Palm trees and power lines : l’amour toxique

Le thème du proxénétisme, en vogue ces dernières années, a déjà nourri bien des œuvres cinématographiques. Palm trees and power lines, premier film de la réalisatrice Jamie Dack, narre l’histoire tragique d’une adolescente victime d’un séduisant prédateur sexuel. Sans rythme ni originalité, il réalise une dénonciation convenue de la prostitution et met en garde contre cet amour nocif pour lequel on ferait tout. 

Difficile de faire preuve d’inventivité lorsqu’il s’agit d’aborder le plus vieux métier du monde et ses proxénètes. Sur ce terrain, l’Apollonide, souvenirs de la maison close, par son traitement et son esthétisme, et Jeune et jolie, grâce à son approche plus sulfureuse de la prostitution volontaire, ont notamment fait bonne figure. En revanche, traiter ce sujet à travers les yeux naïfs d’une jeune fille, comme le choisit Palm trees and power lines, rend complexe l’innovation et la personnalisation. Classiquement, le film expose les méthodes de séduction des proxénètes et le destin dramatique d’une adolescente qui s’enfonce corps et âme, par amour, dans une périlleuse spirale infernale.

Prédation sexuelle

Lea, dix-sept ans, sort avec ses amis lorsqu’elle fait la rencontre de Tom, un homme de trente-quatre ans à l’allure assurée et séduisant. Heureuse et étonnée d’avoir tapé dans l’œil de celui-ci, plus mature et cool que les garçons qu’elle a connus, elle entame avec lui une relation de plus en plus passionnée. 

A ce titre, Palm trees and power lines montre plutôt bien comment un prédateur cherche à séduire et s’accaparer sa victime. D’abord les discussions amicales, la compassion, l’intimité, puis l’art de se rendre indispensable, unique, afin d’isoler progressivement la jeune fille de sa famille et de ses amis. Par crainte, Lea ne parle de sa relation à personne, avant qu’une de ses camarades ne la prenne sur le fait à la plage avec Tom. Lassée par sa mère, qui enchaine les petits amis sans lui prêter vraiment attention, et ses amis qui l’ont trahie, elle se repose tragiquement entièrement sur Tom pour vivre une vie plus exaltante.

Quand lors de ce qui devait être un weekend en amoureux, Tom propose de prendre soin d’elle et lui demande un service, Lea ne comprend toujours pas qu’elle est devenue la proie facile d’un homme qui ne cherche qu’à l’utiliser. Lorsqu’enfin, la vérité éclate, elle subit un choc émotionnel intense. Malgré tout, cela n’affecte pas son amour pour Tom…

Amour destructeur

Que ne ferait-on pas par amour ? Qui n’a jamais fait de folies par amour ? Et surtout, qui n’est jamais resté dans une relation dangereuse, toxique, par incapacité totale de réussir à couper les ponts ? Palm trees and power lines aborde alors la question de la dépendance émotionnelle, de l’amour à tout prix qui nous empêche de prendre une décision rationnelle. 

En effet, depuis qu’elle le connaît, Lea sait au fond d’elle-même que cet homme d’apparence avenante n’est pas fiable. Son discours étrange sur la volonté de conserver une totale liberté dans son travail, sa résidence permanente dans un motel, les paroles d’une serveuse avertie auraient dû au moins la faire douter de la sincérité de Tom. A fortiori, lorsqu’elle comprend la réalité, le rôle que Tom lui destine, elle devrait évidemment le quitter définitivement. Mais lorsqu’on aime, peut-on tout accepter et tout pardonner ?

Si Palm trees and power lines traite du proxénétisme et de l’amour toxique, il n’apporte malheureusement pas grand chose sur le sujet en dehors de la pure et simple contemplation de sa victime, au demeurant très bien interprétée par Lily McInerny. L’histoire se résume en quelques lignes, les personnages secondaires, notamment la mère, auraient mérité un peu plus de développement, et surtout, le film reste très lent. Au moins, Red Rocket, qui abordait un peu le même sujet, proposait une approche plus dynamique avec un fond social. Ici, au milieu des palmiers et des lignes électriques, on regarde juste le vent souffler dans les feuilles.

Palm trees and power lines – Fiche technique

Réalisation : Jamie Dack
Scénario : Jamie Dack, Audrey Findlay
Interprétation : Lily McInerny (Lea), Jonathan Tucker (Tom), Gretchen Mol (la mère de Lea), Emily Jackson, Quinn Frankel…
Producteurs : Leah Chen Baker, Jamie Dack
Photographie : Chananun Chotrungroj
Durée : 110 min.
Genres : Drame
Date de sortie :  prochainement
Etats-Unis – 2022

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2

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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