Alexandre Lacazette est un footballeur professionnel français qui a joué comme attaquant de l’équipe de football de France pendant quatre ans depuis 2013 et jusqu’en 2018. Pour chaque utilisateur en ligne, 1xBet est bookmaker paris sportif fiable qui permet de parier sur les rencontres auxquelles les clubs pour lesquels ce Français a joué participent.
Le footballeur originaire de France est né en 1991 en France. Puisqu’il est né à Lyon, il a commencé son chemin de football professionnel dans le club sportif Olympique Lyonnais. Actuellement, le meilleur bookmaker qui propose de faire des paris est 1xBet où les joueurs peuvent parier sur les événements sportifs auxquels ce club de foot prend part.
Que faut-il noter à propos du chemin pro sportif de cet attaquant ?
Il est nécessaire d’indiquer que le footballeur en question a fait ses débuts professionnels avec le club sportif Olympique Lyonnais en 2010. Actuellement, les utilisateurs peuvent placer pari foot en direct – 1xbet.sn/live/footballsur toute rencontre à laquelle ce club sportif participe sans aucun problème. Il est important de noter que le footballeur Alexandre Lacazette en tant que membre de l’Olympique Lyonnais :
est rapidement devenu un joueur clé de l’équipe ;
au cours de ses huit saisons avec Lyon, il a marqué un total de 129 buts en 275 matchs et sur tous les matchs de foot on peut placerpariendirect via 1xBet en ligne ;
a également remporté la Coupe de France avec Lyon en 2012.
En juillet 2017, Lacazette a signé un contrat de cinq ans avec Arsenal, devenant alors le joueur français le plus cher de l’histoire du club (54 millions d’euros). Depuis lors, il a été un joueur clé de l’équipe, marquant régulièrement des buts et aidant le club à remporter la Coupe d’Angleterre en 2020.
Quelques mots sur ses réussites principales du sportif en question
Il faut souligner qu’Alexandre Lacazette a aidé la France à atteindre les quarts de finale de l’Euro 2016 et à remporter la Coupe du monde en 2018. Sur 1xbet.sn/line/football chaque utilisateur a la possibilité de placer des paris sur les événements de foot auxquels l’équipe nationale française prend part.
Parmi les honneurs de ce footballeur, il est important de nommer la Chaussure de bronze de la Coupe du monde U-20 de la FIFA qu’il a gagnée en 2011. En 2014-15 il est devenu Joueur de l’année de l’UNFP Ligue 1. En 2018-19 le sportif français a remporté le titre du Joueur Arsenal de la saison. De nos jours, grâce à l’agence de paris sportifs 1xBet chaque utilisateur peut prédire le résultat de n’importe quelle rencontre de football à laquelle les clubs indiqués participent.
Les éditions Marabulles publient Jeanne Chauvin, la plaidoirie dans le sang, d’Aurélie Chaney et Djoïna Amrani. En se penchant sur une grande figure de la cause féminine et du droit français, les deux auteures livrent un album passionnant, elliptique mais didactique.
Consacrer un roman graphique à Jeanne Chauvin, c’est réunir trois mondes en un seul récit : celui du droit, du féminisme et de l’Histoire. Jeanne Chauvin, la plaidoirie dans le sang n’est pas simplement une exégèse de la vie de la première avocate de France, qui a prêté serment dans l’adversité et contre les usages, mais plutôt un panorama éducatif de la condition féminine à une époque fortement rétive à toute forme d’émancipation.
L’une des forces majeures de cette œuvre réside dans sa portée didactique. Les auteures opèrent des sauts de puce dans la vie de Jeanne Chauvin et rendent palpables son amour du droit et ses combats contre les carcans sociétaux. Le récit n’élude pas les complexités d’une carrière supposée impossible. Mais ce n’est pas tout, puisqu’il met en relief des épisodes moins connus, parfois plus anecdotiques, comme l’attrait pour la peinture ou la vie sentimentale de l’avocate.
Tout au long du récit, Jeanne Chauvin apparaît comme une égérie (de fait plus que de conscience) de l’empouvoirement féminin. Son combat pour accéder au prétoire, domaine jusque-là exclusivement masculin, est ancré dans un contexte sociétal plus vaste, le Paris de la Belle Époque où prévalaient la misogynie et les conservatismes, conférant une vraie valeur historiographique à l’album. L’inclusion de l’affaire de la libre disposition du salaire par les femmes mariées, en fin d’album, illustre parfaitement cet état de fait – et la portée révolutionnaire des actes de l’avocate.
Aurélie Chaney et Djoïna Amrani réalisent une fresque dessinée et biographique sur la résilience et l’émancipation féminine. Leur œuvre nous convie à cette période pas si lointaine où une impatience fébrile présidait au destin des femmes. Jeanne Chauvin, la plaidoirie dans le sang est un ouvrage conçu en marge de l’Histoire « mainstream », composé de petits récits liés les uns aux autres, et qui prennent tout leur sens une fois considérés dans leur globalité. De l’empêchement à la réalisation, de l’élévation personnelle à l’émancipation collective, il met en lumière le jeune XXe siècle en l’inscrivant dans le sens du progrès.
Jeanne Chauvin, la plaidoirie dans le sang, Aurélie Chaney et Djoïna Amrani Marabulles, août 2023, 176 pages
Yann et Danny publient aux éditions Dupuis Spirou et la Gorgone bleue. Dans un monde tourmenté par les questions environnementales, rendues pressantes par des éco-activistes obstinées, Spirou et Fantasio se trouvent mêlés à l’enlèvement d’une starlette du petit écran, Lara, et aux activités radicales menées par les troupes de la mystérieuse Gorgone bleue.
Seulement ornée d’un bikini qui laisse entrevoir ses formes généreuses, Lara s’active sur des plages tropicales anesthésiées par le soleil. L’œil de la caméra suit le moindre de ses gestes, pendant qu’elle promeut les produits d’une chaîne de fast-food appartenant à son amant, le sulfureux Simon Santo. La scène est ridicule à souhait, et elle se ponctue par l’enlèvement de la comédienne par une organisation nébuleuse placée sous le patronage de la Gorgone bleue. Une rançon est réclamée pour sa libération ; elle doit permettre de contrer les effets délétères de toutes les activités menées par son petit ami milliardaire.
Spirou et Fantasio sont embarqués un peu malgré eux dans cette affaire. D’une part parce qu’ils assistent en direct à l’irruption des militantes écologiques dans un restaurant ; d’autre part en raison de l’interruption de leur reportage sur le grand Marsupilami blanc des marais de Palombie par la diffusion d’une vidéo de Lara, retenue prisonnière. Leur enquête va les mener au comte de Champignac et à Seccotine, infiltrée au sein du groupe de la Gorgone bleue.
