Gérardmer 2026 : Veuf éploré, Stoners anthropophages, Pissenlits survivalistes et French Dreamer envieux
Gérardmer 2026 : les vertiges de la maternité et le poids des origines, en toutes langues, allemande, anglaise et indonésienne
Marty Supreme, Coutures, Kiss of the Spider Woman : du ping-pong synthétique à l’orgue sous les paillettes
Accueil Cinéma Critiques films Rémy Fiers·6 février 2026·10 min de lecture·0Send Help : SOS collègue en détresse PartagerFacebookTwitterPinterestEmail Rémy Fiers On n’attendait pas forcément le grand Sam Raimi là, dans ce type de production, après son passage majoritairement réussi dans de nombreux blockbusters hollywoodiens. Mais il faut avouer que cette série B est une bonne surprise sur bien des aspects. En mélangeant le film de survie avec une bonne dose d’humour noir, une louchée de gore et une pincée d’analyse sociale et psychologique, le cinéaste nous convainc. Pendant près de deux heures, on prend un malin plaisir à voir ces deux personnages, incarnés par un duo en osmose et en pleine forme, s’écharper. C’est souvent très sanglant, parfois drôle et toujours palpitant. Le cinéaste se sert bien de son décor insulaire et on regrette juste qu’il n’y aille pas plus à fond dans le sadisme et la méchanceté. Send Help se positionne néanmoins comme le parfait divertissement du samedi soir. Synopsis : Seuls rescapés d’un accident d’avion, Linda Liddle et Bradley Preston se retrouvent à présent coincés sur une île déserte. Pour ces deux collègues que tout oppose, l’heure est venue de surmonter les griefs du passé et de travailler ensemble pour tenter de s’en sortir. Sauf qu’en fin de compte la bataille pour la survie devient une épreuve de force, inquiétante et cruellement drôle, où chacun veut jouer au plus fin… Le papa de la saga Evil Dead et architecte de la première trilogie Spider-Man tourne de moins en moins. Durant les années 90 et 2000, le réalisateur nous gratifiait d’au moins un film tous les deux ans, si ce n’est plus, mais depuis son incursion dans le monde hollywoodien et ses blockbusters à plusieurs centaines de millions de dollars, le bonhomme semble moins prolifique, comme si ces gros tournages l’épuisaient. Il a certes fait quelques brefs détours dans le monde bien rempli des séries et s’occupe de produire via sa société de production Dark Castle. Cependant, il y avait eu presque dix ans entre Le Monde fantastique d’Oz et son passage au sein du Marvel Cinematic Universe avec le sympathique Doctor Strange in the Multiverse of Madness. Et il y avait déjà eu plus de quatre ans entre Jusqu’en enfer (sa petite pause série B à plus petit budget) et son film familial au pays de Dorothée. Son opus 2026, Send Help, semble être également sa petite pause film de genre plus confidentiel et moins imposant, quatre ans après le film Marvel sur le sorcier incarné par Benedict Cumberbatch. Et si on est habitué à le voir revenir à ses amours horrifiques baignés dans le gore sans complexe, comme une sorte de thérapie entre des films de super-héros ou de mondes imaginaires, la proposition qu’il nous offre ici est relativement étonnante. En effet, avec Send Help, il s’agit, a priori, d’un film de survie sur une île déserte entre deux personnes. Mais ce serait mal connaître l’artiste que de penser qu’il allait se circonscrire uniquement à cela. Forcément, il va y distiller son goût prononcé pour l’humour (très) noir, son adoration pour le sang ainsi qu’une absence de morale assez jubilatoire, servie par des personnages détestables et sans pitié. Au final, Send Help s’avère donc bien être un film de Sam Raimi dont seul l’emballage pourrait lui sembler étranger de prime abord. Première bonne pioche pour le long-métrage : le casting principal est excellent. Pour incarner ce patron déplaisant, hautain et misogyne ainsi que cette employée volontaire, pas très glamour et pleine de surprises, il fallait un duo qui fonctionne à plein régime puisqu’ils seraient quasiment seuls à l’écran la majeure partie du film. Rachel McAdams, actrice constante et connue sans être trop célèbre, nous délivre une prestation intense et savoureuse de jeune femme frustrée, bien plus maligne et cruelle qu’attendu. En face, un jeune comédien découvert dans la saga « Le Labyrinthe » qui ne cesse de surprendre récemment dans des films malheureusement méconnus. Il est question du brillant Dylan O’Brien, vu l’an passé dans l’immense et immanquable Anniversary, encore inédit en France, et le très beau Twinless. Il développe donc une palette de jeu large et nous surprend à chaque nouveau rôle. Méprisable et particulièrement lâche ici, il excelle dans ce rôle de boss où les rapports s’inversent et où la cruauté pointe le bout de son nez. Il parvient à la fois à être drôle, détestable et attachant. L’association de ces deux acteurs fait des merveilles dans ce jeu de massacre aussi amusant que trash. Le décor de l’île paradisiaque est parfaitement exploité et les effets spéciaux sont suffisamment intégrés pour ne pas laisser transparaître le tournage en studio. Après un crash volontairement rocambolesque et intense, Send Help prend son temps pour infuser la dynamique entre les deux personnages. Une dynamique qui va s’inverser plusieurs fois au rythme de chantages, moments de charme et autres vengeances bien amenés. Il faut avouer que le rebondissement final est peut-être imprévisible mais qu’il laisse un léger goût de déjà-vu ou de roublardise. Pareillement, on aurait aimé encore plus de méchanceté. On a presque le ressenti que Raimi retient ses coups. Attention, il y a bien un déferlement de gore et de sadisme, mais il arrive assez tard et on sait pourtant que le monsieur sait ne pas faire dans la dentelle. On s’attendait donc à plus bourrin dans le bain de sang et les coups, mais on en a tout de même pour notre argent. Le profil psychologique des deux personnages n’est pas trop succinct pour qu’on y trouve son compte. À ce niveau, le long-métrage s’élève plus haut qu’une bonne palanquée de séries B de survie. Grâce à ses acteurs, à ses dialogues plus fouillés qu’un banal film de genre et à un souci de dévoiler progressivement et intelligemment leurs forces et faiblesses, il y a une valeur ajoutée narrative et psychologique indéniable. La manière dont chacun va user des forces et des faiblesses mentales et physiques de l’autre est admirable et bien vue. En ce qui concerne l’analyse sociale, on pense beaucoup à une œuvre ayant reçu récemment la Palme d’or dans un tout autre genre mais avec un cadre similaire et une inversion des rapports de force identique : Triangle of Sadness et ses riches échoués sur une île déserte, après un naufrage cette fois. C’est cependant moins drôle et cynique ici et accompagné d’une autre approche des rapports : celle homme-femme, bien sûr. Le film confronte avec brio la misogynie de l’un avec le vice de l’autre, où tout le monde en prend pour son grade. Prenant du début à la fin et aussi drôle qu’intense et sanglant, voilà un bon divertissement du samedi soir par un auteur qui se prend une petite récréation avec brio. Bande-annonce – Send Help Fiche technique – Send Help Réalisateur : Sam Raimi Scénariste : Mark Swift & Damian Shannon Production : 20th Century Studios Distribution : The Walt Disney Company Interprétation : Rachel McAdams, Dylan O’Brien, Dennis Haysbert, Chris Pang, Xavier Samuel, … Genres : Thriller – Horreur – Social – Comédie Date de sortie : 11 février 2026 Durée : 1h53 Pays : États-Unis Note des lecteurs1 Note3.5