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« Noël en famille » : famille de substitution

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Dans ce second tome de Western Love, intitulé « Noël en famille », Augustin Lebon nous replonge dans l’univers brutal et poétique des grands espaces de l’Ouest américain. À travers les aventures de Molly et Gentil, deux hors-la-loi en quête de liberté (et surtout de fortune), l’auteur nous livre une histoire haletante, mêlant action, émotion et rebondissements. Le cadre enneigé et les péripéties du récit rappellent l’ambiance des classiques du western, tout en y apportant une touche d’humour parfois décapante.

Molly et Gentil forment le couple central de Western Love. Ils commencent cette nouvelle aventure en savourant le fruit de leur dernier braquage. Ils rêvent de grandeur, d’un avenir radieux, de toutes les opportunités que leur butin rend possibles. Molly pourrait par exemple ouvrir son propre restaurant et proposer aux clients les plats qu’elle cuisine si bien. 

Mais naturellement, rien ne se passera comme prévu. Les deux tourtereaux découvrent le cadavre d’une femme inconnue dans la neige. Un bébé est présent sur les lieux, hurlant de froid et de faim. Voilà nos protagonistes face à un dilemme moral inattendu.

Molly et Gentil décident de recueillir cet enfant. Cette décision somme toute logique les mène à une spirale de violence. À peine ont-ils pris le bébé dans leurs bras qu’ils se retrouvent confrontés à des cavaliers hostiles. Ces confrontations n’entament pas seulement leur bonne humeur, mais aussi leur pactole, qui fond comme neige au soleil.

Dans Noël en famille, l’humour cède par moments sa place à des thématiques plus sérieuses. Gentil se découvre une fibre paternelle insoupçonnée avec ce bébé trouvé dans des circonstances tragiques, appelé à devenir un catalyseur pour lui. De son côté, Molly se montre initialement plus réticente, probablement consciente que s’encombrer d’un enfant pourrait compliquer leurs projets communs – et même les mettre en danger. Un contraste entre les aspirations de chacun apparaît et donne lieu à des moments de doute.

Moins punchy que dans le premier tome, Augustin Lebon construit ici un récit à suspense où les révélations sont distillées avec parcimonie. Il confirme cependant son talent de conteur et de dessinateur, en mariant habilement le drame, l’action et une réflexion plus intime sur les liens humains, dans des décors enneigés joliment dessinés. À suivre. 

Western Love : Noël en famille, Augustin Lebon
Soleil, août 2024, 56 pages

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3.5

« Ligne de Fuite » : quand Robert Cullen brode autour de l’absence

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Dans Ligne de Fuite, publié par les éditions Blueman, Robert Cullen signe ses véritables débuts dans la bande dessinée avec un album d’une grande personnalité. Composé de trois récits graphiques indépendants, ce dernier aborde des thèmes tels que l’espoir, la peur et la mémoire, à travers des personnages ordinaires confrontés à l’extraordinaire – dimension au demeurant très hitchcockienne. 

Le Tour de la disparition

Le premier récit de cet album, Le Tour de la disparition, se déroule dans l’Angleterre des années 1970, à Blackpool. Robert Cullen y dépeint le quotidien difficile de Cathleen, une jeune danseuse au Winter Garden Dancing. Désespérée après un cambriolage, elle saisit une opportunité inattendue : devenir l’assistante d’un magicien, malgré des rumeurs inquiétantes sur la disparition mystérieuse de ses prédécesseurs. Cette histoire est ancrée dans une bichromie élégante de noir, blanc et vert-de-gris, lui conférant une atmosphère particulière, qui joue beaucoup sur la lumière et souligne la tension entre le fantastique et la réalité sociale. L’auteur réussit à rendre palpable le point de rupture entre une existence ordinaire et l’inconnu, tout en maniant en clerc ses effets.

Perdre corps

Dans le deuxième récit, Perdre corps, Robert Cullen nous transporte dans les années 1990 à Vancouver, où il aborde le thème du deuil avec une grande délicatesse. Après un tragique accident de voiture, une femme croit apercevoir sa fille décédée dans une autre enfant, qu’elle voit grandir. Ce récit, émouvant et introspectif, se concentre sur la façon dont la douleur de la perte et l’espoir illusoire peuvent altérer la perception du réel. On a affaire à un deuil inconsolable et à une maternité en souffrance, qui cherche à se projeter là où c’est possible. Robert Cullen met en lumière la puissance du déni et le désir viscéral de retrouver ce qui a été perdu. 

Sirène

Enfin, le troisième récit, Sirène, se situe dans les années 1980 à Édimbourg. Deux jeunes hommes tentent de cambrioler une maison, une sirène bouleverse leur plan. L’un des voleurs est heurté par une voiture ; il perd l’ouïe. L’autre s’échappe. Plusieurs décennies plus tard, cet homme, désormais âgé, découvre qu’il perçoit une gamme de sons différents, comme un appel irrésistible qui le conduit à un cimetière. Il y a là, manifestement, un abcès à crever. Ce récit, dessiné en bichromie grise avec une introduction progressive de la couleur, prend appui sur la métaphore sonore de l’appel de l’inconnu. Il s’agit d’une réflexion profonde sur la culpabilité et la redécouverte de soi après un évènement traumatique.

L’absence pour liant 

Ce qui relie ces trois récits, au-delà des différences de lieux et d’époques, c’est la manière dont Robert Cullen traite l’absence comme un fil conducteur, un thème qui s’impose comme le véritable cœur narratif de l’album. Que ce soit par l’absence d’une personne, d’une capacité ou d’une paix intérieure, l’auteur explore comment l’inattendu peut pousser un individu à se redéfinir. Chaque histoire commence avec une situation ordinaire ou familière avant de basculer brusquement dans l’imprévu et le fantastique, ce qui réoriente aussitôt la trajectoire des personnages, encapsulés dans des univers très cinématographiques.