Toute ressemblance serait purement fortuite
Léger bien que très dialogué, Spirou et la Gorgone bleue ne lésine pas sur les références. Tout le monde y passe : John Hammond, McDonald’s, la RTBF, Hugues Dayez, Ghostbusters et surtout Donald Trump. L’apparence et le comportement de Simon Santo tiennent lieu d’évidences : le personnage est une décalque quasi parfaite de l’ancien président américain. Leader de la malbouffe internationale, producteur d’engrais, de pesticides et de produits chimiques, coresponsable de la pollution industrielle mondiale, partisan d’un greenwashing éhonté, cynique au possible, Simon Santo est un entrepreneur partisan des doubles discours et des vérités alternatives, qui a l’habitude de communiquer via… Twitter. Il n’a aucun mal à convaincre « un public anesthésié par les singeries publicitaires débiles de cette stupide Lara » de consommer en masse les mêmes produits qui lui ont coûté sa liberté. Et osera un programmatique « Make the planet clean again » en fin d’album.
Yann et Danny s’amusent aussi de Fantasio et de son romantisme pour la photographie en argentique, à l’heure où n’importe qui peut publier, instantanément, sur les réseaux sociaux, les forums ou les sites d’information en ligne, les clichés ou les vidéos des événements auxquels ils ont assisté. Ils dénoncent aussi l’hypocrisie des citoyens-consommateurs, plus consommateurs que citoyens. « Mon cœur est écolo, mais mon estomac est réac ! », lit-on comme s’il s’agissait d’objectiver un monde en crise(s). Ils évoquent enfin un P7, rassemblé notamment pour présenter les résultats d’études produites par des lobbies et censées prouver l’innocuité des produits commercialisés par les firmes les plus polluantes de la planète. Ou un USS Obama (sic), porte-avions de 14 milliards de dollars, détourné à des fins privées.
Friandise
S’il ne marquera pas les esprits, Spirou et la Gorgone bleue n’en demeure pas moins une friandise plaisante et souvent amusante. Ainsi, dans une vignette, une longue série d’insultes en anglais se verra traduite par un laconique « Zut ». Le Patriot Press Act ou la pollution des mers et ses continents de plastique prendront eux aussi une place en vue dans le récit. Tout comme les « poulpitos », ces créatures génétiquement modifiées et écologiquement saines, parfaits reflets du solutionnisme technologique que les écologistes battent en brèche.
En définitive, Spirou et la Gorgone bleue est une fresque contemporaine qui encapsule nos ambiguïtés, dans un récit doux-amer plaisant. À travers un mélange habile de satire et de réalisme, d’humour et de gravité, Yann et Danny ont composé une œuvre qui peut être vue, sous ses dehors enfantins, comme une chronique outrée de notre temps.
Spirou et la Gorgone bleue, Yann et Danny Dupuis, septembre 2023, 88 pages
Les éditions Bamboo publient La Vieille Anglaise et le Continent, roman graphique de Valérie Mangin et Stefano Martino tiré d’une nouvelle de Jeanne-A. Debats. Ce récit de science-fiction piqué de féminisme et d’écologie brille par sa densité et ses partis pris originaux.
Lady Ann Kelvin, biologiste militante, se trouve face à un choix cornélien. Atteinte d’un cancer, elle se voit proposer de recourir à la transmnèse, une procédure de transfert de conscience, qui pourrait lui offrir un sursis de quelques années. Toutefois, la technique demeure imprévisible et à bien des égards controversée, car habituellement déployée en usant de cobaye dont l’humanité a été réduite à sa simple expression.
Lorsque son ancien élève et amant, Marc Sénac, lui présente la possibilité de transmigrer dans le corps d’un cachalot, elle se montre toutefois curieuse, saisissant au bond l’opportunité de faire un pied-de-nez à l’industrie et de combattre la chasse aux cétacés de l’intérieur. Ce qu’elle ne sait pas encore, c’est qu’elle va prendre goût à l’exploration marine, à la vie océanique, aux splendeurs dissimulées dans l’univers sous-marin.
Le récit, science-fictionnel, brasse de nombreuses thématiques : de l’exploitation des milieux marins au transhumanisme, de l’écologie au féminisme, il exploite sa trame pour mettre en lumière de nombreux enjeux, sans jamais se montrer professoral ou empesé. La Vieille Anglaise et le Continent met tous ces éléments de manière pertinente en interrelation et offre des tableaux graphiques parfois majestueux – comment ne pas songer au continent cétacé ?
Ce roman graphique se distingue en fait doublement. D’une part, il constitue un divertissement de qualité, prenant appui sur l’expérience de la transmnèse par son personnage principal, dont le lecteur épouse le point de vue et, partant, les découvertes et l’émerveillement. D’autre part, il questionne notre société, ses travers, ses tentations écocides sur fond d’exploitation capitalistique et d’inégalités mondiales. Au-delà des éléments narratifs, puisés à même la nouvelle, les auteurs parviennent à faire cohabiter habilement, en moins de 90 pages, l’engagement, l’affection, l’ivresse de l’exploration marine.
La Vieille Anglaise et le Continent s’inscrit dans une tradition de la hard SF. En se basant sur des phénomènes scientifiques putatifs, Jeanne-A Debats, proche de la scénariste Valérie Mangin, a dépeint une humanité ambivalente, polarisée, capable des actes les plus abjects comme des entreprises les plus courageuses et louables. Les fondements de sa nouvelle se fondent parfaitement dans l’adaptation graphique, qui bénéficie du trait inspiré de Stefano Martino.
La Vieille Anglaise et le Continent, Jeanne-A. Debats, Valérie Mangin et Stefano Martino Bamboo, août 2023, 88 pages
La Malédiction de Spawn est une série de bandes dessinées qui a marqué l’univers des comics. Elle est née de l’ambition de Todd McFarlane, le créateur de Spawn, de diversifier et d’élargir cet univers. Bénéficiant d’une nouvelle traduction et d’un lettrage inédit, cette série en trois volumes prend place aux éditions Delcourt.
Todd McFarlane occupe une place à part dans le microcosme des comics américains. Celui qui s’est véritablement révélé grâce à son travail sur Spider-Man a ensuite créé sa propre structure, Image Comics, par l’intermédiaire de laquelle il a lancé avec succès Spawn, écoulant rapidement des millions d’exemplaires. C’est dans ce contexte que naît l’idée de La Malédiction de Spawn, une série dérivée permettant de creuser plus avant l’univers de son antihéros vengeur, comme il l’a déjà fait par exemple avec les personnages de Sam et Twitch ou du Pistolero (qui bénéficient de leur propre série).
Si elle conserve la noirceur, la violence et le dynamisme de son aînée, la série La Malédiction de Spawn n’est en rien une répétition de la série originale. Elle a été pensée comme une exploration des différentes incarnations de Spawn et comme un prétexte à la mise en scène de personnages secondaires, dont l’ambivalente Angela. Chaque histoire nous emmène dans une époque différente, du futur à l’ère médiévale, sans faire son deuil de certains éléments constitutifs de l’univers (dont les enquêtes policières). La mise en images est quant à elle portée par les excellents Dwayne Turner et Clayton Crain.
