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I Need A Ride To California, par Morris Engel – balade inachevée dans les images de la culture hippie

Carlotta Films a sorti le 10 mars le coffret Outside Morris Engel & Ruth Orkin. Composé de de 3 Blu-Ray, en plus de courts-métrages et publicités réalisés par Morris Engel et de quatre documentaires et archives sous forme de courts-métrages, le coffret contient quatre longs-métrages : Le petit fugitif (1953), Lovers and lollipops (1955), Weddings and babies (1958) et I Need A Ride To California (1968). C’est à ce dernier que cette critique s’intéresse. Le film, en effet a la particularité de n’être jamais sorti en salles, car inachevé et il demeure inédit en France. Également disponible seul en DVD, I Need A Ride To California a été restauré par le MoMA, avec le soutien du Celeste Bartos Preservation Fund.
Une question demeure : que nous disent les images de ce film inachevé ?

I Need A Ride To California dure une heure et seize minutes. Si cela s’annonce déjà trop court pour nous conter une histoire digne de ce nom, c’est parce que c’est le cas. Le film ne raconte pas à proprement parler un milieu, un début et une fin. Bien qu’additionné d’un synopsis dépeignant la jeune Lilly, californienne venue à New York à la fin des années 60 pour y vivre la révolution hippie, le long-métrage s’en affranchit dès les premières minutes pour briser le quatrième mur, lorsque l’actrice nous informe qu’on va tourner un film sur sa vie. Tout au long de son déroulement, I Need A Ride To California mélangera les codes, montrant au spectateur un film, ponctué çà et là de visions hors champ : caméras, équipes, techniques, clap et perches installés dans New York pour mieux tourner ces scènes qui nous sont données à voir.

Le film s’insère dans la filmographie de Engel pas seulement par son affranchissement de son scénario, mais aussi par son apparente intrigue décousue, faite d’un montage qui accroche les unes aux autres des séquences dans lesquelles l’absence des scènes n’ayant pas été tournées se fait sentir. C’est pourquoi il incombe au spectateur – sous peine de s’ennuyer – de comprendre que I Need A Ride To California n’est pas un film qui raconte une histoire, mais qu’il s’agit plutôt d’un film qui se regarde, s’écoute, se ressent. Il s’agit là d’un témoignage de son époque : point ici de reconstitution d’une culture hippie beaucoup fantasmée (et pas qu’au cinéma), le long-métrage inédit montre avec sincérité comment vivaient les hippies dans le New York de la fin des années soixante.

Une certaine poésie émane également bien sûr des images, très bien mises en musique par des chansons spécialement composées pour l’occasion, qui raconte de manière très prosaïque les errances – promenades – des personnages. Le film alterne entre ces doubles balades (balades dans les rues et ballades musicales) et de longues scènes de dialogue qui perdent néanmoins leur force dans l’extrême lenteur et l’impression de flottement du propos. Elles parviennent néanmoins à transmettre au spectateur cette recherche de sens que ressentent les personnages.

Au final, I Need A Ride To California est un film éminemment contemplatif, qui fait la part belle à l’art et à une forme de témoignage, mêlé à un regard porté sur la vie à la fois léger (matériellement) et complexe (en termes de réflexion). Metaréférence, métacinema, vrai ou faux documentaire ? Plus qu’un ouvrage de divertissement (s’il a jamais été pensé ainsi), c’est une pièce de cinéma, interrogeant sur le septième art au moyen d’une mise en abyme qui ne traite pas d’un film dans un film, mais de ce film dans ce même film…

I Need A Ride To California, Morris Engel

80 minutes, couleurs, 4k

Inédit en France, restauré par le MoMA et le Celeste Baron Preservation Fund

avec Lilly Shell, Rod Perry, Greer St John

Pas de bande-annonce disponible

Date de sortie en DVD/Blu-Ray : 10 mars 2021

Paul à la maison, affronte la solitude

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Pour le neuvième tome des aventures de Paul, son alter ego, le québécois Michel Rabagliati montre son personnage dans une situation peu encourageante : dépressif parce que seul, vieilli (51 ans), et en proie à de gros doutes sur sa capacité à affronter les réalités de la vie alors que sa mère file un mauvais coton.

L’action est située en 2012, alors que Paul est désormais un auteur de BD reconnu (habitué du salon du livre de Montréal), invité à parler de son métier par des enseignants d’un institut pour jeunes en difficultés. Mal informés par leurs profs, les jeunes insolents ne font pas la différence entre une BD et un film d’animation. Paul oscille donc entre la reconnaissance et les difficultés de la vie de tous les jours. Et si l’album permet de profiter une nouvelle fois de l’ironie mordante de son auteur, force est de reconnaître que le titre ne correspond pas exactement à son contenu. En effet, malgré un certain nombre de soucis domestiques, Paul ne passe pas exactement son temps confiné à la maison. Chez lui, il profite d’un jardin où son pommier présente des signes de fatigue et où la piscine ne semble guère utilisable pour le moment. N’oublions pas le sympathique voisin qui l’appelle régulièrement, tout en ayant chaque fois une idée derrière la tête.

La vie avec Biscuit

Concrètement, Paul affiche régulièrement une mine de déterré, avec une barbe de plusieurs jours. De plus, il semble constamment à la bourre. En effet, avec tout ce qu’il doit gérer, il dort peu et mal. À tel point qu’il va voir son médecin pour faire le point. C’est ainsi qu’il accepte de faire un test pour savoir s’il ne ferait pas par hasard de l’apnée du sommeil. L’appareillage se révèle tellement lourd à installer que, de toute façon, Paul se prépare une nuit particulièrement courte… Mais tout cela ne représente qu’un inconvénient mineur par rapport à tout ce qu’il affronte avec la cinquantaine. En effet, Paul doit composer avec la solitude, puisque Lucie l’a quitté. La vie de famille s’éloigne d’autant plus que leur fille, Rose, 19 ans, qui n’a jamais poussé l’aventure bien loin, a décidé de s’installer à Londres ! L’entourage de Paul risque de se résumer à la compagnie de son chien Biscuit. Cela explique certainement que Rabagliati imagine Biscuit commentant régulièrement pour son compte, ce qui se passe autour de lui.

Amour filial

Le vrai souci pour Paul est la santé déclinante de sa mère. C’est l’occasion une nouvelle fois pour Michel Rabagliati de proposer un beau paquet de planches particulièrement émouvantes, à l’image de ce qu’il avait concocté pour la fin du beau-père de son personnage, dans Paul à Québec (2009). Ce sera l’occasion de faire remonter à la surface quelques souvenirs familiaux et d’évoquer avec tendresse la mère de Paul, mariée trop jeune et divorcée deux fois, mais qui lui a donné suffisamment pour qu’il se sente désemparé en la sentant au bout du rouleau. Paul se montre admiratif devant son courage.

Ironie, style et humour

Tous ces ennuis n’empêchent pas Paul de rester égal à lui-même. Il s’indigne donc régulièrement de certaines situations (l’habitation incroyablement impersonnelle dans laquelle sa mère fait face), ironise sur ce qu’on lui fait subir (parmi les détails hilarants, voir la façon dont il dessine à un moment avec un système destiné à soulager son mal de cou). Rabagliati termine également un chapitre en mettant en parallèle de façon irrésistible la façon dont l’émondeur traite le pommier malade de Paul avec la façon dont le dentiste lui arrache une dent. C’est l’occasion pour admirer le travail du dessinateur qui n’a pas son pareil pour choisir des postures extrêmement parlantes, sans avoir à forcer le trait. Avec un style très souvent stylisé, il parvient à croquer ses personnages pour les rendre dynamiques et expressifs. Ce qui ne l’empêche pas de soigner les détails, en particulier sur les décors. En ce sens, l’illustration de couverture est particulièrement révélatrice, avec des détails réalistes pour l’extérieur, alors que Paul et son chien n’apparaissent que sous la forme de silhouettes en contre-jour.

