X, Pearl et MaXXXine : sous l’horreur des projecteurs

Après X et Pearl, Ti West conclut sa singulière trilogie terrifique avec MaXXXine, sorti en salles le 31 juillet. Si le premier film n’a pas vraiment trouvé son public, avec moins de 50 000 entrées en France, et le second son distributeur, conduisant à un passage direct en VOD, le bouche-à-oreille, internet et Netflix ont consacré le succès de la triade X. Grâce à trois volets bien distincts par leurs époques et leurs approches, mais réunis par une vision unique et l’interprétation sans faille de Mia Goth, Ti West aborde la soif de désirs inassouvis et la quête de célébrité au coeur d’une Amérique puritaine. À la fois drôles, gores, esthétiques, déroutants et bourrés de références, X, Pearl et MaXXXine composent une des partitions d’horreur les plus réussies de ces dernières années. Focus sur un univers malsain qui a peut-être encore à raconter…

Ti West a toujours manifesté un attrait prononcé pour le cinéma d’épouvante. Avec The House of the Devil et The Innkeepers, il rendait déjà hommage aux films d’horreur des années 1980. Après un détour par le western dans In a Vally of Violence, le réalisateur américain retourne à son genre de prédilection grâce à un projet de trilogie ambitieux. Pour structurer son récit, Ti West s’intéresse au parcours de deux femmes, combatives et impulsives, qui suivent leurs désirs et leurs rêves contre vents et marées.

Du slasher au polar hollywoodien

Dans X, le premier opus, une équipe d’amateurs se rend dans une ferme isolée pour réaliser un film pornographique. Maxine, une des actrices, compte bien se faire un nom dans l’industrie. Malgré l’accueil menaçant du propriétaire, Howard, un ancien soldat très protecteur envers sa femme, Pearl, le tournage débute mais vire rapidement au cauchemar à la nuit tombée. Inspiré par Massacre à la Tronçonneuse, Ti West signe un slasher gore et jouissif utilisant les codes du genre, avec des renversements désopilants de situation.

Fort de cette expérience, le réalisateur américain enchaîne avec Pearl pour s’intéresser à la jeunesse de son principal antagoniste lors de la Première Guerre mondiale. Mia Goth y incarne une jeune femme prisonnière de son propre foyer. Entre la maladie de son père et la surveillance étroite de sa mère dévote, Pearl désespère en effet de pouvoir accomplir sa grande ambition : devenir une vraie star comme à la télévision. Doté d’un rythme beaucoup plus lent et posé, Pearl distille peu à peu son atmosphère morbide. Le film suit l’évolution et le passage à l’acte d’une anti-héroïne qui n’aspire qu’à se libérer de ses chaînes et à choisir son mode de vie. Le slasher laisse ainsi la place à une oeuvre plus macabre, dont le final reste inoubliable.

Après les années 1970 et 1920, Ti West se projette enfin dans les années 1980 avec MaXXXine. C’est l’occasion de sceller le destin de son héroine, qui trace lentement son chemin depuis les épreuves qu’elle a affrontées dans X. Devenue une star de l’industrie pornographique, Maxine obtient son premier rôle dans un film d’horreur. Alors qu’un mystérieux tueur en série traque ses proches, Maxine reste prête à tout pour saisir sa chance. Plus polar hollywoodien que film d’horreur, MaXXXine relie passé et avenir de façon un peu trop prévisible. Plus sage que ses deux précédecesseurs, il traite de la fabrique des stars en lorgnant du côté de Once Upon a Time in Hollywood de Quentin Tarantino. Au global, certainement le plus ambitieux, et paradoxalement, le moins réussi, de la trilogie.

Différents mais complémentaires, X, Pearl et MaXXXine brossent le portrait d’une société américaine étriquée, enfermée dans ses croyances sur les femmes, la consommation, le sexe et la religion. Ils donnent délibéremment le pouvoir aux femmes, qui s’émancipent face à des hommes réduits à leurs rôles de virils dominants, régulièrement soumis ou castrés. Un spectacle sanglant, savoureux à souhait, placé délibérément sous le terrible feu des projecteurs. En effet, qu’il s’agisse du tournage amateur de X, de la poursuite de célébrité dans Pearl ou de l’incursion dans le monde d’Hollywood opérée par MaXXine, le cinéma demeure le terrain de jeu favori de Ti West. 

Mortelle abstinence

Dans les années 1970, à l’heure où l’industrie du sexe fait horreur, le tournage d’un film pornographique demeure tabou. Aussi, dans X, Howard ne voit pas d’un bon œil l’équipe d’acteurs s’installer dans sa grange. Le milieu rural, très religieux, comme en témoigne également Pearl, ne souffre pas que le sexe et même le désir, indécents et corrupteurs, s’affichent. La jeune Pearl en est ainsi réduite à évacuer ses pulsions avec un épouvantail au beau milieu d’un champ. Et dans X, la petite amie du réalisateur, Lorraine, symbole ultime de la jeune fille prude avec sa croix autour du cou, décide au contact du groupe d’abandonner sa pudeur en participant au film.

À trop réprimer, on finit donc par craquer. X et Pearl aboutissent au même constat : l’abstinence subie ou forcée tue. C’est face au sentiment de rejet et à des désirs inassouvis que Pearl, repoussée dans sa jeunesse puis délaissée par son époux cardiaque, se met à trucider lorsqu’on refuse ses avances. Les excès du puritanisme tuent encore plus directement dans MaXXXine, qui met en scène une secte fondamentaliste aux pratiques diaboliques. Contre ce carcan doctrinal, les deux héroines de Ti West opposent leurs rêves de liberté et de célébrité. Farouchement déterminées, elles n’hésitent pas à se salir les mains pour reprendre le pouvoir sur leurs existences. 

Women power 

Dans X, si Howard apparaît comme un mari dévoué, il se montre aussi soumis au comportement déviant de Pearl. Il l’aide à acquérir les esclaves sexuels qu’elle désire et dissimule ses crimes. Tout reste bon pour apporter à sa femme la satisfaction qu’il ne peut plus lui apporter. Le duel final entre Maxine et Pearl, deux figures opposées qui se reflètent, installe ensuite une lutte à mort entièrement féminine. La lettre X, au-delà d’une simple classification de film, représente donc tout autant le chromosome féminin. 

Lors des deux films éponymes qui leur sont respectivement consacrés, les deux héroines de Ti West s’en donnent à cœur joie pour remettre leur entourage et les hommes à leur place. Alors que Pearl élimine tous ceux qui lui barrent la route ou la rejettent, Maxine castre un homme qui la suivait de trop près et part à la chasse d’un tueur en série. Plus encore, Maxine écrase sans vergogne le star-system. D’actrice pornographique, elle gravit en un film d’horreur les échelons de la société pour devenir une icône d’Hollywood. Fini les femmes exploitées par le système, Maxine s’est construite seule et de toutes pièces sa propre légende. Une légende qui, forte de son succès, n’a peut-être pas fini d’envahir nos écrans.

MaXXXine – Bande-annonce

MaXXXine – Fiche technique

Réalisation : Ti West
Scénario : Ti West
Casting : Mia Goth (Maxine Minx), Elizabeth Debicki (Elizabeth Bender), Moses Sumney (Leon), Giancarlo Esposito (Teddy Night)…
Musique : Tyler Bates
Photographie : Eliot Rockett 
Producteurs : Jacob Jaffke, Ti West, Kevin Turen, Harrison Kreiss, Mia Goth
Société de production : A24 Films
Société de distribution : Condor Distribution
Genre : thriller, horreur
Durée : 1h44
Sortie France le 31 juillet 2024

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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