L’histoire de La Malédiction de Spawn tourne souvent autour de personnages qui sont liés de manière complexe à l’univers démoniaque et angélique que Todd McFarlane a créé. Le récit peut varier d’un arc à un autre, mais il aborde généralement des thèmes sombres, des dilemmes moraux, et présente une vision assez cynique de l’humanité. Malgré la qualité indéniable de la série, La Malédiction de Spawn n’a pas connu le même succès commercial que la série originale. Elle a cependant permis d’élargir son monde, en introduisant ou creusant de nouveaux personnages et récits. L’artwork, détaillé et stylisé, offre une esthétique visuellement frappante, en parfaite adéquation avec les séries précédentes.
La Malédiction de Spawn est un trésor méconnu qui méritait d’être réhabilité. La série est le parfait reflet de l’ambition de Todd McFarlane de toujours innover et repousser les limites de la narration (ici chorale, éclatée et non linéaire). Bien que la série ait pris fin relativement vite, après 29 numéros, elle donne lieu à des aventures haletantes qui trouveront forcément leur public parmi les admirateurs de l’univers.
La Malédiction de Spawn, collectif Delcourt, août 2023, 272 pages
Ce samedi 9 septembre a marqué la fin du 49ème Festival du cinéma américain de Deauville. Une édition singulière, sur fond de grève hollywoodienne, où la relative désertion du tapis rouge n’a pas empêché de célébrer le septième art. Qu’il s’agisse de la compétition, des avant-premières ou des documentaires, les films se sont distingués cette année par leurs variétés et leurs richesses. LaRoy, l’exceptionnel thriller à l’humour noir de Shane Atkinson, sort grand vainqueur du Festival, clôturé par le film de danse Joika.
Un regard sur le monde américain, voilà ce que propose la sélection du Festival du Deauville. Pendant dix jours, les jurys et les spectateurs progressent, comme Lilian dans The Sweet east, au sein d’une succession de tableaux qui, au fil des films, brosse le portrait de l’Amérique d’aujourd’hui. Une Amérique faisant face au deuil, à la douleur (The Graduates, Manodrome), à l’immigration (Past lives, Fremont), à l’acceptation et l’affirmation sexuelles (Aristote et Dante découvrent l’univers, La vie selon Ann, Summer Solstice), ou encore à ses propres démons (I.S.S., Blood for Dust, Laroy). Mais aussi une Amérique en quête de vérité (Cold Copy) et d’amour (Wayward, Runner, Fremont).
Notre top – palmarès
Après ces dix jours intenses de festival, il est l’heure de revenir sur nos films coups de cœur de la compétition, accompagné du Palmarès :
1. Laroy – Prix du public, Prix de la critique, Grand Prix du Festival de Deauville
Laroy, premier film de Shane Atkinson, a vraiment fait mouche. Ce thriller jouissif, inventif et drôle, dans la lignée du cinéma des frères Coen et de Quentin Tarantino, a réussi la très rare prouesse de mettre d’accord, ou plutôt à terre, spectateurs, journalistes et membres du jury. Si la distribution du film n’était pas programmée avant le Festival, ARP vient d’annoncer que Laroy, fort de son succès, sortira dans les salles françaises au mois d’avril.
2. Past lives, nos vies passées
Past lives, drame touchant et soigné filmé entre Séoul et New-York, sort malheureusement bredouille du Festival. Ce film romantique empreint de poésie relate la relation complexe de deux amis d’enfance, séparés et réunis par le destin, qui se retrouvent et se redécouvrent en jeunes diplômés puis en adultes. Tout en sensibilité et avec un humour bien dosé, il montre que parfois, le fait d’être ensemble est moins question d’émotions que de timing de vie. Past Lives sortira en salles le 13 décembre.
3. The Sweet East – Prix de la Révélation, Prix du jury
The Sweet East de Sean Price Williams a convaincu les deux jurys du Festival en remportant le Prix de la Révélation et le Prix du jury. Il trace le parcours initiatique, sous la forme d’un conte fantastique, d’une lycéenne curieuse en quête d’aventures. Comme Alice aux pays des merveilles, la jeune fille découvre derrière le miroir un monde invisible et mystérieux. Le premier long-métrage de Sean Price Williams nous offre ainsi une belle virée onirique au cœur de l’Amérique profonde.
4. Fremont – Prix du jury
Fremont, réalisé par Babak Jalali, dresse le portrait en noir et blanc d’une jeune réfugiée afghane travaillant dans une fabrique de fortunes cookies. Ce drame traite avec humour et fantaisie de la solitude et de l’immigration, sous l’inspiration du cinéma de Jim Jarmusch et d’Aki Kaurismäki. Fremont, film touchant et un peu décalé, sortira au cinéma le 6 décembre 2023.
5. Cold Copy
Cold Copy de Roxine Helberg questionne notre regard sur la vérité sous la forme d’un thriller d’investigation où s’affrontent une jeune étudiante en journalisme et une célèbre présentatrice. Avec des accents de Le diable s’habille en Prada, Cold Copy met en place un puissant rapport de force entre deux figures féminines au caractère bien trempé, magnifiquement interprétées par Bel Powley et Tracee Ellis Ross.
La cérémonie de clôture : « kif » et « participatif » avant tout
Après la remise du Prix d’Ornano-Valententi à Rien à perdre de Delphine Deloget, le maire de Deauville, Philippe Augier, est entré en scène. Il a annoncé le Prix du public pour LaRoy en rappelant le caractère « participatif » du Festival. En effet, Deauville propose à ses spectateurs de noter et voter pour leurs films favoris, offrant ainsi la possibilité à un autre réalisateur de se faire remarquer. Un prix du cœur, de la popularité, qui permet à chacun de devenir un acteur du Festival.
Le jury de la Critique, composé de journalistes, a succédé au maire. Partagé entre quatre films, le jury a précisé avoir choisi « le kif », « le plaisir » et a rejoint l’avis du public en récompensant LaRoy.
Le jury de la compétition, présidé par Guillaume Canet, termine la soirée dans une ambiance un peu « colonie de vacances ». Nous ne reviendrons pas sur la décision un peu polémique du jury de ne pas assister à la présentation des films par les réalisateurs, sous le prétexte étonnant de ne pas être « influencé », à l’heure où seuls quelques rares cinéastes ont fait l’effort de venir fouler le tapis rouge. Si même le jury ne les écoute pas, on peut en effet questionner l’intérêt du voyage…
C’est avec les larmes émouvantes de Shane Atkinson, ovationné pour Laroy, que s’est finalement clôturé le Festival de Deauville. La 50ème édition, qui se tiendra du 6 au 15 octobre 2024, promet déjà de belles célébrations.
Film de clôture : Joika, l’art du sacrifice
Avec Joika, James Napier Robertson signe un très beau film de danse tiré d’une histoire vraie. En prenant le contrepied de Black Swan, dernier film marquant sur le ballet, le réalisateur choisit la sincérité et le réalisme. Porté par deux magnifiques actrices, Talia Ryder et Diane Kruger, Joika montre les sacrifices exigés par l’art de la danse tout en mettant l’accent sur le système patriotique et corrompu du Bolchoï.
