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Dallas Buyers Club de Jean-Marc Vallée : Critique du film

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Dallas Buyers Club un film porté par Matthew McConaughey et Jared Leto : Du Rodéo du Cow-boy au road-movie humaniste

Le film, réalisé par Jean-Marc Vallée (C.R.A.Z.Y, Café de Flore) à partir d’un script écrit par Craig Borten et Melisa Wallack est Lauréat des Golden Globes. Dallas Buyers Club est également nominée aux Oscars dans six catégories dont meilleur film et meilleurs acteurs dans un drame (Matthew McConaughey premier et Jared Leto second rôle). Il raconte l’histoire de Ron Woodroof, un électricien et un cavalier de rodéo au Texas.

Ron est un hétérosexuel vivant à 100 à l’heure, redneck homophobe, fan de rodéos, appréciant la compagnie des femmes, de l’alcool tout en sniffant occasionnellement une ligne de coke. Confronté du jour au lendemain à la maladie du sida, ce cow-boy Texan, rugueux, shooté à l’adrénaline, entame un long parcours initiatique vers l’altruisme, le respect de l’autre, la compassion et la tolérance. Il se métamorphose comme être pour embrasser une cause plus grande que lui, sans jamais perdre entièrement son côté sauvage ni sa fugueuse joie de vivre.

Dallas Buyers Club est une plongée sinistre dans une époque terrifiante ou la FDA, (Food Drug Administration) est au service mercantile des Big Pharma et autres institutions cyniques préférant injecter des doses mortelles d’AZT plutôt que de mettre sur le marché des médicaments potentiellement capable de sauver la vie de ses malades. Le film montre qu’avec les remèdes alternatifs vitamines et peptide T, les malades avaient une espérance de vie supérieure à ceux traités avec les molécules mises sur le marché par l’industrie pharmaceutique, toujours en croisade contre ceux qu’elles voient comme une menace contre ses intérêts faramineux. Soulignons aussi l’inexistence en ce début de 21ème siècle du droit de choisir son traitement.

Ce récit n’est pas qu’un édifiant réquisitoire à l’encontre d’un système bafouant le serment d’Hippocrate, il peint la métamorphose physique doublée d’une rédemption psychologique à travers une rencontre avec un transsexuel flamboyant, Rayan (Jared Leto) qui deviendra l’associé de Woodroof dans son combat épique face à ce système inique. L’indomptable cowboy devient un voyageur de la médecine parallèle, et fonde un club d’acheteurs à Dallas, (d’où le titre Dallas Buyers Club), basé sur un système de cotisation permettant d’alimenter tous les gays de Dallas de ses pilules miracle.

Ce Biopic poignant sur les pires années du Sida est filmé caméra à l’épaule dans un style direct, quasi-documentaire, où l’ampleur de l’épidémie du sida est suggérée par quelques chambres dans un motel minable, une file d’attente interminable devant la porte du siège du club…Dallas Buyers Club évite le pathos pour adopter une approche elliptique, presque poétique de la vie qu’elle dépeint avec des pointes d’humours et un clin d’œil sentimental sous la forme d’une romance possible entre Woodroof et l’un des rares médecins compatissants Jennifer Garner séduite par ce personnage renversant d’humanisme renfrogné, à l’infatigable bagout.

Après, Philadelphia de Jonathan Demme, le récent Effets secondaires de Soderbergh, Dallas Buyers Club s’attaque au même sujet sous un autre angle, il conte un drame humain, une rage de vivre, porté par un casting époustouflant, Matthew McConaughey (Ron Woodroof), tout simplement méconnaissable, donne vie à son personnage aussi sur le plan physique (perte de poids spectaculaire 22 kilos en moins) que dans les mouvements, la gestuelle.. L’acteur que l’on a pu voir dans « Killer Joe », « Paperboy » et plus récemment Mud, « True detective », et une petite apparition mémorable dans Le loup de Wall Street dégage un charisme puissant tout en apportant une véritable profondeur au personnage.

La prestation de Jared Letoest aussi l’attraction phare du film, il livre un transsexuel solaire et spectaculaire, une interprétation bouleversante jusqu’à l’ultime scène déchirante. Une œuvre d’une grande richesse, même si la réalisation reste plutôt classique, la prestation de ce duo de comédiens éblouissants reflètent l’énorme qualité du film.

Synopsis : 1986, Dallas, Texas, une histoire vraie. Ron Woodroof a 35 ans, des bottes, un Stetson, c’est un cow-boy, un vrai. Sa vie : sexe, drogue et rodéo. Tout bascule quand, diagnostiqué séropositif, il lui reste 30 jours à vivre. Révolté par l’impuissance du corps médical, il recourt à des traitements alternatifs non officiels. Au fil du temps, il rassemble d’autres malades en quête de guérison : le Dallas Buyers Club est né. Mais son succès gêne, Ron doit s’engager dans une bataille contre les laboratoires et les autorités fédérales. C’est son combat pour une nouvelle cause… et pour sa propre vie.

Dallas Buyers Club : Bande-annonce

Fiche Technique Dallas Buyers Club

Réalisateur(s) : Jean-Marc Vallée
Scénariste(s ): Craig Borten, Melisa Wallack
Acteurs : Matthew McConaughey (Ron Woodroof), Jennifer Garner (Eve), Denis O’Hare (Dr. Sevard), Steve Zahn (Tucker), Michael O’Neill (Richard Barkley), Dallas Roberts (David Wayne), Griffin Dunne (Dr. Vass), Kevin Rankin (T. J.) et Jared Leto (Rayon)
Directeur de la photographie : Yves Bélanger
Genre : Biopic, Drame
Date de sortie : 29 janvier 2014
Pays : États-Unis
Budget : 5 500 000 $
Durée : 1h 57
Photographie : Yves Bélanger
Montage : John Mac McMurphy
Musique : Danny Elfman
Costumes : Kurt and Bart
Décors : John Paino
Producteur : Voltage Pictures, Evolution Independent
Distributeur : UGC Distribution

Stand By Me – The Following saison 2 Trust Me : Musique hallucinante

 Stand By Me – The Following Saison 2 – Musique interprétée par Ki: Theory

Trust Me marque le véritable retour de Joe Carroll sur la musique Stand By Me, cette nouvelle version enregistrée par Joel Burleson, mieux connu comme Ki:Theory, un artiste spécialisé dans le rock alternatif avec des éléments électroniques. A l’origine Stand by Me est une chanson interprété par Ben E. King et écrit par Jerry Leiber et Mike Stoller.

