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Ex Machina, un film de Alex Garland : Critique

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Présenté pour la première fois en France au Festival de Gérardmer, Ex Machina a su s’attirer l’enthousiasme du public et celui du jury qui l’a très justement récompensé du Prix du Jury.

Synopsis: Caleb, 24 ans, est programmateur de l’une des plus importantes entreprise d’informatique au monde. Lorsqu’il gagne un concours pour passer une semaine dans un lieu retiré en montagne appartenant à Nathan, le PDG solitaire de son entreprise, il découvre qu’il va en fait devoir participer à une étrange et fascinante expérience dans laquelle il devra interagir avec la première intelligence artificielle au monde qui prend la forme d’un superbe robot féminin.

S’il s’agit de son premier long-métrage, Alex Garland n’est pas un novice des univers de science-fiction et d’anticipation. Avant tout romancier apprécié des critiques, il est reconnu pour l’adaptation de ses œuvres, dont trois d’entre-elles par Danny Boyle. En effet, admiratif du travail de l’auteur, Danny Boyle a collaboré à trois reprises avec lui pour adapter La Plage, 28 Jours plus tard et Sunshine. Alex Garland est également à l’origine des scénarios de Never Let Me Go, du remake sous-estimé de Dredd et fût même rattaché un temps à l’adaptation cinématographique de la franchise vidéoludique Halo. Alors quand le monsieur décide de s’agiter derrière la caméra, il suscite déjà une certaine curiosité. Mais quand la première bande-annonce nous est dévoilée il y a quelques mois, le projet concentre toutes les attentions. Rien à voir avec le comic-book du même nom de Brian K.Vaughan et Tony Harris, Ex Machina est un premier long métrage se déroulant dans un huis-clos futuriste aussi envoûtant qu’étouffant.

Frankenstein.

Avec Ex Machina, on retrouve l’essence d’un cinéma qui renoue avec une SF gothique d’antan, celle où les scientifiques sont dans une quête perpétuelle du divin et de la Création. La demeure de Nathan (interprété par Oscar Isaac) pourrait s’avérer être une version toute moderne du château du Docteur Frankenstein. PDG reclus dans les confins de ce que la nature a de plus beau à offrir, Nathan est un dirigeant d’une entreprise leader sur le marché de l’informatique. N’ayant plus besoin d’être présent pour assurer la bonne santé de sa société, il s’est émancipé du monde social et médiatique pour se lancer solitairement dans la création d’une intelligence artificielle unique dans l’histoire de la science. Il fait appel au hasard à l’un de ses employés pour être en charge des opérations de test sur l’I.A. Alors qu’en début d’année, Imitation Game sortait dans les salles et revenait sur l’histoire d’Alan Turing, l’employé Caleb (interprété par Domnhall Gleeson) est chargé de faire passer le Test de Turing à cette intelligence artificielle. C’est une expérimentation qui permet de déterminer le niveau de conscience de l’androïde prénommée Ava et de sa capacité à imiter la conversation humaine. Salarié choisi au hasard, le personnage de Domnhall Gleeson va devoir faire appel à toutes ses connaissances pour déceler les moindres défauts et le niveau de conscience de cette I.A. A moins que ce ne soit elle qui en profite pour comprendre l’infime complexité de l’esprit humain.

Vous l’avez compris, Ex Machina ne brille par son originalité. Depuis toujours, les cinéastes s’inquiètent des travaux scientifiques où la frontière s’avère être de plus en plus mince entre le robot et l’être humain. Mais l’entreprise menée par Alex Garland repose un propos qui trouve tout son sens dans le contexte actuel. A l’heure où les grands PDG du monde s’inquiètent des conséquences d’une superintelligence artificielle, Ex Machina débarque et amène avec lui une vision conforme aux inquiétudes de Bill Gates, Stephen Hawking et consorts. Ces derniers évoquaient les effets pervers d’une I.A. dont la puissance croissante l’amènerait à s’émanciper des humains. L’intelligence artificielle a toujours été une notion faisant particulièrement réfléchir les réalisateurs contemporains. On repensera bien évidemment au récent Her de Spike Jonze (doit-on rappeler qu’il fût le film préféré de la rédaction en 2014 ?), mais aussi à Blade Runner de Ridley Scott ou à 2001 : l’Odyssée de l’Espace de Stanley Kubrick, sans oublier A.I Intelligence Artificielle de Steven Spielberg.

 

La création d’une I.A. superpuissante est pour Alex Garland un moment clé -si ce n’est unique- dans toute l’histoire de l’humanité. Pour la première fois, une conscience humaine serait purement et entièrement artificielle. Ou quand l’homme flirte avec le pouvoir créationniste. De fait, Alex Garland rend son récit biblique en tout point puisqu’il tire toute son essence dans les symboles poussifs de la Bible. Sept jours sont attribués au salarié pour tester cette toute nouvelle Intelligence Artificielle (Ava=Eve), la première I.A. donc dotée d’une conscience. Toute l’intrigue se déroule dans un cadre très édenien où un machiavélique et ambigu triangle commence à se mettre en place. Alex Garland huile avec finesse une mécanique scénaristique travaillée et particulièrement tendue. Manipulation, contre-attaque, retournement de situation, le romancier sait jouer avec les nerfs des spectateurs et s’amuse à déjouer ses attentes. De par sa collaboration avec Danny Boyle, Garland en a acquis un très beau sens du cadre et une direction artistique impeccable (les plans en extérieur sont magnifiques). La lumière froide et robotique des intérieurs côtoie la magnificence des espaces verts et aquatiques de l’extérieur. Une esthétique déjà-vu mais particulièrement hypnotique. Sans compter que le film est porté par un trio d’acteur impeccable. Domnhaal Gleeson incarne avec sensibilité ce rôle de petit génie introverti tandis qu’Oscaar Isaac performe en Créateur laissant planer le doute sur ses intentions. Aux côtés de ses deux esprits, Alicia Vikander incarne une androïde aussi glaciale qu’émouvante.

Au-delà même des travaux robotiques, Alex Garland en profite pour délivrer une critique des entreprises comme Google et des réseaux sociaux qui s’enrichissent par la récolte de données personnelles. C’est en révélant sa personnalité en ligne que l’un des personnages se fera aveuglément manipuler et conditionner à des choix personnels illusoires. Toute liberté semble omise à partir du moment où des individus mal intentionnés peuvent se servir de nos données personnelles. Réflexion intéressante mais qui aurait mérité d’être plus étayée. Tandis que la première partie du film se pose comme une rencontre avec les personnages, il y a progressivement une montée en puissance narrative qui finira par aboutir à un dénouement renversant de machiavélisme. A l’instar de son intrigue implicitement biblique, les personnages s’apercevront qu’à force de flirter avec le divin, il est difficile de ne pas s’y brûler les ailes. Plan final crucial où les hommes s’apercevront trop tard de leurs erreurs, de leurs faiblesses tandis que les robots s’émanciperont de leur Créateur oppressant. La thématique de l’oppression pourrait même finalement sonner comme un appel à la révolte pour les populations terrestres oppressées par des dirigeants se prenant pour Dieu. Avant de s’inquiéter du futur, Ex Machina nous renvoie à notre propre situation et se pose finalement comme un film qui appelle à brises ses chaînes.

Trouvant un formidable écho à l’heure où les dirigeants des sociétés informatiques s’inquiètent des travaux sur l’I.A., Ex-Machina est un huis-clos SF maîtrisé à la beauté plastique indéniable. Le film propose une nouvelle et intéressante réflexion sur l’intelligence artificielle et la place de la machine dans notre société. Un sujet longuement rabâché mais dont il serait fort dommage de bouder ici son plaisir.

Ex Machina – Bande-annonce

 Ex Machina – Fiche Technique:

Titre original: Ex Machina
USA – Royaume-Uni
Genre: Science-fiction
Durée: 108min
Sortie en salles le 03 juin 2015
Réalisation: Alex Garland
Scénario: Alex Garland
Image : Rob Hardy
Décor : Michelle Day
Costume: Sammy Sheldon
Montage: Mark Day
Son : Geoff Barrow, Ben Salisbury
Producteur: Eli Bush, Caroline Levy, Andrew Macdonald, Allon Reich, Tessa Ross, Scott Rudin, Jason Sack, Joanne Smith
Production: DNA films, Film4
Distributeur: Universal Pictures International France
Budget : 11 000 000 €
Récompenses: Prix du Jury ex-aequo au Festival du Film Fantastique de Gérardmer 2015, Oscars 2016 des Meilleurs Effets Visuels

37e Festival du court métrage de Clermont : le palmarès

37e Festival du court métrage de Clermont : Cérémonie de clôture et palmarès

Le 37ème Festival international du Court Métrage s’est achevé à Clermont-Ferrand ce samedi 7 février 2015. La Rédaction  était présente à la première cérémonie de clôture de 18h, un peu longue, mais qui a renforcé certaines de nos certitudes, tout en créant son lot de surprises. Voici le palmarès.

Compétition internationale

– Grand Prix : Hole (Le trou), Canada, Martin Edralin, fiction, 15’00

Synopsis : Portrait décalé d’un quadragénaire handicapé en quête de relations charnelles.

Le Jury de la compétition internationale a osé, a fait preuve d’audace, en récompensant ce film qui traite sans concessions, de la solitude, de l’handicap et du besoin de relations sexuelles.

– Prix Spécial du Jury : Minsu Kim In Wonderland (Minsu Kim au pays des merveilles), Corée du Sud, Chan-yang Shim, 2013, 26’01

Synopsis : En rentrant au pays après treize ans d’absence, Minsu Kim trouve sa terre natale quelque peu étrange et terrifiante.

A l’instar de notre rédaction, le Jury international a été sensible à ce pamphlet antimilitariste sud-coréen déguisé en farce grotesque.

– Prix du Public : Père, Tunisie, France, Lotfi Achour,  2014, Fiction, 17’50

Synopsis : Un soir, Hédi, chauffeur de taxi à Tunis, prend en course une jeune femme sur le point d’accoucher. Cette brève rencontre, par un enchaînement mal venu de hasards cocasses et tragiques, va bouleverser le cours de sa vie.

– Prix du Meilleur Film d’Animation : Somewhere Down the Line (La ligne de vie), Julien Regnard, Irlande, 2014, Animation, 10’13

Synopsis : Un homme, sa vie, ses amours et ses deuils, montrés à travers ses échanges en voiture avec différents passagers.

– Prix du Meilleur Film d’Animation Francophone (SACD) : Deep Space, Bruno Tondeur, Belgique, 2014, Animation, 07’06

Synopsis: Brandon se voit confier sa première mission intergalactique : trouver une nouvelle espèce intelligente. Pendant de longs mois, il va vivre une expérience étrange sur une planète aux mœurs étonnantes. Notre spationaute va devoir lutter mentalement et physiquement de tout son être.

http://youtu.be/wamV04-dWPg

– Prix Etudiant de la Jeunesse : Futile Garden (Terrain stérile), Ghazaleh Soltani, Iran, 2014, Fiction, 18’47

Synopsis: Quatre membres d’une famille traversent l’agitation de la ville pour rejoindre un homme qui, en haut de la colline, les attend pour leur vendre du rêve.

– Prix Canal + : De Smet, Wim Geudens, Thomas Baerten, Pays-Bas, Belgique, Fiction, 14’51

Synopsis: Les frères De Smet ont trouvé un système pour vivre tranquillement leur vie de célibataires endurcis. Mais lorsqu’une nouvelle voisine s’installe dans la rue, cet équilibre s’effondre comme un château de cartes.