Joy Womack, une jeune danseuse américaine de quinze ans, n’a qu’un rêve : intégrer le Bolchoï et ses danseuses étoiles légendaires. Première américaine acceptée à l’Académie du Bolchoï, elle quitte le Texas pour s’installer à Moscou. Mise au ban du groupe par ses origines, Joy doit affronter les exigences d’une enseignante, la concurrence russe et surtout un milieu qui la rejette sans la connaître.
Chaussons de verre
Mise à l’épreuve dès son arrivée, Joy n’a pas le droit à l’erreur. Déterminée à prouver qu’elle peut faire aussi bien et même mieux que les danseuses russes, elle s’entraîne avec acharnement. Crainte par ses camarades, qui commencent à percevoir en elle une menace, Joy doit également faire face à des trahisons et des coups bas, notamment le classique verre pilé au fond des chaussons. A l’annonce d’un casting pour le rôle de Paquita, Joy n’envisage même pas d’échouer. Elle pousse alors son corps et son esprit jusqu’à ses limites, au risque de devenir quelqu’un d’autre.
Joika offre ainsi de belles séquences de danse classique, filmés avec un certain réalisme. Il présente avec authenticité le portrait d’une jeune artiste prête à réaliser tous les sacrifices pour réaliser son rêve. Cependant, après avoir tant donné pour l’intégrer, Joy quitte le Bolchoi en 2013.
Le Bolchoï, rêve américain ?
Joika donne à voir un système d’enseignement pro-russe et corrompu. Un milieu dans lequel une américaine, aussi douée soit-elle, ne pourra jamais figurer en tête d’affiche, et où des sponsors exigent le pire en échange de premiers rôles. Lorsqu’elle dénonce cette réalité, Joika devient « une traîtresse », une danseuse à abattre. Si le parcours de cette jeune femme, aujourd’hui danseuse étoile, reste exemplaire, pas sûr qu’il incite les américaines à suivre la voie du Bolchoï, d’autant plus dans le contexte actuel.
Entre drame et réalité, Joika clôt avec classe, sur un beau pas de deux, le Festival de Deauville 2023. Espérons que l’année prochaine, les stars hollywoodiennes reviendront danser en Normandie, sous le feu des projecteurs.
Joika – fiche technique
Réalisation : James Napier Robertson Scénario : James Napier Robertson Interprétation : Talia Ryder (Joy Womack), Diane Kruger, Oleg Ivenko (Nik), Natasha Alderslade… Montage : Chris Plummer Photographie : Tomasz Naumiuk Producteurs : James Napier Robertson, Paul Green, Paula Munoz Vega, Laurie Ross Sociétés de production : Anonymous content Durée : 1h50 Genre : drame, historique Date de sortie : prochainement
Plus d’un siècle après le naufrage du RMS Titanic, que reste-t-il à remonter de cette épave ? Que peuvent bien raconter les fantômes qui sommeillent à son bord ? 20 ans après la mise en boîte de ce documentaire, les images de James Cameron continuent de fasciner et d’interroger cette fatalité qui a foudroyé le monde en l’espace d’une nuit.
Synopsis : James Cameron et son équipe de scientifiques sont de retour pour filmer le Titanic, cette fois-ci équipés de caméras haute définitions pour une sortie en Imax et 35mm 3D.
Si le récit de Rose DeWitt Bukater et Jack Dawson à bord d’un célèbre paquebot vous a bouleversé, il n’existe qu’en surface de cette eau glaciale de l’Atlantique Nord qui a emporté 1500 passagers dans la nuit du 14 au 15 avril 1912. Inutile de tergiverser trop longtemps autour du succès planétaire qu’est Titanicde James Cameron. La papa d’Abyss ne s’arrête pas au naufrage d’une société dont la hiérarchie verticale est le miroir du monde, où l’eau devient un élément aussi destructeur que les flammes de La Tour infernale de John Guillermin. Cette fausse idée d’une Arche de Noé qui tente d’atteindre la Statue de la Liberté a permis au cinéaste de rendre à l’océan cette création humaine, dont l’orgueil a causé sa perte.
2000 pieds sous l’océan
Retrouvé le 1er septembre 1985 par le scientifique de l’US Navy, Robert Duane Ballard, l’épave qui se désagrège devient l’objet de curiosités et de convoitises des historiens, de scientifiques et de cinéastes. Accompagné de son fidèle ami et acteur Bill Paxton, le réalisateur canadien nous embarque à bord des sous-marins soviétiques de type Mir, qui ont également été utilisés dans son documentaire Expédition : Bismarck sur un cuirassé allemand de la Seconde Guerre mondiale, sorti en 2002, soit un an avant l’exploration du paquebot de la White Star Line. L’oxygène est un enjeu crucial au même titre que l’isolation des sous-marins d’exploration. La pression et le silence des profondeurs guettent le visage inquiet de Paxton, qui se considèrerait presque en train de voyager dans un cercueil. Mais à l’approche des 4000 mètres de profondeur, le sommeil du RMS Titanic a cessé et l’imaginaire du cinéaste offre un second souffle à l’épave.
Cameron et son équipe ne pouvaient espérer mieux comme musée des souvenirs. Une fois à l’intérieur du cadavre du plus grand paquebot du début du XXe siècle, Cameron explore pièce par pièce, compartiment après compartiment, en recoupant avec des images d’archives et de reconstitution en modèle 3D, et allant jusqu’à superposer des plans de son film. Il est évident que ce voyage constituait autrefois son storyboard, ainsi que son péché mignon pour les souvenirs qu’il tente de restituer. Son regard et ses caméras portent une attention particulière à l’architecture du navire et aux personnes qui ont traversé ces lieux, et qui les hantent encore. Des salles de réception aux moteurs géants qui font tourner les hélices, les deux parties du paquebot sont réunies dans un élan nostalgique et mélancolique.
Malgré tout, ce documentaire n’épargne pas quelques moments de flottement dans cette excursion, qui cherche à dépasser la fiction. Les débats sur les scénarios du naufrage sont tout aussi passionnants que le fait d’évoquer le développement des nouvelles technologies mises en place, afin de capter de somptueuses images. Le 70mm est à l’honneur et les marins ont un cours accéléré sur le cadrage, alors qu’ils pilotent de petits véhicules ROVs à distance. Ainsi, les séquences se situent quelque part entre le fantasme de renouer avec le passé et le cauchemar de revivre une tragédie similaire. Les adeptes de la plongée au cœur de l’inconnu seront servis, mais d’autres pourraient malheureusement se noyer sur le même chemin.
Présenté hors-compétition au Festival de Cannes 2003, Les Fantômes du Titanic a su remonter le témoignage de toute une nuit glaciale à la surface, entre les déchirures sociales et culturelles qui séparaient les passagers. L’émotion que l’on éprouve avec ces images va également de pair avec une date clé qui précède la fin de l’exploration, le jour du 11 semptembre 2001, où les États-Unis sombrent collectivement dans un naufrage similaire. Après cela, il n’est pas étonnant que Cameron convoque ce drame dans son Avatar, où l’Arbre-Maison est abattu par une meute enragée venue des cieux. Bien que ce fait soit finalement hors-sujet à l’expédition qui nous préoccupe, poussant davantage la mécanique larmoyante, le cinéaste a néanmoins la bienveillance de laisser ses pensées à l’endroit même où le Titanic a rejoint les abysses.
