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Un été à Osage County de John Wells : Critique du film

Un été à Osage County de John Wells, un huis clos entre âmes brisées

Ce drame familial réalisé par John Wells (The Company Men) basé sur la pièce de théâtre écrite par Tracy Letts (Bug et Killer Joe) narre la réunion d’une famille dysfonctionnelle.

C’est avec la voix d’un poète, épaissie par des années d’abus d’alcool que commence cette adaptation cinématographique citant un autre poète : « La vie est très longue » – The Hollow Men de TS Eliot, un poème sur les âmes brisées. Peu après, le poète désabusé, incarné Beverly (Sam Shepard) est retrouvé mort dans le lac… A l’occasion des funérailles du patriarche, la famille Weston se retrouve dans le comté d’Osage, une région où l’été est étouffant, irrespirable avec sa terre aride et ses terrains agricoles plats.

Le procédé consistant à utiliser la chaleur régnant dans le Middle West amplifie la sensation d’oppression, de claustrophobie, comme l’ont fait avant Tracy Letts, William Faulkner et Tennessee Williams. La chaleur écrasante devient presque un personnage à part entière, elle permet la mise en place de l’orage qui se prépare.

La mort du mari de Violet incarné par Meryl Streep (nommée à l’Oscar pour la 18eme fois de sa carrière) est la seule raison pour laquelle se retrouvent ses 3 sœurs Barb (Julia Roberts), Karen (Juliette Lewis) et Ivy (Julianne Nicholson) autour d’un repas après des funérailles qui tournent au règlement de compte. Une réunion famille toxique, hantée par les fantômes du passé, un été à Osage County fait partie d’un genre devenu rare, les drames familiaux, s’interrogeant  sur les relations, les violences familiales conscientes et inconscientes, le rôle de chacun, parents et enfants.

Le cinéaste a parfaitement su orchestrer cette montée des révélations des secrets cachés, en commençant par la mère, Violet, une femme rongée par le cancer «Sa bouche, dit-elle, la brûle tant», une brûlure aussi bien au sens propre que figuré, elle crache ce venin avec une cruauté inouïe. Dans une atmosphère accablée par la chaleur, les secrets les plus sombres resurgissent les uns après les autres adultère, toxicomanie, alcoolisme, inceste, pédophilie… dans cette maison perdue dans les plaines de l’Oklahoma.  

Un huis clos corrosif, violent, une plongée non exempte d’humour noir très piquant dans cette famille, une famille peut être hors norme, mais tout à fait plausible…Un été à Osage County est un plus un film d’acteurs que de scénario, il faut bien le dire la véritable force de ce long métrage réside dans son portfolio d’acteurs de qualité supérieure, Meryl Streep joue avec talent le personnage de cette mère pleine d’amertume, impitoyable, manipulatrice, d’une bassesse incroyable. Quant à Julia Roberts et Juliette Lewis, elles offrent une magnifique prestation. Côté homme, on retrouve l’excellent Benedict Cumberbatch et Ewan McGregor brillant en mari infidèle.

Bien que ce film se termine comme il a débuté, sur un gémissement déprimant, avec ce vers du poème de TS-Elliot « This is the way the world Ends – C’est la façon dont le monde se termine », il est à découvrir, outre son casting royal, les dialogues sont cinglants, venimeux, la photographie soignée et la lumière est magnifique.

Synopsis : En famille, on se soutient. En famille, on se déchire… Suite à la disparition de leur père, les trois filles Weston se retrouvent après plusieurs années de séparation, dans leur maison familiale. C’est là qu’elles sont à nouveau réunies avec la mère paranoïaque et lunatique qui les a élevées. A cette occasion, des secrets et des rancœurs trop longtemps gardés vont brusquement refaire surface…

Fiche technique : Un été à Osage County

Titre original : August: Osage County
Réalisation : John Wells
Scénario : Tracy Letts
Interprétation : Meryl Streep (Violet Weston), Julia Roberts (Barbara), Ewan McGregor (Bill), Chris Cooper (Charles), Juliette Lewis (Karen), Abigail Breslin (Jean), Benedict Cumberbatch (Charles Jr), Julianne Nicholson (Ivy)…
Genre : Drame
Sortie en salles : 26 février 2014
Durée : 1h59
Budget : 25 000 000 $
D’après : la pièce August : Osage County de : Tracy Letts
Directeur de la photographie : Adriano Goldman
Décorateur : David Gropman
Costumes : Cindy Evans
Montage : Stephen Mirrione
Musique : Gustavo Santaolalla
Producteur : George Clooney, Grant Heslov, Steve Traxler, Jean Doumanian
Distribution : Wild Bunch Distribution

 

Pompéi, un film de Paul W.S. Anderson : Critique Cinéma

Pompéi : Cendres et gladiateurs sexy

Le réalisateur Paul W.S. Anderson de la saga « Resident Evil » se lance dans le peplum catastrophique, un mixte entre « Titanic » (1997) de James Cameron, de « Gladiator » (2000) de Ridley Scott 300 ou encore la série Spartacus évidemment sans jamais les égaler. Pompéi est un popcorn movie qui s’assume avec des combats de gladiateurs, une histoire d’amour et des effets spéciaux.

Pompéi est un film en deux phases dans la première, on retrouve les références au film de Gladiator avec un aperçu de la jeunesse de Milo, Kit Jon Snow Harrington, « Jon Snow » de l’excellente série « Game Of Thrones » et le massacre de son peuple, perpétré par l’infâme « Corvus, incarné à l’écran par Kiefer Sutherland qui joue une sénateur romain cruel, sans foi ni loi. La seconde partie est tournée vers le cinéma catastrophe genre Titanic saupoudrée d’une romance entre la belle Cassia « le rôle est confié à Emily Browning, l’héroïne de Sucker Punch » et notre gladiateur sexy.

Au final Pompéi c’est du gros spectacle dans un cadre antique, avec une bonne dose d’effets spéciaux de bonne facture, surtout la scène du raz de marrée. C’est le genre de spectacle divertissant, agréable à regarder avec du beau monde dans les seconds rôles, comme Jared Harris, le Moriarty de Sherlock Holmes joue « Severus », le père de « Cassia » et l’inoubliable Trinity dans la saga « Matrix », Carrie-Anne Moss, qui joue « Aurelia », la mère de « Cassia ».

En somme, un film qui se laisse regarder pour ses scènes d’actions et sa reconstitution antique prenante même si le scénario est fait de grosses ficelles et que les dialogues sont minimalistes, il n’en reste pas moins que Pompéi plaira aux amateurs de films catastrophes sans prise de tête.

Synopsis : En l’an 79, la ville de Pompéi vit sa période la plus faste à l’abri du mont Vésuve. Milo, esclave d’un puissant marchand, rêve du jour où il pourra racheter sa liberté et épouser la fille de son maître. Or celui-ci, criblé de dettes a déjà promis sa fille à un sénateur romain en guise de remboursement… Manipulé puis trahi, Milo se retrouve à risquer sa vie comme gladiateur et va tout tenter pour retrouver sa bien-aimée. Au même moment, d’étranges fumées noires s’élèvent du Vésuve dans l’indifférence générale… Dans quelques heures la ville va être le théâtre d’une des plus grandes catastrophes naturelles de tous les temps. 

