Deauville 2024 : Noël à Miller’s Point, joyeux bordel

Présenté à la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes et en Compétition au Festival de Deauville, Noël à Miller’s point nous convie au réveillon d’une famille italo-américaine de Long Island. Tyler Taormina signe une œuvre emprunte de douceur et de nostalgie, composée d’une fontaine de saynètes et d’images. Un bonbon coloré que l’on peine malheureusement à avaler, faute à une absence criarde de scénario et de personnages.

Synopsis : Un réveillon réunit les membres d’une famille ita­lo-amé­ri­caine de classe moyenne. Alors que la nuit avance et que des ten­sions éclatent, l’une des ado­les­centes s’éclipse avec son ami pour conqué­rir la ban­lieue hivernale.

C’est la deuxième fois que Tyler Taormina foule les Planches de Deauville. En 2019, son premier film, Ham on Rye, qui s’attachait à un rite de passage d’adolescents lors d’une soirée lycéenne, avait également été sélectionné en Compétition. Après Happer’s Comet, une nouvelle virée nocturne dans la banlieue pavillonnaire, le réalisateur américain poursuit avec Noël à Miller’s Point son exposition très contemplative du quotidien cérémonieux de la classe moyenne américaine.

Chorale de Noël

Tyler Taormina a toujours conçu le cinéma comme un moyen de raviver des sensations diffuses. Lors de son introduction sur scène, il a d’ailleurs conseillé au public de réaliser des films afin de renouer avec les souvenirs parfois étiolés de notre mémoire. Le septième art devient alors une madeleine de Proust, une photographie instantanée de moments passés.

Dans Noël à Miller’s point, le réalisateur retourne à ses années d’enfance en décrivant comment sa famille célèbre depuis cinquante ans la veille de Noël. Ce jour unique, que l’on peut vivre de tant de façons, demeure pour Tyler Taormina un temps de bonheur et de partage. Le film cherche ainsi avant tout à restituer des émotions vécues, dans une sorte d’orgie sensorielle où les guirlandes scintillent, les bonbons coulent à flot et les cadeaux rivalisant de ridicule se dévoilent sous des yeux illuminés.

Sous sa couverture chaude de film choral, Noël à Miller’s point aurait pu s’inscrire dans la lignée de drames tels qu’Un conte de Noël ou Juste la fin du monde, des repas de famille virant à la tragédie, ou bien de comédies drôles ou romantiques comme Joyeux Noël et Love Actually. Malheureusement, il se contente de nous faire assister, très passivement, à une succession de scènes sans le moindre ruban rouge. Nous suivons ainsi, d’un côté, les frasques des enfants, qui jouent et finissent par s’évader en voiture pour une balade tout à fait anecdotique dans la banlieue. De l’autre, les parents qui cuisinent, chantent, et discutent en cachette de sujets fâcheux. Par ce découpage en petites bouchées d’un gâteau pas franchement savoureux, Noël à Miller’s point soigne l’emballage sans cacher l’inexistence de ses personnages à peine esquissés et de ses rares intrigues totalement oblitérées.

Paquet vide

Le film s’ouvre sur l’arrivée en voiture de parents, accompagnés par leurs deux enfants, dans le lieu de la fête, une maison bondée d’invités que l’on peine à identifier. Malgré sa relative longueur, Noël à Miller’s point ne prend en effet pas le temps de présenter ses protagonistes, qui ne composent finalement qu’un décor au même titre que le sapin et les guirlandes qui ornent le séjour. Les plus âgés, toujours isolés, ne servent qu’à faire rire, tandis que les enfants se réduisent essentiellement à des visages émerveillés face aux présents et aux confiseries.

En dehors de la fête et enfermés dans leurs chambres, les adultes discutent avec bien plus de gravité. Il est question de vendre la maison familiale et de placer la grand-mère fragile dans une institution. Mais aucun de ces enjeux, qui tombent comme un cheveu sur le pudding, n’est vraiment développé. L’évasion des adolescents, en quête de liberté, ne fournit pas davantage de l’eau à ce moulin qui brasse décidément de la neige et du vent. Même le traitement comique, à travers en particulier la figure de deux policiers presque muets, ne prend pas. Noël à Miller’s point ne réussit finalement qu’à retranscrire une ambiance de Noël psychédélique. Une madeleine de Proust pour Tyler Taormina, certes, mais un repas bien indigeste et ennuyeux pour le public.

Noël à Miller’s Point est présenté en Compétition au Festival de Deauville 2024.

Fiche technique

De : Tyler Taormina
Année : 2024
Durée : 1h46
Avec : Matilda Fleming, Michael Cera, Francesca Scorsese, Gregg Turkington, Elsie Fisher, Sawyer Spielberg, Maria Dizzia
Nationalité : États-Unis

Festival

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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