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« La Dernière Nuit de Mussolini » : une tragédie grotesque et implacable

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Après Le Matin de Sarajevo et L’Affaire Zola, Jean-Charles Chapuzet et Christophe Girard s’attaquent dans La Dernière Nuit de Mussolini à une figure trouble et fascinante de l’histoire du XXe siècle. Publié aux éditions Glénat, cet album de 128 pages revient sur les derniers jours du dictateur italien Benito Mussolini, pour expliquer comment et pourquoi le cadavre du Duce fut pendu aux côtés de Clara Petacci en place publique. 

La construction narrative de La Dernière Nuit de Mussolini est non linéaire et marquée par de nombreux sauts temporels. En quelques pages, le lecteur passe des derniers jours du dictateur à son enfance modeste : fils d’un maréchal-ferrant et d’une institutrice, Benito Mussolini embrasse lui-même cette carrière avant de bifurquer vers l’agitation socialiste. Tour à tour instituteur, éditorialiste virulent et tribun populiste, il incarne un militantisme exalté qui le conduit même en prison pour son soutien à des grévistes. Mais très vite, il renie son engagement d’origine pour un autoritarisme fondé sur la violence et le culte du chef. À 39 ans, en 1922, il devient le plus jeune président du Conseil de l’histoire italienne. 

L’œuvre met en lumière les nombreuses contradictions de Mussolini : ambitieux et charismatique, il sait enflammer les foules, comme il l’annonce lui-même : « On ne mesure pas à quel point et à quel degré de fièvre je peux faire monter le peuple italien ! Il est dans ma main ! ». Pourtant, derrière cette image de leader tout-puissant, il est aussi un homme lâche, versatile et corrompu. L’album insiste sur ses excès : ses maîtresses entretenues avec l’argent public, ses colères imprévisibles, sa violence sexuelle, son mépris cynique pour les masses qu’il prétend défendre (« La foule, comme les femmes, est faite pour être violée »). Les auteurs brossent une fresque sans concession, où l’orgueil se heurte à la décrépitude du pouvoir.

Christophe Girard réussit à capter l’essence de cette trajectoire en déployant un style semi-réaliste où les visages sont très expressifs, parfois même caricaturaux. La violence n’est pas éludée : l’exécution est montrée dans toute sa brutalité, fidèle à la logique du régime qu’il avait instauré. Mieux, en intégrant des références à l’histoire plus récente, et notamment la mort du cinéaste Pasolini en 1975, les auteurs suggèrent que le fascisme n’est pas qu’un vestige du passé. En Italie, le Duce continue de fasciner, et son héritage trouble resurgit régulièrement. 

« Je récupère un pays à genoux, amputé par la guerre, miné par la crise économique… Mon peuple crève la dalle… » Benito Mussolini règne sur une Italie diminuée, qui a des sympathies pour l’Allemagne nazie, qui se mobilise en masse sur les places pour célébrer l’avènement du fascisme. Mais son régime ne survivra pas à la Seconde guerre mondiale et il paiera son tribut après une dernière fuite pathétique, où il devra « faire l’ivrogne déguisé en soldat allemand ». Avec cette œuvre documentée, Jean-Charles Chapuzet et Christophe Girard narrent en clerc la chute d’un dictateur, entre tragédie et comédie grotesque.

La Dernière Nuit de Mussolini, Jean-Charles Chapuzet et Christophe Girard 
Glénat, janvier 2025, 128 pages

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Coeur sanglant : Le cas Lindon, l’obligé de la peine perdue

Dans le documentaire Cœur Sanglant de Thierry Demaiziere et Alban Teurlai, Vincent Lindon se dévoile comme jamais. À travers une mise à nu brutale et intime, les réalisateurs brossent le portrait d’un homme en proie à ses doutes, sa solitude sauvage et ses blessures d’enfance. Entre quête de rédemption, lutte des classes et introspection psychanalytique, ce film révèle la profondeur émotionnelle d’un acteur au sommet de son art.

Le documentaire de Thierry Demaiziere et Alban Teurlai Cœur Sanglant est un extraordinaire document psychanalytique sur Vincent Lindon. Franc, rugueux, à vif. Les portraitistes livrent un Vincent Lindon désespéré et hanté, intransigeant et profondément seul.

Cœur Sanglant montre ce que l’enfance fait à l’adulte, ce que la vie fait aux êtres quels qu’ils soient, ce que la haine de soi fait au cœur. Ce que le cœur et l’émotion font : une œuvre de bonté. Nous sommes les obligés de la peine perdue. Les obligés du cœur. De notre détresse infinie. C’est de cela dont nous parle Vincent Lindon.

For intime

Rares sont les documentaires qui s’aventurent si loin dans la mise à nu et le for intime. Dans le dépouillement et l’analyse psy. Sans artifice. Sans complaisance. (Certains y verront narcissisme et complaisance tant le dévoilement brutal peut se révéler en son contraire). Sans vis-à-vis autre que Vincent l’homme-père-fils face à lui-même.

Sauvage solitude

Les deux portraitistes ont demandé à l’acteur dans ses moments de creux de s’enregistrer et de se filmer au téléphone. Des moments de vide, de solitude aride, Vincent Lindon comme nous tous en a. Disons qu’ils sont plus saisissants par le contraste qu’ils opèrent, par l’inimaginable entre le fantasme de ce que peut être la vie d’un acteur de sa stature et le réel morne avéré. Entre deux tournages où il est sans cesse entouré, sollicité, accaparé par des équipes donc une tribu d’autres, sa solitude, celle d’un acteur-samouraï, proche de Delon (dans son incapacité à être au monde avec quiétude), dans la blessure originelle d’enfant insuffisamment aimé, apparaît ample. Lancinante, insatiable et sauvage.

L’adversaire intime

La solitude de l’acteur (au firmament de sa carrière mais en questionnement féroce face à ce qu’il vit) dont il parle et qu’il questionne lorsqu’il se retrouve à la Closerie des Lilas pour dîner – ayant passé auparavant 15 coups de téléphone pour essayer d’avoir un ami avec lui -, cette violente solitude qui a pour autre nom la haine de soi ou le déficit d’affection de ses parents, c’est l’ennemi, l’autre, l’adversaire intime avec lequel Vincent se bat.

Peine perdue

Cœur Sanglant ne cesse de nous montrer un homme saignant éperdument d’amour, de quête héroïque de bonté, de tentative d’être le fils remarqué de ses parents. Thierry Demaiziere et Alban Teurlai ont été chercher dans l’écriture ce qu’aucun acteur ne dit : la vérité d’un inassouvissement, la vérité d’une blessure infinie, d’une frustration hémorragique, la vérité d’une peine perdue.

L’obligé de la lutte des classes

Vincent Lindon y livre un Vincent mensch, un homme parmi les hommes, en proie à ses doutes, ses colères, sa rage, sa volonté de se battre, ses larmes d’enfant aux Césars et son impossible réconciliation avec la détresse, la non-joie de cette même enfance. Un homme à l’idéal grandiose, celui qu’il incarne dans ses choix de rôles, un homme digne d’admiration, possédant un caractère noble. Un bourgeois certes, qui va défendre l’ouvrier aliéné de Marx et devenir l’obligé de la lutte des classes. Il n’a que faire de la psychologie des personnages. Et nous lui rendons grâce de cela. Mais il choisit des personnages qui l’obligent (cf. la trilogie de Stéphane Brizé).

Le document que constitue ce film est à la fois risqué et remarquable. Il faut pouvoir envisager l’œuvre, le travail des portraitistes. Leur parti-pris est délicat, courageux et âpre. Avec l’entière confiance et sincérité de Lindon, ils construisent une sorte de cas Lindon au sens le plus noble et psychanalytique de Freud.