Maîtrise

Un petit mot sur l’art visuel. Robert Cullen, ancien directeur de l’animation et réalisateur pour de grandes sociétés telles que Paramount, Cartoon Network, et Netflix, n’a rien d’un perdreau de l’année. Il maîtrise l’image, sa composition, son découpage, ses enchaînements et fait montre d’un sens de l’épure qui sert magnifiquement ses récits. À travers trois nouvelles qui s’entrecroisent thématiquement, il propose une réflexion poignante sur le deuil, le manque, la résilience, l’imprévisible. Ligne de fuite est en tout cas aussi déroutant que remarquable, et on le doit en grande partie à son inventivité scénaristique et à son ingéniosité visuelle. 

Ligne de fuite, Robert Cullen 
Blueman, août 2024, 128 pages

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5

« Des étrangers dans les lavandes » : s’éveiller à l’autre

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Des étrangers dans les lavandes, de Serge Scotto et Emmanuel Saint, dépeint l’arrivée de réfugiés cambodgiens dans un village provençal des années 1970. Publié aux éditions Delcourt, ce roman graphique, inspiré de faits réels, traite avec sensibilité du choc des cultures, du deuil et de la renaissance émotionnelle. Entre humour, sensibilité et critiques sociales, le récit nous plonge dans une atmosphère authentique, quelque part entre Marcel Pagnol et Clint Eastwood.

Le récit de Des étrangers dans les lavandes s’ouvre sur un petit village provençal en pleine déshérence. Les jeunes quittent leurs terres natales pour chercher de meilleures opportunités ailleurs, et surtout dans les grandes villes, laissant derrière eux des quartiers dépeuplés et des champs de lavande en jachère. Pour remédier à cet inexorable exode rural, le maire a une idée audacieuse, inspirée par l’actualité internationale : faire venir des réfugiés cambodgiens pour revitaliser le village et redonner de l’allant à ses terres. Cette initiative a beau être pragmatique, elle n’en provoque pas moins les conservatismes, à l’aune du choc culturel, et des tensions parmi les habitants. Les nouveaux arrivants, surnommés à tort « Chinois » par les villageois (un signe des stéréotypes qui les attendent), suscitent tantôt la méfiance tantôt l’incompréhension. En l’état, c’est un mariage de raison, un peu contraint et accueilli avec scepticisme. 

Au cœur du récit de Serge Scotto et Emmanuel Saint se trouve Antoine, un propriétaire terrien vieillissant, qui vit reclus depuis la mort de son fils en Indochine. Solitaire et amer, il doit composer avec un deuil inconsolable et voit dans l’arrivée de ces nouvelles populations de quoi raviver des souvenirs douloureux. Là où le maire incarne une forme d’optimisme pragmatique et intéressé, l’ouverture au changement n’est pas tout à fait ce qui caractérise Antoine, qui a décidément beaucoup de points communs avec le Walt Kowalski de Gran Torino. D’ailleurs, si le héros de Clint Eastwood finit par se lier d’amitié avec son voisin Thao, Antoine va quant à lui prendre son aile et ensuite adopter un enfant cambodgien orphelin, qui va bouleverser progressivement ses convictions. Ces allochtones asiatiques peuvent-ils le réconcilier avec la vie ?

Ce petit garçon, qui ne parle pas sa langue, ravive en Antoine des sentiments paternels enfouis et comble de manière tacite le vide laissé par la perte de son fils. Les deux personnages s’éveillent l’un à l’autre, grandissent ensemble et finissent par entretenir des liens quasi filiaux. En ce sens, Des étrangers dans les lavandes explore subtilement les mécanismes des préjugés et de la méfiance. Le conservatisme rural et l’ignorance poussent dans un premier temps les villageois à la méfiance, puis l’expérience et les rapports humains pacifient la situation et dévoilent les opportunités offertes par ces nouveaux habitants. Les préjugés ne résistent pas à l’épreuve du temps.

Cette dynamique optimiste est renforcée par d’autres interactions secondaires, comme celles du facteur avec Madame Simon ou du maire avec sa femme, qui ajoutent des touches d’humour et de légèreté à l’ensemble. Et visuellement, la bande dessinée séduit par la chaleur et la lumière de la Provence, les paysages de lavandes, les villages et leurs maisons de pierre, etc. Des étrangers dans les lavandes alterne ainsi entre la gravité – le deuil, l’exil, la xénophobie – et l’humanité dans ce qu’elle a de meilleur à offrir : la compassion, la tolérance, la solidarité. Un bel album, simple mais profond.

Des étrangers dans les lavandes, Serge Scotto et Emmanuel Saint 
Delcourt, août 2024, 104 pages

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3.5

« Valhalla Bunker » : nazisme résiduel

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Fabien Bedouel situe ce nouvel opus dix années après les événements explosifs de la saga Valhalla Hotel et la destruction de l’hôtel éponyme. Dans Valhalla Bunker (Glénat), les lecteurs sont transportés des paysages arides du Nouveau-Mexique vers les étendues glacées de l’Alaska, où les nazis, que l’on pensait vaincus, semblent avoir établi une nouvelle base secrète…

Quel plaisir de retrouver ces personnages hauts en couleur que sont El Loco, Betty, Meli, Malone et Lemmy ! Valhalla Hotel nous exposait à une aventure aussi délirante qu’intense, dans un style mêlant humour décapant, action effrénée et références culturelles multiples. Eh bien, c’est peu dire que Valhalla Bunker abonde dans le même sens.

Dès les premières pages, l’absurde côtoie le spectaculaire. Le coach Malone, toujours aussi pathétique, sort de prison après plusieurs années d’incarcération, pour être récupéré par Melinda dans un bolide extravagant. Leur destination ? Le Lea’s bar, point de ralliement où il retrouve ses anciens compagnons d’armes. Pendant la parenthèse carcérale qui fut sienne, El Loco est devenu une star du métal, Betty a gravi les échelons à la CIA et Lemmy s’est mis à réaliser des films de genre. On redécouvre la même bande de bras cassés, mais redimensionnée juste ce qu’il faut pour nous surprendre.

L’humour, souvent irrévérencieux, reste omniprésent, et les dialogues fusent avec une spontanéité déconcertante. Fabien Bedouel ne manque évidemment pas d’allusions satiriques, notamment au trumpisme, incarné ici par un ex-shérif devenu président des États-Unis, dont la chevelure teintée d’orange constitue un clin d’œil évident. 

