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En bref : Conan le Cimmérien, Les 5 Terres : Tomber vraiment, Dans le magasin des mamans j’aurais choisi toi et Lord Gravestone

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Retour sur plusieurs sorties récentes. Au programme : Conan le Cimmérien, Les 5 Terres : Tomber vraiment, Dans le magasin des mamans j’aurais choisi toi et Lord Gravestone : L’Empereur des Cendres.

Conan-le-Cimmerien-Le-Maraudeur-noir-avisConan le Cimmérien : Le Maraudeur noir. Les éditions Glénat publient Conan le Cimmérien, de Jean-Luc Masbou, auteur et dessinateur notamment connu pour son travail sur l’excellente série De cape et de crocs. Ici, le postulat est tout autre, puisque des puissances rivales se disputent, avec duplicité, un trésor tombé aux oubliettes et sis dans une grotte perdue, entourée d’une brume mortelle, sur une île particulièrement hostile. C’est sur le territoire sauvage des Pictes que Zarono et ses hommes se sont en effet établis après le naufrage de leur navire. Ils voient cependant débarquer tour à tour le bateau pirate des Barachans, puis le pavillon des Zingaréens, tous deux à la recherche d’un butin dont la découverte passera par… Conan, combattant sanguinaire et apparemment increvable. Les alliances de circonstance et leurs retournements, les faux-semblants et vraies trahisons dicteront les événements de ce volume particulièrement dense. Car au-delà de sa choralité et de sa peinture de la cupidité humaine, Jean-Luc Masbou met en scène un comte avide de pouvoir et sa nièce marchandée comme du bétail, mais aussi un démon vengeur nappé de mystère. Faisant alterner les séquences d’action (dont l’ouverture) et d’exposition (les longues séquences dialoguées), ne refusant ni la violence ni la magie noire, Conan le Cimmérien : Le Maraudeur noir constitue un très bel album (au sens propre comme au figuré), qui se clôture en outre par un important dossier informatif.

Conan le Cimmérien, Jean-Luc Masbou
Glénat, août 2023, 72 pages

Les-5-terres-T11-avisLes 5 Terres : Tomber vraiment. Nous voilà à nouveau immergés dans un univers où chaque protagoniste est porteur d’une histoire propre, qui le définit et conditionne ses actes. Alissa continue d’osciller entre ambition, vengeance et quête de légitimité, tandis que les tribulations de la princesse Keona initient une nouvelle impulsion à Lys. La ronde et la multiplicité des enjeux autour des personnages renferme une richesse indéniable. « Tomber vraiment » semble prendre le pouvoir et la culpabilité pour carburant et se repaît des dilemmes moraux auxquels chaque protagoniste est confronté. Qu’il s’agisse de sauver un être cher, de défendre son clan ou de démystifier un crime, les ressorts cognitifs et éthiques vont bon train. Introspectif, moins rythmé et plus prolixe que les épisodes précédents, mais toujours d’une précision chirurgicale et d’une grande beauté formelle, ce onzième tome de la série Les 5 Terres confirme l’allant et l’excellence de cette saga épique et chorale, aux nombreux points communs avec Game of Thrones. On attend désormais la conclusion du second cycle avec l’impatience habituellement réservée aux grands maîtres.

Les 5 Terres : Tomber vraiment, Lewelyn et Jérôme Lereculey
Delcourt, août 2023, 56 pages

Dans-le-magasin-des-mamans-j-aurais-choisi-toi-avisDans le magasin des mamans j’aurais choisi toi. Le trait rond, les planches colorées, Mathou explore les relations filiales dans un album ancré dans le quotidien et débordant de bon sens. Chaque parent a l’occasion de l’expérimenter à sa propre échelle : la vie est parfois harassante, souvent chronophage et il n’est pas rare de voir la culpabilité poindre lorsque nos enfants ne font pas l’objet de toute l’attention qu’ils mériteraient. Autrice du Joyeux Journal, Mathou ne cherche pas à taire les imperfections parentales mais plutôt à les relativiser, à nous apprendre à les accepter et même, pourquoi pas, à en tirer bénéfice. Ainsi, sous son regard poétique, la garderie de l’école devient une occasion à saisir pour devenir le chouchou de la prof, cuisiner régulièrement des pâtes constitue un entraînement formateur dans l’optique d’ouvrir un restaurant italien et la fatigue ou le manque de temps sont intégrés de manière ludique par les enfants. Le message sous-jacent est clair (et salutaire) : aucune situation n’est idéale, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il faille la dramatiser. Les enfants sont résilients, pleins de ressources et l’essentiel pour eux consiste à être aimé. C’est à chaque famille de trouver son équilibre et de s’y épanouir au mieux.

Dans le magasin des mamans j’aurais choisi toi, Mathou
Robert Laffont jeunesse, septembre 2023, 40 pages

Lord-Gravestone-Tome-03-avisLord Gravestone : L’Empereur des Cendres. « Je m’en veux chaque jour de t’avoir infligé cette épreuve. » Quand John s’adresse en ces termes à Mary, il traduit tous les enjeux de ce troisième tome. Camilla a pris la fuite, gravement blessée, et portant l’enfant de John. Mais Mary, à qui il est promis, se tient à ses côtés, encaisse toutes les révélations sur son passé et sa véritable nature, et projette même la possibilité de fonder une famille élargie à cet enfant hybride né d’une autre mère. La relation sincère mais contrariée qui unit les deux protagonistes forme l’essentiel d’un récit qui, dans son dernier tiers, voit les plans de Basileus se concrétiser. Toujours aussi belle sur le plan graphique, la série poursuit sa route avec succès. « L’Empereur des cendres » permet à Jérôme Le Gris et Nicolas Siner d’éclairer plus avant l’histoire familiale de John Gravestone, d’organiser une explication entre lui et son oncle, mais aussi d’expliciter le point de vue de Basileus  sur les hommes (« Leur folie incurable détruira ce monde si nous les laissons faire ») et d’enfoncer un ultime clou au cercueil d’un triangle amoureux où les sentiments se piquent de fantastique.

Lord Gravestone : L’Empereur des Cendres, Jérôme Le Gris et Nicolas Siner
Glénat, septembre 2023, 64 pages

« Le Grand Soir » : la gauche qui ne perd pas le nord

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Diplômé en sciences politiques, Philippe Richelle s’associe une nouvelle fois à Pierre Wachs à l’occasion de l’album Le Grand Soir, publié aux éditions Glénat. Dans ce roman graphique entièrement en noir et blanc, le scénariste belge radiographie l’extrême gauche française des années 60, 70 et 80.

Dans les années 60 et 70, la Gauche prolétarienne (GP) et les autres groupes maoïstes, inspirés par les idéaux de la Révolution culturelle chinoise, représentaient une nouvelle vague de pensée marxiste. Ces groupes accusaient la Confédération générale du travail (CGT) et le Parti communiste français (PCF) de réformisme, voire de trahison des idéaux révolutionnaires. Ce schisme était palpable lors des grandes manifestations mais aussi au sein des entreprises, où le patronat jouait volontiers l’un contre l’autre, ce dont témoigne abondamment Le Grand Soir.

