresse des films de yakusa et de gangsters et ne s’en cache absolument pas. Construit en serpentin, le scénario n’est qu’un pur prétexte pour voir tous les protagonistes se retrouver au même lieu afin de se mettre sur la tronche et d’exposer la force de frappe visuelle du film. Un condensé virevoltant d’actions et de comédie.
Forman vs Forman, de Helena Trestikova et Jakub Hejna (Cannes Classics)
Belle surprise que ce documentaire consacré à la légende Milos Forman. Sa particularité, et sa grande qualité, est d’être entièrement monté à partir d’images d’archives et narré par Forman lui-même. On découvre ainsi un regard personnel d’un homme sur sa propre œuvre, faisant part de ses doutes, de ses regrets, de ses frustrations comme de ses moments de grâce, rendant ce documentaire touchant et intime. Intime, Forman vs Forman l’est d’autant plus lorsque l’on découvre certaines vidéos privées, capturées par Milos ou bien sa femme lors de scènes de vie familiale quotidiennes, plongeant le spectateur dans l’intimité d’un foyer normal, humain, passionné. Aussi le documentaire retrace-t-il moins sa carrière de cinéaste que sa vie personnelle, mais qui, de fait, a toujours été le point de départ de ses créations. Le cinéma au service de l’homme, de la vie, du bonheur, et comme forme ultime de leur expression.
La célèbre salle Buñuel du Palais cannois, réservée aux projections Cannes Classics, a enfin le droit cette année à un cycle consacré au réalisateur éponyme : Luis Buñuel. Découvrir Los Olvidados, c’est replonger dans le Mexique des années 40-50, pauvre et meurtri par la délinquance. Buñuel tourna sur place, avec un mélange d’acteurs professionnels et de citadins locaux ; et c’est aussi pour cela que ce film dramatique sonne si vrai. Dans une copie 4K exceptionnelle restaurée pour l’occasion, suivre la vie de ces pauvres gens à travers les yeux des enfants n’a jamais été aussi déchirant. Los Olvidados est tragique, injuste, cruel parfois, mais il est surtout un témoignage poignant d’un pays et d’une époque, où l’espoir et les sourires se rencontraient à chaque coin de rue, avant que la mort et l’injustice ne les attendent au croisement d’après. La vie, quoi. À voir absolument.
La Gomera nous invite à s’évader tranquillement dans les lieux communs du polar et du film noir. Sans prétention aucune, La Gomera arrive aisément à lier le cinéma de genre et ses codes habituels avec un humour assez caustique. Un divertissement assez malin et doté d’une tenue visuelle indéniable, sans parler de son actrice principale diaboliquement charmante. Certes, on pourrait discuter et débattre sur la pertinence de voir le film en compétition du Festival de Cannes au regard de la qualité des autres œuvres, mais le jeu du chat et de la souris auquel nous assistons avec La Gomera s’avère facilement récréatif et bienvenue.