L’action foisonne dans Valhalla Bunker. De l’irruption d’un commando chez El Loco à l’exploration d’une nouvelle base secrète nazie, l’ancienne équipe reprend du service, toujours avec ce mélange de naïveté et d’absurdité qui la caractérise si bien. Le ton reste ainsi résolument déjanté, avec des personnages farfelus et des situations improbables. Les idéologies extrêmes et les désirs de vengeance des uns et des autres ne sont finalement que des prétextes pour immerger le lecteur dans une ambiance pop aussi jouissive que référencée.

Valhalla Bunker est une excellente surprise pour tous les amateurs de la première saga comme pour les nouveaux lecteurs. Loin d’être une simple reprise, elle apporte un souffle nouveau tout en respectant l’ADN de la série originale, chose rendue possible par l’évolution des personnages et la relocalisation de l’intrigue dans un nouveau décor. Redoutable. 

Valhalla Bunker, Fabien Bedouel
Glénat, août 2024, 64 pages

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4

Une vie rêvée : portrait de femme avec fils

Pour son second long métrage après le remarqué Compte tes blessures, Morgan Simon continue d’explorer les relations familiales et signe avec Une vie rêvée un film intimiste empreint de tendresse, de justesse, de délicatesse et de modernité.

S’il fallait caractériser l’univers de Morgan Simon du côté de la littérature, on irait chercher Roland Barthes pour son écoute ou sa vision des nuances. En fin héritier de l’auteur des Mythologies, le cinéaste travaille ses récits intimes comme de petites mythologies « ordinaires et triviales » de l’amour filial sur le son de « Paroles, Paroles » de Dalida et Delon. 

Ce que cherche Morgan Simon ce n’est manifestement pas un cinéma ancré dans un réalisme social comme chez Delphine Deloget par exemple avec son Rien à perdre où le déterminisme social vient accoucher du devenir des personnages.

Une vie rêvée nous plonge ailleurs dans le paysage moiré des sentiments, là où les êtres fragiles et esseulés, déclassés (ici Nicole et son fils Serge) et déshérités, les oubliés du système font politique ensemble et tissent à eux-deux une autre société, celle d’un appartement-refuge dans les tours du Val-de-Marne et de son bar à chicha tenu par Lubna Azabal. C’est à l’intérieur de ces micro-lieux et liens que le cinéaste distille une veine, « des mots tendres enrobés de douceur » et un rythme à part, s’offrant à la fragilité, à l’imperfection et surtout à la sensibilité.

Une vie rêvée, c’est celle de Nicole endettée et au chômage qui vit avec son fils Serge (Félix Lefebvre) d’une vingtaine d’années et qui essaye tant bien que mal de lui montrer son amour. Campée par une Valeria Bruni-Tedeschi plus Gena Rowland que jamais, mouvante et miroitante, incarnant toutes les variations de cette mère un peu too much et consciente de l’être, profondément aimante et maladroite, Nicole ne comprend pas pourquoi elle a travaillé toute sa vie pour ne rien avoir, aucun bien, aucun plaisir alors qu’elle n’a fait aucun écart, aucune folie et qu’elle se retrouve dans l’incapacité de pouvoir même offrir une vie de rêve à son fils.

La beauté d’Une vie rêvée tient à ce parti-pris de la non-noirceur, de la non-aigreur, de l’absence de ressentiment. L’écriture est ténue et tendre. C’est un exploit lorsqu’il s’agit de vies qui pourraient n’être pas cinématographiques tant elles n’ont pas d’exploit ou d’archives à raconter : ni de grandes fêlures ni de grandes blessures. Avec Serge et Nicole, nous ne sommes pas dans la marge. Nous sommes dans l’ordinaire des laissés-pour-compte. Des gens qui ont du mal à se dire qu’ils s’aiment, des gens que l’on pourrait vite croire « sans valeur » selon la mécanique sociale consumériste. Nous sommes avec des personnages qui, en dépit des déterminismes sociaux et du peu d’horizon ouverts, ressentent et vivent l’élan de l’amour et de la vie. 

Il faut citer ces anti-héroïnes blessées et vibrantes que sont Valeria Bruni-Tedeschi et Lubna Azabal (immense dans Amal, un esprit libre et toujours incroyablement habitée ) qui offre ici réserve, luminosité et sagesse. Autour de ces femmes captivantes et séduisantes, il y a Félix Lefebvre, le jeune acteur à la fois adolescent et adulte (déjà présent dans Rien à perdre) découvert chez François Ozon. C’est lui qui joue ce fils timide et digne, attentif et « très poli », ce fils-témoin des ratages et combats de sa mère.

Le souffle des résistances de l’œuvre d’Édouard Louis traverse Une vie rêvée lorsque l’auteur de Monique s évade s’indigne que nos politiques ne pensent pas des programmes pour tous les gens qui suffoquent dans leur vie, pour toutes ces vies qui n’en peuvent plus d’être bafouées et écrasées. Le film de Morgan Simon fait songer à ce climat sans la volonté affirmée de révolution, de fiction de soi-même et de bataille, présente chez le sociologue. Dans Une vie rêvée, les plus belles batailles sont retenues, neutres et tendres, lucides et simples. C’est cette scène qui vaut toutes les manifestations où Valeria Bruni-Tedeschi, en train de se faire les ongles de pieds, regarde le discours de Macron sur la réforme des retraites et le commente de sa voix espiègle et chantante. Sans rancoeur. Juste avec du cœur.

