Festival Clermont 2015 – Compétition Nationale

Festival Clermont 2015, le top 10 de la Rédaction

Le Festival International du court-métrage de Clermont-Ferrand fête sa 37ème édition du 30 janvier au 7 février 2015. Avec plus de 7 750 films reçus, dont 400 sélectionnés, le festival confirme sa notoriété mondiale. C’est donc la compétition internationale qui domine le palmarès avec 79 films en compétition, suivie de la sélection nationale et de ses 58 films. La sélection Labo, concentré de fictions et de documentaires expérimentaux et inclassables, regroupe 38 films en compétition. Présente sur place, la Rédaction vous livre ses coups de cœur.

[COMPETITION NATIONALE]

1) Guy MoquetDemis Herenger, France, 2014, Fiction, 28’54

La Rédaction CineSeriesMag a eu un véritable coup de cœur pour ce film, empli de poésie et de romance, qui aborde la banlieue avec un regard plein d’humanité. C’est une œuvre qui apaise, qui procure un sentiment de légèreté, accompagné d’un doux sourire. Le résultat est d’autant plus admirable, que le film a été tourné à la Villeneuve en 12 jours seulement, avec des acteurs apprentis, et très attachants. Kechiche n’aurait pas renié, et nous avons été emporté! Ce court ira d’ailleurs cette année à la Croisette, dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs…

2) Perrault La Fontaine, Mon cul! Hugo P. Thomas, Ludovic Boukherma, Zoran Boukherma, France, 2014, Fiction, 18’37

Synopsis : Willy Pruvost, un père illettré, tente d’apprendre à lire dans l’espoir de conserver la garde de son fils.

Un film magnifique également. Nous avons aimé la beauté de ce regard paternel. Daniel Vannet, également présent dans la compétition française avec le court Ich bin eine Tata, livre ici une prestation admirable, celle d’un père prêt au sacrifice absolu pour l’amour d’un fils.

3) K-Nada, Hubert Charuel, France, 2014, Fiction, 21’48

Synopsis : Deux frères que tout oppose sont paumés sur la route de leurs rêves un peu absurdes. Dans deux jours, ils doivent se rendre à Amsterdam. Greg pour un concours de DJing, Valentin pour en ramener des kilos de marijuana. Mais entre les parents qui mettent du whisky dans leurs céréales, le patron du bowling qui se prend pour un caïd de Scorsese et la ZX fatiguée, on comprend vite que le go fast en Hollande est mal embarqué.

Nous avons beaucoup ri grâce cette belle comédie de la fraternité. Hubert Charuel, qui a suivi un cursus de producteur à la FEMIS, puis réalisé ce court en dernière année, a assurément le sens de la punchline et de l’ellipse, deux ingrédients indispensables pour réussir une bonne comédie.

4) Aïssa, Clément Tréhin-Lalanne, 2014, Fiction, 8’

Synopsis : Aïssa est congolaise. Elle dit avoir mois de dix-huit ans mais les autorités la croient majeure.

Comment réaliser un film sur l’immigration sans entrer dans un manichéisme trop facile ? Clément Tréhin-Lalanne montre l’exemple avec ce film d’autant plus percutant qu’il est court (8 minutes). Aïssa s’apparente à un huis-clos anxiogène, où une jeune femme noire de 17 ans est soumise à un contrôle médical implacable. En voix-off, on entend la voix impersonnelle du docteur chargé de l’examen, dont le visage reste hors champs  mais dont les mains sont bien visibles, palpant sans ménagement le corps de cette jeune fille effrayée. Les plans serrés sur le corps mi-femme, mi-enfant d’Aïssa, doublés de commentaires médicaux déshumanisés créent un antagonisme gênant, une impression d’un corps violé qui ne lâche pas le spectateur.

La dynamique du film se fonde donc sur le pourquoi : que veut-on à cette jeune fille de 17 ans ? La chute vient répondre, tel un couperet, à la question. La majorité, c’est aussi l’âge où l’on peut être renvoyé dans « son » pays.

5) 8 Balles, Frank Ternier, 2014, Fiction animée, 13’

Synopsis : Je m’appelle Gabriel, j’habite Taipei. J’ai perdu ma femme lors d’une agression. Un homme roux est entré chez moi : il sentait le poisson frit. Il portait une arme ; il en a fait usage sur ma famille. Depuis, j’ai comme un vide, un trou dans ma tête.

8 Balles s’inscrit dans la lignée de ces créations animées parfois plus percutantes et plus violentes que beaucoup de fictions réalistes. Les films d’animation noirs ont été nombreux cette année dans la sélection internationale et française du festival. Entre cannibalisme (The Hole de BongSu Choi) et meurtre organisé (Small people with hats de Sarina Nihei), l’animation fait l’apologie visuelle de la violence de de la perversité humaine.