Ainsi, hier soir, sur la Fox, nous pouvions suivre la série The Following Saison 2, l’épisode 3 intitulé Trust Me. Lors de ce troisième épisode de folie riche en rebondissement, on pouvait entendre une magnifique musique accompagnant parfaitement la scène annonçant le retour de Joe Caroll. Une musique haletante, brûlante comme l’est l’étonnante scène de fin…

On retrouve au casting Kevin Bacon alias Ryan Hardy, James Purefoy alias Joe Carroll; Shawn Ashmore est l’agent Mike Weston, Valorie Curry est Emma Hill; Connie Nielsen est Lily Gray est l’une des disciples de Carroll et mère de Luc Sam Underwood, et Marc, les frères jumeaux; Tiffany Boone est Mandy Lang; Jessica Stroup est Max Hardy, nièce de Ryan Hardy.

Joe Caroll gagne une nouvelle follower, dans cet épisode 3. Mandy, interprétée par Tiffany Boone est une jeune fille impressionnable, qui voit dans la figure du tueur, un père… Une nouvelle protégée qu’Emma aura certainement du mal à apprécier, en tout cas on peut s’attendre à des étincelles…

Parole de la musique Stand By Me

When the night has come
And the land is dark
And the moon is the only light we see
No I won’t be afraid
No I won’t be afraid
Just as long as you stand, stand by me

So darling darling stand by me
Oh , stand by me
stand by me, stand by me

If the sky that we look upon
Should tumble and fall
And the mountain should crumble to the sea
I won’t cry, I won’t cry
No I won’t shed a tear
Just as long as you stand, stand by me

And darling darling stand by me
Oh , stand by me
stand by me, stand by me, stand by me

Whenever you’re in trouble won’t you stand by me
Oh , stand by me
stand by me, stand by me, stand by me

Darling, darling, stand by me
Oh stand by me, stand by me, stand by me

 

The Ryan Initiative : Critique cinéma

The Ryan Initiative : Un Techno-thriller sans couleurs

Jack Ryan est un personnage créé par l’écrivain Tom Clancy en 1984, un analyste de la CIA utilisé à 13 reprises dans divers romans du même auteur. Ce cinquième film articulé autour du personnage de Jack Ryan a été déjà interprété par Alec Baldwin dans le thriller géopolitique de John McTiernan « À la poursuite d’Octobre Rouge », Harrison Ford dans les films « Jeux de guerre » ou encore « Danger immédiat » et dans le film La somme de toutes les peurs avec Ben Affleck.

Contrairement aux quatre autres films précédents, le long-métrage de Kenneth Branagh est aussi le premier qui ne s’inspire pas de l’un des douze romans, commandé par le studio Paramount Pictures, ce reboot a été écrit par Adam Cozad et co-signé par le scénariste-star David Koepp (Jurassic Park, L’Impasse, Men in Black 3 …).

Réalisé par l’acteur-réalisateur britannique Kenneth Brannagh starifié depuis Thor en 2011, The Ryan Initiative n’est pas une bonne initiative. Même si les scénaristes ont su redonner un coup de jeune au personnage, en élaborant un contexte post 11 septembre où la menace vient de la manipulation des marchés financiers, il n’en reste pas moins que ce film est une déception, le scénario pêche sur plusieurs points, la relation entre Jack Ryan et le spectateur est inexistante rendant les personnages peu attachants, même la relation entre le couple que forment Jack Ryan et Cathy Ryan incarné par Keira Knightley semble factice. Quant à Kevin Costner dans le rôle du mentor, il assure malgré un personnage peu inconsistant et assez peu développé.

Un film sans émotion, dépourvu de tension, de suspens, il ne surprend guère le spectateur, et l’interprétation du célèbre Jack Ryan par Chris Pine, que l’on a pu voir dans la nouvelle saga Star Trek dans le rôle du capitaine Kirk ne rehausse pas le niveau. Il manque totalement de charisme, en fait le personnage est désincarné, superficiel, un très pâle ersatz d’Ethan Hunt ou Jason Bourne.

Par contre, l’interprétation du rôle du méchant, Viktor Cheverin, par le britannique shakespearien Kenneth Branagh est plus intéressante, le personnage est maîtrisé et son accent russe plutôt réussit.

Même si l’intrigue se veut moderne, elle ne fait que revisiter les derniers films du même genre sans atteindre toutefois le niveau de ses prédécesseurs. Des références aux films comme la trilogie Jason Bourne avec la poursuite à moto, James Bond/Casino Royale avec la bataille à mains nus dans une salle de bain, ou encore Mission impossible dans la mythique scène du piratage avec Tom Cruise suspendu.

Des influences copiées jusque dans la musique sans les égaler, même si The Ryan Initiative, (Jack Ryan : Shadow Recruit en version originale) n’est qu’un techno-film d’espionnage banal, les amateurs du genre trouveront sans aucun doute leur compte dans ce film d’action.

Synopsis : Ancien Marine, Jack Ryan est un brillant analyste financier. Thomas Harper le recrute au sein de la CIA pour enquêter sur une organisation financière terroriste. Cachant la nature de cette première mission à sa fiancée, Jack Ryan part à Moscou pour rencontrer l’homme d’affaires qu’il soupçonne d’être à la tête du complot. Sur place, trahi et livré à lui-même, Ryan réalise qu’il ne peut plus faire confiance à personne. Pas même à ses proches.

Fiche Technique : The Ryan Initiative

Titre original : Jack Ryan: Shadow Recruit

Réalisateur : Kenneth Branagh
Casting : Chris Pine (Jack Ryan), Kevin Costner (Harper), Keira Knightley (Cathy), Kenneth Branagh (Viktor Cheverin), Colm Feore (Rob), Nonso Anozie (Embee)…
Genre : Action, Espionnage, Thriller
Directeur de la photographie : Haris Zambarloukos
Montage : Martin Walsh
Décors : Andrew Laws et Judy Farr
Costumes : Jill Taylor
Date de naissance : 2013
Sortie en salle : 29 janvier 2014
Nationalité : USA
Durée du film : 1h46
Budget : 80 millions $

 

Critique cinéma du film I, Frankenstein de Stuart Beattie

Basé sur un roman graphique Darkstorm écrit par Kevin Grevioux, cette version renouvelée de l’œuvre classique de Mary Shelley (1818) écrit et réalisé par Stuart Beattie (GI Joe : The Rise of Cobra) suit la créature de Victor Frankenstein (Aaron Eckhart) dans le Londres du 21ème siècle où les forces séraphiques et démoniaques se battent pour la suprématie de  la terre et selon leurs clans pour la liberté ou l’esclavagisme des humains que l’on voit très peu dans ce film.

