Ida, un film poignant et sublime de Pawel Pawlikowski

Le cinéaste polonais Pawel Pawlikowski entraine le spectateur dans un road movie initiatique, filmé dans un noir et blanc somptueux, Ida est une petite pépite, épuré et intense.

Pologne, années 1960. La jeune nonne Ida, sur le point de prononcer ses vœux définitifs, se voit enjoindre par sa mère supérieure de rendre visite à sa famille, loin des murs de son couvent. Or ce qui reste de la famille d’Ida se résume à sa tante Wanda, dite « la Rouge », une magistrate connue pour sa sévérité à l’égard des «ennemis du socialisme», et aujourd’hui en disgrâce.

Et pour ajouter à ce choc des croyances, ce tandem mal assorti part en vadrouille à la recherche de ses racines juives, une famille assassinée pendant l’occupation allemande.Ida récompensé d’un grand Prix aux festivals de Londres et de Varsovie, prix de la critique à Toronto a été réalisé par le polonais Pawel Pawlikowski, pays qu’il quitta à l’âge de 14 ans, pour vivre à Londres.

« Ida » est son premier long métrage tourné en Pologne après 4 films dont le plus connu « My Summer of Love » (2004) qui révèle l’actrice Emily Blunt. Avec Ida, Pawlikowski nous offre un voyage dans une Pologne d’après-guerre dans les années 60, sous la forme d’un récit initiatique, celui de la jeune Ida, une orpheline élevée dans un couvent catholique, qui apprend de la bouche de sa tante Wanda qu’elle est une nonne juive alors qu’elle s’apprêtait à prononcer ses vœux. Elle apprendra par la même occasion que ses parents ont été assassinés par des voisins, des fermiers qui, tout d’abord, les avaient cachés.

Ida, un magnifique portrait de femmes

Wanda la rouge, Wanda la survivante, une pasionaria du socialisme en semi-disgrâce, enchaînant les conquêtes d’une nuit, noyant son chagrin dans l’alcool et la dépression accompagne Ida de son vrai prénom Ana, une jeune femme peu loquace, habitué à l’intériorité de part son mode de vie monastique. Un road-movie d’une grande sobriété pour cet étrange tandem, à la recherche d’une tombe, marchant sur le passé de cette Pologne des années 60, encore rongée par la guerre et la persécution dont furent victimes les juifs durant l’occupation nazie.

A travers la quête identitaire d’Ida, le cinéaste Pawel Pawlikowski, explore des thèmes comme le catholicisme polonais, l’antisémitisme, les purges politiques et les conséquences sur les âmes. Une quête bouleversante pour cette héroïne à la Bresson, troublante et mystérieuse à qui dira ce garçon qu’elle rencontre, un saxophoniste de jazz (Dawid Plourde) :

« Tu ne sais pas l’effet que tu produis… »

Une chronique initiatique, au couleur noir et blanc laiteux, filmé dans un format carré (1,37:1), enluminé dans un esthétisme austère, rythmé par le saxo de Coltrane, Mozart (la symphonie Jupiter) et ce Choral de Bach adapté par Busoni.

Une exploration qui encadre les visages comme des tableaux, le format donne l’impression de feuilleter un portfolio vintage, d’une grande beauté, un bel écrin auquel on peut reprocher une trop grande froideur même si le duo formé par les deux actrices (Agata Kulesza et Agata Trzebuchowska) est incroyable, elles expriment à travers leurs visages, leurs postures, leurs regards un défilé d’émotions intérieurs complexes.

Ida sonde les tréfonds inavouables des âmes à travers le portrait sublime de deux femmes dans une l’atmosphère à la fois grise, boueuse et lumineuse, un poème mélancolique dont l’intensité tragique ne peut laisser indifférent.

Fiche Technique : Ida de Paweł Pawlikowski

Réalisation : Paweł Pawlikowski
Scénario : Paweł Pawlikowski, Rebecca Lenkiewicz
Interprétation : Agata Kulesza (Wanda Gruz), Agata Trzebuchowska (Ida), Dawid Ogrodnik (le saxophoniste), Jerzy Trela (Szymon Skiba), Adam Szyszkowski (Feliks Skiba), Halina Skoczyńska (la mère supérieure), Joanna Kulig (la chanteuse)…
Sortie en salle : 12 février 2014
Durée : 1h19
Genre : Drame
Nationalité : Polonais
Directeur de la photographie : Łukasz Żal, Ryszard Lenczewski
Ingénieur du son : Claus Lynge
Montage : Jarosław Kamiński
Musique : Kristian Selin Eidnes Andersen
Producteur : Eric Abraham, Piotr Dzięcioł, Ewa Puszczyńska
Production : Opus Film, Phoenix Film
Distribution : Memento Films

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Scary Movie 6 : l’humour sans danger

Les Wayans voulaient canceller la cancel culture, offenser tout le monde à égalité et prouver que leur humour n'avait pas pris une ride. "Scary Movie 6" prouve exactement le contraire.

Toutes mes sœurs : projection privée

Massoud Bakhshi a filmé ses deux nièces depuis l'enfance. Il nous en restitue le montage, avec l'ambition de parler, à travers ce cas particulier, de la société iranienne dans son ensemble. Le pari n'est que très partiellement tenu.

Saccharine : faussement calorique

Natalie Erika James revient avec "Saccharine", film de body horror ancré dans le culte de la minceur et les injonctions corporelles. Ambitieux, parfois efficace, mais trop chargé thématiquement pour convaincre pleinement. La réalisatrice de "Relic" méritait mieux.

La Bataille de Gaulle – L’âge de fer : l’appel du nanar

"La Bataille de Gaulle : L'âge de fer" d'Antonin Baudry s'annonçait comme le film historique événement de l'année. Pourtant, sous ses airs de fresque ambitieuse sur les débuts de la France libre, le premier volet de ce diptyque consacré au général Charles De Gaulle peine à convaincre. Le récit, très dense, s'essouffle en voulant tout montrer sans rien approfondir. Pire encore, un second degré forcé et une caricature appuyée de certains personnages font glisser l'œuvre vers un registre involontairement burlesque. Un nanar en costume, certes soigné, mais qui trahit le sujet qu'il prétendait honorer.

The Plague : dans la peau des autres

La peste n'a pas besoin d'exister pour faire des dégâts, il suffit qu'un groupe décide d'y croire. Révélé à Un Certain Regard en 2025, "The Plague" est un thriller tendu sur la mécanique du harcèlement chez des garçons de douze ans : comment la violence s'organise, se légitime, se transmet et ce qu'il en coûte de la regarder sans bouger.

Scary Movie 6 : l’humour sans danger

Les Wayans voulaient canceller la cancel culture, offenser tout le monde à égalité et prouver que leur humour n'avait pas pris une ride. "Scary Movie 6" prouve exactement le contraire.

Toutes mes sœurs : projection privée

Massoud Bakhshi a filmé ses deux nièces depuis l'enfance. Il nous en restitue le montage, avec l'ambition de parler, à travers ce cas particulier, de la société iranienne dans son ensemble. Le pari n'est que très partiellement tenu.

Saccharine : faussement calorique

Natalie Erika James revient avec "Saccharine", film de body horror ancré dans le culte de la minceur et les injonctions corporelles. Ambitieux, parfois efficace, mais trop chargé thématiquement pour convaincre pleinement. La réalisatrice de "Relic" méritait mieux.