Once Upon A Time in Hollywood : la tragédie Sharon Tate inspire le cinéma

Le cinéma a t-il à être décent ? Dans le cadre de notre cycle sur les tueurs en série au cinéma, on traite le tragique meurtre de Sharon Tate par la secte de Charles Manson. D’American Horror Story à Once Upon A Time Hollywood, ce meurtre, qui marqua le monde du cinéma dans les années 60, continue de fasciner le 7ème art. Retour sur cette relation morbide entre l’écran et le drame.

6 août 1969. L’horrible s’abat sur Sharon Tate, jeune actrice américaine, alors enceinte de huit mois. Épouse du réalisateur Roman Polanski, elle se retrouve victime de la folie de trois membres de La Famille, secte dégénérée du tueur et gourou Charles Manson. Les assassins veulent venger Charles Manson d’un producteur de musique qui aurait refusé de signer avec le tueur en série. Sauf qu’ils se trompent de logement, le producteur ayant déménagé. Cela ne suffira pas à les faire partir : le trio massacre tous les habitants de la maison. Les amis présents ce soir-là connaîtront un sort funeste. Steve Parent, un ami, est abattu par quatre balles de revolver. Le producteur Wojciech Frykowski et sa fiancée Abigail Folger seront massacrés, laissés gisant sur le gazon du jardin. L’actrice Sharon Tate poignardée à de multiples reprises et suspendue par une longue corde de nylon. Pour ce meurtre, tous les membres seront punis par de longues peines de prison (la majorité y étant encore) et Charles Manson sera condamné à mort, avant que la sentence soit commuée en réclusion à perpétuité.  Ce fait divers tragique marque à l’époque le milieu du cinéma.

C’est sans compter sur l’obsession d’Hollywood pour le macabre, qui s’est emparé de cette tragédie à plusieurs reprises. En 2004, le téléfilm Helter Sketler reproduisait à l’écran le massacre de la villa. Sharon Tate n’était pas au cœur de l’histoire, qui était plus centrée autour de La Famille.  L’année 2019 marque le 50ème anniversaire de la mort de l’actrice, et de nombreux projets adaptés de sa fin tragique vont bientôt voir le jour. Sorti le 5 avril aux états-unis, The Haunting of Sharon Tate reprend le drame sous l’angle du film d’horreur. Conspué publiquement par Debra Tate, sœur de la défunte artiste, le métrage passe inaperçu et essuie un immense échec critique. Cette adaptation pose alors une question à creuser : est-il de bon ton, ou sensé, de se servir de ce meurtre pour un film d’horreur ? Le cinéma a t-il à être décent ? S’interroger sur ces notions est inévitable dès lors que l’on sait que c’est Quentin Tarantino qui s’attaque à ce terrible événement.

Quand le projet Once Upon a Time in Hollywood a commencé à faire parler de lui, il s’agissait apparemment d’une adaptation entièrement consacrée à Charles Manson, sa secte et Sharon Tate. Au fur-et-à-mesure de la production, de nouvelles infos ont émergé. A la surprise générale, les deux personnages principaux semblent à priori loin du drame car ils sont..entièrement fictifs. Rick Dalton, une star de télé (Leonardo Di Caprio) et Cliff Booth, sa doublure (Brad Pitt), occuperont les premiers rôles et conteront la métamorphose d’un Hollywood qui leur échappe. Pourtant Sharon Tate sera bien dans le présent sous les traits de Margot Robbie, Charles Manson sera interprété par Damon Herriman, et tous les assassins de l’actrice ont bien été castés. Mais il est curieux de traiter une telle affaire pour ne la relayer qu’en second plan.

La secte du gourou Manson sera t-elle uniquement une toile de fond ? Si l’on peut se le demander, la vraie question est finalement : le massacre aura t-il bien lieu ? Lors de son meurtre, Sharon Tate était enceinte de huit mois. Pourtant selon la bande-annonce, aucune trace d’une quelconque grossesse. Et si Tarantino nous la faisait à la Inglorious Basterds où il ré-écrivait l’Histoire tuant Hitler de plusieurs balles dans un auditorium ? Pourrait-il épargner Sharon Tate, lui donnant une nouvelle vie au cinéma ?  Chose surprenante d’ailleurs, Debra Tate a validé le projet de Tarantino. Elle a même confié à TMZ :  « Ce film n’est pas ce que l’on croit attendre d’un film qui combine les noms de Tarantino et Manson ». De quoi peut-être rassurer ceux effrayés à l’idée de voir le réalisateur de Kill Bill utiliser ce meurtre pour satisfaire son appétence pour le sang et le gore. Une décence pas au goût de tous. La saison Cult de American Horror Story reproduisait la scène dans son plus grand effroi. Le showrunner de la série Ryan Murphy racontait au sujet de cet épisode et du personnage Charles Manson :« Je travaillais là-dessus et je faisais des recherches, raconte-t-il, mais ça ne me paraissait jamais approprié, car ça avait déjà été fait un million de fois et je ne savais pas comment proposer quelque chose de nouveau, mais je ne pouvais pas m’empêcher de revenir à cette idée du culte de la personnalité. » Car au travers de cette horrible tragédie, c’est aussi le tueur Charles Manson qu’on raconte. Son ombre plane encore largement sur le cinéma dans un rapport doux-amer. Quelle place accorder au diable et à ses meurtres ?

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