À cet égard, l’usine Renault de Billancourt demeure un cas des plus intéressants. Épicentre du récit de Philippe Richelle et Pierre Wachs, elle a vu de nombreux affrontements entre ouvriers et direction, mais aussi entre syndicalistes et militants. Par ailleurs, en février 1972, un jeune militant maoïste, Pierre Overney, fut assassiné par un vigile de l’usine, une tragédie qui devint presque immédiatement un symbole de la violence institutionnelle. Cet événement tragique irrigue l’album et cristallise le jusqu’au-boutisme des camps idéologiques que tout, ou presque, oppose.

Dans sa radiographie de l’extrême gauche française, chorale et pas dénuée de ressorts familiaux, Philippe Richelle n’omet pas certains groupes radicaux comme Action Directe et les Noyaux armés pour l’autonomie populaire (NAPAP), qui ont émergé dans ces mêmes décennies, prônant la lutte armée pour la réalisation de leurs objectifs politiques. Bien que minoritaires, leur impact sur la perception publique de l’extrême gauche fut conséquent, et les actes violents commis sous leurs bannières firent souvent les gros titres des journaux.

En réaction, et cela transparaît clairement dans Le Grand Soir, des interventions des services secrets et de la police eurent lieu à l’intérieur même de ces groupes révolutionnaires, par infiltration. L’objectif était double : avoir un coup d’avance sur des mouvements que l’on cherchait par ailleurs à déstabiliser. Cette réalité renforça la méfiance des militants envers les institutions et contribua probablement à l’escalade des tensions. Ainsi, Philippe Richelle et Pierre Wachs mettent en scène des protagonistes suspicieux, doutant régulièrement de la sincérité de leurs compagnons d’armes, dans un contexte explosif d’inégalités sociales, de racisme et de revendications politiques.

Car il faut le rappeler, les années 60 et 70 furent une période de bouleversements mondiaux. La Guerre du Vietnam, les mouvements de décolonisation, et les protestations étudiantes à travers le monde (comme Mai 68 en France) offraient un contexte propice à l’essor d’une extrême gauche désinhibée. Cette période, empreinte de passion et d’idéalisme, a forgé une génération résolue à remettre en cause l’ordre établi, et aidée en cela par des intellectuels comme Jean-Paul Sartre (qui apparaît dans l’album).

S’il n’oublie pas de donner à ses personnages de la consistance, Philippe Richelle fait du contexte social la véritable ligne directrice du Grand Soir. Al, Sammy et Serge ne sont finalement que les ambassadeurs d’un mouvement bien plus large, qui les englobe et les surplombe. Leurs actions constituent autant d’événements symptomatiques, et les réactions qu’elles occasionnent (les lois anti-casseurs, par exemple) s’inscrivent sur le tracé d’antagonismes sociopolitiques devenus si prégnants qu’ils peuvent vous faire passer de vie à trépas. C’est évidemment malin, documenté et passionnant.

Le Grand Soir, Philippe Richelle et Pierre Wachs
Glénat, septembre 2023, 200 pages

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« Batman One Bad Day : Ra’s Al Ghul » : vertige moral

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En opposant une nouvelle fois le Chevalier noir et le maître de la Ligue des Assassins, Batman One Bad Day : Ra’s Al Ghul aborde les méandres de la moralité, la destructivité humaine, la nature cyclique de la vie et les paradoxes éthiques d’un super-vilain ambivalent.

Ra’s al Ghul, dont le nom signifie « Tête du Démon » en arabe, est à la fois ancien et intemporel. Dans le récit de Tom Taylor et Ivan Reis, il revient des morts en tant que témoin de sept siècles de bouleversements. Ses multiples résurrections lui ont permis d’observer la dégradation de l’humanité et de la nature. Son enfance tragique, marquée par le siège d’une ville et ses horreurs, permet de comprendre ce qui a façonné en lui ce vengeur impitoyable. « Tout a été brutalement arraché par le fléau de l’humanité. »

Le contraste entre la forêt luxuriante de son enfance et le désert aride de l’avenir illustre à merveille le récit de la dévastation écologique causée par l’humanité. La disparition des loups, ces créatures nobles qui l’avaient sauvé lors de sa jeunesse, symbolise la perte de l’équilibre naturel. Ra’s al Ghul s’est fait le gardien malgré lui de la mémoire terrestre. Il ressent profondément cette douleur des éléments face à la mainmise des hommes. C’est la raison pour laquelle il décide d’éliminer quelques puissants responsables de l’écocide afin de préserver l’essentiel : les hommes et leur environnement. Pour ce faire, il les remplace par des hommes de son cru.

Naturellement, Batman finit par entrer en jeu. Il enquête sur la disparition mystérieuse de nombreux chefs d’entreprise. Ce sont alors deux visions du monde qui se heurtent : celle du Chevalier noir, ancrée dans la justice, et celle de Ra’s, désespérée et radicale. Derrière ce conflit se cache une interrogation fondamentale : peut-on justifier un mal pour un bien plus grand ? Damian et Julia Edwards, la fille d’en entrepreneur assassiné, mettent eux-mêmes à l’épreuve le bien-fondé de l’intervention de Batman.

Bien ficelé, graphiquement réussi, Batman One Bad Day : Ra’s Al Ghul se déploie selon cet argument : un parallèle établi entre Batman, hanté par la perte de ses parents, et Ra’s, déchiré par l’agonie de la planète. Les deux personnages sont, à bien des égards, des reflets l’un de l’autre, tous deux cherchant à restaurer un ordre, qu’il soit moral ou écologique. Si les méthodes diffèrent, les ressorts émotionnels et psychologiques se sont pas si étrangers qu’on pourrait le croire.

L’album de Tom Taylor et Ivan Reis apparaît comme une méditation enlevée sur la nature humaine et notre relation avec la Terre. Ra’s Al Ghul assènera à Damian : « J’ai un profond respect pour ton père. C’est un grand homme. Mais les grands hommes peuvent se tromper. » Cette assertion pourrait parfaitement s’appliquer à son propre cas. Le conditionnel reste toutefois de mise, puisque la conclusion de l’album, court mais efficace, n’est pas sans ambiguïté.

Batman One Bad Day : Ra’s Al Ghul, Tom Taylor et Ivan Reis
Urban Comics, septembre 2023, 72 pages

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« Hitman » : le chevalier gris de Gotham

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Les éditions Urban Comics publient, dans la collection « Urban Cult », le premier tome des aventures de Hitman. Connu pour sa subversion des super-héros, notamment dans la série The Boys, Garth Ennis met cette fois en scène un tueur à gages plus attachant qu’il n’y paraît.

Quand Kevin Smith salue la science du dialogue d’un auteur, on tend forcément l’oreille. Celui qui a multiplié les tirades fusantes dans l’excellent Clerks : Les Employés modèles (1994) n’a en effet rien du perdreau de l’année. Mais a-t-il raison de s’enthousiasmer de la sorte pour Hitman, énième super d’une métropole fictive, Gotham City, qui les compte par rangées de douze ?

Assisté du dessinateur John McCrea, Garth Ennis fait valoir un humour décapant doublé d’une violence débridée. Tommy Monaghan n’est décidément pas le héros classique, et encore moins le méchant cliché. Après avoir été infecté par un virus alien lors d’une invasion extra-terrestre (dans Bloodlines), l’homme se voit doté de capacités télépathiques et d’une vision à rayons X. Mais pas de cape ni de collants pour lui. Plutôt que de se battre pour la justice, Monaghan, aussitôt rebaptisé Hitman, utilise ses talents pour augmenter son efficacité… dans sa carrière de tueur à gages.

