Accueil Blog Page 32

Bérénice Bonhomme dans l’atelier de « Persepolis »

0

À rebours du mythe romantique de la création solitaire, Bérénice Bonhomme entreprend avec La Fabrique de Persepolis, le film une véritable archéologie de l’œuvre collective. En auscultant les archives, les dessins, les gestes du travail, elle exhume la mémoire matérielle d’un film devenu emblématique. Ce faisant, elle déploie un récit de la création, où la main et la pensée, l’amitié et la méthode, se juxtaposent pour donner corps à l’un des longs métrages d’animation les plus célèbres de son temps.

Voilà un bouquin qui se range parmi les grandes enquêtes d’atelier. Bérénice Bonhomme propose dans La Fabrique de Persepolis, le film bien plus qu’un simple “making of” : elle se penche sur la généalogie de l’acte de création. Elle suit, pas à pas, la naissance du film d’animation de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, depuis le scénario jusqu’au mixage, en passant par les dessins préparatoires, les voix témoins, les décors et la bande-son. Son objet n’est pas le film achevé, mais le film en train de se faire, dans son épaisseur vivante, ses hésitations et ses recommencements.

Il y a d’abord les “débuts”, où l’on voit s’ébaucher le scénario et le dossier graphique – un territoire encore mouvant, où se cherche le ton juste. Chaque plan, chaque annotation devient une empreinte, une trace dans la mécanique du dessin animé. Peu à peu, la structure du livre épouse celle d’un tournage. Après les “débuts” vient la “consolidation”, puis la “préproduction”, la “production”, enfin la “postproduction” et “l’après”. Une progression non pas strictement chronologique, mais organique : l’auteure écrit au rythme du film qu’elle explore, et ce rythme, fait d’allers-retours, d’ajustements et de correspondances, devient sa méthode.

Les parties consacrées aux décors et aux objets constituent à elles seules une plongée fascinante dans la mémoire du trait. On y découvre Marjane Satrapi dessinant tout, ou presque : les tapis, les coffres, les samovars, les bouteilles de vodka, jusqu’aux pâtisseries autrichiennes. Rien n’est laissé au hasard, tout est produit, pensé, référencé à une séquence. Bérénice Bonhomme montre comment le monde de Persepolis est une mosaïque recomposée, un ensemble d’éléments fragmentés que l’artiste s’efforce d’unifier sans en gommer la pluralité. 

Le même attrait traverse le chapitre consacré aux voix. Ici, on passe de la main au souffle, notamment avec les séances d’enregistrement des voix témoins : moments suspendus où les comédiens François Jérosme et Sophie Arthuys prêtent leur timbre à l’univers encore inanimé du film. On apprend que Marjane Satrapi, très présente, guide les acteurs avec une exigence de sincérité : pas de caricature, pas d’effet, seulement la vérité du ton. L’émotion affleure jusque dans les anecdotes : l’enregistrement de la mort de l’oncle Anouche bouleverse l’équipe entière, Marjane Satrapi sort du studio en larmes.

Dans les pages sur le montage, Bérénice Bonhomme analyse le rythme du film comme une forme de respiration intérieure : comment sortir de la “dépression” narrative, comment faire passer le temps, comment redonner du mouvement à la mélancolie. On comprend que chaque choix technique répond à un enjeu affectif. La postproduction se fait pivot de création. Et ainsi, au fil des chapitres, La Fabrique de Persepolis, le film compose une cartographie du travail collectif.

Bérénice Bonhomme fait parler toutes les professions : celle des décorateurs, des animateurs, des techniciens son, des monteurs, des producteurs. Elle montre les complicités, les heurts, mais surtout comment un film se forme dans ces liens humains et artistiques invisibles, comment la collaboration devient matière esthétique.

Par sa richesse documentaire, son écriture limpide et sa sensibilité de chercheuse passionnée par son sujet, Bérénice Bonhomme fait de ce livre un ouvrage total, exhaustif, qui restitue la vie d’un atelier et redonne au cinéma d’animation toute sa chair artisanale, sa lenteur. Sa mémoire. 

La Fabrique de Persepolis, Le Film, Bérénice Bonhomme
PUR, octobre 2025, 586 pages

Note des lecteurs0 Note
5

« Guna Yala » : l’enfer vert de Christophe Bec

0

Avec Survival : Guna Yala, Christophe Bec nous plonge une jungle panaméenne où tout – le climat, la faune, les hommes – conspire à la perte. Dernier volet en date d’une anthologie dédiée à la survie extrême, ce récit de crash et de résilience, illustré par Mack Chater, fait du chaos un spectacle cru, sans illusion sur la nature humaine.

L’attente, déjà, a quelque chose d’hostile. Dans la moiteur d’un aéroport mexicain, les passagers s’impatientent, coincés dans cette zone de transit où les nerfs se frottent à l’ennui. Lorsqu’ils montent enfin à bord de leur vol, nul ne devine encore que la véritable escale sera fatale. Un incident technique, un moustique infecté, un poison discret versé dans une canette en guise de vengeance : Christophe Bec orchestre le crash avec cette ironie du destin qu’il affectionne, enchaînement de mesquineries et de maladresses.

Le décor, lui, s’impose immédiatement : la jungle de Guna Yala. Une forêt aussi belle qu’irrespirable, dense et menaçante. Ici, tout peut vous tuer : les serpents, les araignées, les félins, les hommes surtout. Les survivants, une poignée d’âmes mal assorties, y rejouent le vieux drame de la civilisation en lambeaux. L’ancienne hôtesse, meurtrière par vengeance, croise un ex-taulard, un boxeur brutal, des lâches et des cyniques. Un échantillon d’humanité réduit à son instinct. Dans un huis clos sans mur, la survie va s’indexer à la résilience, aux alliances, parfois à la chance.

L’album emprunte volontiers – c’est une récurrence dans cette série – les codes du cinéma de série B : tension immédiate, rythme sans digression, violence latente. On pense forcément à Predator, à Lost, à Seul au monde – sans la poésie du dernier. L’auteur n’a pas la prétention de philosopher sur la condition humaine : il la met simplement à nu, dans sa trivialité la plus absolue. La jungle est son laboratoire ; les hommes, des cobayes désespérément faillibles.

Le dessin de Mack Chater épouse cette logique du réalisme calibré : efficace, clair, sans fioritures. Rien de trop, rien de moins. On sent le geste sûr du professionnel, mais aussi la distance d’un trait qui ne cherche jamais l’empreinte trop personnelle. C’est propre, c’est académique, ça épouse parfaitement le ton d’une bande dessinée sans grande ambition, si ce n’est celle de distraire.

Dans cette jungle poisseuse où la morale s’éteint aussi vite qu’une lampe torche, l’homme retrouve ce qu’il n’a jamais cessé d’être : un animal parmi d’autres, armé de rancune et de peur. Et la vertu peine à se frayer un chemin entre des narcotrafiquants lourdement armés mettant le feu à une femme qu’ils viennent de violer collectivement et une cupidité extrême poussant un passager à s’exposer au venin d’araignées pour récupérer (en vain) un paquet de billets.

Survival : Guna Yala, Christophe Bec et Mack Chater 
Soleil, novembre 2025, 64 pages

Note des lecteurs0 Note
2.5

« Les Acharnés » : la fatalité comme matière noire

0

Dans Les Acharnés, Ed Brubaker et Sean Phillips prolongent la veine tragique de leur série Criminal. Ce volume apparaît comme une fresque éclatée, un récit choral qui dit beaucoup de la persistance du mal. Trois trajectoires (Jacob, Angie et Tracy) s’y entrelacent, formant un triptyque sur la compromission, la vengeance et la survie dans un Los Angeles plus vénéneux que jamais.