La séquence où l’acteur évoque sa mère est monstrueuse d’émotion. C’est une fiction à part entière. Son plus beau rôle. Ce film est un réservoir à fictions futures émanant des obsessions de l’acteur. Gageons que cela autorise certains à lui confier un rôle Outre-Atlantique ou ici, dans des zones aussi inattendues que Titane.

Les mots sont du cœur

Surtout soyons attentifs à la parole. Sa parole. Aux mots ici qui sont du cœur. Jamais pour rien. Urgents et vitaux. A quoi sert une vie, un rôle, un métier ? A quoi sert un dimanche sans âme où d’évidence il n’y a rien à tracer, rien à transmettre de grandeur et hauteur d’âme, des journées vides de remplissage à faire semblant d’avoir des rendez-vous importants surlignés en différentes couleurs sur un mini-agenda pour être « pressé de ne rien faire ».

A quoi sert de faire si on ne fait pas de sa vie une mémoire, une œuvre, une trace ? Ah oui, mais cela, c’est Delon. Alors, pour Lindon, quel est l’intérêt si on ne fait pas de sa vie un parfum ?

Bande-annonce : Cœur Sanglant

https://www.youtube.com/watch?v=ExYj1PYQqDY

Fiche Technique : Cœur Sanglant

  • Réalisateurs : Thierry Demaizière, Alban Teurlai
  • Scénaristes : Thierry Demaizière, Alban Teurlai
  • Image : Alban Teurlai
  • Son : (information non disponible)
  • Genre : Documentaire, Introspection
  • Thèmes : Introspection, solitude, quête de rédemption, métier d’acteur, célébrité
  • Acteur principal : Vincent Lindon
  • Durée : 1h23
  • Production : (information non disponible)
  • Année de production : 2024
  • Date de sortie : 29 janvier 2025
  • Distribution : (information non disponible)
  • Langue : Français
  • Plateforme de diffusion : Arte.tv (disponible jusqu’au 5 mai 2025)

Gérardmer 2025 : Hybridation universelle versus Copy/pasta horror

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Nos deux critiques en goguette, écumant les salles où il fait tout noir (« ta gueule ! »), le thermos rempli de vin chaud, sont en désaccord cette année quant à savoir quel est le plus grand film de la sélection : l’un dit Else, l’autre répond The Wailing.

Compétition – Else – Réalisé par Thibault Enim (France et Belgique, 2024)

À peine Anx et Cass viennent-ils de se rencontrer et de tomber amoureux l’un de l’autre qu’une épidémie se répand dans le monde, une épidémie qui s’attrape par le regard, et dont le symptôme essentiel consiste en l’hybridation des corps avec les matières environnantes.
Sublime ! Mériterait le Grand Prix, mais ne l’obtiendra probablement pas. Trop clivant ! Mais que dire ? Si le cinéma a la charge de produire des sensations nouvelles, alors Else accomplit son devoir magistralement. Romantique, au sens premier du terme, mais non moins charnel, le film avance par analogie : partant d’un couple, où l’un et l’autre se dévoilent et se dépouillent progressivement, Else s’élève par degré à une méditation sur la mort, de l’individu comme de l’espèce, où la mélancolie de la perte la dispute à la jouissance de l’anéantissement fusionnel. La caméra, scrutant les corps et les matières, comme Anx scrute la peau de Cass, au tout début de l’épidémie, dans un geste à la fois médical et érotique, offre des images saisissantes, où semblent converger toutes les expérimentations picturales du XXe siècle, de Magritte à Soulages.
Cette inexorable confusion des choses, de l’esprit et de la matière, dans un immense magma sensible, pointe vers cet indicible passage de la mort que le film tente d’approcher par une mise en scène d’une générosité rare, ne sacrifiant jamais l’émotion ni à l’audace esthétique ni au vertige métaphysique. C’est beau, neuf et jouissif, comme une étoile qui explose.

Compétition – The Wailing – Réalisé par Pedro Martín-Calero (Espagne, Argentine et France, 2024)

L’année dernière, l’Argentine nous a régalés d’un film d’horreur qui parvenait à proposer une histoire de possession cohérente tout en renversant les codes du genre. Cette année, elle recommence avec The Wailing, qu’on a bien du mal à catégoriser.
Comme dans le copy/pasta Slenderman, la présence d’un vieil homme libidineux fait irruption dans le cadre. Deux héroïnes doivent lui échapper, sous peine de leur vie. Le principe donne quasiment une cinématographie clé en main : une silhouette horrifique et menaçante n’est visible que du point de vue du spectateur et toujours fugacement et dans le coin du cadre. D’autant plus que ce vieillard ne peut être vu que dans des images filmées.
Constamment sur ses gardes de peur d’être surpris, le spectateur se plaît à anticiper l’irruption du monstre, de l’inconnu, en sorte que le principe esthétique devient la nécessité de ne pas regarder, de ne pas voir ce qui ne peut être décrit qu’en termes de visibilité et d’apparition. Mais loin d’être un pur procédé mécanique, le brio du film consiste à mettre les héroïnes dans la même situation, entre malaise du visible et désir infantile de regarder – et à pousser la cohérence thématique jusqu’à inclure le thème du cinéma comme activité d’un des protagonistes. Jeu sur la forme, mais sans s’y réduire, The Wailing parvient à ancrer sa trouvaille dans un récit cohérent et audacieux qui le met en bonne place pour remporter un prix. Mais quoi qu’il arrive, il faut suivre ce réalisateur.

Hors-compétition – She loved blossoms more – Réalisé par Yannis Veslemes (Grèce et France, 2024)

Trois jeunes frères, encore profondément marqués par le décès de leur mère, passent leur temps en d’étranges expériences de téléportation au moyen d’une mystérieuse armoire. Comme ils ont par ailleurs une consommation effrénée de drogues, il est aussi probable que tout cela ne soit qu’un long rêve éveillé.
She loves blossoms more est une sorte de Las Vegas Parano mélancolieux et confiné, présentant d’indéniables qualités visuelles, mais peinant à saisir une quelconque émotion un peu consistante. On assiste ainsi au spectacle un peu ennuyeux d’une intrigue qui se cherche elle-même, et tente de pallier son manque d’inspiration par la prise désespérée de produits hallucinatoires divers. C’est un film de décorateur, de directeur de la photographie, un film de technicien brillant plus qu’un film de cinéaste. On est toujours embêté devant ce genre d’objet virtuose qui, tel un astéroïde entrant dans l’atmosphère, nous subjugue un instant avant de s’anéantir. On voudrait applaudir longtemps, mais on a déjà oublié ce que l’on venait de voir.

Courts-métrages :

Dans l’ombre, de Jérémy Barlozzo (France, 2024)

Petite pastille horrifique, comme l’a qualifié son réalisateur lui-même. Un couple tente d’échapper à un monstre, sorte de mix entre un zombie, un fantôme et une araignée.
On croirait regarder un morceau choisi d’un long film d’horreur. Toutes les ficelles du genre sont tirées, et le sont très honorablement. On a peur comme il faut. Tant mieux ; c’était, semble-t-il, le simple but !

Familiar, de Marco Novoa (France, 2024)

Un court-métrage, placé sous le signe du vampirisme, et animé par le gagnant de la saison 3 de Drag race France, Le Filip, qui montre ici ses talents d’acteur. Dans ce ménage à trois vorace et efficace, le stigmate semble une fois de plus renversé puisque le sang dégusté n’est plus une métaphore de la nécrophilie ou du virus du SIDA, mais une identité à part entière qu’il s’agit d’assumer voire de propager.

