Montana story : l’héritage brisé d’une famille éprouvée

Douzième film de la compétition, Montana story nous offre une bouffée d’air frais dans les grands espaces américains. Drame familial se déroulant dans une ambiance western, le film de Scott McGehee et David Siegel se distingue par la maturité de son scénario, sa mise en scène maîtrisée et ses sublimes paysages montagneux. Country roads, take me back to my family. 

Les retrouvailles familiales  constituent un sujet de cinéma assez classique, mais toujours intéressant dramatiquement. Comment les personnages ont-ils évolué pendant un long laps de temps ? Quels sentiments ressentent-ils ? Quels sont les tensions, les secrets, les non-dits entre ces individus, plus ou moins proches et sincères les uns envers les autres ? Loin des grands repas de famille, Montana Story choisit un cadre beaucoup plus intimiste centré sur la relation d’un frère et d’une sœur qui ne communiquent plus depuis sept ans. Les co-réalisateurs Scott McGehee et David Siegel, qui ont déjà collaboré sur plusieurs films (Bleu profond, The ways, What Maisie knew), nous livrent un beau récit de famille à cœur et à ciel ouverts. 

Retour aux sources

Cal, âgé d’une vingtaine d’années, se rend dans le ranch familial afin de rendre visite à son père, plongé dans le coma et vivant sous assistance respiratoire. Il est surpris de retrouver Erin, sa petite sœur qu’il n’a pas vue depuis sept ans et souhaite assister aux derniers instants de son père. Montana story s’attache à montrer d’emblée la difficulté de communiquer pour deux personnes, qui bien que liées par le sang et leur enfance, sont devenues au fil du temps deux étrangers incapables de s’écouter et de se comprendre.

En revenant sur les terres du Montana, Erin renoue avec un passé douloureux, dont les plaies béantes n’ont visiblement pas du tout cicatrisé. Réunis par la perspective de la mort de leur père, Cal et sa sœur se redécouvrent progressivement tout en dénouant les fils de ressentis qui sont restés emmêlés depuis des années. L’heure est donc au rapprochement, à l’explication et au pardon. En ce sens, Montana Story révèle combien le silence d’un jour peut devenir une source permanente d’éloignement. 

Par la présence d’Erin, Cal se confronte également à ses regrets, à sa culpabilité qui lui pèsent comme un boulet depuis le départ de sa sœur. Incapable d’assumer son comportement passé, il s’en ouvre à Ace, l’infirmier assurant les soins de son père. Ace, tierce partie, joue à la fois le rôle d’un confident et d’un témoin dans le processus de conciliation. Au fil du film, qui adopte un rythme assez lent mais régulier, les émotions se révèlent.

Dans sa thématique, Montana story puise ses propres sources dans La vie est un long fleuve tranquille ou encore dans Un été à Osage county, deux films sur des rapports de fratrie dans les paysages américains. Mais au-delà de ce sujet un peu conventionnel, Montana story propose une réflexion intéressante sur le leg familial et américain.

L’héritage américain

Après avoir vu son père et affronté ses souvenirs, Erin s’apprête à repartir du ranch. C’est seulement en apprenant la décision de son frère d’euthanasier leur cheval d’enfance, M.T., qu’elle choisit de rester. La vie de ce cheval catalyse dans le film les relations entre Cal et Erin. Alors que Cal n’accorde aucune importance à cet animal, Erin voit dans M.T. une trace de son passé à laquelle elle ne peut renoncer.  Ce cheval, c’est tout ce qu’il leur reste en dehors du ranch, leur ultime héritage. Définir le sort de ce cheval représente ainsi à la fois l’acceptation du passé et la marche vers l’avenir. 

En parlant à leur père inconscient, Erin et Cal font également face aux legs émotionnels laissés par leur père violent. L’acceptation de leur douleur, de leur désir de vengeance est d’autant plus accrue que leur père, sous assistance respiratoire, demeure entièrement à leur merci. L’aider, le sauver, constitue donc pour eux une véritable épreuve humaine. En filagramme, Montana story aborde le thème de la fin de vie. Maintenir ainsi les fonctions vitales d’un homme victime d’un AVC, sans aucune chance de rémission ni de réveil, reste plus douloureux pour la famille, car il empêche Erin et Cal de faire le deuil de leur passé éprouvant. 

Le ranch, hypothéqué, se présente en outre comme un héritage brisé. Erin et Cal ne possèdent pas les moyens de le racheter, et compte tenu de leurs expériences, on peut sérieusement douter qu’ils le souhaiteraient. En revanche, la perte du ranch affecte beaucoup Valentina, qui travaille là-bas depuis une trentaine d’années. Ce ranch est devenu pour elle son domaine, un leg idéal qu’elle ne pourra jamais recevoir.

Malgré son sujet classique, Montana Story s’impose comme un des films les plus matures de cette compétition. A travers son scénario, son traitement, sa mise en scène, on perçoit aisément qu’il ne s’agit pas d’une première œuvre inspirée d’un vécu personnel, comme nous avons beaucoup vues cette année.  Montana Story, long-métrage plus adulte et maîtrisé, se découvre comme un grand bol d’air frais. 

Montana story – Bande-annonce

Montana story – Fiche technique

Réalisation : Scott McGehee et David Siegel
Scénario : Scott McGehee, David Siegel et Mike Spreter
Interprétation : Haley Lu Richardson (Erin), Owen Teague (Cal), Gilbert Owuor (Ace), Kimblerley Guerrero (Valentina)…
Producteurs : Scott McGehee, David Siegel, Jennifer Roth
Photographie : Giles Nuttgens
Durée : 117 min.
Genres : Drame
Date de sortie :  prochainement
Etats-Unis – 2021

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3.5

Festival

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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