On tient là l’une des premières caractéristiques du personnage. S’il a peu à voir avec le Chevalier noir, qui refuse de donner la mort et se montre enclin au pardon, Monaghan/Hitman n’est pas pour autant rendu au dernier degré de l’abjection. Ainsi, tout au long de ce volume, on le découvre sentimental (avec Wendy, l’agent Tiegel, voire Catwoman), cramponné à une éthique personnelle (être indépendant dans le choix de ses cibles et ne jamais s’en prendre aux gentils) et fidèle en amitié. N’évoluant pas dans le glamour des soirées mondaines (contrairement à Bruce Wayne), mais plutôt dans les bars miteux, les lieux de jeu clandestins et les ruelles sombres de Gotham, Tommy s’entoure d’une bande hétéroclite d’amis. Des types comme Natt le Hat, un tueur à gages, ou Sean, le vieux barman du Noonan’s Bar, un repaire de hors-la-loi. Mais surtout son ami Pat, auprès duquel il trouve refuge dans les premiers récits, jusqu’à sa mort.

Comme si naviguer dans les eaux troubles de Gotham ne suffisait pas, Tommy doit également se frotter à des forces surnaturelles. Il a eu des démêlés avec des démons, dont certains cherchent à récolter son âme après qu’il a refusé de travailler pour eux. Hitman constitue une fusion de motivations contradictoires. Alors que l’argent apparaît comme son moteur principal et qu’il affiche volontiers un caractère blasé, il n’est pas tout à fait étranger aux notions de loyauté, de dignité et de justice.

Mais au-delà d’une caractérisation réussie – et pimentée par des dialogues bien troussés –, Hitman se distingue par une ronde de personnages tous plus surprenants les uns que les autres. On y retrouve l’alcoolique Sixpack, qui fantasme une vie de super-héros pas si falsifiée que cela, ou encore les siamois Joe et Moe Dubelz, ce dernier cherchant à venger son frère, abattu par Tommy et en voie de putréfaction – ce qui a le mérite d’offrir des vignettes déroutantes. Astucieux, Garth Ennis aligne les références comme des perles. Friends, Alien, Clint Eastwood, Reservoir Dogs, Seinfeld, Battlestar Galactica, Quand les aigles attaquent se voient tour à tour cités, le plus souvent explicitement. À cela, il faut ajouter l’humour méta-textuel, avec les visions à rayons x des vieux comics ou le délectable « La Nuit des zombies de l’aquarium de Gotham ».

« Le mec est bâti comme une armoire à glace croisée avec Dracula », dira Monaghan au sujet de Batman. Car ne l’oublions pas, nous sommes à Gotham et des personnages tels que Catwoman, le Joker ou Green Lantern voisineront avec Johnny Navarone ou Nightfist. L’éviction de l’inspectrice Tiegel permet d’ailleurs de prendre la pleine mesure de la corruption ambiante, en ce y compris dans les forces de police. Autre signe qui ne trompe pas : c’est lorsqu’il bat en brèche le statu quo en s’en prenant à des criminels en col blanc ou en défendant l’environnement qu’Hitman devient véritablement gênant. Qu’importe, pour se tirer d’affaire, notre super-(anti)héros aura toujours sous la main un flingue chargé et une répartie redoutable. D’un « Il pue de la gueule comme si c’était un urinoir » à un « Tu es si gros que pour faire le tour de ton pantalon… on a dû appeler Christophe Colomb ! », Tommy ne manque pas de munitions, ni létales ni verbales.

Hitman, Garth Ennis et John McCrea
Urban Comics, septembre 2023, 576 pages

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4.5

La Fille aux allumettes : l’embrasement

La fin des années 80 n’a pas été épanouissante pour tout le monde, notamment en Finlande, territoire finalement peu connu du grand écran, ainsi que des cartes postales. Aki Kaurismäki souhaite alors prolonger son étude du prolétariat, initiée avec Ombres au paradis et Ariel. Toujours plongé dans un milieu industriel, La Fille aux allumettes établit le terrifiant portrait d’une société qui muselle ses citoyens, condamnés à fantasmer leurs désirs, jusqu’à ce que le cœur l’emporte sur la raison.

Synopsis : Iris travaille dans une usine d’allumettes et rêve du prince charmant. Un soir, elle rencontre Aarne, un homme d’affaires fortuné, qui l`abandonne après leur première nuit d’amour. Iris tombe enceinte et se prépare à fonder une famille. Mais son entourage en a décidé autrement. Sa vengeance sera terrible…

Très inspiré par le cinéma français des années 50-60, de Robert Bresson à Jean-Pierre Melville, en passant par Jean-Luc Godard, le cinéaste finlandais impose son style dans l’adaptation d’un conte tragique, celle de La Petite Fille aux allumettes d’Hans Christian Andersen. Dans l’œuvre originale, une jeune fille miséreuse brûle tour à tour des allumettes, afin de se réchauffer, puis de fantasmer sur tout ce qui lui manque cruellement dans sa vie. Un bon repas ou simplement de l’affection, ces petits miracles ne durent que le temps de la combustion. Le froid hivernal et l’obscurité ont finalement le dernier mot, bien qu’elle ait réussi à rejoindre le paradis, le sourire aux lèvres.

Flammes de la passion

Nombre d’adaptations littéraires, théâtrales, musicales et cinématographiques se sont succédé. En 1928, Jean Renoir s’y est même plié avec son moyen-métrage très sombre, en orchestrant métaphoriquement une course-poursuite entre la jeune fille et « la mort ». De la même manière, Kaurismäki tente d’illuminer la vie de son héroïne, mais sa trajectoire est assez différente pour se distinguer du conte de 1845. Iris (Kati Outinen) ne vend pas d’allumettes, mais les fabrique. L’ouverture donne ainsi le ton, en dévoilant toutes les étapes d’usinage, telle la mèche qui conduit à la poudrière. Iris en est le détonateur, mais son entourage l’ignore encore.

Elle rentre à la maison, mais n’y trouve pas le repos pour autant. Les chaînes d’informations locales n’ont que des ragots révolutionnaires de l’étranger à diffuser. Avec l’épisode tristement connu des étudiants massacrés en Chine, la catastrophe ferroviaire d’Oufa, le décès du guide spirituel iranien Rouhollah Khomeini à l’origine de la révolution islamique, les vaincus et les opprimés ne semblent pas avoir leur mot à dire. C’est un peu le cas pour l’héroïne, à son échelle. Manifester son désarroi ou sa solitude sont des expériences nouvelles pour Iris, qui passe à côté de tous les moments clés de sa vie. Elle en est consciente, mais la littérature, le cinéma ou une histoire d’amour bancal ne sont pas d’assez bons refuges, afin de la sortir de son calvaire quotidien.

Flammes de la destruction

Elle mène une vie monotone et silencieuse, comme une petite flamme qui attend son comburant, afin de pouvoir s’exprimer de tout son être. Elle mange solennellement en famille et ne manque pas de se faire piquer une bouchée dans son assiette, trop peu fournie pour souffrir d’un ballonnement. Le reste de son temps, elle sort pour voir du monde, mais finit seule à siroter ses sodas ou à déguster une demi-pinte en lisant le journal. Un grand vide est installé dans une économie de dialogue, rappelant ainsi le cinéma muet et laissant ainsi la mise en scène de Kaurismäki manifester toute sa vigueur. La cruauté des parents est passive, de même que dans les soirées dansantes ou dans d’autres lieux publics, où l’héroïne est anonyme et invisible.