Bande-annonce : Une vie rêvée

Fiche technique : Une vie rêvée

Scénario et Réalisation : MORGAN SIMON
Produit par FANNY YVONNET, FLORENCE GASTAUD
En coproduction avec JEAN-YVES ROUBIN, CASSANDRE WARNAUTS
Consultation scénario : MAGALI NEGRONI, GAËLLE MACÉ
Casting : MARLÈNE SEROUR
Directeur de la photographie : SYLVAIN VERDET
Ingénieur du son : OPHÉLIE BOULLY
Scripte : MORGANE AUBERT-BOURDON
1er Assistant réalisateur : PIERRICK VAUTIER
Décors : THOMAS GRÉZAUD
Costumes : RACHÈLE RAOULT
Maquillage : CAROLINE PHILIPPONNAT
Régisseuse générale : MAUD QUIFFET
Directeur de production : PATRICK ARMISEN
Montage image : MARIE LOUSTALOT
Montage son : VALÉRIE LE DOCTE
Mixage : SAMUEL AÏCHOUN
Musique originale : DAVID CHALMIN
Distribution France : WILD BUNCH
Ventes internationales : PULSAR CONTENT
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h37
Date de sortie : 4 septembre 2024

Prolonger la vie d’un moteur de Peugeot 308 Conseils d’entretien et de prévention

Pour les propriétaires de voitures comme la Peugeot 308 SW, le maintien du moteur en bon état est la base d’une utilisation longue et sans problème. Cependant, même avec un entretien régulier, il existe des situations où le moteur peut tomber en panne. Dans cet article, nous examinons les causes les plus courantes de dommages au moteur et proposons des mesures simples pour les éviter, statistiques et conseils à l’appui.

Causes des pannes de moteur

L’une des causes les plus courantes de défaillance du moteur est la surchauffe. Selon les analystes, plus de 30 % des pannes de moteur sont dues à la surchauffe. Celle-ci peut être due à un manque de liquide de refroidissement, à un thermostat défectueux ou à un radiateur bouché. La surchauffe entraîne une déformation de la culasse, une détérioration des pistons et même une panne complète du moteur.

Un autre problème courant est la contamination de l’huile. Selon le site Piecesdiscount24.fr via huile moteur peugeot 308, l’utilisation d’une huile moteur de mauvaise qualité pour la Peugeot 308 peut augmenter considérablement le risque de contamination de l’huile et, par conséquent, entraîner une défaillance du moteur. Les statistiques montrent qu’environ 25 % des pannes de moteur sont dues à l’utilisation d’une huile ancienne ou contaminée. Une huile contaminée par de la poussière, du métal ou d’autres particules ne peut pas lubrifier correctement les pièces du moteur, ce qui entraîne leur usure. Cela peut éventuellement conduire à un grippage du moteur.

Une courroie de distribution usée est également une cause majeure de dommages. Selon les données des centres d’entretien automobile, les dysfonctionnements liés à la courroie de distribution représentent environ 20 % de tous les appels concernant des pannes de moteur. En cas de rupture de la courroie, les soupapes et les pistons sont désynchronisés, ce qui peut endommager gravement le moteur.

Comment éviter les dégâts

Pour éviter la surchauffe du moteur, il est important de vérifier régulièrement le niveau du liquide de refroidissement et l’état du radiateur. Selon des études, des contrôles réguliers du système de refroidissement peuvent réduire de 40 % le risque de défaillance du moteur. Vous devez également prêter attention au thermostat et à la pompe à eau.

Le filtre à huile et l’huile doivent être changés régulièrement pour éviter la contamination de l’huile. Selon mospart.com, le choix d’une huile moteur de qualité joue un rôle clé dans la protection à long terme du moteur. Des études montrent que des vidanges régulières réduisent de 50 % le risque de défaillance du moteur. Une huile propre assure une protection fiable du moteur et réduit le risque de dommages.

Le remplacement de la courroie de distribution selon le calendrier recommandé par le constructeur permet d’éviter de graves conséquences. C’est particulièrement important pour les voitures qui ont beaucoup de kilomètres à parcourir, où le risque d’usure de la courroie est plus élevé. Selon les constructeurs, le remplacement en temps voulu de la courroie de distribution permet d’éviter jusqu’à 80 % des problèmes éventuels du moteur.

Types d’huiles moteur

Le choix de la bonne huile moteur joue un rôle important dans le maintien en bon état de votre moteur. Il existe trois principaux types d’huile :

  • L’huile synthétique : elle a de meilleures propriétés lubrifiantes et une durée de vie plus longue. Selon les experts, l’utilisation d’une huile synthétique peut prolonger la durée de vie du moteur de 20 %. Elle est particulièrement efficace à des températures et des charges extrêmes, ce qui en fait un choix idéal pour les moteurs modernes tels que ceux de la Peugeot 308 SW.
  • Huile semi-synthétique : elle combine les propriétés des huiles synthétiques et minérales. Elle offre une bonne protection du moteur et est abordable, ce qui en fait un choix populaire pour de nombreux conducteurs.
  • Huile minérale : elle est moins chère mais nécessite des vidanges plus fréquentes. Elle convient aux voitures plus anciennes ou peu chargées. Il est important de noter que l’utilisation d’une huile minérale peut augmenter l’usure du moteur de 10 % par rapport à ses homologues synthétiques.

Comment fonctionne l’huile moteur ?

L’huile moteur remplit plusieurs fonctions importantes : elle lubrifie les pièces mobiles du moteur pour réduire les frottements et l’usure, elle refroidit le moteur en éliminant l’excès de chaleur et elle nettoie le moteur en éliminant la saleté et les boues. Sans huile, le moteur ne pourrait pas fonctionner correctement et tomberait rapidement en panne. Les statistiques montrent qu’une bonne lubrification réduit de 30 % l’usure des pièces.

Quand et comment dois-je changer l’huile ?

La fréquence des vidanges dépend du type d’huile et des conditions d’utilisation du véhicule. En moyenne, il est recommandé de changer l’huile tous les 10 à 15 000 kilomètres ou une fois par an. Cependant, dans des conditions de conduite urbaine avec des arrêts et des démarrages fréquents, l’huile peut devoir être vidangée plus souvent.

Pour changer l’huile, faites chauffer le moteur pour rendre l’huile plus fluide, vidangez l’huile usagée, remplacez le filtre à huile et versez de l’huile neuve adaptée à votre véhicule. N’oubliez pas d’éliminer l’huile usagée conformément aux réglementations environnementales.

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« Soleil glacé » : voyage initiatique

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Avec Soleil glacé, Séverine Vidal et Laura Giraud nous offrent un roman graphique adapté du roman éponyme qui explore la découverte de soi, les relations fraternelles et les défis de l’autisme, à travers un récit émouvant et sincère. Publié chez Glénat, l’album relate un voyage initiatique où se mêlent révélations familiales et aventures humaines.

