Adapter un roman au cinéma n’est jamais chose aisée, tant le lecteur s’adonne à imaginer les personnages, les décors, s’ils ne sont pas minutieusement décrits dans le récit. Bon nombre de films tirés de best-sellers se verront boudés par les fans, la faute à une non-satisfaction des attentes. Boomerang n’échappe malheureusement pas à la règle.
Intolérable vérité
Tatiana de Rosnay nous présente, dans son ouvrage, Antoine, quarantenaire qui cherche à savoir la vérité sur la mort de sa mère. En résulte une histoire de famille complexe, où un terrible secret fait éclater l’amour entre proches petit à petit. Si dans le livre, l’histoire était creusée, et proposait un réel suspense, on ne retrouve malheureusement pas cela dans le film. Au contraire, là où le réalisateur, aurait pu proposer un film sombre, on ne se retrouve qu’avec un film où les ficelles de l’intrigue sont facilement dévoilées, et où le côté sombre laisse part à une certaine niaiserie. Quel dommage. À trop vouloir accentuer la tournure dramatique, François Favrat se perd, et tombe dans un pathos qui dessert l’intrigue, ainsi que la crédibilité des personnages. L’utilisation excessive de la musique, ainsi que le surplus de scènes dénuées de tout intérêt brisant le rythme laissent un goût amer dans la bouche. Un goût de regret. Un goût de regret quand on voit une réalisation aussi simple pour une intrigue aussi complexe, pouvant être source de partis pris techniques peu ordinaires, ou pouvant amener à la création d’une atmosphère sombre, voire quasi-glauque. Les décors auraient pu être porteurs de frissons, d’angoisses, mais n’en ressortent que des lieux très vainement exploités. François Favrat rate le suspense du film, et fait de Boomerang un long-métrage banal sans réel intérêt similaire à 1000 autres films déjà produits dans l’histoire du cinéma mondial. N’aurait-il pas mieux fallu se détacher légèrement afin d’en faire une œuvre plus palpitante ?
Toutefois, Boomerang est loin d’être un échec total. Certains liens professionnels, comme celui entre Antoine et son psy, ou familiaux, sont de tendres moments, bien que parfois non aboutis et légèrement trop romancés. Ensuite, certaines scènes s’avèrent être de belles scènes, comme celle du règlement de compte familial lors du soir de Noël, scène dans laquelle les acteurs se livrent, s’engueulent et nous font découvrir les différentes facettes de leurs personnages.
Dans la continuité des personnages, il est intéressant d’étudier le casting de Boomerang qui, de prime abord, peut laisser perplexe. De nombreux fidèles de Tatiana de Rosnay ont laissé entendre leur gêne quant au fait qu’Antoine soit interprété. Au final, est ce une mauvaise chose ? Pas trop. Laurent Lafitte, acteur de la comédie française, que l’on voit habituellement dans des comédies au ras des pâquerettes, tire son épingle du jeu et parvient à être un minimum convaincant. Si l’on devait trouver une faille, on pourrait évoquer le « manque » de paranoïa du personnage, cette dernière étant beaucoup plus importante dans le livre. Le personnage de Mélanie Laurent colle à la peau de l’actrice, car c’est dans ce type de rôle que l’on retrouve souvent la jeune femme au cinéma, comme dans « Je vais bien ne t’en fais pas » de Philippe Lioret, par exemple. Enfin, le reste du casting est tout-à-fait adéquat : Wladimir Yordanoff en père qu’on ne parvient pas à cerner, une sorte de « collabo », Audrey Dana en Angèle assez masculine, mais convaincante, bien que trop secondaire par rapport au roman, ou encore Bulle Ogier, en grand-mère tête à claques que l’on a envie d’étriper, ou enfin Lisa Lametrie en Bernadette, domestique de la maison.
Par son classicisme, Boomerang ne restera donc pas dans les annales, et divisera, si les lecteurs aguerris du roman se retrouvent dans le film, ou non. A savoir que Tatiana de Rosnay approuve totalement cette adaptation.
Synopsis : En revenant avec sa sœur Agathe sur l’île de Noirmoutier, berceau de leur enfance, Antoine ne soupçonnait pas combien le passé, tel un boomerang, se rappellerait à son souvenir. Secrets, non-dits, mensonges : et si toute l’histoire de cette famille était en fait à réécrire ?