Jacob Kurtz, scénariste revenu d’à peu près tout sauf de lui-même, entre dans le grand cirque d’Hollywood pour adapter Frank Kafka, P.I., son strip culte. Le rêve tourne cependant vite au cauchemar : les producteurs mutilent son œuvre, les notes de réécriture s’accumulent et Jacob réalise que son nom ne pèse guère plus qu’une caution bon marché. Ed Brubaker fait de cette trame une mise en abyme féroce de la création sous contrainte, un jeu de miroirs entre l’auteur et son double de papier. Hollywood, ici, n’est plus la fabrique des rêves mais bien celle des illusions, du déni, du compromis et du renoncement. Entre deux humiliations professionnelles, Jacob s’occupe d’une tante âgée, figure d’attachement fragile dans un monde où la tendresse se fait rare. 

Angie surgit quant à elle du bar l’Undertow. Jeune femme endurcie, elle vit pour sauver celui qui l’a protégée, aujourd’hui malade et sans ressources. Ses petits larcins, commis avec la rigueur d’une funambule désespérée, la mènent droit dans le viseur de Brandon Hyde, gangster local au sourire carnassier. Son parcours se caractérise par la rage de ceux qui ont tout perdu et par le refus d’un destin capricieux ; il croise celui de Jacob et les deux solitudes vont alors s’observer sans se comprendre vraiment, reliées entre elles par une même obstination à tenir tête à la fatalité. 

Et puis, troisième larron venu du passé, réapparaît Tracy Lawless. Vétéran des forces spéciales, meurtri, presque spectral, il revient « pour aider un ami » et rallume les braises du chaos. Ed Brubaker lui confie la fonction de catalyseur : son retour déclenche l’engrenage fatal où toutes les trajectoires se rejoignent. Tracy agit sans remords, anesthésié par les guerres qu’il a portées en lui. Il confesse qu’une partie de son cerveau s’est éteinte, et que cela lui permet d’agir au lieu d’être tétanisé. Le dernier acte, mené tambour battant, conjugue dans son sillage l’intensité du polar et la mélancolie du retour impossible : on ne se débarrasse jamais vraiment de la violence, on la déplace, on l’habille autrement.

Ed Brubaker maîtrise à la perfection l’art du récit en mosaïque. Les premiers chapitres se referment peu à peu les uns sur les autres, révélant les liens secrets, les échos, les trahisons croisées. L’écriture est comme toujours sèche, introspective, traversée de voix off : elle donne aux personnages une vraie densité, puisque chacun parle depuis sa faille, depuis ce point de rupture où la morale devient un luxe. Le dessin de Sean Phillips, toujours au cordeau, enfonce le clou : visages abîmés, lumières fauves, ruelles gangrenées. 

Les Acharnés parle de vertus – solidarité, amitié, fidélité – dans un monde qui les nie. Jacob lutte pour ne pas être digéré par l’industrie, Angie pour sauver une figure paternelle de substitution, Tracy pour retrouver un peu de sens dans le carnage. Tous trois, à leur manière, refusent d’abandonner la partie, et c’est bien cela qui les condamne. Un nouveau chef-d’œuvre du tandem Brubaker-Phillips.

Criminal : Les Acharnés, Ed Brubaker et Sean Phillips 
Delcourt, novembre 2025, 200 pages

Note des lecteurs0 Note
4.5

CINÉMANIA 2025 : L’Âme Idéale – L’amour et la mort en duo

0

Voilà une comédie romantique totalement inattendue sur bien des points. Sur ce vers quoi elle va nous emmener en premier lieu. Et sur ce vers quoi elle va nous surprendre dans son traitement ensuite. Et, surtout, dans l’alchimie entre ces deux têtes d’affiche, véritablement évidente et qui impulse toute la projection entre moments légers et d’autres plus touchants. C’est d’ailleurs sur son versant émotionnel que L’Âme idéale nous a conquis sans jamais forcer. Alice Vial nous propose donc une comédie romantique (et un brin fantastique) qui nous comble et nous charme en nous prenant de court avec une belle leçon de vie à la clé.

Synopsis: Elsa, 40 ans, célibataire, a renoncé aux histoires d’amour. Un don un peu spécial la garde à distance des autres : elle peut voir et parler aux morts. Pourtant un soir elle rencontre Oscar, un homme drôle et charmant, qui lui fait espérer à nouveau que tout est possible. Mais au moment où elle commence enfin à tomber amoureuse, Elsa réalise que leur histoire n’est pas aussi réelle que ce qu’elle pensait…

Au début, on se demande quelle direction va bien pouvoir prendre ce premier film finalement très réussi et touchant d’Alice Vial. Peut-être même qu’on a presque un peu peur au début. On pense atterrir dans une comédie romantique lambda (c’est-à-dire très codifiée) et puis apparaît très vite l’argument fantaisiste et/ou fantastique qui apporte toute l’originalité au film. En effet, le personnage principal a le don particulier de voir les morts. Dès lors, on a un peu peur que L’Âme idéale prenne la direction de la comédie franchouillarde option merveilleuse (et kitsch) un peu lourde comme le récent Anges & Cie de triste mémoire. Sauf que pas du tout et la suite va vite nous enchanter et emprunter des chemins très convaincants.

Certes, le long-métrage ne se départit jamais d’une certaine légèreté et quelques séquences usent du comique propice à une telle situation puisque l’un des deux personnages principaux est mort et que personne ne peut le voir, ce qui crée de nombreux quiproquos réussis et drôles. Cependant, le scénario va toujours préférer la tendresse et un romantisme tout sauf niais pour nous séduire. On parle ici de l’importance de vivre, du fait de s’affirmer tel que l’on est et aussi de notre regard sur la mort. Sans rentrer dans des considérations profondes et philosophiques sur le sujet, L’Âme idéale va souvent nous émouvoir et nous happer par la justesse de son propos.

Et pour qu’une telle histoire – qui se base sur une rencontre et les sentiments qui vont en découler – fonctionne, il fallait un duo d’acteurs qui fasse fonctionner la magie propre à tout film sentimental. Et c’est le cas. Jonathan Cohen nous prouve encore une fois qu’il excelle autant sur le registre dramatique que sur le versant comique auquel il nous a habitués. On a presque l’impression parfois que le comédien est bridé et que son tempérament d’électron libre va déborder et verser dans la gaudriole, mais ce n’est jamais le cas. Il nous procure beaucoup d’émotions par son jeu sobre et touchant. En face de lui, quelle bonne idée de confier le rôle-titre féminin à la comédienne québécoise, découverte dans le César du meilleur film étranger l’an passé, Simple comme Sylvain, Magalie Lépine-Blondeau. Elle est sublime, charmante et d’un naturel confondant. Mais, surtout, l’alchimie avec Cohen est indéniable et leur complicité crève l’écran à chaque instant.

