Les Derniers Hommes, fantômes d’un ancien monde

Après le polar noir Frères Ennemis en 2018, David Oelhoffen revient avec Les Derniers Hommes, un survival saisissant dans la lignée de son puissant western Loin des hommes et surtout de La 317e Section de Pierre Schoendoerffer. À la production, feu Jacques Perrin offre son ultime contribution au cinéma français, faisant ainsi écho à son rôle emblématique dans le film culte de 1965. Les Derniers Hommes plonge au cœur de la lutte pour la survie d’une troupe de légionnaires lors du coup fatal japonais de 1945 en Indochine française.

Apocalypse absurde

Lors du tournage fiévreux d’Apocalypse Now, l’une des influences de Francis Ford Coppola fut La 317e Section, un monument du cinéma français au réalisme saisissant. Aussi, considéré comme l’un des grands films de guerre hexagonal, ce long-métrage offre toujours un hommage poignant aux soldats anonymes et révèle une dimension dérisoire et humaniste chère à Pierre Schoendoerffer. Avant tout, en plongeant dans les ultimes jours de la Guerre d’Indochine en 1954, La 317e Section dévoile un gigantesque bourbier militaire et symbolique, témoin de la chute à venir de l’Empire colonial français.

En 1965, cette fresque révélait l’enfer que traversèrent ces combattants, devenus les ombres oubliées de l’Histoire de France en moins d’une décennie. Et en 2024, Les Derniers Hommes ressuscite une poignée de légionnaires invalides résolue à s’enfoncer dans la jungle indochinoise et dans la pénombre des prémisses d’une impasse politique et militaire oubliée. Leur mission : rejoindre les dernières bases alliées, distantes de plus de 300 km. Cependant, alors que le Japon finit par contrôler l’intégralité de l’Indochine française en 1945, cette force combattante d’étrangers et de repris de justice doit traverser une végétation dense, hostile et… absurde. De fait, c’est par ce motif que David Oelhoffen captive, façonnant une immersion brutale et particulièrement crédible, où l’ambition est de construire un pont visuel et narratif entre l’absurdité baroque d’Apocalypse Now et le cinéma-vérité de La 317e Section.

La Marche de la peur

Toutefois, même si ces fantômes d’un ancien monde frappent par leur humanité et leur authenticité, notamment grâce à une distribution remarquable, Les Derniers Hommes reste prudent et ne s’éloigne pas de ses modèles. De plus, écrasé par un grand nombre de références, David Oelhoffen peine à dépasser le questionnement, finalement vain, que suscite cette galerie d’archétypes. Ces figures contrastées, parées d’attirails et de vécus différents, alimentent l’émergence de la folie et la tension incessante du film de survie. Et malgré ce terreau narratif, le métrage s’enfonce inexorablement dans cette forêt tropicale, fusionnant avec son environnement grâce à une mise en scène régulière, mais teintée d’un classicisme évanescent.

Pour ces raisons, les personnages ne parviennent jamais à s’affirmer pleinement, le cinéaste centrant son récit sur le conflit entre l’individu et le collectif. Cette réflexion donne une profondeur à ce survival atmosphérique, mais Les Derniers Hommes s’enlise dans une structure narrative rigide et labyrinthique, aboutissant à un dénouement prévisible. Cette impression est renforcée par une voix-off excessive et mécanique, alternant entre la dimension mémorielle et l’outil narratif. De même, l’environnement demeure sous-exploité, notamment lorsqu’une brève réflexion métaphysique semble échapper au métrage.

Néanmoins, malgré ses limites apparentes, Les Derniers Hommes épouse une tension palpable et un pacifisme naturaliste. Le métrage rend un hommage puissant aux légionnaires laissés pour compte, confrontés à une violence sourde et débridée.

Bande-annonce – Les Derniers Hommes

Synopsis : 9 mars 1945 : l’armée japonaise lance un assaut foudroyant contre les troupes françaises en Indochine. Traquée par l’ennemi, une colonne de légionnaires déjà affaiblis s’élance au cœur de la jungle pour rallier les bases alliées à plus de 300 km.

Fiche Technique : Les Derniers Hommes

Réalisation : David Oelhoffen
Scénario : David Oelhoffen, d’après le roman Les Chiens jaunes d’Alain Gandy
Production : Frédéric Bouté, Jacques Perrin, Nicolas Elghozi, Mathieu Simonet

Musique originale : Superpoze
Distribution : Tandem Films
France – 2024 – 120 mns – Visa 122412
Avec Guido Caprino, Andrzej Chyra & Nuno Lopes
Sortie le 21 février 2024

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