Send Help : SOS collègue en détresse

On n’attendait pas forcément le grand Sam Raimi là, dans ce type de production, après son passage majoritairement réussi dans de nombreux blockbusters hollywoodiens. Mais il faut avouer que cette série B est une bonne surprise sur bien des aspects. En mélangeant le film de survie avec une bonne dose d’humour noir, une louchée de gore et une pincée d’analyse sociale et psychologique, le cinéaste nous convainc. Pendant près de deux heures, on prend un malin plaisir à voir ces deux personnages, incarnés par un duo en osmose et en pleine forme, s’écharper. C’est souvent très sanglant, parfois drôle et toujours palpitant. Le cinéaste se sert bien de son décor insulaire et on regrette juste qu’il n’y aille pas plus à fond dans le sadisme et la méchanceté. Send Help se positionne néanmoins comme le parfait divertissement du samedi soir.

Synopsis : Seuls rescapés d’un accident d’avion, Linda Liddle et Bradley Preston se retrouvent à présent coincés sur une île déserte. Pour ces deux collègues que tout oppose, l’heure est venue de surmonter les griefs du passé et de travailler ensemble pour tenter de s’en sortir. Sauf qu’en fin de compte la bataille pour la survie devient une épreuve de force, inquiétante et cruellement drôle, où chacun veut jouer au plus fin…

Le papa de la saga Evil Dead et architecte de la première trilogie Spider-Man tourne de moins en moins. Durant les années 90 et 2000, le réalisateur nous gratifiait d’au moins un film tous les deux ans, si ce n’est plus, mais depuis son incursion dans le monde hollywoodien et ses blockbusters à plusieurs centaines de millions de dollars, le bonhomme semble moins prolifique, comme si ces gros tournages l’épuisaient. Il a certes fait quelques brefs détours dans le monde bien rempli des séries et s’occupe de produire via sa société de production Dark Castle.

Cependant, il y avait eu presque dix ans entre Le Monde fantastique d’Oz et son passage au sein du Marvel Cinematic Universe avec le sympathique Doctor Strange in the Multiverse of Madness. Et il y avait déjà eu plus de quatre ans entre Jusqu’en enfer (sa petite pause série B à plus petit budget) et son film familial au pays de Dorothée. Son opus 2026, Send Help, semble être également sa petite pause film de genre plus confidentiel et moins imposant, quatre ans après le film Marvel sur le sorcier incarné par Benedict Cumberbatch.

Et si on est habitué à le voir revenir à ses amours horrifiques baignés dans le gore sans complexe, comme une sorte de thérapie entre des films de super-héros ou de mondes imaginaires, la proposition qu’il nous offre ici est relativement étonnante. En effet, avec Send Help, il s’agit, a priori, d’un film de survie sur une île déserte entre deux personnes. Mais ce serait mal connaître l’artiste que de penser qu’il allait se circonscrire uniquement à cela. Forcément, il va y distiller son goût prononcé pour l’humour (très) noir, son adoration pour le sang ainsi qu’une absence de morale assez jubilatoire, servie par des personnages détestables et sans pitié. Au final, Send Help s’avère donc bien être un film de Sam Raimi dont seul l’emballage pourrait lui sembler étranger de prime abord.

Première bonne pioche pour le long-métrage : le casting principal est excellent. Pour incarner ce patron déplaisant, hautain et misogyne ainsi que cette employée volontaire, pas très glamour et pleine de surprises, il fallait un duo qui fonctionne à plein régime puisqu’ils seraient quasiment seuls à l’écran la majeure partie du film. Rachel McAdams, actrice constante et connue sans être trop célèbre, nous délivre une prestation intense et savoureuse de jeune femme frustrée, bien plus maligne et cruelle qu’attendu.

En face, un jeune comédien découvert dans la saga « Le Labyrinthe » qui ne cesse de surprendre récemment dans des films malheureusement méconnus. Il est question du brillant Dylan O’Brien, vu l’an passé dans l’immense et immanquable Anniversary, encore inédit en France, et le très beau Twinless. Il développe donc une palette de jeu large et nous surprend à chaque nouveau rôle. Méprisable et particulièrement lâche ici, il excelle dans ce rôle de boss où les rapports s’inversent et où la cruauté pointe le bout de son nez. Il parvient à la fois à être drôle, détestable et attachant. L’association de ces deux acteurs fait des merveilles dans ce jeu de massacre aussi amusant que trash.

