Rental Family : Quand la réalité se joue de la fiction

Dans Rental Family, Hikari explore avec délicatesse un phénomène méconnu du Japon contemporain : les agences de location de proches. À travers le parcours d’un acteur américain isolé dans un pays dont il ne maîtrise ni les codes ni les silences, la réalisatrice dévoile une société en quête de liens authentiques, où les rôles empruntés finissent parfois par révéler de vraies émotions.

Pour son cinquième long-métrage, la réalisatrice nippone Mitsuyo Miyazaki, appelée Hikari, s’est intéressée à un phénomène de société de ces nombreuses agences de location familiales, apparues dans les années 1980 au Japon. Elles proposent des acteurs professionnels aux familles qui ont un besoin ponctuel d’un proche de toute nature : père, mari, fils, ou toute autre personne qui doit jouer un rôle important. Sans éclairer à proprement parler cette particularité sociétale, inconnue ailleurs, la réalisatrice met cependant bien en évidence la solitude et le besoin de lien social qu’ont les Japonais.

Bâti sur un scénario co-écrit avec l’américain Stephen Blabut, le film fait intervenir une de ces agences tokyoïtes, avec un patron stressé par son fonctionnement, et un Gaijin américain -ces étrangers nombreux au Japon- acteur au chômage, enchaînant casting sur casting. Prénommé Philipp, il est lui-même dans une grande solitude et perdu dans ce pays à la culture si particulière et par bien des aspects impénétrable, pour nous Occidentaux. Remarqué par son rôle alimentaire dans une publicité, il est ainsi contacté par l’agence pour des rôles familiaux, ce qu’il accepte à contrecœur en attendant un vrai rôle de cinéma. Et si cela génère quelques situations comiques, voire invraisemblables, ce n’est pas cela qui fait aimer le film, et d’ailleurs on s’en passerait bien.

Pourtant deux histoires particulières, qui traversent le film, vont voir Philipp exprimer ses émotions et sa sensibilité propres, allant nettement au-delà de ce qui lui est demandé, au grand damne du patron de l’agence :

– Ce rôle pourtant anodin d’un père, mais indispensable pour une petite fille dont la mère veut qu’elle intègre la meilleure école;

– Cet autre, très différent, d’un journaliste qui doit préparer un article sur la carrière d’un vieux réalisateur, manquant cruellement d’affection de sa fille.

Pour incarner le Gaijin Philipp, Hikari fait le choix audacieux mais très judicieux de Brendan Fraser, (Oscar du meilleur acteur pour The Whale en 2023), un acteur tout en finesse de jeu, de délicatesse et d’écoute, au physique rassurant, débonnaire, et au regard exorbité favorisant les interrogations et les non-dits. Tranchant ainsi avec le physique des autres acteurs, tous japonais, la réalisatrice sait créer grâce à lui la narration émotionnelle qui sort du cadre de la fiction, tant avec la petite Mia, magnifiquement interprétée, et ce vieux monsieur intrépide qui part à la recherche de ses racines.

Comme si, aux deux extrémités de la vie, on ne triche pas avec ses sentiments et aucun rôle inventé ne peut embellir ou remplacer l’authenticité de la réalité ! Ces deux histoires déclenchent les plus fortes émotions, et on n’est pas loin de verser une petite larme.

La réalisatrice sait aussi jouer avec les couleurs de ses images, froides au début, accentuant sur le côté dépressif de Philipp, puis devenant chaudes quand les relations humaines vraies se développent, lui réchauffant le cœur, et le spectateur avec !

Hikari nous offre aussi un voyage dans la belle campagne japonaise, échappant ainsi par moments à la tristesse du milieu urbain.

Par une mise en scène impeccable, mêlant réalité et fiction, Rental Family est une comédie dramatique étonnante et sensible par bien des aspects, au pays du Soleil-Levant, qui perce, un peu, les mystères de la culture japonaise, en explorant avec justesse les liens parents-enfants.
A voir par curiosité pour un beau moment de cinéma et un Brendan Fraser avec qui on se sent bien !

Bande  annonce – Rental Family

Fiche technique – Rental Family

Réalisation : Hikari (Mitsuyo Miyazaki)
Scénario : Hikari, Stephen Blahut
Interprètes : Brendan Fraser (Phillip Vandarpleog), Mari Yamamoto (Aiko), Takehiro Hira (Shinji), Shannon Mahina Gorman (Mia Kawasaki), Akira Emoto (Kikuo Hasegawa), Paolo Andrea Di Pietro (Jolie actrice), Shinji Ozeki (Directeur du casting), Yuji Komatsu (Voisin), Ryoko Osada (Voisine), Gan Furukawa (Voisin), Risa Kameda (Voisine), Kana Kitty (Voisine)
Photographie : Takuro Ishizaka
Directrice du casting : Yumi Takada
Montage : Alan Baumgarten, Thomas A. Krueger
Maquillage et coiffure : Hiromi Momose
Décors : Norihiro Isoda, Masao Takiyama
Musique : Jónsi, Alex Somers
Production : Hikari, Shin Yamaguchi, Eddie Vaisman, Julia Lebedev
Producteurs délégués : Stephen Blahut, Tomo Koizumi, Taylor Friedman, Daniel Yu Ni
Distribution / Presse : Floriane Mathieu, Go-Oun Jung
Sociétés de production : Sight Unseen, Searchlight
Société de distribution France : The Walt Disney Company France
Date de sortie : 4 février 2026 en salle | 1h 50min | Comédie, Drame

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3.5

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Bruno Arbaudhttps://www.lemagducine.fr/
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