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Cinéma du mois d’octobre : Terminator, Joker, Chambre 212…

Les prémisses de l’automne dans les salles obscures ont été marquées par l’hyper présence du cinéma américain avec ses grosses productions : le dernier Rambo, Joker, Terminator. Au milieu d’eux, le cinéma français crée sa place avec le retour de Christophe Honoré à son plus haut niveau et la petite percée pleine de tendresse de Nicolas Vanier. Retour sur le mois d’octobre au cinéma.

Joker, de Todd Phillips : la claque incisive que personne n’attendait

Sur le papier, Joker avait tout du projet hybride qui avait peu de chance de fonctionner. Entre un réalisateur de comédies – Todd Phillips, responsable de la trilogie Very Bad Trip – et Martin Scorsese à la production – avant qu’il délaisse le poste à d’autres personnes de sa société, nous ne savions pas comment appréhender ce film annoncé comme atypique. Jusqu’à ce que les premières critiques, dithyrambiques, tombent. Que les récompenses pleuvent. Nous ne pouvons que leur donner raison : Joker est un chef-d’œuvre ! Un mélange entre Batman et Taxi Driver d’une incroyable maîtrise, sachant faire honneur à l’antagoniste éponyme tout en balançant à la figure du spectateur une déconstruction incisive du rêve américain. Poisseux, dramatique, poétique, inquiétant, alarmant… Joker bouleverse les films de super-héros voire du cinéma en général comme l’avait fait The Dark Knight à son époque. Et si nous citons le film de Christopher Nolan, c’est pour dire que, malgré tout le bien que nous pensons de la prestation de Heath Ledger, celle-ci se retrouve à jamais éclipsée par Joaquin Phoenix. Habité par le personnage, le comédien pousse son talent vers des retranchements insoupçonnés, livrant une interprétation tout simplement mémorable. Tantôt touchant au possible tantôt au bord de la folie explosive, le protagoniste y trouve l’une de ses meilleures adaptations, si ce n’est LA meilleure ! Grandiose !

-Sebastien Decocq

Bombardé plus grosse attente de cette fin d’année depuis son triomphe surprise à la dernière Mostra de Venise, c’est peu dire que Joker cristallisait dans son sillage beaucoup d’impatience. Allait-on enfin voir une déclinaison super-héroique capable de rivaliser avec le Dark Knight qui avait su en son temps conjuguer grand spectacle et réussite critique ou allait-on voir une oeuvre dont le soufflé allait retomber rapidement ? Force est d’admettre qu’avec Joker, on penche pour la première catégorie tant l’oeuvre de Todd Phillips, à défaut de réinventer quoi que ce soit, ose une approche éminemment sombre et nihiliste d’un homme, moqué de tous, détruit par une société individualiste et mesquine et qui va se relever en s’assumant comme un génie du crime. C’est beau, ça fait froid dans le dos et Joaquin Phoenix semble habité par son rôle, pour un résultat qui ne laissera pas indifférent.