Bande-annonce : Les Fantômes du Titanic
Fiche technique : Les Fantômes du Titanic
Titre original : Ghosts of the Abyss Réalisation : James Cameron Photographie : Vince Pace Montage : David C. Cook, Ed W. Marsh, Sven Pape, John Refoua Décors : Martin Laing Musique : Joel McNeely Production : Earthship Productions, Walden Media, Walt Disney Pictures Pays de production : États-Unis Distribution France : UGC Fox Distribution Durée : 1h01 (version longue : 1h30) Genre : Documentaire Date de sortie : 10 septembre 2003
Toni, en famille est le second film de Nathan Ambrosioni. Le jeune réalisateur esquisse le portrait de Toni, mère veuve de cinq enfants qui désire reprendre des études. Une histoire jamais misérabiliste, faite de petites touches successives où Nathan Ambrosioni déploie son talent, autant dans les scènes de groupe que dans les séquences sur chaque personnage de la fratrie. Le casting est époustouflant, mené par Camille Cottin, parfaite dans un rôle écrit pour elle.
Tout sur ma mère
Toni pourrait être l’héroïne d’un Jeanne Dielman revisité (prostitution mise à part, puisque Toni est chanteuse). Sa vie à elle aussi est rythmée par des tâches quotidiennes, une routine à laquelle elle ne peut échapper. Mère de cinq enfants tous ados, dont deux sont prêts à quitter le nid (les autres suivront dans les six ans à venir), Toni vit autant pour eux qu’avec eux. Elle vit également sur les restes d’une gloire passée dans un télécrochet musical. Pourtant, Toni n’a plus très envie de chanter, même si on lui dit que ceux qui chantent le font toute leur vie, ce n’est pas ce qu’elle désire. Pas plus qu’elle ne souhaite qu’être la mère de ses enfants. La question de son amour pour eux ne se pose pas, à aucun moment. Pourtant, elle veut se réinventer à l’aube de leur départ, surtout parce qu’ils ont grandi et qu’elle n’a pas vu la vie passer. Loin d’être misérabiliste, Nathan Ambrosioni regarde évoluer le personnage seule ou au milieu des siens. Il filme d’abord son périple (pourtant quasi immobile depuis sa voiture) pour récupérer ses cinq enfants sur un parking. Sa voiture est un peu capricieuse, les gens qui l’entourent aussi, et surtout ses enfants ne sont pas très contents de partager leur espace, leur temps avec tous ces frères et sœurs. Pourtant, la joyeuse troupe s’acclimate. Au fond d’elle cependant, Toni se sent l’âme d’une enseignante. Elle cherche le moment de le dire à ses enfants. Elle cherche à savoir aussi comment reprendre le fil interrompu de ses études.
C’est alors que se met en place la mise en scène de soi au sein de la famille. Toni se promène avec un phrasé inimitable et un certain détachement emprunt d’autorité. Ce personnage doit beaucoup à l’interprétation de Camille Cottin, qui ne lorgne ni du côté de la mère courage (trop galvaudée), ni de celui de la mère démissionnaire. Camille est simplement Toni. À côté d’elle, les jeunes acteurs rendent très crédible cette famille où chacun tente d’exister. Entre les moments de groupes – de la première scène en passant par une virée en voiture sur l’air du tube qui a rendu Toni célèbre – et les moments plus individuels où chacun s’exprime, l’écriture est la plus sincère et exacte possible. Nathan Ambrosioni y ajoute une touche d’humour. Dans cette mise en scène de soi, il filme le coming out du plus grand fils de la famille, moment qu’il voulait spectaculaire pour les abonnés de son vlog et qui s’avèrera anecdotique pour les siens : « d’accord », répond Toni à son fils qui annonce « je suis gay ».
Dans la famille que filme Nathan Ambrosioni, tout est à la fois léger et grave, rien n’est jamais vraiment dramatique (ou presque). La figure du père est peu présente, elle pèse pourtant dans l’esprit de Timothée, en pleine crise d’ado, qui cherche surtout à exister, être entendu. Là encore Toni se révèle dans sa relation à ce fils en souffrance, sans être ni invasive, ni laxiste. Déjà dans Les Drapeaux de papier, qui explorait la relation entre un frère et une sœur, la direction d’acteurs était remarquable. Ici, elle l’est d’autant plus que chacun existe au milieu de ce groupe indistinct qu’on appelle la famille. Et chacun existe avec intelligence et justesse, avec ce qu’il faut d’espace autant dans le champ de la caméra, qu’au sein de l’histoire. Le parcours de Toni en est sublimé : entre les remarques de ses enfants sur son âge, sa mère qui la rêve encore star, et pôle emploi qui la voit aide-soignante, elle poursuit son chemin. Autour d’elle, des ados formidables, et elle alors, a-t-elle le droit de se réinventer ?
Raconter le quotidien entre doutes, rires, disputes et conversations croisées tout en rendant chacun attachant et crédible, c’est le pari réussi de Toni, en famille. Quand Toni devient une silhouette parmi les étudiants, on se plait à y croire, sans que cela soit pourtant encore fait. « Toni m’intéresse car son statut social fait d’elle une réelle héroïne et une héroïne du réel. Elle se rend compte de façon très simple qu’être mère c’est fabuleux, mais c’est aussi une condition frappée par une obsolescence programmée, celle du jour où son dernier enfant quittera la maison » (voir le dossier de presse du film). Un point de départ tout simple que Nathan Ambrosioni rend solaire à chaque instant en véritable touche-à-tout (montage, écriture, réalisation) à la maturité impressionnante. Pas étonnant que Mommyde Xavier Dolan ait été pour ce réalisateur un véritable choc.
Toni, en famille : Bande annonce
Toni, en famille : Fiche technique
Synopsis : Antonia, dite Toni, élève seule ses cinq enfants. Un job à plein temps. Elle chante aussi le soir, dans des bars, car il faut bien nourrir sa famille. Toni a du talent. Elle a enregistré un single qui a cartonné. Mais ça, c’était il y a 20 ans. Aujourd’hui ses deux aînés s’apprêtent à rejoindre l’université. Alors Toni s’interroge : que fera-t-elle quand toute sa progéniture aura quitté le foyer ? À 43 ans, est-il encore temps de reprendre sa vie en main ?
Réalisation, scénario, montage : Nathan Ambrosioni
Interprètes : Camille Cottin, Léa Lopez, Thomas Gioria, Louise Labeque, Oscar Pauleau, Juliane Lepoureau
Photographie : Raphaël Vandenbusscbhe
Production : Chi-fou-mi Productions
Distributeur : Studio Canal
Durée : 1h36
Date de sortie : 6 septembre 2023
Genre : comédie dramatique
Quatrième long-métrage de Babak Jalali, Fremont, sélectionné en compétition au Festival de Deauville 2023, retrace le parcours d’une jeune réfugiée afghane. À travers ce portrait filmé en noir et blanc, le drame traite avec humour et fantaisie de l’immigration et de la solitude.