Adam (Aaron Eckhart), authentique créature de Frankenstein, tourmenté par cette immortalité qu’il n’a pas choisit se retrouve bientôt au cœur d’une lutte séculaire entre des démons de l’enfer menés par un maître implacable, Naberius (Bill Nighty) et des gargouilles pieuses, gouvernés par la reine Léonore (Miranda Otto), des créatures célestes quoique monstrueuses en apparence. Une reine bienveillante puisqu’elle prendra sous ses ailes le monstre paria sauvé d’une attaque par les gardiens gargouilles ailés, Gideon (Jai Courtney) et Keziah (Caitlin Stasey).

Le mal incarné par Naberius, déguisé en homme d’affaire cherche à ranimer les cadavres pour qu’ils puissent être possédés par des démons, pour cela il a besoin du monstre baptisé Adam par Léonore et du journal de Frankenstein. Adam fait la connaissance de la scientifique Terra (Yvonne Strahovski), chargée de réaliser cette régénération des cellules mortes, quand elle prend conscience des plans diaboliques du Prince, elle se rebelle et s’allie avec cet immortel possédant le secret tant recherché par Naberius.

I, Frankenstein est un film au scénario plus qu’attendu, brouillon, manquant d’imagination avec des gargouilles s’élevant dans le ciel dans une colonne de lumière bleue et des démons explosant en boules de feu lors de leurs morts. La partie la plus réussit est certainement l’imposante cathédrale habitée par ses gargouilles créant une atmosphère gothique amplifiée par une bande son mettant l’accent sur cette ambiance.

Un film sans étincelles, cette adaptation du mythe de Frankenstein souffre d’un manque cruel d’humour et d’originalité, la créature ressemble plutôt à une sorte de supers-héros sexy. Ne cherchez pas dans I Frankenstein, l’oeuvre de Mary Shelley, les producteurs d’Underworld propose un film pop-corn genre fantastique, un spectacle divertissant sans prise de tête où l’on retrouve de l’action et des effets spéciaux. Les fans de Buffy contre les vampires retrouveront avec plaisir cet univers sombre peuplé de toutes sortes d’êtres fantastiques.

Note : Lionsgate a mis en ligne un « Motion Comic » sous forme de prologue pour le film I, Frankenstein réalisé par Stuart Beattie basé sur le comics éponyme de Kevin Grevioux.

Synopsis : Adam, la créature de Frankenstein, a survécu jusqu’à aujourd’hui, grâce à une anomalie génétique survenue lors de sa création. Son chemin l’a mené jusqu’à une métropole gothique et crépusculaire, où il se retrouve pris par une guerre séculaire sans merci entre deux clans d’immortels. Adam va être obligé de prendre parti et de s’engager dans un combat aux proportions épiques.

Fiche technique I, Frankenstein

Titre original : I, Frankenstein
Réalisateur : Stuart Beattie
Scénariste : Stuart Beattie, basée sur le comic de Kevin Grevioux
Interprètes : Aaron Eckhart, Yvonne Strahovski, Bill Nighy, Miranda
Otto, Jai Courtney…
Genre : Action, Epouvante, Horreur, Fantastique
Date de sortie : 29/01/2014
Durée du film : 1h33
Photographie : Ross Emery
Montage : Marcus D’Arcy
Musique : Johnny Klimek et Reinhold Heil
Costumes : Cappi Ireland
Décors : Brian Edmonds
Producteur : Lakeshore Entertainment et Hopscotch Features
Distributeur : Metropolitan Films

 

R, le film sur l’univers carcéral qui saisit à la gorge : Critique

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« R », un Pusher en huis-clos, ravageur. violent, âpre, un film sans concession sur l’univers carcéral, à la mise en scène ultra immersive, porté par un trio d’acteurs magnétiques.

L’univers carcéral inspire les scénaristes aussi bien ceux du grand que du petit écran. Donner vie à ce microcosme qu’est une prison a été l’une des plus grandes réussites de la série légende Oz. Au cinéma on peut citer des films cultes films comme L’évadé d’Alcatraz, The Shawshank redemption, et du film de Jacques Audiard, Un prophète, révélant le comédien Tahar Rahim. Tourné en 2010, la même année que le film Un prophète, R vient s’inscrire dans la lignée des précédents de ses réalisateurs, Northwest pour Michael Noer et Hijacking pour Tobias Lindholm (scénariste de La chasse et Borgen), on y retrouve ce même niveau de réalisme immersive, brut, dur dont on ne ressort pas indemne.

R ou la machine à construire des morts-vivants

Le voisinage avec le film Un prophète est certain, le sujet traité est le même, celui d’un jeune délinquant tentant de survivre dans l’aquarium carcéral, toutefois, autant le film d’Audiard est parfois onirique, voir sombrement lyrique visant l’impressionnisme romanesque, autant celui du duo danois est d’un réalisme absolument glacial.R-Pilou-Asbaek-rune

R, un récit à mi-chemin entre documentaire façon Dardenne et fiction, une sensation d’authenticité renforcée par le lieu du tournage, une vraie prison et des acteurs, qui pour la plupart, sont d’ex-détenus.

R est un classique, tout y est, la drogue, les passages à tabac, les conflits entre les groupes et le rituel de vengeance connu sous le nom « café chaud » consistant à ébouillanter une balance avec de l’huile d’olive et du sucre. Un classique d’une extrême efficacité, l’esthétique avec ses jeux de couleurs dans les tons neutres, totalement « désaturée » porte sur le psychisme, créant un sentiment d’isolement, de crainte et d’oppression. La survie mais aussi la souffrance intense du personnage Rune joué par l’acteur Pilou Asbaek, passe à la fois par ce regard terrifié, ses yeux vigilants, ce visage figé, sans impression, impassible…R est un film viscéral, d’une brutalité nue, une approche de la vie en prison sans fioriture servit par une mise en scène sèche, nerveuse et une performance brillante de Pilou Asbæk.

Un film d’une rare authenticité ou R comme Rune et R comme Raschid (Dulfi Al-Jabouri), les deux jeunes détenus ne sont rien d’autre que de la viande pour le hachoir qu’est l’institution carcérale. La force des deux réalisateurs est d’avoir su créer une atmosphère et déplacer l’histoire dans ce huit clos autour des personnages servit par des dialogues sobres toute en capturant l’ambiance oppressante ou les sentiments de répulsion et même de terreur sont permanents.