Flush, de Raphaël Treiner (France, 2024)

Vous avez dit Lovecraft ? On se demande en régie !
Une femme proche de l’accouchement semble avoir des problèmes de plomberie (n’y pensez même pas !) et des problèmes de mec. Un autre mec apparaît et lui aussi aime Lovecraft, comme le réal ! Super et inattendu ! On ne s’épargne aucune suite de références explicites, mais on a malheureusement peine à y déchiffrer une quelconque volonté. L’équipe a su montrer du monstrueux et de la couleur. Quelques traits d’humour sont bons, mais ajoutent à l’absence totale de tonalité. À la fin, ces éléments positifs n’arrivent pas à élever ce rêve de gosse au-delà de la camaraderie SF. Les questionnements sur la parentalité font face au même traitement : explicite et cinéphoné !

La Voix de son maître, d’Alexandre Pierrin (France, 2024)

Une mère célibataire, tyrannique et dévoratrice, expérimente, sous l’œil inquiet et courbé de son fils, une technique d’implants neuronaux destinés à faciliter la communication avec les animaux, en l’occurrence, ici, des moutons et des chiens. Mais, un soir, un accident survient.
Un film assez convaincant, qui prend prétexte de l’hubris technologique pour traiter des rapports troubles entre une mère et son fils, rapports marqués par l’abus psychique et émotionnel. Si l’écriture des personnages aurait probablement gagné à être plus subtile, le jeu des acteurs suffit, à la fin, à nous faire rentrer pleinement dans cette petite tragédie domestique.

Le Bézoard, de Laure-Élie Chénier-Moreau (France, 2024)

Un grain de sable dans les rouages, un cheveu dans la bouche, et tout peut dérailler. C’est ce que va vivre Anna dans ce court-métrage, de manière presque littérale. L’angoisse, la dépression, la mélancolie prennent forme sous les traits d’une créature mi-peluche, mi-perruque. Comme la maladie mentale, cette créature oscille entre douceur et menace. Si le film démarre sur les chapeaux de roues grâce à l’interprétation brillante de l’actrice principale, il sombre rapidement dans une métaphore trop évidente. Ce qui aurait pu être un véritable film d’horreur se transforme alors en une campagne de prévention sur la santé mentale. Dommage !

Les Liens du sang, de Hakim Atoui (France et Belgique, 2024)

Incontestablement un des meilleurs courts-métrages, qui réussit en une petite dizaine de minutes à montrer que l’horreur a tout à voir avec la comédie et s’y mêle pour notre plus grand plaisir. Et si la solitude des anciens était comblée par un robot-domestique dont la sécurité laisse à désirer. Avec un sens de la satire féroce des liens familiaux souvent distendus, les liens du sang soufflent le chaud et le froid sur le thème de la famille (thème tout à fait horrifique) sur fond de grands éclats de rire potaches.

Naissance d’un feu, d’Archibald Martin (France et Belgique, 2024)

Une jeune femme, que l’on devine traumatisée par un accident ayant laissé sur son corps de conséquentes traces de brûlures, est entraînée par un ami dans une longue randonnée en Allemagne, dans le Palatinat. Là, ils se trouvent traqués par un tueur en série officiant à l’arc.
D’une réussite formelle indéniable, ce court-métrage, par la vraisemblance des personnages et de leurs réactions, nous inocule très efficacement les émotions de la bête humaine prise en chasse. Un excellent petit film, qui n’a pas grand-chose à dire de plus, et c’est aussi bien.

Serpente, de Félix Imbert (France, 2024)

Serpente montre la rencontre improbable de deux personnes angéliques dans un monde qui parait tout à fait normal, mais rien n’est moins sûr. Dans une ambiance inconfortable, on s’enfuit des regards des gens qui croient se retrouver en présence d’un être divin et à force sont menés vers un comportement assez douteux. On est amenés dans une atmosphère similaire à It Follows, où le mal peut apparaître dans n’importe quelle personne et à n’importe quel moment. Une chasse à l’homme constante avec un seul réconfort : on n’est plus tout seul.

Gérardmer 2025 : Des clones, des robots, des fantômes et des politiciens

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Nous attendions la neige ; nous n’eûmes que le givre. Légère déception vite rattrapée par la qualité de cette édition de Gérardmer 2025. Au programme de ce deuxième jour : Azraël, Oddity, Rumours, Companion et In vitro.

(Compétition) – Azraël – Réalisé par E. L. Katz (États-Unis, 2024)

Décidément, les innovations formelles pullulent comme des zombies à Gérardmer cette année. Le très biblique Azraël part d’une décision cinématographique forte : faire un film sans dialogue, sans pour autant retourner au cinéma muet, et sans, bien sûr, renoncer à la communication entre les personnages. Bref, un film de genre sans dialogue, qu’est‑ce que ça donne ? Ce qui pose également la question très intéressante de l’intérêt du dialogue dans le film de genre. Et si l’apocalypse avait fait disparaître l’origine de toute civilisation humaine, toute culture ? À savoir le langage, la parole et toutes les interactions qui vont avec ? Azraël ravira les fans de post-apo, par son approche originale, comme les curieux.

(Compétition) – Oddity – Réalisé par Damian Mc Carthy (Irlande et États-Unis, 2024)

Le sens de la vie adulte en 2025 ? Passer des dizaines de week‑ends à rénover une vieille bâtisse pour en faire la maison de ses rêves comme les oiseaux font leur nid. Oddity décide de partir de cette tristesse pour réinvestir le sous-genre des home invasion avec brio. Aucune véritable surprise ni dans les thèmes ni dans les effets spéciaux, quoiqu’une mise en scène millimétrée et une précision chirurgicale des plans retienne le spectateur à son siège. La force du film tient entre les quatre murs du salon qui arriment la structure de l’édifice à un rythme haletant. C’est qu’entre ces coordonnées résolument classiques, Oddity réussit à créer des images et sensations horrifiques surprenantes. Si la fin en décevra peut-être certains, Oddity accomplit l’exploit, non de renouveler le genre, mais de nous le faire redécouvrir.

(Compétition) – Rumours – Réalisé par Guy Maddin, Evan Johnson & Galen Johnson (Canada et Allemagne, 2024)

Les dirigeants des sept plus grandes puissances mondiales se réunissent dans un château allemand pour y rédiger une déclaration commune que personne ne lira, à propos d’une vague crise mondiale. Progressivement, à mesure que la nuit tombe, les lieux s’avèrent étrangement désertés, tandis que la brume envahit une forêt aux lumières irréelles.

Guy Maddin, entouré d’Evan et de Galen Johnson, a quelque peu atténué l’aspect expérimental de son style dans cette fable surréaliste, où des acteurs renommés s’amusent comme des enfants à jouer des hommes de pouvoir infantile. On pense à « L’Ange exterminateur », la bouffonnerie en plus. Pris dans l’écrin d’une photo savamment travaillée, aux reflets fantastiques d’outre-monde, nos personnages errent dans ce grand jardin interminable, principalement soucieux de rédiger leur fameuse déclaration commune, au milieu de zombies sans squelettes plus occupés à se masturber frénétiquement qu’à pourchasser nos politiciens.

On cherche un sens. Est‑ce une allégorie de la décadence occidentale ? La question est posée dans le film par le Président Français, qui, dans une scène savoureuse, se met à interpréter les actions anodines de ses homologues comme si le destin des nations s’y dessinait. Tout en s’offrant à ce type de réflexion, le film s’en moque allègrement, nous entraînant toujours plus loin dans la drôlerie absurde et cruelle. Persiste, tout de même, cette simple interrogation : les paroles de nos gouvernants, qu’ils semblent croire performatives, ne sont‑elles pas, à tout prendre, que des « rumours », de vains bruits, déclamées sentencieusement à l’adresse de peuples morts‑vivants, mous, décérébrés et priapiques ; et notre époque, une ridicule fin des temps qui n’en finit pas ?