Parenthèse technique

Enfin, Paul se montre toujours technicien passionné par son métier. S’il renonce finalement à innover pour l’album sur lequel il travaille, il remarque sur l’autoroute des détails en lien avec ses connaissances professionnelles. Il en profite pour expliquer ce qu’il constate pour la police d’écriture des panneaux de signalisation. Avec d’autres auteurs, on pourrait soupçonner du remplissage pour combler un certain manque d’inspiration. Avec Michel Rabagliati, on entre dans des détails qui finissent par devenir savoureux grâce à sa façon de présenter l’enchaînement des décisions administratives.

Dépressif mais pas cafardeux

Dans un noir et blanc d’une belle lisibilité, cet album de 160 planches (plus 20 pages), allie donc l’émotion habituelle au personnage avec pas mal de situations qui permettent au dessinateur de donner libre cours à son besoin d’exprimer son désarroi devant un monde qui, à force de viser l’efficacité, devient de plus en plus froid et impersonnel. Michel Rabagliati fait de la crise de la cinquantaine, une période qui lui permet d’ajouter une facette typique à son personnage fétiche, toujours aussi sensible et à l’affût des travers qu’il observe dans le comportement de ses semblables. Enfin, le parler québécois participe une nouvelle fois au charme de l’album, avec quelques expressions qui font leur effet !

Paul à la maison, Michel Rabagliati
La Pastèque, janvier 2020

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« À la recherche de l’Amazonie oubliée » : terra incognita

Dans À la recherche de l’Amazonie oubliée, Laure Garancher nous propose un voyage des plus dépaysants : une visite guidée en Amazonie, accompagnés de scientifiques de tous bords, mais aussi d’une mygale et d’un anaconda particulièrement prolixes.

Immense région naturelle d’Amérique du Sud, l’Amazonie est connue pour sa forêt luxuriante, ses animaux exotiques et l’empreinte grandissante de l’homme sur son écosystème. Le cinéma a longtemps contribué à véhiculer ces représentations, avec des films tels que La Forêt d’émeraude (John Boorman, 1985), Anaconda (Luis Llosa, 1997) ou The Lost City of Z (James Gray, 2016). L’album de Laure Garancher permet d’explorer plus avant ce territoire encore partiellement méconnu. La scénariste et dessinatrice française fait en effet de l’Amazonie son personnage principal et choisit de s’éloigner des canons narratifs de la bande dessinée pour mieux se pencher sur ce que la science peut nous apprendre de cette région qui couvre pas moins de neuf pays.

À la recherche de l’Amazonie oubliée s’appuie sur une expérience personnelle. Laure Garancher a été impliquée, en tant que dessinatrice de terrain, dans un projet de recherche en archéologie amazonienne. Elle y a côtoyé des scientifiques qui, chacun à leur manière, lui ont offert une nouvelle manière d’appréhender cette vaste région. Ce qu’elle restitue dans l’album, avec ses dessins et ses aquarelles, c’est précisément ce regard curieux et pétillant posé sur un monde quasi inaccessible. Un double mouvement conditionne alors la lecture : la découverte de faits et de spécificités propres à ce territoire, mais aussi la confrontation avec des zones d’ombre que la lumière scientifique tarde à éclairer. Dans une très large mesure, l’Amazonie demeure une terra incognita sur laquelle les chercheurs vont encore longtemps investiguer.

Cela n’empêche pas Laure Garancher de se montrer généreuse en données scientifiques. À force de précisions et d’anecdotes, le lecteur va se familiariser avec les civilisations amérindiennes, leurs agglomérations et canaux, leur système de champs surélevés pour faire pousser des cultures, leurs tatouages ou la manière dont ils ont favorisé la biodiversité amazonienne. La présence d’une unité du CNRS en pleine forêt tropicale nous fait croiser la route d’ethnobotanistes, d’anthracologues ou encore d’archéologues. Les vers de terre, le chamanisme, les sites de polissoirs, les champignons « contrôlant » les fourmis, les desmodus rotundus, les relevés LIDAR, les montagnes couronnées amazoniennes sont tour à tour évoqués, de même que l’organisation vertigineuse que nécessite une mission comme celle de LongTIme. L’influence des sociétés précolombiennes sur l’écosystème local forme quant à elle le cœur de l’album.

On a finalement le sentiment que le lecteur se balade dans cette bande dessinée exactement comme l’a fait Laure Garancher dans la forêt amazonienne. Il s’instruit en papillonnant, grâce à l’expertise des scientifiques, mais aussi la naïveté de deux personnages loufoques, un anaconda et une mygale souvent ironiques entre eux et vis-à-vis des humains. Instructive sans être encyclopédique, À la recherche de l’Amazonie oubliée constitue une porte d’entrée intéressante vers les mystères amazoniens.

À la recherche de l’Amazonie oubliée, Laure Garancher
Delcourt, mars 2021, 144 pages

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La meilleure façon d’espionner quelqu’une sur Snapchat gratuitement

L’application Spy Snapchat est une application qui suit les comptes Snapchat sur les téléphones iPhone ou Android de vos enfants ou employeurs pour vérifier leurs activités.

C’est une application d’observation qui vous permet de garder un œil sur les messages instantanés de Snapchat, d’enregistrer les frappes au clavier et de capturer des captures d’écran. Il filtre également les messages SMS, les voix d’appel, les journaux d’appels, les facteurs environnementaux, l’historique du site, l’historique du presse-papiers, les emplacements GPS, la géolocalisation et les discussions sur les visites sociales sur WhatsApp, Facebook, WeChat, Skype, Viber, Hike, IMO, Line, etc. quelques.

appli-android

Si vous cherchez un espion Snapchat sur le compte de quelqu’un gratuitement? Vous êtes arrivé au bon endroit!

Quel est l’intérêt d’espionner Snapchat?

Craignez-vous que vos employés se relâchent au travail et effectuent des activités personnelles pendant le temps de travail? L’utilisation d’espionnage de Snapchat est une technique exceptionnellement efficace pour empêcher vos employés de s’occuper de leurs problèmes privés et de leurs activités personnelles pendant les heures de travail. Si votre entreprise utilise des communautés informelles pour contacter les clients existants et potentiels (ce qui est presque certain), il est vraiment simple pour les employés de s’éloigner du travail et de commencer à parler avec un compagnon ou un associé. Utiliser l’application mSpy pour garder un œil sur le mouvement de Snapchat, tout comme fondamentalement une autre action, sur un gadget d’entreprise est une méthode extraordinaire pour rappeler à vos employés le contrôle et la rentabilité.

L’application mSpy pour espionner Snapchat peut également être utilisée par les tuteurs / parents qui ont besoin de comprendre comment leur enfant fait son téléphone portable. De même, vous aborderez tout ce que votre enfant compose et partage sur les organisations informelles, afin que vous puissiez être certain qu’ils ne sont pas exposés à des impacts négatifs là-bas. L’aspect le plus étonnant est que si vos enfants sont particulièrement compétents techniquement, ils ne se rendront pas compte que leurs gadgets sont surveillés, il n’y aura donc pas de batailles ou de combats en ce qui concerne leur sécurité.

De plus, l’application compte des utilisateurs du monde entier. La popularité de cette application peut être mesurée à partir de la façon dont les clients ne sont pas en milliers mais plutôt en millions! L’application découvre une utilisation dans plus de 190 pays à travers le monde. Il est incroyablement simple à utiliser et à configurer.

Pourquoi choisir l’application mSpy pour espionner un compte Snapchat?

Sans aucun doute, mSpy est l’une des cinq meilleures applications d’espionnage cellulaire. L’application se vante de nombreux points forts et capacités progressés que vous ne découvrirez probablement pas dans d’autres applications d’espionnage téléphonique. Si vous souhaitez garder un œil sur le compte Snapchat de quelqu’un, mSpy est l’un des téléphones qui suivent les applications auxquelles vous devriez prêter une attention particulière. L’application offre un accès simple aux comptes / messages Snapchat.