– Prix des Médiathèques : Thread (Le fil), Virginia Kennedy, Malaisie, 2014, Fiction, 16’38

Synopsis: Une jeune tailleuse chinoise est tourmentée par une ombre mystérieuse qui ne cesse de la critiquer. Lorsqu’un jeune homme entre dans sa boutique, elle pense naïvement qu’il va la tirer d’affaire.

Mentions spéciales du Jury : Père de Lotfi Achour (Tunisie, France), That Day of the Month (Ce jour du mois) de Jirassaya Wongsutin (Thailande), Démontable de Douwe Dijkstra (Pays-Bas), The Beaten Path (Les sentiers battus) de Phurba Tshering Lama (Inde), Salers de Fernando Dominguez (Argentine)

Compétition nationale

– Grand Prix : Ton cœur au hasard, Aude-Léa Rapin, 2014, Fiction, 39’00

Synopsis: Rien n’est vrai que l’amour. Attache ton cœur à ce qui passe.– Prix Spécial du Jury, Prix du public : Guy Moquet, Demis Herenger, France, 2014, Fiction, 28’54

Synopsis: Guy Moquet, ou Guimo, ou Guim’s, a promis à Ticky de l’embrasser au crépuscule, en plein milieu du quartier, devant tout le monde. Peut-être pas si fou ? Mais peut-être pas si simple.

– Prix Egalité et Diversité : Leftover, Tibor Bànòczki, Sarolta Szabo, France, 2014, Animation, fiction, 14’22

– Prix de la Meilleure Musique Originale (SACEM) : Philippe Dubernet et Guillaume Durrieu pour Black Diamond, Samir Ramdani, France, 2014, Expérimental/fiction, 41’29

Synopsis: C’est l’histoire de Kevin, un gars de South Central, un quartier populaire de Los Angeles. Kevin a deux problèmes : d’une part il est touché par une passion pour l’art, et, de l’autre, il a un rappeur dans la tête.

– Prix de la Meilleure Photographie (Nikon) : Anaïs Ruales Borja pour Burundanga, France, 2014, Fiction, 25’17

Synopsis: Pablo tourne en rond dans ce village pluvieux, dans ce parc d’attraction où il travaille. Il veut partir, et cette fois-ci, tous les moyens sont bons.

– Prix de la Meilleure Première Œuvre de Fiction (SACD) : Son seul, Nina Maïni, France, 2014, Fiction, 15’00

Synopsis: Après une nuit de tournage, le chef opérateur du son et le perchman finalisent leur travail par l’enregistrement d’une série de sons seuls.

– Prix Adami d’Interprétation/Meilleure comédienne : Julie Chevallier, dans Ton cœur au hasard de Aude-Léa Rapin

– Prix Adami d’Interprétation/Meilleur comédien : Daniel Vannet, dans Perrault, La Fontaine, Mon Cul !, Hugo P. Thomas, Ludovic Boukherma, Zoran Boukherma, France, 2014, Fiction, 18’37

Synopsis: Willy Pruvost, un père illettré, tente d’apprendre à lire dans l’espoir de conserver la garde de son fils.

… et dans Ich bin eine Tata, Ludovic et Zoran Boukherma, Marielle Gautier, Hugo P. Thomas, France, 2014, Fiction, 07’26

Synopsis: Arthur Percier, professeur des écoles, a une double vie. Une nuit, il rencontre un ancien élève avec qui il va avoir un moment de complicité.

Daniel Vannet, un acteur qui nous a éblouis, tant sur le registre du rire que de l’émotion. Deux prix pleinement mérités.

– Prix Etudiant de la Jeunesse : Perrault, La Fontaine, Mon Cul ! de Hugo P. Thomas, Ludovic Boukherma, Zoran Boukherma

– Prix Canal + : Le dernier des Céfrans, Pierre-Emmanuel Urcun, France, 2015, Fiction, 30’16

Synopsis: Rémi galère et veut que ça s’arrête. C’est décidé, il va s’engager dans l’armée. Le hic, c’est qu’il n’ose pas en parler à ses quatre meilleurs potes : Boom, Nasser, Redouane et Moussa…

– Prix de la Presse Télérama : Vous voulez une histoire ?, Antonin Peretjatko, France, Documentaire/fiction, 10’21

Synopsis: Vous voulez une histoire ? Mettez deux femmes dans une pièce et imaginez que l’une d’elles est rousse.

– Prix du Rire « Fernand Raynaud » : Tarim le Brave contre les Mille et Un Effets, Guillaume Rieu, France, 2014, Animation/fiction, 18’30

Synopsis: Tarim est le capitaine d’un navire qui parcourt les mers en quête de gloire et de richesses. Lors d’une nouvelle aventure, il libère une princesse enfermée dans le donjon d’un sorcier maléfique, et comprend peu à peu qu’il est le personnage principal d’un film. Il décide de lutter.

– Prix Procirep du Producteur de Court Métrage : Takami Productions

– Mention spéciale du jury à l’acteur Jonathan Couzinié, dans Ton cœur au hasard de Aude-Léa Rapin

Compétition Labo

– Grand Prix : Sieben Mal am Tag beklagen wir unser Los und nachts stehen wir auf, um nicht zu träumen (Sept fois par jour nous pleurons sur notre sort et nous nous levons la nuit pour ne pas rêver), Susann Maria Hempel, Allemagne, 2014, Documentaire/expérimental, 17’30

Synopsis: Confession cinématographique inspirée par des entretiens avec un grand malade qui vécut à la campagne en Allemagne de l’Est, perdit la mémoire en 1989 et se mit à faire d’horribles cauchemars.

– Prix Spécial du Jury : Cams, Carl-Johan Westregård, Suède, 2014, Fiction, 12’37

Synopsis: La nuit va bientôt tomber sur une petite ville de bord de mer. Mais où sont passés les gens ? Et quelles sont ces créatures invisibles qui semblent avoir investi les lieux ?

– Prix du Public : S de Richárd Hajdú, Royaume-Uni, Angleterre, Hongrie, 2014, Documentaire, 19’14

Synopsis: Un documentaire tourné à Londres qui relate la vie d’une jeune prostituée originaire d’Europe de l’Est et sa relation passionnelle avec son mac. Un film social engagé autour d’un des phénomènes les plus inquiétants de l’Europe du XXIe siècle.

http://youtu.be/YRbjCPoHJrk

Prix Canal +  : Ser e Voltar, Xacio Baño, Espagne, 2014, Documentaire/expérimental, 13’30

Synopsis: Un jeune cinéaste rend visite à ses grands-parents à la campagne pour réaliser un portrait vidéo. C’est bien ça, le cinéma, non ?

http://youtu.be/oJTGLhjrypQ

– Mentions spéciales du jury : My Dad de Marcus Armitage (Royaume-Uni, Angleterre), Ser e Voltar de Xacio Baño (Espagne), S de Richárd Hajdú (Royaume-Uni, Angleterre, Hongrie)

Autres prix

Nomination European Film Awards : Smile, And the World Will Smile Back (Souris et le monde te sourira) de Abdelkarim Al-Haddad, Ehab Tarabieh, Yoav Gross, Diaa Al-Haddad, Shada Al-Haddad, Ahmad Al-Haddad (Israël, Palestine)
Coup de cœur Canal+ Family : Indah Citra de Sarah Feruglio, Anthony Oliveira, Pierre-Antoine Naline, Maxime Orhnial (France)
Prix Orange : One Man, Eight Cameras (Un homme, huit caméras) de Naren Wilks (Royaume-Uni, Angleterre)

Casting Sauvage, un film de Galaad Hemsi : Critique

Premier film d’un ancien élève de l’ESRA, soutenu par une petite société de production qui n’avait elle-même jusque-là jamais travaillé sur de longs-métrage, Casting Sauvage est une petite perle que personne n’attendait et qui devrait agréablement surprendre les spectateurs qui iront le découvrir dans les quelques salles d’arts et essais qui le distribueront. Une projection-presse et une brève rencontre avec le réalisateur dans les bureaux des Productions du Désert m’ont permis de comprendre et reconnaitre le travail d’orfèvre en amont de ce moyen-métrage inclassable.

Synopsis : L’histoire que raconte le film est simple : « Rémi apprend un jour que son père jusqu’alors inconnu vit à l’autre bout de la France. Il décide de partir à sa rencontre en mobylette. » Mais la singularité du film repose sur le fait que toute cette histoire est filmée dans le cadre unique d’une salle de casting et montée à partir de plus de 100 heures de rushes. 

Le méta-film à l’état pur

Durant quatre longues années, Galaad Hemsi a réuni des hordes d’acteurs amateurs dans le sous-sol d’une école d’art sous prétexte de leur faire auditionner pour un film en préparation devant sa caméra. A partir des dizaines d’heures de rushes qui ont découlé de ces castings, il a ensuite –avec, bien sûr, l’autorisation de droits à l’image des comédiens presque tous joué le jeu- monté un film de soixante-dix minutes.

Du début à la fin, le film se construit donc sur une compilation d’extrait d’auditions en décor unique, un exercice qui, dès les premières images, pourrait sembler rébarbatif s’il n’était entrecoupé de morceaux d’interviews des acteurs, dont on se moque des réponses toutes faites et du manque de confiance en soi, ou au contraire de leur ego surdimensionné,  à la façon d’épreuves pré-éliminatoires de la Star Academy. Le documentaire est amusant, en particulier pour ceux qui ont déjà vécu de pareilles situations, mais au bout d’une quinzaine de minutes, on en vient à se demander si une de plus est bien nécessaire. Et c’est là que la réalisation parvient à nous prendre à revers. Peu à peu, le recul qu’apportaient les conversations entre les acteurs et le metteur en scène se font rares tandis que l’ambiance sonore se met subtilement en place. Les morceaux de scènes qu’interprètent tour à tour les candidats forment un scénario cohérent, le parcours d’un prénommé Remi, identifiable à son écharpe rouge, partant à la recherche de son père qu’il n’a pas connu.

La magie du cinéma, et en particulier la notion « d’absorption diégétique » prennent alors tout leur sens : Emporté par l’histoire, le spectateur en vient à oublier l’absence de décor et d’accessoire mais aussi la ronde des comédiens, ne se demandant plus lequel d’entre eux est le plus juste pour le rôle mais bel et bien si Rémi va retrouver son cher papa et assumer ses propres responsabilités. Autant le scénario en soi n’aurait pas pu aboutir à un film brillant, autant ce processus inédit de le faire jouer à une multitude de non-professionnels lui donne une personnalité propre attachante. Et, preuve ultime de la perte de repère entre réalité et fiction, c’est uniquement l’attitude de certains candidats qui nous renvoie à la dimension artificielle de l’exercice, brisant ainsi la mécanique narrative et créant des décalages très drôles.

