Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.
Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.
Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.
Premier long-métrage à la fois percutant et maîtrisé de la réalisatrice québécoise Geneviève Albert, Noémie dit oui ausculte l’enfer de la prostitution juvénile montréalaise à travers le regard sombre et meurtri d’une adolescente de quinze ans livrée à elle-même, remarquablement interprétée par Kelly Depeault.
Dans Annie Colère, son troisième long-métrage porté par une Laure Calamy toujours solaire, Blandine Lenoir (Zouzou, Aurore) pose un regard à la fois intime, lumineux et émouvant sur les destins oubliés des militantes du collectif MLAC, qui pratiquaient, à l'aide de la méthode Karman, des avortements avant leur légalisation par la loi Veil en 1975. Sensible et délicat, le film explore l'intime pour tendre vers l'universel sans chercher à imiter L'Événement d'Audrey Diwan sorti l'année dernière.
Dix ans après Mobile Home, le belge François Pirot réalise Ailleurs si j’y suis, une seconde comédie aux allures de conte existentiel inspirée du récit "Walden ou la Vie dans les bois" de Henry David Thoreau. Porté par Jérémie Renier en héros aliéné qui renonce brusquement à son confort d’homme moderne pour se reconnecter à la nature, ce film choral à la fois poétique et décalé met en scène une galerie de personnages fantaisistes, drôles, attachants remarquablement écrits et incarnés. Une réussite.
Après avoir interprété la jeune Simone Veil dans le biopic éponyme d'Olivier Dahan, Rebecca Marder revient à l’affiche du drame De grandes espérances, second long-métrage de Sylvain Desclous. Elle y joue Madeleine Pastor, étudiante brillante et ambitieuse destinée à une haute fonction politique. Hantée par un meurtre malencontreux, celle-ci va peu à peu s’enliser dans ses mensonges censés disculper son amant (Benjamin Lavernhe) et ce jusqu’à perdre son poste de conseillère auprès d’une ancienne ministre campée par Emmanuelle Bercot.
Rédacteur en chef des Cahiers de 1998 à 2003, délégué général de la Semaine de la critique pendant dix ans, Charles Tesson enseigne l'histoire et l'esthétique du cinéma à La Sorbonne Nouvelle, Paris III. Il revient sur sa formation et son parcours de critique.
Ashkal, en compétition au FIFAM 2022, est un film fascinant et déroutant. Un récit de feu, de mort, de corruption. Une enquête impossible, telle celle de La Nuit du 12, mais où tout flambe, tout suinte, tout est caché. Un grand film de désespoir collectif porté par une mise en scène d’une grande qualité (métallique, sombre, intense).
Une sélection des courts métrages de fin d'études des élèves de la Fémis était présentée au FIFAM 2022. L'occasion de découvrir des regards, des singularités et d'échanger avec les artistes qui feront sans nulle doute, en partie, le cinéma de demain. A l'issue de cette rencontre et de la projection de Anansi, Every Heaven in Between, Les Œufs du serpent et Radiadio; Helio Pu a répondu à nos questions. Un échange passionnant.
Tahara est un film d'adolescence inventif et déstructuré avec deux héroïnes modernes. Présenté en compétition du FIFAM 2022, Tahara est une comédie ciselée sur les faux-semblants et le deuil, filmée le temps d'une journée où tout bascule pour nos deux héroïnes.
Le Principe de Wellington de Nathalie Léger : une commande de scénario sur l’aveu devient une enquête vertigineuse sur l’écriture, la vérité et les masques du « je ». Entre anagnorisis tragique, Wittgenstein, Emily Dickinson et imitation des personnages aimés, la narratrice-écrivaine explore les confins du langage et de la fiction, interroge les affres de la création et la culpabilité, et tisse une émouvante apologie de la relation entre frères et sœurs.
« - Eu cartonne of Lucky Strike fore ziss fez en poil de cul !? Tut’moques de moi, l’ami ?
- Yes, my friend. Ten packs ! That’s a very good price for you… »
Tyler Boss et Martin Simmonds reprennent le mythe du Fantôme dans un récit d’enquête où le prestige du spectacle autorise toutes les outrances. Paru chez Urban Comics, ce volume de la collection Universal Monsters doit autant à son atmosphère graphique qu’à sa manière de faire du théâtre un lieu de désir, de peur et de faux-semblants.
Dans "Géographie du rap : Villes et scènes en France et aux États-Unis", le géographe Séverin Guillard étudie les signes et lignes de force qui relient les artistes à leurs villes, ainsi que les inégalités qui séparent les scènes locales des centres de l’industrie musicale. De Lille à Atlanta en passant par Paris, représenter un lieu, c’est aussi revendiquer sa place sur un échiquier complexe.
Dans "Le Parfum des feuilles de thé" (Robert Laffont), Camille Monceaux et Virginie Blancher suivent Akane et Mayumi, deux jeunes femmes qui quittent Tokyo pour reprendre une plantation familiale. Au rythme des récoltes, leur installation devient une histoire de transmission et de choix de vie, non sans doutes.