Utiliser les outils d’espionnage de Snapchat en ligne

snapchat

Il existe de nombreux sites proposant des instruments permettant de pirater les messages Snapchat. Malgré le fait qu’un grand nombre d’entre eux soient faux, il y en a encore qui fonctionnent admirablement. Vous trouverez ci-après une partie des instruments de piratage que vous devriez envisager dans le cas où vous auriez besoin de pirater Snapchat:

Comment espionner le Snapchat de quelqu’un; la manière facile

Devenir pleinement opérationnelle avec le Spy, l’application Snapchat est étrangement simple. Voici comment cela fonctionne et ce que vous devez savoir:

Instructions étape par étape pour espionner le Snapchat de quelqu’un

Étape 1: Choisissez la meilleure application espion Snapchat pour vous

La première étape pour garder un œil sur Snapchat de quelqu’un consiste à choisir la meilleure application d’espionnage Snapchat payante ou gratuite pour vous. Assurez-vous qu’il a les points forts et le coût que vous souhaitez. Sous cette partie, nous avons enregistré les meilleurs disponibles pour prendre soin de vous! Nous suggérons fortement PhoneSpector.

Étape 2: installer l’application

L’interaction entre l’établissement pour les applications d’espionnage Snapchat varie en fonction de celle que vous choisissez. Généralement, il vous suffit de vous connecter à votre dossier, de saisir votre clé d’autorisation d’article, puis de présenter le produit. En règle générale, les étapes d’établissement sont simples et simples à exécuter.

Étape 3: Commencez à espionner sur Snapchat

Une fois l’application d’espionnage Snapchat introduite, vous pouvez commencer à espionner! Consultez les exercices Snapchat de l’enregistrement de quelqu’un à partir de votre tableau de contrôle des applications. Vous pouvez accéder à l’application depuis le réconfort de votre propre PDA, PC ou tablette.

Comment espionner Snapchat gratuitement?

Vous pouvez utiliser gratuitement Snapchat d’espionnage pour filtrer l’action de votre jeune sur les organisations interpersonnelles ou pour vous assurer que vos représentants n’utilisent pas leurs gadgets d’entreprise pour parler avec des compagnons ou lire les plus récentes rumeurs sur le Web.

  1. Rejoignez votre enregistrement en ligne gratuit: entrez votre e-mail et une autre phrase secrète.
  1. Téléchargez et présentez la meilleure application de suivi téléphonique à partir des enregistrements en ligne.
  1. Filtrer toutes les informations enregistrées et enregistrées apporte dans votre dossier en ligne.

De plus, pour espionner le Snapchat de quelqu’un, une application gratuite de Hoverwatch accumulera des informations similaires pour WhatsApp, Viber, Facebook Messenger, Line, Skype et diverses autres applications de messagerie instantanée bien connues (étant donné qu’elles sont introduites sur le téléphone suivi). Les SMS et MMS suivants sont également envisageables.

Les enregistrements communs (enregistrements, images, rapports, sons) seront accessibles pour que vous puissiez les voir et les télécharger dans votre dossier, que le client décide de les effacer de l’historique informatif dans une organisation interpersonnelle ou dans l’application SMS.

Spy Snapchat est également apte à enregistrer des appels, qu’ils aient été effectués à l’aide d’une application de messagerie instantanée, comme WhatsApp ou Viber, ou de la carte SIM.

L’application enregistrera également le look Internet, les téléchargements et l’historique de tous les clients, qu’il / elle définisse le programme en mode privé. De même, vous pouvez concevoir Snapchat Spy pour utiliser la caméra frontale du téléphone pour prendre une photo chaque fois que quelqu’un ouvre le gadget. Avec l’utilisation de meilleur espion portable, vous avez de nombreuses occasions de vous rapprocher de votre enfant, d’être calme, et aussi d’apprendre des choses qui vous intéressent depuis longtemps.

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Petite fille de Sébastien Lifshitz : le coeur de la tolérance

Petite fille est un très beau documentaire, qui suit le parcours de la jeune Sasha et dans le même temps, de sa famille. La jeune fille le dira avec ses propres mots, à l’une de ses thérapeutes : « je suis née garçon mais je suis une fille ». Traitant alors de la dysphorie de genre, le documentaire ne s’intéressera pas au pourquoi, mais portera son regard sur le comment et le parcours que cela peut occasionner. Notamment autour des notions que sont l’acceptation et la tolérance de l’autre. 

Très rapidement, la mère de famille nous explique qu’elle culpabilise en quelque sorte, ayant peur du fantôme de l’instrumentalisation qu’elle aurait pu créer envers sa fille, sans le vouloir. Elle se pose beaucoup de questions sur sa responsabilité quant à l’origine de cette dysphorie car paradoxalement, elle souhaitait donner naissance à une fille lorsqu’elle était enceinte de Sasha. Mais lors du premier rendez-vous avec la thérapeute, cette dernière lui fit comprendre que ce souhait né pendant la grossesse, n’eut aucun effet sur Sasha et sur ce que cette dernière pouvait ressentir au plus profond d’elle-même. Sentant alors cette pression disparaître de ses épaules, cette mère fière et à l’écoute de sa fille va nous montrer le quotidien d’une famille qui a décidé de se battre contre un environnement qui ne s’avère pas aussi protecteur qu’il devrait l’être. Un quotidien parfois semé d’embuches. Le fil rouge du documentaire est la reconnaissance de Sasha par la direction de son école, comme étant une fille. 

Cette jeune fille demandant uniquement d’être traitée comme ce qu’elle considère être : une fille et non un monstre de foire. Le pourquoi, concerne Sasha et sa propre personne. Ni devant ses parents, ni devant les autres, ou même devant la caméra, à aucun moment on ne lui demandera de se justifier ou d’expliciter une situation qui s’avère parfaitement naturelle à ses yeux. Elle est une fille. Le film parle donc de l’appropriation de Sasha par rapport à son corps et sa personne, à sa libération en quelque sorte, mais parle aussi et surtout de l’impact que peut avoir un environnement sur la construction d’un être en maturation, et nous questionne de manière collective, en tant que société, sur notre rapport à la dysphorie de genre et de façon générale, à la différence. 

La violence de la société (l’école, les autres élèves, la société) est omniprésente mais est continuellement hors champ, même si elle nous est racontée, ne laissant pas le spectateur indemne. Certains pourraient reprocher au documentaire de ne faire entendre qu’un seule et unique son de cloche, mais l’objectif ici présent n’est pas d’immiscer un débat nébuleux ou délétère mais est de laisser la parole à ceux qui ne l’ont pas majoritairement, à l’image de ce rendez-vous prévu par la mère et la thérapeute où aucun membre de l’école ne déniera se rendre. Marquant une indifférence éducative crasse. Petite fille parle avec justesse de la difficulté que constitue l’insertion scolaire, des valeurs qui prédominent malheureusement dans certains établissements, le rapport au reflet, la solidarité familiale, l’ostracisme de la société, et la peur face au manque de compréhension entre un monde enfantin difficile à réguler, car il faut trouver les mots justes pour expliquer les choses d’une manière la plus simple possible et de l’autre coté, un univers adulte tout sauf tolérant, qui au lieu de représenter un visage éducatif proche de l’autre et à l’écoute, s’avère être un environnement rugueux, qui parfois, laisse peu de place à l’autre et son appropriation.

En parlant d’appropriation, il faut souligner le sublime travail de Sébastien Lifshitz : son documentaire trouve la parfaite distance entre le point de vue et la liberté du réel. Au lieu d’aller au-delà du réel, de chercher ce qui va pouvoir faire basculer le récit, d’aller cueillir des informations qui ne voudraient pas sortir d’elles-mêmes, d’amorcer la trame narrative dans une direction bien distincte, c’est le réel qui s’écrit de lui-même, qui se laisse apprivoiser et non pas le chemin de traverse qu’est la caméra qui irait voler des moments. La jeune Sasha, comme une fleur pour reprendre l’une des expressions de sa mère, éclot devant nos yeux : par ses propres moyens, ses propres mots ou même ses propres larmes. Les rendez-vous avec la thérapeute sont d’une émotion assez rare, et font parfois penser à du Raymond Depardon, tant la réalité semble effacer toute trace de caméra pour alors faire vibrer le visage d’une vérité qui ne demande qu’à être entendue, ou à l’inverse qui laisse le silence agir comme acte de foi. 