Au début du récit, Luce est frappée par deux pertes successives. Après avoir été quittée par son compagnon, elle apprend, presque simultanément, le décès de son père Paul, qu’elle n’a que peu connu. Quand elle se rend à ses funérailles, elle découvre, parmi les participants, un jeune homme, Pierrot. Ce dernier n’est autre que son demi-frère, issu de la double vie secrète de leur père. Cette révélation brise les dernières illusions de Luce sur un père absent mais éveille surtout chez elle une curiosité et un désir de renouer avec ses racines.

Pierrot est porteur d’un trouble autistique. Ce frère inconnu et singulier va cependant devenir l’objet d’une affection immédiate. Maladroit, spontané, original, le jeune homme touche profondément Luce. Ses visites au centre pour adultes où il réside deviennent pour elle des moments de partage et de découverte. Jusqu’à ce que le projet d’un voyage en Laponie ne voie le jour. C’est le début d’une aventure qui les amènera, littéralement et métaphoriquement, à faire un bout de chemin ensemble, et à découvrir ce et ceux qui les entourent.

Luce organise la fuite de Pierrot hors de son centre de soins. Elle comprend rapidement que voyager avec un frère autiste n’a rien d’une sinécure. Il faut gérer les imprévus, répondre aux besoins spécifiques de Pierrot, composer avec ses réactions parfois déroutantes, rassurer les proches restés à quai et faire face au regard d’autrui, pas forcément compassionnel. Mais tous ces moments difficiles sont aussi des opportunités de se découvrir, de s’éveiller l’un à l’autre, de construire des ponts et des souvenirs communs, bref de renforcer leurs liens. Pierrot, malgré ses vulnérabilités, se montre d’ailleurs protecteur envers sa sœur, allant jusqu’à la défendre contre des situations dangereuses.

Le scénario de Séverine Vidal est très bien servi par les illustrations délicates et sensibles de Laura Giraud, dont le trait apporte une douceur et une légèreté qui contrastent parfois avec les thématiques plus lourdes du récit, comme la trahison parentale et le handicap. Il brode beaucoup autour des relations fraternelles et de la (re)construction de soi. La relation qui se noue entre Luce et Pierrot est belle par sa spontanéité et son authenticité, en dépit des murs que leur père a dressés entre eux. 

Soleil glacé sonde à travers le prisme de la famille, du handicap et du voyage initiatique la relation entre deux jeunes adultes qui vont momentanément s’appuyer l’un sur l’autre pour grandir en tant que personne. Ce road trip vers la Laponie est une aventure à la fois intime et universelle, qui saura parler à tous ceux qui cherchent à comprendre les liens invisibles qui nous unissent.

Soleil glacé, Séverine Vidal et Laura Giraud 
Glénat, août 2024, 128 pages

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3.5

« Loin » : éviter l’arrêt d’urgence

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Le roman graphique Loin d’Alicia Jaraba, paru aux éditions Bamboo, nous plonge dans un road-trip à travers l’Espagne, où le voyage en van d’un couple devient le prétexte idoine pour une véritable exploration intérieure des relations qui s’y forment…

Ulysse et Aimée forment un couple dans la trentaine, à certains égards mal assorti. Ils décident de prendre la route pour le sud de l’Espagne dans leur van, soigneusement aménagé par Ulysse, avec pour destination finale Cabo de Gata, réputée pour ses sites de plongée. Ce voyage, censé constitué une évasion estivale bienvenue, se transforme cependant peu à peu en une épreuve, puis une quête de réconciliation et de redécouverte de soi. Les tensions sous-jacentes du couple se dévoilent au fil des kilomètres, exacerbées par leurs peurs et leurs angoisses respectives.

Le roman graphique aborde avec finesse des thèmes universels tels que la difficulté de sortir de sa zone de confort, la peur de l’inconnu et la nécessité de se confronter à soi-même pour évoluer. Aimée, notamment, incarne cette lutte intérieure : elle apparaît tiraillée entre ses responsabilités professionnelles et son besoin de lâcher prise, avec une certaine distance instillée vis-à-vis de son compagnon – et qu’elle cherche évidemment à estomper. Au début du récit, elle est caractérisée comme quelqu’un d’obsessionnel, inquiète pour à peu près tout, des réservations de voyage jusqu’au gaz qu’elle n’est pas certaine d’avoir coupé.

La métaphore de la plongée, récurrente tout au long du récit, symbolise à sa façon l’immersion nécessaire dans son for intérieur pour ensuite remonter à la surface, plus résilient. En ce sens, le voyage entrepris par les deux trentenaires touche à l’initiatique : certains abcès doivent être crevés et le compromis doit présider au reset d’une relation éprouvée par des perspectives professionnelles différentes, et qui bat manifestement de l’aile.

Ce qui frappe également dans Loin, c’est l’attention portée à la construction des personnages. Paco, un vieillard qui s’invite plus tard dans le récit, n’a rien d’un personnage secondaire purement fonctionnel : il apporte une légèreté bienvenue et une sagesse contrariée qui contraste avec les tourments du couple – bien que le sien connaisse son chant du cygne. La relation entre Ulysse et Aimée est quant à elle dépeinte avec justesse, mise à mal par les aléas de la vie et des attentes réciproques qui ne sont jamais figées.

Visuellement, le roman graphique se distingue par des illustrations douces et expressives, qui font la part belle aux paysages arides de l’Andalousie tout en reflétant parfaitement l’état émotionnel des trois principaux protagonistes. Introspective et délicate, Loin parlera à tous ceux qui ont déjà ressenti l’inertie dans une relation ou le besoin de prendre du recul pour mieux avancer. Alicia Jaraba réussit à nous embarquer dans un voyage autant géographique qu’intime, rythmé par une liste… et quelques non-dits.

Loin, Alicia Jaraba
Bamboo, août 2024, 136 pages

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3.5

« Conrad et Paul : Le temps d’un virus » : confinement sous libido

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Ralf König publie aux éditions Glénat Conrad et Paul : Le temps d’un virus. Ce nouvel opus est l’occasion de revisiter la période du confinement lié à la pandémie de Covid-19, avec l’humour irrévérencieux, la dimension gay et les traits fusants qui ont fait la renommée de l’auteur. 