Les deux jeunes détenus partagent cette lettre, R, mais aussi la descente aux enfers, l’avilissement, la destruction morale et physique ou la seule voie de survie est de céder à la violence, aux meurtres, pour s’adapter dans le monde hiérarchique de la prison. Il n’y rien de décent dans cet univers broyeur ou le final fait écho aux paroles prononcées plutôt par le parton de R, « Il n’y a pas de nous. » Un film profondément pessimiste, âpre et saisissant jusqu’au twist final fulgurant et sa dernière image très marquante. Un film d’une rare authenticité ou R comme Rune et R comme Raschid (Dulfi Al-Jabouri), les deux jeunes détenus ne sont rien d’autre que de la viande pour le hachoir qu’est l’institution carcérale. La force des deux réalisateurs est d’avoir su créer une atmosphère et déplacer l’histoire dans ce huit clos autour des personnages servit par des dialogues sobres toute en capturant l’ambiance oppressante ou les sentiments de répulsion et même de terreur sont permanents.

Les deux jeunes détenus partagent cette lettre, R, mais aussi la descente aux enfers, l’avilissement, la destruction morale et physique ou la seule voie de survie est de céder à la violence, aux meurtres, pour s’adapter dans le monde hiérarchique de la prison. Il n’y rien de décent dans cet univers broyeur ou le final fait écho aux paroles prononcées plutôt par le parton de R, « Il n’y a pas de nous. » Un film profondément pessimiste, âpre et saisissant jusqu’au twist final fulgurant et sa dernière image très marquante.

Synopsis : Rune est un jeune criminel qui vient d’arriver en prison. Il découvre ce nouveau monde régi par les codes et les missions à exécuter. Réduit à néant, il n’est désormais qu’un numéro, que la lettre R. Dans sa quête de survie, il rencontre Rachid, un jeune musulman, avec lequel il met en place un trafic qui lui permet d’être désormais respecté. Mais leur réussite suscite la convoitise d’autres détenus, qui ne tarderont pas à leur faire savoir. Le titre « R » se réfère bien entendu à la première initiale de Rune et Rashid. L’histoire tourne autour des deux R, expulsés du monde des vivants vers un autre monde, un enfer sans fin ou la seule chance de survie consiste à devenir une âme vide.

R – Bande-annonce

Fiche Technique R, un film de Tobias Lindholm et Michael Noer

Réalisateur(s) : Tobias Lindholm, Michael Noer
Scénariste(s) : Tobias Lindholm, Michael Noer
Acteurs : Pilou Asbaek (Rune), Dulfi Al-Jabouri (Rashid), Roland Moller (Mason), Jacob Gredsted (Carsten), Kim Winther (Prison Guard), Omar Shargawi (Bazhir) and Sune Norgaard (Sune)
Directeur de la photographie : Magnus Nordenhof Jonck
Pays : Danemark
Genre : Drame
Durée : 1h 39
Budget : 4 755 000 DKK

Date de sortie : 15 janvier 2014

Musique : Les Brasiers de la colère – la BO – Out of the Furnace

Musique : Les Brasiers de la colère – Out of the Furnace

Le compositeur britannique Dickon Hinchliffe est à l’origine de la musique du film Out of Furnace, (avec Christian Bale et Woody Harrelson), il associe banjo, la guitare et le piano avec un orchestre à cordes, créant un paysage émotionnel intime pour les habitants de la ville de Braddock.

Hinchliffe est un compositeur de formation classique qui a notamment composé les musiques pour des films indépendants fascinants, y compris le célèbre film Winter’s Bone de Debra Granik.

Le chanteur Eddie Vedder (du groupe Pearl Jam) réinterprète Release, une chanson tirée du premier album de son groupe. Elle est également utilisée dans la bande-annonce du film, pour l’’ouverture et la clôture du film les Brasiers de la colère.

Musique composée par Dickon Hinchliffe

Playlist Out of Furnace

1-Barley Hanging On

2- Let’s Go Get Us a Buck

3- Love You Bud

4- Prison Release

5- Liquid Dinner

6- Fixing Fights

7- Blankets

8- Rodney Prepares for Fight

9- Rodney & The Jackson Whites

10- Our Slate Ain’t Clean

11- Are You Ready for This?

12- Acceptance

13- Mainline

14- The Money’s Yours

15- Salmon Burger

16- Hear Them Birds?

17- Out of the Furnace

Les Brasiers de la Colère (Out of the Furnace) de Scott Cooper : Critique

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Les Brasiers de la Colère  : Un voyage au bout de l’enfer sans retour

Le tournage des Brasiers de la colère se fait dans la ville de Braddock, cette cité appartient véritablement à La Rust Belt («ceinture de la rouille») appelé Manufacturing Belt («ceinture des usines») jusque dans les années 1970, période glorieuse de l’industrie métallurgique. 

Les Brasiers de la colère fait ainsi référence aux fournaises de l’usine de métallurgie, Out Of The Furnace, pouvant se traduire littéralement par « Hors de la fournaise », une référence aux fournaises de l’aciérie de la ville dans laquelle travaille le personnage incarné par Christian Bale. Une métaphore empreinte de symbolisme sur la lutte d’une humanité désœuvrée qui tente de s’extraire de son enfer quotidien, rêvant d’un meilleur futur.

Après son premier long-métrage, Crazy Heart (qui valut un Oscar à Jeff Bridges pour son interprétation d’une ex-gloire de la country music en pleine errance alcoolisée), Scott Cooper continue d’explorer cette Amérique profonde, celles des laissés-pour-compte avec Les brasiers de la colère, il signe un thriller dramatique, d’une extrême noirceur, à la fois désenchanté et désespéré, Un « Voyage au bout de l’enfer » sans retour, porté par un Christian Bale saisissant et un Casey Affleck vibrant d’émotions dans le rôle de ce jeune soldat complètement brisé par les horreurs de la guerre.

DansLes brasiers de la colère fournaise des aciéries la lignée de Michael Cimino Les Brasiers de la Colère raconte la crise économique à travers les yeux de ses habitants. Le film dépeint cet univers soumis à la fatalité d’un destin ou la pauvreté et le manque de perspective transpirent dans leurs vies. Les âmes fracassées de cette bourgade au fin fond des Appalaches, dont la seule distraction est un bar, ou paris hippiques et combats à mains nus, sont organisés par un parrain local John Petty incarné par Willem Dafoe. Rodney (Casey Affleck), le jeune frère de Russel (Christian Bale), laminé par 4 enrôlements successifs en Irak, s’enfonce dans une spirale autodestructrice et finit par rencontrer le sociopathe Harlan DeGroat (Woody Harrelson), le chef d’une communauté, les Rednecks, vivant dans la partie montagneuse du New-Jersey.