Du début à la fin, le film se construit donc sur une compilation d’extrait d’auditions en décor unique, un exercice qui, dès les premières images, pourrait sembler rébarbatif s’il n’était entrecoupé de morceaux d’interviews des acteurs, dont on se moque des réponses toutes faites et du manque de confiance en soi, ou au contraire de leur ego surdimensionné,  à la façon d’épreuves pré-éliminatoires de la Star Academy. Le documentaire est amusant, en particulier pour ceux qui ont déjà vécu de pareilles situations, mais au bout d’une quinzaine de minutes, on en vient à se demander si une de plus est bien nécessaire. Et c’est là que la réalisation parvient à nous prendre à revers. Peu à peu, le recul qu’apportaient les conversations entre les acteurs et le metteur en scène se font rare tandis que l’ambiance sonore se met subtilement en place. Les morceaux de scènes qu’interprètent tour à tour les candidats forment un scénario cohérent, le parcours d’un prénommé Remi, identifiable à son écharpe rouge, partant à la recherche de son père qu’il n’a pas connu.

Et c’est là que la magie du cinéma, et en particulier la notion « d’absorption diégétique » prennent tout leur sens : Emporté par l’histoire, le spectateur en vient à oublier l’absence de décor et d’accessoire mais aussi la ronde des comédiens, ne se demandant plus lequel d’entre eux est le plus juste pour le rôle mais bel et bien si Rémi va retrouver son cher papa et assumer ses propres responsabilités. Autant le scénario en soi n’aurait pas pu aboutir à un film brillant, autant ce processus inédit de le faire jouer à une multitude de non-professionnels lui donne une personnalité propre attachante. Et, preuve ultime de la perte de repère entre réalité et fiction, c’est uniquement l’attitude de certains candidats qui nous renvoie à la dimension artificielle de l’exercice, brisant ainsi la mécanique narrative et créant des décalages très drôles.

Casting Sauvage : Bande-annonce

Casting Sauvage : Fiche Technique

Réalisation : Galaad Hemsi
Scénario : Galaad Hemsi, Raphaël Delétang, Clément Vieu
Interprétation : Galaad Hemsi dans son propre rôle et une multitude d’acteurs qu’il serait impossible de répertorier ici!
Producteurs : Galaad Hemsi, Mehdi Yanat
Directeur de la photographie : Galaad Hemsi, Raphaël Delétang
Monteur : Galaad Hemsi, Loic Lallemand
Production : Les productions du Désert
Distributeur : Les productions du Désert
Genre : Documentaire, Comédie
Durée : 75 minutes
Date de sortie : 11 février 2015

France – 2014

Festival Clermont 2015 – Compétition Nationale

Festival Clermont 2015, le top 10 de la Rédaction

Le Festival International du court-métrage de Clermont-Ferrand fête sa 37ème édition du 30 janvier au 7 février 2015. Avec plus de 7 750 films reçus, dont 400 sélectionnés, le festival confirme sa notoriété mondiale. C’est donc la compétition internationale qui domine le palmarès avec 79 films en compétition, suivie de la sélection nationale et de ses 58 films. La sélection Labo, concentré de fictions et de documentaires expérimentaux et inclassables, regroupe 38 films en compétition. Présente sur place, la Rédaction vous livre ses coups de cœur.

[COMPETITION NATIONALE]

1) Guy MoquetDemis Herenger, France, 2014, Fiction, 28’54

La Rédaction CineSeriesMag a eu un véritable coup de cœur pour ce film, empli de poésie et de romance, qui aborde la banlieue avec un regard plein d’humanité. C’est une œuvre qui apaise, qui procure un sentiment de légèreté, accompagné d’un doux sourire. Le résultat est d’autant plus admirable, que le film a été tourné à la Villeneuve en 12 jours seulement, avec des acteurs apprentis, et très attachants. Kechiche n’aurait pas renié, et nous avons été emporté! Ce court ira d’ailleurs cette année à la Croisette, dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs…

2) Perrault La Fontaine, Mon cul! Hugo P. Thomas, Ludovic Boukherma, Zoran Boukherma, France, 2014, Fiction, 18’37

Synopsis : Willy Pruvost, un père illettré, tente d’apprendre à lire dans l’espoir de conserver la garde de son fils.

Un film magnifique également. Nous avons aimé la beauté de ce regard paternel. Daniel Vannet, également présent dans la compétition française avec le court Ich bin eine Tata, livre ici une prestation admirable, celle d’un père prêt au sacrifice absolu pour l’amour d’un fils.

3) K-Nada, Hubert Charuel, France, 2014, Fiction, 21’48

Synopsis : Deux frères que tout oppose sont paumés sur la route de leurs rêves un peu absurdes. Dans deux jours, ils doivent se rendre à Amsterdam. Greg pour un concours de DJing, Valentin pour en ramener des kilos de marijuana. Mais entre les parents qui mettent du whisky dans leurs céréales, le patron du bowling qui se prend pour un caïd de Scorsese et la ZX fatiguée, on comprend vite que le go fast en Hollande est mal embarqué.

Nous avons beaucoup ri grâce cette belle comédie de la fraternité. Hubert Charuel, qui a suivi un cursus de producteur à la FEMIS, puis réalisé ce court en dernière année, a assurément le sens de la punchline et de l’ellipse, deux ingrédients indispensables pour réussir une bonne comédie.

4) Aïssa, Clément Tréhin-Lalanne, 2014, Fiction, 8’

Synopsis : Aïssa est congolaise. Elle dit avoir mois de dix-huit ans mais les autorités la croient majeure.

Comment réaliser un film sur l’immigration sans entrer dans un manichéisme trop facile ? Clément Tréhin-Lalanne montre l’exemple avec ce film d’autant plus percutant qu’il est court (8 minutes). Aïssa s’apparente à un huis-clos anxiogène, où une jeune femme noire de 17 ans est soumise à un contrôle médical implacable. En voix-off, on entend la voix impersonnelle du docteur chargé de l’examen, dont le visage reste hors champs  mais dont les mains sont bien visibles, palpant sans ménagement le corps de cette jeune fille effrayée. Les plans serrés sur le corps mi-femme, mi-enfant d’Aïssa, doublés de commentaires médicaux déshumanisés créent un antagonisme gênant, une impression d’un corps violé qui ne lâche pas le spectateur.

La dynamique du film se fonde donc sur le pourquoi : que veut-on à cette jeune fille de 17 ans ? La chute vient répondre, tel un couperet, à la question. La majorité, c’est aussi l’âge où l’on peut être renvoyé dans « son » pays.

5) 8 Balles, Frank Ternier, 2014, Fiction animée, 13’

Synopsis : Je m’appelle Gabriel, j’habite Taipei. J’ai perdu ma femme lors d’une agression. Un homme roux est entré chez moi : il sentait le poisson frit. Il portait une arme ; il en a fait usage sur ma famille. Depuis, j’ai comme un vide, un trou dans ma tête.

8 Balles s’inscrit dans la lignée de ces créations animées parfois plus percutantes et plus violentes que beaucoup de fictions réalistes. Les films d’animation noirs ont été nombreux cette année dans la sélection internationale et française du festival. Entre cannibalisme (The Hole de BongSu Choi) et meurtre organisé (Small people with hats de Sarina Nihei), l’animation fait l’apologie visuelle de la violence de de la perversité humaine.

8 Balles, c’est l’histoire de vendetta d’un expatrié français qui déambule dans les rues odorantes de Taipei afin de retrouver le meurtrier de sa femme. Seul signe particulier du bourreau : son odeur de poisson frit et ses cheveux roux, éléments qui vont devenir obsessionnels chez Gabriel. Visuellement, ce film d’animation est un petit bijou : l’esthétique rappelle celle de la bande-dessinée, le décor taïwanais celui du manga. S’y ajoute une ambiance rendue irréelle par la présence d’éléments absurdes : de gros poissons rouges, marques de l’obsession de Gabriel et produits de son imagination, suivent le héros dans sa quête frénétique. Sans ces voix-off omniprésentes, parfois trop explicites, 8 Balles aurait sans doute gagné en légèreté et en poésie.

6) Notre Dame Des Hormones, Bertrand Mandico, 2014, Fiction, 30’

Synopsis : Deux actrices passent un week-end dans une maison de campagne afin de répéter une pièce de théâtre. Lors d’une promenade dans les bois, l’une d’entre elles déterre une chose étrange. Une créature sans orifices, ni membres. Cette créature devient un objet de convoitise.

La sélection nationale réserve bien des surprises, révélant parfois des petits bijoux d’excentrisme et de folie. Cette année, c’est pour nous Notre Dame Des Hormones qui remporte la palme du court-métrage le plus délicieusement absurde de la programmation. Réalisé par Bertrand Mandico, également auteur du Prehistoric Cabaret (sélection nationale 2014) et produit par Ecce Films, NDDH est inclassable : superbement absurde, délicatement libidineux, il raconte la rencontre de deux actrices avec la « chose », sorte de créature visqueuse et poilue, d’où jaillit une excroissance clairement phallique.

Décidées à en faire leur animal de compagnie en même temps que leur objet sexuel, une lutte  pour la possession de la chose s’engage alors entre ces deux actrices obsédées par leur physique. Tout nous rappelle ici les contes anachroniques de Demy et la poésie surréaliste de Cocteau : les chandeliers humains, les décors mouvants, les couleurs saturées et parfois psychédéliques. Notre Dame Des Hormones va au bout de l’excentricité et c’est précisément ce qui fait sa réussite.

7) Cambodia 2099, Davy Chou, 2014, Fiction, 21′

Synopsis : Phnom Penh, Cambodge. Sur Diamond Island, joyau de modernité du pays, deux amis se racontent les rêves qu’ils ont faits la veille.

Cambodia 2099, c’est un film ésotérique et magique, esthétiquement parfait. Prix spécial du jury jeune à la dernière édition du festival Silhouette, c’est l’imagination débordante de deux cambodgiens qui est ici mise en scène, au coeur de la modernité d’une ville nouvelle et industrielle. On adore !

8) Journée d’appel, Basile Doganis, 2014, Fiction, 25’

Synopsis : Une bande de jeunes banlieusards passent leur journée d’appel à la caserne de Versailles. L’un d’eux, Chris, arrivé trop tard à la caserne, veut rentrer au quartier, mais Momo, une « baltringue » de leur cité, le persuade de passer la journée au Château de Versailles.

Basile Doganis, pour évoquer le sujet sensible et potentiellement « casse-gueule » de l’immigration et de l’intégration, part d’un terrain d’observation inattendu, celui de la journée d’appel à la défense, le service militaire moderne. On suit donc cette bande d’amis de la cité, grande gueules mais pas méchants, désabusés face à la rigueur militaire et au sentiment d’appartenance nationale qu’ils n’ont pas.

Là où le film est intelligent, c’est qu’il ne sombre pas dans leçon de morale ni dans une mise en accusation unilatérale. Si les policiers sont présentés sous un jour plutôt négatif, les militaires semblent eux valorisés pour leur rigueur morale. Quelque part entre ces deux institutions, la bande d’amis cherche sa voie : il y a celui qui a fait des études, la « baltringue » Momo, et les autres qui traînent encore, à l’ombre des barres de HLM.

9) Jonathan’s Chest, Christopher Radcliff, France/Etats-Unis, Fiction, 14’35

Synopsis : Une nuit, Alex est réveillé par la visite d’un garçon qui prétend être son frère disparu depuis des années. Tout bascule pour Alex.

Jonathan’s Chest est un film intriguant : pas de chute finale, une ambiance lynchéenne qui prend aux tripes et titille notre curiosité. Alex est réveillé en pleine nuit par son frère qu’il croyait mort depuis des années. Trouble psychique et réalité se confondent pour troubler un spectateur déjà perplexe. Un petit bijou, coup de cœur de la rédaction.