On aime être surpris par un film et celui-ci, sans avoir de rebondissements ou de twists comme un film de suspense, y parvient. De nombreuses séquences sont vraiment bouleversantes et parcourues d’une émotion qui fait du bien, qui réchauffe les cœurs. C’est dynamique, bien filmé et bourré de moments poignants jusqu’à un dénouement appréciable qui évite la sensiblerie. Le comique de situation se révèle délicat et trouve toujours l’équilibre pour ne pas tomber dans le ridicule. L’addition de ces deux solitudes nous déchire le cœur et on vibre autant pour l’histoire d’amour que lors du décryptage de ces deux solitudes et de leur environnement (les soins pour elle et la musique pour lui). À ce titre, les séquences de concert ou celles à l’hôpital avec Anne Benoît sont très belles, presque envoûtantes pour certaines. Alors on sourit beaucoup, on rit un peu mais on est surtout véritablement touchés par ce premier film tout en douceur et qui fait du bien.

Bande-annonce : L’Âme Idéale

Fiche Technique : L’Âme Idéale

Réalisateur : Alice Vial
Scénario : Alice Vial, Jean-Toussaint Bernard
Casting principal : Jonathan Cohen, Magalie Lépine-Blondeau, Florence Janas, Jean-Christophe Folly, Anne Benoit, Soufiane Guerrab
Production : Les Films entre 2&4, Gaumont
Distributeur France : Gaumont Distribution
Pays : France
Année de production : 2025
Durée : 1h35
Genre : Comédie romantique, Fantastique
Date de sortie : 17 décembre 2025
Image : Julien Poupard
Musique : Olivier Marguerite
Décors : Julie Plumelle
Costumes : Marlène Gérard
Montage : Christel Dewynter

Les rêveurs : Art-thérapie

0

Avec une délicatesse rare, Isabelle Carré transforme ses souvenirs en cinéma. Son premier film, porté par la jeune Tessa Dumont Janod, nous plonge dans les années 80 d’une pédopsychiatrie en tension, entre solitude, révolte et rêves d’évasion. Un récit initiatique où l’art devient refuge et acte de soin.

Pour son premier long-métrage, Isabelle Carré filme une autobiographie intimiste et sensible de son adolescence, inspirée de son roman éponyme.

Par le personnage d’Elizabeth, l’immense actrice expose ainsi, de manière pudique et sincère, le malaise profond de ses 14 ans, sous les traits de la jeune Tessa Dumont Janod (son premier film), qu’elle dirige tout en douceur avec l’émotion et les souvenirs de ses jeunes années. C’est par une approche agréablement onirique où les oiseaux passent comme les anges, que la réalisatrice nous plonge avec Elizabeth dans les services de pédopsychiatrie de l’hôpital Necker, où elle vécut plusieurs semaines, isolée de ses parents, au milieu de jeunes désorientés et en mal de vivre, qui sortent à peine de l’enfance. Et à cette époque des années 80, les soins étaient surtout médicamenteux et administrés par l’équipe du professeur du service, raillé sous le nom de « la Gestapo », joué par un Bernard Campan (ami et partenaire d’Isabelle Carré) d’abord terrible puis amadoué par les initiatives téméraires d’Elizabeth et de son amie Isker (Mélissa Boros touchante et juste dans ce rôle). Ensemble et entourées de soupirants, elles rêvent d’une vie meilleure, fumant en cachette, contemplant la tour Montparnasse et ses lumières en imaginant la vie qui s’y cache, et visionnant des films (avec Romy Schneider dans Une chambre en ville de Pierre Granier-Deferre, sans doute pas un hasard…).

Par des flash-forwards et superposition de visages, la réalisatrice fait intervenir Elizabeth adulte, 40 ans après, interprétée avec finesse par elle-même. Et comme par coïncidence, on la retrouve dans le même environnement de l’hôpital Necker où elle anime des séances d’atelier théâtral auprès d’enfants souffrant de dépression, autres temps, autres méthodes de soin !

Elle en profite pour revenir sur les traces de son enfance, questionnant les approches d’antan et enquêtant pour tenter de retrouver Isker.

Et dans les deux époques, on va ainsi comprendre ce qui l’a sauvée, en bouclant une forme de boucle. On découvre aussi les difficultés de son environnement familial, avec ses parents et son frère. Les impacts ont été lourds mais sont finalement libérateurs. Reconnaissons que c’est un beau scénario, riche en émotions, et superbement mis en scène.

La participation d’acteurs de renom comme Nicole Garcia dans son premier rôle de comédienne, Vincent Dedienne, le fils du professeur des années 80, ainsi qu’Alex Lutz, dans le rôle du frère aujourd’hui, apportent une crédibilité au film, par ailleurs focalisé sur les enfants.

Dans ce film très personnel, on sent qu’Isabelle Carré en profite pour jeter un cri d’alarme sur la faiblesse des moyens humains qui sont octroyés à la santé mentale en général, et des jeunes en particulier, notamment par le biais de l’Art, à l’instar du Rire Médecin (Sur un fil) pour les autres maladies graves. Et s’il devait y avoir militantisme, il est tellement bien abordé qu’on a envie d’y adhérer, quel que soit son avis sur la question.

Isabelle Carré signe un premier film profondément humain, savoureusement onirique (on l’entend chanter Il fait toujours beau au-dessus des nuages de Zaho de Sagazan) et émouvant qui confirme, s’il en était besoin, l’extrême sensibilité de la réalisatrice, dont les failles n’ont fait que la renforcer. Et gageons qu’elle finisse par retrouver enfin Isker, pourquoi pas à la faveur de la sortie de ce film.

Bande annonce : Les rêveurs

Fiche technique : Les rêveurs

Sortie en salles : 12 novembre 202, durée : 1h46

Réalisatrice : Isabelle Carré

Scénaristes : Isabelle Carré, d’après son œuvre, en collaboration avec Agnès De Sacy

Musique originale : Benoît Carré, compositeur

Équipe technique

  • Irina Lubtchansky : Directrice de la photographie
  • Quentin Janssen : 1er assistant réalisateur
  • Elsa Pharaon : Directrice du casting
  • Annette Dutertre : Cheffe monteuse
  • Isabelle Legay : Cheffe coiffeuse
  • Isabelle Mathieu : Cheffe costumière
  • Françoise Chapuis : Cheffe maquilleuse
  • Vincent Robillard : Coordinateur de production
  • Rachel Corlet-Soulier : Scripte
  • Nicolas De Boiscuillé : Chef décorateur
  • Antoine-Basile Mercier : Ingénieur du son
  • Benoît Gargonne : Ingénieur du son
  • Emmanuel Croset : Ingénieur du son

Distribution & presse

  • André-Paul Ricci : Attaché de presse
  • Bianca Longo : Attachée de presse

Sociétés de production et distribution

  • Pan Distribution : Distribution
  • Pan Cinema : Production
  • France 2 Cinéma : Coproduction

Casting

  • Isabelle Carré : Elizabeth adulte
  • Judith Chemla : Alice
  • Tessa Dumont Janod : Elizabeth adolescente
  • Alex Lutz : Paul
  • Pablo Pauly : Jacques
  • Mélissa Boros : Isker
  • Bernard Campan : Professeur Jullian
  • Nicole Garcia : Professeure de théâtre
  • Vincent Dedienne : Fils du professeur Jullian
  • Solan Machado-Graner : Renaud

Note des lecteurs1 Note
4

Détective Conan : La Mémoire Retrouvée – Le froid comme miroir de la mémoire

Le plus petit des grands détectives reprend du service sur grand écran dans Détective Conan : La Mémoire retrouvée, un 28ᵉ opus où les montagnes enneigées deviennent le théâtre d’un polar introspectif, où thriller rigoureux et fragilité des souvenirs s’entrelacent.