Donya, vingt ans, a émigré aux États-Unis et travaille à San Francisco dans une fabrique artisanale de fortune cookies. Ancienne traductrice pour l’armée américaine, elle débarque dans un pays étranger où elle se retrouve presque seule au monde. Donya passe ainsi ses journées à l’usine et ses soirées dans un bar à regarder la télévision. Lorsque son patron lui propose de rédiger les énigmatiques messages des cookies, Donya saisit l’occasion pour lancer une bouteille à la mer en communiquant son numéro. Elle ouvre ainsi la porte au destin pour transformer son existence fade et solitaire. Autre hasard, Babak Jalali a présenté Fremont le jour même de son anniversaire, en offrant au public le produit phare de la promotion du film, les fameux biscuits croustillants en forme de lune. Un signe de bonne augure ?
L’immigré et Croc-Blanc
En échangeant avec son psychiatre, Donya apprend l’histoire de Croc-Blanc, illustre roman de l’américain Jack London. Ce chien-loup, différent des autres et né dans la nature, doit lutter pour sa survie et affronter le monde des hommes. Battu, il devient un combattant enragé avant d’être recueilli par deux nouveaux maîtres généreux, qui lui apprennent la confiance et l’amitié. Donya, peu loquace, compare sa propre existence à celle de Croc-Blanc.
À l’image de ce chien-loup, elle a été rejetée pour sa singularité, en l’occurrence son statut de femme au sein de l’armée américaine. De la même manière que lui, elle a dû s’enfuir pour rester en vie. En effet, Donya affirme qu’elle n’a jamais perçu les États-Unis comme une opportunité, un rêve américain, mais simplement comme une porte de sortie. Mais la suite de l’histoire de Donya reste à écrire. Seule, elle n’a pas encore trouvé la sérénité ni l’amour. Elle peine à dormir et demande au docteur des somnifères.
Fremont ne traite cependant pas ce récit de façon triste et dramatique. Il ajoute de l’humour tiré du caractère extravagant de certaines situations, notamment les scènes de rendez-vous avec le docteur Anthony. Le psychologue, à l’opposé d’une Donya d’apparence impassible, montre des émotions démesurées. Il s’amuse à rédiger quelques textes des fortune cookies et conseille à Donya d’utiliser cet emploi pour réaliser une sorte de travail sur elle-même. Toutefois, Donya, qui a laissé toute sa famille derrière elle, a surtout besoin de compagnie. Sa thérapie personnelle consiste donc à confier au destin une rencontre qui pourrait bien changer sa vie.
Le marche du cerf solitaire
Au cours de son aventure, Donya trouve de manière inattendue un cerf blanc. Cet animal, qui symbolise communément la spiritualité, l’harmonie, la fertilité et la régénération, révèle que la jeune femme entre en phase d’évolution. La pureté du cerf annonce-t-il la résilience de la jeune afghane ? Réponse en salles le 6 décembre 2023.
Babak Jalali, déjà connu pour le western Land sélectionné au Festival du film de Berlin 2018, cite d’ailleurs dans ses influences le cinéma de Jim Jarmusch, mais aussi d’Aki Kaurismäki, dont Les Feuilles mortes a remporté le Prix du jury au Festival de Cannes 2023. Incontestablement, on retrouve dans Fremont une part de l’imagination, des histoires sincères mais un peu décalées de ces deux grands réalisateurs. Ce beau drame fait partie des bonnes surprises du Festival de Deauville 2023, dont le palmarès sera annoncé en début de soirée.
Fremont : Bande-annonce
Fremont : Fiche technique
Réalisation : Babak Jalali Scénario : Carolina Cavalli, Babk Jalali Interprétation : Anaita Wali Zada (Donya), Gregg Turkington (Dr Anthony), Jeremy Allen White (Daniel), Hilda Schmelling (Joanna)… Montage : Babak Jalali Photographie : Laura Valladao Producteurs : Marjaneh Moghimi, Sudnya Shroff, Rachael Fung, George Rush, Chris Martin, Laura Wagner Sociétés de distribution : Memento international, JHR Films Durée : 1h44 Genre : drame Date de sortie : 6 décembre 2023
Le réalisateur portugais Marco Martins nous livre, avec Un Automne à Great Yarmouth, un sixième long-métrage complexe et fascinant, qui entrecroise avec art les intrigues et les genres cinématographiques.
Great Yarmouth est une station balnéaire du comté de Norfolk, ouvrant sur la mer du Nord au sud-est de l’Angleterre, et autrefois très courue par la classe moyenne britannique. De fait, le titre, Un Automne à Great Yarmouth, pourrait laisser entrevoir une villégiature d’arrière-saison. Mais Marco Martins, également au scénario avec Ricardo Adolfo et au montage avec Karen Harley et Mariana Gaivão, n’est pas un homme monolithique. L’affiche, avec ses tons bleutés de climat glacial et le visage grave de l’actrice principale, Beatriz Batarda, vue de profil, dément les promesses du titre et prépare à un « automne » qui n’aura rien d’une partie de plaisir. L’ouverture, dans les marais avoisinants, et qui superpose la voix le plus souvent off d’une sorte de garde-champêtre étique aux images magnifiques, mais hivernales en diable, de João Ribeiro, éveille des échos du renversant La Isla mínima (2014), d’Alberto Rodriguez, dans une version septentrionale et brumeuse, mais non moins dépouillée.
Avec un sens remarquable de la progression scénaristique, le réalisateur portugais entrecroise ainsi différents fils, mêlant du même coup plusieurs genres cinématographiques, en un affranchissement de toute catégorisation qui ne manque pas de panache. Un premier fil serait de nature presque documentaire, prolongeant les recherches que Marco Martins avait dû mener pour la réalisation de son précédent film, Saint Georges (2016), et porte sur la transformation qu’a subie Great Yarmouth du fait de son industrialisation, et plus encore depuis 2009. Il se centre ici sur une usine de volailles ayant nécessité le recours à de nombreux ouvriers portugais, exportés par cars entiers et logés plus que sommairement, entassés à trois par chambre. Malgré cette exploitation humaine et le sous-paiement d’ouvriers dénués du moindre recours, même en cas de blessure, l’usine sera contrainte à la fermeture, ce qui offrira l’occasion paradoxale de très beaux plans presque fantastiques sur ces lieux de souffrance animale à présent désertés, abandonnés à leurs ustensiles désormais sans objet
Un second fil, la trame fictionnelle essentielle, s’organise autour de l’héroïne, Tânia, incarnée, donc, avec une sensibilité à vif par Beatriz Batarda : portugaise également, elle est, comme l’appellent les ouvriers, « la mère des Portugais », dans la mesure où elle les accueille, les héberge, les prépare à ce qui les attend et leur sert d’interprète. Mais elle est elle-même écartelée entre ses origines, qui la rendent par instinct solidaire de ceux qu’elle exploite, et la pression exercée par son époux, britannique, Richard, l’excellent Kris Hitchen déjà aperçu chez Ken Loach (Sorry We Missed You, 2019), qui l’exhorte à toujours plus de dureté. Autre axe d’écartèlement, les deux langues entre lesquelles elle navigue, le portugais qu’elle pratique avec ses « protégés » de moins en moins dupes, et l’anglais, dont elle tente de s’imprégner à grands renforts d’écouteurs dans les oreilles, lui diffusant les phrases clés qu’elle rêve d’adresser à d’autres victimes : les vieillards britanniques auxquels elle proposerait à prix d’or son bâtiment actuel entièrement rénové. Nouvelle distorsion, cette fois entre la vie menée et la vie rêvée. Autre écartèlement, cette fois sentimental, relavant de ce que son mari nomme « des cachotteries » : son lien secret avec un Portugais, Raúl (Romeu Rona, excellent lui aussi, dans un rôle pourtant inconfortable) ; un écart bientôt redoublé par un autre écart, provoqué par l’arrivée de Carlos (Nuno Lopes, acteur intense, auquel le réalisateur se montre fidèle), à qui Tânia se met à vouer une passion irrépressible… Figure éminemment complexe que cette Tânia, chargée de ballots et de rêves, tirant et domptant constamment sa chevelure, tout comme elle doit tirer et dompter constamment ses sentiments et ses émotions.
