« La Malédiction de Spawn » : multiplicité

La Malédiction de Spawn est une série de bandes dessinées qui a marqué l’univers des comics. Elle est née de l’ambition de Todd McFarlane, le créateur de Spawn, de diversifier et d’élargir cet univers. Bénéficiant d’une nouvelle traduction et d’un lettrage inédit, cette série en trois volumes prend place aux éditions Delcourt.

Todd McFarlane occupe une place à part dans le microcosme des comics américains. Celui qui s’est véritablement révélé grâce à son travail sur Spider-Man a ensuite créé sa propre structure, Image Comics, par l’intermédiaire de laquelle il a lancé avec succès Spawn, écoulant rapidement des millions d’exemplaires. C’est dans ce contexte que naît l’idée de La Malédiction de Spawn, une série dérivée permettant de creuser plus avant l’univers de son antihéros vengeur, comme il l’a déjà fait par exemple avec les personnages de Sam et Twitch ou du Pistolero (qui bénéficient de leur propre série).

Si elle conserve la noirceur, la violence et le dynamisme de son aînée, la série La Malédiction de Spawn n’est en rien une répétition de la série originale. Elle a été pensée comme une exploration des différentes incarnations de Spawn et comme un prétexte à la mise en scène de personnages secondaires, dont l’ambivalente Angela. Chaque histoire nous emmène dans une époque différente, du futur à l’ère médiévale, sans faire son deuil de certains éléments constitutifs de l’univers (dont les enquêtes policières). La mise en images est quant à elle portée par les excellents Dwayne Turner et Clayton Crain.

L’histoire de La Malédiction de Spawn tourne souvent autour de personnages qui sont liés de manière complexe à l’univers démoniaque et angélique que Todd McFarlane a créé. Le récit peut varier d’un arc à un autre, mais il aborde généralement des thèmes sombres, des dilemmes moraux, et présente une vision assez cynique de l’humanité. Malgré la qualité indéniable de la série, La Malédiction de Spawn n’a pas connu le même succès commercial que la série originale. Elle a cependant permis d’élargir son monde, en introduisant ou creusant de nouveaux personnages et récits. L’artwork, détaillé et stylisé, offre une esthétique visuellement frappante, en parfaite adéquation avec les séries précédentes.

La Malédiction de Spawn est un trésor méconnu qui méritait d’être réhabilité. La série est le parfait reflet de l’ambition de Todd McFarlane de toujours innover et repousser les limites de la narration (ici chorale, éclatée et non linéaire). Bien que la série ait pris fin relativement vite, après 29 numéros, elle donne lieu à des aventures haletantes qui trouveront forcément leur public parmi les admirateurs de l’univers.

La Malédiction de Spawn, collectif
Delcourt, août 2023, 272 pages

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4.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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