Critiques films

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.

Fermer les yeux de Victor Erice : la mémoire sur pellicule

Le réalisateur espagnol Victor Erice signe avec Fermer les yeux un drame testamentaire empreint de nostalgie et d'amour du cinéma. En traitant de la mémoire, du vieillissement et du deuil, le cinéaste de quatre-vingt-trois ans signe un film somme sur la puissance de l'image, malheureusement un peu dissous au sein d'une trop longue narration. Si Victor Erice incite à ne pas s'enfermer dans les souvenirs, il en dépeint la force émotionnelle et le rôle essentiel qu'ils jouent pour notre identité. S'il faut "fermer les yeux", c'est bien à cause de la puissance évocatrice de l'image, qui telle une madeleine de Proust, nous ramène à des moments véçus, des émotions trop vives. Malgré ses sujets intéressants, Fermer les yeux ne se révèle pas facilement. Le film prend en effet tout son temps, peut-être un peu trop, à installer son climat, ses personnages, ses silences, ses moments de vie fugaces tels qu'une chanson fredonnée au coin du feu ou la cueillette des tomates au potager. Le film laisse donc en tête de belles images, mais aussi un petit goût de déception face à une œuvre dont le traitement étouffe quelque peu son potentiel dramatique. 

New Gods : Nezha Reborn, tout feu tout flammes

Après deux mois d’exploitation dans les salles chinoises, New Gods : Nezha Reborn a trouvé un second souffle à l’international via Netflix au printemps 2021. Les mythes et légendes du folklore chinois s’ouvrent à nous dans un univers steampunk et cyberpunk, où les divinités se réincarnent afin de poursuivre les combats qu’ils mènent à travers toutes les générations. Entre le film de super-héros et d’arts martiaux, ce nouveau bijou d’animation promet une épopée épique et tragique.

Blue Beetle ne casse pas trois pattes à un cafard

Malgré quelques excellentes surprises, le DC Extended Universe n'a été qu'une succession d'échecs. Alors, comme frappé par un éclair de génie (qu'on aurait aimé voir dans The Flash), Warner a décidé de prendre sa première décision intelligente depuis des lustres : l'euthanasie. Laisser mourir pour reconstruire. C'est désormais sur un reboot complet, chapeauté par James Gunn, que se dirigeront les films de l'univers cinématographique DC. L'arc Gods and Monsters est lancé. Blue Beetle, auparavant destiné à la VOD et au Snyderverse, se retrouve propulsé au cinéma en tant que premier représentant de ce tout nouvel arc. Quelqu'un aurait un insecticide ?

La boîte à vieillir de « La Bête dans la jungle »

Adapté d’un bref roman d'Henry James, La Bête dans la jungle de Patric Chiha est un drôle d’objet cinématographique, hiératique et languissant, mystérieux et étrange. Ode aux époques bafouées.

Infiltrée : la violence dans la peau

Entre l’autorité parentale défaillante et celui des hommes cupides, Infiltrée évoque le désir d’émancipation d’une jeunesse prise au piège dans un cycle de violence. Les gangs sont les nouveaux points de chute de pour ces enfants du Guatemala, qui ne peuvent pas toujours sortir du monde de la nuit ou celui de leurs bourreaux. Le courage d’une sœur peut-il suffire à rendre justice à ces âmes égarées ? Justin Lerner nous invite justement à cette réflexion.

Fragments d’un parcours amoureux ou la danse de l’archive de Chloé Barreau

Pendant plus de trente ans, entre Rome et Paris, Chloé Barreau écrit, photographie, filme sans relâche sa vie amoureuse, "une vie sous attentat d'amour" faite d'urgences, d'élans, d'ivresses et de mensonges, de passions et de souvenirs en germination, cette vie intime profondément romanesque est le cœur du nouveau documentaire de la cinéaste, Fragments d'un parcours amoureux, présenté à la 20eme édition des Giornate degli Autori dans la section Nuits Vénitiennes.

Le Gang des Bois du Temple : le Samouraï

Septième long-métrage de Rabah Ameur-Zaïmeche, Le Gang des Bois du Temple brille d’un bel éclat sombre dans la filmographie du réalisateur. Aussi dépouillé qu’un film de Melville, il suit le succès d’un casse et ses conséquences funestes.

Reality : sweet home america

Qu’y a-t-il de plus désarmant que de ne plus se sentir chez soi ? Reality ne se contente pas simplement de répondre à cette interrogation, mais transcende les faits d’une perquisition qui tourne en rond. Sur l’appui d’un authentique script, ce huis clos installe délicatement un sentiment d’insécurité et d’angoisse chez une femme qui n’a peut-être plus grand-chose à perdre.

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