Le film de Scott Cooper est une tragédie familiale, celle d’un amour fraternel à toute épreuve : un récit âpre relatant avec intelligence une Amérique qui souffre, dans un monde impitoyable ou le pain quotidien est haine et violence.

Brasiers de la colère Casey Affleck
Même si on peut reprocher à ce drame d’être trop lent, de manquer de rebondissements, d’être trop classique, de manquer d’audace, il n’est reste pas moins que l’impasse vers laquelle sont destinés ses vies brisées est parfaitement orchestré. Les brasiers de la colère est avant tout un film d’atmosphère développant les aspects psychologiques d’un groupe de personnes, et le quotidien sordide contrastant avec une nature majestueuse.Ajoutons à cela, une photographie granulée, de toute beauté à la fois éclatante et déprimante, dans un décor couleur sale et rouille, le tout sur une musique aux sons envoûtants. Notamment la musique d’ouverture et de clôture, interprétée par Eddie Vedder du groupe Pearl Jam intitulée Release, résumant parfaitement les différentes émotions et états que traversent le cœur des deux frères.

Une critique sociale acerbe réalisée à la manière d’un documentaire austère, avec une séquence d’introduction qui annonce la couleur… Scott Cooper brosse avec authenticité le délabrement social de la classe ouvrière, victime de la violence économique. Un drame aride, poisseux, porté par un casting impérial, Christian Bale est magistral en héros abîmé par la rouille, Casey Affleck, authentique et crédible. Le bad guy du film, interprété par Woody Harrelson brille par sa malveillance. Son jeu est à la fois effrayant et humain. Une galerie d’acteurs complétée par le vétéran acteur écrivain rebelle des années 70, Sam Shepard, Willem Dafoe, Forest Whitaker et une excellente Zoe Saldana interprétant le seul personnage féminin dans cet univers masculin.

Au final le réalisateur nous livre un opus assez réussi pour un second long-métrage, à voir bien entendu en version originale, pour la puissance de certaines répliques cinglantes.

Synopsis : À Braddock, une banlieue ouvrière américaine, la seule chose dont on hérite de ses parents, c’est la misère. Comme son père, Russell Baze (Christian Bale) travaille à l’usine, mais son jeune frère Rodney (Casey Affleck) a préféré s’engager dans l’armée, en espérant s’en sortir mieux. Pourtant, après quatre missions difficiles en Irak, Rodney revient brisé émotionnellement et physiquement. Lorsqu’un sale coup envoie Russell en prison, son frère cadet tente de survivre en pariant aux courses et en se vendant dans des combats de boxe. Endetté jusqu’au cou, Rodney se retrouve mêlé aux activités douteuses d’Harlan DeGroat (Woody Harrelson), un caïd local sociopathe et vicieux.
Peu après la libération de Russell, Rodney disparaît. Pour tenter de le sauver, Russell va devoir affronter DeGroat et sa bande. Il n’a pas peur. Il sait quoi faire. Et il va le faire, par amour pour son frère, pour sa famille, parce que c’est juste. Et tant pis si cela peut lui coûter la vie.

Fiche technique : Les Brasiers de la Colère

Titre original : Out of the Furnace
Réalisateur : Scott Cooper
Acteurs : Christian Bale (Russell Baze), Woody Harrelson (DeGroat), Casey Affleck (Rodney Baze), Zoe Saldana (Lena), Forest Whitaker (Barnes), Sam Shepard (Gerald Red Baze), Willem Dafoe (John Petty), Charles David Richards (Chaplain), Tom Bower (Dan Dugan)…
Date de Sortie : 15 janvier 2014
Nationalité : USA
Durée : 1h56
Budget : 22 millions $
Genre : Drame, Thriller
Scénariste : Brad Ingelsby, Scott Cooper
Compositeur : Dickon Hinchliffe
Directeur De La Photographie : Masanobu Takayanagi
Monteur : David Rosenbloom
Distributeur : Metropolitan Film Export

 

The Lunchbox de Ritesh Batra : Critique du film

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The Lunchbox de Ritesh Batra : Saveurs indiennes doucement épicées et romance épistolaire

Succès populaire et révélé lors de la Semaine de la critique à Canne (2013), The Lunchbox, le premier long-métrage de Ritesh Batra est une délicieuse friandise parfaitement maîtrisée, soutenue par un scénario simple mais d’une redoutable efficacité. A partir de la pratique traditionnelle des Dabbawalahs, la livraison quotidienne des déjeuners sur le lieu de travail des employés indiens, le réalisateur imagine une erreur d’aiguillage qui débouche sur une relation épistolaire entre deux êtres délaissés, une femme au foyer et un veuf solitaire. Cette correspondance lente, d’un autre temps, est une véritable bouffée d’oxygène dans notre monde instantané du numérique, et permet aux deux personnages si attachants, de se libérer de beaucoup de préjugés, d’obligations, de peurs. Le spectateur appréciera cette réalisation au plus près des émotions.

Loin des paillettes de Bollywood, The Lunchbox offre surtout au spectateur occidental à travers sa belle photographie, un voyage dépaysant, à la fois comique et nostalgique dans une Inde foisonnante et multicolore, un portrait de la vie quotidienne, des classes moyennes de Bombay, mégalopole à la vie grouillante, avec ses foules empruntant des rues bruyantes et bigarrées, des trains de banlieue vétustes et surchargés, contrastant avec l’isolement de beaucoup d’individus.

Ritesh Batra filme également avec une grande acuité les scènes de bureau, le rituel comique des fonctionnaires gratte-papiers qui gribouillent sur des registres avec comme seule outil une calculette. Mais la critique sociale est plus profonde. Le réalisateur porte un regard bienveillant et néanmoins vif sur la condition de la femme en Inde, celle d’Ila cloitrée à la maison, dont le seul dialogue est celui qu’elle entretient avec sa « Auntie », sa voisine du dessus, tour à tour hilarant et émouvant, mais également sur le marché du travail, l’importance de la famille et des traditions.

Les acteurs particulièrement attachants livrent une interprétation remarquable, toute en retenue : l’acteur Irrfan Khan (Saajan) de renommée internationale, interprète parfaitement le quinquagénaire veuf, qui se morfond dans une solitude affective presque raisonnée ; Nimrat Kaur (Ila) confère à son personnage une grande humanité, tandis que Nawazuddin Siddiqui (Shaikh), le successeur de Saajan, jeune travailleur orphelin ingénu et roublard, au bagout aussi énervant que drôle, est tour à tour hilarant et émouvant.