Par des choses factuelles, comme la détermination d’une mère, la bonté d’une sœur ou d’un frère protecteurs, le regard bienveillant d’un père, la candeur mais aussi la détermination parfois émotive de la jeune Sasha, Petite Fille veut porter l’espoir sur ses épaules sans jamais dissimuler les futures batailles qui attendent cette famille (la prof de danse ou la future puberté). Avec ces moments de respiration où les gestes parlent d’eux-mêmes (la danse), son dispositif simple, ses mots réconfortants (le fils cadet qui dit à sa mère qu’il ne peut pas lui en vouloir), ses regards comblés de larmes qui nous transpercent par tant d’humanité et de souffrance sourde, Sébastien Lifshitz fait de Petite Fille un petit miracle de cinéma et surtout, une réelle réflexion sur nous-mêmes. 

Bande Annonce – Petite Fille

Synopsis : Sasha, né garçon, se vit comme une petite fille depuis l’âge de 3 ans. Le film suit sa vie au quotidien, le questionnement de ses parents, de ses frères et sœur, tout comme le combat incessant que sa famille doit mener pour faire comprendre sa différence. Courageuse et intraitable, Karine, la mère de Sasha, mène une lutte sans relâche portée par un amour inconditionnel pour son enfant.

Fiche Technique – Petite Fille

Réalisateur : Sébastien Lifshitz
Scénario : Sébastien Lifshitz
Sociétés de distribution : Arte (décembre 2020) puis Netflix (depuis mars 2021)
Durée : 1h25
Genre: Documentaire

 

Brazil, de Terry Gilliam (1985) : le rêveur clairvoyant

Dans le cadre de notre cycle consacré aux rêves, impossible de faire l’impasse sur ce grand classique de 1985 signé Terry Gilliam. Dans un monde orwellien qui suffoque sous le poids de sa propre absurdité bureaucratique, la figure du héros rêveur y incarne plus qu’une bouffée d’air frais : un espoir. Quand rêve et réalité se confondent de plus en plus dans un joyeux désordre à l’imagination débordante, les fantasmes les plus fous se matérialisent et effacent les repères. A moins que tout ceci n’était justement… qu’un rêve ? 

Quoi de plus logique si les premiers plans du film plongent le spectateur dans les nuages ? Les marqueurs spatio-temporels n’ont pas d’importante (un intertitre indique « Quelque part dans le 20e siècle » – les mots ont leur importance –, comme pour affirmer que le flou artistique a ici valeur de loi), une précision supplémentaire (« 20h49 ») donnant un avant-goût des bizarreries à venir… L’entrée en matière est révélatrice, puisque le récit de Brazil tourne autour d’un homme qui a, littéralement, la tête dans les nuages. Cet homme, c’est Sam Lowry (Jonathan Pryce), un bureaucrate distrait dont l’existence monotone contraste avec ses rêveries aussi farfelues que récurrentes, dans lesquelles il s’imagine en héros ailé sauvant une jolie blonde des griffes d’un immense samouraï mécanique et de ses sbires.

Les scénarios oniriques de Lowry ne sont pas foncièrement plus absurdes que le cadre réel de sa vie. Le monde dystopique tel que montré dans Brazil est en effet une rencontre entre Kafka et Orwell. Une société totalitaire (les références au Troisième Reich sont évidentes) et technocratique, noyée dans une bureaucratie tentaculaire jusqu’au loufoque, où tout le monde est constamment surveillé et le cloisonnement entre catégories professionnelles strict. Le cadavre d’une mouche écrasée tombe par hasard dans l’imprimante d’un fonctionnaire agité, et c’est la catastrophe : le nom d’un plombier-terroriste, Tuttle (Robert De Niro), est confondu avec celui d’un parfait innocent, Buttle, brutalement arrêté chez lui et « liquidé » sans autre forme de procès. C’est en se chargeant de réparer cette vulgaire « erreur administrative » (le récit d’une quête rendue impossible par l’aberration procédurière n’est pas sans rappeler Le procès de Kafka) que Lowry, par un concours de circonstances invraisemblable, rencontre en chair et en os la femme dont il a si souvent rêvé.

Il est tout à fait significatif que Lowry apparaisse dans le film après dix minutes où le spectateur a été assailli par le chaos du monde, dans un rêve doux et épuré. C’est que Lowry n’est vraiment pas adapté à la réalité. Lui qui se moque des promotions ou des intercessions sentimentales manigancées par sa mère, une vieille bourgeoisie obsédée par son rajeunissement (Ida/Katherine Helmond) et flanquée de son médecin/gourou, le docteur Jaffe (délirant Jim Broadbent). Lowry, le distrait, le rêveur, n’a ironiquement pas perdu son bon sens face à son patron, un bureaucrate rigide et infantilisé (Kurtzmann/Ian Holm), tétanisé à l’idée de régler la moindre situation, aussi simple soit-elle, déviant un tant soit peu des procédures établies.

Le propos de Brazil est parfaitement clair : dans un univers bureaucratique qui annihile la réflexion (critique ou non), l’avenir appartient à ceux et celles qui sont encore capables de rêver, d’imaginer. De fait, le fonctionnaire Lowry se découvre bientôt nettement plus d’affinités avec le terroriste Tuttle, lui aussi peu porté sur la paperasse et les procédures contraignantes, qu’avec ses collègues tatillons et ridicules. Sans parler de sa rencontre avec Jill (Kim Greist), qui le propulse brusquement hors du carcan de sa vie insipide en le muant en un improbable homme d’action ! En outre, la suite de l’histoire va lui donner raison, non seulement par rapport à la confusion qui a coûté la vie à l’innocent Buttle, mais aussi et surtout concernant Jill, qui prouve la réalité de ses fantasmes. Ce dernier moment de basculement provoque une confusion permanente entre rêve et réalité : alors que Sam plonge dans ses fantasmes même en étant éveillé, de plus en plus d’éléments du rêve s’immiscent dans la réalité – son tortionnaire porte ainsi le même masque de poupée que celui des goules au service de l’horrible samouraï.

Contrastant avec ce monde onirique qui démontre progressivement son « réalisme », Terry Gilliam ridiculise gaiement le monde « réel », à l’aide d’un généreux humour absurde présent dans mille et un détails (il faut être attentif pour tout saisir !) – et qui fait évidemment penser aux Monty Python. Il n’est pas un lieu, pas une situation, pas un personnage qui ne soit complètement absurde, et il faut louer la prodigieuse créativité visuelle de Gilliam, qui a réussi à faire de Brazil un film à l’imagination débridée, qui part dans tous les sens mais – c’est notre avis – qui conserve paradoxalement une cohérence dans la folie. Dans tous les cas, que ce soit via la prééminence d’un personnage rêveur au sein d’un monde écrasé par la technologie et la tyrannie bureaucratique, ou le foisonnement d’éléments visuels et narratifs irréalistes, ce que le cinéaste célèbre dans ce film est la magie du rêve et sa puissance libératrice dans un monde matérialiste et étouffant.

La conclusion de Brazil est intéressante et, si l’idée qu’elle sous-tend a été exploitée maintes fois depuis lors, elle était très originale en 1985. Elle suggère plusieurs possibilités sans offrir au spectateur une réponse précise. Ainsi, Sam Lowry aurait rêvé la conclusion heureuse de l’histoire (qui semblait en effet trop belle) ? Mais a-t-il rêvé tout ce qui lui est arrivé ou seulement ce qui a suivi sa séance de torture ? A-t-il seulement été torturé, ou a-t-il subi un traitement pour soigner une démence qui, forcément, disqualifierait le réalisme de tout ce qui a précédé ? Qu’importe. Il reste la puissance de l’imagination, l’ivresse de liberté qu’elle suscite, le champ des possibles qu’elle ouvre. Même si cela n’aura, peut-être, duré que le temps d’un songe haut en couleur.

Synopsis : Sam Lowry est un bureaucrate dans un monde rétro-futuriste totalitaire. Il se contente de son travail et de sa petite vie tranquille tout en s’échappant en rêve dans un monde de héros romantiques. Son existence simple mais solitaire est compliquée par l’arrestation brutale d’un certain Archibald Buttle, en raison d’une erreur administrative. Lowry tente de réparer cette injustice et doit lutter contre un système extrêmement contrôlé qui le considère de plus en plus comme un dissident.