Fiche Technique : Pompéi

Titre du film : Pompéii
Réalisateur : Paul W.S. Anderson
Scénario : Janet Scott Batchler, Lee Batchler, Michael Robert Johnson
Casting : Kit Harington (Milo), Adewale Akinnuoye-Agbaje (Atticus), Carrie-Anne Moss (Aurelia), Emily Browning (Cassia), Jared Harris (Severus), Kiefer Sutherland (Corvus), Isabel Lucas (Ariadne), Currie Graham (Bellator), Sasha Roiz (Proculus)…
Genre : Action, Aventure
Sortie : 18 février 2014
Nationalité : USA
Durée : 1h44
Budget : 100 millions $
Directeur de la photographie : Glen MacPherson
Décorateur : Paul Denham Austerberry
Costumes : Wendy Partridge
Montage : Michele Conroy
Musique : Clinton Shorter
Producteur : Jeremy Bolt, Paul W.S. Anderson, Robert Kulzer, Don Carmody
Production : Constantin Film Produktion GmbH, Don Carmody Productions, FilmDistrict, Impact Pictures
Distribution : SND

Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch : un film sombre et envoûtant

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Jarmusch livre un nouveau grand film avec Only Letf Alive, une ballade nocturne et poétique au rythme définitivement vampirisant.

Synopsis : Dans les villes romantiques et désolées que sont Détroit et Tanger, Adam, un musicien underground, profondément déprimé par la tournure qu’ont prise les activités humaines, retrouve Eve, son amante, une femme endurante et énigmatique. Leur histoire d’amour dure depuis plusieurs siècles, mais leur idylle débauchée est bientôt perturbée par l’arrivée de la petite sœur d’Eve, aussi extravagante qu’incontrôlable. Ces deux êtres en marge, sages mais fragiles, peuvent-ils continuer à survivre dans un monde moderne qui s’effondre autour d’eux ?

Poésie rock’n’roll et romance mystique

Pour sa première incursion dans le domaine du cinéma fantastique, Jim Jarmusch réinvente le mythe du vampire. Entre Tanger et Detroit, un couple d’immortels grandiose et bohème traverse les siècles en contemplant le « monde des zombies », un surnom qu’ils donnent au monde des hommes. Dans le film Only Lovers Left Alive, Jarmusch se sert du mythe des enfants des ténèbres désabusés par la société contemporaine pour illustrer les dérives de ce monde moderne.

Un couple d’immortels érudits, follement amoureux, romantiques et particulièrement glamour, vit dans un monde où l’humain devient une source d’inquiétude, un prédateur détruisant la planète, un peu comme dans le film Warm Bodies où on assiste à une inversion des rôles. Dans Only Lovers Left Alive, les vampires sont très humanisés. Ce sont des gardiens de la culture tandis que les humains s’abreuvent à la télé-réalité et la destruction de leur planète.

Jarmusch filme ce couple nommé Adam et Eve, deux magnifiques vampires incarnés par Tilda Swinton et Tom Hiddleston comme les derniers survivants d’un monde proche de l’Apocalypse. Dans leur demeure sophistiquée, ce couple seigneurial d’une rare élégance, collectionneur de guitares vintage, discute philosophie, poésie tout en se délectant de nectar rouge dans de magnifiques flasques.

Only Lovers Left Alive est avant tout un film contemplatif, sublimé par une belle photographie de Yorick Le Saux et une superbe musique matinée de rock expérimental, de luth et de violon. Bien que ce film manque de saignant, ce n’est pas le scénario assez mince qui fait le charme de ce film, ce sont ses traits d’esprits baroques saupoudrés d’une bonne dose d’humour, ses multiples références artistiques et l’amour que portent que ses deux enfants de la nuit pour les belles choses.

Only Lovers Left Alive est une œuvre où de fin esthètes, immortels et éthérés posent un regard fatigué et désenchanté sur l’érosion de la société occidentale. Jarmusch signe avec ce film, une envoûtante balade crépusculaire teintée d’une évidente nostalgie pour les années seventies.

Only Lovers Left Alive : Bande-annonce

Only Lovers Left Alive : Fiche technique

Réalisation : Jim Jarmusch
Scénario : Jim Jarmusch
Interprétation : Tom Hiddleston (Adam), Tilda Swinton (Eve), Mia Wasikowska (Ava), John Hurt (Marlowe), Anton Ylechin (Ian), Jeffrey Wright (Dr. Watson), Slimane Dazi (Bilal), Carter Logan (Scott)…
Budget : 7 millions
Directeur de la photographie : Yorick Le Saux
Décorateur : Marco Bittner Rosser
Costumes : Bina Daigeler
Ingénieur du son : Robert Hein
Montage : Affonso Gonçalves
Musique : Jozef van Wissem, Sqürl
Producteur : Jeremy Thomas, Reinhard Brundig
Production : ARDD Degeto, Lago Film GmbH, Neue Road Movies GmbH
Distribution : Le Pacte
Festivals et récompenses: Cannes, où il a reçu le prix de la meilleure bande originale
Genre : Fantastique, Romance, Drame
Sortie : 19 février 2014
Durée : 123 minutes

Allemagne, Grande-Bretagne, France, Chypre – 2014

Note : Jarmusch utilise les compositions de son propre groupe, Sqürl, et réitère sa collaboration avec Jozef van Wissem, avec lequel il a écrit deux albums en 2012, Concerning the Entrance into Eternity (Important Records) et The Mystery of Heaven (Sacred Bones Records).

 

Ida, un film poignant et sublime de Pawel Pawlikowski

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Le cinéaste polonais Pawel Pawlikowski entraine le spectateur dans un road movie initiatique, filmé dans un noir et blanc somptueux, Ida est une petite pépite, épuré et intense.

Pologne, années 1960. La jeune nonne Ida, sur le point de prononcer ses vœux définitifs, se voit enjoindre par sa mère supérieure de rendre visite à sa famille, loin des murs de son couvent. Or ce qui reste de la famille d’Ida se résume à sa tante Wanda, dite « la Rouge », une magistrate connue pour sa sévérité à l’égard des «ennemis du socialisme», et aujourd’hui en disgrâce.

Et pour ajouter à ce choc des croyances, ce tandem mal assorti part en vadrouille à la recherche de ses racines juives, une famille assassinée pendant l’occupation allemande.Ida récompensé d’un grand Prix aux festivals de Londres et de Varsovie, prix de la critique à Toronto a été réalisé par le polonais Pawel Pawlikowski, pays qu’il quitta à l’âge de 14 ans, pour vivre à Londres.

« Ida » est son premier long métrage tourné en Pologne après 4 films dont le plus connu « My Summer of Love » (2004) qui révèle l’actrice Emily Blunt. Avec Ida, Pawlikowski nous offre un voyage dans une Pologne d’après-guerre dans les années 60, sous la forme d’un récit initiatique, celui de la jeune Ida, une orpheline élevée dans un couvent catholique, qui apprend de la bouche de sa tante Wanda qu’elle est une nonne juive alors qu’elle s’apprêtait à prononcer ses vœux. Elle apprendra par la même occasion que ses parents ont été assassinés par des voisins, des fermiers qui, tout d’abord, les avaient cachés.