Après Le Sous-marin noir et L’Étoile à 1 Million de dollars, Katsuya Shigehara signe son premier long-métrage en solo à la tête de la franchise. Ancienne animatrice et storyboardeuse, elle succède à des metteurs en scène plus chevronnés comme Chika Nagaoka ou Yuzuru Tachikawa, qui avaient su insuffler un souffle visuel et narratif à la série. Shigehara, elle, adopte une approche plus sobre, presque appliquée : son film est fonctionnel et discipliné, mais manque de l’éclat visuel et de l’audace narrative que l’on attendait d’une fresque hivernale de cette envergure.

À Tokyo, Conan assiste impuissant à l’assassinat d’un ancien collègue de Kogorô Mōri. Déterminé à venger son ami, ce dernier remonte la piste du tueur jusqu’aux montagnes enneigées de Nagano, où il retrouve l’inspecteur Kansuke Yamato, blessé dix mois plus tôt lors d’une avalanche. Ses souvenirs troublés pourraient bien contenir la clé de l’enquête.

Cependant, La Mémoire retrouvée démarre sur un faux pas : une triple introduction (flashback, exposition, action) brouille les repères et retarde l’immersion. Le récit peine à installer sa tension, tandis que Kogorô, censé en être le pivot émotionnel, reste curieusement en retrait. Le club des détectives juniors, pourtant symbole d’énergie et de légèreté, est réduit à quelques apparitions superficielles. On suit alors le film sans véritable élan, tel une avalanche tranquille glissant droit vers sa conclusion, prévisible et linéaire.

Fragments d’une enquête immobile

Le scénario de Takeharu Sakurai privilégie les thématiques du deuil, de la vengeance et du code moral policier, mais peine à leur donner chair. Certains personnages citent, avec une insistance presque scolaire, L’Art de la guerre pour justifier leurs choix, alourdissant inutilement un récit qui aurait gagné à se fier davantage à son mystère qu’à ses maximes. Les crimes ici sont à hauteur d’homme : pas d’organisation mondiale ni de complot tentaculaire, mais des fautes, des regrets et des serments brisés. Cette simplicité humaine, pourtant, aurait pu être exploitée pour développer une tension psychologique plus fine, mais le film reste souvent à la surface de son intrigue.

Le décor principal – un observatoire astronomique perché dans les hauteurs – évoque la distance entre vérité et perception, sans jamais vraiment en exploiter la puissance symbolique. Une meilleure utilisation de cet espace aurait pu renforcer la dimension métaphorique du récit et accentuer le contraste entre le monde intérieur des personnages et la froideur extérieure des montagnes. Ce n’est qu’à la toute fin, dans un climax spectaculaire et généreux, que le film retrouve vie : la neige s’effondre, la gravité n’existe plus, Conan bondit au milieu du chaos. La mise en scène se libère enfin, assumant pleinement la fantaisie propre à la saga.

Dans cette énergie régressive, Détective Conan retrouve son cœur : un mélange de collectif, de famille et d’amour, porté par la fidélité de Ran et la dualité de Shinichi, éternel adolescent prisonnier du corps d’un enfant. La Mémoire retrouvée n’est ni le plus haletant ni le plus limpide des volets, mais il porte une maturité mélancolique, celle d’une œuvre qui vieillit avec son public. Un film froid, parfois raide, mais sincère, où le petit détective – quelque part entre Sherlock Holmes, James Bond et Ethan Hunt – continue de courir après une vérité toujours prête à s’effacer sous la neige.

Détective Conan : La Mémoire Retrouvée – bande-annonce

Détective Conan : La Mémoire Retrouvée – fiche technique

Titre original : Meitantei Conan: Sekigan no Furasshubakku
Titre international : Detective Conan: One-eyed Flashback
Réalisation : Katsuya Shigehara
Scénario : Takeharu Sakurai
Musique : Yûgo Kanno
Sociétés de production : TMS/1st Studio
Pays de production : Japon
Société de distribution : Eurozoom
Durée : 1h50
Genre : Animation, Policier, Action, Aventure
Date de sortie : 12 novembre 2025

Détective Conan : La Mémoire Retrouvée – Le froid comme miroir de la mémoire
Note des lecteurs0 Note
3

Onlyspins casino: Améliorer les tournois de machines à sous avec des classements en temps réel

0

Les tournois de machines à sous en ligne gagnent en popularité grâce aux fonctionnalités innovantes de onlyspins casino. En intégrant des tableaux de classement en temps réel, ces plateformes transforment l’expérience utilisateur, rendant le jeu plus compétitif. Découvrez comment ces outils dynamiques influencent l’engagement des joueurs et encouragent l’interaction communautaire.

Dans le monde dynamique du jeu en ligne, les tournois de machines à sous attirent un public croissant avide de compétition et d’excitation. Parmi les plateformes qui se démarquent, onlyspins casino joue un rôle significatif avec ses fonctionnalités innovantes. En offrant des expériences de jeu immersives, elle attire une clientèle diversifiée cherchant à maximiser leur plaisir tout en défiant d’autres joueurs dans un cadre compétitif.

tournois-de-machines

Classements en temps réel

L’aspect unique de cette plateforme est son utilisation avancée des tableaux de classement en temps réel lors des tournois de machines à sous. Sur onlyspins casino, ces outils permettent aux participants de suivre instantanément leur progression dans le tournoi, rendant chaque manche plus engageante. Les joueurs peuvent voir leur position actuelle par rapport aux autres concurrents, ajoutant une couche supplémentaire de motivation et d’excitation.

Avec ces mises à jour instantanées, les joueurs sont constamment informés des changements dans le classement, leur permettant d’ajuster leurs stratégies pour rester compétitifs. Sur onlyspins casino, l’intégration transparente de ces tableaux de classement dans l’interface utilisateur garantit que même les nouveaux venus peuvent rapidement comprendre et participer pleinement au tournoi. Cela maintient non seulement l’intérêt des joueurs, mais enrichit également l’expérience globale offerte par cette plateforme.

Impact sur l’engagement des joueurs

Les tableaux de classement en temps réel intensifient l’engagement des joueurs. En recevant continuellement des retours sur leurs performances, les joueurs sont encouragés à participer activement et régulièrement aux tournois. Cette interactivité renforce le lien entre le joueur et la plateforme, transformant une simple session de jeu en une expérience immersive.

De plus, cette fonctionnalité favorise un environnement où chaque action compte, créant une tension palpable qui pousse les participants à exceller. Sur onlyspins casino, les joueurs ne jouent pas seulement contre la machine, mais aussi contre leurs pairs, augmentant considérablement le niveau d’implication émotionnelle et d’investissement personnel dans chaque partie jouée sur cette plateforme.

Interaction communautaire

L’aspect communautaire est également renforcé grâce aux tableaux de classement en temps réel. En suivant leur propre progression ainsi que celle des autres joueurs, les participants sont encouragés à interagir entre eux, partageant des astuces et des stratégies pour améliorer leurs performances. Cela crée une atmosphère amicale où la compétition saine et le soutien mutuel coexistent harmonieusement.

Cette interaction s’étend au-delà des simples échanges sur le jeu ; elle inclut également des discussions sur les forums et autres plateformes sociales liées à cette plateforme. Les joueurs créent ainsi un réseau social riche autour de leur passion commune pour les machines à sous, renforçant le sentiment d’appartenance à une communauté dynamique et engagée.