Sans se plier au modèle convenu du happy-end attendu, The Lunchbox est un film subtil et tendre, d’une grande humanité. Un joli conte épistolaire aux saveurs multiples, et universelles, qui confère à ses personnages une belle profondeur d’âme et révèle l’émergence d’un jeune cinéma indien indépendant. Rafraîchissant !

Synopsis : Chaque matin, Ila (Nimraut Kaur), une jeune femme au foyer délaissée par son mari, s’efforce de le reconquérir en lui préparant des plats variés et savoureux. Elle confie ensuite sa lunchbox au gigantesque service de livraison, assuré par les Dabbawallahs qui desservent toutes les entreprises de Bombay. Chaque soir, elle attend de son mari des compliments qui ne viennent pas. Ce qu’elle ignore, c’est que la lunchbox a été remise accidentellement à Saajan (Irrfan Khan), un veuf solitaire, proche de la retraite. Consciente de la méprise, Il a glisse alors dans la lunchbox un petit mot qui marque le début d’une relation épistolaire touchante et pleine de tendresse entre ces deux solitudes.

Fiche Technique : The Lunchbox

Titre original : Dabba
Réalisé par :  Ritesh Batra
Avec : Irrfan Khan , Nimrat Kaur , Nawazuddin Siddiqui …
Durée : 1h42min
Pays de production :  Inde
Année de production :  2013
Distributeur : Happiness Distribution

 

 

The Spectacular Now de James Ponsoldt : Critique du film

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 The Spectacular Now de James Ponsoldt, une douce romance des douleurs adolescentes

The Spectacular Now, le premier film de James Ponsoldt, a été révélé par le Festival de Sundance, et rencontra de nombreuses critiques élogieuses outre-Atlantique. Dès les premières images, une maturité et un réalisme se dégagent des images de ce récit sur l’éveil adolescent et le passage à l’âge adulte : les premiers émois amoureux, la naissance d’une relation, les premières dissonances… Il y a beaucoup de délicatesse et de sensibilité dans ce film, à travers une mise en scène subtile et pudique, comme la scène du premier baiser ou de la première fois, sobre et nuancée, telle une aquarelle.

James Ponsoldt filme avec justesse ces deux adolescents, qui ne sont pas aussi mièvres et transparents qu’il y paraît. Le réalisateur aborde certes, sans pathos ni complaisance, le problème délicat de l’alcool chez les adolescents. Mais ce n’est pas le sujet essentiel du film. The Spectacular Now aborde surtout des thématiques beaucoup plus complexes (voire philosophiques) que les standards rebattus du teen moovie classique : les difficultés liées aux relations parentales, la nécessité de la construction de soi-même, de s‘affirmer, d’imposer ses propres choix envers et contre tout…

Cette production indépendante, au scénario linéaire et classique, mais loin d’être simpliste, au rythme volontairement calme, celui du rite initiatique, est soutenu par l’interprétation toute en retenue de son duo d’acteurs : Miles Teller, aperçu dans Projet X et tête d’affiche dans 21 & over, se révèle véritablement dans The Spectacular Now. De l’adolescent fêtard, il atteint peu à peu une certaine maturité, où les choix de l’âge adulte doivent s’imposer naturellement. Shailene Woodley, découverte au cinéma dans The Descendants, et présente dans le prochain Gregg Araki, dans son rôle de jeune adolescente amoureuse et candide, s’affirme peu à peu pour assumer pleinement la tendresse nouvelle qu’elle éprouve. La mise en scène douce, juste, doublée d’un scénario simple mais bien écrit, et de dialogues ciselés, révèle la vraie alchimie de ses deux interprètes.

Sundance nous livre une nouvelle fois, un film sensible et intense, certes imparfait mais attachant, qui aborde sans fard les douleurs des interrogations adolescentes. Nous aimons tous ce cinéma vrai qui dévoile une beauté simple, qui dépeint avec finesse une romance universelle, la complexité de toute relation humaine. De ce cinéma sobre et nuancé, le spectateur ressort de la salle comme apaisé. Et c’est déjà en soi une belle prouesse ! Sundance nous livre une nouvelle fois, un film sensible et intense, certes imparfait mais attachant, qui aborde sans fard les douleurs des interrogations adolescentes. Nous aimons tous ce cinéma vrai qui dévoile une beauté simple, qui dépeint avec finesse une romance universelle, la complexité de toute relation humaine. De ce cinéma sobre et nuancé, le spectateur ressort de la salle comme apaisé. Et c’est déjà en soi une belle prouesse !

Synopsis : Sutter (Miles Teller) est un adolescent brillant, drôle, charmant et très porté sur la boisson. Son quotidien est chamboulé par sa rencontre avec la timide Aimee (Shailene Woodley), une jeune femme totalement différente de lui.

The Spectacular Now : Bande-annonce

Fiche Technique : The Spectacular Now

Titre : The Spectacular Now
Réalisateur(s) : James Ponsoldt
Casting : Miles Teller (Sutter Keely), Shailene Woodley (Aimee), Brie Larson (Cassidy), Jennifer Jason Leigh (Mme Keely), Kyle Chnadler (Mr Keely), Mary Elizabeth Winstead (Holly Keely), Bob Odenkirk (Dan),
Kaitlyn Dever (Krystal)…
Genre : Comédie, Drame
Durée :1h 35
Scénariste(s) : Scott Neustadter, Michael H. Weber
Date de sortie : 8 janvier 2014
Pays : États-Unis
Budget : 2 500 000 $

 

Philomena de Stephen Frears : Critique du film

Philomena de Stephen Frears : Une histoire à fleur de peau

Inspiré de faits réels, ce récit bouleversant réalisé par un grand S. Frears, dénonce des pratiques abominables en y mettant de la malice, de la drôlerie et de l’intelligence. Philomena Lee est un petit bijou, un croisement insolite de comédie dramatique engagée et de buddy movie, magnifié par le trio Dench-Coogan-Frears, mixant drôlerie et émotion.

Un petit mot sur le livre, « Philomena : the true story of a mother and the son she had to give away » de Martin Sixsmith est une histoire vraie, qui n’est pas sans rappeler la thématique du chef d’oeuvre « The Magdelene Sisters » (2001) de Peter Mullan, à savoir l’incroyable puissance de l’église et son pouvoir impitoyable sur la vie sexuelle des gens.

