Marlowe : Raymond Chandler désincarné

Étonnant projet que ce Marlowe, ressuscitant le célèbre privé créé par Raymond Chandler. Absent des écrans de cinéma depuis plus de 40 ans, ce retour d’une ancienne figure du film noir paraît anachronique. D’autant plus que le film réunit plusieurs figures du cinéma, Liam Neeson et Neil Jordan, elles-mêmes révolues. Cette résurrection n’arrive donc jamais à convaincre, tant elle paraît artificielle et dépassée.

Une enquête sans intérêt

Sur le papier, Marlowe réunit pourtant tous les artifices du film noir. Une disparition, une enquête, une femme fatale… Mais malheureusement, Neil Jordan n’arrive jamais à rendre organique l’assemblage de ces éléments. Le plus important d’entre-eux reste cependant Philip Marlowe en lui-même. Après Humphrey Bogart, Elliott Gould ou bien Robert Mitchum, c’est Liam Neeson qui endosse le lourd héritage du personnage. Et même si l’on se souviendra toujours de ses prédécesseurs, l’acteur s’en sort avec les honneurs. Notamment grâce à une incarnation plus usée du détective, pour lequel on ressent le poids des années.

Cependant, cette usure du personnage contamine l’ensemble du film. Son intrigue, intéressante au demeurant, ne décolle jamais. Marlowe est engagé par une jeune cliente blonde (Diane Kruger) pour retrouver son amant disparu. Mais le privé se retrouve rapidement embarqué dans un jeu de mensonge où s’entremêlent différents personnages. Le film repose essentiellement sur ses dialogues. Les séquences s’enchaînent et se ressemblent, à savoir le détective dialoguant avec un nouveau personnage. Mais la mise en scène insipide du réalisateur de The Crying Game n’arrive pas à rendre palpitante cette enquête.

Conscience de soi superficielle

Les enquêtes de Philip Marlowe sont avant tout réputées pour leur caractère atmosphérique. Le Privé de Robert Altman en est l’exemple parfait. On s’attarde bien plus sur les déambulations du privé dans Los Angeles que sur son enquête en elle-même. Malheureusement, Marlowe tombe dans le piège de sa reconstitution d’un Los Angeles bien trop artificiel. En soi, le film tombe même doublement dans ce piège en s’affranchissant de Raymond Chandler. Car le film adapte bien une enquête du privé, mais écrit par Benjamin Black en 2014.

Plusieurs fois, des répliques semblent indiquer une forme d’auto-conscience du film. La place prépondérante du cinéma dans l’intrigue facilite forcément les choses. Le terme femme fatale ou des références à Hitchcock lui-même sont placés. Mais cette auto-conscience qui n’est convenablement incarnée que par le personnage de Jessica Lange, ancienne gloire du cinéma, est, elle aussi, de surface. Jamais rien n’en est fait, et rarement voire jamais le film est ironique sur sa propre existence.

Marlowe est donc un film à l’image des figures qu’il réunit. Tout comme Liam Neeson et Neil Jordan, le film est essoufflé et désincarné. Un propos sur l’anachronisme d’un tel projet aurait pu être intéressant. Mais il n’en est jamais question. Reste une jolie reconstitution de Los Angeles et une sympathique bande originale, qui n’enlèveront cependant jamais de notre esprit la vanité de ce projet.

Marlowe : bande annonce

Fiche technique et synopsis du film Marlowe

Réalisation : Neil Jordan
Scénario : William Monahan
Interprétation : Liam Neeson (Philip Marlowe), Diane Kruger (Clare Cavendish), Jessica Lange (Dorothy Cavendish), Alan Cummings (Lou Hendricks)
Photographie : Xavi Giménez
Musique : David Holmes
Montage : Mick Mahon
Genre : Film noir
Société de distribution : Metropolitan Filmexport (France)
Date de sortie : 15 Février 2023
Durée : 1h50
Pays : États-Unis, Irlande, Espagne, France

Iconique personnage de romans policiers à succès, retrouvez le détective privé Philip Marlowe brillamment interprété par Liam Neeson.

Synopsis : En 1939, à Bay City en Californie, alors que la carrière du détective privé Philip Marlowe bat de l’aile, Clare Cavendish vient lui demander son aide pour retrouver son ancien amant, Nico Peterson, mystérieusement disparu. L’enquête de Marlowe va le mener au Club Corbata, repaire des habitants les plus influents et fortunés de Los Angeles. Mais rapidement, il se heurte à ses anciens collègues de la police alors qu’il fouine dans les coulisses de l’industrie hollywoodienne et dans les affaires de l’une des familles les plus puissantes de la cité des anges.

Marlowe : Raymond Chandler désincarné
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Pierre-Louis Goblet
Pierre-Louis Goblethttps://www.lemagducine.fr/
Ma passion pour le cinéma est née suite à mon visionnage de Blade Runner. Dès lors, j'ai su que je voulais faire du cinéma mon métier, et j'ai entamé mes études dans ce but. Je suis notamment passionné du Cinéma Asiatique en général, notamment du cinéma Hong-Kongais de la grande époque, mais mon éventail cinématographique est très vaste, allant de Wong Kar-Wai à Kieslowski, en passant par Richard Fleischer, Pedro Almodovar ou encore Satoshi Kon.

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