Les Brasiers de la Colère (Out of the Furnace) de Scott Cooper : Critique

Les Brasiers de la Colère  : Un voyage au bout de l’enfer sans retour

Le tournage des Brasiers de la colère se fait dans la ville de Braddock, cette cité appartient véritablement à La Rust Belt («ceinture de la rouille») appelé Manufacturing Belt («ceinture des usines») jusque dans les années 1970, période glorieuse de l’industrie métallurgique. 

Les Brasiers de la colère fait ainsi référence aux fournaises de l’usine de métallurgie, Out Of The Furnace, pouvant se traduire littéralement par « Hors de la fournaise », une référence aux fournaises de l’aciérie de la ville dans laquelle travaille le personnage incarné par Christian Bale. Une métaphore empreinte de symbolisme sur la lutte d’une humanité désœuvrée qui tente de s’extraire de son enfer quotidien, rêvant d’un meilleur futur.

Après son premier long-métrage, Crazy Heart (qui valut un Oscar à Jeff Bridges pour son interprétation d’une ex-gloire de la country music en pleine errance alcoolisée), Scott Cooper continue d’explorer cette Amérique profonde, celles des laissés-pour-compte avec Les brasiers de la colère, il signe un thriller dramatique, d’une extrême noirceur, à la fois désenchanté et désespéré, Un « Voyage au bout de l’enfer » sans retour, porté par un Christian Bale saisissant et un Casey Affleck vibrant d’émotions dans le rôle de ce jeune soldat complètement brisé par les horreurs de la guerre.

DansLes brasiers de la colère fournaise des aciéries la lignée de Michael Cimino Les Brasiers de la Colère raconte la crise économique à travers les yeux de ses habitants. Le film dépeint cet univers soumis à la fatalité d’un destin ou la pauvreté et le manque de perspective transpirent dans leurs vies. Les âmes fracassées de cette bourgade au fin fond des Appalaches, dont la seule distraction est un bar, ou paris hippiques et combats à mains nus, sont organisés par un parrain local John Petty incarné par Willem Dafoe. Rodney (Casey Affleck), le jeune frère de Russel (Christian Bale), laminé par 4 enrôlements successifs en Irak, s’enfonce dans une spirale autodestructrice et finit par rencontrer le sociopathe Harlan DeGroat (Woody Harrelson), le chef d’une communauté, les Rednecks, vivant dans la partie montagneuse du New-Jersey.

Le film de Scott Cooper est une tragédie familiale, celle d’un amour fraternel à toute épreuve : un récit âpre relatant avec intelligence une Amérique qui souffre, dans un monde impitoyable ou le pain quotidien est haine et violence.

Brasiers de la colère Casey Affleck
Même si on peut reprocher à ce drame d’être trop lent, de manquer de rebondissements, d’être trop classique, de manquer d’audace, il n’est reste pas moins que l’impasse vers laquelle sont destinés ses vies brisées est parfaitement orchestré. Les brasiers de la colère est avant tout un film d’atmosphère développant les aspects psychologiques d’un groupe de personnes, et le quotidien sordide contrastant avec une nature majestueuse.Ajoutons à cela, une photographie granulée, de toute beauté à la fois éclatante et déprimante, dans un décor couleur sale et rouille, le tout sur une musique aux sons envoûtants. Notamment la musique d’ouverture et de clôture, interprétée par Eddie Vedder du groupe Pearl Jam intitulée Release, résumant parfaitement les différentes émotions et états que traversent le cœur des deux frères.

Une critique sociale acerbe réalisée à la manière d’un documentaire austère, avec une séquence d’introduction qui annonce la couleur… Scott Cooper brosse avec authenticité le délabrement social de la classe ouvrière, victime de la violence économique. Un drame aride, poisseux, porté par un casting impérial, Christian Bale est magistral en héros abîmé par la rouille, Casey Affleck, authentique et crédible. Le bad guy du film, interprété par Woody Harrelson brille par sa malveillance. Son jeu est à la fois effrayant et humain. Une galerie d’acteurs complétée par le vétéran acteur écrivain rebelle des années 70, Sam Shepard, Willem Dafoe, Forest Whitaker et une excellente Zoe Saldana interprétant le seul personnage féminin dans cet univers masculin.

Au final le réalisateur nous livre un opus assez réussi pour un second long-métrage, à voir bien entendu en version originale, pour la puissance de certaines répliques cinglantes.

Synopsis : À Braddock, une banlieue ouvrière américaine, la seule chose dont on hérite de ses parents, c’est la misère. Comme son père, Russell Baze (Christian Bale) travaille à l’usine, mais son jeune frère Rodney (Casey Affleck) a préféré s’engager dans l’armée, en espérant s’en sortir mieux. Pourtant, après quatre missions difficiles en Irak, Rodney revient brisé émotionnellement et physiquement. Lorsqu’un sale coup envoie Russell en prison, son frère cadet tente de survivre en pariant aux courses et en se vendant dans des combats de boxe. Endetté jusqu’au cou, Rodney se retrouve mêlé aux activités douteuses d’Harlan DeGroat (Woody Harrelson), un caïd local sociopathe et vicieux.
Peu après la libération de Russell, Rodney disparaît. Pour tenter de le sauver, Russell va devoir affronter DeGroat et sa bande. Il n’a pas peur. Il sait quoi faire. Et il va le faire, par amour pour son frère, pour sa famille, parce que c’est juste. Et tant pis si cela peut lui coûter la vie.

Fiche technique : Les Brasiers de la Colère

Titre original : Out of the Furnace
Réalisateur : Scott Cooper
Acteurs : Christian Bale (Russell Baze), Woody Harrelson (DeGroat), Casey Affleck (Rodney Baze), Zoe Saldana (Lena), Forest Whitaker (Barnes), Sam Shepard (Gerald Red Baze), Willem Dafoe (John Petty), Charles David Richards (Chaplain), Tom Bower (Dan Dugan)…
Date de Sortie : 15 janvier 2014
Nationalité : USA
Durée : 1h56
Budget : 22 millions $
Genre : Drame, Thriller
Scénariste : Brad Ingelsby, Scott Cooper
Compositeur : Dickon Hinchliffe
Directeur De La Photographie : Masanobu Takayanagi
Monteur : David Rosenbloom
Distributeur : Metropolitan Film Export

 

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