En s’emparant de la crise sanitaire, Ralf König ne pouvait décemment pas proposer un récit conventionnel. On le sait, l’une de ses principales qualités réside dans sa capacité à retranscrire les événements contemporains dans une forme de satire mordante, qui fait peu de cas de la bienséance – ou à tout le moins de la pudeur. Avec Conrad et Paul : Le temps d’un virus, il interroge à sa manière une période qui a bouleversé le monde entier, pour en faire le théâtre des mésaventures de ses deux célèbres personnages. Alors que l’Humanité tout entière se retrouve cloîtrée chez elle, Conrad et Paul doivent apprendre à composer avec une situation inédite, frustrante, qui les empêche de s’épanouir, en ce y compris sexuellement.

L’auteur s’amuse : ses compatriotes s’emploient à stocker du papier toilette, les fantasmes se vivent derrière un écran et tous les repères volent en éclats dès lors que les grandes compétitions sportives sont interrompues. Ce tableau absurde du début de la pandémie sert de toile de fond à des scènes cocasses et des dialogues percutants, volontiers irrévérencieux, qui rappellent combien cette période, aussi déconcertante soit-elle, a également été marquée par des comportements irrationnels et des situations paradoxales. C’était un temps difficile à appréhender, encore moins à apprivoiser, où tout a semblé en suspens, dans une incertitude parfois étouffante.

Mais König y répond avec légèreté. Il explore les dynamiques intimes de ses personnages. Conrad, plus placide, et Paul, hyperactif sexuel, sont contraints de partager un espace clos alors que leurs désirs et besoins divergent. Ce confinement devient un révélateur des tensions sous-jacentes de leur couple. Paul projette toutes ses envies sur le gérant du supermarché local, appelé à devenir un sex-symbol local, tandis que Conrad observe ses élans tantôt avec tolérance tantôt avec agacement. La fidélité, le vieillissement et la gestion des désirs dans une relation de longue durée s’imposent au lecteur avec humour et panache. Le besoin d’évasion se fait également ressentir – il constitue peut-être le véritable enjeu du récit. 

La pandémie a significativement affecté les individus et les communautés. L’auteur réussit à nous faire rire avec ce qui fut, pour nombre de personnes, une épreuve difficile. Avec des dessins simples et expressifs, un humour souvent trash et un décalage érigé en état permanent, il exploite en clerc la gravité des événements confrontée à l’absurdité des situations relatées, ce qui en décuple les effets comiques.

Conrad et Paul : Le temps d’un virus aborde la solitude, le vieillissement et même les fake news, mais en les intégrant dans son univers déjanté, dépréciatif, proche de la caricature. En faisant de Conrad et Paul les héros d’un confinement vécu à hauteur d’hommes (et pas n’importe lesquels), Ralf König nous invite à une relecture de cette période sous un angle singulier, caustique, autocritique, et souvent jubilatoire.

Conrad et Paul : Le temps d’un virus, Ralf König 
Glénat, août 2024, 192 pages

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3.5

« On s’est battu·es pour les gagner » : la lutte pour les droits humains en France

Dans un essai intitulé On s’est battu·es pour les gagner, publié aux éditions du Détour, l’historienne et femme politique Mathilde Larrère retrace l’histoire des luttes pour les droits humains en France. 

« Non, les lois, les droits ne tombent pas tout rôtis des ministères. Derrière les droits, il y a des foules de femmes et d’hommes. » 

Il est primordial de se rappeler que les droits humains ne sont pas des acquis tombés du ciel. Ils sont le fruit de luttes acharnées, menées par des générations de femmes et d’hommes qui ont refusé l’injustice et ont voulu défendre des causes auxquelles ils étaient sensibles. En ce sens, l’ouvrage de Mathilde Larrère apparaît d’autant plus précieux. Car oublier les combats qui ont fait évoluer les droits humains, c’est risquer de les voir disparaître petit à petit, tant ils sont régulièrement remis en question. 

Le livre retrace tour à tour différentes luttes sociales et politiques : la Révolution française pour les droits naturels, les luttes ouvrières pour les droits sociaux et syndicaux, les combats féministes pour le droit de vote, la contraception et l’IVG, les luttes des sans-papiers pour leurs droits fondamentaux ou les revendications LGBTQIA+ pour la dépénalisation de l’homosexualité et la reconnaissance de leurs droits. Mathilde Larrère montre à chaque fois ce qui a constitué l’étoffe des mobilisations : pétitions, manifestations, grèves, actions juridiques, etc. 

La mère de toutes les luttes est celle pour les « droits naturels », qui sont des droits que les philosophes des Lumières considéraient comme inhérents à la nature humaine, et non octroyés par un État. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, inspirée de ces idées, proclame la liberté, l’égalité, la sûreté ou encore la propriété comme en faisant partie. Ces droits ont servi de socle aux luttes pour l’abolition de l’esclavage, la liberté d’expression ou la résistance à l’oppression. Cela n’a évidemment pas empêché les tentatives de retour en arrière : on pense par exemple aux droits de timbre, une taxe appliquée à la presse qui avait pour effet de freiner l’avènement des petits journaux d’opposition.

Les droits sociaux, comme le droit au travail, à l’éducation, à la santé ou à la sécurité sociale, ont résulté des luttes ouvrières et sociales, notamment au XIXe et XXe siècle. L’auteure montre comment ces combats ont permis d’arracher des mesures sociales importantes, malgré la résistance des libéraux, opposés à toute intervention de l’État en la matière. Le droit de grève, le droit syndical, le droit au repos ou encore le droit à la retraite ont été obtenus de haute lutte face à un patronat souvent hostile et un État à tout le moins hésitant. L’auteure souligne à cet égard l’importance des mouvements sociaux, qui ont engendré les grèves de 1936 ou de mai 68, pour arracher ces droits et améliorer les conditions de travail. 