Quand la voiture s’éloigna, Philomena cria:
– Non! Non! Pas mon bébé! Ne les laissez pas me prendre mon bébé !
A cet instant-là, Anthony se retourna et s’agenouilla pour regarder par la vitre arrière. Il portait le short brun et le pull-over bleu que Philomena lui avait confectionnés et serrant dans sa main son avion en fer blanc.

La force de ce film n’est pas d’être une histoire vraie tragique, mais bien celle ne jamais tomber dans le mélo tout en évitant l’écueil du drame cul cul la praline et l’excès, le gavage sentimental. En effet Fears a su apporter une délicieuse malice, porté par un casting brillant, notamment Judi Dench (oui c’est, elle, M dans James Bond), impressionnante de justesse dans le rôle d’une adorable vieille dame partie à la recherche de son fils qui lui a été enlevé alors qu’il avait trois ans. Une prestation touchante, bouleversante, appuyée sur l’opposition entre les deux personnages, l’acteur Steve Coogan, également co-scénariste y incarne un journaliste, cynique, cultivé et méfiant.

La mise en scène met en avant avec finesse, drôlerie, cette opposition entre les 2 personnages principaux qui s’exprime à travers des dialogues savoureusement ciselés. Notons que le réalisateur y ajoute, comme dans (the Queen), une série britannique, réalisée par Stephen Frears, des images d’archives ainsi que cette touche d’humour british inimitable.

Philomena est un Magdalene Sisters mélancolique, interprété par l’excellent duo Judi/Dench contradictoire mais complémentaire. Philomena, un film poignant conté avec brio, conjuguant une belle écriture, une mise en scène élégante autour de magnifiques paysages anglais. Un film simple, beau et émouvant…

Synopsis : Irlande, 1952. Philomena Lee, encore adolescente, tombe enceinte. Rejetée par sa famille, elle est envoyée au couvent de Roscrea. En compensation des soins prodigués par les religieuses avant et pendant la naissance, elle travaille à la blanchisserie, et n’est autorisée à voir son fils, Anthony, qu’une heure par jour. À l’âge de trois ans, il lui est arraché pour être adopté par des Américains. Pendant des années, Philomena essaiera de le retrouver. Quand, cinquante ans plus tard, elle rencontre Martin Sixmith, journaliste désabusé, elle lui raconte son histoire. Ce dernier va entreprendre de l’aider, tenant là un bon article larmoyant qui aura sa place dans une certaine presse cynique spécialisée…

Fiche Technique : Philomena

Titre original : The Lost Child of Philomena Lee
Titre : Philomena
Réalisateur : Stephen Frears
Genre : Drame, Comédie Dramatique
Scénaristes : Steve Coogan, Jeff Pope, Martin Sixsmith
Casting : Judi Dench (Philomena Lee), Steve Coogan (Martin Sixmith), Sophie Kennedy Clark (Philomena jeune), Anna Maxwell Martin (Jane), Michelle Fairley (Sally), Peter Hermann (Peter Olsson), Barbara Jefford (soeur Hildegarde), Mare Winningham (Mary), Sean Mahon (Michael Hess)
Basé sur le livre : The True Story of a Mother and the Son She Had to Give Away signé Martin Sixmith
Date de Sortie : 08 Janvier 2014
Pays : Royaume-Uni
Durée du film : 1h38
Budget : 10 millions $

 

Cadences Obstinées, un film de Fanny Ardant : Critique

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Cinq ans après Cendres et SangFanny Ardant réalise Cadences obstinées.

Dans ce second long-métrage, Fanny Ardant, développe tout un univers autour du désenchantement, celui de Margo, « Asia Argento », violoncelliste, qui a abandonnée sa brillante carrière par amour. Un amour passionné, absolu, mais l’homme qu’elle aime l’a délaisse pour se consacrer à son travail. 

Dans Cadences Obstinées, on assiste à la déclinaison d’un amour dans une atmosphère oppressante. Un film mis en scène comme dans une pièce de théâtre contemporaine au point qu’il puisse paraitre désincarné.

Fanny Ardant réalise un film ou les ressentis des personnages sont traduits à travers des plans extrêmement bien travaillés, la lumière, le décor, dessine le désespoir, la dérive face à la perte et la lutte pour sortir de l’abîme dans lequel Margo plonge en réalisant que les fondations sur lesquelles, elle a bâtit son amour n’était que chimères…

« Les cadences du travail, les cadences musicales, les cadences du cœur »

Une tragédie pour cette violoncelliste à qui, un personnage du film dira « Je préfère détruire que m’habituer à la laideur ». Elle réalise alors que cette laideur est aussi sa trahison envers la musique, sa carrière et que son sacrifice, son désir de se remplir d’absolu à travers un sentiment pour un homme n’est autre qu’un déni de ses propres idéaux…

Cadences Obstinés marque la cadence du cœur de Margo, une femme qui porte en elle la culpabilité d’avoir trahi l’art pour l’amour. Noyée, pour ne pas avoir su se nourrir des deux mondes, elle cherche à s’échapper de la cage dans laquelle, elle-même s’est enfermée.

Des drames se nouent et se déjouent dans un huis clos ou se mêle tourbillons picturales et sonores sur un espace opératique. Cadences Obstinées sur une musique déclinée comme une obsession raconte l’histoire d’une femme à la recherche de sa part d’âme perdu. Au final un film ou l’on aurait souhaité s’attacher aux personnages si le jeu avait été plus convaincant, moins théâtrale. Un film décalé, une fresque d’un esthétisme ardent, mais qui malgré sa superbe photographie reste trop lointain.

Pour illustrer musicalement ce film Fanny Ardant retrouve le pianiste et compositeur attitré des musiques des films de Michel Gondry, Jean-Michel Bernard dont voici un extrait :

Pitch : Margo a abandonné sa brillante carrière de violoncelliste pour l’amour d’un homme. Mais cet homme, Furio (Nuno Lopes) en même temps qu’il devient possessif, il l’a délaisse pour un contrat à remplir : restaurer un hôtel de luxe pour un notable à la moralité douteuse. La jeune femme sent qu’elle est entrain de perdre cet amour dont elle se remplissait, gagnée par l’angoisse, elle sombre devant l’implosion de son couple. On n’aime jamais de la même façon et en même temps.

