Festival Clermont 2015 – Compétition Internationale

Festival Clermont 2015, Top 10 de la Rédaction

C’est maintenant le moment de vous délivrer notre top 10 de la compétition internationale des courts-métrages du Festival de Clermont-Ferrand 2015 qui, avec 79 films en compétition, nous aura fait voyager à travers les 5 continents, dans des styles et genres cinématographiques des plus variés. Une sélection riche assurément, et de qualité.

[COMPETITION INTERNATIONALE]

1) De Smet, Wim Geudens, Thomas Baerten, Pays-Bas, Belgique, 2014, Fiction, 14’51

Synopsis : Les frères De Smet ont trouvé un système pour vivre tranquillement leur vie de célibataires endurcis. Mais lorsqu’une nouvelle voisine s’installe dans la rue, cet équilibre s’effondre comme un château de cartes.

De Smet est une comédie décalée absolument hilarante, grâce à l’interprétation pleine de conviction de ce trio loufoque, l’enchaînement de sketchs et de personnages caricaturaux, et une réalisation des plus soignées. Fous rires dans la salle à profusion. De Smet vous redonnera la frite!

2) Minsu Kim In Wonderland, Chan-Yang Shim, Corée du Sud, 2013, Fiction, 26’

Synopsis : En rentrant au pays après treize ans d’absence, Minsu Kim trouve sa terre natale quelque peu étrange et terrifiante.

Minsu Kim in Wonderland, c’est un court-métrage délirant, un pamphlet anti-militariste déguisé en farce grotesque. Minsu Kim rentre en Corée du Sud, sa terre natale. Ce qu’il y retrouve le laisse perplexe : un ex-militaire devenu fou, persuadé de l’omniprésence d’espions nord-coréens sur le territoire, une séduisante jeune femme dont il va tomber amoureux.

L’originalité de ce film tient dans cette image flirtant avec l’amateurisme, comme si Chan-Yang Shim avait sorti sa petite caméra portable et filmé un délire entre amis. Précisément, c’est par le biais de la simplicité esthétique et de la comédie décalée que le propos politique s’incarne le mieux, dans une légèreté toute pacifique. Ici, pas de « message » politique lourd et manichéen : Corée du Sud et du Nord sont toutes deux moquées pour leurs querelles ancestrales, leur haine mutuelle qui finira (comme le suggère la chute) par la mort des deux nations.

3) L’homme au chien (Moul Lkelb), Kamal Lazraq, Maroc, France, 2014, Fiction, 25’

Synopsis : Youssef mène une vie recluse et marginale. Son seul ami est son chien Chagadai. Un soir, à la plage, le chien disparaît. Pour le retrouver, Youssef est contraint de s’embarquer dans une quête dangereuse  à travers les bas-fonds de Casablanca.

Moul Lkelb (soutenu par le CNC), est un film au sujet particulièrement original puisque toute l’intrigue tourne autour de cette amitié véritable qu’éprouve Youssef, héros solitaire, pour son chien disparu, ami pour lequel il va s’enfoncer dans les recoins les plus sombres de Casablanca. Héros solitaire au profil d’asocial, Youssef est un riche qui habite à deux pas des bidonvilles, qui promène son chien sous les moqueries des jeunes des rues. Ghali Rtal Bennani interprète très justement ce personnage atypique à la sensibilité exacerbée face à un monde dur où agressivité et virilité sont les standards de la masculinité.

L’innocence enfantine de Youssef va progressivement être ébranlée par ce voyage initiatique dans les bas-fonds nocturnes de la ville. On est loin du Casablanca romantique d’Ingrid Bergman et d’Humphrey Boghardt : ce que Youssef découvre, ce sont des marchés clandestins où sont vendus les chiens volés, donnés en pâtures lors de combats mortels. Malgré tout, c’est l’innocence du héros qui a raison de la violence à laquelle il assiste, lors d’une scène finale touchante et poétique.

4) Pilots on the Way Home (Le retour des aviateurs), Pritt Pärn, Olga Pärn, Estonie, Canada, 2014, Animation, 16’

Synopsis : Privés de leur avion, trois pilotes se retrouvent en plein désert Sur le chemin du retour, un parcours semé d’embûches, ils doivent affronter les mirages et les étranges sirènes de leurs fantasmes.

Le synopsis est trompeur : Pilots on the Way Home n’est pas un film d’animation pour enfants. En effet, la principale activité de ces pilotes déchus (il n’est jamais question de leur avion) est de faire chacun à leur tour l’amour à une sorte de femme-poupée qui, une fois ses différentes « parties » assemblées (la tête, le buste, les jambes), prend vie. Elle les séduit, les excite, par des danses langoureuses et des poses lassives, au milieu d’un désert sans vie.

Un film d’animation pour les grands donc, érotique sans être choquant, et à l’humour noir décapant. L’esthétique du dessin rappelle les hommes burinés de Tardi à l’expression figée et à l’air animal. Bref, on se laisse prendre par ce conte grivois joliment réalisé et divertissant.

5) Hjonabandssaela, Jörundur Ragnarsson, Islande, 2014, Fiction, 14’59

Synopsis : Deux vieux copains voient leurs petites habitudes bouleversées lorsqu’une congénère aux formes avantageuses fait son apparition dans leur jacuzzi.

Un court-métrage dépaysant, décalé et léger qui fait du bien dans cette sélection. Porté par ses deux acteurs principaux, Pröstur Leó Gunnarsson et Theodór Júlíusson, qui interprètent à merveille ces deux joyeux lurons dont l’amitié va être menacée par l’arrivée d’une femme. S’en suivent des scènes de jalousie absurdes, délicieuses à regarder.