(Hors-compétition) – Companion – Réalisé par Drew Hancock (États-Unis, 2024)

Il m’a semblé approprié (et non moins allégeant), compte tenu du sujet de ce film, d’en faire rédiger la critique par ChatGPT. Il faut dire que, dans son style sans âme si caractéristique, celle‑ci (oui, « elle » ; n’est‑ce pas une IA ?), a su assez justement transcrire ma pensée.

Oh ! Elle me comprend si bien !

« Companion, film de genre se déroulant dans un futur où les humains peuvent acquérir des robots compagnons sexuels, propose une réflexion sur les dérives d’une société de plus en plus déshumanisée. Malgré sa qualité formelle (décors soignés, ambiance immersive, bonne direction d’acteurs), le film reste enfermé dans une approche manichéenne qui ne sort jamais des rails une fois posés.

Le film dénonce les violences sexistes et l’objectification des femmes, mais se heurte à une structure narrative prévisible et une conclusion qui frôle la moralité douteuse. Au lieu de nuancer son message, il semble valider, dans son climax, certains comportements problématiques sous couvert de rédemption, rendant la réflexion incertaine.

Companion échoue à approfondir son sujet, se contentant d’une lecture simpliste qui frustre plus qu’elle ne questionne, et laisse une impression de superficialité malgré ses bonnes intentions. » (ChatGPT)

(Hors-compétition) – In vitro – Réalisé par Will Howarth et Tom McKeith (Australie, 2024)

Dans un futur tout proche, en Australie, un couple d’éleveurs clone des vaches pour sauver l’agriculture mondiale. Leur relation est mise à rude épreuve lorsque la femme découvre que son mari l’a dupliquée à son insu.

À n’en pas douter, les scènes d’exposition, entre superbes plans de paysages australiens méconnus, étrangeté diffuse, dans un cadre, celui du monde agricole, plutôt original pour un film de genre, et présentation efficace des personnages et de leur problématique majeure, ces premières scènes, donc, constituent une réussite sans faille.

Et cependant, la suite ne cesse de décevoir. Le milieu du film est un ventre mou, qui s’étire artificiellement dans une ambiance de thriller poussif. Les personnages perdent progressivement toute vraisemblance et toute ambiguïté morale, au profit d’un mouvement de course‑poursuite aussi résolu que plat. Quant à la question du clonage et aux vertiges métaphysiques que la chose pourrait occasionner, elle se trouve pratiquement éludée. La relation entre la femme et son clone est d’une évidence inquestionnée, sans malaise ni aspérité.

À la place, le film choisit d’explorer les thèmes du couple et de la maternité, mais sans y injecter, là non plus, aucun trouble, nous laissant avec une résolution finale à la morale, compte tenu du manichéisme du scénario, d’autant plus inconséquente (les mêmes actes qui condamnent l’homme semblent justifiés, et sans tellement de difficulté, pour la femme).

On retiendra, tout de même, de ce film, ses grandes promesses initiales, la justesse des acteurs et la belle sobriété de sa mise en scène.

Gérardmer 2025 : Slasher arty, body horror néo-zelandais et blockbuster chinois

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Sang chaud ou vin chaud pour ce premier jour à Gérardmer ? Les festivaliers arrivent doucement et découvrent une ville dédiée au cinéma de genre. Pourtant, nulle horreur, nulle épouvante dans les rues et les visages des Géromois, qui se montrent aussi accueillants que leur ville. Au programme de ce jeudi : In a Violent Nature, Grafted et Creation of the Gods II.

(Compétition) – In a Violent Nature – Réalisé par Chris Nash (Canada, 2024)

C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, un adage éculé qui servirait à décrire parfaitement In a Violent Nature, qui se propose ni plus ni moins de réinvestir une nouvelle fois le genre usé du slasher, en décidant qu’après tout, il y a encore à en dire et à en montrer. Après le giallo italien des années 70, le slasher pur et dur des années 80 et sa relecture postmoderne dans les années 90, le meurtre d’adolescents libidineux a encore de beaux jours devant lui.

Film destiné aux amateurs de ce sous-genre, le propos se fait quasiment vide pour laisser plus de place à la forme. Jeu formel sans cesse relancé, le film s’adresse aux amateurs, voire aux experts. Le métrage n’oublie pourtant pas le fun et le gore pour rythmer une narration qui ne peut que s’exposer à la monotonie et à la répétition. Filmé du point de vue du tueur inarrêtable, l’amateur du genre connaît l’action et ses péripéties artificielles qui ne peuvent que ralentir péniblement leur mort.

Et il s’agit toujours plus ou moins du même schéma narratif : si le cinéma filme toujours du mouvement, des personnages en mouvement, le slasher consiste à filmer un mouvement fait personnage, dont on se délecte des obstacles illusoires qui se dressent sur son trajet. Sans tomber dans le cliché, Violent Nature propose néanmoins un exercice de style hyper maîtrisé et intelligent (on pense à la scène finale d’une maestria, en fin de compte, gratuite), qui intéressera les fans, mais ennuiera sans doute ceux qui ont réglé leurs comptes avec le slasher.

(Compétition) – Grafted – Réalisé par Sasha Rainbow (Nouvelle-Zélande, 2024)

Premier film en compétition : la réalisatrice étant absente, son message en visio nous a rassuré tout en soulignant le côté messy des films d’horreur. Comme le mentionne Lola Young, le film d’horreur est, en effet, bordélique, désordonné, cracra et verse dans la surenchère de fun et de gore. Mais c’est hélas, aussi, le meilleur qualificatif pour son premier film.

Des dizaines de thèmes se succèdent, voire se superposent, pour brouiller les enjeux d’une histoire pourtant bien convenue : une jeune fille d’origine chinoise souffre de son apparence ne lui permettant guère de se faire accepter. Quoi de mieux pour renverser la situation que, littéralement, habiter la peau des étudiantes les plus populaires et belles ? Quitte à séduire le charmant professeur pour profiter de son laboratoire et de son ambition ?

Premier film bourré de bonnes intentions et d’idées prometteuses, Grafted souffre de ses envies de s’inscrire dans un sous-genre de l’horreur déjà bien balisé. Le premier quart du film se concentre par exemple sur la difficulté à s’intégrer à une culture occidentale dans un contexte où tout est nouveau, pour bifurquer sur le thème de la toxicité des bandes d’amis. Le spectateur comme le rythme se perdent un peu pour heureusement finir sur des images très inspirées, qui restaurent une tension un peu étiolée. Premier film inégal, Grafted n’en est pas moins prometteur pour sa réalisatrice.

(Hors-compétition) – Creation of the Gods II: Demon Force – Réalisé par Wuershan (Chine, 2024)

Plus fort qu’un film d’action américain ? La Chine rattrape les US même en blockbuster. Si vous voulez poser votre cerveau et déguster votre pop-corn en écoutant une histoire à dormir debout, Creation of the Gods II est fait pour vous et illustre le besoin salvateur de fun dans le genre fantastique. Qu’on se le dise, Creation est régressif mais exotique.

Dans la veine de l’heroic fantasy hongkongaise (on pense à Andrew Law et aux wuxia pian de Tsui Hark), le film propose une histoire de chevalerie gonflée à la magie spectaculaire sur fond de querelle de succession dynastique. Bourré de CGI, de rebondissements, de personnages, le métrage est si généreux qu’on ne saurait ne pas l’apprécier.