10) People are strangeJulien Hallard, France, 2014, Fiction, 20’26

Synopsis : Julien se considère comme le sosie légitime de Jim Morrison. Il gagne sa vie au Père Lachaise en distrayant les touristes. Le jour où il apprend que la dépouille de son idole va être rapatriée en Californie, Julien entreprend avec son ami Aldo de voler les restes du « Lizard King ».

Vous ne verrez plus les tombes du Père-Lachaise, Jim Morrison, ni les chats empaillés, de la même manière après le visionnage de cette comédie loufoque, à la fois épopée onirique et déjantée. Une grande réussite, fous rires garantis!

Festival Clermont 2015 – Compétition Internationale

Festival Clermont 2015, Top 10 de la Rédaction

C’est maintenant le moment de vous délivrer notre top 10 de la compétition internationale des courts-métrages du Festival de Clermont-Ferrand 2015 qui, avec 79 films en compétition, nous aura fait voyager à travers les 5 continents, dans des styles et genres cinématographiques des plus variés. Une sélection riche assurément, et de qualité.

[COMPETITION INTERNATIONALE]

1) De Smet, Wim Geudens, Thomas Baerten, Pays-Bas, Belgique, 2014, Fiction, 14’51

Synopsis : Les frères De Smet ont trouvé un système pour vivre tranquillement leur vie de célibataires endurcis. Mais lorsqu’une nouvelle voisine s’installe dans la rue, cet équilibre s’effondre comme un château de cartes.

De Smet est une comédie décalée absolument hilarante, grâce à l’interprétation pleine de conviction de ce trio loufoque, l’enchaînement de sketchs et de personnages caricaturaux, et une réalisation des plus soignées. Fous rires dans la salle à profusion. De Smet vous redonnera la frite!

2) Minsu Kim In Wonderland, Chan-Yang Shim, Corée du Sud, 2013, Fiction, 26’

Synopsis : En rentrant au pays après treize ans d’absence, Minsu Kim trouve sa terre natale quelque peu étrange et terrifiante.

Minsu Kim in Wonderland, c’est un court-métrage délirant, un pamphlet anti-militariste déguisé en farce grotesque. Minsu Kim rentre en Corée du Sud, sa terre natale. Ce qu’il y retrouve le laisse perplexe : un ex-militaire devenu fou, persuadé de l’omniprésence d’espions nord-coréens sur le territoire, une séduisante jeune femme dont il va tomber amoureux.

L’originalité de ce film tient dans cette image flirtant avec l’amateurisme, comme si Chan-Yang Shim avait sorti sa petite caméra portable et filmé un délire entre amis. Précisément, c’est par le biais de la simplicité esthétique et de la comédie décalée que le propos politique s’incarne le mieux, dans une légèreté toute pacifique. Ici, pas de « message » politique lourd et manichéen : Corée du Sud et du Nord sont toutes deux moquées pour leurs querelles ancestrales, leur haine mutuelle qui finira (comme le suggère la chute) par la mort des deux nations.

3) L’homme au chien (Moul Lkelb), Kamal Lazraq, Maroc, France, 2014, Fiction, 25’

Synopsis : Youssef mène une vie recluse et marginale. Son seul ami est son chien Chagadai. Un soir, à la plage, le chien disparaît. Pour le retrouver, Youssef est contraint de s’embarquer dans une quête dangereuse  à travers les bas-fonds de Casablanca.

Moul Lkelb (soutenu par le CNC), est un film au sujet particulièrement original puisque toute l’intrigue tourne autour de cette amitié véritable qu’éprouve Youssef, héros solitaire, pour son chien disparu, ami pour lequel il va s’enfoncer dans les recoins les plus sombres de Casablanca. Héros solitaire au profil d’asocial, Youssef est un riche qui habite à deux pas des bidonvilles, qui promène son chien sous les moqueries des jeunes des rues. Ghali Rtal Bennani interprète très justement ce personnage atypique à la sensibilité exacerbée face à un monde dur où agressivité et virilité sont les standards de la masculinité.

L’innocence enfantine de Youssef va progressivement être ébranlée par ce voyage initiatique dans les bas-fonds nocturnes de la ville. On est loin du Casablanca romantique d’Ingrid Bergman et d’Humphrey Boghardt : ce que Youssef découvre, ce sont des marchés clandestins où sont vendus les chiens volés, donnés en pâtures lors de combats mortels. Malgré tout, c’est l’innocence du héros qui a raison de la violence à laquelle il assiste, lors d’une scène finale touchante et poétique.

4) Pilots on the Way Home (Le retour des aviateurs), Pritt Pärn, Olga Pärn, Estonie, Canada, 2014, Animation, 16’

Synopsis : Privés de leur avion, trois pilotes se retrouvent en plein désert Sur le chemin du retour, un parcours semé d’embûches, ils doivent affronter les mirages et les étranges sirènes de leurs fantasmes.

Le synopsis est trompeur : Pilots on the Way Home n’est pas un film d’animation pour enfants. En effet, la principale activité de ces pilotes déchus (il n’est jamais question de leur avion) est de faire chacun à leur tour l’amour à une sorte de femme-poupée qui, une fois ses différentes « parties » assemblées (la tête, le buste, les jambes), prend vie. Elle les séduit, les excite, par des danses langoureuses et des poses lassives, au milieu d’un désert sans vie.

Un film d’animation pour les grands donc, érotique sans être choquant, et à l’humour noir décapant. L’esthétique du dessin rappelle les hommes burinés de Tardi à l’expression figée et à l’air animal. Bref, on se laisse prendre par ce conte grivois joliment réalisé et divertissant.

5) Hjonabandssaela, Jörundur Ragnarsson, Islande, 2014, Fiction, 14’59

Synopsis : Deux vieux copains voient leurs petites habitudes bouleversées lorsqu’une congénère aux formes avantageuses fait son apparition dans leur jacuzzi.

Un court-métrage dépaysant, décalé et léger qui fait du bien dans cette sélection. Porté par ses deux acteurs principaux, Pröstur Leó Gunnarsson et Theodór Júlíusson, qui interprètent à merveille ces deux joyeux lurons dont l’amitié va être menacée par l’arrivée d’une femme. S’en suivent des scènes de jalousie absurdes, délicieuses à regarder.

6) Ja vi elsker (Oui nous aimons), Hallwar Witzo, Norvège, 2014, Fiction, 14’30

Synopsis : Quatre générations en crise aux quatre coins de la Norvège, le jour de la Fête Nationale.

Le titre du film annonce la couleur : Ja vi elsker est un diminutif de Ja vi elsker dette landet (Oui, nous aimons ce pays), nom de l’hymne norvégien. Le réalisateur choisit donc de présenter, à travers de courtes scènes, différents moments de vie. Alors que la Fête nationale bat son plein, un enfant conduit une voiture, une jeune femme se venge, un homme sort tout nu de son chalet et se retrouve coincé dans le froid… Bref, Ja vi elsker est un film excentrique et barré. On adore !

7) Rodløs, Kira Richards Hansen, Danemark, 2014, Fiction, 19’39

Synopsis : Parcours initiatique d’une jeune adolescente de 14 ans qui travaille dans un garage et traîne avec une bande de copains. Dans sa quête d’identité, elle repousse sans cesse les limites, ce qui va la forcer à assumer de nouveaux aspects de sa personnalité.

Un film sur une adolescente qui se cherche, tomboy assumé en conflit avec ses parents et la société. Rodlos fait penser aux films de Céline Sciamma, dans son traitement du corps et de la quête de l’identité sexuelle. Marqué par une réalisation épurée et une actrice principale convaincante, ce film touchant et juste est un des coups de cœur de la rédaction.

8) Roadtrip, Xaver Xylophon, Allemagne, 2014, Animation, 22’00

Synopsis : Julius n’arrive pas à dormir. Pour se vider la tête, il décide de faire un tour à moto. Seulement voilà, il n’y arrive pas non plus. Un film d’animation sur l’échec, l’insomnie, une moto rouge, le spleen berlinois (même en été) et les chaussettes imperméables.

Xaver Xylophon est un réalisateur indépendant de films d’animation, résidant à Berlin. Il a étudié la communication visuelle à Londres, au London College of Communication et à l’École Supérieure des Beaux-Arts de Berlin-Weissensee. Roadtrip son film de fin d’études, est une animation allemande de toute beauté, par la qualité du dessein bien sur, mais aussi la profondeur de son sujet : la quête de soi.

9) County State USA: Sweet Corn, Jonathan Nowak, Etats-Unis, 2014, Fiction, 23’00

Synopsis : Après avoir braqué une banque dans une petite ville de province, un adolescent doit s’en remettre entièrement à un autochtone – un agriculteur menacé de saisie.

County State USA: Sweet Corn est un autre court qui mériterait d’être primé, tant ses images léchées, ses effets scénaristiques maintenus jusqu’à la chute finale, ainsi que l’interprétation de ses acteurs, dévoilent une grande maîtrise cinématographique. Jonathan Nowak est assurément un nom à retenir…

10) Izlaz U Slucaju Opasnosti, Vladimir Tagic, Serbie, 2014, Fiction, 14’57

Synopsis : Monsieur Stojanovic s’est fait voler sa trousse de secours. Petar fume une cigarette à la fenêtre de sa piaule. Monsieur Ivanovic a des problèmes d’audition. Luka et Marko se battent pour une histoire de foot. Monsieur Filipovic va faire les courses pour sa femme.

Ce film serbe dont le titre veut dire à peu près « sortie de secours », nous raconte 4 histoire indépendantes sous forme de petits sketchs de la vie de tous les jours. On sent progressivement une tension monter entre les protagonistes, jusqu’à l’arrivée du 5ème personnage qui va recroiser les protagonistes des 4 histoires précédentes, qui énervés, vont le gifler sans retenue. Si la claque au cinéma est un classique, l’ensemble n’en demeure pas moins très drôle, simple, et diablement efficace. Avec une musique sublime, qui n’est pas sans évoquer le grand Yann Tiersen.

[COMPETITION LABO]

La sélection Labo, concentré de fictions et de documentaires expérimentaux et inclassables, regroupe 38 films en compétition. Présente sur place, la rédaction vous livre ses coups de cœur.

Small People With Hats (Petites personnes à chapeaux), Sarina Nihei, Royaume-Uni, 2014, Fiction animée, 7’

Synopsis : Dans la société, il y a des personnes de petite taille coiffées d’un chapeau.

Ce film d’animation est tout aussi étrange que son synopsis, qui somme toute résume bien une histoire hermétique, voire insensée. Malgré tout, l’esthétique épurée, les petits personnages « coiffés d’un chapeau » qui se font progressivement exécutés dans le cadre, semblerait-il, d’une expérimentation scientifique, apportent au tout une énième couche d’étrangeté. Bref, un film d’animation incompréhensible, ultra-violent mais fascinant.

S, Richard Hadju, Royaume-Uni, Hongrie, 2014, Documentaire, 19’

Synopsis : un documentaire tourné à Londres qui relate la vie d’une jeune prostituée originaire d’Europe de l’Est et sa relation passionnelle avec son mac.

Le réalisme de cette fiction est particulièrement prenant : impossible de ne pas rester scotché face au récit d’une vie de violence et de prostitution. Car il s’agit bien d’une fiction, inspirée de faits réels. La relation amour-haine, domination-soumission entre la jeune prostituée et son mac sont au cœur de ce témoignage glaçant sur la vie quotidienne de ces filles de l’Est venues chercher une vie meilleure à l’Ouest.  Le mac, à la fois doux et violent, accro au jeux, dépense tout l’argent gagné lors des passes de sa femme. Pourtant, Jana tient bon : bien plus cérébrale que son mari, elle crie son espoir et son optimisme, une vision qui déchire encore plus nos cœurs sensibles de spectateurs.