Comment les technologies mobiles transforment l’industrie du jeu – avis d’expert AllySpin casino

0

L’accès mobile aux casinos en ligne a permis d’augmenter le nombre de joueurs grâce à sa facilité d’accès. Et grâce aux technologies numériques innovantes, cette option d’accès aux jeux est devenue plus populaire et a dépassé la version pour ordinateur de bureau. Désormais, il est possible d’accéder à une gamme complète de jeux, comme AllySpin, sur les appareils mobiles, de bénéficier de bonus, de participer à des jeux et des tournois en direct, ainsi que de parier en temps réel. Nous allons maintenant examiner les raisons pour lesquelles les jeux mobiles sont devenus les leaders du format.

Augmentation de la part des joueurs mobiles et adaptation des interfaces

Aujourd’hui, plus de 65 % des utilisateurs ont recours à l’accès mobile aux jeux, et ce chiffre ne cesse d’augmenter. Voici les raisons qui expliquent cette tendance :

  • Large accessibilité.
  • Lancement instantané.
  • Possibilité de jouer même avec une connexion faible.
  • Interface adaptée aux écrans de petite taille.
  • Navigation tactile pratique.
  • Outils de jeu responsables.
  • Optimisation des logiciels pour une performance élevée.
  • Possibilité de participer à des jeux en direct et à des tournois.
  • Accès aux paris sportifs pendant la retransmission en direct de la compétition.

Ainsi, grâce à un environnement de jeu complet, selon les experts AllySpin casino, l’accès mobile aux jeux est plus populaire, car il permet de jouer confortablement n’importe où.

Nouvelles possibilités pour les jeux en direct et les tournois

L’un des principaux avantages des jeux mobiles est qu’ils offrent la possibilité de jouer à des jeux en direct et de participer à des tournois. Vous pouvez vous connecter à un jeu avec un croupier réel à tout moment, à condition d’avoir votre appareil à portée de main. Il en va de même pour les tournois de jeux, auxquels vous pouvez participer même lorsque vous êtes en déplacement. Et les notifications push prévues ne vous permettront pas de l’oublier.

Pourquoi les applications deviennent plus importantes que les sites web

À l’heure actuelle, selon les experts AllySpin casino, les applications sont plus demandées que les versions web des sites. Cela s’explique par les raisons suivantes :

  • Lancement instantané, permettant de commencer rapidement à jouer.
  • Niveau de protection cybernétique plus élevé.
  • Présence de notifications push permettant de se tenir au courant des actualités du casino et de l’apparition de bonus et de promotions.
  • Haute performance des jeux, y compris en format live, où le trafic est plus important.
  • Authentification biométrique prévue.
  • Bonus spéciaux prévus.
  • Prise en charge des réseaux sociaux.
  • Haute performance avec une connexion faible.
  • Excellente intégration avec de nombreuses options de paiement.

Selon l’avis des experts AllySpin casino, toutes ces caractéristiques positives de l’application mobile l’ont rendue plus populaire que la version mobile du site.

Comment la mobilité façonne l’avenir des casinos

Aujourd’hui, la mobilité joue un rôle important dans la vie des gens. C’est pourquoi, pour chaque joueur, il est plus important d’avoir la possibilité d’accéder aux jeux même s’il ne dispose que de 15 à 20 minutes de temps libre et qu’il n’est pas chez lui à ce moment-là. Il est ainsi possible de profiter de courtes sessions de jeu, puis de reprendre ses activités. La mobilité et l’accès 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 jouent donc un rôle important, plaçant ce format au premier rang.

Guest post

 

Les Braises : Refroidies

Une ouvrière, jouée par Virginie Efira, s’engage dans un mouvement social joyeux et ambitieux, qui lui redonne à la fois une dignité et un lieu où exercer ses talents. Pendant ce temps, son mari, chef d’une petite entreprise de transport, préfère, lui, garder ses distances avec une lutte qui lui apparaît vaine et continuer de jouer le jeu du système. Toute ressemblance avec des faits historiques s’étant déroulés en l’an -2 avant la COVID est parfaitement voulue. Un film social français à la tournure habituelle, qui s’efforce d’éviter soigneusement toute caricature, et c’est justement ce qu’on lui reproche.

On s’attendait à pire. Quand le cinéma français entend représenter la misère sociale, il balance généralement entre le grotesque et le lisse. Thomas Kruithof a choisi la seconde option. Il a évité le pire sans doute, mais sa très relative justesse manque surtout d’audace.

Le lissage commence dès le casting. Malgré leur talent, Virginie Efira et Arieh Worthalter peinent à faire oublier leur classe d’origine. Elle, semble à chaque instant prête à dégainer une carte de presse ou un stéthoscope, et lui, débarquer d’une représentation de Tchekhov à la Comédie-Française. Kruitof avait si peur de produire une caricature indigne de beauf qu’il en a fait des petit-bourgeois de centre-ville, à son image. Les gilets-jaunes qui entourent Efira sont autrement mieux castés, mais la narration ne leur accorde qu’une place très secondaire et la mise en scène presque une fonction de décor. Le pauvre, ainsi en a décidé Thomas Kruitof, n’est pas cinématographique, sauf en arrière-plan.

Le lissage est enfin politique. On ne verra pas presque rien des discussions de rond-point à perte d’ouïes, où le sublime et le vulgaire, l’émouvant et le colérique, le généreux et le contempteur, l’utopique socialisant et le logomachique complotard se mêlaient avec autant de grâce que de lourdeur. Dans les Braises, on a le verbe bien posé, on s’écoute religieusement, on est toute politesse. Par peur de stigmatiser la beauferie du pauvre, on en a lissé toutes les aspérités, tous ses mauvais penchants, sa bêtise et sa méchanceté, et, de ce fait : son humour et sa tendresse. Ne reste que des petits blancs bien rangés, dont on se demande bien comment, avec si peu de vitalité, ils surent mettre le feu à une préfecture.

Ce dernier incident, tiré de fait réel, est dans le film l’un des rares moments où ce mouvement des gilets jaunes accuse une ambiguïté morale. D’autres pourraient y voir un motif de fierté et considéraient que les révoltés n’ont au contraire pas suffisamment saccagé et saboté. Pour ne pas donner prise aux condamnations morales qui servirent à les délégitimer, Kruithof retranche de son portrait des gilets jaunes toute leur rage et leur détermination, ne laissant à la fin que des visages d’agneaux étonnés. Désireux de les disculper, il les modère, les attiédit.

Mais, au final, reste une question : s’agit-il vraiment d’un film sur les gilets jaunes ? Que le réalisateur ait voulu donner une incarnation concrète à un type sociologique, explorer les liens entre l’intime et le politique, montrer comment des individus prennent conscience de leur destin collectif, tout cela constitue une intention certes louable, mais dont l’actualisation reste ici confuse. Les Braises est-il un film sur le couple où le mouvement des gilets jaunes joue le rôle de prétexte, ou est-ce un film sur les gilets jaunes où le couple joue celui de fil rouge narratif ? Dans les deux cas, l’échec est cuisant. Soit le film manque terriblement d’émotion et d’intensité dramatique, soit le nombre et la longueur des scènes consacré aux gilets jaunes est par trop resserrés ; toujours, les Braises semble manqué son sujet.
Ceux qui ont vibré à l’unisson de cette révolte trouveront au début et la fin l’occasion de réminiscence émouvante. Pour le reste, il ne se dégage des atermoiements familiaux d’Efira et Worthalter qu’un ennui poli.