Un parfait inconnu : Timy, Please Don’t Go

Une semaine seulement après le très bon Better Man, dont vous pouvez d’ores et déjà lire la critique, Hollywood nous balance son second biopic musical de l’année. Après Robbie Williams, place à Bob Dylan, icône de la folk depuis le début des années 60. En chef d’orchestre, James Mangold. Le papa de Logan ou du Mans 66 n’en est pas à son coup d’essai dans le domaine. On se souvient encore de l’excellent Walk the Line, biopic sur Johnny Cash sorti en 2005 et porté par Joaquin Phoenix. Cette fois, c’est vers Timothée Chalamet que s’est tourné le réalisateur. Toutes les cases étaient cochées pour faire d’Un Parfait Inconnu un très grand film. Pourtant…

Un film d’ambiance ?

Vous remarquerez qu’au fil des années, plusieurs sous genres de biopics musicaux se sont créées. Certains se contentent de suivre l’histoire telle une page Wikipédia en usant du play-back à volonté. D’autres se concentrent sur un pan précis de la vie de l’artiste. Les meilleurs font chanter leurs acteurs tout en offrant au spectateur une superbe intrigue, peu importe si l’histoire s’étale sur des années ou des décennies. Et, finalement, très rares sont les biopics qui peuvent prétendre au rang d’incontournables. On citera Elvis, Rocketman, pourquoi pas Walk the Line ou encore Better Man. Quatre films extrêmement différents mais dotés de quelque chose qui les rend uniques. Ce petit truc en plus qui fait que, des années plus tard, on se souvient d’eux. La performance magistrale d’Austin Butler, qui accompagne l’histoire d’Elvis, parfaitement racontée. La voix et la tendresse de Taron Egerton dans Rocketman, contrastant avec la dureté du script. Le talent de Robbie Williams et l’absence totale de filtre sur sa vie dans Better Man. Et, en sortant d’Un Parfait Inconnu, quelque chose ne va pas. Il manque au projet ce petit truc en plus qu’ont les autres. Une âme.

C’est d’autant plus terrible que le film se noie dans un flot de qualités. Parmi les plus évidentes, Timothée Chalamet lui-même. Au sommet du monde depuis son interprétation magistrale de Paul Atréides (bien plus tôt pour certains), l’acteur franco-américain de 29 ans livre une performance habitée. Il joue, à la guitare et à l’harmonica, et il joue diablement bien. Il chante, et il chante diablement bien. Chaque son que vous entendrez durant l’intégralité du projet est signé par l’acteur. Bluffant. Mais là où il est le plus fort, c’est pour se rendre détestable. Oui, à la sortie du film, impossible d’avoir une image positive de Bob Dylan, tant Un Parfait Inconnu le dépeint comme un musicien égoïste et totalement antipathique. Monica Barbaro, interprète de Joan Baez, fascine également. Par son talent d’actrice d’une part, mais aussi par ses prouesses à la guitare et au chant. Oui, prouesses, quand on sait que l’actrice n’avait jamais tenu une guitare ni pris de cours de chant six mois avant le tournage…

Blowin’ in the Wind

En dehors de la performance des acteurs, une évidence frappe dès les premiers instants : James Mangold sait filmer. Bien que bavard, le film n’oublie jamais de raconter par l’image. Et quelles images ! La reconstitution de ce New York des années 60 fascine, par sa beauté mais aussi par son ambiance. C’est vivant, vraiment. Bonne chance à ceux qui souhaitent ou sont en train d’arrêter de fumer toutefois, les personnages se pavanant avec une cigarette au bec sur quasi tous les plans. On s’attache plus à la ville et à l’ambiance old-school du film qu’au personnage principal. Cela n’est pas un défaut en soi, quand on sait à quel point le décor peut être un protagoniste à part entière dans une œuvre. Mais alors, pourquoi dire qu’il manque une âme à un film qui déborde de vie ? Disons que si le film était un cadeau, l’emballage serait somptueux, mais mais il cacherait une boite vide..

Un Parfait Inconnu, malgré ses immenses qualités, souffre d’un terrible défaut : il ne mène nulle part et ne raconte presque rien. En creusant, l’histoire a un potentiel fascinant, abordant des thèmes déjà explorés mais pas toujours bien exploités. La jeunesse, la gloire, l’égoïsme, le temps qui passe. En surface, c’est Timothée qui fait la tronche pendant plus de deux heures, avec une histoire qui débute très bien pour tourner en rond. Et, in fine, on s’ennuie. On attend que quelque chose se passe. Et, quand ce quelque chose arrive, le générique de fin apparaît. Le film fait le choix de se pencher sur une courte partie du vécu de l’artiste, désormais âgé de 83 ans. Pourtant, qu’apprend-on réellement de Bob Dylan ? Difficile à dire, à part qu’en dehors d’être un véritable génie, c’est aussi (visiblement) un vrai sale gosse.

James Mangold livre donc un biopic très scolaire, loin d’être déplaisant et qui laissera d’ailleurs surement une belle emprunte dans le cinéma. Par son ambiance, ses musiques et surtout, l’interprétation de ses acteurs. On ressort de la projection avec une furieuse envie d’écouter du Bob Dylan (ou les reprises de Chalamet) mais on n’a pas pour autant envie d’en savoir davantage sur l’homme. On suit une page Wikipedia de quelques chapitres, sans idée réellement marquante ou de scène que l’on retient, si ce n’est une captivante première demi-heure, très bien rythmée. Puis, la boucle se forme… Malgré tout, Un Parfait Inconnu est de ces films qui sera surement appréciés par un large public. Ceux qui recherchent avant tout une plongée immersive dans le monde de la musique sous un superbe New York des années 60 peuvent foncer, de même que les fans de Dylan. Mais, si pour diverses raisons vous hésitiez entre ce projet et Better Man… le second est à privilégier.

Bande-annonce : Un parfait inconnu

Fiche Technique : Un parfait inconnu

Titre original : A Complete Unknown
Réalisation : James Mangold
Scénario : jay Cocks / James Mangold
Casting : Timothée Chalamet / Edward Norton / Elle Fanning / Monica Barbaro / Boyd Holbrook
Production : Range Media Partners / Veritas Entertainment Group / The Picture Company
Distribution : The Walt Disney Company France
Genre : Biopic Musical
Durée : 141 minutes
Sortie : 15 Janvier 2025

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2.5

Le Jardin zen de Naoko Ogigami : Olé !

Le Jardin zen : Inconnue chez nous malgré déjà 7 longs métrages à son actif, la cinéaste Naoko Ogigami manie un langage aussi sérieux que teinté d’humour  pour dénoncer subtilement certains travers de sa société japonaise bien-aimée.

Synopsis du film le Jardin Zen:  Luxe, calme et volupté. Tout va pour le mieux dans la vie parfaitement réglée de Yoriko et de tous ceux qui, comme elle, ont rejoint la secte de l’eau. Jusqu’au jour où son mari revient à la maison après de nombreuses années d’absence, entraînant avec lui une myriade de problèmes. Rien, pas même ses plus ferventes prières, ne semble restaurer la précieuse quiétude de Yoriko… Avec tout cela, comment faire pour rester zen ?