8 Balles, c’est l’histoire de vendetta d’un expatrié français qui déambule dans les rues odorantes de Taipei afin de retrouver le meurtrier de sa femme. Seul signe particulier du bourreau : son odeur de poisson frit et ses cheveux roux, éléments qui vont devenir obsessionnels chez Gabriel. Visuellement, ce film d’animation est un petit bijou : l’esthétique rappelle celle de la bande-dessinée, le décor taïwanais celui du manga. S’y ajoute une ambiance rendue irréelle par la présence d’éléments absurdes : de gros poissons rouges, marques de l’obsession de Gabriel et produits de son imagination, suivent le héros dans sa quête frénétique. Sans ces voix-off omniprésentes, parfois trop explicites, 8 Balles aurait sans doute gagné en légèreté et en poésie.

6) Notre Dame Des Hormones, Bertrand Mandico, 2014, Fiction, 30’

Synopsis : Deux actrices passent un week-end dans une maison de campagne afin de répéter une pièce de théâtre. Lors d’une promenade dans les bois, l’une d’entre elles déterre une chose étrange. Une créature sans orifices, ni membres. Cette créature devient un objet de convoitise.

La sélection nationale réserve bien des surprises, révélant parfois des petits bijoux d’excentrisme et de folie. Cette année, c’est pour nous Notre Dame Des Hormones qui remporte la palme du court-métrage le plus délicieusement absurde de la programmation. Réalisé par Bertrand Mandico, également auteur du Prehistoric Cabaret (sélection nationale 2014) et produit par Ecce Films, NDDH est inclassable : superbement absurde, délicatement libidineux, il raconte la rencontre de deux actrices avec la « chose », sorte de créature visqueuse et poilue, d’où jaillit une excroissance clairement phallique.

Décidées à en faire leur animal de compagnie en même temps que leur objet sexuel, une lutte  pour la possession de la chose s’engage alors entre ces deux actrices obsédées par leur physique. Tout nous rappelle ici les contes anachroniques de Demy et la poésie surréaliste de Cocteau : les chandeliers humains, les décors mouvants, les couleurs saturées et parfois psychédéliques. Notre Dame Des Hormones va au bout de l’excentricité et c’est précisément ce qui fait sa réussite.

7) Cambodia 2099, Davy Chou, 2014, Fiction, 21′

Synopsis : Phnom Penh, Cambodge. Sur Diamond Island, joyau de modernité du pays, deux amis se racontent les rêves qu’ils ont faits la veille.

Cambodia 2099, c’est un film ésotérique et magique, esthétiquement parfait. Prix spécial du jury jeune à la dernière édition du festival Silhouette, c’est l’imagination débordante de deux cambodgiens qui est ici mise en scène, au coeur de la modernité d’une ville nouvelle et industrielle. On adore !

8) Journée d’appel, Basile Doganis, 2014, Fiction, 25’

Synopsis : Une bande de jeunes banlieusards passent leur journée d’appel à la caserne de Versailles. L’un d’eux, Chris, arrivé trop tard à la caserne, veut rentrer au quartier, mais Momo, une « baltringue » de leur cité, le persuade de passer la journée au Château de Versailles.

Basile Doganis, pour évoquer le sujet sensible et potentiellement « casse-gueule » de l’immigration et de l’intégration, part d’un terrain d’observation inattendu, celui de la journée d’appel à la défense, le service militaire moderne. On suit donc cette bande d’amis de la cité, grande gueules mais pas méchants, désabusés face à la rigueur militaire et au sentiment d’appartenance nationale qu’ils n’ont pas.

Là où le film est intelligent, c’est qu’il ne sombre pas dans leçon de morale ni dans une mise en accusation unilatérale. Si les policiers sont présentés sous un jour plutôt négatif, les militaires semblent eux valorisés pour leur rigueur morale. Quelque part entre ces deux institutions, la bande d’amis cherche sa voie : il y a celui qui a fait des études, la « baltringue » Momo, et les autres qui traînent encore, à l’ombre des barres de HLM.

9) Jonathan’s Chest, Christopher Radcliff, France/Etats-Unis, Fiction, 14’35

Synopsis : Une nuit, Alex est réveillé par la visite d’un garçon qui prétend être son frère disparu depuis des années. Tout bascule pour Alex.

Jonathan’s Chest est un film intriguant : pas de chute finale, une ambiance lynchéenne qui prend aux tripes et titille notre curiosité. Alex est réveillé en pleine nuit par son frère qu’il croyait mort depuis des années. Trouble psychique et réalité se confondent pour troubler un spectateur déjà perplexe. Un petit bijou, coup de cœur de la rédaction.