L’intrigue se trouvant déjà dotée d’une belle richesse, Marco Martins aurait pu s’en tenir à ces aspects, suffisamment divers. Mais, on l’a dit, l’homme n’est pas avare de biens. Présent en réalité depuis les premières étapes, surgit un troisième fil, révélé par les ultimes scènes, et qui confère à cette fiction des allures de film de vengeance. Si l’on est loin des règlements de comptes éclatants, à grands coups de révolvers, la vengeance, toute discrète, subtile et larvée qu’elle soit, n’en est pas moins terrible. Le tout conduit dans les tons bleutés et morts annoncés par l’affiche. Le personnage de Carlos apporte bien, par moments, quelques touches plus chaleureuses, mais les bleus réfrigérés reprendront le dessus.
Marco Martins signe là un film troublant, fascinant, peut-être déroutant par son intrication des genres, mais qui démontre de façon imparable à quel point l’inhumanité – fût-elle limitée au terrain social, au début – ne peut qu’engendrer encore davantage d’inhumanité, contaminant et gangrénant l’ensemble de la scène humaine.
Synopsis du film :Octobre 2019, en Grande-Bretagne, trois mois avant le Brexit. Tânia organise le travail, transport et logement des travailleurs immigrés portugais de l’usine de volailles de Great Yarmouth, dans le Norfolk. Flottant dans un monde où les bâtiments sont délabrés et les conditions de travail des ouvriers à l’abattoir particulièrement dures, Tânia apprend l’anglais en rêvant d’ouvrir un jour un hôtel pour y accueillir les touristes du troisième âge.
Bande-annonce : Un Automne à Great Yarmouth
Fiche Technique : Un Automne à Great Yarmouth
Titre original Great Yarmouth: Provisional Figures
De Marco Martins
Par Marco Martins, Ricardo Adolfo
Avec Nuno Lopes, Beatriz Batarda, Kris Hitchen
6 septembre 2023 en salle / 1h 53min / Drame
Distributeur : Damned Distribution
Le Ciel rouge, de Christian Petzold, est peut-être le deuxième film d’une nouvelle trilogie, sur les éléments cette fois, à la suite d’autres trilogies émaillant son œuvre. Après l’eau de Ondine, le feu couve ici, puis explose dans la nature et dans le cœur des hommes, avec le regard toujours acéré du cinéaste.
Synopsis : Une petite maison de vacances au bord de la mer Baltique. Les journées sont chaudes et il n’a pas plu depuis des semaines. Quatre jeunes gens se réunissent, des amis anciens et nouveaux. Les forêts desséchées qui les entourent commencent à s’enflammer, tout comme leurs émotions.
Le cinéaste allemand Christian Petzold nous comble souvent. C’était le cas avec des films comme Barbara, Phoenix ou Ondine ; c’est encore le cas avec Le Ciel rouge, un film dans la droite lignée de ce qu’il sait si bien faire : une histoire minimaliste, un drame en toile de fond (ici, les incendies de forêt, et son corollaire le réchauffement climatique), des acteurs avec une forte présence, ou encore une fluidité d’image due à une collaboration de plus de 30 ans avec son directeur de la photographie Hans Fromm.
Labellisé un peu rapidement film d’été, Le Ciel rouge est en réalité nourri de bien plus de dimensions. Il est vrai que le choix de la mer Baltique, tout au nord de l’Allemagne, apporte immédiatement cette atmosphère estivale un peu saturée, qui caractérise certains films dits d’été, évanescents, à la Rohmer. Entre parenthèses, ce choix, qui se porte plus précisément sur l’ancienne partie est-allemande de la côte, est également un des marqueurs du cinéaste. Ce dernier n’oublie jamais de parler de son Allemagne chérie sous un aspect ou un autre, ici un hommage à la RDA avec le choix de ce Land, l’évocation de Uwe Johnson, un écrivain transfuge de l’Est, ou une petite raillerie sur la propension des anciens est-allemands à adopter des prénoms américains à l’écriture hasardeuse (il y a un Devid dans le film), cette Amérique qui nourrissait leurs rêves.
Le film commence avec des accents pseudo-horrifiques. Leon (Thomas Schubert) et Felix (Langston Uibel) traversent une forêt sombre et silencieuse dans une Mercedes rouge. Felix, le conducteur, annonce que quelque chose ne tourne pas rond. Son voisin endormi se réveille en sursaut, passablement ennuyé. Le moteur explose, et en dernier recours, Felix se propose d’aller en reconnaissance trouver un raccourci à travers la forêt vers leur destination, une maison de vacances isolée appartenant à ses parents. Il revient, les personnages emportent leurs bagages sur les épaules, l’un en sautillant presque (Felix), l’autre en bougonnant (Leon).
Mais le cinéaste met vite de côté ces marqueurs de films d’horreur pour entrer dans le vif du sujet. Leon et Felix veulent s’isoler ici quelques temps pour avancer dans leur projet respectif : le premier termine son deuxième roman, d’une manière acharnée mais paradoxalement peu convaincue ; le deuxième prépare un portfolio pour concourir aux Beaux-Arts, d’une façon plutôt dilettante bien qu’assez efficace. Leon est mal dans sa peau, engoncé dans un corps qu’il dissimule, tourné vers l’intérieur de lui-même, jamais content, très peu sûr de lui. Felix est au contraire un extraverti, un garçon positif et lumineux. Lorsqu’ils découvrent, tels les nains de Blanche-Neige, qu’ils ne sont pas seuls dans la maison de vacances, la tension engendrée par l’attitude de Leon est à son comble. Nadja (Paula Beer, intense comme jamais), la mystérieuse colocataire, s’avère radieuse et amicale autant que Leon est renfrogné. Elle se fait connaître des deux autres d’abord par ses ébats nocturnes et bruyants, évidemment trop bruyants pour Leon. Plus tard, elle et son partenaire s’amusent avec Felix, pendant que Leon décline toutes les invitations, car le « travail ne le permet pas », ainsi qu’il le ressasse sans arrêt, et sans justification puisqu’il passe plus son temps à fouiner qu’à travailler. Et plus la magnétique Nadja l’attire, plus sa réponse est abrupte.