Il a toutefois suffi d’un regard pour que l’espoir puisse renaître. Aarne (Vesa Vierikko) s’annonce d’emblée comme le prince charmant qu’elle attendait, mais quelque chose cloche et la magie ne prend pas. Leur relation semble condamnée d’avance, mais l’intrigue continue de fasciner. La chute d’Iris est si immense que sa quête du bonheur se transforme soudainement en un désir de vengeance, celui qui apaisera enfin son corps et son esprit. Si elle ne possède pas tous les attributs d’une femme fatale, prenons garde à ses représailles, assurément radicales. Il n’est plus question de rendre justice, mais bien de regagner sa liberté et il s’agit d’une nuance qu’elle est prête à accepter, malgré les contreparties. Cette transgression est un choix qui couvre une bonne partie de la filmographie d’Aki Kaurismäki et ce film ne sera pas l’exception.

« Pour que la vie soit un conte de fée, il suffit peut-être simplement d’y croire. » L’optimisme de Walt Disney n’a aucune valeur dans ce monde où l’on se parle à peine et où l’affection n’est qu’une option. Rêver n’est pas permis pour une héroïne qui doit prendre en main sa vie, sans attendre qu’on vienne la sauver, sans attendre qu’on vienne l’enterrer dans l’anonymat. La Fille aux allumettes est un conte corrosif, dont l’humour noir laisse rapidement place aux ténèbres qui consument peu à peu toute perspective d’un avenir radieux.

Bande-annonce : La Fille aux allumettes

Fiche technique : La Fille aux allumettes

Titre original : Tulitikkutehtaan tyttö
Réalisation & Scénario : Aki Kaurismäki
Photographie : Timo Salminen
Décors : Risto Karhula
Costumes : Tuula Hilkamo
Montage : Aki Kaurismäki
Production : Villealfa Filmproductions, Sputnik Oy
Pays de production : Finlande, Suède
Distribution France : Diaphana Distribution
Durée : 1h09
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 2 mai 1990

La Fille aux allumettes : l’embrasement
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Voyages culturels immersifs : Conseils pour une expérience significative

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Les voyages culturels immersifs sont une tendance de plus en plus forte dans le tourisme, qui consiste à s’immerger dans la vie quotidienne, les coutumes et les savoir-faire des habitants d’une destination. Ils permettent de sortir des sentiers battus, d’apprendre de nouvelles choses, de comprendre et d’apprécier d’autres modes de vie, et de vivre des moments forts en émotions et en souvenirs.

Mais comment réussir un voyage culturel immersif ? Quels sont les conseils à suivre pour profiter pleinement de cette expérience unique ? Voici quelques pistes pour vous aider à préparer et à vivre votre voyage culturel immersif.

Choisir une destination qui vous attire et vous intrigue

Le premier conseil pour réussir un voyage culturel immersif est de choisir une destination qui vous attire et vous intrigue. Il faut que vous ayez envie de découvrir le pays, son histoire, sa culture, ses habitants, ses traditions, ses spécialités culinaires… Il faut aussi que vous soyez prêt à sortir de votre zone de confort, à vous adapter à un environnement différent, à respecter les codes et les règles locales.

Par exemple, si vous êtes passionné par l’Asie, vous pouvez choisir de partir en Thaïlande, au Vietnam, au Cambodge ou en Indonésie. Si vous êtes attiré par l’Afrique, vous pouvez opter pour le Sénégal, le Maroc, la Tanzanie ou le Kenya. Si vous êtes curieux de l’Amérique latine, vous pouvez vous rendre au Pérou, au Mexique, au Brésil ou en Argentine. Aujourd’hui, vous pouvez trouver de nombreuses informations sur Internet concernant chaque destination. D’ailleurs, cet outil vous offre bien plus. Si vous souhaitez vous divertir, il est toujours possible de jouer sur un casino en ligne.

Se préparer avant le départ

Le deuxième conseil pour réussir un voyage culturel immersif est de se préparer avant le départ. Il est important de se renseigner sur la destination que vous avez choisie, son histoire, sa géographie, sa politique, sa religion, sa société… Cela vous permettra de mieux comprendre le contexte dans lequel vous allez évoluer, d’éviter les malentendus ou les impairs, et d’apprécier davantage les spécificités culturelles du pays.

Vous pouvez consulter des guides de voyage, des livres, des documentaires, des blogs ou des podcasts sur la destination. Vous pouvez aussi apprendre quelques mots ou expressions dans la langue locale, qui vous seront utiles pour communiquer avec les habitants et créer du lien.

Choisissez un mode de voyage adapté

Le troisième conseil pour réussir un voyage culturel immersif est de choisir un mode de voyage adapté. Il existe plusieurs façons de voyager en immersion, selon vos envies, votre budget et votre niveau d’autonomie. Vous pouvez par exemple :

  • Voyager en solo ou en duo : c’est le mode de voyage le plus libre et le plus flexible, qui vous permet de choisir votre itinéraire, votre rythme et vos activités. Vous pouvez loger chez l’habitant, faire du couchsurfing ou du woofing (travailler dans une ferme en échange du gîte et du couvert), participer à des ateliers ou des cours locaux…
  • Voyager en petit groupe : c’est le mode de voyage idéal si vous souhaitez partager votre expérience avec d’autres voyageurs ayant les mêmes centres d’intérêt que vous. Vous pouvez rejoindre un circuit organisé par une agence spécialisée dans le tourisme expérientiel ou culturel, qui vous fera découvrir la destination à travers des visites guidées, des rencontres avec des acteurs locaux, des activités ludiques ou insolites…
  • Voyager avec un guide local : c’est le mode de voyage le plus enrichissant si vous voulez bénéficier de l’expertise et du réseau d’un professionnel du pays. Vous pouvez faire appel à un guide local indépendant ou à une plateforme de mise en relation, qui vous proposera un programme personnalisé et authentique, adapté à vos envies et à votre profil.

Soyez ouvert et respectueux

Le quatrième et dernier conseil pour réussir un voyage culturel immersif est d’être ouvert et respectueux. Il est essentiel d’avoir une attitude positive, curieuse et bienveillante envers les habitants, la culture et l’environnement du pays que vous visitez. Il faut être prêt à échanger, à écouter, à apprendre, à s’émerveiller, à s’émouvoir, à s’amuser… Il faut aussi être respectueux des coutumes, des croyances, des lois, des normes sociales et environnementales du pays.

Par exemple, il faut se renseigner sur les codes vestimentaires, les gestes à éviter ou à privilégier, les règles de politesse, les tabous ou les sujets sensibles… Il faut aussi respecter la nature, les animaux, les monuments, les lieux sacrés… Il faut enfin respecter le rythme de vie, les horaires, les traditions, les fêtes… Bref, il faut s’adapter au pays et non l’inverse.

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« Au nom du pain » : l’humanité émiettée

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Les éditions Glénat publient le second tome d’Au nom du pain, intitulé « Marie ». Jean-Charles Gaudin et Steven Lejeune, respectivement scénariste et dessinateur, y racontent le quotidien d’un petit village français pendant l’Occupation allemande.

Saint-Jean n’est plus tout à fait la même depuis plusieurs mois. Cette petite localité française, passée sous le patronage des Allemands, ne peut plus se prévaloir que d’une liberté résiduelle, depuis peu remise en cause par la disparition d’un lieutenant nazi, Feldberg. Les soldats teutons cherchent les responsables de sa mort et sont prêts à procéder à des exécutions publiques si le maire, dans une situation des plus délicates, ne leur donne pas le nom des coupables. Il a beau plaider l’ignorance, rien n’y fait. La vengeances des Allemands doit s’exercer, fût-ce de manière arbitraire.