Extrait du film Boomerang
Boomerang: Fiche Technique
Date de sortie : 23 Septembre 2015
Réalisateur : François Favrat
Nationalité : France
Genre : Drame
Année : 2015
Durée : 101 minutes.
Scénario : François Favrat, adapté du roman de Tatiana de Rosnay.
Interprétation : Laurent Lafitte, Mélanie Laurent, Audray Dana, Wladamir Yordanoff, Bulle Ogier
Musique : Eric Neveux
Photographie : Laurent Brunet
Montage : Valérie Deseine
Producteurs : François Kraus, Denis Pineau-Valencienne
Maisons de production : Les films du kiosque
Distribution (France) : UGC Distribution
Budget : NR
Les pérégrinations d’un reporter au Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS 2015) – les films en compétition : The Invitation, The Survivalist, The Hallow et Stung.
La compétition touche à sa fin. Ce vendredi étaient projetés les derniers films pouvant espérer obtenir les honorables prix que sont l’Octopus d’Or, le Méliès d’Argent, le Prix du Jury ou le Prix du Public. Rien n’est encore joué même si quelques films sortent clairement du lot. L’œil encore enthousiaste par la projection de minuit de la veille, il me reste suffisamment de temps avant la première projection pour boire un café sur les pavés strasbourgeois et convaincre une copine d’aller à la séance de The Invitation, qui jouit d’un buzz notable dans tous les récents festivals où il a été projeté (SXSW, Neuchâtel, L’Étrange Festival). De toute façon, elle n’avait pas le choix. Alors qu’est-ce qu’on attend ? Visionnons mes bons !
[EN COMPÉTITION] The Invitation
Réalisé par Karyn Kusama (Etats-Unis, 2015). Date de sortie prochainement annoncée.
Synopsis : Par une sombre nuit, Will est invité à un dîner chez son ex-femme. Au cours de la soirée, il découvre petit à petit que quelque chose d’insidieux s’est emparé d’elle, et qu’elle et ses nouveaux amis ont un but mystérieux et terrifiant. A la fin de la nuit, les ramifications de ce qui se passe dans cette maison se propageront bien au-delà de sa porte…
Une villa sur la côte californienne, des amis qui ne se sont pas vus depuis deux ans, un repas qui devient vite intimidant et vous tenez là un thriller psychologique implacable avec un dosage tout en crescendo d’une tension jusqu’à son dénouement final. Karyn Kusama a derrière elle une notable carrière dans le cinéma hollywoodien mais malheureusement pas pour les bonnes raisons puisqu’elle est à l’origine des très dispensables Aeon Flux et Jennifer’s Body. Après avoir réalisé des épisodes de séries (notamment The L World et Halt and Catch Fire), elle revient au long métrage avec une production plus minimaliste, mais également plus personnel. Et c’est là qu’elle peut enfin déployer tout son talent, son énergie et sa perception déroutante d’un repas sur le point de virer au drame. The Invitation ne nous cache rien. Dès le départ, on sait comment cela commence et comment cela va finir. Si tout se déroule sur des rails, Karyn Kusama fait preuve d’un minutieux travail de direction d’acteurs et de mise en scène pour rendre ce dîner tout ce qu’il y a plus de gênant. The Invitation repose sur une unique unité de temps et de lieu qui se voit magnifiée par un sentiment de malaise qui ne nous quitte pas de tout le film. Le repas semble tout sauf normal. Le vin coule à flot, le dîner est excellent, mais les convives réagissent étrangement. Les discussions tournent autour des ressentis émotionnels, de la perception de la vie et de la souffrance. Progressivement, ces retrouvailles semblent se transformer en piège où tout l’intérêt est désormais de savoir si les invités vont tomber dedans ou non. A mesure que l’intrigue avance, l’étau se resserre sur ces invités, insouciants et ravis de ces retrouvailles. La tournure des événements ne les inquiète pas, mais chaque phrase énoncée par les invités au cours d’une conversation agit comme un indicateur de la folie naissante qui s’empare de ce dîner. Rares sont les films à bousculer aussi intensément notre perception des événements. C’est aussi grâce à la justesse et à l’impressionnant jeu d’acteurs du film. Très certainement le meilleur casting de ce festival. Les spectateurs reconnaîtront l’intense Logan Marshall-Green (Prometheus) et l’inquiétant Michiel Huisman (Daario dans Game of Thrones). La mise en scène ne se montre jamais outrancière, mais plutôt légère, entre intimisme, élégance et sobriété. Nous sommes entre gens de haut standing et donc l’image du film découle de ce charme qui se lit également sur les tenues de soirées des convives. La soirée avance à un rythme de croisière, entre petits jeux entre