Si la mise en scène est sobre et évite maints écueils, c’est au service d’un objet froid qui peine à honorer le débordement d’idées, de joie et de colère, probablement trop formidable, trop vivant, trop inconvenant pour un trop sage réalisateur parisien. On notera tout de même une représentation honnête et fine du travail ouvrier, chose, il faut l’avouer, devenu rare. D’un autre côté, tristement, on n’y verra pas grand-chose de la vie des ronds-points ou des manifs du samedi. Les Braises est à peine tout ce qu’il veut être : à peine un film social, à peine un drame familial, à peine une mémoire.

Bande-annonce : Les Braises

Fiche Technique : Les Braises

Réalisation : Thomas Kruithof
Scénario : Thomas Kruithof et Jean-Baptiste Delafon
Acteurs principaux : Virginie Efira, Arieh Worthalter, Mama Prassinos
Musique : Grégoire Auger
Décors : Jean Rabasse
Costumes : Carine Sarfati
Photographie : Christophe Beaucarne
Son : Nicolas Provost et Jon Goc
Montage : Jean-Baptiste Beaudoin et Guadalupe Cassius
Production : Thibault Gast et Matthias Werber
Production déléguée : David Giordano
Production associée : Jean-Baptiste Delafon
Sociétés de production : 24 25 Films, Wild Bunch, France 3, Kallouche Cinéma, Les Films Velvet et SRAB Films
Sociétés de distribution : Wild Bunch
Pays de production : France
Langue originale : français
Format : couleur
Durée : 102 minutes

Note des lecteurs1 Note
2

La femme la plus riche du monde : A quoi bon être riche si on ne peut pas en profiter ?

0

Des millions qui volent, des secrets qui éclatent, des toilettes somptueuses et une mobylette en guise de cheval blanc : Thierry Klifa nous embarque dans une comédie aussi savoureuse que décapante, où Isabelle Huppert et Laurent Lafitte brillent dans un duo fantasque et jubilatoire. Derrière les éclats de rire, un vieux secret lié à la collaboration et une relation mère-fille pleine de failles viennent fissurer les dorures familiales.

Pour son sixième long-métrage, Thierry Klifa réussit une comédie jubilatoire et grinçante, caricaturale et haute en couleur, s’inspirant librement de la célèbre et passionnante affaire Banier-Bettencourt. La même qui a fait l’objet d’un documentaire récent sur Netflix « L’affaire Bettencourt : scandale autour de la femme la plus riche du monde » de Baptiste Etchegaray et Maxime Bonnet, s’appuyant sur les enregistrements pirates réalisés entre 2007 et 2010 par le maître d’hôtel de Liliane Bettencourt.

S’affranchissant des contraintes du biopic, le réalisateur s’approprie l’affaire par un scénario fictionnel satirique façon thriller qui met aux prises, sur une durée de plus de 20 ans, la richissime Hélène Farrère, sa fille héritière Frédérique Spielman et l’extravagant et fantasque écrivain photographe Pierre-Alain Fantin. Déboulant sur sa mobylette un jour de 1987 dans cette famille guindée, il bouscule les certitudes par un dynamitage en règle de l’ordre établi. Par son excentricité, il séduit Hélène, alors souffrante et dépressive, lui donnant une perspective réjouissante de la vie, peu importe le prix à payer pour cela quand on est tellement fortunée !

Autour de ce trio sur lequel l’intrigue principale d’un prétendu abus de faiblesse est bâtie, le réalisateur associe les maris, Guy Farrère et Jean-Marc Spielman, sans oublier le majordome et confident Jérôme, et met l’accent sur les complexités et rivalités familiales où tous les coups bas sont permis.

Et même si les millions d’euros volent bas, la guerre de succession mère/fille n’est pas qu’une question d’argent, puisqu’un secret de famille autour de la collaboration fait vaciller les ambitions du groupe de cosmétiques qu’Hélène dirige de loin, un sujet collatéral qui élargit la perspective du film, et que Thierry Klifa introduit avec subtilité et justesse, d’autant que son gendre est de confession juive.

Mais au-delà du cynisme et d’un tableau grinçant d’une famille scandaleusement riche, le réalisateur sait faire craquer le vernis en explorant les failles et les sentiments de l’amour filial entre une mère et sa fille. La jalousie de cette dernière, qui estime ne pas être à la hauteur de sa mère flamboyante, provoque sa soif de vengeance ; une position difficile à justifier puisqu’elle est déjà l’unique héritière.

Ce qui fait le succès du film est avant tout le fantastique couple d’acteurs Laurent Lafitte (Banier/Fantin) et Isabelle Huppert (Bettencourt/Farrère) qui se mettent en valeur l’un l’autre dans leur relation extravagante : Lafitte est époustouflant et génial dans ce rôle hallucinant d’insolence, avec sa chevelure de jeune premier, cet acteur boulimique qui transforme son image, jadis policée, depuis quelques films (Les Barbares, Classe Moyenne, T’as pas changé – en lien avec son départ de la Comédie Française en 2024 ?) tandis qu’Huppert, davantage dans la continuité (La Syndicaliste, Mon Crime, La prisonnière de Bordeaux), trouve ici un rôle lumineux, parfaitement taillé à sa mesure, sous la forme d’une renaissance joyeuse. Ensemble ils paraissent vraiment s’amuser, ce qui contribue à la réussite de cette farce, d’autant que l’écriture et les dialogues sont d’une grande qualité, à l’instar de ces témoignages en mode confidence face caméra des différents protagonistes en amont du procès.

Le reste du casting des personnages principaux est certes très bon, mais en retrait des deux acteurs principaux, que ce soit Marina Foïs, féroce et excellente, cachée derrière sa frange, mais avec moins d’ampleur que dans le récent Moi qui t’aimais, Raphaël Personnaz qu’on sent à l’étroit dans le rôle shakespearien du majordome et ses cheveux blonds ambiguës, ou encore André Marcon et Mathieu Demy, les maris qui servent quasiment de faire-valoir.

Le soin apporté aux décors, avec une image gros grain qui fait ressortir les couleurs chaudes, contribue à une ambiance vintage très cossue, davantage suggérée qu’ostentatoire, que ce soit dans la fabuleuse résidence principale de Neuilly ou les luxueuses résidences secondaires en bord de mer (en réalité tout est filmé en Belgique). Et comme il se doit dans ce milieu, la richissime Hélène a une toilette différente lors de chacune de ses apparitions.

Présenté à Cannes 2025 en hors compétition, le film de Thierry Klifa s’avère être de loin la meilleure comédie française de l’année, même avec ses accents dramatiques et sa durée de plus de deux heures qu’on ne voit pas passer.

Le réalisateur se raille certes des travers d’une grande famille française, mais sait appuyer sur la sensibilité des relations humaines, au fond comme dans toutes les autres. Se concentrant sur le retentissant fait de société, il sait éviter avec soin les embarras politiques de l’époque, qui renverraient inévitablement à aujourd’hui, et aborde très peu le fonctionnement business des grandes entreprises, ce qui est nettement préférable dans le contexte géopolitique de nos temps troublés.

A voir sans modération pour un moment irrésistible de drôlerie et savoureusement décapant !