C’est dans ce contexte explosif que Jean-Charles Gaudin et Steven Lejeune nous immergent au cœur des familles – et boulangeries – Martineau et Durand. Bien que concurrentes et soumises à des enjeux différents (l’une est impliquée dans la mort du lieutenant, l’autre se voit proposer des droits de visite conjugaux en échange d’informations), les deux mères de famille se montrent solidaires l’une envers l’autre. Il faut dire que Marie et Marcelin, leurs enfants, se fréquentent depuis peu ; ils seront même pris la main dans le sac alors qu’ils violaient un couvre-feu pour se livrer au marché noir.

Ce qui était manifeste dans le premier tome se confirme avec ce second album : Au nom du pain excelle dans la portraitisation d’une France rurale occupée, aux dynamiques changeantes et incertaines, soumise au bon vouloir des Allemands, capable de lâchetés comme d’actes de bravoure. Si les messages clandestins de la résistance – qui transitaient via le pain – se font plus rares, et bien que les ouvriers locaux soient réquisitionnés par les nazis (on pense à François Durmond), il n’en demeure pas moins que l’insoumission n’a pas rendu son dernier souffle et que le climat général, côté français, est à la désapprobation.

Jean-Charles Gaudin et Steven Lejeune nous ménagent quelques surprises dans « Marie », qui se conclut par un attentat visant la kommandantur. En cours de route, les sollicitations pressantes du lieutenant Feldberg auront été remplacées par les actes de cruauté de son substitut, Haurmann, et le sort réservé au maire de Saint-Jean apporte, a minima, le témoignage d’institutions françaises traditionnelles battues en brèche par le nouveau régime. Très convaincant, souvent astucieux dans ses descriptions latentes, ce nouvel épisode consolide une série historique d’excellente facture.

Au nom du pain : Marie, Jean-Charles Gaudin et Steven Lejeune
Glénat, septembre 2023, 56 pages

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« Lapérouse 64 » : sur les traces d’une expédition mythique

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Inspiré des explorations françaises à Vanikoro dans les années 1960, Lapérouse 64 illustre la quête inlassable de l’homme pour dénouer les énigmes de son passé. Le roman graphique de LF Bollée, Marie-Agnès Le Roux et Vincenzo Bizzarri ressuscite un pan mystérieux de l’histoire maritime française avec des qualités narratives et graphiques certaines.

François Guérin, nageur de combat aguerri, est chargé d’une mission d’une importance capitale : trouver des preuves formelles de la présence de La Boussole, le légendaire navire amiral de Lapérouse, au large de Vanikoro. Si cette quête ne le séduit guère au départ, son sens du devoir prévaut. Il quitte sa compagne Sophie, déçue et contrariée, pour explorer les fonds marins de cette région maudite du Pacifique. Son père, d’habitude indifférent, voire méprisant, vis-à-vis de ses activités de « barbouze », semble cette fois passionné. Après tout, la disparition de cette expédition n’a-t-elle pas hanté la France depuis près de deux siècles ?

Une fois sur Vanikoro, François ne tarde pas à découvrir que le chemin de la vérité est semé d’embûches. Il faut composer avec les autochtones, avec des conditions climatiques incertaines, avec l’orgueil du capitaine Durieux. La fièvre de la découverte semble consumer l’équipage de La Lilloise. Ainsi, entre une jungle impénétrable, la présence de créatures hostiles comme les redoutables crocodiles et les directives erratiques, la mission se transforme rapidement en écueil.

Au-delà de ces aspects, une dimension romantique est introduite dans le récit avec Viviane, une photographe de presse qui, peu à peu, va prendre une place de plus en plus importante dans la dynamique narrative. Cette dernière s’hybride volontiers de reliefs interrelationnels et psychologiques, souvent éclairés par François. Son éthique de travail, sa mise à pied, sa clairvoyance font office de ressorts dans le développement de l’intrigue.

Lapérouse 64 va bien au-delà d’un simple récit d’aventure. Il interroge sur la nature même de l’exploration, entre désir de découverte et dangers de la vanité humaine. Alors que la quête de Lapérouse semblait à l’origine motivée par un noble désir de connaissances, elle se transforme, à travers les yeux de François, en une radiographie des fragilités et des obsessions humaines. Cela se ressent notamment quand il s’agit d’explorer la jungle pour mettre au jour des ossements humains pouvant appartenir aux anciens explorateurs français.

Réussite narrative et visuelle, Lapérouse 64 mêle habilement histoire, fiction et réalisme graphique. Cette plongée dans les abysses de l’histoire maritime française est un prétexte aux destinées qui s’entrelacent et à ce passé qui continue de résonner dans le présent.

Lapérouse 64, LF Bollée, Marie-Agnès Le Roux et Vincenzo Bizzarri
Glénat, septembre 2023, 160 pages

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3.5

Les lanceurs d’alerte Céline Boussié et Antoine Deltour mis à l’honneur en BD

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Les éditions La Boîte à bulles publient deux albums, Fronde fiscale et Soigne, maltraite et tais-toi !, prenant pour objet les lanceurs d’alerte Céline Boussié et Antoine Deltour.

Soigne-maltraite-et-tais-toi-avisCéline Boussié est une aide-soignante française qui est devenue une militante pour les droits des personnes handicapées. Elle est connue pour avoir dénoncé publiquement les conditions de travail et de soins dans un établissement pour personnes handicapées en France. Son témoignage a contribué à sensibiliser l’opinion publique aux défis, nombreux, auxquels sont confrontés les personnes handicapées et les travailleurs du secteur médico-social, souvent en proie au manque de moyens.

Antoine Deltour est un lanceur d’alerte luxembourgeois qui est devenu célèbre pour avoir révélé des pratiques d’évasion fiscale au sein de la compagnie d’audit PricewaterhouseCoopers (PwC) au Luxembourg. Les faits qu’il a éventés ont mis en lumière le rôle de certaines entreprises multinationales et des sociétés de conseil dans l’optimisation fiscale à grande échelle. Son action a suscité un débat mondial sur la transparence et l’évasion fiscales des grandes entreprises.

Bien que les parcours de Céline Boussié et Antoine Deltour soient très différents dans leur nature et leurs domaines d’action, Fronde fiscale et Soigne, maltraite et tais-toi ! regroupent un certain nombre de points communs entre les deux protagonistes. Le plus évident tient au fait que tous deux sont devenus des lanceurs d’alerte en divulguant des informations sensibles au public. Ils ont agi dans l’intérêt général en exposant des problèmes et des pratiques préjudiciables à la société.

Leur action a entraîné des risques personnels et professionnels. Céline Boussié a été confrontée, à de nombreuses reprises, à des répercussions professionnelles après avoir questionné puis dénoncé les problèmes dans son établissement. Antoine Deltour a été poursuivi en justice plusieurs années après ses premières divulgations. Il faut dire, et Ferenc en témoigne amplement, qu’ils ont été particulièrement exposés suite à l’impact médiatique important généré par leurs révélations.

