"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.
Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.
Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
"Le Rêve américain" d’Anthony Marciano est un drôle de film sans être d’ailleurs un film franchement drôle. Drôle dans son projet de réunir deux des acteurs contemporains les plus populaires, Jean-Pascal Zadi et Raphaël Quenard, tout en jouant la carte de la tonalité modeste, neutre, presque atone. S’il est un trait saillant de l’aventure inspirée de l’histoire vraie de ces deux jeunes passionnés de basket devenus agents stars du monde de la NBA, c’est cela : une absence de panache, de brio et un jeu très retenu des deux protagonistes, Quenard et Zadi. Comme si Marciano avait passé son temps à leur demander de jouer au rabais ou de ravaler leur intensité.
Avec Rental Family, Hikari s’empare du phénomène singulier des agences de location familiales, apparues au Japon dans les années 1980, pour en faire le cadre d’une comédie dramatique délicate. Le film suit Philipp, un acteur américain isolé à Tokyo, interprété avec finesse par Brendan Fraser. Engagé malgré lui pour jouer des rôles de proches — père, mari, journaliste — il découvre, au fil de deux missions marquantes, combien ces relations factices réveillent chez lui une sensibilité enfouie. À travers ces rencontres, notamment avec une fillette en quête d’un père et un vieux réalisateur en manque d’affection, Hikari explore la solitude, le besoin de lien et l’impossibilité de tricher avec les émotions. Porté par une mise en scène subtile, un jeu de couleurs évocateur et un regard tendre sur la culture japonaise, Rental Family devient un récit touchant où fiction et réalité se confondent pour mieux révéler l’humanité des personnages.
Héritier du "Naked" fiévreux de Mike Leigh, Harris Dickinson signe avec "Urchin" un premier film hérissé comme son titre. Porté par un Franck Diliane électrique, ce récit à rebrousse-poil refuse toute rédemption facile pour filmer l’entropie d’un homme qui ne peut pas devenir un produit du Capital. Une claque tendue, d’une rudesse empathique.
Pour la Saint-Valentin, Emerald Fennell offre un anti-cadeau : une passion destructrice filmée comme un cauchemar charnel où le sang remplace les roses. Son "Hurlevent" mise tout sur la provocation visuelle — sang, désir, textures organiques — mais dilue la violence morale du roman. La stylisation excessive s’oppose à la profondeur émotionnelle, débouchant ainsi sur une adaptation qui fascine autant qu'elle frustre.
Retrouver un poste n'est pas toujours une chose aisée, d'autant plus dans le milieu ouvrier, où la machine remplace progressivement la main de l'homme. Pour survivre dans ce monde capitaliste en déclin, un père de famille licencié ne trouve qu'une seule solution : éliminer, un par un, ses concurrents potentiels. L’histoire est connue. Tirée du roman "Le Couperet" de Donald Westlake, déjà adapté en 2005 par Costa-Gavras, elle se marie volontiers à tous les genres et toutes les langues. "Aucun autre choix", la version de Park Chan-Wook, compose une satire sociale acerbe mêlant violence, humour noir et grotesque. Un mélange des genres bien rodé, qui manque malheureusement de sel.
"Send Help" marque le retour de Sam Raimi à la série B avec un film de survie mêlant humour noir, gore et tension sur une île déserte. Porté par Rachel McAdams et Dylan O’Brien, ce duel cruel explore les rapports de force et offre un divertissement sanglant et jubilatoire.
Avec une justesse mélancolique et une élégance sobre, "À pied d’œuvre" de Valérie Donzelli, adaptation du récit de Franck Courtès, explore ces moments de fragilité humaine où la vie semble authentique, mais échoue à capturer le vertige et la violence d’une vie dévouée à l’écriture.
Bien servi par un casting solide, une production impressionnante et une confrontation entre deux personnages qui fait tout le sel de son film, James Vanderbilt s’embourbe en revanche de manière coupable dans son évocation de l’Histoire avec un H majuscule.
Le Principe de Wellington de Nathalie Léger : une commande de scénario sur l’aveu devient une enquête vertigineuse sur l’écriture, la vérité et les masques du « je ». Entre anagnorisis tragique, Wittgenstein, Emily Dickinson et imitation des personnages aimés, la narratrice-écrivaine explore les confins du langage et de la fiction, interroge les affres de la création et la culpabilité, et tisse une émouvante apologie de la relation entre frères et sœurs.
« - Eu cartonne of Lucky Strike fore ziss fez en poil de cul !? Tut’moques de moi, l’ami ?
- Yes, my friend. Ten packs ! That’s a very good price for you… »
Tyler Boss et Martin Simmonds reprennent le mythe du Fantôme dans un récit d’enquête où le prestige du spectacle autorise toutes les outrances. Paru chez Urban Comics, ce volume de la collection Universal Monsters doit autant à son atmosphère graphique qu’à sa manière de faire du théâtre un lieu de désir, de peur et de faux-semblants.
Dans "Géographie du rap : Villes et scènes en France et aux États-Unis", le géographe Séverin Guillard étudie les signes et lignes de force qui relient les artistes à leurs villes, ainsi que les inégalités qui séparent les scènes locales des centres de l’industrie musicale. De Lille à Atlanta en passant par Paris, représenter un lieu, c’est aussi revendiquer sa place sur un échiquier complexe.
Dans "Le Parfum des feuilles de thé" (Robert Laffont), Camille Monceaux et Virginie Blancher suivent Akane et Mayumi, deux jeunes femmes qui quittent Tokyo pour reprendre une plantation familiale. Au rythme des récoltes, leur installation devient une histoire de transmission et de choix de vie, non sans doutes.