Fiche Technique : Cadences obstinées de Fanny Ardant

Réalisation : Fanny Ardant
Scénario : Fanny Ardant
Acteurs : Asia Argento, Nuno Lopes,Ricardo Pereira, Gérard Depardieu, Franco Nero
Date De Sortie : 08 Janvier 2014
Genre : Drame
Durée : 101 Min
Pays : France
Produit par Paulo Branco
Directeur de la photographie : André Szankowski
Chef monteuse : Julia Gregory
Directrice artistique : Isabel Branco
Son : Sylvain Malbrant, Nicolas Moreau, Ricardo Leal
Melissa Petitjean
Musique originale : Jean-Michel Bernard
Violoncelle : Sonia Wieder-Atherton
Directeurs de Production : Ana Pinhão Moura Et Raoul Peruzzi
Distributeur : Alfama Films

Critique : Yves Saint Laurent de Jalil Lespert

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Yves Saint Laurent, portrait dense d’un créateur tourmenté superbement interprété par un duo d’acteurs haute couture.

Premier film de l’année consacré à Yves Saint-Laurent et approuvé par Pierre Bergé, le biopic de Jalil Lespert a l’avantage de l’authenticité : il nous plonge au cœur des décors, des costumes et des dessins qui ont fait partie de l’univers du plus célèbre des couturiers français.

Yves Saint Laurent s’intéresse davantage à la vie de l’artiste, de l’homme Yves Saint Laurent, qu’à la création artistique elle-même. Le spectateur est ainsi le témoin privilégié de la passion amoureuse entre Pierre Bergé et Yves Saint Laurent, de leur timide rencontre chez Dior à la fin des années cinquante jusqu’à la fin du couturier, perdu dans ses mystérieuses pensées. Pierre Bergé, qui a soutenu le film, n’est pas allé contre certains voiles levés. Jalil Lespert relate avec fidélité la part d’ombre du « petit prince de la haute culture », une personnalité complexe avec ses tourments, ses excès, mais surtout son génie artistique qui a révolutionné en 50 ans, non seulement le monde de la haute culture et de la mode, mais aussi le monde, en contribuant fortement à travers ses créations, à l’émancipation et à l’élégance de la femme moderne. Le film y gagne en force, en émotion et en sincérité.

« La création, c’est la douleur »

Charlotte-Le-Bon-Pierre-Niney-film-yves-saint-laurentYves Saint Laurent est également remarquable par son jeu d’acteurs. La Comédie Française choisit bien ses comédiens. Le jeune Pierre Niney nous prouve ici l’ampleur de son art. Il n’incarne pas Yves Saint Laurent. Il est Yves Saint Laurent, fragile, timide, complexe. La ressemblance physique est frappante bien sûr ; la diction, le phrasé, la gestuelle, les attitudes, cette timidité maladive propre à Yves Saint Laurent, tout y est ! Un jeu d’acteur impeccable et authentique qui annonce sans nul doute un flot de récompenses. Guillaume Gallienne, campe parfaitement Pierre Bergé, le mentor, mais aussi l’amant passionné, l’homme de l’ombre qui encourage, soutient, et pardonne, et surtout encadre le génie artistique, le rattrapant parfois au vol. Charlotte Le Bon signe enfin une prestation remarquable en interprétant le Mannequin Victoire, qui a tant inspiré le grand couturier.

Il y a beaucoup de force dans ce film, tant dans l’émotion, les silences, les ruptures et la démesure en tout genre. Jalil Lespert a su recréer l’esprit du Paris des années 60 et 70, avec ce qu’il comptait de soirées mondaines, d’excès, et de créatures parfaites. La réalisation et le montage sont impeccables, la mise en scène est subtile et fine, la musique très belle, la bande-originale superbe. Les décors sont authentiques, et les vêtements prêtés par la maison Yves Saint Laurent permettent au spectateur de revivre l’époque privilégiée des grands défilés.

Si le film de Jalil Lespert ne parvient pas à embrasser l’ampleur du mythe Yves Saint Laurent, s’intéressant essentiellement à ses jeunes années d’artiste en arrêtant sa biographie en 1976, à sa collection des Ballets Russes, si le processus de création, le travail dans les ateliers ne sont que des aspects effleurés, Yves Saint Laurent est à l’image de Saint Laurent lui même. Un bel hommage rempli de respect et d’élégance, un film sensible et émouvant.

Une version de Bertrand Bonello, sans doute moins consensuelle sortira en octobre 2014, avec Gaspard Ulliel. Il sera intéressant de comparer les deux œuvres et le jeu des deux comédiens.

Pierre Bergé a soutenu le long-métrage de Jalil Lespert, des costumes prêtés par la maison Yves Saint Laurent aux décors véritables jusqu’au logo de la prestigieuse maison de haute couture apposé sur l’affiche. Bergé a autorisé Jalil Lespert à tourner dans leur véritable appartement avenue Marceau, l’atelier du styliste et le jardin Majorelle de leur villa marocaine. En revanche, il s’oppose fermement au Saint Laurent de Bertrand Bonello.

On pourrait réaliser plusieurs films sur Yves Saint Laurent, tant il y a de choses à raconter sur cet être mystérieux, tant la trajectoire de ce génie artistique a accompagné la profonde révolution de la société française. On peut également mentionner le documentaire Yves Saint Laurent – Pierre Bergé, L’amour fou, sorti en 2010, où Pierre Bergé relate de manière consensuelle, sa vie avec Yves Saint Laurent et l’amour formidable qui les unissait.

Synopsis : Paris, 1957. A tout juste 21 ans, Yves Saint Laurent (Pierre Niney) est appelé à succédé à Christian Dior, à la tête de la prestigieuse maison de couture. Lors de son premier défilé, il fait la connaissance de Pierre Bergé (Guillaume Gallienne), rencontre qui va bouleverser sa vie. Amants passionnés et partenaires en affaires, les deux hommes s’associent trois ans plus tard pour créer la société Yves Saint Laurent. Malgré ses obsessions et ses démons intérieurs, Yves Saint Laurent s’apprête à révolutionner le monde de la mode avec son approche moderne et iconoclaste.

 Bande-annonce : Yves Saint Laurent

Fiche Technique : Yves Saint Laurent de Jalil Lespert

Réalisateur : Jalil Lespert
Scénariste : Jalil Lespert, Marie-Pierre Huster, Jacques Fieschi
Interprètes : Pierre Niney, Guillaume Gallienne, Charlotte Le Bon, Laura Smet, Marie de Villepin, Nikolai Kinski, Ruben Alves, Astrid Whettnall
Genre : Biopic, Drame
Nationalité : Français
Distributeur :  SND
Durée du film : 1 h 40
Date de sortie : 08/01/2014
Photographie : Thomas Hardmeier
Montage : François Gédigier
Musique : Ibrahim Maalouf
Costumes : Madeline Fontaine
Décors : Aline Bonetto
Producteur : Wassim Béji pour WY Productions
Distributeur : SND