Bien que la conclusion des deux albums soit connue de tous, il est intéressant de remonter aux origines des deux scandales. Antoine Deltour a embrassé une carrière dans les cabinets de conseil un peu malgré lui : il a suivi scrupuleusement les conseils prodigués par les adultes de son entourage, a opté pour un cursus scolaire qui offrait des débouchés fructueux et s’est retrouvé, en fin de compte, à exercer un métier qui ne le passionnait guère et se heurtait à certains principes personnels. Depuis son adolescence, Céline Boussié est attirée par l’aide apportée aux tiers. Occupant un emploi d’ouvrière agricole qui lui permet surtout de joindre les deux bouts, elle saisit l’opportunité de rejoindre un Institut médico-éducatif plus en phase avec ses envies professionnelles.

Fronde-fiscale-avisLes deux futurs lanceurs d’alerte vont être confrontés à des faits glaçants. Antoine Deltour découvre un système opaque, savamment entretenu, permettant aux grandes entreprises d’éluder l’impôt à peu de frais, en jouant avec les écritures comptables. Il prend conscience que cela profite à quelques privilégiés au détriment de la société dans son ensemble, puisque les services publics et la sécurité sociale demeurent les grands perdants de ces mécanismes d’optimisation fiscale. Céline Boussié met les pieds dans un château reculé aux locaux vétustes, accueillant plus de 80 pensionnaires dans des conditions indignes. Promiscuité, manque d’hygiène, d’intimité et d’humanité, violences verbales et physiques (les fameuses « claques punitives ») prédominent dans un endroit caractérisé par le manque de ressources, humaines comme matérielles.

De ces deux combats d’égale importance, celui de Céline Boussié semble avoir été mené avec le plus de volontarisme. Contrairement à Antoine Deltour, qui a levé le voile sur des affaires sans victimes clairement identifiables, les personnes qui ont fait les frais des pratiques douteuses de l’IME de Moussaron étaient bel et bien là, physiquement présentes. Elles étaient vulnérables, sans possibilité de rébellion, à la merci de procédures les réduisant à quantités négligeables. Ce que l’album révèle, c’est un système qui broie à la fois ses bénéficiaires (les polyhandicapés) et ses travailleurs (pris dans l’engrenage et impuissants ou révoltés et licenciés, voire attaqués en justice).

Quoi qu’il en soit, les deux albums valent largement le coup d’oeil. Qu’il s’agisse de PwC, des rapports entre Antoine Deltour et le journaliste Édouard Perrin, des tax rulings en application dans « un pays où la finance est un sport national », ou de ces conditions de vie dégradantes dans lesquelles des personnes handicapées (essentiellement des enfants ou adolescents) sont plongées à l’insu de leurs proches, Ferenc, accompagné pour l’une de Léandre Ackermann et pour l’autre de Sanz, parvient à exposer avec beaucoup de didactisme les tenants et aboutissants de ces deux affaires.

Fronde fiscale, Ferenc et Léandre Ackermann
La Boîte à bulles, septembre 2023, 120 pages

Soigne, maltraite et tais-toi !, Ferenc et Sanz
La Boîte à bulles, septembre 2023, 128 pages

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3.5

L’Apollo de Harlem : histoire d’un lieu mythique

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Harlem, avec ses notes jazz et son souffle de musique noire, n’aurait pas été le même sans le théâtre de l’Apollo. Dans l’ouvrage Showtime at the Apollo, Ted Fox et James Otis Smith révèlent non seulement les illustres artistes qui y sont montés sur scène, mais aussi les tumultes et les triomphes de cet emblématique lieu de spectacle.

Plus qu’un lieu de divertissement, l’Apollo occupe une position centrale dans la culture noire américaine. Son histoire, racontée en plusieurs actes, est tirée des nombreux témoignages de ceux qui l’ont fréquenté. Depuis ses débuts au milieu des années 1930, l’Apollo n’a cessé de monter en puissance, et Harlem est peu à peu devenu le lieu de rendez-vous des artistes noirs. Ted Fox a commencé à écrire sur l’Apollo au début des années 1980. Ce roman graphique tricolore (blanc, bleu, noir) est tiré de ses écrits et mis en vignettes par l’excellent James Otis Smith.

Showtime at the Apollo ne se limite pas à dépeindre les moments de gloire où James Brown et George Clinton arpentent la scène du théâtre sous les acclamations du public. L’album fait écho au contexte social et rappelle des périodes plus sombres, comme les émeutes de 1935, de 1943 ou des années 60. À chaque fois, tout est mis en place pour que le théâtre Apollo soit épargné. L’endroit est presque sacralisé.

Il faut dire que son histoire est profondément liée à tous ces artistes qui en ont fait la réputation : des danseurs de haut vol, Aretha Franklin, Billie Holliday, Bob Marley, Ella Fitzgerald, Smokey Robinson, Jimi Hendrix ou les Jackson Five. Mais bien que l’Apollo ait été un phare pour les artistes et le public, il a également connu des temps difficiles. Les pressions financières et les fermetures imposées ont pesé sur le théâtre. Malgré tout, l’Apollo est resté debout. Il a été repris, rénové et proclamé monument historique de New York.

Showtime at the Apollo n’est pas seulement un hommage à un théâtre, mais une ode à Harlem et à la culture noire américaine. Les auteurs reviennent sur la migration noire à Manhattan, la toxicomanie (par exemple à travers Charlie Parker ou Frankie Lymon), le swing, la consécration des DJ dans les années 1950 ou la domination des studios Motown et Atlantic sur la musique noire dans la décennie suivante. L’Apollo apparaît de bout en bout comme l’un des points culminants de New York. Un lieu d’émulation artistique, où la passion devient éminemment communicative – demandez donc à Elvis Presley ou Barack Obama – et où se forment les plus belles (ou parfois tragiques) histoires.

Formé d’anecdotes personnelles, enrichi de coupures de presse, le roman graphique de Ted Fox et James Otis Smith ne saurait cacher la fascination de ses auteurs pour leur objet. La salle, qui fêtera ses 90 années en 2024, est décrite comme une seconde maison pour les artistes et comme un espace d’expérimentation et d’exposition ayant peu d’équivalents à New York. L’ancien propriétaire Bobby Schiffman (1961-1974) apporte à lui seul, aux lecteurs, une somme d’informations proprement vertigineuse. Indispensable.

Showtime at the Apollo, Ted Fox et James Otis Smith
Glénat, septembre 2023, 240 pages

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4.5

Mystère à Venise : la conjuration d’Agatha Christie en mode giallo

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Après avoir épluché l’un des plus grands écrivains classiques en la personne de Shakespeare avec ses premiers films, Branagh continue de déterrer celle d’Agatha Christie avec un troisième film adapté des romans de la célèbre écrivaine policière. Et le résultat est un léger cran au-dessus des précédents opus, principalement grâce à l’ajout du fantastique et d’une mise en scène très stylisée et en adéquation avec le contexte. Pour le reste, la formule reste la même et le déroulement narratif est beaucoup trop programmatique. Une ligne prévisible qui nous amène au sempiternel déroulement de ce type de film, à la fois volontairement inattendu mais toujours autant tiré par les cheveux et verbeux quand le célèbre détective énonce la résolution de l’intrigue.