-Antoine Delassus

El Camino, de Vince Gilligan : la ballade nostalgique de Jesse

En 2019 les séries auront fait leur cinéma car après Deadwood qui aura enfin eu son film de conclusion plusieurs années après son annulation, et Downton Abbey qui est passé par la case cinéma, c’est à Breaking Bad d’avoir son film sur Netflix.
Dans le cas présent, parler d’un grand retour serait mentir car Vince Gilligan était parvenu à étendre son univers avec l’excellente Better Call Saul, une série préquelle se centrant sur le passé de l’avocat Saul Goodman. Ici c’est Jesse Pinkman, excellent Aaron Paul, qui fait son retour dans El Camino, on le retrouve instantanément après la scène finale qui clôturait la série où il roulait vers l’inconnu dans une fuite en avant désespérée. Qu’allait-il lui arriver ? Même si cette question n’attendait pas forcément de réponses, surtout que El Camino n’en apporte pas, il faut reconnaître que le parcours du personnage manquait d’une vraie conclusion, lui qui avait été réduit à la condition d’esclave à la fin de la série.
Gilligan a ici l’intelligence de placer au cœur de son récit cette condition de victime volontaire de Jesse que la bonté d’âme et la naïveté ont conduit à être l’instrument d’hommes peu scrupuleux qui l’ont abusé et utilisé. Jouant habilement des flashbacks, El Camino étant souvent plus intéressant quand il se raconte dans les craquelures de Breaking Bad que lorsqu’il se concentre sur sa temporalité présente, Gilligan agence son intrigue autour des quatre personnages fondateurs de l’émancipation de Jesse. Une quête intimiste où le personnage devra apprendre à se défaire de son bourreau, Todd, suivre les leçons de son mentor, Mike, pardonner à son père de substitution, Walter et renouer avec son premier amour. Usant intelligemment de son fan service, El Camino devient une succulente friandise pour les fans de Breaking Bad mais ne dépasse que trop rarement l’intérêt des retrouvailles faute à un récit attendu et anecdotique qui joue un bis repetita avec la conclusion de la série. Une fin certes plus harmonieuse et gratifiante pour Jesse mais qui n’apporte guère plus de choses.
El Camino reste un film appréciable, un peu long pour ce qu’il raconte, et il ne dépasse pas vraiment son côté d’épisode bonus, une tare récurrente pour les films tirés de séries. Mais Vince Gilligan en profite pour assumer totalement son héritage en signant un western crépusculaire ténu et stylisé avec son sens du cadre et du découpage toujours aussi expert et offre même un des plus beaux morceaux de bravoure de son univers.

Fréderic Perrinot

Matthias et Maxime, de Xavier Dolan : un éloge à l’amitié aussi touchant qu’émouvant

Après sa parenthèse américaine (Ma Vie Avec John F Donovan) qui a grandement divisé son public, Xavier Dolan a cru bon de revenir à une forme plus simple de cinéma. Comprendre ici, un retour aux sources, chez lui au Québec. Sa patrie est ainsi à la base de Matthias et Maxime, dans lequel deux jeunes amis vont être amenés à s’interroger sur le sens de leurs vies après un baiser accidentel. Inlassablement, Dolan filme la simplicité, les doutes, l’esprit d’amitié (et de famille), l’amour avec une tendresse et une chaleur qui ne laissent pas indifférent, et surtout ose proposer une réflexion sur la vie et son apparent déterminisme. Avec son regard, on se rend compte que la vie n’est jamais figée, on peut changer de voie, d’amour, de but.

-Antoine Delassus

Terminator : Dark Fate, de Tim Miller : l’enterrement définitif d’une saga culte

Avec le retour de James Cameron – le bonhomme officiant ici en tant que producteur et scénariste –, il était certain que ce sixième opus allait redonner à la saga Terminator toutes ses lettres de noblesse, et ce après avoir enchaîné les suites dispensables (Le Soulèvement des Machines, Renaissance) voire même insultantes (Genysis). Franchement, nous y croyions dur comme fer ! Et là le film est sorti… et notre espoir a dégringolé comme ce n’est pas permis ! Ayant la prétention d’être la suite légitime du chef-d’œuvre qu’était Terminator 2, Dark Fate n’est rien d’autre qu’un énième blockbuster qui balance aux spectateurs du fan service sans avoir compris ce qu’il avait entre les mains. Alors certes nous avons des effets spéciaux sympas, des séquences d’action acceptables et une Linda Hamilton/Sarah Connor badass au possible. Mais l’esprit Terminator est définitivement enseveli sous une surcouche de vide intersidéral. Le film est à l’image d’Arnold Schwarzenegger : inexistant et grossier. Dans son écriture, ses personnages, sa mise en scène et ses thématiques. Si même Cameron n’est pas parvenu à faire renaître la saga de ses cendres, c’est qu’il faut la laisser en paix. À jamais.