Ida, un magnifique portrait de femmes

Wanda la rouge, Wanda la survivante, une pasionaria du socialisme en semi-disgrâce, enchaînant les conquêtes d’une nuit, noyant son chagrin dans l’alcool et la dépression accompagne Ida de son vrai prénom Ana, une jeune femme peu loquace, habitué à l’intériorité de part son mode de vie monastique. Un road-movie d’une grande sobriété pour cet étrange tandem, à la recherche d’une tombe, marchant sur le passé de cette Pologne des années 60, encore rongée par la guerre et la persécution dont furent victimes les juifs durant l’occupation nazie.

A travers la quête identitaire d’Ida, le cinéaste Pawel Pawlikowski, explore des thèmes comme le catholicisme polonais, l’antisémitisme, les purges politiques et les conséquences sur les âmes. Une quête bouleversante pour cette héroïne à la Bresson, troublante et mystérieuse à qui dira ce garçon qu’elle rencontre, un saxophoniste de jazz (Dawid Plourde) :

« Tu ne sais pas l’effet que tu produis… »

Une chronique initiatique, au couleur noir et blanc laiteux, filmé dans un format carré (1,37:1), enluminé dans un esthétisme austère, rythmé par le saxo de Coltrane, Mozart (la symphonie Jupiter) et ce Choral de Bach adapté par Busoni.

Une exploration qui encadre les visages comme des tableaux, le format donne l’impression de feuilleter un portfolio vintage, d’une grande beauté, un bel écrin auquel on peut reprocher une trop grande froideur même si le duo formé par les deux actrices (Agata Kulesza et Agata Trzebuchowska) est incroyable, elles expriment à travers leurs visages, leurs postures, leurs regards un défilé d’émotions intérieurs complexes.

Ida sonde les tréfonds inavouables des âmes à travers le portrait sublime de deux femmes dans une l’atmosphère à la fois grise, boueuse et lumineuse, un poème mélancolique dont l’intensité tragique ne peut laisser indifférent.

Fiche Technique : Ida de Paweł Pawlikowski

Réalisation : Paweł Pawlikowski
Scénario : Paweł Pawlikowski, Rebecca Lenkiewicz
Interprétation : Agata Kulesza (Wanda Gruz), Agata Trzebuchowska (Ida), Dawid Ogrodnik (le saxophoniste), Jerzy Trela (Szymon Skiba), Adam Szyszkowski (Feliks Skiba), Halina Skoczyńska (la mère supérieure), Joanna Kulig (la chanteuse)…
Sortie en salle : 12 février 2014
Durée : 1h19
Genre : Drame
Nationalité : Polonais
Directeur de la photographie : Łukasz Żal, Ryszard Lenczewski
Ingénieur du son : Claus Lynge
Montage : Jarosław Kamiński
Musique : Kristian Selin Eidnes Andersen
Producteur : Eric Abraham, Piotr Dzięcioł, Ewa Puszczyńska
Production : Opus Film, Phoenix Film
Distribution : Memento Films

Jacky au royaume des filles de Riad Sattouf : Critique du film

Jacky au royaume des filles de Riad Sattouf : Voiles et laisse

Quatre ans après le délicieux Les Beaux Gosses (César du Meilleur Premier Film), Riad Sattouf signe ici un piquant second long métrage, en nous plongeant dans le monde de l’une de ses séries dessinées où le personnage Pascal Brutal découvre que La Belgique est gouvernée par les femmes et les hommes portent une sorte de burqua.  A partir de cette histoire, le réalisateur imagine une dictature, un mixte entre Corée du Nord et royaume islamique, dans cette étrange république démocratique et populaire de Bubunne, les femmes ont le pouvoir et les hommes sont vêtus de voileries, une sorte d’abaya aux couleurs rouge et orange safran rappelant les kesas bouddhistes.

Jacky au royaume des filles renverse tous les codes, tous les stéréotypes jusqu’au vocabulaire, dans ce royaume c’est le féminin qui l’emporte. Les mots comme blasphème deviennent une (blasphèmerie), (une merde) un (merdin), une culotte un (culottin) etc…, la mise en place de ce vocabulaire participe à la domination de la gent masculine, au risque de déranger dans un cet univers les hommes portent des laisses comme des bijoux, et n’ont qu’un rêve, s’occuper des enfants et devenir un « Grand Couillon ».

Dans ce monde les femmes habillées à la Lady Oscar font la cour en fredonnant sous les fenêtres, posent les pieds sur la table pendant que les hommes sont aux fourneaux, elles dominent fièrement, une image dérangeante pour un monde habitué à autre une lecture des rôles.

Une comédie caustique, grinçante, où le rôle de la gentille Cendrillon maltraitée, mal-aimée est interprétée par un homme, et comme la Cendrillon des frères Grimm, Jacky ne se révolte pas contre sa condition, il n’a qu’un rêve lui aussi devenir le 3ème Grand Couillon de l’héritière du trône, la Colonnelle incarnée par Charlotte Gainsbourg. Jacky est une sorte de Cendrillon, il veut participer au Grand Bal, certain que la Colonnelle lui voue un amour réciproque et ne pourra qu’attraper la laisse qu’il n’oubliera pas d’agiter.

Jacky au royaume des filles est un ovni cinématographique, oscillant entre noirceur et burlesque, une comédie que l’on peut interpréter de différentes façons, certains diront que le cuir, le costume militaire ne fait que renforcer les valeurs masculines, alors que justement un homme peut porter d’une manière élégante, masculine une jupe comme l’a prouvé Jean Paul Gaultier, de même les femmes peuvent porter un vêtement style militaire sans être une caricature.

Une comédie subversive, transgressive qui n’a pas peur de choquer même si l’écriture n’est pas très travaillée et les gags répétitifs, Jacky au royaume des filles est à voir pour son univers décalé porté par une belle brochette d’acteurs.

Synopsis : L’histoire de Jacky au royaume des filles : En république démocratique et populaire de Bubunne, les femmes ont le pouvoir, commandent et font la guerre, et les hommes portent le voile et s’occupent de leur foyer. Parmi eux, Jacky, 20 ans, a le même fantasme inaccessible que tous les célibataires de son pays : épouser la Colonelle, fille de la dictatrice, et avoir plein de petites filles avec elle. Mais quand la Générale décide enfin d’organiser un grand bal pour trouver un mari à sa fille, les choses empirent pour Jacky : maltraité par sa belle-famille, il voit son rêve peu à peu lui échapper…

Fiche Technique : Titre original : Jacky au royaume des filles

Réalisation : Riad Sattouf
Casting : Vincent Lacoste : Jacky, Charlotte Gainsbourg : la Colonelle, Didier Bourdon : Brunu, Anémone : la Générale,Valérie Bonneton : la Chérife, Michel Hazanavicius : Julin, Noémie Lvovsky : Tata, Laure Marsac : la mère de Jacky, William Lebghil : Vergio, Anthony Sonigo : Juto, India Hair : Corune, Béatrice de Staël : l’épicière, Fred Neidhardt : Franku, Anamaria Vartolomei : Zonia, Riad Sattouf : Mit Kronk, Valeria Golino : Bradi Vune (caméo)..
Genre : Comédie
Sortie en salles : le 29 janvier 2014
Durée : 1h30.
Production : Anne-Dominique Toussaint.
Photo : Josée Deshaies.
Montage : Virginie Bruant.
Musique : Riad Sattouf.
Costumes : Olivier Ligen.
Décors : Alain Guffroy.
Distributeur : Pathé Distribution

 

La Voleuse de livres de Brian Percival : Critique du film

La Voleuse de Livres, un film commenté en voix off par la Mort elle-même…

Le long métrage couvre ce passé noir, du côté Allemand, de l’intérieur, sans misérabilisme à travers les yeux de Liesel, une jeune fille analphabète, recueillie par un couple d’Allemands, Hans Hubermann (Geoffrey Rush), un peintre en bâtiment au bon cœur, souffrant de privation parce qu’il n’a jamais rejoint le parti nazi et sa femme, Rosa (Emily Watson), une femme qui cache sous un masque de dureté, une bonté réelle.

