Critique : Yves Saint Laurent de Jalil Lespert

Yves Saint Laurent, portrait dense d’un créateur tourmenté superbement interprété par un duo d’acteurs haute couture.

Premier film de l’année consacré à Yves Saint-Laurent et approuvé par Pierre Bergé, le biopic de Jalil Lespert a l’avantage de l’authenticité : il nous plonge au cœur des décors, des costumes et des dessins qui ont fait partie de l’univers du plus célèbre des couturiers français.

Yves Saint Laurent s’intéresse davantage à la vie de l’artiste, de l’homme Yves Saint Laurent, qu’à la création artistique elle-même. Le spectateur est ainsi le témoin privilégié de la passion amoureuse entre Pierre Bergé et Yves Saint Laurent, de leur timide rencontre chez Dior à la fin des années cinquante jusqu’à la fin du couturier, perdu dans ses mystérieuses pensées. Pierre Bergé, qui a soutenu le film, n’est pas allé contre certains voiles levés. Jalil Lespert relate avec fidélité la part d’ombre du « petit prince de la haute culture », une personnalité complexe avec ses tourments, ses excès, mais surtout son génie artistique qui a révolutionné en 50 ans, non seulement le monde de la haute culture et de la mode, mais aussi le monde, en contribuant fortement à travers ses créations, à l’émancipation et à l’élégance de la femme moderne. Le film y gagne en force, en émotion et en sincérité.

« La création, c’est la douleur »

Charlotte-Le-Bon-Pierre-Niney-film-yves-saint-laurentYves Saint Laurent est également remarquable par son jeu d’acteurs. La Comédie Française choisit bien ses comédiens. Le jeune Pierre Niney nous prouve ici l’ampleur de son art. Il n’incarne pas Yves Saint Laurent. Il est Yves Saint Laurent, fragile, timide, complexe. La ressemblance physique est frappante bien sûr ; la diction, le phrasé, la gestuelle, les attitudes, cette timidité maladive propre à Yves Saint Laurent, tout y est ! Un jeu d’acteur impeccable et authentique qui annonce sans nul doute un flot de récompenses. Guillaume Gallienne, campe parfaitement Pierre Bergé, le mentor, mais aussi l’amant passionné, l’homme de l’ombre qui encourage, soutient, et pardonne, et surtout encadre le génie artistique, le rattrapant parfois au vol. Charlotte Le Bon signe enfin une prestation remarquable en interprétant le Mannequin Victoire, qui a tant inspiré le grand couturier.

Il y a beaucoup de force dans ce film, tant dans l’émotion, les silences, les ruptures et la démesure en tout genre. Jalil Lespert a su recréer l’esprit du Paris des années 60 et 70, avec ce qu’il comptait de soirées mondaines, d’excès, et de créatures parfaites. La réalisation et le montage sont impeccables, la mise en scène est subtile et fine, la musique très belle, la bande-originale superbe. Les décors sont authentiques, et les vêtements prêtés par la maison Yves Saint Laurent permettent au spectateur de revivre l’époque privilégiée des grands défilés.

Si le film de Jalil Lespert ne parvient pas à embrasser l’ampleur du mythe Yves Saint Laurent, s’intéressant essentiellement à ses jeunes années d’artiste en arrêtant sa biographie en 1976, à sa collection des Ballets Russes, si le processus de création, le travail dans les ateliers ne sont que des aspects effleurés, Yves Saint Laurent est à l’image de Saint Laurent lui même. Un bel hommage rempli de respect et d’élégance, un film sensible et émouvant.

Une version de Bertrand Bonello, sans doute moins consensuelle sortira en octobre 2014, avec Gaspard Ulliel. Il sera intéressant de comparer les deux œuvres et le jeu des deux comédiens.

Pierre Bergé a soutenu le long-métrage de Jalil Lespert, des costumes prêtés par la maison Yves Saint Laurent aux décors véritables jusqu’au logo de la prestigieuse maison de haute couture apposé sur l’affiche. Bergé a autorisé Jalil Lespert à tourner dans leur véritable appartement avenue Marceau, l’atelier du styliste et le jardin Majorelle de leur villa marocaine. En revanche, il s’oppose fermement au Saint Laurent de Bertrand Bonello.

On pourrait réaliser plusieurs films sur Yves Saint Laurent, tant il y a de choses à raconter sur cet être mystérieux, tant la trajectoire de ce génie artistique a accompagné la profonde révolution de la société française. On peut également mentionner le documentaire Yves Saint Laurent – Pierre Bergé, L’amour fou, sorti en 2010, où Pierre Bergé relate de manière consensuelle, sa vie avec Yves Saint Laurent et l’amour formidable qui les unissait.

Synopsis : Paris, 1957. A tout juste 21 ans, Yves Saint Laurent (Pierre Niney) est appelé à succédé à Christian Dior, à la tête de la prestigieuse maison de couture. Lors de son premier défilé, il fait la connaissance de Pierre Bergé (Guillaume Gallienne), rencontre qui va bouleverser sa vie. Amants passionnés et partenaires en affaires, les deux hommes s’associent trois ans plus tard pour créer la société Yves Saint Laurent. Malgré ses obsessions et ses démons intérieurs, Yves Saint Laurent s’apprête à révolutionner le monde de la mode avec son approche moderne et iconoclaste.

 Bande-annonce : Yves Saint Laurent

Fiche Technique : Yves Saint Laurent de Jalil Lespert

Réalisateur : Jalil Lespert
Scénariste : Jalil Lespert, Marie-Pierre Huster, Jacques Fieschi
Interprètes : Pierre Niney, Guillaume Gallienne, Charlotte Le Bon, Laura Smet, Marie de Villepin, Nikolai Kinski, Ruben Alves, Astrid Whettnall
Genre : Biopic, Drame
Nationalité : Français
Distributeur :  SND
Durée du film : 1 h 40
Date de sortie : 08/01/2014
Photographie : Thomas Hardmeier
Montage : François Gédigier
Musique : Ibrahim Maalouf
Costumes : Madeline Fontaine
Décors : Aline Bonetto
Producteur : Wassim Béji pour WY Productions
Distributeur : SND

 

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