Le décor de l’île paradisiaque est parfaitement exploité et les effets spéciaux sont suffisamment intégrés pour ne pas laisser transparaître le tournage en studio. Après un crash volontairement rocambolesque et intense, Send Help prend son temps pour infuser la dynamique entre les deux personnages. Une dynamique qui va s’inverser plusieurs fois au rythme de chantages, moments de charme et autres vengeances bien amenés. Il faut avouer que le rebondissement final est peut-être imprévisible mais qu’il laisse un léger goût de déjà-vu ou de roublardise. Pareillement, on aurait aimé encore plus de méchanceté. On a presque le ressenti que Raimi retient ses coups. Attention, il y a bien un déferlement de gore et de sadisme, mais il arrive assez tard et on sait pourtant que le monsieur sait ne pas faire dans la dentelle. On s’attendait donc à plus bourrin dans le bain de sang et les coups, mais on en a tout de même pour notre argent.

Le profil psychologique des deux personnages n’est pas trop succinct pour qu’on y trouve son compte. À ce niveau, le long-métrage s’élève plus haut qu’une bonne palanquée de séries B de survie. Grâce à ses acteurs, à ses dialogues plus fouillés qu’un banal film de genre et à un souci de dévoiler progressivement et intelligemment leurs forces et faiblesses, il y a une valeur ajoutée narrative et psychologique indéniable. La manière dont chacun va user des forces et des faiblesses mentales et physiques de l’autre est admirable et bien vue.

En ce qui concerne l’analyse sociale, on pense beaucoup à une œuvre ayant reçu récemment la Palme d’or dans un tout autre genre mais avec un cadre similaire et une inversion des rapports de force identique : Triangle of Sadness et ses riches échoués sur une île déserte, après un naufrage cette fois. C’est cependant moins drôle et cynique ici et accompagné d’une autre approche des rapports : celle homme-femme, bien sûr. Le film confronte avec brio la misogynie de l’un avec le vice de l’autre, où tout le monde en prend pour son grade. Prenant du début à la fin et aussi drôle qu’intense et sanglant, voilà un bon divertissement du samedi soir par un auteur qui se prend une petite récréation avec brio.

Bande-annonce – Send Help

Fiche technique – Send Help

Réalisateur : Sam Raimi
Scénariste : Mark Swift & Damian Shannon
Production : 20th Century Studios
Distribution : The Walt Disney Company
Interprétation : Rachel McAdams, Dylan O’Brien, Dennis Haysbert, Chris Pang, Xavier Samuel, …
Genres : Thriller – Horreur – Social – Comédie
Date de sortie : 11 février 2026
Durée : 1h53
Pays : États-Unis

Note des lecteurs1 Note
3.5

Festival

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Deauville 2026 : The Last Pickpocket in New York, les mains dans les poches

Comment survivent les voleurs à la tire dans notre société moderne ultra connectée, où l'argent est devenu virtuel et les téléphones des traceurs ambulants ? En partant de cette question simple, "The Last Pickpocket in New York" propose un polar urbain délicieusement rétro qui rend hommage aux classiques du genre. Porté par la performance impeccable de John Turturro, le film convainc plus par son atmosphère nostalgique que par son scénario ingénu.

Deauville 2026 : The Man I Love, la fureur de vivre

Dans "The Man I Love", Ira Sachs met en scène Rami Malek dans le rôle d'un acteur confronté à la mort. Entre répétitions, danses, chants et désirs sexuels, il compose une ode à la vie exaltant le plaisir de chaque instant. Un drame queer qui manque malheureusement de consistance et d'émotion pour pleinement s'affirmer.

Deauville 2026 : Mouse, la souricière du chagrin

Présenté en compétition au Festival de Deauville après avoir reçu un très bon accueil à la Berlinale, "Mouse" déploie un récit de deuil adolescent sensible et délicat porté par un somptueux duo d’actrices. En filmant l’intime avec autant de tendresse que de naturalisme, Kelly O’Sullivan et Alex Thompson s’imposent comme des cinéastes incontournables du cinéma indépendant américain.

Newsletter

À ne pas manquer

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

The Dog Stars : Ridley Scott s’essaie au post-apo (en pantoufles)

Dans un monde post-pandémique, Ridley Scott livre un survival maîtrisé mais sans surprise, porté par Jacob Elordi, Josh Brolin et Margaret Qualley dans les paysages du Colorado.