La Nuit au musée : Le secret des pharaons, un film de Shaun Levy – critique

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La visite est terminée, mais le musée reste ouvert…

Succès surprise au box office, La nuit au musée faisait parti de ces films familiaux pas désagréables mais qui s’oublient vite, basant toute sa narration sur un concept tiré d’un charmant rêve d’enfant : le musée qui prend vie. Le deuxième avait mit la barre plus haut en terme de réalisation, d’enjeux scénaristique et surtout de délire visuel (la séquence de la salle d’aéronautique et les tableaux animés demeurent dans les mémoires) tout en restant assez pantouflard dans son développement général et un peu roublard dans son traitement exalté de l’histoire américaine, insistant trop sur la grandeur de ses figures historiques (Amelia Eerhart, Abraham Lincoln…) et rabaissant les autres (Napoléon obsédé par sa taille…pas très subtil). Ben Stiller et Shaun Levy décident, pour le dernier épisode de leur saga, de délocaliser en Angleterre. Après le musée d’histoire naturelle de New York et le gigantesque Smithsonian de Washinton D.C, c’est au tour du British Museum de Londres d’ouvrir ses portes pour une dernière visite, que l’on espère vraiment palpitante pour une fois.

Les ingrédients habituels sont là : Ben Stiller en gardien de nuit, Owen Wilson et Steeve Coogan reprennent les rôles de Jededhia et Octavius, Robin Williams en Roosevelt… pourtant on sent un manque d’inspiration car les péripéties sont très convenues et surtout le fameux musée passe rapidement au second, voir au troisième plan. Comme si les créateurs ne s’était pas véritablement appropriés les lieux, ne sachant alors pas où placer leur caméra pour en capter l’essence. Il s’agit de l’un des plus célèbre musée du monde, et cette nuit ne fait pas véritablement honneur à la grandeur de cette institution. Certains gags commencent sérieusement a sentir le sapin comme le jeu des échelles avec les figurines qui ne fonctionne plus aussi bien après deux utilisations, et l’histoire des origines de la tablette magique n’intéresse pas tant que cela. On est surpris de voir les moyens déployés dans une introduction en Égypte qui n’apportera pas grand chose au reste du film, contre le peu d’animation présent dans les galeries d’expositions. Peut être que si le film avait duré plus longtemps…

En sortant de la salle, on a le sentiment d’un film qui n’est pas allé jusqu’au bout de ses ambitions. Mais s’il est frustrant ce n’est pas parce qu’il est mauvais, bien au contraire, c’est qu’il a de très bonnes idées que l’on aimerait plus nombreuses. Les scènes d’actions sont plutôt réussis, les constellations animées mettent littéralement des étoiles dans les yeux et la salle des statues grecques qui se déplacent tel des fantômes a quelque chose de mélancolique. Deux nouveau personnages viennent compléter la bande : Ben Kingsley en pharaon, peu présent à l’écran mais qui réussit à être drôle sans ce rendre ridicule, et Dan Steven (Downtown Abbey) en Lancelot du Lac. Ce dernier est l’une des plus belle surprise du film, un personnage qui bénéficie pour une fois d’une écriture soignée, se détachant progressivement de son stéréotype pour devenir un antagoniste mémorable à la fois délirant mais rongé par sa condition de double non-existence. En plus d’être une imitation de l’original, Lancelot est une légende qui n’a jamais vécu. S’ajoute à cela une géniale scène de combat dans un tableau de William Esher, un artiste qui aimait jouer avec les perspectives, offrant une séquence visuellement très chouette. Dommage que le film ne possède pas plus de pépites du genre, préférant en général la sécurité avec des gag déjà vu, des caméo surprises plutôt mal venus et une histoire convenue.

Néanmoins, pour un spectacle familial, le film, La Nuit au musée 3 est hautement recommandable, avec un humour accessible, ne tombant jamais trop dans la vulgarité. En réduisant un peu son aspect catalogue de l’histoire américaine et préférant donner aux enfants l’envie et le goût de la culture, en abordant d’autres mythologies et en rappelant l’importance des études, sans tomber dans le discours démagogique. La conclusion de cette saga s’en tire avec les honneurs en  jouant sur le passage de flambeau, rappelant que ces merveilleux musées sont toujours là, et qu’il suffit d’en pousser les portes pour apprendre du passé. L’acteur Robin Williams effectue ainsi son dernier tour de piste avec un thème cher à son univers : la transmission aux jeunes génération, quittant la scène de la manière la plus honorable qui soit, le regard tourné vers ceux qu’il a toujours aimé, les enfants du monde entier…

 La Nuit au Musée : Le Secret des Pharaons – Bande annonce

La Nuit au Musée : Le secret des pharaons – Fiche Technique

USA – 2015
Comédie/Fantastique
Réalisateur : Shaun Levy
Scénariste : Robert Ben Garant, David Guion, Michael Handelman et Thomas Lennon
Distribution : Ben Stiller, Owen Wilson, Steeve Coogan, Dan Stevens, Ben Kingsley, Ricky Gervais…
Producteurs : Shawn Levy et Chris Columbus
Directeur de la photographie :Guillermo Navarro
Compositeur : Alan Silvestri
Monteur : Dean Zimmerman
Production : 21 Laps Entertainment, Ingenious Film Partners et 1492 Pictures
Distributeur : 20th Century Fox

 

It Follows, un film de David Robert Mitchell – Critique

Comme la plupart des genres bien définis du 7ème art, l’horreur est un sujet difficile à maîtriser. Difficile en effet de sortir des terrains battus et de se créer une identité propre tout en respectant les codes établis depuis les débuts du cinéma. Si le genre semble en ce moment moribond, particulièrement aux États-Unis, où les franchises ont pris le pas sur la recherche d’innovation, quelques perles restent à découvrir. Récemment, Mister Babadook avait ainsi généré une certaine curiosité par son côté ovni, ne ressemblant guère aux productions actuelles. It Follows rentre dans cette catégorie de films à part, agréable vent de fraîcheur au milieu des Paranormal Activity 15, Annabelle ou autres Insidious.

Synopsis : Après une expérience sexuelle apparemment anodine, Jay se retrouve confrontée à d’étranges visions et  l’inextricable impression que quelqu’un, ou quelque chose, la suit. Abasourdis, Jay et ses amis doivent trouver une échappatoire à la menace qui semble les rattraper…

Tout ce que vous avez toujours craint du sexe sans jamais oser l’avouer

Tout comme son prédécesseur Australien, It Follows tente une approche plus intelligente du genre, utilisant tous les clichés qui lui sont associés tout en les détournant à son profit. Il est tout de même bien plus didactique, moins obscur et plus direct que Babadook, tout en restant ouvert à l’analyse et aux interprétations. Son postulat de départ à lui seul pourrait faire l’objet d’un débat. David Robert Mitchell cherche-t-il à faire l’apologie d’une vision très vieux jeu et chaste du sexe, ou essaie-t-il au contraire de désacraliser la chose ? Crée-t-il des puritains ou des libertins ?

Comme beaucoup de slashers, ou à l’instar de l’un des plus grands films d’horreur de tous les temps, It Follows tourne autour du passage à l’âge adulte, de la découverte de la sexualité et des émois et questionnements que cela peut entraîner. Le scénario n’a en cela pas grand chose de très novateur dans le fond, mais reste surprenant dans sa forme en proposant une approche novatrice, bien moins directe que certains de ses modèles. Les personnages sont d’ailleurs globalement bien mieux construits et bien plus crédibles que la plupart des adolescents lambda présents dans ces productions. Même si on n’échappe pas, une nouvelle fois, à certains décisions franchement irrationnelles.

La peur se vit au grand jour

Là où Mitchell se distingue, surtout, c’est par sa réalisation. Une mise en scène sobre, lente, faite de cadres travaillés, de mouvements de caméras au millimètre et d’un montage à l’avenant. On est loin des avalanches de gros plans et inserts censés distiller la terreur en disant au spectateur où regarder. Ici, au contraire, la peur naît de ces espaces ouverts et indéchiffrables, dans lequel le danger peut surgir de nul part. L’impression sourde d’angoisse qui en ressort est le reflet de celle de l’héroïne, traquée dans ses moindres déplacements, et qui ne sait jamais d’où va arriver le danger. Tout dans la suggestion, rien ou si peu dans le frontal.

On pense bien sûr à Carpenter dans le style, et l’influence du maître se ressent effectivement tout au long du film. Dans la présence de la musique, aussi, capitale, parfois un peu envahissante, mais toujours parfaitement utilisée pour faire s’accélérer le rythme cardiaque. Car It Follows, contrairement à beaucoup de ses rivaux, parvient véritablement à créer une sensation de malaise en se basant uniquement sur son univers à la fois onirique et réaliste, et déclenchant la terreur sans forcer ses effets. Si le dernier quart du film, plus direct, est un peu moins maîtrisé, il ne suffit pas à gâcher cette vraie bonne surprise, un film d’horreur qui parvient enfin à faire peur sans être racoleur. La scène de fin risque de vous hanter pour encore quelques temps.

It Follows – Fiche Technique

USA – 2015
Horreur
Réalisateur : David Robert Mitchell
Scénariste : David Robert Mitchell
Distribution : Maika Monroe (Jay), Keir Gilchrist (Paul), Daniel Zovatto (Greg), Jake Weary (Hugh), Lili Sepe (Kelly), Olivia Luccardi (Yara)
Producteurs : Rebecca Green, David Kaplan, Erik Rommesmo, Laura D. Smith
Directeur de la photographie : Mike Gioulakis
Compositeur : Disasterpeace
Monteur : Julio C Perez
Production : Animal Kingdom, Northern Lights Films, Two Flints
Distributeur : Metropolitan FilmExport

Auteur : Mikael Yung

The Dark Knight Rises, un film de Christopher Nolan : Critique

The Dark Knight Rises, la fin idéale pour une trilogie d’exception

Synopsis : Cela fait huit ans que Bruce Wayne a raccroché le costume de Batman, réfugié dans son manoir pour se refaire de ses blessures et de la mort de Rachel. Alors que Jim Gordon a mis fin à la criminalité de Gotham City, une nouvelle menace pèse sur la ville : Bane, un dangereux terroriste, s’apprête à détruire la cité, obligeant Wayne à reprendre du service. Mais ce dernier affrontement s’avérera être le plus difficile et le plus éprouvant pour le Chevalier Noir…

Avec deux succès commerciaux et critiques de grande ampleur en poche, Christopher Nolan fait désormais partie de ces réalisateurs dont le moindre projet en cours suscite un engouement quasi messianique. Et en 2012, nul autre film que The Dark Knight Rises, suite de l’incontestable réussite qu’avait été The Dark Knight – Le Chevalier Noir, ne pouvait représenter cet enthousiasme naissant. Il était surtout curieux de voir si le Britannique allait continuer sur sa lancée, livrant un ultime opus qui partait déjà de base avec deux handicaps majeurs : le décès du comédien Heath Ledger (qui aurait dû initialement apparaître dans une bonne partie de ce film) et le fait de devoir dépasser l’épisode précédent, qui avait mis la barre très, très haut.