Mathilde Larrère fait cependant état d’un écueil essentiel : l’universalité des droits a souvent été bafouée, notamment en ce qui concerne les femmes, les étrangers, les minorités et les LGBTQIA+. Le droit de vote par exemple, longtemps réservé aux hommes, n’a été obtenu par les femmes françaises qu’en 1944, après des décennies de combats. De même, les droits des étrangers, des sans-papiers et des LGBTQIA+ font l’objet de remises en cause constantes, malgré des avancées notables. Même des droits obtenus tardivement dans un cadre européen, tels que le droit de vote pour les ressortissants des pays membres de l’UE lors de certaines élections, met en lumière, par ricochet, les inégalités de traitement dont pâtissent les autres populations étrangères. 

Avec cet essai, Mathilde Larrère nous invite à un devoir de mémoire. En insistant sur la dimension populaire des luttes sociales et politiques, elle nous rappelle que les droits humains sont fragiles et qu’ils nécessitent une vigilance constante. Ils ne sont pas un cadeau, encore moins un acquis, mais le fruit de revendications âpres et obstinées. Son livre peut ainsi s’apparenter à un appel à poursuivre ces combats, pour une universalité réelle des droits, en dépit des nombreux obstacles qui persistent.

On s’est battu·es pour les gagner, Mathilde Larrère
Éditions du Détour, août 2024, 240 pages

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4

« Salon de beauté » : métaphore des années SIDA

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Adaptation graphique du roman éponyme de Mario Bellatin, Salon de beauté déploie une réflexion intime et métaphorique sur des thèmes aussi graves que la maladie, la sexualité et l’exclusion sociale. À travers un récit visuellement puissant, qui opère une jonction entre des poissons malades et les manifestations physiques du SIDA, Quentin Zuttion relate les épreuves et la solidarité d’une communauté souvent marginalisée.

Dès les premières pages, le roman graphique de Quentin Zuttion nous invite à considérer la maladie selon des codes graphiques métaphoriques. Le SIDA qui se répand comme une traînée de poudre dans la communauté homosexuelle n’est jamais clairement identifié, mais plutôt suggéré par des indices visuels et un parallèle établi avec les poissons malades dans les aquariums d’un salon de beauté – celui dans lequel travaillent Jeshua et ses amis, coiffeurs et esthéticiens. Ce parti pris permet d’universaliser le récit, de le détacher de toute temporalité précise – quand bien même on la devine – et de déployer un espace de réflexion plus large sur la manière dont nous percevons la maladie, la sexualité et l’identité. 

Le véritable tour de force de Salon de beauté réside probablement dans sa capacité à poétiser la maladie sans la nommer. Quentin Zuttion transforme ce qui pourrait être un récit foncièrement sombre en une œuvre graphique où la souffrance et la beauté cohabitent de manière presque harmonieuse. Les sarcomes de Kaposi apparaissent ainsi sous forme de taches colorées sur le corps, qui permettent de rendre la maladie tangible en évitant le piège du pathos. Loin d’édulcorer la réalité, ce procédé graphique permet au contraire de sonder, en seconde intention, les pertes liées à l’infection, mises en miroir avec cet aquarium qui, jour après jour, nous est montré de plus en plus clairsemé.

La beauté et la vulnérabilité des corps masculins sont mises en lumière dans l’album. Bien que touchés par la maladie, les corps y conservent une grâce et une beauté piqués de tragédie. L’homosexualité de Jeshua et ses amis est libre, libertine, mêlée de travestissement, mais interdite au regard des prescriptions sociales. Salon de beauté s’inscrit dans cette zone de flottement, entre désirs et réalités, entre vie et mort aussi. Tandis que la maladie s’installe, effrayant de plus en plus homosexuels et société dans son ensemble, les personnes infectées se voient ostracisées, prises en charge de manière lacunaire – quand elles le sont – et le salon campe bientôt le rôle de refuge pour tous ces hommes au seuil de la mort. 

L’érotisme est évidemment présent dans Salon de beauté, mais il est traité avec délicatesse et une certaine pudeur, qui n’exclut toutefois pas les images explicites. Sans schématiser, et encore moins caricaturer, Quentin Zuttion dévoile les dessous d’une communauté mise à l’épreuve, par une maladie dont on ne sait encore rien, ou presque. Le contexte est propice à la résilience, à ce désir de vivre malgré la déchéance des corps. 

Salon de beauté fait partie de ces adaptations qui prennent tout leur sens, puisqu’elles exploitent leur versant graphique pour apposer sur l’œuvre originelle un nouveau discours, ici poétique et métaphorique. L’approche narrative est subtile sans faire montre de grande densité, et Quentin Zuttion évoque finalement, de manière très universelle, la lutte des hommes pour une certaine reconnaissance, et surtout pour s’épanouir dans leur sexualité. Un chemin semé d’embûches, dont la maladie et le rejet…

Salon de beauté, Quentin Zuttion
Dupuis, août 2024, 184 pages

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3.5

X, Pearl et MaXXXine : sous l’horreur des projecteurs

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Après X et Pearl, Ti West conclut sa singulière trilogie terrifique avec MaXXXine, sorti en salles le 31 juillet. Si le premier film n’a pas vraiment trouvé son public, avec moins de 50 000 entrées en France, et le second son distributeur, conduisant à un passage direct en VOD, le bouche-à-oreille, internet et Netflix ont consacré le succès de la triade X. Grâce à trois volets bien distincts par leurs époques et leurs approches, mais réunis par une vision unique et l’interprétation sans faille de Mia Goth, Ti West aborde la soif de désirs inassouvis et la quête de célébrité au coeur d’une Amérique puritaine. À la fois drôles, gores, esthétiques, déroutants et bourrés de références, X, Pearl et MaXXXine composent une des partitions d’horreur les plus réussies de ces dernières années. Focus sur un univers malsain qui a peut-être encore à raconter…

Ti West a toujours manifesté un attrait prononcé pour le cinéma d’épouvante. Avec The House of the Devil et The Innkeepers, il rendait déjà hommage aux films d’horreur des années 1980. Après un détour par le western dans In a Vally of Violence, le réalisateur américain retourne à son genre de prédilection grâce à un projet de trilogie ambitieux. Pour structurer son récit, Ti West s’intéresse au parcours de deux femmes, combatives et impulsives, qui suivent leurs désirs et leurs rêves contre vents et marées.