Brazil : Bande-annonce

Brazil : Fiche technique

Réalisateur : Terry Gilliam
Scénario : Terry Gilliam, Tom Stoppard et Charles McKeown
Interprétation : Jonathan Pryce (Sam Lowry), Kim Greist (Jill Layton), Robert De Niro (Archibald Tuttle), Katherine Helmond (Ida Lowry), Ian Holm (M. Kurtzmann), Bob Hoskins (Spoor), Michael Palin (Jack Lint), Jim Broadbent (Dr. Louis Jaffe)
Photographie : Roger Pratt
Montage : Julian Doyle
Musique : Michael Kamen
Producteur : Arnon Milchan
Sociétés de production : Embassy International Pictures et Brazil Productions
Durée : 143 min.
Genre : Science-fiction
Date de sortie : 20 février 1985
Royaume-Uni/États-Unis – 1985

Matrix, des Wachowski : est-ce ainsi que les hommes rêvent ?

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Dans Matrix, la thématique du rêve revient en boucle. Néo, dans l’une de ses premières répliques, demande à une de ses connaissances si « cela lui est arrivé à lui aussi de confondre rêve et réalité ? » Question qui préfigure celle de Morpheus le bien nommé : « as-tu déjà fait un rêve qui te semblait vrai ? » Plus loin, c’est l’agent Smith lui-même qui affirme que « le monde parfait était un rêve ». Les occurrences du mot rêve, au sens figuré d’utopie ou au sens premier de songe viennent ainsi ponctuer le déroulé de l’histoire. Comme autant d’indices adressés au spectateur lui permettant d’établir sa propre grille de lecture. Interroger la question du rêve dans Matrix revient, en quelque sorte, à suivre les « lapins » Wachowski dans leur fantasmagorie filmique. Jusqu’au fond du terrier.

Le rêve comme utopie

Le conflit hommes-machines qui structure la base du scénario est celui de deux utopies.
La première est celle envisagée par les machines. Ayant vaincu l’humanité à l’aube du 22ème siècle, elles ont procédé à leur propre révolution industrielle. Pour ce faire, elles ont asservi les humains à la Matrice les réduisant à l’état de piles électriques. Une économie rudement bien pensée avec recyclage de la matière première et contestation sociale inexistante. Mais comme toute utopie, celle-ci connait des ratés, le bel agencement de la Matrice se heurtant à la nature profondément incontrôlable de l’esprit humain. Dès lors, les robots n’auront de cesse de vouloir upgrader leur machinerie infernale. Le deuxième épisode nous révèle ainsi que la Matrice en est à sa sixième version. Et que l’Architecte (qui est aussi une I.A.) a intégré dans son « scénario » les protagonistes de l’histoire ainsi que les actions que nous supposions relever de leur libre-arbitre.
La seconde utopie est celle qui anime la petite communauté d’humains résistants. Se libérer de la tyrannie des machines, reprendre le contrôle et voir le triomphe de Zion, la cité des hommes libres. Là encore, on comprendra à l’issue de la trilogie que cette représentation de la cité idéale – celle de la fraternité, de la fête et de l’amour libre – n’est peut-être qu’une illusion de plus intégrée à la Matrice.

Le rêve comme échappatoire

Dans la première scène où apparait Néo, on le découvre en train de dormir.  Un message énigmatique sur l’écran de son ordinateur l’interpelle : « Wake up Neo ». Étant donné la façon dont le scénario va enchevêtrer les différents niveaux de réalité et d’interprétation de celle-ci, on est en droit de se poser la question : Néo est-il en train de rêver ? Autrement dit, l’histoire que nous allons découvrir n’est-elle pas celle qui se trame dans l’inconscient d’un jeune homme déprimé ? Un environnement professionnel médiocre et une vie privée réduite à des activités de hacker composent son lot quotidien. Tel pourrait être le postulat de départ : fuir une triste réalité pour découvrir le Pays des merveilles. Celui du rêve, à la suite d’Alice qui elle aussi s’est endormie. Le twist désormais fameux des deux pilules bleue/rouge nous amène finalement à reconsidérer les choses. La réalité n’était pas là où nous pensions qu’elle était. Et surtout, elle est bien pire que cela. Scénaristiquement, la gifle est totale. Car nous subissons, au  même titre que Néo, la douloureuse expérience du réveil : le réel est un sinistre désert où l’humanité a été réduite à l’état d’esclavage. Et la vie que nous pensions vraie n’est qu’un rêve sous assistance programmée.

Rêve paradoxal

Désentravé de la Matrice, Néo se retrouve face au paradoxe que lui impose sa nouvelle condition. Le voici libre de ses choix mais dans une réalité où la marge de manœuvre est réduite à zéro. Pour pouvoir agir, il devra lui aussi réintégrer le canevas de la Matrice. Or cette situation entre en contradiction avec l’expérience que nous avons de nos propres rêves. En effet, en temps normal, le rêve est le lieu privilégié de l’inconscient et de l’absence de contrôle. Dans Matrix justement cette question du contrôle est centrale. Néo se plaint régulièrement qu’il n’arrive pas à dormir, qu’il est fatigué. Comme s’il était en manque d’un rêve réparateur et non plus d’un rêve sous contrôle. Par définition, le rêve échappe à la conscience précisément parce que sa fonction consiste à contourner les difficultés, conscientes ou non, rencontrées dans le réel. « Gardien du sommeil », pour reprendre la formule de Freud, le rêve traite les angoisses et les désirs refoulés. De fait, la symbolique sexuelle est très présente dans le film, plus ou moins explicitement. Ainsi, Mouse propose-t-il à Néo d’essayer son programme fantasmatique de la fille à la robe rouge. Comme une invitation à se laisser aller. Plus tard, dans Matrix Reloaded, alors qu’il fait l’amour avec Trinity, Néo s’abandonne, renonçant au « contrôle » de la situation. Le personnage de Cypher quant à lui préfère retourner à la Matrice plutôt que vivre dans un réel insipide. Il incarne de la façon la plus radicale cette nécessité du lâcher-prise. Qu’importe le cocon pourvu qu’on ait l’ivresse.

En conclusion…

Si la Matrice joue pour les humains endormis son rôle d’écran face à une réalité insupportable, elle ne sert pour les héros que d’interface pour contrecarrer les I.A. La fonction onirique de la Matrice ne fonctionne plus pour les résistants et l’enfer n’est donc pas seulement l’expérience qu’ils font de la réalité, c’est aussi celle de l’absence de rêve authentique.

 

Bande annonce :

Fiche technique :

  • Titre original : The Matrix
  • Titre français : Matrix
  • Réalisation : les Wachowski
  • Scénario : les Wachowski
  • Photographie : Bill Pope
  • Montage : Zach Staenberg
  • Musique : Don Davis
  • Décors : Owen Paterson
  • Producteur : Joel Silver
Coproducteur : Dan Cracchiolo
Producteurs délégués : Bruce Berman, Andrew Mason, Barrie M. Osborne, Erwin Stoff, les Wachowski
Producteurs associés : Carol Hughes et Richard Mirisch
  • Sociétés de production : Warner Bros. Village Roadshow Pictures, Groucho II Film Partnership et Silver Pictures
  • Société de distribution : Warner Bros.
  • Pays d’origine : Etats-Unis Australie
  • Langue : Anglais
  • Budget : 63 000 000 USD
  • Format : couleur — 35 mm – 2,39:1 – son Dolby Digital / DTS/SDDS
  • Genre : Film de science-fiction, film d’action
  • Durée : 130 minutes
  • Dates de sortie :
    • 31 mars 1999 – E-U
    • 23 juin 1999 – France

Michel-Ange, d’Andreï Kontchalovski, sort en DVD chez UFO Distribution

En octobre 2020, le dernier film en date d’Andreï Kontchalovski, Michel-Ange, sort en France… moins de dix jours avant le deuxième confinement. La sortie DVD et Blu-ray, chez UFO Distribution, permet de redonner une chance à ce grand film, à la fois divinement beau et passionnant.