amis, conversations et inquiétude naissante. Toute la réussite du film tient dans la psychologie de tous ces éléments traités avec subtilité et qui donne une valeur furieusement cohérente au film. Il ne fallait qu’un déchaînement – je dirais presque un acharnement – de violence final pour atteindre le tunnel de ce voyage perturbant. Malgré l’élégance de tous les convives, ce dîner ne pouvait finir autrement que dans une violence sale et brutale. Les robes et chemises seront tâchées d’un sang coulant à flot à l’image du vin au cours de ce repas tandis que chacun révélera une facette de sa personnalité qu’il n’aurait jamais imaginé concevoir. C’est radical, violent et l’ultime plan laisse planer une profonde réflexion sur l’influence des sectes dans notre société. Karyn Kusama ne s’inquiète pas de délivrer une morale ou un message, si tenté qu’on puisse y voir une inquiétude personnelle sur les conséquences dramatiques des communautés sectaires. Par son travail, elle délivre un film qui a rarement autant travaillé la notion de psychologie et de perception des événements autour de soi. Longtemps, le doute reste confortablement installé dans notre esprit alors que la réalisatrice brouille certaines pistes, laissant le spectateur interpréter les instabilités de chaque invité. Cela manque peut-être un peu de rythme, mais un film qui s’évertue à nous travailler autant l’esprit mérite toute notre considération. Perturbant et fascinant.
Note de la rédaction : ★★★★☆
[EN COMPETITION] The Survivalist
Réalisé par Stephen Fingleton (Royaume-Uni, 2015). Date de sortie prochainement annoncée.
Synopsis : Dans un monde post-apocalyptique, un survivant vit reclus profondément dans la forêt. Quand deux femmes à la recherche d’un abri et de nourriture trouvent son refuge, il voit son existence menacée.
De tous les films dans la veine de Je Suis Une Légende, La Route ou le récent Z for Zachariah, The Survivalist fait office de peau neuve. Absolument pas taillé comme un blockbuster, ce premier long métrage trouve son charme dans un minimalisme déconcertant. Le film de Stephen Fingleton est un oeuvre d’anticipation naturaliste, psychologique et contemplative étonnante. C’est aussi – et surtout – un film qui ne donne aucune considération héroïque à ses personnages dont le seul désir est d’assouvir les besoins les plus primaires (manger, faire l’amour, survivre). Il y a dans cette représentation d’un survivant solitaire la quintessence d’une conception hyperréaliste du genre. Tout y est écrit et développé avec une authenticité brute. Le héros n’en est pas un et les méchants ne sont que d’autres êtres perdus qui cherchent également à répondre à des appels corporels primitifs. Tout comme le film précédent, il y a un remarquable travail sur la psychologie des personnages et leurs relations. La radicalité du sujet vient également du fait que le réalisateur ne se prive pas pour montrer la nudité chez les trois personnages. Rien n’est gratuit, tout est primaire. Ce monde post-apocalyptique (que Stephen Fingleton renie comme vous le lirez plus loin) est un nouveau monde, là où l’homme retourne à sa source première. Mais hors de question de céder au jugement et au manichéisme, Stephen Fingleton concède la difficulté de vivre dans un tel monde et donne des éléments pour comprendre les réactions de tous ces personnages. Il interroge directement : Jusqu’où pouvons-nous aller pour survivre ? Le film repose comme The Invitation sur une seule unité de lieu, quasi-isolée où les sorties hors de la cabane se font rares. Le monde ne se concentre plus qu’autour d’un foyer et d’un jardin. C’est de cette manière que l’on recrée une civilisation. La primitivité se ressent également dans cette violence et cette tension palpable qui règne tout au long du film. La cabane et le jardin sont des lieux désirés et nombreux sont les survivants, plus proches qu’on ne le croit, à vouloir espérer ce petit bout de terre. C’est la loi du plus fort qui règne et on notera de nombreuses connivences avec le western, notamment dans un duel dans les hautes herbes. Le survival déroutera par la quasi-absence de dialogues et les longues séquences de contemplations. Cependant, il détonne par son style et l’audace d’aller chercher une telle authenticité. The Survivalist, c’est la promesse d’un film post-apocalyptique qui ne surfe jamais sur la tendance actuelle du genre. Il n’y a ni cliché, ni facilité et c’est ce qui rend cette oeuvre si maîtrisée et si radicale. Enfin une vraie proposition de cinéma, plus réel que jamais ni quoique ce soit. Bluffant !