Du slasher au polar hollywoodien

Dans X, le premier opus, une équipe d’amateurs se rend dans une ferme isolée pour réaliser un film pornographique. Maxine, une des actrices, compte bien se faire un nom dans l’industrie. Malgré l’accueil menaçant du propriétaire, Howard, un ancien soldat très protecteur envers sa femme, Pearl, le tournage débute mais vire rapidement au cauchemar à la nuit tombée. Inspiré par Massacre à la Tronçonneuse, Ti West signe un slasher gore et jouissif utilisant les codes du genre, avec des renversements désopilants de situation.

Fort de cette expérience, le réalisateur américain enchaîne avec Pearl pour s’intéresser à la jeunesse de son principal antagoniste lors de la Première Guerre mondiale. Mia Goth y incarne une jeune femme prisonnière de son propre foyer. Entre la maladie de son père et la surveillance étroite de sa mère dévote, Pearl désespère en effet de pouvoir accomplir sa grande ambition : devenir une vraie star comme à la télévision. Doté d’un rythme beaucoup plus lent et posé, Pearl distille peu à peu son atmosphère morbide. Le film suit l’évolution et le passage à l’acte d’une anti-héroïne qui n’aspire qu’à se libérer de ses chaînes et à choisir son mode de vie. Le slasher laisse ainsi la place à une oeuvre plus macabre, dont le final reste inoubliable.

Après les années 1970 et 1920, Ti West se projette enfin dans les années 1980 avec MaXXXine. C’est l’occasion de sceller le destin de son héroine, qui trace lentement son chemin depuis les épreuves qu’elle a affrontées dans X. Devenue une star de l’industrie pornographique, Maxine obtient son premier rôle dans un film d’horreur. Alors qu’un mystérieux tueur en série traque ses proches, Maxine reste prête à tout pour saisir sa chance. Plus polar hollywoodien que film d’horreur, MaXXXine relie passé et avenir de façon un peu trop prévisible. Plus sage que ses deux précédecesseurs, il traite de la fabrique des stars en lorgnant du côté de Once Upon a Time in Hollywood de Quentin Tarantino. Au global, certainement le plus ambitieux, et paradoxalement, le moins réussi, de la trilogie.

Différents mais complémentaires, X, Pearl et MaXXXine brossent le portrait d’une société américaine étriquée, enfermée dans ses croyances sur les femmes, la consommation, le sexe et la religion. Ils donnent délibéremment le pouvoir aux femmes, qui s’émancipent face à des hommes réduits à leurs rôles de virils dominants, régulièrement soumis ou castrés. Un spectacle sanglant, savoureux à souhait, placé délibérément sous le terrible feu des projecteurs. En effet, qu’il s’agisse du tournage amateur de X, de la poursuite de célébrité dans Pearl ou de l’incursion dans le monde d’Hollywood opérée par MaXXine, le cinéma demeure le terrain de jeu favori de Ti West. 

Mortelle abstinence

Dans les années 1970, à l’heure où l’industrie du sexe fait horreur, le tournage d’un film pornographique demeure tabou. Aussi, dans X, Howard ne voit pas d’un bon œil l’équipe d’acteurs s’installer dans sa grange. Le milieu rural, très religieux, comme en témoigne également Pearl, ne souffre pas que le sexe et même le désir, indécents et corrupteurs, s’affichent. La jeune Pearl en est ainsi réduite à évacuer ses pulsions avec un épouvantail au beau milieu d’un champ. Et dans X, la petite amie du réalisateur, Lorraine, symbole ultime de la jeune fille prude avec sa croix autour du cou, décide au contact du groupe d’abandonner sa pudeur en participant au film.

À trop réprimer, on finit donc par craquer. X et Pearl aboutissent au même constat : l’abstinence subie ou forcée tue. C’est face au sentiment de rejet et à des désirs inassouvis que Pearl, repoussée dans sa jeunesse puis délaissée par son époux cardiaque, se met à trucider lorsqu’on refuse ses avances. Les excès du puritanisme tuent encore plus directement dans MaXXXine, qui met en scène une secte fondamentaliste aux pratiques diaboliques. Contre ce carcan doctrinal, les deux héroines de Ti West opposent leurs rêves de liberté et de célébrité. Farouchement déterminées, elles n’hésitent pas à se salir les mains pour reprendre le pouvoir sur leurs existences. 

Women power 

Dans X, si Howard apparaît comme un mari dévoué, il se montre aussi soumis au comportement déviant de Pearl. Il l’aide à acquérir les esclaves sexuels qu’elle désire et dissimule ses crimes. Tout reste bon pour apporter à sa femme la satisfaction qu’il ne peut plus lui apporter. Le duel final entre Maxine et Pearl, deux figures opposées qui se reflètent, installe ensuite une lutte à mort entièrement féminine. La lettre X, au-delà d’une simple classification de film, représente donc tout autant le chromosome féminin. 

Lors des deux films éponymes qui leur sont respectivement consacrés, les deux héroines de Ti West s’en donnent à cœur joie pour remettre leur entourage et les hommes à leur place. Alors que Pearl élimine tous ceux qui lui barrent la route ou la rejettent, Maxine castre un homme qui la suivait de trop près et part à la chasse d’un tueur en série. Plus encore, Maxine écrase sans vergogne le star-system. D’actrice pornographique, elle gravit en un film d’horreur les échelons de la société pour devenir une icône d’Hollywood. Fini les femmes exploitées par le système, Maxine s’est construite seule et de toutes pièces sa propre légende. Une légende qui, forte de son succès, n’a peut-être pas fini d’envahir nos écrans.

MaXXXine – Bande-annonce

MaXXXine – Fiche technique

Réalisation : Ti West
Scénario : Ti West
Casting : Mia Goth (Maxine Minx), Elizabeth Debicki (Elizabeth Bender), Moses Sumney (Leon), Giancarlo Esposito (Teddy Night)…
Musique : Tyler Bates
Photographie : Eliot Rockett 
Producteurs : Jacob Jaffke, Ti West, Kevin Turen, Harrison Kreiss, Mia Goth
Société de production : A24 Films
Société de distribution : Condor Distribution
Genre : thriller, horreur
Durée : 1h44
Sortie France le 31 juillet 2024