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« À la recherche de l’Amazonie oubliée » : terra incognita

Dans À la recherche de l’Amazonie oubliée, Laure Garancher nous propose un voyage des plus dépaysants : une visite guidée en Amazonie, accompagnés de scientifiques de tous bords, mais aussi d’une mygale et d’un anaconda particulièrement prolixes.

Immense région naturelle d’Amérique du Sud, l’Amazonie est connue pour sa forêt luxuriante, ses animaux exotiques et l’empreinte grandissante de l’homme sur son écosystème. Le cinéma a longtemps contribué à véhiculer ces représentations, avec des films tels que La Forêt d’émeraude (John Boorman, 1985), Anaconda (Luis Llosa, 1997) ou The Lost City of Z (James Gray, 2016). L’album de Laure Garancher permet d’explorer plus avant ce territoire encore partiellement méconnu. La scénariste et dessinatrice française fait en effet de l’Amazonie son personnage principal et choisit de s’éloigner des canons narratifs de la bande dessinée pour mieux se pencher sur ce que la science peut nous apprendre de cette région qui couvre pas moins de neuf pays.

À la recherche de l’Amazonie oubliée s’appuie sur une expérience personnelle. Laure Garancher a été impliquée, en tant que dessinatrice de terrain, dans un projet de recherche en archéologie amazonienne. Elle y a côtoyé des scientifiques qui, chacun à leur manière, lui ont offert une nouvelle manière d’appréhender cette vaste région. Ce qu’elle restitue dans l’album, avec ses dessins et ses aquarelles, c’est précisément ce regard curieux et pétillant posé sur un monde quasi inaccessible. Un double mouvement conditionne alors la lecture : la découverte de faits et de spécificités propres à ce territoire, mais aussi la confrontation avec des zones d’ombre que la lumière scientifique tarde à éclairer. Dans une très large mesure, l’Amazonie demeure une terra incognita sur laquelle les chercheurs vont encore longtemps investiguer.

Cela n’empêche pas Laure Garancher de se montrer généreuse en données scientifiques. À force de précisions et d’anecdotes, le lecteur va se familiariser avec les civilisations amérindiennes, leurs agglomérations et canaux, leur système de champs surélevés pour faire pousser des cultures, leurs tatouages ou la manière dont ils ont favorisé la biodiversité amazonienne. La présence d’une unité du CNRS en pleine forêt tropicale nous fait croiser la route d’ethnobotanistes, d’anthracologues ou encore d’archéologues. Les vers de terre, le chamanisme, les sites de polissoirs, les champignons « contrôlant » les fourmis, les desmodus rotundus, les relevés LIDAR, les montagnes couronnées amazoniennes sont tour à tour évoqués, de même que l’organisation vertigineuse que nécessite une mission comme celle de LongTIme. L’influence des sociétés précolombiennes sur l’écosystème local forme quant à elle le cœur de l’album.

On a finalement le sentiment que le lecteur se balade dans cette bande dessinée exactement comme l’a fait Laure Garancher dans la forêt amazonienne. Il s’instruit en papillonnant, grâce à l’expertise des scientifiques, mais aussi la naïveté de deux personnages loufoques, un anaconda et une mygale souvent ironiques entre eux et vis-à-vis des humains. Instructive sans être encyclopédique, À la recherche de l’Amazonie oubliée constitue une porte d’entrée intéressante vers les mystères amazoniens.

À la recherche de l’Amazonie oubliée, Laure Garancher
Delcourt, mars 2021, 144 pages

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Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées.