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Emmett Till : Le combat d’une mère contre la haine raciale

Saisissant de cruauté. Tristement actuel. L’histoire tragique du meurtre d’Emmett Till, un adolescent Afro-Américain de 14 ans, résonne encore aujourd’hui. Elle rappelle l’impact du racisme sur les vies humaines et l’importance de la justice et de l’équité dans une société démocratique. Le biopic consacré à Emmett Till est un témoignage poignant de l’histoire américaine et un rappel sur la nécessité de continuer à lutter contre la haine raciale dans le monde d’aujourd’hui.

Emmett Till, un biopic bouleversant mais utile

Pour ce troisième long-métrage, la réalisatrice Chinonye Chukwu choisit de raconter l’histoire de celui qui deviendra l’un des symboles de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis, Emmett Till, et du combat sans failles de sa mère, Mamie Till-Mobley, pour lui rendre justice.

Nous sommes le 31 août 1955, quand est retrouvé le corps sans vie et mutilé d’Emmett Till, flottant sur les bords de la rivière de Tallahatchie, dans le Mississippi. Kidnappé, torturé et sauvagement assassiné par deux hommes blancs pour avoir prétendument sifflé et fait des avances à une femme blanche dans un magasin de la ville de Money, où le jeune garçon de Chicago rendait visite à ses cousins. La mère d’Emmett, Mamie, prend alors la lourde décision de montrer le corps méconnaissable de son fils dans un cercueil ouvert lors de ses funérailles, exposant ainsi au monde la brutalité de la ségrégation raciale. Une décision courageuse qui ébranla l’Amérique, et eut un impact profond sur les gens du pays, inspirant des milliers de personnes à se mobiliser pour les droits civiques et à lutter contre le racisme.

Le film retrace les événements qui ont précédé le lynchage et ses conséquences, en dressant un double portrait du personnage d’Emmett et de sa mère, portés par les deux excellents Jalyn Hall (Emmett) et Danielle Deadwyler (Mamie). Une entrée en matière sur fond de chansons et de complicité, avec Emmett et sa mère chantant ensemble. On découvre alors à travers leur quotidien, la relation pleine de tendresse qui les unit, ainsi que la personnalité solaire du jeune garçon.
Le film explore également la relation tendue entre les communautés noire et blanche du Mississippi, ainsi que la manière dont les médias ont couvert l’affaire.

Côté réalisation, Chinonye Chukwu nous offre des plans soigneusement composés et une utilisation judicieuse de la lumière et des décors. Alternant des plans lumineux et joyeux – symbole du quotidien d’Emmett et Mamie avant l’horreur, de la personnalité solaire et de l’innocence du jeune garçon – et des plans plus sombres où l’inquiétude grandissante de Mamie, instaure une atmosphère de tension et de désespoir. A cela s’ajoutent de nombreux plans serrés sur les visages des personnages pour intensifier la tension dramatique et souligner leur douleur. Si la réalisation offre une esthétique soignée et minimaliste qui nous plonge assez bien dans l’ambiance des années 50, certaines scènes manquent cependant de profondeur, en particulier dans l’exploration des motivations des personnages blancs impliqués dans l’affaire.

La douleur d’une mère, fer de lance pour une lutte universelle

Dans ce biopic, la réalisatrice fait le choix de mettre la lumière sur le combat de Mamie Till, sans qui l’assassinat d’Emmett serait tombé dans l’oubli, à jamais éludé. Portée par la stupéfiante Danielle Deadwyler, qui livre ici une performance émouvante, capturant la douleur et la colère d’une mère endeuillée, ainsi que la détermination à faire entendre sa voix. C’est avec beaucoup de respect et de dignité que le personnage de Mamie est présenté, soulignant l’importance de son rôle dans la lutte pour les droits civiques et la justice raciale aux Etats-Unis.

Veuve, élevant seule son fils de 14 ans, unique femme noire à travailler pour US Air Force à Chicago, lorsque Mamie apprend la disparition de son enfant, elle ne tarde pas à remuer ciel et terre pour le retrouver, faisant appel aux médias pour relayer l’information. A l’annonce de son meurtre, Mamie fait rapatrier le corps d’Emmett à Chicago. Dans la douleur de voir son fils prisonnier de son cercueil, une phrase claque « Il ne peut pas respirer ». Des mots délibérément choisis par les scénaristes pour faire écho à ceux prononcés par George Floyd, tué brutalement et injustement par un policier blanc dans un abus d’autorité. Son combat commence alors pour obtenir justice. Sa décision d’exposer le corps de son enfant au public et à la presse lors de ses funérailles, confronte l’Amérique à la brutalité de la haine raciale. Des images qui provoquèrent un choc et une indignation à travers le pays.

Pas à pas, on suit le déroulement du procès, qui la mène dans le Mississippi afin que soient jugés et condamnés les deux auteurs du meurtre d’Emmett. Procès qui suscite une couverture médiatique intense, attirant l’attention du public sur la question de la ségrégation raciale dans le Sud. Après des délibérations expédiées par un jury composé uniquement de personnes blanches, les meurtriers sont acquittés. Une décision qui provoque l’indignation, et renforce la conviction de nombreux militants pour le mouvement des droits civiques.

L’histoire d’Emmett Till et le combat mené par Mamie Till ont eu un impact profond sur la lutte pour les droits civils aux Etats-Unis, galvanisant de nombreuses personnes, notamment des militants pour les droits civiques tels que Rosa Parks et Martin Luther King Jr. Lorsque Rosa Parks a été arrêtée quelques mois après le meurtre de Till en 1955, pour avoir refusé de céder sa place dans un bus à un passager blanc en Alabama, elle a déclaré plus tard que l’histoire du jeune homme avait été une source d’inspiration pour elle. Son meurtre a également été un catalyseur pour l’activisme de Martin Luther King Jr. qui a largement cité son exemple dans plusieurs de ses discours. Cette histoire a inspiré de nombreuses personnes à se mobiliser pour les droits civiques et à lutter contre le racisme, et continue d’inspirer des générations de personnes à défendre l’égalité et la justice pour tous.

Emmett Till est un film poignant qui rappelle encore une fois, l’impact dévastateur du racisme sur les vies humaines. Il souligne l’importance de poursuivre la lutte contre les crimes de haine. Une lutte qui aura permis 67 ans après le lynchage d’Emmett Till, à la signature d’une loi qui condamne le lynchage au rang de crime fédéral. Une législation qui revêt le nom de son symbole: le jeune Emmett Till (Emmett Till Antilynching Act).

Emmett Till : bande annonce

Fiche technique et synopsis du film Emmett Till

Réalisation: Chinonye Chukwu
Scénario: Keith Beauchamp, Chinonye Chukwu, Michael Reilly
Interprétation: Danielle Deadwiler (Mamie Till-Mobley), Jalyn Hall (Emmett Till), Frankie Faison (John Cartan), Haley Bennett (Carolyn Bryant), Whoopi Goldberg (Alma)…
Montage: Ron Patane
Musique: Abel Korzeniowski
Genre: Biopic, drame
Société de distribution: Universal Pictures International France
Date de sortie: 8 février 2023
Durée: 2h10
Pays: Etats-Unis

Synopsis : D’après une histoire vraie.

Jeune veuve élevant seule son fils de 14 ans, Mamie Till-Mobley est aussi l’unique femme noire travaillant pour la US Air Force à Chicago. Quand Emmett est assassiné parce qu’il aurait sifflé une femme blanche dans le Mississippi de 1955, Mamie bouscule les consciences en insistant, lors des obsèques, pour que le cercueil de son fils reste ouvert et que l’opinion publique comprenne l’horreur qu’il a subie. Un geste fort pour refuser l’oppression et la haine. Elle cède également au magazine Jet les droits exclusifs de publication des photos de son fils mutilé, si bien que le monde entier s’émeut de ce lynchage particulièrement atroce.

Avec courage, Mamie Till s’engage dans le mouvement des droits civiques et devient une militante active pour la NAACP, principale organisation de défense des Afro-Américains, réclamant davantage de justice sociale et d’accès à l’éducation pour la communauté noire.

3.5

Her : une ode à l’amour

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Sorti en 2013 dans les salles obscures, le film Her réalisé par Spike Jonze a fait l’effet d’une bombe et a reçu le prix du meilleur scénario original aux Oscars. Romantique, dramatique et lyrique, Her nous plonge dans une société futuriste où la technologie et les humains cohabitent main dans la main. Spike Jonze nous entraîne dans un tourbillon d’émotions et offre aux spectateurs un regard original et tendre sur l’amour à l’heure du virtuel. Nous suivons le quotidien et l’histoire passionnée de Theodore, incarné par Joaquin Phoenix et Samantha, l’Intelligence Artificielle dont notre personnage principal tombe éperdument amoureux, incarnée par la voix sulfureuse et envoûtante de Scarlett Johansson. Spike Jonze propose une mise en scène et une histoire interpellantes où l’amour est le sujet principal à tel point qu’on pourrait presque parler d’addiction. Analyse.

Synopsis : En 2025 à Los Angeles, Theodore travaille pour un site web comme écrivain public, rédigeant des lettres manuscrites de toutes sortes – familiales, amoureuses, etc. – pour d’autres. Son épouse Catherine et lui ont rompu depuis bientôt un an mais il ne se décide pas à signer les papiers du divorce. Dans un état de dépression qui perdure, il installe un nouveau système d’exploitation OS1, auquel il donne une voix féminine.

Theodore, un personnage profondément romantique

Her est avant tout un film qui parle d’amour. Le film s’ouvre sur Joaquin Phoenix qui récite une lettre d’amour à voix haute, sourire aux lèvres. Le plan plus large s’ouvre par la suite pour dévoiler le bureau du personnage et c’est ainsi qu’on découvre le métier du personnage principal : écrivain public. Theodore passe donc ses journées à écrire des lettres manuscrites de toutes sortes, mais surtout des lettres d’amour. Notre personnage a une belle plume et il sait en jouer. Solitaire, attachant et profondément romantique, le spectateur suit le quotidien de cette âme en peine qui essaie de relever la pente suite à une rupture difficile et un divorce qu’il n’a pas la force de conclure.

Profondément nostalgique et attaché à ses souvenirs, le spectateur est fréquemment confronté à la vie passée du personnage et à ses moments de bonheur via des flashbacks romantiques sur fond de mélodies au piano qui ajoutent une intensité aux scènes de souvenirs. La bande originale, signée Arcade Fire et Owen Pallett, joue un rôle aussi important que la photographie du film et donne de la profondeur aux sentiments des personnages.

L’équilibre parfait entre les couleurs chaudes de Los Angeles et les couleurs pastels du bureau et des tenues de Theodore renforcent l’aspect poétique du film et le fait que le réalisateur sait jouer sur chaque sens du spectateur pour faire vivre son histoire d’amour.

Touché par sa rupture, Theodore n’est pas encore guéri et semble sans espoir de retrouver l’amour. Ce n’est pas sans le progrès technologique qui pointe le bout de son nez. Pour se sortir de la morosité du quotidien et pour se sentir vivant de nouveau, Theodore décide de se procurer le nouveau système d’exploitation OS1 qui a pour but originel de l’accompagner au quotidien de lui faciliter la vie, un peu comme Siri. Il s’avère que cette intelligence artificielle, à laquelle il donne une voix féminine incarnée par Scarlett Johansson, est plus qu’un simple compagnon du quotidien. Elle s’appelle Samantha.

Derrière les progrès technologiques, une simple histoire d’amour

Samantha est comme un éclat de vie dans le quotidien morose de Theodore. À eux deux, ils se répondent, ils sont complices, ils se comprennent et s’aiment, malgré leurs différences. Plus qu’une IA, Samantha s’avère être encore plus puissante qu’initialement prévue, puisqu’elle dit avoir sa propre conscience et qu’elle exprime son désir d’avoir un corps. Au fur et à mesure du film, Samantha se pose des questions sur sa condition, sur sa conscience et sur ce qu’elle ressent. Cette prise de conscience la rend presque humaine, ce qui perturbe notre personnage principal qui ne sait plus la différence entre la réalité et son cocon d’intimité qu’il a créé avec Samantha.

Meurtri par sa récente rupture, Theodore est en quête de lui-même et ne sait pas ce qu’il veut dans sa vie. Ainsi, sa relation avec Samantha devient nécessaire, frôlant presque l’addiction. Il doit contourner la réalité à laquelle il doit faire face. Samantha est un échappatoire, un moyen de sortir de sa bulle et de revivre, enfin. Pleine d’humour, de charme et le connaissant mieux que quiconque et presque plus que Theodore lui-même, Samantha prend une place prépondérante dans sa vie et le spectateur assiste, graduellement et naturellement, à un personnage qui tombe amoureux. Qui dit histoire d’amour, dit aussi toutes les étapes de la vie qui s’ensuit. Et même s’il s’agit d’une IA, le jeune couple doit faire face aux événements et aux émotions du quotidien : jalousie, doutes, incertitudes, joie, plaisir, disputes… Plus qu’un film sur la technologie, Her est une vraie histoire d’amour poignante, dont le spectateur tombe aussi amoureux, jusqu’à l’addiction.

Her est un film contemplatif qui célèbre la beauté de l’amour. Sur fond de solitude et de crise existentielle du personnage principal, Her soulève de vraies questions philosophiques qui ne laissent personne indifférent. À la fois déchirant et réconfortant, Her est un film qu’on aimerait revoir pour la première fois.

Bande-annonce – Her 

Fiche Technique – Her  

Réalisateur : Spike Jonze
Scénario : Spike Jonze
Interprétation : Joaquin Phoenix, Scarlett Johansson, Amy Adams, Rooney Mara…
Musique : Arcade Fire et Owen Pallett
Photographie : Hoyte Van Hoytema
Montage :  Jeff Buchanan et Eric Zumbrunnen
Producteurs : Megan Ellison et Vincent Landay
Distribution (France) : Wild Bunch Distribution
Distribution (États-Unis) : Warner Bros
Budget : 23 millions de dollars
Récompenses : Oscar 2014 meilleur scénario original
Genre : Anticipation, romance
Durée : 126 minutes
Date de sortie : 12 octobre 2013 (États-Unis) ; 19 mars 2014 (France)

Comment l’industrie du cinéma a-t-elle été façonnée par la diffusion des plateformes de streaming ?

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Les sites de streaming ont révolutionné l’industrie du divertissement. Ils ont perturbé les modèles de distribution traditionnels, en popularisant les modèles d’abonnement. Ces plateformes ont aussi changé la façon dont le public consomme du contenu, et modifié la manière dont celui-ci est monétisé. L’industrie du cinéma a elle aussi été impactée. Comment cela a-t-il été rendu possible ? Quels sont les incidences du streaming sur le secteur ? Nous répondons à toutes vos interrogations.

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En quoi un site de streaming est avantageux ?

Ces plateformes sont devenues de plus en plus populaires ces dernières années, et il est facile de comprendre pourquoi. Tout d’abord, ils offrent un accès illimité à un grand nombre de contenus, allant des films les plus récents aux émissions TV, et ce, en passant par la musique et les documentaires. Cela permet aux utilisateurs de découvrir de nouveaux contenus. On peut facilement y trouver ce qui nous intéresse, sans avoir à nous soucier de la disponibilité dans notre région ou de la compatibilité avec nos appareils.

Les sites de streaming sont également très pratiques pour les utilisateurs. Ils permettent effectivement de regarder des vidéos en ligne, sans avoir à les télécharger. Désormais, on peut envisager de sauvegarder sur notre appareil, et ce, sans nous inquiéter de la qualité de la vidéo. Il n’y a plus besoin d’attendre pendant des heures pour télécharger un film ou une émission télévisée. Vous possédez une plateforme de streaming ? Pensez à vous rendre sur Axeptio (https://www.axeptio.eu/fr). Cette enseigne propose des produits de consentement vous permettant de renflouer vos données digitales.

En outre, les sites de streaming disposent souvent d’une interface intuitive. A celle-ci s’ajoutera des fonctionnalités de recherche avancées grâce auxquelles les utilisateurs pourront trouver rapidement et facilement les contenus qu’ils recherchent. On notera également qu’ils sont souvent disponibles sur différents appareils. Cela permet à tous de profiter de son contenu favori sur tous les écrans. Il est possible de le faire, que ce soit sur ordinateur, sur téléphone portable ou même sur tablette.

L’industrie cinématographique impactée

Certes, beaucoup de particuliers louent les avantages prodigués par un site de streaming. Cela dit, tous ne sont pas contents. Car oui, ces plateformes présentent bel et bien des inconvénients. Pour commencer, ils peuvent entraîner des problèmes de qualité de la vidéo, en particulier lorsque la connexion internet de l’utilisateur est lente ou instable. Cela peut causer des coupures de vidéo, des images saccadées ou une qualité de l’image inférieure, ce qui peut rendre l’expérience de visionnage moins agréable.

De plus, les sites de streaming peuvent être coûteux pour les utilisateurs. A l’instar des streaming gratuits comme Pluto TV, ils nécessitent souvent un abonnement payant. C’est le cas du géant du streaming Netflix, ils nécessitent souvent un abonnement payant pour accéder à tous les contenus. Le contexte peut représenter un coût important pour les utilisateurs qui ont tendance à consommer beaucoup de films. C’est le cas, surtout s’ils ont besoin de s’abonner à plusieurs services de streaming différents pour accéder à tous les contenus qu’ils souhaitent regarder. Notons également que certains sites de streaming affichent des soucis de droit d’auteur. Il est donc probable qu’un utilisateur soit exposé à des poursuites judiciaires en usant illégalement des contenus.

Enfin, il faut noter que certains sites de streaming ne sont pas disponibles dans toutes les régions du monde. Il est indispensable de se situer dans une zone géographique prédéfinie. Autrefois, l’on risque d’avoir des difficultés à accéder aux médias que l’on souhaite visionner. Cela peut être source de frustration pour ceux dont les contenus ne sont pas accessibles dans leur région.

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« Ender Geister » : la soif du mal

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Les éditions Glénat publient les deux premiers tomes d’Ender Geister. Takashi Yomoyama y narre l’histoire d’un exorciste confronté à des créatures surnaturelles et spectaculaires. Ne reculant ni devant les scènes explicites ni devant les références à foison, l’auteur et dessinateur livre deux albums généreux et haletants.

Phénomène au Japon, la série Ender Geister voit le jour en France sous le sceau des éditions Glénat. Cinéphile, Takashi Yomoyama laisse les easter eggs y foisonner, comme en témoignent les titres des différents chapitres : « Les Ailes de l’Enfer », « Les Promesses de l’ombre », « Fight Club », « Skyfall » ou « Collatéral ». Les vingt premières pages regorgent d’ailleurs de références : un peu de District 9 par-ci, des screen shots de Rocky ou Predator par-là, des affiches d’Alien, Le Silence des agneaux, Pulp Fiction ou Inception pour compléter l’ensemble.

Le principal protagoniste, surnommé (à sa demande) « Kurosawa », débute ses journées par des exercices physiques devant ses longs métrages favoris. Et plus généralement, on peut apercevoir dans la série le logo 20th Century Fox à l’arrière d’un t-shirt, une mention explicite au pull de Freddy Krueger, un déguisement de L’Étrange Créature du lac noir ou encore, parmi des dizaines d’autres choses, une réinterprétation d’une séquence de David Cronenberg ou l’utilisation d’une réplique de Terminator II. Heureusement, le second tome se fait plus discret dans les citations, car le phénomène de saturation aurait pu en contrarier la lecture.

Il y a aussi beaucoup de cinéma dans la mise en images de Takashi Yomoyama. Les points de vue choisis, le sens du mouvement, les inserts : tout est mis au service d’un récit bouillonnant, mettant deux héros solitaires (mais unis face à l’adversité) aux prises avec des monstres d’une grande pluralité. Chikage et Kurosawa forment une équipe dépareillée mais plutôt efficace à l’écrit : elle est jeune, en initiation et sculpturale (et souvent dénudée) ; il est un exorciste éprouvé, capable de réduire en charpie (littéralement) les entités les plus effroyables. Ensemble, ils vont enquêter sur le « pilier des ténèbres » dans un espace soumis à des reconfigurations constantes.

Si elle n’est pas dénuée d’humour, Ender Geister se caractérise avant tout par son audace, ses dessins iconiques et ses appétences cinéphiliques. Takashi Yomoyama installe en maître son univers fantastique mais a seulement commencé à esquisser ses personnages et leur relation. Les potentialités narratives et figuratives semblent infinies, il reste maintenant à leur donner vie…

Ender Geister (T.01 & 02), Takashi Yomoyama
Glénat, février 2023, 192 pages

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4

« The Nice House On The Lake » : un amer eldorado

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Les éditions Urban Comics publient The Nice House On The Lake, de James Tynion IV et Alvaro Martinez Bueno. Doté d’un concept fort, l’album se tapisse de mystères et étudie les dynamiques de groupe ainsi que les effets psychologiques face à l’épreuve, en prenant appui sur une bande d’amis aux liens plus ou moins distendus.

Dans le film Le Menu, Mark Mylod transforme une expérience culinaire idyllique en un cauchemar inextricable. The Nice House On The Lake en reproduit certains tenants, puisqu’il réunit une dizaine de personnes dans une luxueuse villa pour des vacances de rêve aussitôt lestées d’un voile opaque de désespoir. James Tynion IV et Alvaro Martinez Bueno imaginent un personnage central, Walter, réunissant ses amis dans un cadre splendide pour quelques jours de détente et de retrouvailles. Le mystère est savamment entretenu. Chaque protagoniste est associé à un pseudonyme et à un symbole en rapport avec sa profession et/ou son caractère. Les invités ne savent rien de ce qui les attend, pas même l’identité des autres pensionnaires de la villa. Les événements prennent la forme d’un jeu, en raccord avec le tempérament parfois saugrenu de Walter, jusqu’à ce que la situation se gorge de désespoir.

The Nice House On The Lake emploie alors les différents hôtes pour distiller des informations au compte-gouttes, notamment sous forme de flashbacks. Conférant au lecteur une nature quasi omnisciente (les retranscriptions de conversations ou de courriels), l’album partage en outre des traits communs avec la série Lost, en ce sens qu’il radiographie les dynamiques de groupe et les contrecoups psychologiques de l’isolement, la gestion des ressources ou, plus généralement, des épreuves dans toute leur pluralité. Alors qu’ils prennent conscience d’être les victimes d’une expérience apocalyptique menée par des entités potentiellement extraterrestres, les pensionnaires de la villa vont accuser le coup, réagir chacun à leur façon, parfois de manière proactive (en cartographiant les lieux par exemple), d’autres fois de façon passive (en se contentant de prendre du bon temps). La villa semble hors du temps, elle est isolée par une barrière invisible et quadrillée de sculptures étranges. Elle semble avoir altéré la mémoire des invités, qui ne se rappellent même plus par quels moyens ils l’ont rejointe.

La série télévisée The Good Place, de Michael Schur, pourrait constituer un autre point de comparaison pertinent. La réalité falsifiée, la frontière poreuse entre l’idylle et le cauchemar ou les dilemmes moraux de Walter et Michael tendent en effet à rapprocher les deux récits. Ce dernier point est d’ailleurs intéressant. Alors qu’il était censé s’acquitter d’une mission sans s’investir sur le plan émotionnel, Walter y a mis de l’affect et s’est lié d’affection avec toute une série d’humains qu’il a ensuite sélectionnés pour échapper à la fin du monde. Représenté par un tourbillon de matière par James Tynion IV et Alvaro Martinez Bueno, l’architecte de cette expérience peut être vu, par analogies, comme une entité prise dans des vents contraires, en équilibre instable entre les éthiques de responsabilité et de conviction.

Liant réalisme (jusqu’au thermomètre digital) et révélations fantastiques, ce premier tome de The Nice House On The Lake laisse de nombreuses questions en suspens. Il parvient cependant à restituer habilement les luttes internes des personnages, notamment en changeant régulièrement de point de vue, ce qui donne un caractère choral au récit. Comment s’adapter dans des circonstances si particulières ? Comment réagir à une trahison mâtinée de bonnes intentions ? Avec un apparat graphique attrayant (notamment dans la coloration) et un argument de base puissant, James Tynion IV et Alvaro Martinez Bueno déploient l’effroi et l’inconfort dans un cadre des plus oxymoriques. Ils le font avec suffisamment de métier pour qu’on ait envie d’en découvrir la suite.

The Nice House On The Lake, James Tynion IV et Alvaro Martinez Bueno
Urban Comics, février 2023, 184 pages

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3.5

Des Ardennes à l’Egypte, les batailles de chars mises à l’honneur aux éditions Glénat

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La collection « Les Grandes Batailles de chars » des éditions Glénat s’enrichit des albums El Alamein, de Thierry Lamy et Alessio Cammardella, et Les Ardennes, de Dobbs et Fabrizio Fiorentino.

D’un côté, les plaines enneigées des Ardennes, au sein desquelles les Allemands, accusant le coup, livrent leurs dernières batailles. De l’autre, les régions ensablées et caniculaires de l’Afrique septentrionale, où la huitième armée britannique subit les offensives des troupes italo-allemandes du maréchal Rommel. El Alamein et Les Ardennes ont beau arborer des cadres diamétralement opposés, ils n’en délivrent pas moins un message commun. Car les deux fronts mis en vignettes témoignent des mêmes effets : Max, passablement résigné, exprime des doutes croissants quand aux décisions du Führer, au point de provoquer la suspicion de ses alliés et amis ; Campbell, lui, se sent pris au piège, retranché derrière une ligne de défense accablée par la chaleur et le désenchantement. Les scénaristes Thierry Lamy et Dobbs portraiturent la guerre à hauteur d’hommes, en opposant aux affects individuels les superstructures militaires qui en conditionnent l’existence. On comprend, à la lecture des deux albums, qu’il est vain de chercher du sens derrière les obus : les impératifs politiques, les drogues, les déconvenues, les rancunes, les haines ont altéré le premier et favorisé l’essence des seconds.

Si la collection « Les Grandes Batailles de chars » met en vedette, à travers ces deux albums, Crusaders et Panzers, elle témoigne aussi de rapports de force changeants et d’un conflit qui se répercute sur des territoires situés à des milliers de kilomètres les uns des autres. Aux états d’âme, on répond par la discipline militaire et, s’il le faut, la cour martiale. Les hommes, eux, sont réduits à l’état de chair à canon, avec une ferveur qui confine parfois au fanatisme. La topographie des lieux compte énormément : les Ardennes se caractérisent par des villes aux ruelles étroites et aux ponts piégés, la Libye et l’Egypte offrent, pour seul horizon, une immensité désertique qui éprouve à la fois les corps et les esprits. À cet égard, tant El Alamein que Les Ardennes restituent des théâtres de guerre douloureux, où les répits demeurent rares et de courte durée. Thierry Lamy et Alessio Cammardella mettent en scène deux armées épuisées se faisant face sur un continent étranger. Dobbs et Fabrizio Fiorentino narrent les difficultés logistiques et opérationnelles d’une campagne obstinée menée sur un territoire inhospitalier.

Graphiquement, les deux albums s’en sortent haut la main. Les Ardennes se distingue par ses vignettes incrustées dans des tableaux plus vastes et le soin accordé aux décors (les paysages sous un manteau blanc, les empreintes de pas dans la neige, les taches de sang qui en maculent la pureté, etc.). El Alamein met davantage l’accent sur les reliefs psychologiques, avec des visages déterminés, fermés et courroucés, dans un cadre expurgé et aride qui a tout d’un enfer terrestre. Convaincants, pas dénués de sous-propos (par exemple sur la jeunesse des soldats nazis ou la réputation des combattants italiens), les deux albums comportent en outre un passionnant dossier historique portant sur les événements qui y sont relatés.

Les Grandes Batailles de chars
El Alamein, Thierry Lamy et Alessio Cammardella
Les Ardennes, Dobbs et Fabrizio Fiorentino
Glénat, février 2023, 64 pages

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3.5

« Sweet Paprika » : éveil romantique

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Les éditions Glénat publient Sweet Paprika, de la scénariste et dessinatrice Mirka Andolfo, collaboratrice des maisons DC Comics et Marvel. Ce roman graphique primé à New York fait la part belle à l’éveil sexuel, aux pressions parentales et au workaholisme.

Un pointillisme raffiné, un noir et blanc seulement nanti de rose, des traits précis, un érotisme pudique, des corps changeants, des scènes en ombres chinoises, des visages expressifs : Sweet Paprika est d’abord une expérience graphique, parfaitement menée par Mirka Andolfo. L’auteure et dessinatrice introduit rapidement Paprika, directrice de la création chez Infernum Press. Bourreau de travail et véritable tyran pour ses subalternes, cette célibataire endurcie présente tous les symptômes du workaholisme : elle ne s’épanouit que derrière son bureau, où elle se démène, ou lorsqu’elle enguirlande ses collaborateurs, qu’elle méprise ouvertement. Elle a beau vivre dans un penthouse doté d’une vue imprenable sur Central Park, personne n’y a jamais mis les pieds, si ce n’est peut-être ses parents. Sa vie est à l’image de son lit king size : impressionnante mais vaine, pleine de promesses mais vide de sens.

Sweet Paprika repose essentiellement sur trois protagonistes. Au-delà de Paprika, dont la sexualité a été bridée dès l’enfance par un père pudibond, le lecteur est appelé à suivre les pérégrinations de Dill, un livreur gigolo et de Za’atar, un producteur dont l’éthique professionnelle rappelle celle de Paprika. Ces trois personnages vont former un triangle amoureux tout en fêlures, chacun y amenant ses propres vulnérabilités. Paprika s’emploie à se conformer aux prescriptions de son père, dont elle aimerait pourtant s’affranchir. Elle tombe sous le charme du charismatique Za’atar mais craint de ne pas se montrer à la hauteur de ses attentes, faute d’expériences amoureuses. Derrière un sourire de façade et une superficialité auto-entretenue, Dill cache de profondes carences affectives. On l’objetise, il aimerait être pris au sérieux. On désire son corps, il espère une relation sincère. De son côté, Za’atar dissimule derrière une assurance fallacieuse un néant sentimental qui n’est pas sans rappeler celui de Paprika. Les deux workaholics ont tout sacrifié sur l’autel du travail, au point d’en devenir des handicapés du cœur.

Mirka Andolfo se joue de ces personnages, de leurs désirs, de leurs fantasmes, de leur pathétisme. Elle se garde bien de les juger, mais elle les expose et les met à nu (dans tous les sens du terme). Tous ont des comptes à régler avec eux-mêmes, des choses à (se) prouver, des initiations à poursuivre. La ligne conductrice du récit paraît presque dérisoire au regard des nombreuses sophistications qu’elle renferme : Paprika essuie les plâtres sexuels avec Dill dans l’espoir de séduire plus tard Za’atar, sans même comprendre que le livreur peut lui offrir tout ce qu’elle attend si ardemment. Il se montre prévenant, compréhensif, disponible, bien loin de l’image réductrice de coureur de jupons qui lui colle à la peau. Leur relation naissante est bâtie sur un contrat explicite mais mensonger : on ne peut en effet s’entraîner à l’amour sans en éprouver toutes les émotions. Durant une bonne partie du récit, le lecteur aura compris et assimilé ce que Paprika refusera d’admettre : Dill et elle partagent bien plus que des expériences formatrices. Ils se complètent et ne s’abandonnent réellement qu’en la présence l’un de l’autre.

S’il est question d’éveil amoureux et sexuel, Sweet Paprika est aussi une affaire de pères/paires. On a déjà évoqué les parallélismes évidents entre Paprika et Za’atar, acharnés de travail et décharnés sentimentaux. Il en existe d’autres qui impliquent les liens filiaux paternels entre Paprika, Dill et leurs pères. Le juge Artemisio surveille sa fille comme le lait sur le feu, au point d’ailleurs qu’il lui interdisait de simuler tout acte amoureux lorsqu’elle jouait aux poupées durant son enfance. Le père de Dill, maladivement possessif, est à peine moins toxique. Il craint qu’une relation sérieuse n’entrave les liens tissés entre lui et son fils. Tous deux ont provoqué l’anémie amoureuse de leur progéniture et les maladresses sentimentales qu’elle exhibe aujourd’hui. Et avec une hypocrisie que Mirka Andolfo ne manque pas de jeter en pâture.

Au croisement de nombreuses influences (comédies sentimentales, comics, art contemporain, séries télévisées…), Sweet Paprika accorde un grand soin à l’écriture de ses personnages. Malgré sa dimension fantastique, le récit s’ancre dans une modernité évidente. Il questionne à la fois notre rapport au travail et au sexe, ainsi que les processus de validation parentale et sociale. Très convaincant sur le plan visuel, il pèche cependant davantage dans sa construction narrative, arborant plusieurs moments de flottement et apparaissant parfois trop long et/ou démonstratif. Cela contribue certes à étoffer les protagonistes mais aussi à mettre à mal, de manière marginale, le souffle romanesque de l’album.

Sweet Paprika, Mirka Andolfo
Glénat, février 2023, 304 pages

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3.5

« Une Histoire populaire des États-unis » à mettre entre toutes les mains

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À l’occasion du centenaire de la naissance d’Howard Zinn, les éditions Au Diable Vauvert publient un volume de quelque 430 pages regroupant les deux tomes d’Une Histoire populaire des États-unis pour les ados. Synthèse idoine de la pièce maîtresse de l’historien américain, l’ouvrage, accessible à tous, permet une relecture circonstanciée de la construction américaine, du point de vue des minorités et des dominés.

Répétons-le, une énième fois : Une Histoire populaire des États-Unis est une œuvre fondamentale, passionnante, qui entreprend une analyse critique de l’histoire américaine, en adoptant le point de vue de tous ceux qui y sont habituellement réduits au silence, ou du moins marginalisés. Publié pour la première fois en 1980, souvent célébré pour la clarté et la clairvoyance de son propos, l’ouvrage ne tait ni les oppressions ni les hypocrisies qui ont présidé à l’édification de l’actuelle première puissance mondiale.

Il était une fois les Amérindiens…

Le massacre des Amérindiens nourrit de manière significative le premier tiers d’Une Histoire populaire des États-unis pour les ados. Howard Zinn examine comment les colons européens ont envahi les terres des peuples autochtones et systématiquement violé leurs droits et leur dignité. Quand Christophe Colomb rejoint les Caraïbes pour le compte des Espagnols, il s’imagine avoir atteint la Chine. Il a pour mission de rapporter de l’or et des esclaves. Les populations locales ont beau l’accueillir avec bienveillance, elles s’apprêtent à subir les pires ignominies. En l’espace de deux ans, 125 000 personnes meurent ainsi sur le territoire d’Haïti. Ailleurs, l’histoire est sensiblement la même : les conquistadors espagnols Hernan Cortés et Francisco Pizarro anéantissant les Aztèques du Mexique et les Incas d’Amérique du Sud. Perçus comme des sauvages dont le massacre se justifie au nom de la civilisation, les Indiens voient leurs tribus décimées par les maladies, les assassinats, les vilenies. En Virginie comme au Massachusetts, leur population diminue à mesure que les colons européens s’installent… Howard Zinn rapporte avec force détails que les Amérindiens ont été forcés de céder leurs terres aux colons. Il fait le récit d’une conflictualité qui s’étend dans le temps, puisque dans les années 1960, les Indiens cherchent toujours à faire entendre leur voix et à renégocier les traités (continuellement bafoués) en s’emparant de l’île d’Alcatraz.

… et les Afro-Américains

Les populations noires, malmenées de tout temps, figurent évidemment en bonne place dans l’ouvrage d’Howard Zinn. Ce dernier retrace l’histoire de l’esclavage aux États-Unis et explique comment l’exploitation économique et le racisme ont façonné, ensemble et de la pire des façons, la vie des Africains-Américains dans le « Nouveau-Monde ». Les Indiens se défiant tôt des Blancs et se montrant particulièrement réfractaires à leur domination, l’esclavagisme s’est développé sur base d’une importation de populations en provenance d’Afrique. La traite négrière s’est matérialisée par des marches exténuantes et mortifères jusqu’aux côtes africaines, des voyages éprouvants dans les cales asphyxiantes des navires, puis un labeur inhumain sous la domination de maîtres blancs tout-puissants. Howard Zinn mentionne la dilution de l’identité africaine, sa résilience dans l’épreuve, l’exploitation des Noirs dans la production de tabac exporté en Angleterre, puis de coton. Jusqu’en 1800, entre 10 et 15 millions d’Africains furent transportés aux États-Unis. Les marrons – les esclaves en fuite – étaient sévèrement réprimés. Des soulèvements ont lieu, à l’instar des révoltes de Bacon ou de Nat Turner, les dominants craignent de plus en plus une association de circonstance entre les pauvres blancs (tantôt serviteurs, tantôt menacés par l’indigence ou par les Indiens proches des Frontières) et les esclaves noirs. Entre 1700 et 1760, les colonies se multiplient et leur population passe de 250 000 personnes à plus d’un million et demi. À Boston, en 1770, 1 % des propriétaires les plus riches détiennent 44% des terres. Les inégalités exacerbent (déjà) les tensions. Le racisme est employé à dessein, afin que les Blancs ne s’unissent pas aux Noirs dans une opposition concertée aux dominants.

Hypocrisies historiographiques

L’indépendance américaine a maintes fois été saluée comme un élan démocratique né de la volonté d’un peuple de s’affranchir de la domination coloniale. Une Histoire populaire des États-unis pour les ados rappelle à quel point cette lecture est biaisée ; elle cache en effet des inégalités sociales déjà écrasantes. La Révolution permet d’ailleurs aux élites locales américaines de s’approprier les terres des loyalistes et de s’enrichir encore davantage. La Constitution offre un cadre légal idéal pour protéger les riches et leurs avoirs. Le vote est d’ailleurs souvent conditionné au fait d’être propriétaire. Bref, préserver l’ordre et le système économique semblait alors prévaloir sur les droits humains. Cette jeune Amérique exploite les Noirs, invisibilise les femmes, exproprie et massacre les Indiens. Les unes se marient en échange de leur voyage à travers l’Atlantique, les autres se mettent en grève dans les usines pour manifester contre leur précarité. Howard Zinn va plus loin et verbalise une suite ininterrompue d’hypocrisies historiographiques : la libération de Cuba afin d’en exploiter les ressources, l’engagement dans les guerres mondiales pour asseoir son hégémonie et obtenir de nouveaux marchés, une abolition de l’esclavage loin de signifier la fin de la discrimination raciale, les mensonges éhontés du Vietnam ou de la guerre contre le terrorisme, une industrie militaro-industrielle passablement dopée par un anti-soviétisme primaire…

L’Amérique des scandales

C’est celle de la Piste des Larmes, de Sacco et Vanzetti, du massacre de Ludlow, du Watergate, des Barons voleurs, des Hoovervilles, du maccarthysme, de l’affaire de Haymarket, de l’amendement Platt ou de l’espionnage des activistes noirs par le FBI ou la CIA. Celle contre laquelle se dressent W.E.B. Du Bois, Emma Goldman ou les IWW. Une Amérique que l’historien Howard Zinn radiographie en clerc dans Une Histoire populaire des États-Unis et dont on retrouve l’essentiel des travers dans cette version allégée et vulgarisée. Quelques faits méritent certainement d’être rappelés. Durant les quatre premières années de la présidence Reagan, l’armée américaine a reçu plus de 1000 milliards de dollars, une somme vertigineuse qui a été compensée… en procédant à des coupes drastiques dans les programmes sociaux. Il a fallu attendre une décision de la Cour suprême datant de 1954 pour que la ségrégation ne cesse enfin dans les écoles publiques, preuve des conservatismes racialistes sous-jacents. Abraham Lincoln aspirait certes à appliquer à l’ensemble du territoire américain le système économique qui prévalait au Nord, consistant à libérer les hommes (et la main-d’œuvre), mais il ne voyait pas pour autant les Noirs comme les égaux des Blancs. Theodore Roosevelt entretient la réputation d’être un casseur de trusts mais ses politiques ont été réalisées sur les conseils d’hommes au service du multimillionnaire JP Morgan, qui s’assurait par leur entremise que les mesures décrétées n’aillent pas trop loin. En 1924, le Congrès vote une loi qui favorise l’immigration de Blancs originaires d’Angleterre ou d’Allemagne, au détriment des autres populations (européennes ou non). Dans ces mêmes années 1920, le Ku Klux Klan fait son retour en force. En 1924, il comptera ainsi pas moins de 4,5 millions de membres.

Une lecture indispensable

Comme son aîné, dont il reprend d’un même geste la pertinence et l’impertinence, Une Histoire populaire des États-unis pour les ados constitue une démonstration magistrale, à mettre (véritablement) entre toutes les mains. Portant un regard critique – et nécessaire – sur le capitalisme et l’impérialisme américains, Howard Zinn y revient sur toutes les conflictualités qui ont contribué à la formation de l’actuelle première puissance mondiale. Il libère chaque fait de ses prismes les plus avantageux, de manière à en problématiser les tenants et aboutissants en considérant les opprimés, les exclus, les dominés. Indispensable, on vous dit.

Une Histoire populaire des États-unis pour les ados, Howard Zinn
Au Diable Vauvert, février 2023, 432 pages

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Place à la frénésie créatrice avec Amadeus de Miloš Forman

Adaptation de la pièce de théâtre éponyme de Peter Shaffer, Amadeus revient sur la vie courte et mouvementée du célèbre compositeur autrichien. Le film représente autant un spectacle visuel qu’auditif, mettant en avant la rivalité fictive de deux compositeurs prêts à tout donner pour leur art.

Miloš Forman, réalisateur tchèque, émigre aux États-Unis après une carrière fructueuse dans son pays d’origine. Son premier succès américain est Vol au-dessus d’un nid de coucou, qui lui octroie l’Oscar du meilleur réalisateur. Neuf ans plus tard, il renoue avec le succès avec Amadeus. Le film est auréolé de huit Oscars, dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur. Il fait l’unanimité au sein de la critique et fait maintenant parti des classiques de l’histoire du cinéma.

Du génie à la folie

Le début du film donne le ton : les domestiques de Salieri le retrouvent ensanglanté dans sa chambre, essayant, en vain, de se suicider. Il est rapidement transporté dans un hôpital psychiatrique où il se confesse à un prêtre. Il lui raconte sa rencontre avec Mozart et la violente jalousie qu’il a ressentie à son égard. Le prêtre, qui l’écoute silencieusement, symbolise les spectateurs qui assistent, impuissants, à l’effondrement d’un esprit habité par la musique.

Pourtant, malgré leur aversion mutuelle, Mozart et Salieri se retrouvent dans la déraison ; alors que le compositeur italien ressent l’infériorité de son talent, le génie autrichien sombre dans les excès, délaissant complètement son talent. Sa déchéance est accentuée par Salieri qui, trop aveuglé par sa rage, entraîne Mozart dans une chute dont il ne se relèvera jamais.

Le temps d’un souvenir : l’omniprésence divine

Au lieu de montrer la vie de Mozart d’un œil extérieur, Miloš Forman choisit de la montrer du point de vue de Salieri par un astucieux flashback. À l’image de Salieri qui se remémore des souvenirs passés, la vie de Wolfgang appartient au passé, sans plus de traces dans le présent. Il apparaît comme une ombre, comme un mythe plus qu’un être humain, ce qu’il est réellement devenu au fil des siècles.

Par ailleurs, le prêtre est la première image de l’omniprésence de Dieu dans la vie de Salieri, qui se voue entièrement à lui. Il incarne la figure protectrice et éternelle ; seulement, même devant Dieu, Mozart lui paraît supérieur par son talent inné. Sa croyance divine renforce alors la jalousie qu’il ressent pour le jeune autrichien.

Un appétit sauvage

La première apparition de Mozart survient lorsqu’il batifole avec Constance ; éternel amant, avide consommateur de la luxure, il s’amuse jusqu’à l’épuisement de tous les sens. Son génie s’oppose à sa frivolité, ce qui ne manque pas d’attirer des regards autant indignés qu’impressionnés. À ce titre, il devient intouchable, comme s’il était devenu un monument même de son vivant.

L’illustre rire de Tom Hulce ajoute de la désinvolture au caractère sans-gêne de Wolfgang, homme décalé de la société codifiée dans laquelle il évolue. Il dérange, offusque, délie les langues qui ne se gênent pas pour palabrer sur son compte. Wolfgang est une personnalité lancée à corps perdu dans la musique, sans qu’elle n’arrive pourtant à le sauver de lui-même. Préférant les soirées arrosées aux soirées en tête à tête avec ses partitions, sa santé se détériore.

Les couleurs vives du début du film deviennent progressivement mornes et obscures, et les décors dorés par la richesse se jaunissent peu à peu, comme s’ils se consumaient et brûlaient à la même cadence que le protagoniste. D’ailleurs, plus le film avance, plus les bougies se multiplient à l’écran (que ce soit chez Mozart ou lors des opéras). Elles deviennent ainsi le symbole de la misère morale et financière qui accable Wolfgang. Seulement, aurait-il été le génie que l’on connaît tous sans les excès qui ont tapissé sa vie ?

Les opéras

Entre L’Enlèvement au sérail, Les Noces de Figaro, La Flûte enchantée, ou encore Don Giovanni, le film étale des opéras tous plus impressionnants les uns que les autres. L’opulence se ressent aux travers des décors, des costumes et de la mise en scène grandiose de ces opéras. De nombreux champs-contrechamps dévoilent l’effervescence de Mozart lors de L’Enlèvement au sérail, ou son épuisement maladif lors de la représentation de Don Giovanni.

La musique comme vecteur spirituel

Véritable hommage à Wolfgang Amadeus Mozart, le film est évidemment parsemé de ses compositions, que ce soit par l’ouverture du film avec la 25e symphonie ou sa clôture avec Lacrimosa. La musique habite le film et ramène à la vie l’âme d’un compositeur aussi prolifique que fascinant.

Elle symbolise également la jalousie de Salieri, notamment lorsqu’il lit la partition du Concerto pour flûte et harpe de son adversaire. Le spectateur entre dans l’esprit de Salieri, car il entend lui aussi la musique au fur et à mesure que Salieri lit la partition d’un air hargneux. Le même schéma se présente à la fin du film, lorsque Mozart dicte péniblement à Salieri les notes de Lacrimosa. Le spectateur est pleinement investi face à l’agonie de l’artiste autrichien. On veut qu’il survive pour pouvoir écouter encore quelques minutes les notes de son requiem en fond sonore ; on veut qu’il survive pour qu’il puisse encore créer. Mais la réalité rattrape l’espoir, et Wolfgang reste finalement un être humain, soumis aux faiblesses humaines. Il meurt à l’âge de 35 ans.

Avec Amadeus, Miloš Forman réussit à scotcher le spectateur devant son écran le temps de trois heures (sur la version director’s cut); trois heures de rire, de larmes, d’indignation et de fascination face à des personnages abandonnant la raison au profit de la passion.

Bande-Annonce : Amadeus de Miloš Forman

Fiche technique et synopsis du film

Réalisation : Miloš Forman
Scénario : Peter Shaffer (d’après sa pièce de théâtre Amadeus)
Musique : Wolfgang Amadeus Mozart, Antonio Salieri, dirigée par Neville Marriner
Coordinateur de la musique : John Strauss
Décors : Patrizia von Brandenstein
Costumes : Theodor Pištěk
Photographie : Miroslav Ondříček
Montage : Michael Chandler, Nena Danevic (en), T.M. Christopher (Director’s cut)
Production : Saul Zaentz, Michael Hausman (délégué) et Bertil Ohlsson (délégué)
Sociétés de production : The Saul Zaentz Company
Sociétés de distribution : Orion Pictures
Genre : Biopic et drame
Budget : 18 millions de dollars
Format : Technicolor • 2,35:1 • 35 mm
Langue : anglais, italien, latin, allemand, français
Durée : 153 minutes (version cinéma) (1984) / 180 minutes (director’s cut) (2002)
Dates de sortie : 19 septembre 1984 (USA) /  31 octobre 1984 (France)

Synopsis : A Vienne, en novembre 1823. Au cœur de la nuit, un vieil homme égaré clame cette étonnante confession : « Pardonne, Mozart, pardonne à ton assassin ! » Ce fantôme, c’est Antonio Salieri, jadis musicien réputé et compositeur officiel de la Cour.

Dès l’enfance, il s’était voué tout entier au service de Dieu, s’engageant à le célébrer par sa musique, au prix d’un incessant labeur. Pour prix de ses sacrifices innombrables, il réclamait la gloire éternelle. Son talent, reconnu par l’empereur mélomane Joseph II, valut durant quelques années à Salieri les plus hautes distinctions.

Mais, en 1781, un jeune homme arrive à Vienne, précédé d’une flatteuse réputation. Wolfgang Amadeus Mozart est devenu le plus grand compositeur du siècle. Réalisant la menace que représente pour lui ce surdoué arrogant dont il admire le profond génie, Salieri tente de l’évincer.

Ant Man et la Guêpe : Quantumania, l’infiniment laid

Après une phase 4 très inégale, pour ne pas dire mauvaise, Marvel devait frapper fort pour le premier film de la  5ème. Disons le franchement, depuis la conclusion de la saga Thanos, la qualité du MCU s’évapore.  Et, plus le temps passe, plus les productions deviennent catastrophiques. Si Loki, WandaVision ou même Falcon laissaient entrevoir un avenir prometteur pour les séries, Marvel a très vite oublié toute ambition ou envie de bien faire. Les projets faits à l’arrache se multiplient et, fatalement, c’est mauvais. Malheureusement, Ant-Man 3 semble bien décidé à honorer la nouvelle formule Disney, pour le pire et pour l’infiniment pire.

A quoi tu sers, Scott ?

Ant Man et la Guêpe : Quantumania (mais quel titre de l’enfer…) avait la lourde tache d’introduire Kang au sein des films Marvel. Pour ceux qui l’ignoraient, le monsieur, incarné par Jonathan Majors, est le nouveau Thanos. Rien que cela. Bon, on le savait, difficile de passer après le titan fou, antagoniste exceptionnel. On gardait l’espoir, toutefois, après une belle apparition de Kang dans Loki. On va couper les espoirs de suite, le Bad Guy semble emprunter une toute autre voie, celle de méchant lambda et totalement oubliable. Pour sa défense, il n’est pas seul, puisque c’est l’intérêt entier d’Ant Man 3 qui est discutable. A quoi sert le film dans ce nouvel arc ? Qu’apporte-t-il réellement à l’arc multivers ?  Rien.

L’histoire, totalement creuse et sans intérêt, se déroule essentiellement dans le monde quantique. On y suit les aventures de Scott Lang et de sa famille, prisonniers de ce monde hostile et, surtout, de la colère de Kang. Si quelques passages liés au nouveau vilain auraient été intéressants, son traitement est totalement raté. Finalement, le film réduit en cendres tous ses efforts pour nous faire comprendre la puissance et la menace du personnage. Ce n’est pas tant lui qui est dangereux, que l’ensemble de toutes les versions de lui. Ce n’est pas les autres qui changeront la donne, tant tous les protagonistes sont plats. Seule réussite, Scott, qui s’en sort pas trop mal, surtout dans le climax. Mais, le constat est là, plus que jamais. La formule Marvel est à bout de souffle, à quelques exceptions près qui sortent de la zone de confort des fans (Les Eternels).

Oh, et comment résister à l’envie de parler de ce monde quantique, véritable plagiat de Star Wars. A l’exception des sabres laser, tout y passe. Aliens, scène de cantina, utilisation de la force, remake de la formation des clones dans l’épisode II, environnement calqué sur Coruscent. Ce monde, si dangereux, est réduit à sa plus simple expression. Il ressemble à une planète comme une autre, que l’on pourrait parfaitement visiter dans un Star Trek, ou un Star Wars. Les personnages rencontrés sont d’une platitude insolente, on n’en sait pas plus à la fin du film sur ce monde, mis à part que c’est le foutoir. C’est d’autant plus dur à supporter quand on sort d’un Avatar : La voie de l’eau et sa Pandora, vivante, cohérente et travaillée. Ici, le scénario n’explore rien, se contenant d’enchainer les péripéties gênantes, dans ce monde d’une rare, très rare laideur.

Laid comme un insecte

Oui, depuis un petit moment maintenant, les effets spéciaux chez Disney deviennent de plus  en plus catastrophiques. D’ailleurs, on parle même de très (très) nombreuses dépressions, burn-out et/ou crises d’angoisses intenses dans les équipes d’effets spéciaux. Marvel demande trop, dans un délai beaucoup trop court, à ses équipes. Pire, ils demandent parfois de très gros changements de dernière minute. Beaucoup travaillent 70h par semaine, 7j/7. Et, entre un Thor 4 à la limite de l’insulte, un Black Panther souvent hideux ou un Moon Knight ridicule, cela se ressent terriblement. Ant-Man 3 a tout simplement décidé d’être le film le plus laid de tout le MCU, voire l’un des blockbuster à gros budget les plus affreux de tous les temps (200 Millions).  Everything Everywhere All At Once et ses quelques 15 millions parviennent à atomiser Disney et Marvel, dans absolument tous les points. Ce n’est pas acceptable.

Si quelques plans sont très jolis, la quasi totalité d’entre eux étant des plans très larges, le reste du film est d’une laideur exemplaire. Tout est faux et tout fait faux. Bien sur, on ne comparera pas les effets spéciaux à ceux d’un Avatar 2, mais on les comparera au premier Gardiens de la Galaxie, infiniment plus beau, ou même au détesté  Thor 2, lui aussi bien plus travaillé dans sa photographie et sa direction artistique. Les fonds verts sont grillés à des milliards de kilomètres. Les décors sont flous. Evidemment, puisque les équipes n’ont pas le temps de les travailler. MODOK déclenchera surement des crises de rire, démontrant à lui seul à quel point Marvel & Disney ne respectent plus les fans.

Quelques passages ont de la gueule, c’est vrai, mais ils sont trop peu nombreux et noyés dans l’absence abyssale de mise en scène ou même d’idées de manière générale. Le film suit un schéma d’un classicisme navrant, ne prenant absolument aucun risque (comme le veut la nouvelle politique Disney) et se termine au bout de deux heures, laissant au spectateur le sentiment de n’avoir strictement rien découvert. On ne sort que plus inquiet pour l’avenir du MCU, qu’il est désormais de plus en plus difficile de défendre. Quand on voit les quelques moments agréables du film, on comprend à quel point Ant-Man et la Guêpe : Quantumania (MAIS CE TITRE !!) aurait pu être exceptionnel. Quel gâchis et quelle honte !

Bande-annonce : Ant Man et la Guêpe Quantumania

Fiche Technique et synopsis du film Ant Man et la Guêpe Quantumania

Réalisation : Peyton Reed
Scénario : Jeff Loveness
Musique : Christophe Beck
Casting : Paul Rudd / Evangeline Lilly / Jonathan Majors / Michelle Pleiffer / Michael Douglas
Durée : 125 minutes
Sortie : 15 Fevrier 2023 en salles
Production : Marvel Studios
Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures

Synopsis : Une nouvelle aventure attend Scott Lang et Hope van Dyne dans leur vie de couple et de super-héros !
Tout va pour le mieux : Scott a écrit un livre à succès tandis que Hope défend avec le plus grand dévouement des causes humanitaires. Leur famille – Janet van Dyne et Hank Pym (les parents de Hope) et Cassie, la fille de Scott – font enfin partie de leur quotidien.
Cassie partage la passion de sa nouvelle famille pour la science et la technologie, notamment en ce qui concerne le domaine quantique. Mais sa curiosité les entraîne tous dans une odyssée imprévue et sans retour dans le vaste monde subatomique, un endroit mystérieux où ils rencontrent d’étranges nouvelles créatures, une société en crise et un impitoyable maître du temps dont l’ombre menaçante commence tout juste à s’étendre.
Scott et Cassie sont soudainement happés dans une direction tandis que Hope, Janet et Hank se retrouvent propulsés dans une autre. Tous se perdent dans un monde en guerre, sans savoir comment ils pourront en sortir ni même s’ils retrouveront un jour le chemin de leur foyer…

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Marlowe : Raymond Chandler désincarné

Étonnant projet que ce Marlowe, ressuscitant le célèbre privé créé par Raymond Chandler. Absent des écrans de cinéma depuis plus de 40 ans, ce retour d’une ancienne figure du film noir paraît anachronique. D’autant plus que le film réunit plusieurs figures du cinéma, Liam Neeson et Neil Jordan, elles-mêmes révolues. Cette résurrection n’arrive donc jamais à convaincre, tant elle paraît artificielle et dépassée.

Une enquête sans intérêt

Sur le papier, Marlowe réunit pourtant tous les artifices du film noir. Une disparition, une enquête, une femme fatale… Mais malheureusement, Neil Jordan n’arrive jamais à rendre organique l’assemblage de ces éléments. Le plus important d’entre-eux reste cependant Philip Marlowe en lui-même. Après Humphrey Bogart, Elliott Gould ou bien Robert Mitchum, c’est Liam Neeson qui endosse le lourd héritage du personnage. Et même si l’on se souviendra toujours de ses prédécesseurs, l’acteur s’en sort avec les honneurs. Notamment grâce à une incarnation plus usée du détective, pour lequel on ressent le poids des années.

Cependant, cette usure du personnage contamine l’ensemble du film. Son intrigue, intéressante au demeurant, ne décolle jamais. Marlowe est engagé par une jeune cliente blonde (Diane Kruger) pour retrouver son amant disparu. Mais le privé se retrouve rapidement embarqué dans un jeu de mensonge où s’entremêlent différents personnages. Le film repose essentiellement sur ses dialogues. Les séquences s’enchaînent et se ressemblent, à savoir le détective dialoguant avec un nouveau personnage. Mais la mise en scène insipide du réalisateur de The Crying Game n’arrive pas à rendre palpitante cette enquête.

Conscience de soi superficielle

Les enquêtes de Philip Marlowe sont avant tout réputées pour leur caractère atmosphérique. Le Privé de Robert Altman en est l’exemple parfait. On s’attarde bien plus sur les déambulations du privé dans Los Angeles que sur son enquête en elle-même. Malheureusement, Marlowe tombe dans le piège de sa reconstitution d’un Los Angeles bien trop artificiel. En soi, le film tombe même doublement dans ce piège en s’affranchissant de Raymond Chandler. Car le film adapte bien une enquête du privé, mais écrit par Benjamin Black en 2014.

Plusieurs fois, des répliques semblent indiquer une forme d’auto-conscience du film. La place prépondérante du cinéma dans l’intrigue facilite forcément les choses. Le terme femme fatale ou des références à Hitchcock lui-même sont placés. Mais cette auto-conscience qui n’est convenablement incarnée que par le personnage de Jessica Lange, ancienne gloire du cinéma, est, elle aussi, de surface. Jamais rien n’en est fait, et rarement voire jamais le film est ironique sur sa propre existence.

Marlowe est donc un film à l’image des figures qu’il réunit. Tout comme Liam Neeson et Neil Jordan, le film est essoufflé et désincarné. Un propos sur l’anachronisme d’un tel projet aurait pu être intéressant. Mais il n’en est jamais question. Reste une jolie reconstitution de Los Angeles et une sympathique bande originale, qui n’enlèveront cependant jamais de notre esprit la vanité de ce projet.

Marlowe : bande annonce

Fiche technique et synopsis du film Marlowe

Réalisation : Neil Jordan
Scénario : William Monahan
Interprétation : Liam Neeson (Philip Marlowe), Diane Kruger (Clare Cavendish), Jessica Lange (Dorothy Cavendish), Alan Cummings (Lou Hendricks)
Photographie : Xavi Giménez
Musique : David Holmes
Montage : Mick Mahon
Genre : Film noir
Société de distribution : Metropolitan Filmexport (France)
Date de sortie : 15 Février 2023
Durée : 1h50
Pays : États-Unis, Irlande, Espagne, France

Iconique personnage de romans policiers à succès, retrouvez le détective privé Philip Marlowe brillamment interprété par Liam Neeson.

Synopsis : En 1939, à Bay City en Californie, alors que la carrière du détective privé Philip Marlowe bat de l’aile, Clare Cavendish vient lui demander son aide pour retrouver son ancien amant, Nico Peterson, mystérieusement disparu. L’enquête de Marlowe va le mener au Club Corbata, repaire des habitants les plus influents et fortunés de Los Angeles. Mais rapidement, il se heurte à ses anciens collègues de la police alors qu’il fouine dans les coulisses de l’industrie hollywoodienne et dans les affaires de l’une des familles les plus puissantes de la cité des anges.

Marlowe : Raymond Chandler désincarné
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Knock at the Cabin : Shyamalan jusqu’à la fin du monde

Il y a une raison à tout. Ce mantra, M. Night Shyamalan n’a cessé de le distiller dans sa filmographie. Pas comme une vérité de biscuit chinois, mais comme une réalité vivante qu’il s’efforce tant bien que mal de traduire en évidence cinématographique. De fait, sous ses airs de petit film de genre, Knock at the Cabin est une œuvre qui se sent investit d’une responsabilité : donner du sens au gigantesque bordel dans lequel on vit.

Sixième sens (de cinéma)

Qu’on l’aime ou pas, le cinéma de Shyamalan force toujours l’admiration, y compris quand le réalisateur tend la joue gauche pour se faire repasser la droite par un tronc d’arbre. Il y a les cinéastes qui se chient dessus, et ceux qui s’arrangent pour laisser une petite odeur de printemps sur les traces de pneus. Shymi fait partie de la seconde. Prenez Phénomènes : aussi indéfendable soit-il, son Marky Mark vs the Wind réserve malgré tout de (très) courts instants de grâce pure que la plupart des vrais bons films bien faits ne peuvent que rêver de toucher du doigt. Il paraît que le talent n’est qu’une construction sociale. Mais l’exemple de Shyamalan oppose un démenti violent aux théories les plus assermentées :  le génie a le cuir suffisamment tanné pour survivre à la médiocrité.

Ceci dit, il faut bien admettre que de l’eau a coulé sous les ponts depuis Incassable et Signes. En principe, un artiste ne suit pas la courbe de vie d’un athlète de haut-niveau, mais force est de constater que Shyamalan a tapé son prime avant ses 40 ans. Sixième Sens, Incassable, Signes, c’est grand mais c’est déjà loin. On le sait encore capable de coups d’éclats (Split), mais ceux-ci ressemblent désormais à un col trop raide à gravir, surtout quand il s’aventure au-delà de son périmètre habituel (Glass).

Le choix de Sophie

A priori, le réalisateur se préserve de toute excentricité avec Knock at the Cabin, adaptation d’un roman de Paul G. Tremblay. Un couple gay et leur fille se retrouvent séquestrés chez eux par 4 prophètes de malheurs qui leur annoncent qu’ils doivent sacrifier l’un d’entre eux pour prévenir la fin du monde. Une unité de lieu, quelques personnages, et un high concept qui interpelle : tuer un être cher, ou laisser les autres mourir ? Il y a du Richard Matheson ou du Stephen King dans la simplicité retorse avec laquelle le film pose au spectateur une question à laquelle personne ne souhaite répondre.

Évidemment, Shyamalan se garde bien de formuler trop vite le problème en ces termes. Dans un premier temps, il s’agit de maintenir une distance de sécurité entre le camp des agresseurs et des agressés, des croyants et des sceptiques, et de laisser le spectateur entre les deux.  Les home invaders sont-ils fous ? L’entêtement de leurs victimes relève t-il de l’égoïsme ? Chacun y verra midi à sa porte, et dans un premier temps, les personnages s’observent ainsi à travers cette fenêtre d’étrangeté qui nous renvoie à l’absurdité de la situation.

Comme d’habitude chez le réalisateur, la transparence du cadre s’articule avec l’opacité bavarde du hors-champ, mais les choses ont changé. Avant, on ne croyait plus à ce que l’on voyait à cause de ce que l’on ne pouvait pas voir, sinon par médias interposés. C’était Signes, quand les bulletins radios et TV altéraient la réalité de personnages essayant de se représenter cette invasion extraterrestre se déroulant hors de leurs murs. Dans Knock at the Cabin, les images des catastrophes sont accessibles et multipliables en deux clics, mais ça n’éteint pas le rejet de la situation par les personnages séquestrés ainsi mis devant le fait accompli.

Ouvre les yeux

On le comprend, s’il faut chercher un écho à Knock at the Cabin dans la filmographie du réalisateur, c’est dans Signes qu’il faut chercher. Hier le film post-11 septembre, aujourd’hui le post-Trump, post-Covid et pré-catastrophe climatique. Dans les deux cas, une perte de sens absolue qui conduit au repli sur soi : Mel Gibson dans sa ferme, Ben Aldridge dans sa cabane au fond des bois, les deux en famille qu’ils étouffent sous leur chagrin et leur colère. C’est ce que le cinéaste n’a au fond jamais cessé de filmer : des personnages en quête de sens qui traversent leur existence comme des fantômes (parfois au sens propre) faute d’y trouver un destin. M. Night Shyamalan, où le spleen de Saint Thomas : je crois en ce que je vois, mais quelle tristesse quand il n’y a rien à voir.

Derrière la survie, le « be killed or to be killed », il y a donc un enjeu plus large qui prend le temps de se décanter : trouver une raison à l’absurde. Ordonner le chaos des êtres et des choses qui a particulièrement pesé sur nos vies à tous ces derniers temps. Discerner le God’s Plan (ou appelez le comme vous voulez : Shyamalan a beaucoup de défauts mais pas celui du prosélytisme) dans le brouillard du monde. Sous ses airs de péloche que le spectateur aurait envie de voir un samedi soir, Knock at the Cabin se destine en film que nous aurions besoin de regarder. Tous, en tant que collectivité. Ce sont peut-être les limites du projet, et celles de Shyamalan aujourd’hui.

Capri, c’est fini

Le cinéaste a toujours quelques tours de magie dans son sac, mais son kung-fu n’est plus aussi acéré. Ici, sa mise en scène a du mal à ne pas paraphraser ce qui est déjà dit et montré dans le cadre : les mines hagardes et/ou terrifiés des personnages, les discours apocalyptiques des home invaders, les images-catastrophes qui défilent à la télévision. C’est toute la différence avec un film comme Signes : on VOIT les personnages ne pas comprendre ce qu’il arrive, mais on n’essaie pas de le comprendre avec eux. Son cinéma ne fait plus office d’une fenêtre ouverte sur l’irrationnel, mais d’un miroir sans tain. Comme si Shymi nous mettait malgré lui devant le fait accompli de la même façon que le sont nos séquestrés, sans avoir le choix d’y adhérer ou non.

Le réalisateur ne pêche plus par un excès de discours et d’ego comme dans La Jeune fille de l’eau, mais tout simplement par manque de moyens. Il faut CROIRE avant de réussir à VOIR : pour Shyamalan, la vérité n’a jamais été ailleurs, tout est déjà sous nos yeux. Mais ce qui s’apparentait auparavant à une noble profession de foi cinématographique et humaniste ressemble aujourd’hui malheureusement davantage à un prophétie de développement personnel. Ça ne suffit pas à faire de Knock at the Cabin une corvée à regarder, loin s’en faut. Juste un film beaucoup moins indispensable qu’il ne souhaiterait l’être.

Bande-annonce : Knock at the Cabin

Fiche Technique et Synopsis du film Knock at the Cabin

Réalisation : M. Night Shyamalan
Scénaristes : M. Night Shyamalan,Steve Desmond, Michael Sherman
Les scénaristes Steve Desmond et Michael Sherman se sont inspirés du best-seller The Cabin at the End of the World de Paul Tremblay.
Avec Jonathan Groff (II), Ben Aldridge, Dave Bautista, Rupert Grint…
Musique : n/a
Direction artistique : Dave Kellom
Décors : Naaman Marshall
Costumes : Caroline Duncan
Photographie : Jarin Blaschke et Lowell A. Meyer
Montage : n/a
Production : Marc Bienstock, Ashwin Rajan et M. Night Shyamalan
Producteur délégué : Steven Schneider
Société de production : Blinding Edge Pictures
Société de distribution : Universal Pictures
1 février 2023 en salle / 1h 45min / Thriller, Epouvante-horreur

Synopsis : Tandis qu’ils passent leurs vacances dans un chalet en pleine nature, une jeune fille et ses parents sont pris en otage par quatre étrangers armés qui leur imposent de faire un choix impossible. S’ils refusent, l’apocalypse est inéluctable. Quasiment coupés du monde, les parents de la jeune fille doivent assumer leur décision avant qu’il ne soit trop tard…