Elle apprend à lire avec le soutien de sa nouvelle famille et se lie d’amitié avec son voisin Rudy (Nico Liersch), qui idolâtre Jesse Owens, (la star de l’athlétisme des Jeux Olympiques de Berlin en 1936) et Max (Ben Schnetzer), jeune homme juif, que sa nouvelle famille cache des nazis. La voleuse de livre n’est pas un film historique classique, même si le film évoque des événements comme la Nuit de Cristal (Kristallnacht), les déportations, les rafles, les exécutions, les autodafés ainsi que la mise en place dans les écoles de l’enseignement nazi à travers des chants et des discours hitlériens.

Passion et Innocence

Ce film aborde des thèmes intéressants comme l’instruction en opposition à l’obscurantisme instauré par les nazis, une réalité toujours d’actualité, même si les livres ne sont pas brûlés publiquement, l’accessibilité à la culture et surtout au savoir reste fragile, soit parce que l’enseignement est nivelé par le bas et caractérisé par un formatage de l’esprit afin d’obtenir des citoyens bien obéissants, passifs soit car il devient trop cher donc accessible qu’à une certaine élite.

La voleuse de livre montre que pour Liesel et Max, le pouvoir des mots, le pouvoir de la créativité sont une manière d’échapper à l’endoctrinement. Quand Rudy, fan de Jesse Owens, découvre qu’il est sélectionné par les nazis pour une formation militaire d’élite, il se rebelle et s’enfuit avec Liesel pour crier ensemble : « Je déteste Hitler ! » et là on se rend compte de l’importance du pouvoir des mots face à l’absurdité d’une idéologie.

Le réalisateur de Downton Abbey à travers la porte de la petite histoire montre l’importance de l’imagination, d’une instruction faite pour réfléchir, son impact sur les individus…Comme l’écrivit le poète John Milton dans son Areopagitica (1644). «Tuer un homme, c’est détruire une créature raisonnable, l’image divine ; mais étouffer un bon livre c’est tuer la raison elle-même, c’est tuer l’image de Dieu, pour ainsi dire dans son regard.» De la même manière le poète allemand Heinrich Heine nous avertit, dans sa pièce de 1821 Almansor : 

«Là où l’on brûle les livres, on finit par brûler les hommes.»

On pourrait reprocher à cette œuvre de ne pas montrer du sang et des larmes, l’horreur de la guerre, pourtant La voleuse de livres montre un fait rarement traité, la soumission et l’opposition au IIIeme Reich du côté Allemands. Ce film met en valeur les relations humaines, la solidarité, l’amitié et sublime le jeu des acteurs, notamment Emily Watson (l’héroïne de « Punch-drunk love » et de « Breaking the waves »), impeccable dans ce rôle de mère en apparence froide, Geoffrey Rush « Le discours d’un roi », le père adoptif de Liesel, son jeu insuffle une âme à son personnage. Une interprétation magistrale, Sophie Nélisse irradie l’écran par sa douceur et Nico Liersch est poignant. Un film bouleversant, émouvant magnifié par une photographie à la fois glaciale et lumineuse et une musique de John Williams (le compositeur attitré de Spielberg) très inspirée*.

Synopsis : D’après le best-seller international the book of thief de Markus Zusak, réalisé par Brian Percival («Downton Abbey») et un scénario de Michael Petroni (« Le Monde de Narnia: L’Odyssée du Passeur d’aurore »), la voleuse de livre raconte l’histoire de Liesel, fille de dissidents communiste envoyée dans une famille d’adoption allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. L’histoire racontée en voix off par La Mort elle même (Roger Allam) débute lors des funérailles du frère de Liesel, elle ramasse un livre tombé du manteau de l’un des fossoyeurs bien que ne sachant pas lire. Les personnages de La Voleuse de Livres évoluent dans une petite ville Allemande, plus précisément une petite rue appelée (Himmel Strasse) traduite en français par (Paradis).

Fiche Technique : La voleuse de Livres

Titre original : The Book Thief
Date de sortie : 5 février 2014
Réalisateur : Brian Percival
Scénariste : Michael Petroni
D’après l’oeuvre de Markus Zusak
Durée du film : 2 h 11
Genre : Drame
Interprètes : Geoffrey Rush (Hans Hubermann), Emily Watson (Rosa Hubermann), Sophie Nélisse (Liesel), Ben Schnetzer (Max), Roger Allam (Death), Barbara Auer (Ilsa Hermann) et Nico Liersch (Rudy)
Photographie : Florian Ballhaus
Montage : John Wilson
Musique : John Williams
Costumes : Anna B. Sheppard
Décors : Katja Fischer
Producteur : Fox 2000 Pictures, Sunswept Entertainment
Distributeur : Twentieth Century Fox France

*John Williams est nommé aux Oscars 2014 pour le film La voleuse de  livres dans la catégorie Meilleure musique de film

Le Vent se lève de Hayao Miyazaki : Critique

« Le vent se lève ! Il faut tenter de vivre ». Ce  premier vers de la dernière strophe du poème vers du poème Le Cimetière marin de Paul Valery, fournit le titre et la devise du film de Miyazaki.

Le onzième et dernier long métrage du Maître Miyazaki peint le Japon des années 20-40, une période lourde de significations (crise économique, mutation de l’urbanisme, fièvre militariste, désastres naturels…). Les séquences du grand tremblement de terre du Kanto en 1923 sont d’un réalisme confondant, retranscrit dans les moindres détails avec une précision chirurgicale, on s’y croirait…

Cette ultime fresque se détache de sa filmographie par sa maturité, moins fantastique que “Princesse Mononoké” ou “Les contes de terremer”, mais tout aussi beau, « Le vent se lève » raconte l’ascension de Jirô Horikoshi (Hideaki Anno) amoureux d’aviation depuis son enfance, qui mit au point le Zèro, célèbre chasseur de la seconde guerre mondiale !

Le Vent de la Vie

Une animation plus ancrée dans le réel, que ses précédents réalisations, mais toute aussi poétique, le vent se lève embrasse des thèmes comme la famille, l’amour, la nature, l’ambition, la violence, sans doute l’œuvre la plus émouvante du maître de l’animation japonaise. Une animation mélancolique, lyrique, sans doute la plus intimiste du vieux maître japonais, son héros est un artiste du vent, il n’aspire qu’à créer des machines volantes pour leurs beautés que la guerre détourne pour en faire des vaisseaux de morts.

