« Lapérouse 64 » : sur les traces d’une expédition mythique

Inspiré des explorations françaises à Vanikoro dans les années 1960, Lapérouse 64 illustre la quête inlassable de l’homme pour dénouer les énigmes de son passé. Le roman graphique de LF Bollée, Marie-Agnès Le Roux et Vincenzo Bizzarri ressuscite un pan mystérieux de l’histoire maritime française avec des qualités narratives et graphiques certaines.

François Guérin, nageur de combat aguerri, est chargé d’une mission d’une importance capitale : trouver des preuves formelles de la présence de La Boussole, le légendaire navire amiral de Lapérouse, au large de Vanikoro. Si cette quête ne le séduit guère au départ, son sens du devoir prévaut. Il quitte sa compagne Sophie, déçue et contrariée, pour explorer les fonds marins de cette région maudite du Pacifique. Son père, d’habitude indifférent, voire méprisant, vis-à-vis de ses activités de « barbouze », semble cette fois passionné. Après tout, la disparition de cette expédition n’a-t-elle pas hanté la France depuis près de deux siècles ?

Une fois sur Vanikoro, François ne tarde pas à découvrir que le chemin de la vérité est semé d’embûches. Il faut composer avec les autochtones, avec des conditions climatiques incertaines, avec l’orgueil du capitaine Durieux. La fièvre de la découverte semble consumer l’équipage de La Lilloise. Ainsi, entre une jungle impénétrable, la présence de créatures hostiles comme les redoutables crocodiles et les directives erratiques, la mission se transforme rapidement en écueil.

Au-delà de ces aspects, une dimension romantique est introduite dans le récit avec Viviane, une photographe de presse qui, peu à peu, va prendre une place de plus en plus importante dans la dynamique narrative. Cette dernière s’hybride volontiers de reliefs interrelationnels et psychologiques, souvent éclairés par François. Son éthique de travail, sa mise à pied, sa clairvoyance font office de ressorts dans le développement de l’intrigue.

Lapérouse 64 va bien au-delà d’un simple récit d’aventure. Il interroge sur la nature même de l’exploration, entre désir de découverte et dangers de la vanité humaine. Alors que la quête de Lapérouse semblait à l’origine motivée par un noble désir de connaissances, elle se transforme, à travers les yeux de François, en une radiographie des fragilités et des obsessions humaines. Cela se ressent notamment quand il s’agit d’explorer la jungle pour mettre au jour des ossements humains pouvant appartenir aux anciens explorateurs français.

Réussite narrative et visuelle, Lapérouse 64 mêle habilement histoire, fiction et réalisme graphique. Cette plongée dans les abysses de l’histoire maritime française est un prétexte aux destinées qui s’entrelacent et à ce passé qui continue de résonner dans le présent.

Lapérouse 64, LF Bollée, Marie-Agnès Le Roux et Vincenzo Bizzarri
Glénat, septembre 2023, 160 pages

Note des lecteurs4 Notes
3.5

Festival

Deauville 2026 : Mouse, la souricière du chagrin

Présenté en compétition au Festival de Deauville après avoir reçu un très bon accueil à la Berlinale, "Mouse" déploie un récit de deuil adolescent sensible et délicat porté par un somptueux duo d’actrices. En filmant l’intime avec autant de tendresse que de naturalisme, Kelly O’Sullivan et Alex Thompson s’imposent comme des cinéastes incontournables du cinéma indépendant américain.

Deauville 2026 : I’ll Be Gone in June, le crépuscule d’un monde

Comment les Européens perçoivent-ils l'Amérique ? Et comment ce pays, ancienne terre d'immigration, accueille-t-il les étrangers dans un contexte troublé ? Ce sont les questions que posent, en creux, le premier long-métrage de Katharina Rivilis. Avec "I'll Be Gone in June", la cinéaste allemande signe un récit d'apprentissage à la fois âpre et lumineux, tourné dans le désert du Nouveau-Mexique, sur fond de traumatisme post-11 septembre. Une œuvre très personnelle qui touche par sa sensibilité.

L’Étrange Festival 2026 : Blaise, quand la politesse tourne à l’émeute

"Blaise" suit une famille obsédée par son image, prête à tout pour ne déplaire à personne, jusqu'à s'embourber dans une spirale de quiproquos de plus en plus absurdes. Porté par une animation en photomontage numérique inédite, le film transforme la politesse ordinaire en mécanique comique redoutable.

Deauville 2026 : Les Contrebandiers, l’or noir de la Grande Dépression

Présenté en ouverture du Festival de Deauville, "Les Contrebandiers" propose une immersion profonde dans les forêts de l’Oregon lors de la Grande Dépression. Un film de survie âpre et tendu, qui convoque les grands classiques des années 1970. Porté par l’interprétation très physique d’Ethan Hawke, il compose un divertissement d’une efficacité redoutable, sans échapper à quelques clichés.

Newsletter

À ne pas manquer

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

Sikkim stories : inspiré par une rencontre

« La botanique est la science du vivant qu’on ne regarde pas. »

« Post Mortem » : ce que les morts ont à dire

"Post Mortem" réunit le médecin légiste belge Philippe Boxho et le dessinateur Pierre Alary dans une bande dessinée documentaire qui s'emploie à vulgariser un métier sur lequel circulent bon nombre de fantasmes. Le résultat est une œuvre à part, traversée par l'idée que la mort ne constitue pas tout à fait une fin.

« Les 4 Reliques du rock’n’roll » : les Zumbies remettent le rock sur pied

Dans un monde post-apocalyptique qui ne tourne déjà plus très rond, quatre rockeurs morts-vivants doivent réunir les reliques sacrées du rock’n’roll. Arnaud Le Gouëfflec et Julien Solé signent un road-trip furieux et absurdement réjouissant.