Il y a près de soixante ans maintenant, Andreï Kontchalovski écrivait, avec son camarade de classe au VGIK (l’école de cinéma de Moscou) Andreï Tarkovski, un film sur le fameux peintre d’icônes Andreï Roublev.
Et voilà que, à plus de 80 ans, Kontchalovski retrouve, cette fois-ci comme réalisateur, un autre peintre célèbre, Michel-Ange.
Bien des points communs pourraient être trouvés entre les deux films. Le Michel-Ange de Kontchalovski est un homme tiraillé entre la pratique de son art et les considérations bassement humaines, en particulier politiques. Car c’est là un des thèmes majeurs du film.
Le Michel-Ange de Kontchalovski nous plonge en pleine Italie du XVIème siècle. Une Italie montrée comme un lieu d’intrigues politiques. D’un côté, la famille Della Rovere, de l’autre les Médicis. Et le centre de leur conflit (autrement dit, le centre d’un pouvoir politique qui dépasse largement les frontières de la péninsule italienne), c’est le Saint-Siège. L’ancien pape, Jules II, était un Della Rovere. Le nouveau pape, Léon X, est un Médicis. C’est donc une petite révolution politique qui s’effectue, avec son lot de chasses aux sorcières et de retournements d’alliances.
Au centre de ce conflit se trouve Michel-Ange. Il était très attaché à Jules II, qui lui avait commandé les fresques de la voûte de la Chapelle Sixtine, ainsi qu’un immense tombeau. Mais la nouvelle famille régnante veut “récupérer” le génie de Michel-Ange pour servir sa cause. Le peintre-sculpteur va être ainsi tiraillé entre ses anciens engagements et la volonté de ne pas froisser les Médicis, de peur d’être empoisonné ou assassiné au coin d’une rue. Et puis, outre leur pouvoir, les Médicis ont aussi un solide argument, la fortune.
Cela explique en partie le fait que Michel-Ange fait constamment référence à Dante, autre génie qui fut aux prises avec les soucis politiques de son temps (ce qui donne une sublime scène, quasiment la conclusion du film, où Dante vient “rendre visite” à Michel-Ange).
Tout le film de Kontchalovski est marqué par ce tiraillement entre les aspirations artistiques et les soucis purement matériels et, pourrait-on dire, humains. L’intention du réalisateur n’était pas de montrer le mystère de la création artistique elle-même. A ce sujet, il affirme :

“Voir un homme écrire de la musique ou peindre, c’est ennuyeux. Je veux montrer un homme aux prises avec ses tourments, aux prises avec ses rêves”

L’une des images les plus fortes du film, c’est celle du “Monstre”, un énorme bloc de marbre, en équilibre précaire au bord d’un précipice. Une image qui en dit long sur le sujet du film lui-même. Michel-Ange est constamment en équilibre entre grâce et lourdeur, entre divin et infamie, entre compromissions et intégrité, entre art et politique. Comme tous les hommes, il aspire au meilleur, au sublime, mais il se retrouve dans un monde matérialiste de violence, de domination et de saleté.
Pour appuyer son propos, Kontchalovski se plaît à décrire une vie quotidienne d’une grande saleté. Les ordures jetées dans les rues, les maladies, rien ne nous est épargné de cette insalubrité permanente qui, forcément, renvoie à une souillure morale (le sous-titre du film, Il Peccato, signifie Le Péché).
Au milieu de tout cela, Michel-Ange paraît être fragile, timide, nerveux, rempli d’angoisses. C’est un homme faible, ballotté par les circonstances. Le film joue beaucoup sur le contraste entre cet homme faible et angoissé, que l’on dit sale, et la puissance de ses oeuvres, qui sont constamment qualifiées de “divines”.
Le monde lui-même est tiraillé entre les deux extrêmes. Il est certes plein de boue, de sang, de violence, mais chaque paysage est digne d’une oeuvre d’art. D’ailleurs, avec une sublime rigueur dans la composition de ses cadres, Kontchalovski fait de ses plans de véritables œuvres d’art rappelant les grands maîtres italiens ou flamands.
Il faut signaler, au passage, la qualité exceptionnelle de l’interprétation de l’acteur principal, Alberto Testone.

“Il y a deux personnages dans ce film : Michel-Ange, et les carriers de Carrare.”

Une des parties essentielles du film, peut-être la plus importante, se déroule à Carrare. Michel-Ange vient là chercher du marbre pour le tombeau de Jules II, et il se retrouve face à ce “Monstre”, bloc de marbre jamais vu jusqu’alors.
Kontchalovski va filmer le travail de ces carriers avec une attention extraordinaire portée aux moindres détails et un amour des gestes précis. Pour retrouver ces gestes, Kontchalovski a engagé des acteurs amateurs mais de véritables carriers (le procédé est habituel au cinéaste : dès le début de sa carrière de réalisateur, en URSS, il avait déjà tourné avec des acteurs amateurs qui tenaient leur propre rôle, que ce soient les éleveurs du Premier Maître ou les kolkhoziens du Bonheur d’Assia ; Kontchalovski s’est toujours dit proche du néoréalisme et cherche constamment la vérité du geste et le réalisme des caractères).
De ces carriers, la caméra de Kontchalovski va faire de véritables artistes (au même titre que le fondeur de cloche dans Andreï Roublev), des artistes qui poussent le plus loin possible le perfectionnisme de leur art pour atteindre au sublime.

Compléments de programme.
Le DVD, sorti aux éditions UFO Distribution, nous propose trois compléments de programme.
Le premier est une présentation de Kontchalovski et de son film par Joël Chapron, traducteur franco-russe, historien du cinéma spécialisé dans le cinéma de l’ex-URSS. Il évoque le parcours de Kontchalovski, puis raconte le tournage de ce film-là en particulier. Il rappelle le rôle de l’oligarque Alicher Ousmanov dans le financement du film et insiste sur l’énorme travail de reconstitution.
Le deuxième complément de programme est un making of plutôt bien fait. Il nous propose de voir Kontchalovski à l’oeuvre, mais aussi de l’entendre expliquer ses choix de mise en scène. Le documentaire donne aussi la parole aux techniciens (directeur de la photo, régisseur, ingénieur du son, costumier…). Ensemble, ils décrivent un tournage monumental, avec un travail de reconstitution absolument passionnant, et ils montrent la rigueur, mais aussi l’humanité d’un Kontchalovski qui veut avant tout montrer des histoires d’êtres humains, avec leurs angoisses et leurs tourments.
Le dernier complément de programme est un diaporama sur les lieux de tournages.

Parmi ses thématiques et ses procédés, ce Michel-Ange mérite de figurer parmi les plus belles réussites d’Andreï Kontchalovski. Une oeuvre dense et intense, profondément humaine, visuellement splendide. Un très grand film.

Caractéristiques DVD :
Durée du film : 130 minutes
Version originale italienne
Sous-titres français
Son stéréo ou 5.1
Compléments de programme :
_ Présentation du film et du réalisateur, par Joël Chapron (20 minutes) ;
_ Michel-Ange retrouvé (35 minutes)
_ Les décors et les lieux de tournages (diaporama)

Michel-Ange : bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=8L5ITj0RyGo

« Vivons décomplexés » : un petit air de misanthropie

L’artiste plasticien vidéaste Germain Huby publie aux éditions Delcourt Vivons décomplexés, une bande dessinée regroupant des histoires autonomes composées d’une seule planche, où le cynisme et le désenchantement à l’endroit du genre humain s’imposent comme un puissant liant.

La crise du coronavirus a agi comme un puissant révélateur. Sur les réseaux sociaux, la désinformation a atteint un point culminant, les jugements à l’emporte-pièce n’ont cessé de fleurir, les raccourcis simplistes ont supplanté les démonstrations étayées et l’égoïsme a fait naître des lignes de fracture durables, opposant notamment les jeunes et les plus âgés ou le secteur marchand et le milieu hospitalier. Dans Vivons décomplexés, Germain Huby ne s’y trompe pas : il s’appuie sur la crise sanitaire pour portraiturer avec ironie un adolescent taxant ses parents d’égoïsme sous prétexte qu’ils l’empêchent de se rendre à un événement public (sa grand-mère, à risque, vit sous le même toit) et il pose un regard tout aussi sarcastique sur ces journalistes s’offusquant des rayons vides dans les supermarchés alors même qu’ils ont une part évidente de responsabilité dans l’instauration d’un climat anxiogène poussant les gens à faire des réserves.