Comme nous dit Jikô dans Princesse Mononoké : « C’est ce monde qui est maudit« , la passion pour l’aviation de Jirô Horikoshi, tout comme Caproni, son idole, son rêve, sa création se transforme en cauchemar.

Une histoire plus sombre, tragique, la relation entre Jiro et Nahoko, une jeune femme atteinte de la tuberculose est émouvante, empreinte d’une poésie autour du vent… Un long métrage au graphisme sublime, un magnifique tableau impressionniste sublimé par la musique de Joe Hisaishi. Le vent se lève s’inspire aussi de la spiritualité japonaise, « il faut tenter de vivre », en dépit des vents contraires, survivre à tous les obstacles aller jusqu’au bout de ses rêves… Le livre du Sensei Miyazaki se referme sur un hymne à la vie…

Synopsis : Inspiré par le fameux concepteur d’avions Giovanni Caproni, Jiro rêve de voler et de dessiner de magnifiques avions. Mais sa mauvaise vue l’empêche de devenir pilote, et il se fait engager dans le département aéronautique d’une importante entreprise d’ingénierie en 1927. Son génie l’impose rapidement comme l’un des plus grands ingénieurs du monde. Le Vent se lève raconte une grande partie de sa vie et dépeint les événements historiques clés qui ont profondément influencé le cours de son existence, dont le séisme de Kanto en 1923, la Grande Dépression, l’épidémie de tuberculose et l’entrée en guerre du Japon. Jiro connaîtra l’amour avec Nahoko et l’amitié avec son collègue Honjo. Inventeur extraordinaire, il fera entrer l’aviation dans une ère nouvelle.

Fiche Technique : Le Vent se lève

Titre original : Kaze Tachinu
Réalisateur : Hayao Miyazaki
Scénariste : Hayao Miyazaki
Interprètes VO : Hideaki Anno, Miori Takimoto et Hidetoshi Nishijima
Animation : Katsuya Kondo et Kitaro Kosaka
Genre : Animation, Drame
Durée du film : 2 h 06
Date de sortie : 22 janvier 2014
Photographie : Atsushi Okui
Montage : Takeshi Seyama
Musique : Joe Hisaishi et Werner R. Heymann
Producteur : Toshio Suzuki pour Studio Ghibli, Nippon Television Network, Dentsu, Hakuhodo DY Media Partners, Mitsubishi Corporation, Toho et KDDI Corporation
Distributeur : The Walt Disney Company France

 

La Belle et la Bête de Christophe Gans : Critique Cinéma

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La Belle et la Bête de Christophe Gans, un conte désincarné clé en main

Paru en 1740, écrit par Madame de Villeneuve, puis reprit en 1757 par Madame Le Prince Beaumont, le célèbre conte La Belle et La Bête a été adapté à plusieurs reprises. Une déclinaison cinématographique plus que réussi avec la version poético-surréaliste de Jean Cocteau sorti en 1946 et le chef d’œuvre animé des studios Disney daté de 1991. La version 2014 revient sur les écrans sous la houlette de Christophe Gans et l’écrivaine Sandra Vo Anh.

Renouant avec le monde des légendes (Le Pacte des loups relatant l’épisode de la bête de Gévaudan), le réalisateur du sombre et mélancolique « Silent Hill » signe un spectacle sublime à l’esthétique ultra-léchée, visuellement impressionnant…

La Belle et la Bête est un conte animée par une magie féerico-poétique, d’un esthétisme flamboyant avec des décors somptueux, des costumes fabuleux, des scènes baroques notamment ses géants de pierre, le lac gelé, la forêt qui s’éveille, une statue qui a une larme sur le visage…

Un écrin visuel enchanteur, rappelant par ses couleurs chatoyantes, l’omniprésence de la nature, l’univers du maître de l’animation japonaise Hayao Miyazaki (« Princesse Mononoke« , « Le Voyage de Chihiro » et dernièrement « Le vent se lève« ). Malheureusement la comparaison s’arrête aux décors, l’œuvre de Christophe Gans bien que traversé par quelques fulgurances où l’on voit la Bête se comporter comme un fauve, les flashbacks sur le passé du prince avant et après sa métamorphose, le film semble dévitaliser, il lui manque une âme, de l’émotion, de la fougue, du mystère, on ne voit jamais l’amour naître, transparaître entre la belle et la bête.

L’œuvre en se voulant grand public manque de mordant, de prises de risque, le côté noir, inquiétant de la bête n’est pas vraiment exploré, même si la bête incarnée divinement par Vincent Cassel produit fascination et peur. Au final, un magnifique tableau visuel, l’emportant malheureusement sur le scénario, La Belle et la Bête est un film mi-figue, mi-raisin, techniquement maîtrisé, une véritable réussite dans la forme, il dégage pourtant une impression de maladresse dans le fond et l’écriture.

La Belle et la Bête : bande-annonce

Synopsis : 1810. Après le naufrage de ses navires, un marchand ruiné doit s’exiler à la campagne avec ses six enfants. Parmi eux se trouve Belle, la plus jeune de ses filles, joyeuse et pleine de grâce. Lors d’un éprouvant voyage, le Marchand découvre le domaine magique de la Bête qui le condamne à mort pour lui avoir volé une rose.Se sentant responsable du terrible sort qui s’abat sur sa famille, Belle décide de se sacrifier à la place de son père. Au château de la Bête, ce n’est pas la mort qui attend Belle, mais une vie étrange, où se mêlent les instants de féerie, d’allégresse et de mélancolie. Chaque soir, à l’heure du dîner, Belle et la Bête se retrouvent. Ils apprennent à se découvrir, à se dompter comme deux étrangers que tout oppose. Alors qu’elle doit repousser ses élans amoureux, Belle tente de percer les mystères de la Bête et de son domaine. Une fois la nuit tombée, des rêves lui révèlent par bribes le passé de la Bête. Une histoire tragique, qui lui apprend que cet être solitaire et féroce fut un jour un Prince majestueux. Armée de son courage, luttant contre tous les dangers, ouvrant son cœur, Belle va parvenir à libérer la Bête de sa malédiction. Et se faisant, découvrir le véritable amour.

Fiche Technique : La Belle et la Bête

Titre d’origine : La Belle et la Bête
Réalisation : Christophe Gans
Scénario : Christophe Gans, Sandra Vo-Anh
D’après : La Belle et la Bête de : Gabrielle-Suzanne de Villeneuve
Interprétation : Vincent Cassel (la Bête/ le Prince), Léa Seydoux (Belle), André Dussollier (le père), Eduardo Noriega (Perducas), Audrey Lamy (Anne), Myriam Charleins (Astrid), Jonathan Demurger (Jean-Baptiste), Nicolas Cob (Maxime), Louka Meliava (Tristan), Yvonne Catterfeld (la princesse)……
France, Allemagne : 2014
Genre : Fantastique, Romance
Sortie en salles : 12 février 2014
Durée : 1h52
Directeur de la photographie : Christophe Beaucarne
Décorateur : Thierry Flamand
Costumes : Pierre-Yves Gayraud
Montage : Sébastien Prangère
Musique : Pierre Adenot
Budget : 33 millions $
Producteur : Richard Grandpierre, Romain Le Grand, Charlie Woebcken, Christoph Fisser, Henning Molfenter
Distribution : Pathé Distribution

Jack et la mécanique du cœur : Critique du film

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Jack et la mécanique du cœur : Féerie et Noirceur d’un tableau animé poétique et esthétique

Sortie en 2007, Jack et la mécanique du cœur est l’adaptation du roman onirique de Mathias Malzieu, et contient des chansons interprétées par le groupe Dionysos et par Olivia Ruiz. Grace au soutien de Luc Besson et de sa femme Virginie Silla, 7 ans plus tard, en collaboration avec Stéphane Berla, Mathias Malzieu, porte à l’écran, ce film d’animation français au graphisme Tim Burtonesque.