Synopsis: Venise, veille de la Toussaint, quelques années après la fin de la Seconde Guerre mondiale. C’est là que vit désormais le célèbre détective Hercule Poirot, aujourd’hui retraité. Après avoir consacré sa vie à élucider des crimes et avoir été témoin de ce qu’il y a de pire chez l’être humain, il a renoncé à sa vocation d’enquêteur. Et s’il fait tout pour éviter d’être confronté à des affaires criminelles, ce sont souvent elles qui le rattrapent…

Poirot reçoit chez lui une vieille amie, Ariadne Oliver, plus grande écrivaine de romans policiers au monde, qui lui assure que le motif de sa visite n’a aucun rapport avec un crime : elle souhaiterait qu’il l’accompagne à une séance de spiritisme et lui permette de prouver qu’il s’agit d’une imposture. Intrigué, Poirot accepte à d’y assister et se retrouve alors dans un palais décrépi et soi-disant hanté, appartenant à la célèbre cantatrice Rowena Drake. Lorsque l’un des participants est sauvagement assassiné, toutes les personnes présentes deviennent de potentiels suspects. Le détective belge se retrouve une nouvelle fois plongé dans un monde sinistre d’ombres et de secrets…

Kenneth Branagh, en plus d’être un illustre et compétent comédien issu du théâtre anglais, s’est révélé un réalisateur fidèle à trois différentes inspirations. En premier lieu, l’œuvre du dramaturge William Shakespeare dans ses premiers films (très théâtraux) plus ou moins réussis, ensuite le profit puisqu’il a enchaîné des commandes impersonnelles pour Disney, du passable Thor aux ratés et boursouflés Cendrillon et Artemis Fowl. Sa dernière lubie a été de mettre en scène des romans d’Agatha Christie. Avec Mystère à Venise il en est à son troisième. Le premier avait déjà été porté à l’écran, il s’agissait du mythique Le Crime de l’Orient-Express avec une relecture agréable mais totalement vaine. La seconde était encore plus clinquante mais un peu moins réussie, c’était Mort sur le Nil. Ici, il adapte l’un des romans les plus méconnus de la romancière, La Fête du potiron, et dans une très atmosphère différente avec ce Mystère à Venise évitant ainsi la redite, à défaut de nous subjuguer.

Brannagh a d’ailleurs certainement choisi cette histoire pour innover (un peu) et ne pas proposer toujours le même type de récit en changeant juste de casting et de mystère. Et il a eu raison tant cette dernière proposition apporte un tantinet d’innovation dans ce registre de sa carrière. La nouveauté vient tout simplement de l’incursion bienvenue et parfaitement digérée du fantastique. Mais un fantastique presque littéraire, à l’ancienne, qui braconne sur les terres d’Edgar Allan Poe et de la Hammer. Et parfois même grâce au clin d’œil au giallo italien tel que nous l’a fait connaître Dario Argento durant sa grande époque, et parfaitement revisité par Luca Guadagnino avec son impressionnant et traumatisant remake de Suspiria. On est donc loin des conjuringverse, dont pourtant certains films suivent une trame similaire, ou encore des productions Blumhouse avec moultes jumpscares et adolescents en détresse (pour une grande partie, le label recelant tout de même quelques pépites originales et flippantes).

Cet ajout fantastique est profitable par bien des aspects à Mystère à Venise. D’abord par la sculpturale mise en scène de Brannagh. Loin d’empiler les plans nourris aux effets spéciaux un peu toc avec de l’exotisme de pacotille comme pour les précédents, le film nous isole les trois quarts de l’histoire dans un palace vénitien dont on ne sortira pas, en presque huis-clos et de nuit. La musique et la photographie sont magnifiques et Brannagh accumule les cadrages biscornus en plongée ou contre-plongée, donnant comme une impression de regard biaisé sur les évènements en place, mais figurant aussi le triste passé des lieux. À ce titre, la séance de spiritisme inaugurale est de toute beauté. L’ambiance et l’atmosphère sont donc plutôt réussies et de bon goût.

Côté casting, il est peut-être moins all stars que pour les deux précédentes adaptations de l’œuvre de Christie, mais certainement plus intéressant en mêlant des comédiens venus de tous pays et horizons. On ne pourra louer une prestation plus qu’une autre, l’ensemble du casting étant au diapason et jouant même mieux qu’à l’accoutumée (Jamie Dornan et Tina Fey notamment). Seule Camille Cottin, pourtant excellente actrice, ne semble pas à sa place dans son rôle de gouvernante. Mais c’est Kenneth Branagh lui-même, plus fragile et en retrait, qui donne la meilleure performance. Ses répliques sont les meilleures et il semble de plus en plus pertinent dans l’illustre rôle de Poirot. Quant à Venise, si on la voit peu, on sent la présence de la mythique cité.

Malheureusement, Mystère à Venise se heurte à son cahier des charges hérité de tout whodunit qui se respecte. Et tout est prévisible dans le déroulement : Poirot va interroger séparément toutes les personnes présentes dans un palais sombre et éclairé à la bougie, récoltant les informations avant son grand monologue final. Petite nouveauté, on aura droit à une résolution en trois temps, avec donc un chouia supplémentaire de rebondissements. Cependant, aussi maline soit l’intrigue policière, il apparaît toujours aussi improbable que l’inspecteur parvienne à en deviner seul tous les méandres. Autre bémol : la saga des œuvres de Christie par Branagh souffre de la comparaison avec la franchise concurrente. En effet, Rian Johnson et son À couteaux tirés – et plus encore sa génialissime suite – lui dament le pion en étant plus modernes, ludiques et amusants.

Mystère à Venise – Bande-annonce

Mystère à Venise – Fiche technique

Titre original : A Haunting in Venice.
Réalisateur : Kenneth Branagh.
Scénariste : Michael Green.
Compositeur : Hildur Guonadottir.
Production : 20th Century Fox Studios
Distribution France : The Walt Disney Company.
Interprétation : Kenneth Branagh, Tina Fey, Jamie Dornan, Michelle Yeoh, Kelly Reilly, Camille Cottin, …
Photographie : Haris Zambarloukos.
Durée : 1h44.
Genres : Policier – Fantastique.
Nationalité : Etats-Unis.

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3

Batman contre le Fantôme Masqué : l’ombre de la justice

De toutes les adaptations du célèbre personnage créé par Bob Kane et Bill Finger, il ne fait aucun doute que Batman contre le fantôme masqué entre sans peine au panthéon de l’excellence. 30 ans plus tard, dans la lignée de Batman, la série animée et à l’occasion d’une réédition Steelbook 4K Ultra HD ce 20 septembre 2023, Warner Bros. vous propose de le découvrir chez vous, dans une version restaurée qui n’a rien perdu de sa flamme et de sa noirceur.

Synopsis : Quand Andrea Beaumont, une ancienne connaissance de Bruce Wayne, revient dans sa vie, celui-ci se demande s’il ne serait pas temps d’arrêter de défendre Gotham et de raccrocher le costume de Batman. Mais cette remise en question est de courte durée lorsqu’un des parrains de la pègre est assassiné et que Batman se retrouve accusé. Le Chevalier Noir va alors tenter de rétablir la vérité et découvrir un nouvel ennemi : le Fantôme Masqué.

