Deauville 2024 : In the Summers, famille décomposée

Premier film d’Alessandra Lacorazza, In the Summers traite des liens familiaux qui s’étiolent à travers le passage progressif à l’âge adulte de deux sœurs soudées. Le film propose un drame émouvant, qui doit beaucoup à l’interprétation juste de ses comédiennes, tout en surfant délicatement sur la vague du cinéma queer. Cohérent et structuré, le long-métrage fait plaisir à voir au sein d’une Compétition qui manque décidemment de maturité cette année.

Synopsis : Vio­le­ta et Eva rendent visite chaque été à leur père Vicente, à la fois aimant et témé­raire. Il crée un monde mer­veilleux mais, der­rière la façade enjouée, lutte contre l’addiction qui érode pro­gres­si­ve­ment la magie. Vicente essaie de répa­rer les erreurs du pas­sé, mais les plaies ne sont pas faciles à refermer…

Après Exhibiting Forgiveness et Bang Bang, In the Summers poursuit à Deauville l’exploration de la complexité des rapports parentaux. Ici, la violence cède la place à la figure bien plus contrastée d’un père à la fois aimant et irresponsable, qui perd progressivement pied au fil des années. Alessandra Lacorazza signe un premier film incarné sonnant l’heure de retrouvailles estivales à la saveur douce-amère, entre moments de joie, distance et résilience.

Chroniques d’été

Composé de plusieurs chapitres entrecoupés d’ellipses narratives, In the Summers retrace l’évolution des relations entre deux sœurs, Eva et Violetta, leur père, Vicente et leur mère Carmen. En basculant de l’enfance insouciante à l’adolescence conflictuelle jusqu’au début de l’âge adulte, où les cicatrices demeurent, le film brosse le portrait d’une famille fragmentée qui peine à communiquer.

Eva, jeune fille très féminine et proche de sa mère, recherche constamment l’attention d’un père qui la dénigre. Malheureusement pas aussi « futée » que sa sœur, elle multiplie les efforts pour prouver sa valeur auprès de Vicente. Eva fabrique ainsi une jolie coupelle, reléguée en vulgaire cendrier, et s’entraîne seule au billard pour gagner la reconnaissance de son père. À l’opposé, Violetta apparaît comme un garçon manqué. Attirée par les femmes et dotée d’un esprit brillant, elle est préférée par Vicente même si elle s’oppose régulièrement à son père. Malgré leurs différences, Eva et Violetta, qui auraient pourtant des motifs de se jalouser, se soutiennent toujours dans leurs choix. Elles grandissent et apprennent ensemble, en dépit des épreuves jalonnant leurs existences. C’est d’ailleurs leur lien indissoluble qui sert de noyau à l’histoire comme à la famille.

Leur père, Vicente, lutte en effet avec une addiction qui le dévore à petit feu, ruinant sa vie et mettant sérieusement à mal un rôle de père qu’il n’occupe que de très loin, mais avec une certaine beauté. Il enseigne à ses filles le billard, le nom des étoiles et les entraîne même dans des balades au cœur des montagnes. Séparée de Carmen depuis plusieurs années, il peine à se reprendre en main. Au fil des années, Eva et Violetta se détachent lentement de leurs parents, ne leur rendant plus que de rares visites estivales. Avec une atmosphère plutôt réussie, In the Summers expose ainsi la désunion et la recomposition des familles face au passage inévitable du temps.

Une piscine remplie, sale, puis vide. Des corps qui se forment. Des personnalités qui se forgent. Des relations qui se nouent et se dénouent. In the Summers traite assez intelligemment de l’écoulement des années qui transforment ses personnages. Dans l’enfance joyeuse et insouciante, Eva et Violetta  vivent leurs plus beaux instants avec un père dont elles ne perçoivent qu’encore peu la condition. Mais dès leur adolescence, les difficultés surgissent lorsque les actes inconsidérés de Vicente se multiplient. Devenues adultes, les deux sœurs n’ont plus qu’une décision à prendre : pardonner un père aimant ou oublier un père inconscient.

Grâce à ces protagonistes émouvants, In the Summers nous offre un récit touchant et abouti. Même s’il manque un peu d’émotions pour nous emporter, le drame fonctionne et donne l’opportunité à sa réalisatrice, Alessandra Lacorazza, de gagner en notoriété. Le film ne ressortira probablement pas lauréat du Festival, mais il fait passer un moment tout à fait agréable au sein de la Compétition.

In the Summers est présenté en Compétition au Festival de Deauville 2024.

Fiche technique

De : Alessandra Lacorazza Samudio
Année : 2024
Durée : 1h35
Avec : René Pérez Joglar, Sasha Calle, Lío Mehiel, Leslie Grace, Emma Ramos
Nationalité : États-Unis

Festival

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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