C’est dans un registre absurde, et souvent au bord de la caricature, que le scénariste et dessinateur français effeuille plusieurs thématiques très actuelles : le harcèlement en rue, le racisme, le capitalisme, les violences policières, le sexisme, les enfants rois… En lisant Vivons décomplexés, il est difficile de ne pas songer aux sketchs de Dino Risi ou de Damián Szifron, tant la concordance est grande dans le point de vue adopté vis-à-vis de la société et des interactions sociales. On retrouve ainsi page 31 un écho à « La Victime » (Les Monstres, 1963) ou page 43 une variation autour du thème qui sous-tend « La Bonne Éducation » (idem). Ce qui rend souvent les histoires de Germain Huby si efficaces, c’est l’absence manifeste de dissonance cognitive dans le chef des protagonistes. On peut ainsi, sans sourciller, s’émouvoir devant un drame social (qu’on aurait aimé admirer en noir et blanc) tout en se réjouissant de voir des policiers expulser une famille pauvre logée de l’autre côté de la rue. Ou refuser de chercher du travail… pour ne pas payer de cotisations qui profiteraient à des chômeurs « qui n’en foutent pas une rame de la journée ».

La satire sociale se porte aussi sur les télétravailleurs dépassés par la double charge constituée de leur emploi et de leurs enfants, sur ces repas de famille où des oncles enivrés passent leur soirée à râler sur tout et n’importe quoi, sur ces reportages où la parole de la boulangère du coin prévaut sur celle des spécialistes, sur les patients prescripteurs, qui se confondent de plus en plus avec leur médecin (ce que la lecture de la planche en question laisse suggérer très habilement, en jouant sur l’identité respective des deux protagonistes), etc. Il est intéressant de noter avec quelle facilité Germain Huby parvient à planter un décor, à instaurer un contexte propice aux interactions sociales accidentées, puis à exposer ses personnages sous une lumière caustique.

Enfants, parents, journalistes, politiques, échangistes, collègues, policiers, touristes, professeurs : tous sont mis en scène dans Vivons décomplexés de manière à révéler des situations sociales de plus en plus fréquentes : un cours sur la liberté d’expression dont on sait à l’avance qu’il débouchera sur des plaintes de parents et des commentaires désobligeants sur les réseaux sociaux, des villes historiques assiégées par les touristes au point de se muer en stations balnéaires, des allocutions présidentielles pensées comme des mises en scène hollywoodiennes, des possédés croyant posséder… Au bout de l’album, on ressent comme un vague sentiment de misanthropie. Facétieux et contagieux.

Aperçu : Vivons décomplexés (Pataquès/Delcourt)

Vivons décomplexés, Germain Huby
Pataquès/Delcourt, mars 2021, 56 pages

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4

« La Déchéance d’un homme » : derrière le masque, la mélancolie

Par le biais de sa collection « Tonkam », Delcourt publie une adaptation manga de l’un des romans les plus célèbres de la littérature japonaise, La Déchéance d’un homme. Yôzô Ôba y souffre d’une mélancolie inconsolable, qu’il cache derrière le faux nez d’une bouffonnerie excentrique.

Shuji Tsushima est plus connu sous le nom d’Osamu Dazaï. Au Japon, il est considéré comme l’un des auteurs les plus influents du XXe siècle. Son œuvre fut marquée par le pessimisme et une obsession jamais démentie pour le suicide. Durant sa brève existence (il décède peu avant ses 39 ans), il tenta à six reprises de mettre fin à ses jours. Publié en 1948, son roman La Déchéance d’un homme comporte, comme ses autres bouquins, de nombreux éléments autobiographiques : des accès de démence au suicide amoureux (le shinjū) en passant par le mal-être ou l’abandon par l’alcool, les points communs sont en effet nombreux entre Yôzô Ôba et Osamu Dazaï. Le mangaka Junji Itō, célèbre pour ses récits horrifiques, se réapproprie cette histoire et relate sans fard les mésaventures d’un homme au comportement autodestructeur.

Le premier contact avec Yôzô Ôba est profondément sépulcral : on découvre un écrivain malade et désabusé, se jetant volontairement dans le canal Tamagawa en compagnie d’une jeune admiratrice (elle l’appelle « maître »). Le reste du manga constitue un immense flashback, où est exposé un enfant, un adolescent, puis un jeune adulte en rupture avec son environnement, arborant un sourire de façade et un comportement facétieux aux antipodes du malaise dont il souffre réellement. Yôzô est un fils de bonne famille (son père est député), mais il peine à communiquer avec les autres et à les comprendre. Son comportement excentrique n’est qu’un mécanisme d’autodéfense ; parce qu’il souffre du regard des autres, il a décidé de tourner en dérision chaque situation potentiellement embarrassante. Il en ressort une dualité épuisante : le jeune Ôba, solitaire, n’est jamais vraiment lui-même. Il s’époumone dans une sorte de représentation permanente.

La Déchéance d’un homme puise sa source dans deux tragédies. Yôzô Ôba a été plusieurs fois abusé par les domestiques de ses parents. Lorsque son masque d’allégresse craquèle sous le regard perçant de Takeichi, un camarade de classe, il se venge en lui faisant une farce qui tourne mal et aboutit à son suicide. Son fantôme va alors venir le hanter et lui rappeler couramment qu’il mène une existence mensongère, entièrement basée sur les apparences. Celui qui déclare avoir peur de tout, du serveur de restaurant au vendeur de boutique, va alors faire montre d’une lâcheté et d’une hypocrisie semblables à celles qu’il dénonce dans le chef des adultes qui l’entourent. Il va coucher avec deux sœurs se disputant ses faveurs (jusqu’à la mort), il va chercher du réconfort et une forme d’apaisement dans les bras des prostituées, avant de rejoindre une organisation marxiste sans vraiment adhérer au communisme avec enthousiasme. C’est une fuite en avant perpétuelle, qui ne fait qu’accumuler les problèmes au lieu de les résoudre.

Ce qui transparaît le plus clairement à la lecture de La Déchéance d’un homme, c’est le potentiel mortifère de l’incommunicabilité. Mais aussi la façon dont le mal-être et les peurs infondées de Yôzô vont parasiter ses relations sociales et condamner à la perdition celles et ceux qui s’en approcheraient d’un peu trop près. Même Tsuneko, une serveuse dont il s’entiche et dont le mari croupit en prison, va connaître une destinée funeste, ce qui aura pour conséquence d’imposer le suicide comme seule issue satisfaisante aux yeux de cet antihéros. Bien que momentanément éloigné de l’horror manga (dont il conserve toutefois certains gimmicks), Junji Ito restitue avec talent la noirceur et le pessimisme de l’œuvre d’Osamu Dazaï. Ses traits précis, l’expressivité des visages, le caractère iconique de certaines représentations suffisent à hisser la dimension graphique de l’album à hauteur de son récit.

Aperçu : La Déchéance d’un homme (Delcourt/Tonkam)

La Déchéance d’un homme, Junji Ito et Osamu Dazaï
Delcourt/Tonkam, mars 2021, 224 pages

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3.5

« Chez Adolf – 2. 1939 » : à l’aube de la guerre

Second épisode de la série Chez Adolf , « 1939 » nous mène dans l’immédiat avant-guerre. Le professeur Karl Stieg y prend doucement conscience des menaces qui pèsent sur la démocratie allemande.

Le premier tome de la série Chez Adolf prenait pour cadre l’Allemagne de l’année 1933, alors en voie de nazification. On y suivait les bouleversements induits dans la vie quotidienne des habitants d’un immeuble par l’avènement d’Adolf Hitler au pouvoir. Et on s’intéressait plus particulièrement à un personnage : le professeur Karl Stieg. Ce second volume repose sur des principes similaires, à ceci près qu’il intervient après une ellipse de six années durant laquelle l’Allemagne, sur le pied de guerre, a gagné 120 000 km² de superficie, sans toutefois tirer le moindre coup de feu. Réunis dans le bistrot qui donne son titre à la série, plusieurs résidents sont occupés à discuter et louer les mérites du Führer. Tous ont en mémoire les traumatismes de la Première guerre mondiale et veulent croire que le régime national-socialiste ne réitérera pas les erreurs du passé en s’engageant dans une voie belliqueuse. L’heure est encore à la naïveté.

