« Ender Geister » : la soif du mal

Les éditions Glénat publient les deux premiers tomes d’Ender Geister. Takashi Yomoyama y narre l’histoire d’un exorciste confronté à des créatures surnaturelles et spectaculaires. Ne reculant ni devant les scènes explicites ni devant les références à foison, l’auteur et dessinateur livre deux albums généreux et haletants.

Phénomène au Japon, la série Ender Geister voit le jour en France sous le sceau des éditions Glénat. Cinéphile, Takashi Yomoyama laisse les easter eggs y foisonner, comme en témoignent les titres des différents chapitres : « Les Ailes de l’Enfer », « Les Promesses de l’ombre », « Fight Club », « Skyfall » ou « Collatéral ». Les vingt premières pages regorgent d’ailleurs de références : un peu de District 9 par-ci, des screen shots de Rocky ou Predator par-là, des affiches d’Alien, Le Silence des agneaux, Pulp Fiction ou Inception pour compléter l’ensemble.

Le principal protagoniste, surnommé (à sa demande) « Kurosawa », débute ses journées par des exercices physiques devant ses longs métrages favoris. Et plus généralement, on peut apercevoir dans la série le logo 20th Century Fox à l’arrière d’un t-shirt, une mention explicite au pull de Freddy Krueger, un déguisement de L’Étrange Créature du lac noir ou encore, parmi des dizaines d’autres choses, une réinterprétation d’une séquence de David Cronenberg ou l’utilisation d’une réplique de Terminator II. Heureusement, le second tome se fait plus discret dans les citations, car le phénomène de saturation aurait pu en contrarier la lecture.

Il y a aussi beaucoup de cinéma dans la mise en images de Takashi Yomoyama. Les points de vue choisis, le sens du mouvement, les inserts : tout est mis au service d’un récit bouillonnant, mettant deux héros solitaires (mais unis face à l’adversité) aux prises avec des monstres d’une grande pluralité. Chikage et Kurosawa forment une équipe dépareillée mais plutôt efficace à l’écrit : elle est jeune, en initiation et sculpturale (et souvent dénudée) ; il est un exorciste éprouvé, capable de réduire en charpie (littéralement) les entités les plus effroyables. Ensemble, ils vont enquêter sur le « pilier des ténèbres » dans un espace soumis à des reconfigurations constantes.

Si elle n’est pas dénuée d’humour, Ender Geister se caractérise avant tout par son audace, ses dessins iconiques et ses appétences cinéphiliques. Takashi Yomoyama installe en maître son univers fantastique mais a seulement commencé à esquisser ses personnages et leur relation. Les potentialités narratives et figuratives semblent infinies, il reste maintenant à leur donner vie…

Ender Geister (T.01 & 02), Takashi Yomoyama
Glénat, février 2023, 192 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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