Note de la rédaction : ★★★★☆
A droite, Stephen Fingleton, le réalisateur de The Survivalist.
Le réalisateur Stephen Fingleton se prête au jeu du question/réponse à la fin de la projection sous une salve d’applaudissements. Il tient à préciser que son film n’est pas apocalyptique mais « post-event », c’est à dire que l’humanité continue de vivre, mais qu’il s’est déroulé un événement qui a ébranlé toute notre société. Les deux genres sont sensiblement différents et le réalisateur ne se gêne pas pour insister sur ce point. Un détail peut-être, mais qui fait toute la différence. Cependant, il précise immédiatement qu’il ne donnera pas la caractéristique de l’événement qui s’est déroulé tout comme il n’insiste pas sur l’année à laquelle le film se déroule. En amont de la production, Stephen Fingleton décrit l’impressionnant travail qu’il a fourni pour maîtriser son sujet. Il a énormément potassé le sujet de la survie, de l’agriculture locale et de la manière de subsister dans un environnement naturaliste, tout comme il a fait passer un stage de survie à ses acteurs. Un travail d’analyse et d’immersion qui se ressent en profondeur au sein du film. Les questions tournent beaucoup autour du caractère naturaliste de son film, certains qualifiant The Survivalist de « western à la Ingmar Bergman » quand d’autres évoquent un film dans la lignée de Jane Campion. Il explique minutieusement le remarquable travail sonore qui a été effectué. Une question retient l’attention de tout le monde puisqu’à aucun moment, malgré des temporalités différentes, on ne ressent le défilé des saisons. Stephen Fingleton expliquera qu’il s’agit là de simples et habituelles contraintes budgétaires et de temps. Impossible comme il le dit d’étaler son tournage sur toute une année. Enfin, The Survivalist peut être présenté comme une partie du patrimoine irlandais, où le peuple a longtemps souffert de la famine dans une société autrefois en pleine guerre civile. Voilà les véritables sujets : la faim, la survie et la manière d’agir pour subsister un jour de plus. Quelques applaudissements et des remerciements chaleureux en guise de conclusion le temps que la salle se libère pour assister à un film de monstres irlandais qui s’annonce terriblement excitant..
[EN COMPETITION] The Hallow (The Woods)
Réalisé par Corin Hardy (Royaume-Uni, 2015). Date de sortie prochainement annoncée.
Synopsis : Malgré les avertissements, un scientifique, sa femme et son bébé profanent une forêt irlandaise dont ils ne soupçonnent pas les dangers. Très vite, les créatures vivant en ces lieux menacent et attaquent la petite famille.
