Cinéma

Les Cloches des profondeurs (1993) de Werner Herzog : la foi dans tous ses états

Qu’il le fasse en tant que créateur ou d’observateur, Werner Herzog a consacré sa carrière à sa passion pour les êtres vivant aux marges du possible. Visionnaires ou mégalomanes déments, aventuriers ou marginaux, peu importe, le cinéaste les observe avec une curiosité insatiable.

La Grande Extase du sculpteur sur bois Steiner (1974) de Werner Herzog : le temps suspendu

A l’aide d’une caméra 16 mm haute vitesse, Herzog filme merveilleusement bien ce qui, dans ce sport atypique, constitue son vrai centre d’intérêt : ces instants où, suspendu dans l’air, le skieur défie le temps et l’espace. Loin de l’ingrate « solitude » du coureur de fond, le sauteur à ski est un rêveur qui offre son extase en spectacle.

Aaahh Belinda : pépite féministe du cinéma turc

Fort d’un dispositif mêlant confusion des réalités et dédoublement des identités, Aaahh Belinda d’Atıf Yılmaz s’affirme comme un conte féministe moderne, à la croisée de la comédie, du fantastique et de la fable allégorique. Derrière une esthétique parfois modeste, le film révèle une richesse de lecture et une portée politique affirmée : en faisant basculer Serap dans la vie de Naciye, il montre combien le quotidien constitue à la fois le lieu de la domination et le premier espace de résistance.

Fiction à l’américaine qui défie Hollywood sur Amazon

Premier film de Cord Jefferson, Fiction à l'américaine (American Fiction) est passionnant et s'inscrit dans l'héritage de Spike Lee et de James Baldwin. Un vibrant plaidoyer dénonçant avec une brillante satire et un drame subtil l'hypocrisie hollywoodienne sur Amazon Prime Video.

La Salle des Profs : dynamite de groupe

L’école est comme une deuxième maison, aussi bien pour les élèves que les enseignants. Tous sont colocataires et forment une famille d’une certaine manière, mais cet art de vivre possède des limites lorsque la communauté de "la salle des profs" est amenée à douter de sa cohésion. La sérénité n’est plus et une épidémie névrotique se propage dans les enceintes d’un établissement scolaire que l’on ne quitte jamais. Une étude sociale d’une intensité dramatique redoutable !

L’Empire : Il n’y aura pas de jouet à vendre

Le réalisateur français s'approprie le genre de la science fiction, pour le replacer dans un contexte bien spécifique : la Côte d'Opale et la campagne. Entre deux sessions de pêche au homard, Jony du peuple des « 0 », se défend contre la colonisation menée par les « 1 ». Protecteur du Prince, il prévient ainsi de son anéantissement par les « 1 ». Pourquoi ? Eh bien, nous ne le savons pas vraiment, et en définitive, cela n'a pas grande importance. Le cadre de science-fiction n'est qu'un prétexte pour capturer ce que Dumont affectionne.

Débâcle : prison de glace

Traumatisme d'enfance et les conséquences qui en découlent sont au cœur d'un récit initiatique plein de compassion. Il ne s'agit pas tout à fait d'un film de vengeance, ni d’une chronique sur la résilience. Dans une radicalité tétanisante, le premier long-métrage de Veerle Baetens exploite un filon entre ces deux registres et nous rend témoins d'une véritable "débâcle", dont le sens et la nature ne sont plus à réprimer.

Les Derniers Hommes, fantômes d’un ancien monde

Après Frères Ennemis et Loin des Hommes, David Oelhoffen et feu Jacques Perrin présentent Les Derniers Hommes, un survival tendu dans les traces de La 317e Section.

La Mère de tous les mensonges, d’Asmae El Moudir : le cinéma comme « endroit où l’indicible peut être dit »

Premier long-métrage de la réalisatrice marocaine Asmae El Moudir, La Mère de tous les mensonges explore le passé douloureux du Maroc à travers une enquête familiale ouvrant sur une reconstitution minutieuse des lieux, qui deviennent alors le terreau fertile des souvenirs et de la parole. Un documentaire où l’intime et le politique se nouent de façon passionnante.

Vivants d’Alix Delaporte : le journalisme, côté travail

Vivants est le 3e film d'Alix Delaporte, et certainement le plus abouti. À travers les yeux de Gabrielle, la réalisatrice nous ouvre les portes d'un journalisme fouillé et incarné. Chaque personnage trouve sa place au sein d'un scénario qui va vite et à l'essentiel. Une immersion qui n'oublie jamais de parler de vérité tout en faisant constamment de la fiction.

Dune : deuxième partie est un désert de magnificence

On l'imaginait déjà faire un sacré flop à sa sortie, en 2021 l'estomac serré. On le prenait pour un futur chef-d'œuvre incompris, inadapté au grand public, avec son récit d'introduction, ses longs plans de Zendaya en pub Dior sur le sable d'Arrakis. Pourtant, dès son arrivée, la tempête de sable Dune a tout emportée sur son passage. Dirigé par le miracle du cinéma Denis Villeneuve, dont l'intégralité de la filmographie atteint à minima l'excellence, l'adaptation du roman de Frank Herbert a émerveillé public et critiques. Le pari de sortir une partie 1 était risqué, Warner n'ayant pas donné le feu vert pour tourner les suites à la sortie. Aujourd'hui, Villeneuve a l'accord pour mener sa trilogie à son terme. Il se pourrait bien, mesdames et messieurs que l'on assiste à l'avènement de plus  la plus grande trilogie de l'histoire du cinéma. Car Dune : Deuxième partie, en plus d'être un des plus grands films de science fictions à avoir foulé nos écrans, est tout simplement l'une des meilleures suites jamais conçues. 

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