 L’Effet Papillon 

Après des décennies de règne sans partage des grands maîtres contemporains du cinéma japonais tels que Hirokazu Kore-Eda, Kiyoshi Kurosawa, Naomi Kawase et dans un autre genre Hayao Miyazaki sur nos écrans hexagonaux, voici venir l’émergence de cinéastes moins connus de nous, pour notre plus grand bonheur. Ainsi, Koji Fukada et son récent Love Life, un cinéaste que nous n’avons découvert qu’en 2016 avec Harmonium ; ainsi Ryusuke Hamaguchi, son magnifique  film Drive my Car et autres beautés minimalistes qui n’ont pas peur de se déployer sur un temps long, pour parler comme les politiciens. Ainsi encore la réalisatrice Chie Hayakawa et son bouleversant Plan 75. Une relève qu’on valide, sans faire offense à leurs illustres aînés qu’on aime suivre plus que jamais.

Et voici Naoko Ogigami, dont c’est le premier film distribué en France après déjà 6 autres longs métrages. Son film, Le Jardin Zen, dont le titre original,  traduit à l’international par Ripples (ondulations), rapporte en effet les mouvements sinusoïdaux des émotions de sa protagoniste Yoriko (Mariko Tsutsui, déjà remarquée dans les films de Fukada). On la découvre, dormant tête-bêche dans le lit conjugal. Bonne épouse en apparence, se réveillant avant tout le monde pour les tâches ménagères, silencieuse, effacée. Nous sommes en 2011, et par peur de la contamination radioactive, la panique s’abat sur la population après l’explosion du réacteur N°1 à Fukushima. On se rue sur les bouteilles d’eau minérale, et les billets pour l’île d’Okinawa s’arrachent. L’occasion d’apercevoir l’autre facette de Yoriko qu’on ne dévoilera pas ici. Est-ce par peur des radiations, on ne le saura jamais vraiment, mais son mari, Osamu Sudo, disparaît dans la nature, laissant femme et enfant et même son propre père malade derrière lui.

On retrouve Yoriko plusieurs années plus tard. Embrigadée dans une secte obscure qui vénère « l’eau de la vie verte » , pour ce que cela peut bien vouloir dire. Vivant désormais seule, elle mène une vie ascétique consacrée au travail qu’elle a dû prendre et surtout à la Vie Verte. Jusqu’à ce que brusquement, Osamu ressurgit de nulle part. Naoko Ogigami réussit à nous transmettre la progression mentale de Yoriko qui slalome entre la pureté à laquelle elle aspire et les bassesses que cette irruption de son mari réveille en elle. Le pardon, la tolérance, la bienveillance, tout cela est mis à rude épreuve, encore plus lorsque son fils vient en visite, porteur de nouvelles non désirées…  Le gimmick de sa montée de la côte vers sa maison  en vélo (et de la descente de la même côte selon les périodes)  est par exemple un outil qui fait penser à un thermomètre prenant la température de ses émotions. La ponctuation sonore qui trouve sa magnifique apothéose dans la dernière scène du film, un autre moyen d’installer un rythme qui suit les ondulations du titre : l’alternance du bon et du mauvais chez Yoriko, les changements qui s’opèrent en elle, suivant un effet papillon, au contact de ses différents interlocuteurs, membres de la secte, collègue(s) de travail, et bien sûr famille.

Sans en dévoiler davantage sur ses arcs narratifs plutôt nombreux, on peut indiquer que le Jardin zen est un métrage riche qui nous en dit long sur une société japonaise arc-boutée sur un modèle archaïque où le paraître reste l’aune à laquelle elle se mesure. L’emprise quasi-sectaire de la religion, le respect des codes sociaux qui régissent les liens familiaux, comme Yukiko Sode, une autre cinéaste récemment révélée, l’a mis en scène dans son très beau Aristocrats. C’est un film sensible en plus d’être beau, avec une finale à couper le souffle. Une réussite tout en discrétion !

Le Jardin zen – Bande annonce

Le Jardin zen – Fiche technique

Titre original : Hamon
Réalisatrice: Naoko Ogigami
Scenario : Naoko Ogigami
Interprétation : Mariko Tsutsui (Yoriko Sudo), Ken Mitsuishi (Osamu Sudo), Hayato Isomura (Takuya Sudo), Tamae Andô (Misae Watanabe), Noriko Eguchi (Hitomi Ogasawara), Akira Emoto (Taro Kadokura), Kami Hiraiwa (Setsuko Ito), Midoriko Kimura (Masako Hashimoto), Hana Kino (Mizuki)
Photographie : Hideo Yamamoto
Musique : Hiroko Ide
Producteurs : Kazumasa Yonemitsu, Hiromitsu Sugita, Makoto Watanabe
Maisons de production : TV Man Union Co-production :
Distribution : Art House Films
Durée : 120 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 29 Janvier 2025
Japon· – 2023

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4

« Alouette » : entre cauchemar et rédemption

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Alouette d’Andréa Delcorte, publié aux éditions Glénat, nous entraîne dans un univers étrange et oppressant où s’entremêlent survie, mémoire traumatique et quête identitaire. Le récit, oscillant entre réalisme brut et visions hallucinées, captive par sa narration duale habilement construite et son style graphique hypnotique.

L’architecture narrative d’Alouette est probablement sa première force. L’histoire se déploie sur deux axes temporels distincts : d’un côté, l’arrivée d’Alouette sur une île hostile après un voyage en mer des plus inquiétants ; de l’autre, les fragments de souvenirs de son passé douloureux, où elle luttait pour survivre avec son frère Pilou. Cette alternance spatiotemporelle renforce le mystère et la tension du récit. Les informations ne sont en effet distillées qu’au compte-goutte.

Dès son réveil sur l’île, Alouette doit faire face à un environnement menaçant, peuplé de créatures hybrides et de dangers insoupçonnés. Livrée à elle-même, elle est finalement recueillie par deux habitants tout aussi énigmatiques que l’île elle-même : un ancien capitaine de la marine, excentrique et résigné, et une femme austère hantée par un passé pesant. Leur présence apporte à la jeune fille un semblant de stabilité, mais la nature de leurs intentions reste longtemps en suspens.

Au fil des pages, des flashs violents ramènent Alouette à sa vie d’avant. Son passé, marqué par la misère et l’exploitation, apparaît par bribes fragmentées, renforçant l’aspect quasi onirique du récit. La pauvreté, la faim, la violence omniprésente et une exploitation implicite – notamment sexuelle – façonnent son histoire et expliquent comment elle est arrivée sur cette île. Pilou, son frère disparu, demeure son seul ancrage, mémoriel et familial, son ultime raison d’avancer dans un monde où la survie est un combat quotidien.

Ce passé sombre contraste avec la nature quasi fantastique de l’île sur laquelle elle a échouée. La frontière entre réalité et onirisme s’amenuise au fil du récit, rendant la quête d’Alouette encore plus complexe et palpable. Le lecteur est ainsi entraîné dans un voyage où les apparences sont souvent trompeuses, et où la lutte intérieure de l’héroïne se matérialise sous des formes tantôt concrètes, tantôt plus spectrales.

Alouette propose, en plus d’une histoire duale échevelée, une réflexion sur des thématiques lourdes et universelles. La survie en milieu hostile, la résilience face à l’adversité et la quête de rédemption se trouvent au cœur du récit. La relation fraternelle entre Alouette et Pilou, bien que mise à l’épreuve par la séparation et le trauma, demeure le moteur principal de l’intrigue. Le roman graphique questionne par ailleurs la manière dont l’enfance peut être brisée par un environnement toxique et comment la mémoire peut devenir un refuge autant qu’un fardeau.

Avec Alouette, le jeune Andréa Delcorte signe un album solo d’une maîtrise impressionnante. La narration fluide, les différentes strates de lecture et l’esthétique unique en font une bande dessinée atypique qui ne laissera probablement personne indifférent. Derrière cette fable aux accents horrifiques et survivalistes se cache une histoire profondément humaine, qui explore la résilience et la lutte contre ses propres démons. 

