Deauville 2024 : clôture, coups de cœur et critique de Finalement

Le Festival de Deauville 2024 s’est clôturé hier soir avec la remise du Talent Award à Natalie Portman, la cérémonie du Palmarès et la projection de Finalement de Claude Lelouch. Marquée par une fréquentation record, une multitude d’hommages et une compétition pluvieuse plutôt décevante, la 50ème édition du Festival ne nous a pas offert son meilleur cru pour cet anniversaire symbolique.

Pour célébrer son demi-siècle, le Festival de Deauville a voulu mettre les petits plats dans les grands : invités de choix, prix spéciaux, vidéos dédicaces de réalisateurs primés, et même une salle supplémentaire mobilisée pour présenter 50 films classiques américains. Si l’intention semblait bonne, elle a donné l’image d’un Festival résolument ancré dans son passé florissant et moins attaché au renouveau du cinéma actuel. En outre, les polémiques estivales, autour de l’éviction du directeur Bruno Barde et d’Ibrahim Maalouf, ont lancé le Festival dans un climat nuageux qui n’a certainement pas contribué à la qualité de la sélection.

La Compétition de ce 50ème Festival manque en effet de l’audace, de l’inventivité et de l’émotion auxquelles certaines éditions nous ont habitués. L’an passé, nous avions ri aux éclats devant Laroy, pleuré devant Past Lives, frissonné devant I.S.S. et découvert l’Amérique profonde dans The Sweet east. A côté, la fournée 2024 paraît malheureusement bien fade. Des sujets déjà vus traités sans originalité (la fuite des étrangers dans The stranger’s case, la peur des policiers blancs dans The Knife) et des films d’ambiance longs et parfois ennuyants (Les damnés, Noël à Miller’s point), ont échelonné la Compétition d’œuvres difficiles à digérer. Enrichie par le partenariat cannois, qui existe depuis 2021, la programmation du Festival a cependant permis au public de découvrir le magnifique animé de Michel Hazanavicius, La plus précieuse des marchandises, le Grand Prix indien All we imagine as light et le très solaire Parthenope. Retour sur les longs-métrages que nous avons retenus au sein de cette édition anniversaire singulière et hasardeuse.

Nos coups de cœur

La Cocina

La Cocina nous plonge au cœur des cuisines étourdissantes d’un restaurant New-Yorkais. Avec sa mise en scène inventive et virovoltante, cette comédie dramatique filmée en noir et blanc offre une singulière cinématographique. Elle traite du monde du travail et du désespoir d’immigrés qui perdent lentement pied au sein d’une fourmilière étouffante. Etrangement boudé par le jury et la presse, La Cocina a obtenu une petite consolation avec le Prix Barrière du 50ème Festival.

In the Summers

Grand Prix du Festival, In the Summers traite des liens familiaux qui s’étiolent à travers le passage progressif à l’âge adulte de deux sœurs soudées. Le film propose un drame émouvant, qui doit beaucoup à l’interprétation de ses deux comédiennes, tout en surfant délicatement sur la vague du cinéma queer. Alessandra Lacorazza signe ainsi un premier long-métrage incarné sonnant l’heure de retrouvailles estivales à la saveur douce-amère, entre moments de joie, distance et résilience.

We Grown Now

We Grown Now nous emmène dans les fameux logements sociaux de Cabrini-Green à Chicago, berceau de faits divers souvent morbides. Minhal Baig en prend cependant le contrepied en brossant le portrait d’une communauté qui illumine ces précieux refuges et qui tente de s’élever dans la société qui les marginalise à tort. Faute de trôner au palmarès, et à travers le regard fantaisiste et désenchanté de deux adolescents, ce conte d’une jeunesse pleine de vie et d’espoir nous aura ému jusqu’au bout.

Daddio

Daddio, comédie grinçante à l’humour décalé, nous incite à renouer le lien humain avec le dialogue. Premier long-métrage de Christy Hall, le film expose qu’une rencontre hasardeuse peut venir bouleverser le cours de notre existence. En nous invitant à nous reconnecter aux autres, mais aussi à nous-mêmes, à nos ressentis et à nos désirs, cette comédie dramatique amusante et attachante, qui roule sans accroc, nous offre un trajet tout à fait plaisant.

Finalement, pélerinage erratique

Introduit comme une fable musicale, Finalement compose une partition discordante qui retrace, à grand renfort de chansons et de trompette, la fuite en avant d’un avocat défroqué. La comédie, plutôt amusante dans ses premières scènes, tombe rapidement dans un long et fastidieux méli-mélo de péripéties extravagantes sur fond de décors cartes postales.

Kad merad y incarne Lino, un avocat très impliqué qui se place délibérément dans la situation de ses clients afin de mieux les défendre. Atteint de la folie des sentiments, une pathologie lui retirant tout filtre de parole, il ruine l’ambiance d’un repas de famille et tire sa révérence professionnelle. Lino s’embarque alors pour un périple improvisé au cœur de la France. Au gré de rencontres impromptues, entre la Normandie, Béziers, la Bourgogne et Avignon, il croise notamment des pèlerins, un écrivain et une fermière.

Par ses personnages à peine esquissés et ses changements de lieux constants, Finalement se perd dans un récit fourre-tout sans queue ni tête dont on peine à conserver le fil. Prostitution, Rafle du Vel d’Hiv, Mont-Saint-Michel, vingt-quatre heures du Mans, presque tout y passe, si bien que le scénario se réduit à un enchevêtrement maladroit d’éléments non imbriqués. La musique omniprésente, la lenteur et la longueur du film n’aident pas davantage le long-métrage à se sortir de la vase. On comprend aisément pourquoi le Festival tenait à inviter Claude Lelouch, le réalisateur de l’iconique Un homme et une femme auquel la ville doit tant. Cependant, Finalement clôt cette cinquantième édition, déjà en demi-teinte, toujours dans la direction du vent de l’hommage qui a soufflé fort pendant l’ensemble du Festival.

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Copyright Metropolitan FilmExport

Bande-annonce : Finalement

Fiche technique : Finalement

Réalisation : Claude Lelouch
Scénario : Claude Lelouch, Grégoire Lacroix, Pierre Leroux et Valérie Perrin
Musique : Ibrahim Maalouf
Photographie : Maxine Heraud
Direction artistique : Jean-Philippe Petit
Montage : Stéphane Mazalaigue
Décors : Natasha Lacroix
Costumes : Christel Birot
Producteurs : Victor Hadida, Claude Lelouch
Producteurs délégués :
Sociétés de production : Les Films 13
Pays de production : France
Distribution France : Metropolitan Filmexport
Durée : 2h07
Genre : Comédie dramatique, Musical, Romance
Date de sortie : 13 novembre 2024

Festival

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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