Le Chevalier Noir

Revenons d’abord à l’origine du projet avant d’entrer dans le vif du sujet, car l’homme chauve-souris a toujours été au rendez-vous, depuis sa création en 1939, pour le meilleur et pour le pire. Batman est un anti-super-héros populaire de l’univers DC Comics. Et contrairement à Superman ou à d’autres membres piliers de la Ligue des Justiciers, celui-ci n’a aucun pouvoir. La fortune de son empire familial lui octroie toutefois la possibilité de faire la différence, notamment grâce à de nombreux gadgets et une imposante Batmobile qui lui permettent de mener à bien ses excursions nocturnes, au cœur de Gotham City, une ville où la criminalité bat son plein. Un fort esprit de déduction l’élève également au rang de détective de génie, là où ses compétences martiales donnent du cachet au combattant hors pair qu’il est, aussi humain et vulnérable soit-il. Combattre le crime sans soustraire la moindre vie est son credo ultime, voire le serment absolu qu’il a fait à ses défunts parents. Peut-il alors vivre sa vision de la justice, ou doit-il reprendre la vie « normale » qu’on lui a ôtée ?

La spécificité de la nature du personnage parle d’elle-même, et ses diverses adaptations n’ont pas toujours fait l’unanimité. On se rappelle de l’extra kitsch et burlesque du Batman d’Adam West dans les années 60, qui a failli enterrer tout espoir de le revoir à l’écran. Il a fallu attendre 1989 pour que Tim Burton se réapproprie l’univers gothique du justicier et qu’il devienne la figure la plus populaire de l’univers DC encore aujourd’hui. Un tel engouement a ainsi poussé la Warner, détendeur des droits, à produire Batman : La série animée au début des années 90, une initiative qui s’avère payante pour l’audimat de Fox Kids, puis dans le monde entier. Les retours sont élogieux, aussi bien sur les doublages cultes de Kevin Conroy et Mark Hamill, que dans l’écriture des personnages. On y retrouve les codes du film noir, admirablement mis en scène par une animation qui convoque astucieusement le surnaturel, notamment au détour des jeux d’ombres et de reflets. L’enthousiasme de la première saison a ainsi mis en chantier une aventure originale : Batman contre le fantôme masqué, qui marque définitivement les esprits en adoptant une audacieuse histoire d’amour.

Bas les masques

Le long-métrage fut initialement pensé comme un film de procès à l’encontre de Batman, retenu captif à l’Asile d’Arkham, par des criminels qu’il a lui-même coffrés. La séduisante idée n’a pourtant pas été retenue, car jugée trop statique par ses producteurs. Les six millions de dollars alloués pour une telle entreprise ont ainsi servi une facette inédite du héros, où Bruce Wayne tient une place importante dans la trajectoire du justicier dont on connaît bien les états de service.

Appel de détresse et outil de terreur, le Bat-Signal prévient les malfrats qu’une ombre les guette. La nuit tombée, Batman traverse Gotham avec l’intention de combattre ceux qui lui résistent. Mais qu’en est-il le jour ? L’orphelin businessman et philanthrope de l’empire Wayne pense déjà à replonger dans la prochaine mêlée nocturne. Pourtant, l’irruption d’Andrea Beaumont dans sa vie peut changer la donne. Véritable personnage d’un film noir, Andrea est une femme fatale, dont la silhouette est calquée sur la magnétique Lauren Bacall, identifiable par le regard perçant et singulier qui la révèle au grand jour dans des succès consécutifs des années 40 (Le Port de l’angoisse, Le Grand sommeil et Les Passagers de la nuit). Elle ne constitue pas un levier romantique gratuit, car l’idée de renoncer à une carrière de justicier effleure les pensées de Bruce, encore en quête identitaire. Cependant, leur rencontre au cimetière ou une demande de fiançailles (brusquement interrompue par une nuée de chauve-souris) sont les premiers symptômes d’une relation éphémère.

Un peu plus d’une heure de visionnage suffira toutefois à galvaniser tout adepte du genre super-héroïque, ainsi que tous les cinéphiles qui trouveront là une belle narration en flashback. De quoi rappeler le point fort et vital de Citizen Kane d’Orson Welles. Nous regrettons néanmoins la discrétion d’Alfred Pennyworth et du commissaire James Gordon dans l’intrigue. Autrement, Shirley Walker assure l’orchestration musicale à partir de celle de Danny Elfman. L’ouverture navigue entre les immeubles d’une ville qui semble s’engouffrer dans les ténèbres. Nous voilà immédiatement plongés dans le grand bain, à la merci des scénaristes, qui se sont astucieusement inspirés du comic Batman : Year Two, l’héritage du faucheur. Des meurtres s’enchaînent sur Gotham, où des parrains de la pègre craignent la mort plus que tout. Le Fantôme Masqué frappe aussi rapidement qu’il disparaît. Mais quels sont ses motifs et quelle est son identité ? Un jeu d’enquête se met alors en place, tandis que les fragments du passé de Bruce nous délivrent d’autres réponses autour du serment qu’il a tenu devant la tombe de ses parents.

Entre vigilantisme et vengeance, les masques tombent. Nous n’aurons jamais autant vu Bruce Wayne à l’écran dans une œuvre qui lui accorde tout le crédit nécessaire pour exister, en opposition à son rôle de justicier. C’est également le cas pour l’antithèse de Batman, à savoir le Joker, que l’on retrouve bien évidemment dans une œuvre qui use habilement de la tragédie. La naissance du héros n’en est que plus pertinente, car ce qui peut cruellement manquer dans les superproductions héroïques aujourd’hui, c’est bien l’aspect humain. L’habit ne fait pas le moine et la cape ne justifie pas toute la noirceur que dégage le héros, simplement un homme brisé. Le film contient ainsi une grande palette émotionnelle et certainement tout ce qui peut attirer les amateurs d’actions. L’animation à l’esthétique baroque y est pour beaucoup et les limites de certains effets ont été corrigées dans la dernière réédition. Et elle n’attend que vous dans sa version 4K UHD, remasterisée à partir du négatif original de 1993, respectant ainsi le grain du film de l’époque.

C’est également une occasion en or pour redécouvrir le doublage français de Richard Darbois, voix emblématique et inimitable de Batman dans la série. Pour les puristes, une toute nouvelle featurette avec Kevin Conroy, la voix originale de Batman, se trouve dans les bonus.

Un succès tardif

Tout comme Miles Morales a cristallisé la carrière de l’homme-araignée sur grand écran, Batman contre le Fantôme Masqué constitue l’une des plus grandes réussites parmi les adaptations animées. Il mérite qu’on le célèbre à nouveau et qu’on replonge dans la tragédie qu’il conte et qu’il assume jusqu’au bout de ses 76 minutes de folie.

Bien que ce chef-d’œuvre n’ait pu rentrer dans ses frais lors de son exploitation en salle, faute d’une communication adaptée pour sa sortie en pleine fête de Noël, il rencontra le succès sur le marché de la VHS, et plus tard du DVD. Christopher Nolan est également venu restaurer l’image du héros à travers sa trilogie, avant que Batman ne devienne une mascotte sans âme dans le DC Extended Universe. À présent, l’homme chauve-souris continue son chemin avec l’adaptation de The Long Halloween, récemment orchestrée par Matt Reeves dans The Batman, en attendant que le meilleur détective du monde ne vienne réaffirmer son autorité et sa palette de nuances.

Bande-annonce : Batman contre le Fantôme Masqué

Fiche technique : Batman contre le Fantôme Masqué

Titre originale : Batman – Mask of the Phantasm
Réalisation : Eric Radomski, Bruce Timm
Scénario : Alan Burnett, Martin Pasko, Paul Dini, Michale Reaves
Montage : Al Breitenbach
Musique : Shirley Walker
Production : Warner Bros. Animation
Pays de production : États-Unis
Distribution France : Warner Home Video
Durée : 1h16
Genre : Animation, Film Noir
Date de sortie : 6 septembre 2023

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