Alouette, Andréa Delcorte
Glénat, janvier 2025, 192 pages

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4

« Auschwitz » : une histoire concentrationnaire

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Dans son ouvrage Auschwitz, publié dans la collection « Repères » des éditions La Découverte, Tal Bruttmann s’attèle à décrypter l’histoire de ce qui demeure, pour beaucoup, le symbole ultime de la Shoah et de l’inhumanité du régime nazi. L’historien reconnu pour ses travaux sur l’antisémitisme et les politiques de répression nazies, nous invite à une exploration rigoureuse et méthodique de l’évolution d’Auschwitz : de son développement en tant que camp de concentration destiné aux Polonais à son rôle central dans la mise en œuvre de la « solution finale ». Entre données précises, éclairages inédits et mise en contexte, le livre se révèle être une contribution essentielle à la compréhension de cette page sombre de l’histoire.

Tal Bruttmann commence par situer Auschwitz, ou Oświęcim en polonais, dans son contexte géographique et historique. Cette petite ville est un lieu de tension historique entre l’Europe occidentale et orientale. Avant l’occupation allemande, au XIXe siècle, sa population est à parts égales polonaise et juive, reflétant une coexistence relative dans un espace marqué par la diversité culturelle. Mais avec l’arrivée des nazis, le visage d’Oświęcim change brutalement. La ville devient une composante du projet Lebensraum, cet espace vital rêvé par les idéologues nazis pour l’expansion allemande. La synagogue est détruite dès le début de l’occupation, et une politique de terreur visant à réduire les Polonais au statut d’esclaves est mise en place.

Tal Bruttmann souligne également la dimension régionale de la répression. Rapidement, plus de 200 camps sont établis dans la région environnante, regroupant 50 000 Juifs astreints à des travaux forcés, notamment pour la construction de routes et d’infrastructures industrielles. Auschwitz, dans ce cadre, se distingue rapidement comme un pivot destiné à devenir le plus grand des camps de concentration.

Dès janvier 1940, Heinrich Himmler décide de développer le système concentrationnaire autour de la caserne de Zasole. Initialement conçu pour les prisonniers polonais, le camp prend rapidement une autre dimension. Le nombre de détenus augmente sans cesse, nécessitant des agrandissements constants. En quelques années, Auschwitz devient une immense structure pouvant accueillir jusqu’à 100 000 personnes simultanément. L’entreprise IG Farben joue un rôle central dans ce processus : près de 10 000 détenus sont mis à disposition de l’entreprise pour fournir une main-d’œuvre corvéable à merci.

Le récit de Tal Bruttmann met en lumière la violence intrinsèque du camp dès ses débuts. Les premiers détenus sont affectés aux travaux de construction du camp lui-même, un processus qui cause des taux de mortalité effarants : jusqu’à 700 décès par mois en 1941. L’expansion vers Birkenau, terrain marécageux et insalubre, exacerbe encore ces conditions, avec une mortalité particulièrement élevée parmi les prisonniers soviétiques. Ces derniers s’ajoutent à des hiérarchies et des tensions internes au camp. Les criminels et, dans une moindre mesure, les détenus asociaux, servent de relais aux SS. Ces « kapos », souvent brutaux envers les autres détenus, incarnent l’effroyable logique de domination et de survie qui s’exerce à tous les niveaux. On trouve aussi, dans le camp, des homosexuels, des tziganes et, bien entendu, des prisonniers politiques.

De leur côté, les femmes sont logées à part et affectées à des travaux agricoles. Les Roms, eux, vivent dans des conditions particulièrement dramatiques, entassés dans des baraques prévues à l’origine pour des chevaux, où les épidémies de typhus et la gangrène font des ravages.

Quant à la mise en œuvre de la « solution finale », Tal Bruttmann montre comment celle-ci s’intègre progressivement dans l’évolution d’Auschwitz. Initialement, les chambres à gaz sont utilisées pour éliminer les travailleurs inaptes. Ce n’est qu’en 1944, avec la déportation massive des Juifs de Hongrie, que le camp atteint une dimension industrielle dans le meurtre de masse, avec 430 000 victimes en seulement quelques mois.

Le camp est caractérisé par ses interactions avec la ville et l’industrie. Auschwitz est transformée pour répondre aux ambitions nazies : en faire un modèle de collaboration entre répression politique et exploitation industrielle. Cette « ville IG Farben » résulte d’un remodelage constant, où chaque agrandissement du camp vise à maximiser son utilité, qu’elle soit économique ou meurtrière.

Les nombreux encadrés explicatifs du livre reviennent sur une longue série de sujets connexes, dont l’étude de Viktor Klemperer, philologue, qui a analysé la langue du Troisième Reich, ou encore les procédures d’enregistrement et de tri des déportés. Tal Bruttmann rend également compte de l’horreur par des descriptions saisissantes du stockage des effets personnels des victimes, ce qui laisse une image glaçante d’une machine de mort minutieusement organisée.

Avec Auschwitz, l’historien français nous livre une histoire exhaustive de ce lieu emblématique. Il montre qu’Auschwitz ne fut pas seulement un camp parmi d’autres, mais un espace en constante mutation, au cœur des politiques de répression et de génocide nazies. Ce livre éclaire également une confusion persistante : moins de 5 % des victimes de la Shoah sont mortes dans des camps de concentration, Auschwitz inclus.

Auschwitz, Tal Bruttmann
La Découverte/Repères, janvier 2025, 128 pages 

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4

« Islander : L’Exil » : une anticipation glaçante

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Premier tome d’une trilogie signée par Caryl Férey et Corentin Rouge, Islander : L’Exil est une œuvre d’anticipation saisissante. Elle nous transporte dans une Europe dévastée par des catastrophes successives, où la survie constitue rien de moins qu’un combat quotidien. Tandis que les nations ferment leurs frontières, l’Islande, dernière terre encore préservée, devient un refuge convoité, mais aussi un théâtre de tensions intenses…

Dans cette dystopie glaçante qu’est Islander : L’Exil, Caryl Férey et Corentin Rouge renversent brillamment notre vision du monde en plaçant les Européens dans la peau de ceux qu’ils avaient jusque-là regardés avec suspicion ou condescendance : des réfugiés en quête d’une terre d’accueil. Ici, l’Europe est ravagée par des catastrophes en série, et des foules hagardes, démunies, se retrouvent agglutinées au port du Havre dans l’espoir de fuir un continent devenu invivable. L’Écosse et l’Islande, encore relativement épargnées, érigent alors des frontières et n’accueillent ces naufragés de la civilisation qu’avec parcimonie, motivées par une hésitation teintée de peur – exactement comme les Européens l’ont si souvent fait avec les Syriens, les Afghans et tant d’autres par le passé. 

Sur cette toile de fond oppressante, les auteurs s’attachent à raconter l’odyssée de Liam, un homme qui a déjà tout perdu et qui, pour échapper à la déchéance, subtilise – non sans remords – le pass d’une migrante. Ce geste de désespoir l’entraîne dans une aventure où se mêlent quête identitaire et enjeux géopolitiques. L’Islande, pourtant perçue comme un ultime bastion de sécurité, se révèle en effet en proie à ses propres démons : la défiance à l’égard des exilés a fragmenté le pays et les Loyalistes, considérés comme plus progressistes, tendent désormais au repli national. Au Nord, des Sécessionnistes règnent sur un territoire qu’ils protègent par la force contre les migrants, volontiers expédiés dans des camps de travail où l’asservissement est aussi de nature sexuelle. 