Karl Stieg a adhéré au parti nazi. Sans y croire, presque par commodité. Il reste mesuré dans ses commentaires sur le Führer, mais on sent que quelque chose le gêne aux entournures. Il l’avouera lui-même : « J’admire les gens qui ont des convictions, des certitudes. Moi, je suis un perpétuel hésitant… Je doute de tout, à commencer par moi-même… » En attendant, il a mieux à faire que sonder l’âme des hitlériens : se morfondre sur son sort. Rosa, dont il s’est éloigné, a trouvé refuge dans les bras d’un autre. « 45 ans, célibataire, début de calvitie, petit salaire… », il y a effectivement de quoi déprimer. Et c’est précisément le moment choisi par son ami Hugo, le dernier qu’il avait, pour décéder des suites d’un accident de la circulation. La Gestapo est présente lors de la cérémonie funéraire pour interroger le professeur. Les agents évoquent la possibilité d’un assassinat. Les projets d’attentat sont apparemment nombreux ces derniers temps.

Le dessinateur espagnol Ramón Marcos, toujours aussi talentueux, n’a pas besoin de déployer mille effets pour restituer la paranoïa qui règne dans l’Allemagne de la fin des années 1930. Il lui suffit de placer une silhouette inquiétante devant une maison allemande typée pour que Karl Stieg se sente épié sous ses fenêtres. Des exercices de défense passive ou les intrigues du pasteur Wirtz complèteront au besoin ce drôle de climat en pleine drôle de guerre (ou presque). Le premier tome faisait état de l’incendie du Reichstag, confortant les nazis dans leur hégémonie, celui-ci met en scène celui d’une synagogue, témoignage d’une haine montante vis-à-vis des Juifs. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si les Albo, qui résident dans l’immeuble de Stieg depuis plus de treize ans, plient bagage : en vertu d’une directive interdisant aux Juifs d’habiter les mêmes logements que des Aryens, ils n’ont d’autre choix que trouver un nouveau domicile. « Si vous saviez toutes les brimades, toutes les humiliations… », confessera M. Albo au professeur Stieg lors de son départ. Ce dernier s’attirera en retour quelques regards défiants pour avoir embrassé un voisin qu’il tenait en estime et qu’il ne verra peut-être plus jamais.

Ainsi, Rodolphe continue de dépeindre l’Allemagne nazie en clerc. Sous prétexte d’un rendez-vous au Palace, il rappelle par exemple sur quoi était basée la propagande hitlérienne : « l’armée la plus puissante du monde » ou « le fameux Stuka, spécialiste du bombardement en piqué ». Un pacte vient en outre d’être signé avec les Italiens, ce qui témoigne de la grandeur recouvrée du pays… Pendant ce temps, Karl Stieg multiplie les aventures… mais aussi les mésaventures, puisqu’il tire sur un inconnu qui cherchait manifestement à violer Hilde, l’une de ses maîtresses. Il fait la connaissance du nouveau directeur d’école, Pol Kurtzman, qui le convie à des réunions confidentielles sous prétexte qu’ils sont tous deux affiliés au parti nazi. Et enfin, le révérend Wirtz lui remet des photos des camps de concentration, ainsi que des carnets de notes, afin que Stieg en fasse la publicité auprès des ambassades étrangères. Cette fois, sur fond d’invasion de la Pologne, la vérité lui saute aux yeux : non seulement « les gardiens ont droit de vie et de mort sur les prisonniers », mais « les SS adorent pisser » sur eux.

La réponse que donnera le professeur à ces révélations formera probablement l’étoffe du prochain tome. On peut en tout cas gager que Rodolphe et Ramón Marcos continueront de dépeindre avec à-propos les excroissances du régime nazi dans le quotidien des Allemands ordinaires. Chose que les deux premiers épisodes de Chez Adolf ont réalisé avec une certaine maestria.

Aperçu : Chez Adolf – 2. 1939

Chez Adolf – 2. 1939, Rodolphe et Ramón Marcos
Delcourt, janvier 2021, 56 pages

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4

« Petit manuel critique d’éducation aux médias » : (re)penser l’EMI

Avec leur Petit manuel critique d’éducation aux médias, les collectifs La Friche et EDUmédias publient aux éditions du Commun un ouvrage concis destiné à déconstruire les représentations médiatiques et présenter quelques expériences novatrices démocratisant la fabrique de l’information.

De la semaine mondiale de l’Unesco pour l’éducation aux médias et à l’information jusqu’à l’accent mis par différents ministères pour ériger cet outil pédagogique en garant des valeurs républicaines, l’EMI s’est imposée, dans l’immédiat après-Charlie Hebdo, comme un moyen idoine de lutter contre la radicalisation ou la désinformation. La journaliste Emmanuelle Daviet, à la tête du projet Interclass’, relevait d’ailleurs en mars 2018 que « l’éducation aux médias est une impérieuse nécessité ». Avec leur Petit manuel critique, les collectifs La Friche et EDUmédias interrogent des acteurs de terrain, effectuent des retours d’expériences et adoptent un point de vue critique sur l’élaboration de l’information.

Rappelons tout d’abord deux évidences : l’EMI ne date pas d’hier et elle ajoute à ses fonctions didactiques, souvent mises en exergue, une dimension émancipatrice tout aussi primordiale. Elle offre en effet à certaines populations, notamment celles issues des quartiers populaires, un moyen précieux d’expression et de (juste) représentation. Dans la préface de ce Manuel critique, la journaliste Nora Hamadi, qui officie sur Arte, renchérit : « L’éducation aux médias doit surtout être un levier pour dessiner des grilles de lectures du monde et d’apprentissage du sens critique nécessaire à tout.e citoyen.ne éclairé.e. » Les expériences rapportées dans l’ouvrage permettent notamment d’en vérifier les effets.

L’association d’éducation populaire Carmen – pour Création action recherche en matière d’expressions nouvelles – est lancée en 1984 à Amiens. Elle s’est depuis échinée à mettre en avant les visages et les voix des gens ordinaires. Sur Canal Nord, ces derniers ont longtemps pu témoigner de leur quotidien et s’exprimer en toute liberté. Malgré le passage au numérique, Carmen continue de poursuivre quatre objectifs prioritaires : culturels, sociaux, citoyens et éducatifs. Dans le même ordre d’idées, Teleduca, fondée au milieu des années 1990 en Catalogne par quatre femmes issues de l’éducation et des arts, a cherché à filmer les quartiers, à intervenir auprès des femmes, notamment pour les écouter et les valoriser, mais aussi à s’intéresser aux jeunes en investissant notamment leurs écoles. Une singularité ? Le montage audiovisuel est collectif et tous les participants se trouvent à la fois devant et derrière la caméra.

En Allemagne, c’est le cas de l’Offener Kanal qui nous intéresse. Il s’agit d’une chaîne télévisée tout à fait ordinaire, sauf qu’elle est composée de personnes ne produisant pas leurs propres émissions, mais aidant des tiers à réaliser les leurs. « Ce sont des télévisions qui permettent à une communauté, un quartier, de trouver son mode d’expression et de produire des émissions qui traitent de thématiques qui les concernent », note Bettina Wiengarn, directrice d’un Offener Kanal. Cet outil démocratique fonctionne avec peu de personnel permanent, sans comité de rédaction, mais avec l’aide de bénévoles et d’intervenants de tous horizons. Certains y découvrent des vocations ou tissent peu à peu leur réseau. L’expérience des classes médias, où les élèves s’approprient peu à peu les outils mis à leur disposition et finissent par gérer eux-mêmes un enregistrement dans les locaux de France Culture, ou encore les résidences de journalistes, accueillies sur certains territoires pour questionner les médias et leur traitement de l’information en allant à la rencontre des gens, figurent également en bonne place dans ce Petit manuel critique d’éducation aux médias.

Des réflexions de fond, dépassant le simple cadre d’associations ou d’expériences spécifiques, nourrissent également l’ouvrage. Il en va ainsi de l’EMI face au numérique, des fablabs ou des espaces de presse participatifs. Quelques « anti-boîtes à outils » expliquent enfin, sommairement, et de façon détachée, comment rendre un média scolaire hors de contrôle ou détourner un atelier sur le complotisme. De quoi commencer à repenser les médias et l’EMI.

Petit manuel critique d’éducation aux médias, ouvrage collectif
Éditions du commun, mars 2021, 150 pages

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