La comparaison avec The Dark Knight était inévitable et le constat tombe très rapidement : ce troisième film est, en quelque sorte, une déception du point de vue scénaristique. Non pas que les frères Nolan et David S. Goyer oublient de traiter le personnage de Bruce Wayne/Batman, ce dernier ayant subi un travail d’écriture digne de ce nom dans la continuité des films précédents, lui offrant une fin grandiose à sa longue et douloureuse épopée. Une mauvaise écriture alors ? Cela serait étonnant de la part de Nolan et The Dark Knight Rises prouve bien le contraire, le long-métrage regorgeant de séquences qui sauront à la fois émouvoir (Alfred révélant la vérité sur Rachel), capter votre attention et divertir, et ce grâce à des répliques qui font toujours autant mouche, souvent par le biais d’un second degré souvent bienvenu. Sans compter les innombrables métaphores qu’emploie le film pour montrer la chute du Chevalier Noir et sa renaissance (Bane surgissant des bas-fonds de Gotham, la sortie de la prison, les policiers coincés dans les boyaux de la ville…). Alors, qu’est-ce qui ne va pas dans le scénario de ce troisième opus ?

La faute principalement à la faible ambition de Nolan vis-à-vis de ce Dark Knight Rises : mettre fin à sa trilogie, ni plus ni moins. Il ne cherche plus à révolutionner quoique ce soit ou bien à surprendre le spectateur comme il le faisait depuis son court-métrage Doodlebug. Ici, il suit juste la descente aux enfers de son héros et son apothéose tout en oubliant les autres personnages, un peu trop nombreux pour être traités convenablement et surtout équitablement (Miranda Tate, John Blake) ou qui servent plus le fan service qu’autre chose (Selina Kyle). Christopher Nolan donne l’impression qu’il voulait vraiment en finir avec le Chevalier Noir, au point de tout condenser en un film de 2h40, créant quelques longueurs qui pourront agacer ceux qui ne seront pas entrer dans l’histoire et allant jusqu’à bâcler une ou deux scènes avec une sensation de fait à la va-vite (la prestation finale de Marion Cotillard). Avec cette ultime croisade de Batman, Christopher Nolan n’arrive pas à impressionner comme il l’avait fait avec ses films précédents, et c’est sans doute pour cela que The Dark Knight Rises ne parvient pas à les égaler. En même temps, le réalisateur avait habitué son public à plus d’originalité et de puissance d’écriture, rarement il s’était contenté d’autant de (bonne) simplicité.

Et c’est ce manque d’audace comparé à l’uppercut qu’avait été The Dark Knight qui provoque cette déception face à cet ultime opus qui, malgré ce constat, bat haut la main la majorité des blockbusters hollywoodiens dont Batman Begins. Car si les deux films n’ont pas les qualités d’écriture d’un Prestige ou d’un Inception, The Dark Knight Rises surpasse amplement le premier opus de la trilogie par tout ce savoir-faire et cette aisance que Nolan a acquis au cours de sa carrière américaine. Il reprend ainsi la photographie de Wally Pfister qui transforme chaque scène (dont l’introduction, le premier duel Bane/Batman, la course-poursuite finale…) via une utilisation judicieuse de l’IMAX, un montage dynamique au possible, une musique encore plus tonitruante qu’à l’accoutumée (Hans Zimmer en solo pour cet opus), un enchaînement de séquences d’action (bien filmées soit dit en passant) à la Inception pour faire monter crescendo une tension palpable et d’effets spéciaux faits « à la main » tout bonnement réussis, une fois de plus. Sans compter un casting d’excellente facture, même si Tom Hardy (Bane) ne parvient pas à surpasser Heath Ledger tandis que Marion Cotillard doit continuer sa carrière avec une séquence qui va la poursuivre à jamais sur les réseaux sociaux.

En clair, The Dark Knight Rises, bien qu’il se montre décevant à ne pas surprendre autant qu’un Dark Knight ou un Inception, reste toute de même un blockbuster grandement divertissant et ayant la classe et l’envergure nécessaire pour se hisser au panthéon du genre. Un super-hero movie mature, sombre et travaillé, voilà ce qu’est The Dark Knight Rises. Aucune raison de faire la fine bouche devant la meilleure conclusion que pouvait donner Nolan à sa trilogie ! Sauf si vous voyez en ce long-métrage le signe que le réalisateur devait passer à autre chose pour poursuivre sa carrière cinématographique avec autant d’audace qu’à son habitude.

The Dark Knight Rises : Bande-annonce

Fiche technique – The Dark Knight Rises

États-Unis, Royaume-Uni – 2012
Réalisation : Christopher Nolan
Scénario : Christopher Nolan, Jonathan Nolan et David S. Goyer, d’après les personnages de Bob Kane et Bill Finger
Interprétation : Christian Bale (Bruce Wayne/Batman), Tom Hardy (Bane), Anne Hathaway (Selina Kyle), Joseph Gordon-Levitt (John Blake), Gary Oldman (le commissaire Jim Gordon), Marion Cotillard (Miranda Tate), Morgan Freeman (Lucius Fox), Michael Caine (Alfred Pennyworth)…
Date de sortie : 25 juillet 2012
Durée : 2h45
Genres : Action, thriller
Image : Wally Pfister
Décors : Nathan Crowley et Kevin Kavanaugh
Costumes : Lindy Hemming
Montage : Lee Smith
Musique : Hans Zimmer
Budget : 250 M$
Producteurs : Christopher Nolan, Emma Thomas et Charles Roven
Productions : Warner Bros., Legendary Pictures, Syncopy et DC Entertainment
Distributeur : Warner Bros. France

Big Eyes, un film de Tim Burton : critique

Tim Burton revient au cinéma en mars avec son dix-septième film, Big Eyes, son deuxième Biopic après le très inspiré Ed Wood. Ces fans pensent l’avoir perdu depuis quelques années et les sorties successives de sa version d’Alice au pays des merveilles et de Dark Shadows, deux films qui ont peiné à marquer les esprits, ou alors en mal. Avec Big Eyes, pas sûr qu’il rattrape son public. Une chose est certaine, il parvient à analyser le long chemin de l’artistique au commercial. C’est peut-être ce qu’il a de plus visionnaire. Pour le reste, rien de bien inspiré, un Biopic classique, sans folie.

Synopsis : L’histoire du peintre Walter Keane et de sa femme Margaret, qui sont devenus célèbre dans les années 50 et 60, grâce à une série de portraits d’enfants affublés de gros yeux

« Mes pauvres yeux par ton éclat abusés, je n’ai plus qu’eux pour pleurer »

« Les yeux sont le reflet de l’âme », voilà ce que lance Margaret à son futur mari, Mr.Keane. Et pour cause, la naïve qui dit ces mots hyper clichés, dessine avec toute son âme des enfants – sa fille, plus précisément, déclinée dans mille postures et en mille visages – avec deux grands yeux, des yeux fous qui emplissent l’image et rendent les portraits complètement fous, dépressifs et … touchants. Du moins au début, quand elle ne veut que « faire plaisir » et laisse son imaginaire se coucher sur la toile. Deux grands yeux, montrés comme vides, absents de toute substance. C’est d’ailleurs de l’intérieur de l’un d’entre eux que la caméra sort au début du film pour s’implanter dans une petite banlieue « so années 50 », d’où s’échappe Margaret et sa fille Jane. Elle quitte un mari qu’on ne voit pas, mais qu’on devine brutal et terrible, pour aller vivre seule. Quand elle débarque, son ami Dee-Ann lui explique bien que désormais, elle la mettra en garde. Tout ça est affreusement plat pour le moment, mais on nous a dit au début que 1) C’était de Tim Burton et 2) C’était un Biopic. Et c’est comme ça qu’on tombe dans deux écueils. Tout d’abord, l’univers de Burton est fantaisiste, mais ici il se contente de la fantaisie des tableaux, des couleurs des années 50-60 et y plaque son univers, sans plus. Ensuite, le Biopic est un genre lessivé, banalisé et extrêmement conventionnel. C’est la deuxième fois que Burton s’y lance, mais cette fois sans transgresser la réalité.

Cependant, on suit cette histoire avec intérêt pour deux raisons : l’usurpation d’identité (ou de paternité d’une œuvre) est un thème extrêmement cinématographique, mais ici rendu très banal, parce qu’il y a Christoph Waltz et que d’emblée son jeu excessif prend le pas sur celui de la pourtant charmante Amy Adams, affublée, et on le sent pendant tout le film, d’un costume. L’autre raison est le basculement de l’art dans sa reproduction à outrance qui lui enlève précisément l’âme que Margaret pensait y avoir injecté. C’est aussi pour ça qu’à un moment donné, elle comprend d’elle-même, et son pinceau aussi, qu’elle doit se renouveler. Elle propose donc un bouleversant autoportrait tout fin, tout petit, avec des yeux « normaux ». Ce tableau-là, son mari ne lui vole pas. Mais ça ne se vend pas puisqu’elle est incapable d’intéresser quelqu’un, toute recluse qu’elle est. Or, comme seulement quelques petits initiés créent la mode, il faut déjà à l’époque faire du « buzz » autour des tableaux. Voilà pourquoi ils se vendent, parce que Walter Keane se vend à la société, lui offre ce qu’elle attend : histoire bien triste, premières esquisses. Bref, une histoire. Personne ne se rend compte de l’affreuse banalité des tableaux – qui se lit pourtant jusque dans l’affreuse banalité des plans. Keane, le mari, est comme la BO du film, qui l’envahit jusque dans les dialogues : affligeant dans sa manière de nier la réalité : il est incapable de peindre et son bagout n’y change rien. Si tous ces sujets sont forts intéressants, tout comme la manipulation dont est victime Margaret qui se remarie sans cesse parce qu’elle a en fait peur de s’assumer, tout est traité de manière simpliste.

Christoph Waltz est en roue libre et fait ce qu’il sait le mieux faire: faire « sourire » quand il le faut et peur quand c’est nécessaire. Le reste est lisse, de la reconstitution aux dialogues, en passant par les personnages secondaires (du galeriste à l’amie, en passant même par la fille de Margaret). Alors que la vérité était là, sous-jacente : devant la toile blanche. Mais comme il aura fallu des heures de procès inutiles – et reconstitué sans saveur par Burton qui croit être drôle parce qu’il laisse Waltz faire son show – il aura fallu tout un film pour que Margaret – louable, serviable et si naïve – montre enfin au monde qu’elle peignait. « C’est moi qui l’ai peint », ça ne suffit pas, il faut peindre en public, c’est tout ! Sur l’affiche, Burton laisse planer un doute en mettant en scène les deux personnages peignant le même tableau. Reproduit à l’infini, le dessin perd de sa saveur, l’auteur disparaît finalement, seule la possession par l’acheteur compte. « Tout le monde l’a, je le veux ». Le film se veut celui d’une émancipation féminine, derrière la question de la création, de l’art, de la reproduction sérielle, ou encore de la critique d’art et de son cercle fermé d’initiés. Pourtant, tout est trop gentillet pour qu’on en garde un quelconque souvenir marquant. Burton ne parvient à aucun moment à rendre ce duel inégal entre mari et femme passionnant, parce que les rapports de forces même entre les acteurs sont déjà joués d’avance. Le film est aussi naïf que son sujet, et c’est bien là tout le problème. On hésite même à croire que Burton soit derrière tout ça, à moins que ça soit le vrai message : à force de succès, on finit par devenir sans saveur, et il n’y a plus guère que les affiches pour témoigner de la dimension « visionnaire » du réalisateur. D’ailleurs, quelqu’un a-t-il bien vu Tim Burton réaliser ce film, ou … ?