Bande annonce : La femme la plus riche du monde

Fiche technique : La femme la plus riche du monde

  • Titre : La femme la plus riche du monde
  • Réalisateur : Thierry Klifa
  • Scénaristes : Thierry Klifa, Cédric Anger, Jacques Fieschi
  • Genre : Comédie dramatique
  • Pays de production : France, Belgique
  • Date de sortie : 29 octobre 2025
  • Durée : 123 minutes
  • Musique originale : Alex Beaupain
  • Directeur de la photographie : Hichame Alaouie
  • Directeur du casting : Sarah Teper
  • Chef monteur : Chantal Hymans
  • Chefs costumiers : Jürgen Doering, Laure Villemer
  • Producteur : Mathias Rubin
  • Sociétés de production : Recifilms, Versus Productions
  • Distribution France : Haut et Court

Casting principal

  • Isabelle Huppert : Marianne Farrère
  • Marina Foïs : Frédérique Spielman
  • Laurent Lafitte : Pierre-Alain Fantin
  • Raphaël Personnaz : Jérôme Bonjean
  • André Marcon : Guy Farrère
  • Mathieu Demy : Jean-Marc Spielman
  • Joseph Olivennes : Raphaël d’Alloz
  • Micha Lescot : De Veray
  • Paul Beaurepaire : Charles Spielman

Note des lecteurs0 Note
4

Cinémania 2025 : Rue Málaga – Filmer l’âge avec panache.

0

Dès les premières images du film où l’on voit cette septuagénaire espagnole faisant son marché dans les rues de Tanger, on sent que l’on va voir quelque chose de frais et de coloré. Rue Malaga nous enivre par ses premières minutes et le parfum que le film dégage ne nous quittera plus durant deux heures merveilleuses. Carmen Maura y resplendit et la vieillesse n’avait pas été montrée sous un si beau jour depuis des lustres. Il fallait bien le talent de Maryam Touzani, déjà à l’œuvre sur le sublime Le bleu du caftan pour nous charmer à ce point avec cette œuvre douce et délicieuse sur les racines, la pugnacité et l’amour à tout âge. Une petite merveille aussi exotique que chaleureuse qui nous touche en plein cœur et que seule une fin qui dénote un peu vient entacher.

Synopsis: Une Espagnole âgée vivant à Tanger résiste à la décision de sa fille de vendre sa maison et redécouvre les sentiments romantiques et la sensualité…

Dès les premières images du film où l’on voit cette septuagénaire espagnole faisant son marché dans les rues de Tanger, on sent que l’on va voir quelque chose de frais et de coloré. Rue Malaga nous enivre par ses premières minutes et le parfum que le film dégage ne nous quittera plus durant deux heures merveilleuses. Carmen Maura y resplendit et la vieillesse n’avait pas été montrée sous un si beau jour depuis des lustres. Il fallait bien le talent de Maryam Touzani, déjà à l’œuvre sur le sublime Le bleu du caftan pour nous charmer à ce point avec cette œuvre douce et délicieuse sur les racines, la pugnacité et l’amour à tout âge. Une petite merveille aussi exotique que chaleureuse qui nous touche en plein cœur et que seule une fin qui dénote un peu vient entacher.

Des effluves d’épices qui émanent d’un marché. Des doigts qui caressent des pousses végétales. Les couleurs des tissus qui enchantent le regard. Les mains qui s’affairent à la cuisine et les odeurs qui s’en dégagent et traversent l’écran. En quelques plans sur une rue animée et commerçante de la vieille ville de Tanger et l’appartement du personnage principal, Maryam Touzani pose le décor avec volupté. Et la septuagénaire (bientôt octogénaire) incarnée par la grande Carmen Maura s’y balade le sourire aux lèvres, les yeux pétillants, le cœur conquis avec l’âme qui s’y abandonne. Les premières scènes de Rue Malaga encapsulent tout un monde. Et une vie. Celle de Maria.

On est donc happé par les séquences inaugurales du long-métrage et on sent que quelque chose de beau va s’y dérouler. On s’y abandonne durant deux heures avec un plaisir non feint. Si l’arrivée de la fille qui va vouloir vendre l’appartement de sa mère augure du pire, c’est la renaissance de Maria ensuite qui va nous combler de bonheur pour ne nous quitter qu’à la fin de la projection. Rue Malaga est une œuvre qui fait du bien, aux contours presque exotiques et qui a l’originalité de marier les cultures marocaines et espagnoles avec panache. Le film se déroule à Tanger en pleine terre arabe mais on y parlera espagnol quasiment tout du long et on y sentira fortement l’influence ibérique. Un pont entre deux continents et un cœur partagé entre deux cultures.

L’une des plus grandes actrices espagnoles, qui a été la muse de cinéastes aussi hétéroclites que Pedro Almodovar (le chatoyant Volver) ou Alex de la Iglesia (le jubilatoire et féroce Mes chers voisins), livre une de ces performances magnifiques qui couronnent le règne d’une actrice au crépuscule de sa vie. Elle nous offre sur un plateau une composition solaire et enjouée d’une vieille dame qui n’a pas renoncé à la vie et qui, au contraire, l’embrasse encore de toutes ses forces. C’est d’ailleurs le meilleur aspect du film quand on la voit malicieuse tentant de rester vivre dans son appartement malgré l’absence de revenus ou quand elle (re)découvre l’amour en bas de la rue. Maura est fabuleuse et il est fort probable que des prix viennent récompenser ce film remarqué à Venise et Toronto.

Les séquences qu’elle partage avec l’antiquaire du coin, joué par le ténébreux et charmant Ahmed Boulane, sont délicieuses. Rares sont les cinéastes à filmer l’amour et les ébats entre personnes du troisième voire quatrième âge de manière aussi poétique et pudique sans jamais être malaisants. Mais Maryam Touzani s’y connaît en douceur puisqu’elle nous avait enchantés il y a trois ans avec le tout aussi beau Le bleu du caftan qui parlait d’homosexualité dans la casbah. Sont évoqués ici également le pouvoir de nos racines et l’importance de garder du lien avec la terre qui nous a vu naître.

Rue Malaga a peut-être un peu de mal à se conclure et il épouse un peu le tragique de manière inutile sur sa dernière ligne droite en plus d’une fin ouverte. On aurait préféré que le long-métrage continue dans sa veine pleine de fraîcheur et d’humour parfois. Mais on ne s’en formalisera pas outre mesure. En effet, on sourit beaucoup devant la pugnacité de Maria pour garder son appartement et ses combines. Tout comme ses échanges avec une sœur ayant fait vœu de silence nous amusent beaucoup. Touzani nous fait le cadeau d’une œuvre aussi chaleureuse et pétillante que son personnage principal, un feel-good movie coloré qui est aussi une ode à la vieillesse. Une petite pépite.