10) People are strangeJulien Hallard, France, 2014, Fiction, 20’26

Synopsis : Julien se considère comme le sosie légitime de Jim Morrison. Il gagne sa vie au Père Lachaise en distrayant les touristes. Le jour où il apprend que la dépouille de son idole va être rapatriée en Californie, Julien entreprend avec son ami Aldo de voler les restes du « Lizard King ».

Vous ne verrez plus les tombes du Père-Lachaise, Jim Morrison, ni les chats empaillés, de la même manière après le visionnage de cette comédie loufoque, à la fois épopée onirique et déjantée. Une grande réussite, fous rires garantis!

Festival

Cannes 2026 : Fatherland, l’exil sans fin

Dans Fatherland, présenté à Cannes 2026, Pawel Pawlikowski filme Thomas Mann de retour dans une Allemagne déchirée, entre tensions géopolitiques et blessures intimes jamais refermées.

Cannes 2026 : Blaise, ni sage ni sauvage

Comédie d'animation corrosive et désenchantée, "Blaise" plonge dans le quotidien d'une famille parisienne coincée entre ses contradictions de classe et ses petits arrangements avec la réalité. Un portrait de famille autant qu'un miroir tendu à une époque experte dans l'art d'esquiver les crises, qui s’accumulent jusqu’à un point de non-retour.

Cannes 2026 : rencontre avec Rafiki Fariala pour « Congo Boy »

À Cannes 2026, Rafiki Fariala évoque la naissance de "Congo Boy", un film nourri par son histoire personnelle, où la musique devient mémoire, souffle et résistance.

Cannes 2026 : Congo Boy, la musique comme ligne de vie

On entre dans "Congo Boy" comme on entre dans un souvenir, d’abord par la musique, avant les mots et les images. Celui d'un jeune homme de 17 ans, Robert, réfugié congolais vivant à Bangui, capitale de la République centrafricaine, dont les parents ont été emprisonnés pour avoir tenté de fuir avec de faux papiers. Livré à lui-même avec ses frères et sœurs cadets, il laisse pourtant toujours la porte ouverte à sa vocation : la musique. Et c'est précisément là que réside la force émotionnelle de ce premier long-métrage de fiction de Rafiki Fariala, présenté à Un Certain Regard 2026.

Newsletter

À ne pas manquer

Les Cloches des profondeurs (1993) de Werner Herzog : la foi dans tous ses états

Qu’il le fasse en tant que créateur ou d’observateur, Werner Herzog a consacré sa carrière à sa passion pour les êtres vivant aux marges du possible. Visionnaires ou mégalomanes déments, aventuriers ou marginaux, peu importe, le cinéaste les observe avec une curiosité insatiable.

La Grande Extase du sculpteur sur bois Steiner (1974) de Werner Herzog : le temps suspendu

A l’aide d’une caméra 16 mm haute vitesse, Herzog filme merveilleusement bien ce qui, dans ce sport atypique, constitue son vrai centre d’intérêt : ces instants où, suspendu dans l’air, le skieur défie le temps et l’espace. Loin de l’ingrate « solitude » du coureur de fond, le sauteur à ski est un rêveur qui offre son extase en spectacle.

Aaahh Belinda : pépite féministe du cinéma turc

Fort d’un dispositif mêlant confusion des réalités et dédoublement des identités, Aaahh Belinda d’Atıf Yılmaz s’affirme comme un conte féministe moderne, à la croisée de la comédie, du fantastique et de la fable allégorique. Derrière une esthétique parfois modeste, le film révèle une richesse de lecture et une portée politique affirmée : en faisant basculer Serap dans la vie de Naciye, il montre combien le quotidien constitue à la fois le lieu de la domination et le premier espace de résistance.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Cannes 2026 : Fatherland, l’exil sans fin

Dans Fatherland, présenté à Cannes 2026, Pawel Pawlikowski filme Thomas Mann de retour dans une Allemagne déchirée, entre tensions géopolitiques et blessures intimes jamais refermées.

Cannes 2026 : Blaise, ni sage ni sauvage

Comédie d'animation corrosive et désenchantée, "Blaise" plonge dans le quotidien d'une famille parisienne coincée entre ses contradictions de classe et ses petits arrangements avec la réalité. Un portrait de famille autant qu'un miroir tendu à une époque experte dans l'art d'esquiver les crises, qui s’accumulent jusqu’à un point de non-retour.

Cannes 2026 : rencontre avec Rafiki Fariala pour « Congo Boy »

À Cannes 2026, Rafiki Fariala évoque la naissance de "Congo Boy", un film nourri par son histoire personnelle, où la musique devient mémoire, souffle et résistance.