Premier long métrage de la réalisatrice soudano-russe Suzannah Mirghani, "Cotton Queen" suit Nafisa, adolescente élevée dans un village cotonnier du Soudan, tiraillée entre les récits coloniaux de sa grand-mère et l'arrivée d'un homme d'affaires venu imposer ses graines génétiquement modifiées. Un film sobre sur l'émancipation et la mémoire.
Dans "Une affaire turque", Hüseyin Aydin Gürsoy filme moins un thriller qu'une faille : celle d'un homme pris entre deux mondes qui ne lui pardonnent pas d'appartenir à l'autre. Avec une mise en scène sensible, le cinéaste ausculte les stigmates invisibles du transfuge, et fait de Lionel Erdogan un héros fracturé dont le vrai combat n'est pas judiciaire, mais existentiel.
"Spider-Man : Brand New Day" marque le meilleur retour du tisseur au cinéma depuis la trilogie de Sam Raimi, porté par des effets pratiques bluffants et un Tom Holland toujours parfait. Mais le film reste plombé par un cahier des charges Marvel étouffant et le retour discutable de Zendaya en MJ.
Débutée en 2014, la saga « John Wick » s’est progressivement imposée dans le cinéma d’action, séduisant une audience de plus en plus large à chaque nouveau volet. Pourtant, les connaisseurs du genre demeurent sceptiques, et pointent à juste titre des chorégraphies martiales et une mise en scène répétitives. Et si le hiatus entre les gardiens du temple et le grand public reposait sur un malentendu ? En effet, l’intérêt de la saga réside moins dans la façon dont elle renouvelle l’action que dans sa synthèse souterraine du parcours de ses créateurs principaux : le réalisateur Chad Stahelski et Keanu Reeves, l’interprète du héros. Avec, au croisement des deux chemins, une place particulière accordée à la virtualité croissante de notre monde.
La fin des années 80 n’a pas été épanouissante pour tout le monde, notamment en Finlande, territoire finalement peu connu du grand écran, ainsi que des cartes postales. Aki Kaurismäki souhaite alors prolonger son étude du prolétariat, initiée avec Ombres au paradis et Ariel. Toujours plongé dans un milieu industriel, La Fille aux allumettes établit le terrifiant portrait d’une société qui muselle ses citoyens, condamnés à fantasmer leurs désirs, jusqu’à ce que le cœur l’emporte sur la raison.
Après avoir épluché l’un des plus grands écrivains classiques en la personne de Shakespeare avec ses premiers films, Branagh continue de déterrer celle d’Agatha Christie avec un troisième film adapté des romans de la célèbre écrivaine policière. Et le résultat est un léger cran au-dessus des précédents opus, principalement grâce à l’ajout du fantastique et d’une mise en scène très stylisée et en adéquation avec le contexte. Pour le reste, la formule reste la même et le déroulement narratif est beaucoup trop programmatique. Une ligne prévisible qui nous amène au sempiternel déroulement de ce type de film, à la fois volontairement inattendu mais toujours autant tiré par les cheveux et verbeux quand le célèbre détective énonce la résolution de l’intrigue.
Comment faire prendre conscience avec justesse et sensibilité des difficultés et enjeux du métier de professeur, sans tomber dans les clichés ou les exagérations d’époque ? Comment filmer un sujet inflammable avec mesure et discernement, sans excès d’apologie des profs ou fausse bonne démagogie qui adulerait la place des élèves ?
Il n’y a parfois qu’un pas entre le rêve et la réalité. Et si on assimile le cauchemar dans l’équation, il ne reste que peu d’espoirs pour vivre heureux. La Hija de Todas las Rabias se situe alors quelque part dans cette zone d’incertitude, à l’image du Nicaragua, pays dont les changements sociaux et politiques se résument à La Chureca, une gigantesque décharge à ciel ouvert. Le lien mère-fille suffira-t-il pour trouver un peu de lumière dans ce portrait disgracieux d’un monde qui les rejette ?
Toni, en famille est le second film de Nathan Ambrosioni. Le jeune réalisateur esquisse le portrait de Toni, mère veuve de cinq enfants qui désire reprendre des études. Une histoire jamais misérabiliste, faite de petites touches successives où Nathan Ambrosioni déploie son talent autant dans les scènes de groupes que dans les séquences sur chaque personnage de la fratrie. Le casting est époustouflant, mené par Camille Cottin, parfaite dans un rôle écrit pour elle.
Le réalisateur portugais Marco Martins nous livre, avec Un Automne à Great Yarmouth, un sixième long-métrage complexe et fascinant, qui entrecroise avec art les intrigues et les genres cinématographiques.
Le Ciel rouge, de Christian Petzold est peut-être le deuxième film d’une nouvelle trilogie, sur les éléments cette fois, à la suite d’autres trilogies émaillant son œuvre. Après l’eau de Ondine, le feu couve ici, puis explose dans la nature et dans le cœur des hommes, avec le regard toujours acéré du cinéaste.
Dans un monde post-apocalyptique qui ne tourne déjà plus très rond, quatre rockeurs morts-vivants doivent réunir les reliques sacrées du rock’n’roll. Arnaud Le Gouëfflec et Julien Solé signent un road-trip furieux et absurdement réjouissant.
Entre montée des populismes, guerres hybrides, défiance envers les institutions et avènement des réseaux sociaux, la désinformation est devenue l'un des grands enjeux démocratiques de notre époque. Avec "La Désinformation", Grégoire Darcy propose une synthèse ambitieuse des connaissances scientifiques sur le sujet.
En imaginant la rencontre du jeune Charles Dickens avec Oliver, enfant des rues et alouette de la Tamise, Philippe Charlot et Manu Cassier font de Mudlarks le récit d’une double initiation : celle d’un garçon brutalement confronté à la misère londonienne et celle d’un futur écrivain découvrant, au contact des oubliés, la matière humaine de son œuvre.
« - Les producteurs doivent bien être masochistes pour produire tous ces films où ils sont dépeints en crapules.
- Drôle de théorie… Encore une cérébrale qui déteste le cinéma mais rêve d’en faire… »