Lux-aeterna-film-gaspar-noe-critique-cannes2019-seance-de-minuit

Cannes 2019 : Lux Æterna de Gaspar Noé, tournage chaotique

Présenté en séance de minuit de la sélection officielle du Festival de Cannes 2019, Lux Æterna de Gaspar Noe est une sucrerie, un crachat sur le monde du cinéma, un essai récréatif qui s’amuse de l’imagerie de la sorcellerie pour suivre Charlotte Gainsbourg et Béatrice Dalle au fin fond d’un tournage chaotique. 

Plus le Festival de Cannes 2019 avance, plus il est simple de se rendre compte que certains films se répondent. A l’image de Lux Æterna de Gaspar Noe et Nina Wu de Midi Z. Deux films qui parlent avec une tonalité différente des actrices, de la pression qu’elle reçoive sur les plateaux de tournage et comment le cinéma les amène parfois à se dépasser. Lux Æterna commence tout doucement par une simple discussion, rappelant les digressions verbales de Climax, en split screen : en voyant d’un côté la gouaille de Béatrice Dalle débiter rapidement tout un discours sur la sorcellerie au cinéma et les expériences qu’elle a eues en tant que « sorcière » dans un film ; avec de l’autre côté une Charlotte Gainsbourg délicieuse et muette, assez circonspecte devant le phrasé sans vergogne de son acolyte.

C’est amusant et toujours aussi fendard de voir Dalle raconter ses histoires chevaleresques. On se rend compte qu’elles sont sur un plateau de tournage. Les deux actrices jouent leur propre rôle, et petit à petit elles vont devoir bouger de leur siège pour se préparer pour une scène qui verra trois actrices, dont Charlotte Gainsbourg, incarner des sorcières qui seront brulées sur un bûcher. Continuant sa formule visuelle en split screen, le film basculera dans l’anarchie la plus totale. A gauche, une Béatrice Dalle qui tentera de faire tourner la scène et d’haranguer toute son équipe malgré la pression de son producteur et de son chef opérateur. A droite, dans la même temporalité que celle de gauche, une Charlotte Gainsbourg qui fera face à la pression d’un apprenti réalisateur qui souhaite ardemment la voir jouer dans son prochain film et qui devra se préparer pour ladite scène malgré certaines révélations. Comme nous pouvions l’imaginer, un tournage chez Gaspar Noé, ça ne se passe jamais comme prévu : manque de communication, dispute, coup de pression, harcèlement, cri de rage et de peur. Le film dans le film se suit non sans plaisir, et la courte durée du projet (50 minutes) permet à Noé de ne pas partir dans des élucubrations non fortuites. Au contraire, Lux Æterna se permet d’avoir une observation assez acide sur les parasites qui s’immiscent sur les plateaux de tournage et qui sont des « prédateurs » qui ne tentent que de déstabiliser les actrices. Des actrices, qui malgré leur caractère et leur renommée seront toujours les « proies » d’un milieu qui n’a rien de ce qu’on appelle « la famille du cinéma ».

Comme à son habitude, la tension ira crescendo pour épouser les formes d’un final stroboscopique, éreintant et claustrophobe qui n’est pas sans rappeller le générique ahurissant d’Enter The Void. Court, inventif, Lux Æterna n’a pas l’intention de révolutionner la matière organique du cinéma de Noé mais est une récréation assumée entre trois têtes d’affiche d’un cinéma français assez frondeur et qui n’a pas froid aux yeux. Les trois restent dans leur registre et la recette se marie avec délectation, et beaucoup d’éclats de rire (« Heureusement, je suis athée »). 

Lux Æterna : Extrait

Synopsis : Deux actrices se racontent des histoires de sorcières.

Le film Lux Æterna de Gaspar Noé, est présenté en séance de minuit au Festival de Cannes 2019.

Avec Béatrice Dalle, Charlotte Gainsbourg..
Genres Drame, Thriller
Durée 0h 50min
Nationalité Français

Plus d'articles
ringo-lam-full-alert
Full Alert : L’épitaphe de Hong-Kong par Ringo Lam