Dès les premières images, ce conte mélancolique au style fantasque et rêvé à la Gondry, rappelle forcement l’univers de Georges Méliès, présent dans cette galerie de personnages hauts en couleur. Bourré d’inventivité graphique, ce conte romantico-gothique nous embarque dans un voyage d’un autre temps, à l’instar du voyage initiatique de notre héros Jack, qui tel un Don Quichotte se lance dans une quête amoureuse qui le mènera d’Edimbourg à l’Andalousie en passant par Paris, dans l’espoir de retrouver Miss Acacia (Olivia Ruiz), une petite chanteuse de rue.

Comme ce héros la cadence de nos aiguilles s’accélère face à cet univers baroque où les locomotives s’envolent vers la lune, les larmes deviennent des flocons de neiges, les trains sont semblables à un accordéon etc…Un film poétique où se mêlent magie et romantisme, livré dans un bien bel écrin visuel, une pure merveille pour les yeux, notamment, les voyages avec l’effet papier, la séquence du train fantôme, surtout pendant le concert avec des squelettes du groupe Dionysos.

Un univers enivrant à la fois désuet et fragile avec des personnages au teint couleur poupée de cire, poupée de porcelaine…Jack et la mécanique du cœur est un film sombre, décalé, envoûtant, drôle, qui malgré quelques défauts évidents (décalage avec les chansons et quelques dialogues maladroits) transporte le spectateur dans un tableau animé porté par une magie poétique. Un conte d’une noirceur féerique, déjanté, d’une élégance inouïe avec les voix somptueuses d’Olivia Ruiz, Grand Corps Malade, Jean Rochefort et Bashung. Un petit bijou d’animation française, plein d’émotions à savourer…

Synopsis : Edimbourg en 1874, Jack, enfant abandonné par sa mère naît le jour le plus froid du monde et son cœur en reste gelé. Pour le maintenir en vie, une femme médecin, le Dr Madeleine (c’était le pseudonyme de Jean Valjean, dans Les Misérables) lui greffe une horloge mécanique qu’il doit remonter. Celle-ci est tellement fragile qu’elle lui impose quelques contraintes :

Premièrement, ne touche pas à tes aiguilles. Deuxièmement, maîtrise ta colère. Troisièmement, ne te laisse jamais, au grand jamais, tomber amoureux.

Car alors, pour toujours à l’horloge de ton cœur, la grande aiguille des heures transpercera ta peau, tes os imploseront, et la mécanique de ton cœur sera brisée à nouveau. Jack a beau vouloir suivre les recommandations, c’est le coup de foudre quand il rencontre Miss Acacias, une jolie chanteuse de rue. A ses risques et périls, il va tout tenter pour retrouver et conquérir sa belle. Ses aventures l’entraînent des Lochs écossais à Paris, où il rencontre la facétieux Georges Méliès, jusqu’à l’Andalousie, où il va affronter Joe, son rival en amour.

Bande-annonce : Jack et la mécanique du cœur – « Jack & Joe »

Fiche Technique : Jack et la mécanique du cœur

Titre original : Jack et la mécanique du cœur
Date de sortie : 5 février 2014
Réalisateur : Stéphane Berla et Mathias Malzieu
Scénariste : Mathias Malzieu
Interprètes : Olivia Ruiz : Miss Acacia, Grand Corps Malade : Joe, Mathias Malzieu : Jack, Marie Vincent : Docteur Madeleine, Rossy de Palma : Luna, Arthur H : Arthur, Jean Rochefort : Georges Méliès, Babet : Anna, Cali : l’Homme Trompette, Dani : Brigitte
Durée du film : 1 h 34
Montage : Soline Guyonneau
Musique : Dionysos
Personnages : Nicoletta Ceccoli
Producteur : Virginie Besson-Silla pour EuropaCorp
Distributeur : EuropaCorp Distribution

12 Years A Slave de Steve McQueen : Critique du film

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 12 Years a slave, un uppercut cinématographique

A travers cette histoire vraie adaptée des mémoires de Solomon Northup écrites dans le sang et les larmes, Steve McQueen réalise ici un film plus classique que ne l’étaient ses précédents longs métrages, Hunger (2008) et Shame (2011).

12 years a slave, nous démontre une fois de plus que le cinéaste britannique a des choses à nous dire. Filmé dans de superbes décors de la Louisiane, à travers une mise en scène magistrale, Steve McQueen nous offre un cinéma sans concession qui affronte l’esclavagisme de la manière la plus frontale : le réalisme historique et la radicalité de la barbarie poussent le spectateur à l’indignation. McQueen, dont la maîtrise narrative et plastique n’est plus à démontrer, affectionne les œuvres fortes, dérangeantes, fascinantes. Il continue à développer les thèmes qui lui sont chers comme la dégradation du corps et la déconstruction de l’esprit. Il impose sans détour au spectateur cet examen de conscience, et cet indispensable devoir de mémoire en recherchant l’essence même de l’esclavage, dans sa vérité la plus froide et la plus cruelle, en transmettant toute l’horreur de la traite des noirs dans les Etats du Sud au XIXe siècle, sous fond de complicité de la religion.

Steve McQueen fait durer ses scènes pour les rendre mémorables et imposer une tension psychologique étouffante. Il s’intéresse à la chair, et à la douleur: l’esclave se débat dans ses chaînes ; pendu, ses pointes de pieds flirtent péniblement avec la boue; subissant l’épreuve du fouet, les lambeaux de chair se répandent sous la torture … Le spectateur ressort de la salle hébété par cette expérience qui lui impose  un double choc, historique et artistique. La bande originale mélancolique, signée Hans Zimmer est superbe et colle parfaitement au récit.

12 Years a Slave, c’est également un casting cinq étoiles. Chewitel Ejiofor(Solomon Northup), enfin dans un premier rôle, offre une performance poignante et sensible autant dans la maîtrise des silences, la profondeur de son regard que l’impartialité de son jeu. Michael Fassbender (Edwin Epps) [iii], l’acteur fétiche de McQueen que l’on retrouve pour la troisième fois, délivre la meilleure prestation de sa carrière en incarnant Edwin Epps, un esclavagiste dérangé, violent, et sadique, qui n’est pas sans évoquer l’officier allemand Goeth dans La Liste de Schindler (1993).

Paul Dano, aussi hypnotisant dans son rôle de psychopathe minable qu’il l’était dans There Will Be Blood (2007), joue ici un maitre charpentier cruel, chargé de faire travailler les esclaves. Benedict Cumberbatch apporte de la subtilité à son personnage de William Ford, premier « propriétaire » de Northup, bon et généreux. La révélation du film est sans nul doute, Lupita Nyong’o bouleversante et poignante Patsey. Enfin, Brad Pitt (également producteur) est un peu caricatural en deus ex machina, en sauveur humaniste.

