Cycle figures de style : quelques notions de mise en scène au cinéma

La magie du cinéma repose sur de nombreux éléments, et la mise en scène en est l’un des plus essentiels. C’est à travers cet art de la composition visuelle que les réalisateurs façonnent leurs films, donnent corps à des histoires et créent des séquences mémorables. Explorons quelques notions-clés de la mise en scène au cinéma.

Montage parallèle. Le montage parallèle est une technique de montage cinématographique qui juxtapose de manière alternée deux ou plusieurs actions narratives distinctes, permettant ainsi au spectateur de percevoir une relation de causalité ou une comparaison thématique entre elles. Exemple : le film Intolérance (1916) de D.W. Griffith, qui entrelace quatre histoires distinctes se déroulant à différentes époques, afin de souligner l’universalité de l’intolérance humaine.

Plan-séquence. Le plan-séquence est un type de plan cinématographique consistant en une prise de vue ininterrompue et d’une durée prolongée, sans recourir au montage. Cette technique permet de capturer la continuité spatiale et temporelle de l’action et de plonger le spectateur dans la réalité dépeinte. Exemple : l’inoubliable séquence d’ouverture du film La Soif du Mal (1958) d’Orson Welles, qui suit en un seul plan les mouvements d’une bombe cachée dans une voiture.

Méthode Stanislavski. La méthode Stanislavski est une approche du jeu d’acteur développée par le metteur en scène et acteur russe Constantin Stanislavski, qui vise à encourager un jeu authentique et émotionnellement sincère en aidant les acteurs à puiser dans leur propre expérience et à comprendre les motivations de leur personnage. Exemple : Marlon Brando, dans Un Tramway Nommé Désir (1951) d’Elia Kazan, qui incarne un personnage complexe et tourmenté en s’appuyant sur cette méthode.

Mise en abyme. La mise en abyme est une technique narrative qui consiste à imbriquer un récit ou une œuvre d’art dans une autre, créant ainsi un effet de reflet ou de répétition. Dans le domaine cinématographique, cela peut se traduire par un film dans un film, ou des personnages conscients de leur propre nature fictive. Exemple : La Nuit Américaine (1973) de François Truffaut, qui met en scène le réalisateur lui-même dans un film traitant du processus de création cinématographique.

MacGuffin. Le MacGuffin est un élément narratif, souvent un objet ou une information, qui sert de moteur à l’intrigue sans avoir en soi une importance réelle ou un développement significatif. Cette technique est particulièrement associée au cinéaste Alfred Hitchcock. Exemple : l’uranium dans Les Enchaînés (1946), qui sert de prétexte pour mettre en mouvement l’intrigue amoureuse et d’espionnage du film.

Profondeur de champ. La profondeur de champ est une caractéristique technique de la photographie et du cinéma qui détermine la zone de netteté d’une image. Elle permet, en fonction de sa maîtrise, de diriger l’attention du spectateur sur certains éléments de la scène. Exemple : Citizen Kane (1941) d’Orson Welles, qui utilise la profondeur de champ pour créer des images complexes et nuancées, jouant ainsi sur les rapports entre les personnages et les éléments de décor, tout en renforçant le réalisme et le symbolisme de l’œuvre.

Leitmotiv. Le leitmotiv est un élément récurrent dans la composition musicale d’un film, souvent associé à un personnage, un lieu ou un concept. Il est utilisé pour renforcer l’identité, l’émotion ou le thème d’un récit, et peut être réinterprété ou modulé en fonction de l’évolution de l’intrigue. Exemple : le thème de « La Force » dans la saga Star Wars de George Lucas, composé par John Williams, qui revient sous différentes formes pour symboliser la présence et l’évolution de la Force dans l’univers de la série.

Plan d’ensemble. Le plan d’ensemble est un type de plan cinématographique qui capture une scène dans son intégralité, englobant l’ensemble du décor et des personnages présents. Il permet d’établir le contexte spatial et de présenter les rapports entre les différents éléments. Exemple : la scène du désert dans Lawrence d’Arabie (1962) de David Lean, qui met en évidence la vastitude du paysage et l’isolement du personnage principal.

Raccord. Le raccord est une technique de montage qui vise à assurer la continuité visuelle, spatiale et temporelle entre deux plans successifs, en préservant la cohérence des actions, des mouvements et de la disposition des éléments. Exemple : la scène de la douche dans Psychose (1960) d’Alfred Hitchcock, où les nombreux raccords créent une tension et une fluidité malgré les changements fréquents de plans.

Flashback. Le flashback est un procédé narratif qui consiste à intercaler des scènes passées au sein d’une histoire principale se déroulant au présent, permettant ainsi d’explorer les souvenirs, les motivations et les antécédents des personnages. Exemple : Le Patient Anglais (1996) d’Anthony Minghella, où l’intrigue principale est entrecoupée de flashbacks révélant progressivement le passé des protagonistes.

Travelling. Le travelling est un mouvement de caméra qui suit un sujet en mouvement ou explore un espace en se déplaçant sur un axe horizontal, vertical ou diagonal. Il peut être réalisé à l’aide de rails, de véhicules ou de dispositifs de stabilisation. Exemple : le travelling latéral dans Les Oiseaux (1963) d’Alfred Hitchcock, qui suit la fuite des personnages le long d’un quai tout en mettant en scène l’envolée des oiseaux.

Voix off. La voix off est une technique narrative qui consiste à ajouter un commentaire ou un dialogue hors champ, souvent prononcé par un personnage qui n’apparaît pas à l’écran. Elle permet d’apporter des informations supplémentaires, de révéler les pensées intimes des personnages ou de créer un effet de distance ou d’ironie. Exemple : le monologue intérieur de Travis Bickle dans Taxi Driver (1976) de Martin Scorsese, qui révèle la détresse et l’aliénation du personnage principal.

Split screen. Le split screen, ou écran divisé, est une technique de montage qui consiste à juxtaposer plusieurs images dans un même plan, créant ainsi une séparation visuelle entre les différentes actions ou points de vue. Exemple : Carrie (1976) de Brian De Palma, où l’écran se divise pour montrer simultanément les différents lieux et réactions des personnages lors du bal de fin d’année.

Jump cut. Le jump cut est un type de montage qui provoque une rupture brutale dans la continuité visuelle ou temporelle d’un plan, créant ainsi un effet de décalage, de surprise ou de fragmentation. Exemple : À bout de souffle (1960) de Jean-Luc Godard, où les jump cuts sont utilisés pour donner une sensation de spontanéité et de modernité à la narration, tout en accentuant le caractère insaisissable et désorientant du personnage principal.

Effet Kuleshov. L’effet Kuleshov est un phénomène de perception cinématographique découvert par le réalisateur russe Lev Kuleshov, selon lequel le spectateur attribue une signification et une émotion spécifique à un plan en fonction de sa juxtaposition avec d’autres plans. Cet effet illustre la manière dont le montage peut influencer l’interprétation du spectateur et la construction du sens. Exemple : l’expérience originale de Kuleshov, où un plan neutre du visage d’un acteur était associé à différents plans (une soupe, un cercueil, une femme), et les spectateurs attribuaient des émotions différentes à l’acteur en fonction du contexte créé par le montage.

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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