6) Ja vi elsker (Oui nous aimons), Hallwar Witzo, Norvège, 2014, Fiction, 14’30

Synopsis : Quatre générations en crise aux quatre coins de la Norvège, le jour de la Fête Nationale.

Le titre du film annonce la couleur : Ja vi elsker est un diminutif de Ja vi elsker dette landet (Oui, nous aimons ce pays), nom de l’hymne norvégien. Le réalisateur choisit donc de présenter, à travers de courtes scènes, différents moments de vie. Alors que la Fête nationale bat son plein, un enfant conduit une voiture, une jeune femme se venge, un homme sort tout nu de son chalet et se retrouve coincé dans le froid… Bref, Ja vi elsker est un film excentrique et barré. On adore !

7) Rodløs, Kira Richards Hansen, Danemark, 2014, Fiction, 19’39

Synopsis : Parcours initiatique d’une jeune adolescente de 14 ans qui travaille dans un garage et traîne avec une bande de copains. Dans sa quête d’identité, elle repousse sans cesse les limites, ce qui va la forcer à assumer de nouveaux aspects de sa personnalité.

Un film sur une adolescente qui se cherche, tomboy assumé en conflit avec ses parents et la société. Rodlos fait penser aux films de Céline Sciamma, dans son traitement du corps et de la quête de l’identité sexuelle. Marqué par une réalisation épurée et une actrice principale convaincante, ce film touchant et juste est un des coups de cœur de la rédaction.

8) Roadtrip, Xaver Xylophon, Allemagne, 2014, Animation, 22’00

Synopsis : Julius n’arrive pas à dormir. Pour se vider la tête, il décide de faire un tour à moto. Seulement voilà, il n’y arrive pas non plus. Un film d’animation sur l’échec, l’insomnie, une moto rouge, le spleen berlinois (même en été) et les chaussettes imperméables.

Xaver Xylophon est un réalisateur indépendant de films d’animation, résidant à Berlin. Il a étudié la communication visuelle à Londres, au London College of Communication et à l’École Supérieure des Beaux-Arts de Berlin-Weissensee. Roadtrip son film de fin d’études, est une animation allemande de toute beauté, par la qualité du dessein bien sur, mais aussi la profondeur de son sujet : la quête de soi.

9) County State USA: Sweet Corn, Jonathan Nowak, Etats-Unis, 2014, Fiction, 23’00

Synopsis : Après avoir braqué une banque dans une petite ville de province, un adolescent doit s’en remettre entièrement à un autochtone – un agriculteur menacé de saisie.

County State USA: Sweet Corn est un autre court qui mériterait d’être primé, tant ses images léchées, ses effets scénaristiques maintenus jusqu’à la chute finale, ainsi que l’interprétation de ses acteurs, dévoilent une grande maîtrise cinématographique. Jonathan Nowak est assurément un nom à retenir…

10) Izlaz U Slucaju Opasnosti, Vladimir Tagic, Serbie, 2014, Fiction, 14’57

Synopsis : Monsieur Stojanovic s’est fait voler sa trousse de secours. Petar fume une cigarette à la fenêtre de sa piaule. Monsieur Ivanovic a des problèmes d’audition. Luka et Marko se battent pour une histoire de foot. Monsieur Filipovic va faire les courses pour sa femme.

Ce film serbe dont le titre veut dire à peu près « sortie de secours », nous raconte 4 histoire indépendantes sous forme de petits sketchs de la vie de tous les jours. On sent progressivement une tension monter entre les protagonistes, jusqu’à l’arrivée du 5ème personnage qui va recroiser les protagonistes des 4 histoires précédentes, qui énervés, vont le gifler sans retenue. Si la claque au cinéma est un classique, l’ensemble n’en demeure pas moins très drôle, simple, et diablement efficace. Avec une musique sublime, qui n’est pas sans évoquer le grand Yann Tiersen.

[COMPETITION LABO]

La sélection Labo, concentré de fictions et de documentaires expérimentaux et inclassables, regroupe 38 films en compétition. Présente sur place, la rédaction vous livre ses coups de cœur.

Small People With Hats (Petites personnes à chapeaux), Sarina Nihei, Royaume-Uni, 2014, Fiction animée, 7’

Synopsis : Dans la société, il y a des personnes de petite taille coiffées d’un chapeau.

Ce film d’animation est tout aussi étrange que son synopsis, qui somme toute résume bien une histoire hermétique, voire insensée. Malgré tout, l’esthétique épurée, les petits personnages « coiffés d’un chapeau » qui se font progressivement exécutés dans le cadre, semblerait-il, d’une expérimentation scientifique, apportent au tout une énième couche d’étrangeté. Bref, un film d’animation incompréhensible, ultra-violent mais fascinant.

S, Richard Hadju, Royaume-Uni, Hongrie, 2014, Documentaire, 19’

Synopsis : un documentaire tourné à Londres qui relate la vie d’une jeune prostituée originaire d’Europe de l’Est et sa relation passionnelle avec son mac.

Le réalisme de cette fiction est particulièrement prenant : impossible de ne pas rester scotché face au récit d’une vie de violence et de prostitution. Car il s’agit bien d’une fiction, inspirée de faits réels. La relation amour-haine, domination-soumission entre la jeune prostituée et son mac sont au cœur de ce témoignage glaçant sur la vie quotidienne de ces filles de l’Est venues chercher une vie meilleure à l’Ouest.  Le mac, à la fois doux et violent, accro au jeux, dépense tout l’argent gagné lors des passes de sa femme. Pourtant, Jana tient bon : bien plus cérébrale que son mari, elle crie son espoir et son optimisme, une vision qui déchire encore plus nos cœurs sensibles de spectateurs.

Festival

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