Bande-annonce Rue Málaga (titre original : Calle Málaga)

Fiche technique Rue Málaga (titre original : Calle Málaga)

Réalisatrice : Maryam Touzani
Scénaristes : Maryam Touzani, Nabil Ayouch
Casting : Carmen Maura, Marta Etura, Ahmed Boulane, María Alfonsa Rosso, Miguel Garcés
Image : Virginie Surdej
Montage : Teresa Font
Musique : Freya Arde
Son : Nassim El Mounabbih
Pays de production : France, Espagne, Maroc, Allemagne, Belgique
Durée : 1h56
Genre : Drame
Distributeur France : Ad Vitam
Date de sortie France : 18 mars 2026
Date de première mondiale : 29 août 2025 (Mostra de Venise)

{
« @context »: « https://schema.org »,
« @type »: « Review »,
« itemReviewed »: {
« @type »: « Movie »,
« name »: « Rue Málaga »,
« alternateName »: « Calle Málaga »,
« director »: {
« @type »: « Person »,
« name »: « Maryam Touzani »
},
« actor »: [
{
« @type »: « Person »,
« name »: « Carmen Maura »
},
{
« @type »: « Person »,
« name »: « Marta Etura »
},
{
« @type »: « Person »,
« name »: « Ahmed Boulane »
},
{
« @type »: « Person »,
« name »: « María Alfonsa Rosso »
},
{
« @type »: « Person »,
« name »: « Miguel Garcés »
}
],
« image »: « https://www.lemagducine.fr/wp-content/uploads/2025/11/rue-malaga-film-avis-1161×774.webp »,
« datePublished »: « 2025-11-08 »,
« genre »: « Drame »,
« countryOfOrigin »: « France, Espagne, Maroc, Allemagne, Belgique »
},
« author »: {
« @type »: « Organization »,
« name »: « LeMagDuCiné »
},
« reviewBody »: « Maryam Touzani enchante avec Rue Málaga, un drame lumineux tourné à Tanger. Carmen Maura y incarne une septuagénaire pleine de vie, entre racines, amour et renaissance. Un film délicat et chaleureux, remarqué à Venise et Toronto. »,
« publisher »: {
« @type »: « Organization »,
« name »: « LeMagDuCiné »,
« logo »: {
« @type »: « ImageObject »,
« url »: « https://www.lemagducine.fr/wp-content/uploads/2023/01/logo-lemagducine.png »
}
},
« keywords »: [
« Rue Málaga »,
« Calle Málaga »,
« Maryam Touzani »,
« Carmen Maura »,
« critique cinéma »,
« film français 2025 »,
« Cinémania 2025 »,
« Tanger »,
« drame lumineux »,
« film sur la vieillesse »,
« amour à tout âge »,
« racines et identité »,
« festival de Venise 2025 »,
« festival de Toronto 2025 »,
« cinéma marocain »,
« cinéma espagnol »,
« Le bleu du caftan »,
« film chaleureux »,
« premier rôle en espagnol »
]
}

Note des lecteurs0 Note
3.5

Les Conséquences de Pascal Rambert : ce qui demeure

Une famille. Des événements, du temps : mariages, enterrements. Entre les deux, Pascal Rambert déploie une physique des âmes. Dans Les Conséquences, présenté au Théâtre de la Ville, les corps deviennent des équations vivantes, les dialogues des passions hilarantes ou exsangues. Loin du psychologisme convenu, c’est une géométrie des émotions qui nous est offerte, une langue fiévreuse, engagée et vivace – où chaque réplique est une énergie, chaque silence un angle droit, chaque dos un visage, chaque visage une existence et une bataille. Bienvenue dans La Cerisaie du XXIᵉ siècle.

La vitalité des fêlures

 À quoi reconnaît-on qu’on assiste à un grand moment de théâtre ? Un metteur en scène endosse le temps et les traumas de l’époque, leur perturbation majeure, ce qu’ils font faire à nos vies : aimer, crier, trahir, jouir, subir, faiblir, s’oublier, transmettre, dire à tue-tête, parler, tenir debout, résister, vieillir, devenir fou, avoir le mors aux dents, perdre les mots, perdre la langue, finir, mourir.

Pascal Rambert, dans sa dernière création Les Conséquences (actuellement au Théâtre de la Ville), ressaisit toutes les obsessions, passions et frustrations des vies : celles qui traversent la famille qu’il imagine (avec ses compagnons acteurs et actrices de toujours, plus de nouveaux venu·es), celles qui palpitent et hantent les existences de tous, et nous fait éprouver un très grand moment de théâtre, d’émotions et de jeu.

Eurythmie

La puissance des Conséquences est une symbiose précieuse entre l’acuité d’un texte plein, précis, vif et mélancolique, profondément amoureux de la mémoire du théâtre, l’architecture épurée d’une scénographie limpide et lumineuse, et la vigueur performative d’une troupe d’acteurs en majesté.

Tout est congruent. Tous les motifs et strates de son travail (langue, scénographie, rythme, style, jeu) viennent se correspondre avec une adéquation radieuse, comme si soudainement un géomètre mettait toute son exactitude pour créer de l’exaltation, une transe née de la rectitude des rapports entre ce qui est dit, ce qui est montré, joué, dansé, chanté et ressenti.

Ici, le décor est une sorte d’immense serre blanche constituée de bâches par lesquelles les comédiens ne cesseront d’entrer et de sortir pour intervenir sur le plateau et demander ce qu’il s’y dit.

Même les bâches deviennent ici des objets parlants, écoutants, vibrants, même ce décor nu, témoignant de mariages et d’enterrements, vient nous signifier le désarroi et cette « blague de l’existence ».

Mémoire du théâtre à l’œuvre

Dans la plus pure tradition de Vilar-Vitez, il suffit de peu pour faire du théâtre : des corps d’acteurs qui s’avancent et prennent la parole. Avec Les Conséquences, nous y sommes, à l’arête ou la vertu de ce principe, auquel Rambert ajoute son style, cette énergie du polemos qui irrigue tous les dialogues et monologues, cette électricité hilarante ou sarcastique qui vient désarçonner la langue, mordre le réel, attaquer les cicatrices des défaites, rompre le temps.

Dans cette histoire que Rambert envisage telle une trilogie (à venir, avec la même distribution : Les Émotions et La Bonté), il n’est question que de cela : toute une famille tente de se réunir, de se parler, de se dire, de s’entendre. Et sur ces événements solennels, affreusement impossibles que sont les mariages et les enterrements, la famille se souvient, essaye de se parler, se tend , s’aime et se déchire.

Nous ne raconterons pas les histoires de chacun. Il faut aller voir les mouvements et chorégraphies à l’intérieur desquelles ces dialogues et monologues prennent leur course et leur élan. C’est certainement le spectacle le plus Pina Bauschien de Rambert. Les femmes y virevoltent en longues robes fluides et colorées, les hommes y sont plus raides et statiques, en costume noir et cravate. La drôlerie circule. La folie rode. La parole veille.

La vitalité et les circulations intempestives que met en œuvre Rambert sont la force et l’autre écriture de son texte, son âme vigoureuse et persistante, ce que les Grecs appelaient la karteria, cette force d’âme clairvoyante que les Américains nomment la stamina : l’endurance active et morale. C’est beau, c’est généreux, tendre et rauque, rapide et profond, désopilant et bon. C’est une oeuvre galvanisante qui dit la déliquescence de l’époque tout en croyant encore à la ferveur des engagements enflammés, tout en croyant encore à l’ardeur des couleurs des robes pour danser la vie, tout en croyant toujours à la tenue d’une parole, à l ‘acte de la langue poétique et philosophique pour produire de l’inédit.

Les Conséquences : Teaser

Les Conséquences : Fiche technique

Texte et mise en scène : Pascal Rambert
Lumières : Yves Godin
Costumes : Anaïs Romand
Musique : Alexandre Meyer
Scénographie : Aliénor Durand
Collaboration artistique : Pauline Roussille
Production déléguée : structure production
Avec Audrey Bonnet, Anne Brochet, Paul Fougère, Lena Garrel, Jisca Kalvanda, Marilú Marini, Arthur Nauzyciel, Stanislas Nordey, Laurent Sauvage, Mathilde Viseux, Jacques Weber