C’est dans ce contexte que se devine l’émergence d’un mystérieux projet, « Islander », qui recèle plus de questions que de réponses. Dans ce premier tome au rythme haletant, beaucoup de trames sont laissées en suspens, et la tension monte à mesure que les frontières se referment et que s’érodent les derniers vestiges d’une solidarité révolue. Par un effet miroir troublant, l’album projette le lecteur dans une réalité inversée : la peur de l’autre, la xénophobie et la difficulté à envisager l’accueil comme un devoir collectif ne sont pas des problématiques lointaines ou l’apanage du continent africain, mais une donnée à laquelle se heurtent les Occidentaux. Caryl Férey et Corentin Rouge distillent un récit choral qui pousse à revisiter nos certitudes et à réfléchir à notre propre rapport à la migration.

Les vignettes produisent leur effet. L’Europe n’est plus qu’un champ de ruines : famines, sécheresses, inondations et conflits laissent des millions de personnes sur les routes. Le port du Havre regorge de réfugiés désespérés, traités comme du bétail, en manque de tout. Dans ce monde en pleine décomposition, les personnages se débattent entre survie individuelle et quête de sens. Le professeur Zizek semble dépositaire d’une grande autorité scientifique et morale, mais surtout d’une possible solution qu’il peine à faire entendre, et qui constitue le fil rouge de ce premier tome. Le lecteur croisera aussi Erika, figure-clé des Sécessionnistes, en rupture avec le modèle égoïste et brutal en œuvre dans sa région. Une autre façon de mettre en lumière les réactions extrêmes des sociétés face à l’arrivée massive de migrants. 

Islander : L’Exil est haletant, généreux, et il fait judicieusement écho aux crises actuelles, en questionnant notre capacité collective à affronter les défis environnementaux, politiques et sociaux. Vivement la suite, pour poursuivre cette immersion dans un monde probablement bien proche du nôtre qu’on ne le croit.

Islander : L’Exil, Caryl Férey et Corentin Rouge 
Glénat, janvier 2025, 160 pages

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4

« Sur les traces des archéologues » : cœur des mystères des « desert kites »

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Dans Sur les traces des archéologues, Séverine Laliberté et Nicola Gobbi nous entraînent dans une aventure fascinante où l’archéologie contemporaine s’appréhende comme un voyage humain et scientifique. À travers des paysages saisissants allant des déserts de Jordanie aux steppes du Kazakhstan, le lecteur suit une équipe internationale à la découverte des mystérieux « desert kites ». Ces constructions colossales en pierre, dont l’utilité reste sujette à débat, sont au cœur d’une enquête particulièrement immersive.

Contrairement à l’image romantique et solitaire véhiculée par des figures comme Indiana Jones, ce roman graphique propose une vision réaliste et pluridisciplinaire de l’archéologie. L’équipe de chercheurs, composée d’experts aux spécialités variées, rend parfaitement compte de la collaboration nécessaire pour interpréter les « desert kites ». Ces structures énigmatiques, visibles depuis le ciel sous la forme de cerfs-volants, témoignent d’une ingéniosité ancienne mais reste encore sujettes à discussions. 

L’album excelle à montrer la dynamique d’équipe : chaque découverte, aussi modeste soit-elle – un fossile, un fragment de poterie ou même des restes organiques – alimente le dialogue entre les spécialistes. Cette construction collective du savoir, où hypothèses et analyses s’entrelacent, devient le véritable enjeu du récit. Ce dernier n’omet pas pour autant les défis logistiques ou géopolitiques, qui renforcent le panorama réaliste des conditions de travail des archéologues. 

Si l’album séduit par son exploration originale et son souci du détail factuel, il souffre parfois d’un excès d’information corollaire, qui tend à diluer l’attention portée aux personnages. Si la richesse de la diversité humaine est bien perceptible, ces archéologues restent cependant en arrière-plan, quelque peu éclipsés par la grandeur et les mystères des kites. Ces derniers auraient servi à chasser les animaux, rassemblés dans un espace clos.

Sur les traces des archéologues réussit le pari de conjuguer vulgarisation scientifique, immersion culturelle et exploration visuelle. Il y a cependant fort à parier qu’il séduira avant tout les lecteurs friands d’archéologie et de civilisations anciennes. Les autres pourraient trouver l’aspect documentaire un peu trop exigeant. Il n’en demeure pas moins que Séverine Laliberté et Nicola Gobbi livrent un ouvrage instructif, à la fois sur les kites mais aussi sur le travail d’investigation mené par les équipes scientifiques. 

Sur les traces des archéologues, Séverine Laliberté et Nicola Gobbi
Steinkis, janvier 2025, 183 pages

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3

Robocat casino et les thrillers du jeu : Quand le suspense dépasse la fiction

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Les jeux d’argent ont toujours été une source d’inspiration pour le cinéma. Que ce soit dans des films de thriller, d’espionnage ou de drame, les scènes de casino apportent une tension dramatique inégalée, où le destin des personnages repose souvent sur une carte, un lancer de dés ou une mise risquée. Des classiques comme Casino Royale ou Ocean’s Eleven ont capté cette atmosphère envoûtante où le suspense, la stratégie et le hasard se mêlent dans un décor feutré et luxueux. Aujourd’hui, avec l’essor des plateformes numériques comme Robocat casino, cette expérience ne se limite plus aux salles de jeu traditionnelles : l’adrénaline et l’intensité du jeu sont désormais accessibles en ligne, où l’imprévu et les retournements de situation rappellent les thrillers cinématographiques les plus haletants.

Les casinos au cinéma : Entre tension et mystère

Le monde des casinos a toujours été un terreau fertile pour les scénaristes. Les films qui s’y déroulent jouent sur plusieurs éléments : le risque, la manipulation, le bluff et l’incertitude du résultat. Ces éléments se retrouvent dans des chefs-d’œuvre du cinéma comme :

  • Casino (1995) de Martin Scorsese – Plongée dans l’univers des casinos de Las Vegas où les jeux de pouvoir et de manipulation sont aussi dangereux que les paris eux-mêmes.
  • Casino Royale (2006) de Martin Campbell – L’une des scènes de poker les plus tendues du cinéma, où James Bond affronte son adversaire sous une pression extrême.
  • Ocean’s Eleven (2001) de Steven Soderbergh – Une bande de voleurs élabore un plan sophistiqué pour braquer un des plus grands casinos de Las Vegas, mêlant intelligence et suspense.
  • Croupier (1998) de Mike Hodges – Un regard plus intimiste sur les coulisses du jeu, où la frontière entre hasard et manipulation est plus mince qu’il n’y paraît.

Robocat casino : Une immersion dans le suspense du jeu

Tout comme ces thrillers cinématographiques, Robocat casino propose une expérience où l’imprévu et la tension sont au cœur du divertissement. À travers ses jeux de stratégie, ses jackpots inattendus et l’excitation d’une mise audacieuse, la plateforme rappelle ces scènes mythiques où tout peut basculer en un instant.

Dans les films de casino, les personnages doivent souvent jouer avec les probabilités, anticiper les coups de leurs adversaires et maîtriser leurs émotions pour maximiser leurs chances. Sur Robocat casino, les joueurs se retrouvent dans une situation similaire : ils doivent savoir quand prendre des risques, observer les mécaniques du jeu et faire preuve d’audace, tout en profitant d’une expérience immersive digne des plus grands thrillers.

Quand le cinéma et le jeu en ligne fusionnent

L’attrait des casinos dans les thrillers vient de cette montée d’adrénaline constante, où le spectateur, tout comme le joueur, est tenu en haleine jusqu’au dernier instant. Dans l’univers du jeu en ligne, cette sensation est reproduite avec des graphismes réalistes, des scénarios interactifs et des jeux en direct qui simulent l’excitation d’un véritable casino.

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