Twelve Years a Slave est une œuvre majeure d’une grande beauté esthétique, et d’une rare sensibilité, une déclaration prodigieuse à l’encontre du déni de la dignité humaine, une étude sur la résilience face à l’injustice la plus intolérable, et l’épopée plein d’espoir d’une liberté reconquise. Il y a à peine un an, Quentin Tarantino abordait l’esclavage dans Django Unchained en faisant de l’esclavage la toile de fond d’un western lyrique, sanglant et somptueux. Steve Mc Queen prend le parti du réalisme. Ici, l’esclavage n’est pas une toile de fond, c’est le sujet et le personnage central du film « Je ne veux pas survivre, je veux vivre » résume à elle seule la pensée de l’homme libre.

Synopsis : Etats-Unis, quelques années avant la guerre de Sécession. Solomon Northup (Chiwetel Ejiofor), violoncelliste new-yorkais, noir et libre,  accepte lors d’une soirée mondaine, un contrat à Washington et se fait droguer, puis kidnapper, en 1841. Il est vendu comme esclave dans les champs de coton d’un Sud ségrégationniste. Face à la cruauté d’un propriétaire de plantation de coton, Solomon se bat pour rester en vie et garder sa dignité. Douze ans plus tard, il va croiser un abolitionniste canadien et cette rencontre va changer sa vie…

12 years a slave : Bande-annonce

12 Years A Slave : Fiche Technique

Réalisateur : Steve McQueen
Scénaristes : Steve McQueen, John Ridley
Interprétation : Chiwetel Ejiofor (Solomon), Michael Fassbender (Mr Epps), Benedict Cumberbatch (Ford), Brad Pitt (Bass), Garret Dillahunt (Armsby), Paul Dano (Tibeats), Paul Giamatti (Freeman), Scoot McNairy (Brown), Sarah Paulson (Mme Epps), Lupita Nyong’o (Patsey)…
Direction artistique : David Stein
Décors : Adam Stockhausen (en) et Alice Baker (en)
Costumes : Patricia Norris
Photographie : Sean Bobbitt
Montage : Joe Walker (en)
Musique : Hans Zimmer
Budget : 20 000 000 $
Producteurs : Dede Gardner, Anthony Katagas, Brad Pitt,Jeremy Kleiner
Studio de production : New Regency Pictures, Plan B Entertainment, River Road Entertainment, Summit Entertainment, Film4, Regency Enterprises
Genre : Drame, reconstitution historique
Durée : 2h13
Date de sortie : 22 janvier 2014

Etats-Unis – 2013

 

RoboCop 2014 : Critique du film de José Padilha

RoboCop 2014 : Un I-Robot incarné, au design stylisé

José Padilha, le réalisateur brésilien de Troupe d’élite et de sa suite et sa suite « Troupe d’Elite 2 : L’Ennemi Intérieur » est ici aux commandes, d’un reboot plus que d’un remake, situé dans un futur proche, 2028, dans un contexte politico-économique du “tout sécuritaire”. Le conglomérat OmniCorp et son dirigeant charismatique Raymond Sellars (Michael Keaton), devenu l’entrepreneur principal de l’armée américaine cherche à imposer son monopole sur le marché de la sécurité.

La firme OmniCorp avec l’aide des médias à leurs bottes utilise une émission très populaire présentée par l’illuminé Samuel L. Jackson (Pat Novak) pour manipuler l’opinion et réduire au silence l’opposition, un parti conservateur dirigé par le Sénateur Dreyfuss/Zach Grenier afin de faire accepter une force de police composée de robots sans visage.

L’audacieuse idée se concrétise quand un jeune détective Alex Murphy (Joel Kinnaman), mortellement blessé après une tentative d’assassinat brutal est présenté au public. Un candidat de choix, homme de famille, incorruptible mais le nouveau produit Murphy, propriété du conglomérat militaro-industriel n’est pas prêt à jouer la marionnette malgré les tentatives cherchant à opprimer son humanité.

Le scénario bien que conservant la même trame que l’original, (la présence de l’E.D. 209, le robot mitrailleur bipède), accorde une part plus importante à la famille. Cette version RoboCop 2014 se révèle bourré d’allégories socio-politiques (manipulations médiatiques, influences des lobbys militaires, critique d’une société de consommation décérébrée, privatisation à tout-va, dénonciation des multinationales qui utilisent leurs monopoles commerciales pour contrôler le monde…).

Un reboot plus intelligent qu’il n’y parait, fable politique plus que film d’action, le réalisateur José Padilha et le scénariste Joshua Zetumer s’intéresse au personnage-même de RoboCop/Alex Murphy douloureusement conscient de sa robotisation progressive. Quant à la relation entre RoboCop et son créateur le docteur Dennett Norton, incarné par le charismatique Gary Oldman, elle renvoie directement à la relation entre Frankenstein et sa créature.

Dans la version de Verhoeven, l’une des choses qui avait fait le succès de Robocop 87 était l’humour noir absente dans cette version, l’ambiance glauque permanente, l’aspect ghetto, l’âpreté et l’ultra-violence métallique glorieuse, oublié aussi l’aspect gore avec ses giclées de germes de sang, les membres éclatés, la crucifixion symbolique au fusil à pompe de Peter Weller…

Dans la version 2014, la violence est édulcorée, mais José Padilha amène une vraie humanité au personnage, orientant son travail vers un visuel plus contemporain, (l’armure noire au design épuré vêtu par le Cyber flic) tout en véhiculant des idées audacieuses (vision cynique de la nation américaine et de son obsession sécuritaire, critique des médias manipulant l’information,…)

Ce RoboCop version 2014 n’est pas le désastre annoncé, certes, ce Reboot ne vaut pas son illustre modèle, la critique féroce de la société déshumanisée y était plus féroce moins aseptisé, mais Padilha apporte une touche d’émotion et un côté torturé au héros. A l’instar d’un I-Robot, le film pose la question « Qu’est-ce qui différencie les hommes des robots et les robots des hommes ? »

Au casting de Robocop nouvelle génération, on retrouve Michael Keaton et Gary Oldman toujours aussi excellent et un étonnant Samuel Jackson. Dans la peau du remplaçant du rôle phare interprété par Peter Weller, Joe Kinnaman, un rôle sous pression, pour ce comédien suédois, déjà vu dans le « Millenium » (2011) de David Fincher et surtout connu pour son rôle dans « The Killing ». Pour compléter la distribution, Abbie Cornish (Sucker Punch) incarne l’épouse de Murphy, nettement plus présente que dans la version de 1987.

Note : D’après un journal brésilien traduit par Latino Review, José Padilha n’aurait pas eu carte blanche pour réaliser un film à la mesure son ambition, il a raconté à son ami Fernando  Meirelles « C’est l’enfer ici. Le film sera bon, mais je n’ai jamais autant souffert et je ne voudrais plus jamais revivre une telle expérience. ». Meirelles a aussi raconté que son ami avait subi une pression particulièrement forte de la part de la production : « Sur 10 idées qu’il a, 9 sont refusées ».


