Donne-moi des ailes de Nicolas Vanier : un conte écologique funambule

A l’heure où s’étale sur grand écran une énième Fête de famille à la française, Nicolas Vanier revient avec les thèmes qui lui sont chers et offre à la nature la part qu’elle mérite au cinéma. Face à l’urgence écologique, l’engagement du réalisateur et ses belles images d’oies sauvages en plein vol valent le détour par les salles obscures.

Vol au-dessus d’une terre en danger

Il faut bien le confesser, se moquer de Nicolas Vanier et de ses petits films d’enfance à la Belle et Sébastien (1, 2 et 3) ou encore L’Ecole buissonnière, était un véritable plaisir. La naïveté apparente des projets servait de prétexte à une critique acerbe de produits bien trop calibrés pour être cinématographiquement intéressants. Or, aujourd’hui avec Donne-moi des ailes, même si l’ambition cinématographique n’est pas énorme, Nicolas Vanier offre un film aérien, sensible, bien que pétri de bons sentiments. Par chance, les personnages qui semblent très figés au départ évoluent et prennent, grâce à leurs interprètes, une véritable dimension. Pas tous, bien entendu, il ne faut pas trop pousser. Cependant, la manière dont Nicolas Vanier tente d’aborder la relation père-fils est plus complexe qu’il n’y paraît. La place de la mère s’écrit également au fur et à mesure et elle ne restera pas passive, à l’inverse de l’image que semblait nous offrir la bande annonce. Nicolas Vanier parle aussi d’enfance, puisque l’adolescent n’existe pas dans l’histoire vraie que raconte le film. Pour lui il s’agissait de parler de transmission et de s’indigner de la place prépondérante que prennent aujourd’hui les écrans dans la vie des plus jeunes. On peut s’émerveiller autrement nous dit Nicolas Vanier.

Rien ne surprend vraiment dans Donne-moi des ailes, mais ce qui compte c’est que tout est propice à la beauté. Passés les premiers obstacles, desquels le jeune Thomas (Louis Vazquez qui n’en fait jamais trop) va faire fi, le film se transforme en un long voyage aérien et léger où les oies sont maîtresses du ciel et de la caméra. L’expérience assez folle que mènent un père et son fils, soit sauver une espèce d’oies en voie de disparition à l’aide d’un ULM qui redessine leur parcours migratoire, valait bien un film. Le choix de montrer ce parcours en étant au plus proche des animaux, de leur capacité à s’adapter (même avec l’aide de l’humain qui les force à s’adapter quoi qu’il en soit en modifiant leurs modes de vie), à se battre contre leur propre fin, est passionnant.

L’avenir

Nicolas Vanier dit également quelque chose de l’enfance, de sa capacité à nous surprendre. Ainsi, ici Thomas transcende le combat de son père alors qu’il est présenté au départ comme un simple ado fan de jeux vidéos. Vanier tente d’aller au-delà des clichés, même si ça n’est pas complètement réussi. Il offre cependant une voix à une jeunesse capable de se passionner pour la terre qui l’entoure, pour son avenir et qui ne baisse pas les bras. En effet, plus d’un tiers des oiseaux européens a disparu, et Nicolas Vanier ne cesse de le rappeler chaque fois qu’il se présente à une avant-première. Car au-delà de l’acte artistique, filmer le vol des oiseaux au plus près, un projet fou mené lui aussi avec force par le réalisateur*, Donne-moi des ailes est aussi un acte militant.

De nombreuses voies existent pour le cinéma, il est une terre d’expérimentation, d’envies, de constructions. Nicolas Vanier l’a bien compris et il s’en sert pour tenter de délivrer des messages, mais sans les asséner à longueur de plans. Certes son film est un petit objet, mais c’est un objet funambule, élégant quand il vogue au plus près de la nature. Il l’offre dans un écrin, la sublime et tente de nous la faire sentir fragile, mais battante. Pas prête, du moins on l’espère, à déclarer forfait. Et l’enfance y est filmée de la même façon, comme un geste fou qui va jusqu’à l’épuisement. Mais un épuisement qui n’annonce que de nouveaux combats à venir, quand on se relève pour repartir à l’assaut.


*« Les conditions climatiques entrent en ligne de compte. Pas simplement le vent, mais aussi la pression. Les oiseaux ne volent pas à n’importe quelle heure de la journée. C’est le matin et le soir. Ce n’est pas nécessairement le meilleur moment pour nous. Le fait de voler dans des zones comme la Norvège est aussi plus difficile, parce qu’il y a énormément de courant et de contre-courant. À cela s’ajoute le fait qu’on avait un matériel assez lourd pour filmer sur les ULM. On ne pouvait pas fixer une caméra. On avait des problèmes stroboscopiques. Et on a une histoire à raconter, des raccords de lumière. C’est de loin le film le plus compliqué que j’ai réalisé, même si j’en ai tourné un à moins 55°C en Sibérie. », extrait d’une interview donnée à Paris-Normandie.


Petite aparté

Le film est inspiré de la vie et de l’expérience menée par Christian Moullec depuis 1995. Un autre film, célèbre, raconte l’histoire d’une jeune adolescente volant avec des oies, il s’agit de l’Envolée sauvage, sorti en 1996. Les deux films content donc une histoire similaire. Cependant, Nicolas Vanier adapte son propre livre, éponyme, sorti en 2019.


Donne-moi des ailes : Bande annonce

Donne-moi des ailes : Fiche technique

Réalisateur : Nicolas Vanier
Scénario : Mathieu Petit et Christian Moullec, adaptation de Nicolas Vanier et Lilou Fogli
Interprètes : Jean-Paul Rouve, Mélanie Doutez, Louis Vazquez, Dominique Pinon, Lilou Fogli
Photographie : Eric Guichard, Laurent Charbonnier
Montage : Raphaëlle Urtin
Sociétés de production : SND,  Radar Films, Canopée Production
Distributeur : SND Groupe M6
Durée : 113 minutes
Date de sortie : 9 octobre 2019

France – 2019

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Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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