La Voleuse de livres de Brian Percival : Critique du film

La Voleuse de Livres, un film commenté en voix off par la Mort elle-même…

Le long métrage couvre ce passé noir, du côté Allemand, de l’intérieur, sans misérabilisme à travers les yeux de Liesel, une jeune fille analphabète, recueillie par un couple d’Allemands, Hans Hubermann (Geoffrey Rush), un peintre en bâtiment au bon cœur, souffrant de privation parce qu’il n’a jamais rejoint le parti nazi et sa femme, Rosa (Emily Watson), une femme qui cache sous un masque de dureté, une bonté réelle.

Elle apprend à lire avec le soutien de sa nouvelle famille et se lie d’amitié avec son voisin Rudy (Nico Liersch), qui idolâtre Jesse Owens, (la star de l’athlétisme des Jeux Olympiques de Berlin en 1936) et Max (Ben Schnetzer), jeune homme juif, que sa nouvelle famille cache des nazis. La voleuse de livre n’est pas un film historique classique, même si le film évoque des événements comme la Nuit de Cristal (Kristallnacht), les déportations, les rafles, les exécutions, les autodafés ainsi que la mise en place dans les écoles de l’enseignement nazi à travers des chants et des discours hitlériens.

Passion et Innocence

Ce film aborde des thèmes intéressants comme l’instruction en opposition à l’obscurantisme instauré par les nazis, une réalité toujours d’actualité, même si les livres ne sont pas brûlés publiquement, l’accessibilité à la culture et surtout au savoir reste fragile, soit parce que l’enseignement est nivelé par le bas et caractérisé par un formatage de l’esprit afin d’obtenir des citoyens bien obéissants, passifs soit car il devient trop cher donc accessible qu’à une certaine élite.

La voleuse de livre montre que pour Liesel et Max, le pouvoir des mots, le pouvoir de la créativité sont une manière d’échapper à l’endoctrinement. Quand Rudy, fan de Jesse Owens, découvre qu’il est sélectionné par les nazis pour une formation militaire d’élite, il se rebelle et s’enfuit avec Liesel pour crier ensemble : « Je déteste Hitler ! » et là on se rend compte de l’importance du pouvoir des mots face à l’absurdité d’une idéologie.

Le réalisateur de Downton Abbey à travers la porte de la petite histoire montre l’importance de l’imagination, d’une instruction faite pour réfléchir, son impact sur les individus…Comme l’écrivit le poète John Milton dans son Areopagitica (1644). «Tuer un homme, c’est détruire une créature raisonnable, l’image divine ; mais étouffer un bon livre c’est tuer la raison elle-même, c’est tuer l’image de Dieu, pour ainsi dire dans son regard.» De la même manière le poète allemand Heinrich Heine nous avertit, dans sa pièce de 1821 Almansor : 

«Là où l’on brûle les livres, on finit par brûler les hommes.»

On pourrait reprocher à cette œuvre de ne pas montrer du sang et des larmes, l’horreur de la guerre, pourtant La voleuse de livres montre un fait rarement traité, la soumission et l’opposition au IIIeme Reich du côté Allemands. Ce film met en valeur les relations humaines, la solidarité, l’amitié et sublime le jeu des acteurs, notamment Emily Watson (l’héroïne de « Punch-drunk love » et de « Breaking the waves »), impeccable dans ce rôle de mère en apparence froide, Geoffrey Rush « Le discours d’un roi », le père adoptif de Liesel, son jeu insuffle une âme à son personnage. Une interprétation magistrale, Sophie Nélisse irradie l’écran par sa douceur et Nico Liersch est poignant. Un film bouleversant, émouvant magnifié par une photographie à la fois glaciale et lumineuse et une musique de John Williams (le compositeur attitré de Spielberg) très inspirée*.

Synopsis : D’après le best-seller international the book of thief de Markus Zusak, réalisé par Brian Percival («Downton Abbey») et un scénario de Michael Petroni (« Le Monde de Narnia: L’Odyssée du Passeur d’aurore »), la voleuse de livre raconte l’histoire de Liesel, fille de dissidents communiste envoyée dans une famille d’adoption allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. L’histoire racontée en voix off par La Mort elle même (Roger Allam) débute lors des funérailles du frère de Liesel, elle ramasse un livre tombé du manteau de l’un des fossoyeurs bien que ne sachant pas lire. Les personnages de La Voleuse de Livres évoluent dans une petite ville Allemande, plus précisément une petite rue appelée (Himmel Strasse) traduite en français par (Paradis).

Fiche Technique : La voleuse de Livres

Titre original : The Book Thief
Date de sortie : 5 février 2014
Réalisateur : Brian Percival
Scénariste : Michael Petroni
D’après l’oeuvre de Markus Zusak
Durée du film : 2 h 11
Genre : Drame
Interprètes : Geoffrey Rush (Hans Hubermann), Emily Watson (Rosa Hubermann), Sophie Nélisse (Liesel), Ben Schnetzer (Max), Roger Allam (Death), Barbara Auer (Ilsa Hermann) et Nico Liersch (Rudy)
Photographie : Florian Ballhaus
Montage : John Wilson
Musique : John Williams
Costumes : Anna B. Sheppard
Décors : Katja Fischer
Producteur : Fox 2000 Pictures, Sunswept Entertainment
Distributeur : Twentieth Century Fox France

*John Williams est nommé aux Oscars 2014 pour le film La voleuse de  livres dans la catégorie Meilleure musique de film

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