Synopsis : 2029. La multinationale OmniCorp maîtrise entièrement la technologie robotique. Elle, qui envoie ses drones combattre aux quatre coins du globe sous le drapeau des États-Unis, projette d’appliquer cette technologie à la sécurité intérieure du pays. Alex Murphy, mari et père aimant, est un policier honnête faisant de son mieux pour endiguer la vague de criminalité et de corruption qui envahit Detroit. À la suite d’une blessure mortelle, Alex est sauvé par OmniCorp et la science robotique. Mi-homme, mi-robot, il reprend ses patrouilles avec de nouvelles capacités qui impliquent aussi des problèmes auxquels aucun homme ordinaire n’a jamais eu à faire face.

Fiche Technique : RoboCop Version 2014

Titre original : RoboCop
Réalisateur : José Padilha
Scénaristes : Michael Miner, Edward Neumeier, Joshua Zetumer, Nick Schenk
Casting : Joel Kinnaman (Alex Murphy), Gary Oldman (Norton), Michael Keaton (Sellars), Abbie Cornish (Ellen Murphy), Samuel L. Jackson (Novak), Jay Beruchel (Pope), Jennifer Ehle (Liz Kline), Michael K., Williams (Jack), Jackie Earle Haley (Maddox)…
Musique : Pedro Bromfman
Genre : Action, Science Fiction
Sortie en salle : 05 février 2014
Nationalité : USA
Durée du film : 1h57
Budget : 100 millions $
Photographie : Lula Carvalho
Montage : Daniel Rezende
Costumes : April Ferry
Décors : Martin Whist
Producteur : Strike Entertainment, Metro-Goldwyn-Mayer, Columbia Pictures et Revival 629

 

American Bluff de David O.Russell : critique du film

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American Bluff : Atmosphère surréaliste et cinéma bulle de champagne

Écrit par Eric Warren Chanteur et Russell, le film est un récit romancé du scandale Abscam, une opération d’infiltration mené par le FBI à la fin des années 70. Elle a abouti à un certain nombre d’arrestations de fonctionnaires accusés  de corruption, y compris plusieurs membres du Congrès et d’agents politiques de haut niveau.

Après « Fighter » et « Happiness Therapy », le réalisateur américain David O. Russell film l’Amérique des années seventies avec ses décors délicieusement kitsch, sa musique vintage et une galerie de personnages interlopes. Entre caricature et burlesque American Bluff est une histoire de corruption et de manipulation, sous influence (George Roy Hill, Scorsese (Les Affranchis et Casino), les frères Coen ou encore Paul Thomas Anderson « Boogie Nights » ou « Punch-drunk-love »).

Sur un mode burlesque, American Bluff – American Hustle  est avant tout un film au service des performances des acteurs, c’est un cinéma  bulle de champagne qui se concentre plutôt sur les personnages, un portrait de loosers pathétiques et magnifiques à la fois, une idée assez Cohenienne, ce regard jeté avec commisération et lucidité sur la nature humaine.

Des personnages désarticulés avec des fêlures, Bradley Cooper avec ses bouclettes et bigoudis, dans le rôle de l’agent du FBI DiMaso, souffre d’un complexe d’infériorité, Christian Bâle, méconnaissable en gras du bide et moumoute sur son crâne dégarni, dans le rôle de l’escroc Irving est à la croisée des chemins entre une vie d’arnaque et recommencer ailleurs autrement et les deux femmes Amy Adams (Sydney), Jennifer Lawrence (Rosalyn) sont tourmentées et amoureuses du même homme…Une valse de personnages névrosés surexploités par David O. Russell, au détriment du scénario et du rythme. Ce long-métrage de presque 2h20 est bien trop long, on s’ennuie presque pour un film nominé 10 fois aux oscars, un manque évident d’action et de rebondissement à part le twist final bien amené.

American Hustle fruste plus qu’il ne déçoit, ce n’est pas un échec total, il y a des moments de purs génie, mais là ou réside le problème est que le mélange des genres n’est pas en symbiose, on passe de la comédie au drame, au thriller, on dirait plusieurs courts métrages qui s’enchaînent sans osmose, même si la majorité des séquences prises à part sont exceptionnelles.

Néanmoins American Bluff de David O.Russell est un film à voir pour ses scènes sublimes, notamment celle de boîte de nuit, son humour et son casting taillé dans le diamant avec une petite apparition de Robert De Niro campant le rôle d’un tueur à gage dans un style très scorsesien de mafieux terrifiant.

Une comédie humaine virevoltante avec des personnages aussi déjantés les uns que les autres, des dialogues ciselés dans une ambiance très année seventies : casinos, décolletés plongeants, chemises à tarte à pelle, pantalons en pattes, postiches, brushing, bigoudis et bande son en parfaite harmonie avec son époque où on retrouve Sinatra, Tom Jones, Donna Summers « I feel love », les Bee Gees, Santana, Paul McCartney, Donna Summer, Elton John, David Bowie…Soulignons l’excellent travail réalisé par le musicien Danny Elfman et sa sélection de tubes Jazzy : Oscar Peterson et  Duke Ellington « Jeep’s Blues », de tubes de  Rock classique « Don’t Leave Me This Way » par Harold Melvin et the Blue Notes, « Dirty Work » par Steely Dan », « Long Black Road » par Jeff Lynne etc…

Synopsis : Entre fiction et réalité, American Bluff – American Hustle de David O.Russell nous plonge dans l’univers fascinant de l’un des plus extraordinaires scandales qui ait secoué l’Amérique dans les années 70. Un escroc particulièrement brillant, Irving Rosenfeld (Christian Bale) et sa belle complice, Sydney Prosser (Amy Adams) se retrouvent obligés par un agent du FBI, Richie DiMaso (Bradley Cooper) de nager dans les eaux troubles de la mafia et du pouvoir pour piéger un homme politique corrompu, Carmine Polito (Jeremy Renner). Mais l’imprévisible épouse d’Irving, Rosalyn (Jennifer Lawrence) pourrait bien elle aussi tirer les ficelles…

Fiche Technique : American Bluff

Titre originale : American Hustle

Réalisateur : David O. Russell
Casting : Christian Bale (Irving Rosenfeld), Bradley Cooper (DiMaso), Amy Adams (Sydney), Jennifer Lawrence (Rosalyn), Robert De Niro (Tellegio), Jeremy Renner (Carmine Polito), Michael Peña (Hernandez), Jack Huston (Musane), Alessandro Nivola (Amado), Saïd Taghmaoui (le faux Sheik)…
Scénaristes : Eric Warren Singer, David O. Russell
Genre : Comédie Dramatique, Thriller
Sortie au cinéma : 5 février 2014
Nationalité : USA
Durée du film : 2h17
Budget : 40 millions $
Monteur : Alan Baumgarten, Crispin Struthers, Jay Cassidy
Directeur de la photographie : Linus Sandgren
Musique : Danny Elfman
Costume : Michael Wilkinson
Producteurs : Charles Roven, Richard Suckle, Megan Ellison, Jonathan Gordon
Producteurs exécutifs : Matthew Budman, Bradley Cooper, Eric Warren Singer George Parra
Distributeur : Metropolitan FilmExport