Bande-annonce de Big Eyes

Fiche Technique – Big Eyes

Genre : Biopic – Sortie le 18 mars 2015
Réalisateur : Tim Burton
Scénariste : Scott Alexander, Larry Karaszewski
Distribution : Christoph Waltz (Walter Kean), Amy Adams (Margaret), Krysten Ritter (Dee-Ann),  Jason Schwartzman (Ruben), Terence Stamp (John Canaday)
Costume : Colleen Atwood
Directeur de la photographie : Bruno Delbonnel
Monteur :  Joseph C. Bond IV
Sociétés de production : Silverwood Films, Electric City Entertainment, Tim Burton Productions,  The Weinstein Company, Moving Pictures

Snow Therapy, un film de Ruben Östlund : Critique

Le dernier film du suédois Ruben Östlund est  intitulé Force majeure en anglais, Snow Therapy en français et Turist  dans sa langue natale. C’est dire si les points de vue diffèrent, et le film parle notamment de cela, de points de vue par rapport à une situation donnée.

Synopsis : Une famille suédoise passe ensemble quelques précieux jours de vacances dans une station de sports d’hiver des Alpes françaises. Le soleil brille et les pistes sont magnifiques mais lors d’un déjeuner dans un restaurant de montagne, une avalanche vient tout bouleverser. Les clients du restaurant sont pris de panique, Ebba, la mère, appelle son mari Tomas à l’aide tout en essayant de protéger leurs enfants, alors que Tomas, lui, a pris la fuite ne pensant qu’à sauver sa peau… Mais le désastre annoncé ne se produit pas, l’avalanche s’est arrêtée juste avant le restaurant, et la réalité reprend son cours au milieu des rires nerveux. Il n’y a aucun dommage visible, et pourtant, l’univers familial est ébranlé. La réaction inattendue de Tomas va les amener à réévaluer leurs rôles et leurs certitudes, un point d’interrogation planant au dessus du père en particulier. Alors que la fin des vacances approche, le mariage de Tomas et d’Ebba est pendu à un fil, et Tomas tente désespérément de reprendre sa place de patriarche de la famille. Snow Therapy est une comédie grinçante sur le rôle de l’homme au sein de la famille moderne.

Scènes de la vie conjugale

Le film met en scène une belle famille, assez stéréotypée, comme d’ailleurs le choix du bleu et du rose dans l’affiche l’annonce  déjà. Tomas (Johannes Kuhnke), papa athlétique, travailleur et pendu à son iPhone ; Ebba (Lisa Loven Kongsli), maman ultra-saine, très concernée par le bonheur de sa famille qu’elle veut à l’image de la famille nucléaire idéale ; de beaux enfants, une fille, un garçon (Clara et Vincent Wettergen, frère et sœur dans la vie, ce qui accentue encore la cohésion / cohérence de l’ensemble) ; équipement de ski « high level », pyjamas bleus coordonnés, brosses à dent idem, hôtel de luxe et tutti quanti. Il faut les voir en train de dormir tous les quatre dans le même lit : l’image même du bonheur…

Et pourtant, on sent que cette perfection est de surface : lors d’une séance de photo sur fond de neige immaculée et de ciel bleu, le photographe  est obligé de donner de directives précises et hallucinantes (penchez la tête vers votre femme, mettez la main autour de ses épaules, etc.) pour obtenir des gestes d’affection des uns vers les autres ; ou encore, au détour d’un chemin, Tomas qui gronde le jeune Harry, fatigué et ronchon, tandis qu’Ebba justifie son humeur par une faim. Un manque de convergence, de complicité très diffus mais palpable déjà…

Le vernis de papier glacé finit de craquer tout à fait, quand lors du déjeuner au sommet du deuxième jour, et suite à une « avalanche contrôlée » par les employés de la station française de ski des Arcs, Tomas devant le danger attrape son iPhone et ses gants et fuit, laissant Ebba se débrouiller seule pour tenter de  protéger les enfants. Après la fausse alerte, car l’avalanche était bel et bien contrôlée, Tomas revient à la table du déjeuner familial comme si de rien n’était, sous les yeux incrédules de sa femme et de ses enfants. Tout se fissure à partir de là, la confiance, l’image de l’autre, le sentiment du bonheur, l’amour même.

Ruben Östlund montre très bien le délitement de cette famille dans laquelle le rôle de chacun est questionné, celui de ce père en particulier, homme en danger et en panique, mais aussi pater familias qui a failli, alors que manifestement, il doit être le pilier de famille.  Cela, malgré le fait que l’histoire se passe dans une société suédoise, éminemment égalitaire. Tomas s’interroge, et Ebba s’interroge. Le film est découpé en journées -encadrées par l’Eté des Quatre saisons de Vivaldi-, et à la fin de chaque journée, un petit passage par la salle de bains montre la famille au complet, ou le couple seul, côte à côte ou au contraire dos à dos selon le développement de leur relation, une belle idée de cinéma…

A l’origine réalisateur de films sur le ski, Ruben Östlund semble avoir pour habitude de poser longuement sa caméra, nous invitant à scruter ce qui se passe. En cela, et avec le risque de casser le rythme de son film, son travail pourrait faire penser à celui de Haneke : une caméra assez froide qui ne favorise pas l’empathie mais l’observation, une atmosphère inquiétante sans qu’on sache d’où le danger peut venir. Les explosions nocturnes dans la montagne pour provoquer à titre préventif les avalanches ajoutent encore de l’inquiétude. Le réalisateur lui-même ne semble connecté à aucun de ses personnages, pour lesquels il n’affiche aucune complaisance. Ni les deux membres de ce couple enferrés chacun dans leurs propres angoisses, ni les amis rencontrés ici et là, engoncés dans des schémas qu’ils ne contrôlent pas forcément non plus, comme par exemple cette femme, Charlotte, qui affiche ouvertement des relations libres tout en étant mariée, dont on ne sait si c’est un vrai choix de vie ou juste une revanche par rapport à un mari qui en fait autant…Tout au plus pourrait-on imaginer que le rôle du concierge, qui assiste malgré lui à toutes ces pérégrinations de « bobos » qui n’ont pas d’autres soucis plus matériels, pourrait être le point de vue assez détaché de Ruben Östlund par rapport à son propre récit.

Snow Therapy est un film qui fait également penser à l’immense compatriote du réalisateur, Ingmar Bergman, celui des « Scènes de la vie conjugale » notamment cette fameuse scène du dîner où Ebba règle ses comptes à Tomas devant témoins, et lâche tout le ressenti accumulé depuis l’épisode de l’avalanche. Une scène centrale assez longue, où Fanny la jeune femme invitée soutient Ebba sans condition, tandis que son amoureux trouve les pires excuses pour expliquer le geste de Tomas… Une division des sexes d’autant plus étonnante qu’elle a lieu dans cette société-là, une société en avance sur son temps en ce qui concerne ces questions …

Il y a encore beaucoup à dire sur ce film subtil qui souffre malgré tout de quelques longueurs dues à ces longs plans fixes et froids. Ne serait-ce que la beauté des paysages enneigés magnifiquement filmés par son camarade de toujours, Frederik Wenzel. Une montagne inquiétante, belle mais changeante, imprévisible comme la couleur des sentiments…

Snow Therapy : Bande annonce

Snow Therapy : Fiche Technique

Titre original : Turist
Réalisateur : Ruben Östlund
Genre : Drame
Année : 2014
Date de sortie : 28 janvier 2015
Durée : 120 min.
Casting : Johannes Kuhnke (Tomas), Lisa Loven Kongsli (Ebba), Vincent Wettergren (Harry), Clara Wettergren (Vera), Kristofer Hivju (Mats) Fanni Metelius (Fanni)
Scénario : Ruben Östlund
Musique : Ola Fløttum
Chef Op : Frederik Wenzel
Nationalité : Suède
Producteur : Erik Hemmendorff, Marie Kjellson, Philippe Bober
Maisons de production : Plattform Produktion, Motlys, Société parisienne de production
Distribution (France) : Bac Films, DistriB films

 

Inception, un film de Christopher Nolan : Critique

Malgré quelques films hollywoodiens qui ne sont pas passés inaperçus, c’est avec un seul film (The Dark Knight) que le réalisateur Christopher Nolan s’est octroyé le titre de maître du blockbuster de grande ampleur. Le Britannique, qui a fait son bonhomme de chemin aux États-Unis depuis Memento, possède tous les producteurs à ses pieds, dont ceux de la Warner., qui peuvent désormais lui accorder le moindre de ses projets personnels. Comme celui-ci : Inception, un scénario inventé dix ans plus tôt que la production daigne enfin lui financer, sans savoir que ce long-métrage deviendra l’un des plus marquants de ces dernières décennies. Celui qui fera de Christopher Nolan l’un des réalisateurs les plus connus et des plus acclamés de l’inconscient collectif, se rangeant aux côtés de Steven Spielberg et James Cameron.

Synopsis : Dom Cobb est un voleur expérimenté, spécialisé dans l’extraction : procédé qui consiste d’entrer dans le rêve d’un individu et d’y dérober ses secrets. Mais il est également un fugitif traqué dans le monde entier et qui a perdu tout ce qui lui était cher. Jusqu’au jour où un industriel, Saito, lui propose de retrouver sa vie d’avant en échange d’une inception : au lieu d’extraire une information, Cobb devra implanter une idée dans l’esprit d’un individu. Une mission qui n’a jamais été réalisée auparavant mais dont Cobb accepte, prêt à tout pour en finir avec ses démons…

« Comment un esprit simplement humain peut-il écrire un scénario comme celui-là ? »

Pourtant, avec un scénario aussi tortueux que celui d’Inception, le pari était loin d’être réussi pour que le film se présente comme un succès commercial et critique. Et pour cause, le long-métrage parle des rêves, un univers peu traité au cinéma et qui nécessite beaucoup de moyens car possédant sur le papier un potentiel infini. Enfin, tout dépend de comment le réalisateur/scénariste décide de traiter ce sujet, et avec Christopher Nolan à la barre, il fallait bien se douter que le film n’allait pas manquer d’originalité et de complexité. Restait-il encore à savoir ce qu’allait donner un tel projet, qui parle vraisemblablement de voleurs de rêves.

Le scénario d’Inception se compose essentiellement de trois parties. La première, une introduction tout ce qu’il y a de plus classique qui fait entrer le spectateur dans le vif du sujet, sans réelle explication, pour le préparer à cet univers et lui présenter les enjeux du héros (effectuer une inception pour rentrer chez lui). S’ensuivra une bonne heure et demie durant laquelle ce dernier compose son équipe, prépare la mission et se concentre dessus. Une seconde partie qui permet à Nolan, en utilisant le personnage d’Ariane (novice en matière de rêves), d’expliquer l’univers de son film, de ses nombreuses règles (dont le temps et les différents niveaux) et possibilités (changer son apparence, le décor…), du rôle de chacun des protagonistes, des dangers qu’ils peuvent croiser… bref, tout ce qu’il y a à savoir sur le monde des rêves pour que le public soit suffisamment rôdé pour affronter la troisième et dernière partie du film : une bonne heure où le public se retrouve, tels les personnages, lâché dans une succession ahurissante de séquences d’action tout aussi folles les unes que les autres, oxygénées par des moments plus intimes qui creusent le personnage principal (joué par Leonardo DiCaprio). Un scénario qui, sur le coup, ne laisse aucun moment de répit au spectateur mais qui se trouve être aussi limpide que de l’eau de roche.