-Sebastien Decocq

Sœurs d’armes, de Caroline Fourest : à ces femmes oubliées qui ont fait l’Histoire

Non sans défaut, Sœurs d’Armes souffre de scènes trop caricaturales et d’une mise en scène bien lisse pour un sujet aussi puissant. Mais l’impression de colonie de vacances initiale laisse la place à l’émotion en ayant su saisir et exprimer les enjeux féministes de l’Histoire. La réalisatrice balaye les sujets contemporains avec un sérieux et une intelligence qui nourrissent le récit grâce aux brefs dialogues attrapés au vol par le public comme des pistes de réflexions sur le monde d’aujourd’hui. Sur la mixité religieuse, la situation géopolitique du Kurdistan, la place des femmes dans le monde, le film en dit peu mais suffisamment pour servir son histoire et amener le public à réfléchir. Fourest ne déjoue pas tous les pièges et sombre parfois dans un pathos certain où les émotions sont appuyées par les voix off et la musique qui viennent habiller le bonheur abîmé mais globalement, l’hommage rendu à ces femmes, est puissant, bien que maladroit.

-Gwennaëlle Masle

Gemini Man, d’Ang Lee : une prouesse technique et rien d’autre

Qu’est-ce que Gemini Man ? Il s’agit d’un film d’action estampillé Jerry Bruckheimer qui voit ce cher Will Smith affronter son double rajeuni par ordinateur. C’est également un blockbuster mettant en avant le format HFR (120 images par secondes), comme l’avait déjà fait Ang Lee avec son précédent film Un jour dans la vie de Billy Lynn. Et rien d’autre… Oui, Gemini Man a beau se vanter de proposer un rajeunissement numérique de qualité (sauf pour sa scène finale), une chorégraphie impressionnante des séquences d’action et un visuel unique dans le paysage hollywoodien, il reste avant toute chose une série B oubliable. Voire même ennuyeuse, tant l’action s’y fait rare au profit de moments dramatiques aux fraises (clichés à gogo, écriture niaise, personnages inexistants…) et d’une allure des plus grossières (musiques poussives, thématique du clonage pour les Nuls, surjeu des acteurs…). Non, Gemini Man n’a rien de bien transcendant autre que son aspect technique, qui ne se laisse savourer que dans les salles équipées. Si cela ne vous est pas accessible, il est préférable de passer son chemin et d’éviter de perdre son temps.

-Sebastien Decocq

Chambre 212, de Christophe Honoré : une comédie dramatique aussi drôle et éclectique que savoureuse

Cinéaste dont l’éclectisme est devenu depuis des années la marque de fabrique, Christophe Honoré est une sorte d’anomalie dans le cinéma français. Insaisissable et surtout imprévisible. Alors le voir débouler avec Chambre 212, une comédie romantique aux accents fantastiques avait tout pour susciter notre curiosité. Surtout quand il a la bonne idée d’y inclure un casting éminemment nouveau, entre Benjamin Biolay & Chiara Mastroianni, Camille Cottin et Vincent Lacoste. A l’arrivée, cette romance contrariée mâtinée d’introspection et de doutes s’assume comme l’un des films les plus drôles, piquants et euphorisants de l’année.

-Antoine Delassus

Donne-moi des ailes, de Nicolas Vanier : un récit humain et écologique d’une simplicité touchante

Alors que certains se cassent les dents en se laissant noyer dans les bons sentiments et la niaiserie larmoyante, Nicolas Vanier, lui, parvient toujours à livrer des films familiaux qui savent toucher en plein cœur. Depuis que l’explorateur du Grand Nord s’est totalement adonné au cinéma, il fait son petit bonhomme de chemin avec des longs-métrages se faisant remarquer auprès du public à juste titre. Que ce soit son adaptation de Belle et Sébastien et son récit initiatique personnel raconté dans L’École Buissonnière, Vanier arrive à chaque à nous émerveiller face à la nature et la simplicité de la vie grâce à la sobriété de ses œuvres. À leur immense sincérité. Donne-moi des ailes ne déroge donc pas à la règle, se présentant à nous tel un récit écologique et humain à la puissance non négligeable. Même si nous pouvons pester face à la niaiserie du dénouement – Vanier ne sait décidément pas comment terminer une histoire sans que cela fasse téléphoné –, le réalisateur gratifie le cinéma français d’un nouveau film sachant redonner du baume au cœur. Il nous tarde de découvrir son prochain projet et donc de nous laisser emporter par l’histoire qu’il nous aura concoctée.

-Sebastien Decocq

A lire aussi les critiques cinéma des films du mois d’octobre 2019 :

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