Bien que les protagonistes ne soient pas des adolescents, le film est une sorte de coming of age, d’éveil. Divers sentiments plus ou moins naissants sont montrés par Christian Petzold, au risque d’ailleurs de se perdre un peu (sans parler des incendies de forêt, pourtant à l’origine du titre, qui ne sont évoqués que de manière anecdotique), mais ce sont les ressentiments de Leon qui dominent. Ils sont pénibles, dramatiques ou doloristes, mais ils sont aussi la source d’une vraie veine comique qu’on n’a pas l’habitude de rencontrer chez le cinéaste. Une insécurité si bien décrite qu’on peut se demander si elle ne touche pas son auteur, scénariste de ses films, d’une certaine façon.
Dans l’ensemble, on peut affirmer que Le Ciel rouge est un long-métrage plus accessible que les autres de Christian Petzold, et qu’une forme de légèreté ne nuit pas à son travail ; cependant, on aurait aimé un film plus rassemblé. Mais le réalisateur construit une œuvre cohérente (n’était-ce pas Rohmer, déjà, qui parlait de cohérence), solide et agréable à suivre. Fort de son Ours d’argent à Berlin, il n’est sans doute pas près de s’arrêter. Pour notre plus grand plaisir.
Le Ciel rouge– Bande annonce
Le Ciel rouge – Fiche technique
Titre original : Roter Himmel
Réalisateur : Christian Petzold
Scenario : Christian Petzold
Interprétation : Thomas Schubert (Leon), Paula Beer (Nadja), Enno Trebs (Devid), Langston Uibel (Felix), Matthias Brandt (Helmut)
Photographie : Hans Fromm
Montage : Bettina Böhler
Producteurs : Anton Kaiser, Florian Koerner von Gustorf, Michael Weber Maisons de Production : Schramm Film Koerner & Weber, ZDF/Arte, Zweites Deutsches Fernsehen (ZDF)
Distribution (France) : Les Films du Losange
Durée : 102 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 06 Septembre 2023
Allemagne – 2023
Premier long-métrage très remarqué de Shane Atkinson, LaRoy part grand favori dans la compétition du Festival de Deauville 2023. Thriller sombre à l’humour noir, porté par des personnages savoureux, une intrigue à rebondissements et une réalisation maîtrisée, LaRoy s’inscrit dans l’héritage des frères Coen et de Quentin Tarantino.
Une route désertique, un bar isolé, une musique country secondée par quelques notes de western dans le style d’Ennio Morricone, LaRoy plante très vite son décor authentique. Dès sa première scène magistrale, prenant une tournure inattendue, Shane Atkinson nous promet une histoire riche pleine d’imprévus. Ray, qui vient de découvrir l’infidélité de sa femme, s’apprête à se suicider lorsqu’un inconnu surgit dans sa voiture, le prenant par erreur pour un tueur à gages. Séduit par l’opportunité de prouver qu’il est un dur à cuire, Ray accepte la mission. Ce choix étonnant le plonge progressivement dans une suite d’évènements incontrôlables.
No country for loosers
Dans son quotidien, Ray passe couramment pour un faible et un idiot. Petit vendeur dans un magasin qu’il gère en famille, il ne parvient pas à imposer son autorité. Naif, il laisse également son frère l’arnaquer et sa femme le tromper. Ainsi, lorsqu’il rencontre de façon inopinée un homme qui l’accuse d’être un lâche, Ray décide de risquer le tout pour le tout : accepter un contrat de meurtre pour voir ce dont il est capable et obtenir l’argent nécessaire pour reconquérir sa femme Stacy. Quoi de mieux en effet, pour raviver la flamme, qu’une bonne poignée de dollars ? Surtout quand celle-ci permettrait de réaliser le rêve de sa femme ?
Dans un bar perdu, Ray rencontre Skip, un détective privé amateur, aux accents comiques d’un Better call Saul, risée de tous les policiers en uniforme. Tout comme Ray, Skip est en quête de respect et de reconnaissance. L’association des deux protagonistes forme un duo particulièrement déjanté et permet à ces deux loosers moqués de prendre enfin leur revanche tant espérée sur le monde.
Cette relation d’amitié et de fraternité rappelle des duos mémorables de l’oeuvre de Quentin Tarantino, notamment Jules Winnfield/Vincent Vega dans Pulp Fiction et Django/le docteur Schultz dans Django Unchained. Animés par des intérêts communs mais de caractères différents, Ray et Skip se partagent les rôles et prennent chacun confiance en eux. Contre toute attente, ces ratés deviennent donc ensemble une équipe gagnante, affrontant sans peur des malfrats et des tueurs, tout en résolvant un puzzle complexe dont les pièces s’assemblent progressivement. Ray et Skip vivent alors une véritable épopée digne d’un mythe de western.
Il était une fois au Nouveau-Mexique…
Une mallette de billets, un tueur implacable, un duo de choc et des malfrats, les ingrédients semblent communs à biens des westerns et thrillers. Pourtant, la recette de LaRoy est diaboliquement prenante et efficace. Evidemment, le scénario, également écrit par Shane Atkinson, y contribue très largement. Dialogues travaillés, souvent désopilants, intrigue à ressorts, retournements de situations s’unissent pour construire une histoire aussi solide que jouissive.
Thriller décalé à l’humour noir, LaRoy n’hésite pas à flirter avec les références du western, tant dans son traitement, ses plans et ses notes de musique appuyées. C’est au coeur du Nouveau-Mexique, Etat montagneux et désertique, que le réalisateur a trouvé le cadre de son récit palpitant brillamment mis en scène.
Devant une réalisation aussi fluide et mature, on peine presque à croire que LaRoy demeure un premier film tant la prouesse technique impressionne. Certes, Shane Atkinson a déjà filmé plusieurs courts-métrages mais chacun sait que l’exercice reste bien différent. La photographie, la bande-originale exceptionnelle et les décors convainquent tout autant. Après Quentin Tarantino et les frères Coen, le genre du thriller sombre, comique et décalé a-t-il enfin trouvé son digne successeur ?
LaRoy : fiche technique
Réalisation : Shane Atkinson Scénario : Shane Atkinson Interprétation : John Magaro (Ray), Steve Zahn (Skip), Dylan Baker, Jared Harris … Photographie : Mingjue Hu Musique : Rim Laurens, Delphine Malaussena, Clément Peiffer Producteurs : Sébastien Aubert, Jeremie Guiraud, John Magaro, Caddy Vanasirikul Sociétés de production : Adastra Films, The Exchange Durée : 1h52 Genre : thriller, comédie, drame Date de sortie : prochainement