Cela, Inception le doit à ce que la filmographie de Christopher Nolan a déjà prouvé par le passé : le réalisateur possède un talent d’écriture incontestable. Et il en fallait pour mélanger avec autant de brio plusieurs genres cinématographiques qui n’ont, a priori, pas grande chose à voir entre eux (film de casse, d’espionnage, de science-fiction, d’action, thriller…). Surtout pour représenter un univers aussi vaste et riche tout en le rendant accessible et compréhensible pour tous. Une prouesse que le spectateur doit notamment à des séquences détaillées superbement écrites, qui captivent à chaque instant, savant alterner entre humour, suspense, émotion et tension. Sans oublier une trame secondaire tout simplement brillante, l’histoire d’amour entre le héros et sa défunte épouse, qui permet à Nolan de se jouer du public comme à son habitude en usant d’une narration non chronologique (quelques flashbacks) et de plans d’insert (la fameuse toupie) pour mieux le tromper jusqu’à la toute dernière scène, intrigante comme la plupart du temps dans son cinéma. Captivant, intelligent, touchant et haletant, vous ne pouviez rêver mieux comme blockbuster !

Mais Christopher Nolan ne s’arrête pas à son scénario pour mettre en images sa création. Outre un casting absolument divin (DiCaprio n’est pas seul sur ce coup), la musique tonitruante de Hans Zimmer devenue cultissime et une photographie de très grande ampleur, Wally Pfister rendant chaque plan spectaculaire et ce depuis Insomnia, le Britannique use également de son goût pour les effets spéciaux « maison » (ce qui ne sont pas faits par ordinateur) et le montage. Pour les premiers, le réalisateur impressionne par les nombreuses séquences pour lesquelles ils utilisent ce genre d’effet visuel alors que d’autres se seraient noyés dans la facilité (notamment pour l’inondation au début du film, l’explosion de la base, l’avalanche, le couloir qui tourne, la gravité…). Bien entendu, certains faits par ordinateur viennent compléter là où leur présence est nécessaire (la ville en ruines, la ville de Paris…) mais ils restent peu présents et ne font perdre à aucun moment cette crédibilité qui se dégage de cet univers auquel vous ne pouvez que croire. Une crédibilité qui gagne avec le montage de Nolan, le réalisateur parvenant à concrétiser le monde des rêves et de ses différents niveaux par le biais de séquences parallèles (se déroulant au même moment et ayant un impact entre elles) et de ralentis (pour le temps entre chaque strate de rêve) afin d’offrir à la troisième partie d’Inception une fluidité orgasmique sans pareil. Brillant, tout simplement !

« Comment un esprit simplement humain peut-il écrire un scénario comme celui-là ? » dira le critique Fabrice Leclerc (Studio Ciné Live) lors de la sortie du film. Après avoir vu Inception, c’est immédiatement cette question-là qui vient à l’esprit. Et si la réponse n’est pas le principal intérêt, il aura fallu attendre dix ans pour que ce film se concrétise, le temps que Christopher Nolan puisse mettre à contribution les différentes techniques apprises lors de sa période hollywoodienne (comme bien film les scènes d’action, donner du dynamisme) ou utilisées depuis ses débuts (dont la fameuse narration non chronologique) afin de créer le blockbuster hollywoodien ultime. Il avait scotché le public avec The Dark Knight, le Britannique réitère l’exploit deux ans après seulement pour livrer le divertissement rêvé !

Inception : Bande-annonce

Fiche technique – Inception

États-Unis, Royaume-Uni – 2010
Réalisation : Christopher Nolan
Scénario : Christopher Nolan
Interprétation : Leonardo DiCaprio (Dom Cobb), Joseph Gordon-Levitt (Arthur), Ellen Page (Ariane), Ken Watanabe (Saito), Marion Cotillard (Mal), Tom Hardy (Eames), Cillian Murphy (Robert Fischer Jr.), Dileep Rao (Yusuf)…
Date de sortie : 21 juillet 2010
Durée : 2h28
Genres : Science-fiction, thriller, espionnage, action
Image : Wally Pfister
Décors : Guy Hendrix Dyas
Costumes : Jeffrey Kurland
Montage : Lee Smith
Musique : Hans Zimmer
Budget : 160 M$
Producteurs : Christopher Nolan et Emma Thomas
Productions : Warner Bros., Legendary Pictures et Syncopy
Distributeur : Warner Bros. France

Waste Land, un film de Pieter Van Hees : Critique

Waste Land,  un polar noir maîtrisé qui vire d’un seul coup dans le bizarroïde

Synopsis : Léo Woeste est inspecteur à la brigade criminelle de Bruxelles vivant avec sa femme Kathleen et leur fils de 5 ans Jack, qui lui permettent de garder pied alors qu’il s’enfonce jour après jour dans les bas-fonds de la ville, le « Waste Land ». Mais le meurtre d’une jeune congolaise va l’amener à rencontrer la sœur de celle-ci, une femme magnétique et déterminée. Entre rituels, fascination et vieux démons, l’équilibre établi par Léo entre son travail et sa famille semble plus que jamais menacé…

À ne pas confondre avec le documentaire brésilien nominé en 2011 à l’Oscar du Meilleur film documentaire, ou encore le jeu vidéo qui, d’ailleurs, s’écrit plutôt Wasteland et non Waste Land. Ici, il s’agit d’un thriller belge mettant en scène Jérémie Renier, celui dont beaucoup de Français imaginent encore en tant que Claude François (dans le film Cloclo), réalisé par Pieter Van Hees qui clôture avec ce nouveau long-métrage sa trilogie intitulée Anatomie de l’amour et de la douleur. Une saga composée d’un film d’horreur (Left Bank), d’un drame (Dirty Mind) et qui se termine donc avec ce Waste Land, un polar ténébreux récompensé du Prix Cineuropa lors du Festival de Cinéma Européen des Arcs en 2014.

Pour son nouveau et douloureux portrait d’un couple, le réalisateur focalise cette fois-ci son intrigue sur un policier sur le point de devenir père et dont l’enquête qu’il doit mener va menacer le bien-être de sa famille. D’autant plus que cette dernière n’est pas des plus stables, le personnage étant marié à une femme ayant déjà un enfant et ne parlant pas la même langue que lui, sans compter qu’elle n’est pas une adepte de son métier (peur de le perdre, de le voir vivre dans la violence, d’être moins importante à ses yeux…) et qu’elle ne désire pas spécialement garder l’enfant qui grandit dans son ventre. Avec cela, il fallait bien que ça arrive : le héros va se retrouver dans les bras d’une autre, la sœur de la victime. Une relation qui va lui faire perdre pied et le plonger dans une obsession (celle de coincer le coupable du meurtre) l’amenant à sa perte. Une longue descente aux enfers qui permet au réalisateur Pieter Van Hees de parler du colonialisme (la Belgique « gouvernant » à une époque le Congo) mais aussi de critiquer une Europe actuelle ayant peur du multiculturalisme au point de laisser la parole à des partis séparatistes ou d’extrême-droite. Et quelle meilleure ville que Bruxelles, siège de l’Europe même, pour symboliser ce dernier sujet ? Vous l’aurez compris, Waste Land se présente comme un thriller engagé et psychologique, riche en thématiques, qui malheureusement peine à convaincre totalement.

Dès les premières minutes, Pieter Van Hees plonge le spectateur dans une Bruxelles des plus glaciales par le biais de plans de la ville peu avantageux, certains mettant en avant des décors guère rassurants, d’autres des personnes endormis sur un banc donnant l’impression d’être mortes. Une rapide introduction qui permet au cinéaste d’installer une ambiance pesante exprimée par des jeux de lumière travaillés et une musique pour le moins étrange dans le seul but de mettre mal à l’aise, afin de s’attacher avec facilité au personnage principal et de vivre sa descente aux enfers avec autant de douleurs que lui. Et l’interprétation des différents comédiens n’est pas étrangère à ce constat, notamment celle de Jérémie Renier, très bon dans la peau de ce policier tourmenté dont on a envie qu’il se sorte de ce mauvais pas sans fracas. Il est le centre d’une mise en scène plutôt ingénieuse, à partir de laquelle le réalisateur peut raconter son histoire par moment sans dialogues ni détails explicites pour prouver quelque chose : filmer la réaction des comédiens pour dire que la femme est enceinte, insister sur le toucher de deux personnages pour montrer qu’ils ont une relation intime… Jusque-là, Waste Land fait preuve d’une maîtrise incontestable. Alors d’où vient cette sensation de frustration quand le générique de fin pointe le bout de son nez ?

Il faut voir du côté du scénario pour se rendre compte que Waste Land a été bâclé. La faute principalement au réalisateur lui-même qui s’est montré un peu trop gourmand niveau thématiques. En effet, Pieter Van Hees s’intéresse tellement à la descente aux enfers de son protagoniste, à sa vie familiale, qu’il en oublie de placer correctement ses sujets paraissant sur le coup survolés (le colonialisme) ou carrément invisibles aux yeux du spectateur (la critique de la Belgique européenne). Il est même impossible de comprendre l’utilité de certaines séquences (le combat de catch, le père du héros, les démons jamais révélés de ce dernier…) ou bien de ne pas rire devant certaines métaphores aussi grosses qu’un paquebot (le bébé se faisant appeler Adam, vu les circonstances du scénario…). Et comme si cela ne suffisait pas, le réalisateur gâche le potentiel captivant de son scénario en faisant plonger celui-ci dans un mysticisme inattendu et bizarroïde (une histoire de rituels, de visions et de sorcellerie) qui prend le pas sur le film, le rendant pour le moins étrange pour ne pas dire guignolesque. Après une première partie captivante, le film perd toute notre attention dans la seconde à cause de cela, et c’est fort dommage…

Il partait pourtant sur d’excellentes bases, Pieter Van Hees ne restera malheureusement pas dans les mémoires avec son Waste Land. S’il arrive à s’en sortir avec ses atouts techniques (mise en scène, photographie, bande originale…) et un casting de bonne facture, le long-métrage laissera pourtant un léger goût amer à ceux qui s’attendaient à une véritable descente aux enfers et non à un film dont le scénario s’apparente presque à un épisode de The X-Files (la science-fiction et le paranormal en moins). Vu le savoir-faire de ce réalisateur plutôt prometteur, il est vraiment malheureux d’arriver à une telle conclusion…

Waste Land : Bande-annonce

Fiche technique – Waste Land

Belgique – 2014
Réalisation : Pieter Van Hees
Scénario : Pieter Van Hees
Interprétation : Jérémie Renier (Léo Woeste), Natali Broods (Kathleen Woeste), Babetida Sadjo (Aysha Tshimanga), Peter Van den Begin (Johnny Rimbaud), Peter Van den Eede (Jean Perdieus), Mourade Zeguendi (Fouad), François Beukelaers (Jozef Woeste)…
Date de sortie : 25 mars 2015
Durée : 1h37
Genre : Thriller
Image : Menno Mans
Décors : Geert Paredis
Costumes : Catherine Marchand
Montage : Nico Leunen
Producteurs : Eurydice Gysel et Koen Mortier
Production : Epidemic
Distributeur : Chrysalis Films