Une projection à Sundance et The Hallow est immédiatement annoncé comme une pépite du cinéma de genre par tous les festivaliers ayant eu la chance d’assister à la première mondiale. Alors, quand une première projection est annoncée en France, le film suscite une énorme attente chez les cinéphiles français et plus particulièrement strasbourgeois. A la fin du film, on pourrait résumer The Hallow comme le croisement de The Descent avec le jeu vidéo The Last of Us conjuguéà une esthétique digne d’un Guillermo Del Toro dans un univers prenant place dans la légende irlandaise. Rien que ça ! Mais ce serait mettre des étiquettes sur un film bien plus singulier qu’il n’y paraît. Corin Hardy assume le classicisme de ce film de monstres d’un côté et saisit de l’autre, avec une telle ambition et une telle maîtrise, l’essence-même du genre, qui peut plaire aussi bien aux spectateurs lambdas qu’aux plus exigeants cinéphiles. Pour un premier long métrage, The Hallow épate par la noirceur de son récit, les thèmes énoncés (la revanche de la nature sur l’homme, la paternité, etc.) et la réalisation sublime. C’est bien simple, il s’agit là des plus beaux effets visuels que le festival nous ait présenté en compétition. Des décors merveilleux et gothiques qui feraient pâlir un Del Toro. C’est sans compter les créatures du film qui s’avèrent être de formidables monstres de cinéma et des représentations viscérales des mythes irlandais. Comme un croisement obscur et dégoulinant entre les bêtes de The Descent et le Faune du Labyrinthe de Pan. Corin Hardy délivre tout son génie dans la retranscription du mythe irlandais travaillant à la fois les légendes et les créatures qui peuplent le bestiaire anglo-saxon. En mélangeant des influences urbaines et la dangerosité du cordyceps dans la nature, le réalisateur compose une partition qui joue entre le fantastique et le réel, témoignant d’une intrigue plutôt assez crédible. Et puis ne serait-ce que pour ce final, qui laisse planer un immense suspense sur son dénouement, on crie « admirable ». Le réalisateur nous manipule à l’image des créatures avec les personnages du film. D’ailleurs, le casting de The Hallow est des plus remarquables, puisque on y retrouve Joseph Mawle (Kill Your Friends, prochainement à l’affiche de Au coeur de l’océan), Bojana Novakovic (Jusqu’en enfer, Shameless) ou encore Michael McElhatton (Roose Bolton dans Games of Thrones). Par son classicisme magnifié, The Hallow pourrait prétendre à une sortie dans les salles françaises (les voix évoquent l’automne 2015). Ce serait la consécration méritée pour ce film dont on garde un souvenir plein d’effrois et de noirceur. C’est peut-être ça notre projection coup de cœur du festival…
Note de la rédaction : ★★★★☆
Au centre, Corin Hardy, le réalisateur de The Hallow.
Corin Hardy est un personnage extrêmement sympathique. N’hésitant pas à imiter les cris des créatures de son film, de répondre avec humour ou de se montrer très proche de son public. Il va même jusqu’à offrir des t-shirt avec le nom de son film. Le cinéaste expliquera que la genèse de ce film aura duré près de huit ans avant qu’il puisse le tourner comme il l’avait toujours imaginé. Des spectateurs évoquent le jeu vidéo The Last of Us, pour la similitude avec le cordyceps. Il y a de cela et surtout Corin Hardy expliquera qu’il est à l’origine d’un documentaire sur le cordyceps qui a inspiré le jeu vidéo de Naughty Dog. Le réalisateur s’attarde comme son prédécesseur sur le travail sonore qui a bénéficié d’un soin tout particulier, en particulier sur les hurlements des créatures. Quelques minutes pour remercier chaleureusement toute l’équipe du festival et la salle se vide à nouveau pour assister au dernier Midnight Movies de la semaine..
[MIDNIGHT MOVIES] Stung
Réalisé par Benni Diez (Etats-Unis-Allemagne, 2015). Date de sortie prochainement annoncée.
Synopsis : Paul et Julia, traiteurs de profession, s’apprêtent à se rendre à une garden-party organisée par la riche Mrs. Perch. La routine, en soi, jusqu’à ce qu’un fertiliseur toxique provoque l’arrivée en masse de guêpes géantes qui s’attaquent aux invités ! Et elles ne sont pas les seules à avoir muté…
A l’instar de Zombeaversl’an passé qui s’était imposé dans l’esprit des festivaliers avec son pitch absurde, le FEFFS accueille une nouvelle déclinaison du film d’animal modifié. Cette fois-ci, les castors laissent leur place à des guêpes peu ragoutantes, nées d’un mélange toxique entre des protéines de croissance et de l’engrais. A ce niveau, on pourrait prendre le parti de défendre Stung en expliquant qu’il s’agit là d’un chef d’oeuvre évoquant la revanche de la nature sur l’homme et ses méfaits sur l’environnement. On pourrait décrire l’humour badant et typique d’un film taillé pour les festivals et qui devrait assurer une salve d’applaudissements et de rires gras. On pourrait parler du rythme du film qui enchaîne les séquences d’action à un rythme effréné. On pourrait dire tout ça mais on ne le fera pas parce que Stung ne le fait pas lui-même. A aucun moment Stung n’essaie de s’extirper de son étiquette de film de festival et de proposer de nouvelles idées dans le genre. Stung ressemble à tous les films d’animaux mutants que vous ayez pu voir dans votre vie. Hésitant constamment entre le sérieux et le second degré, le film ne réussit finalement dans aucune catégorie. Et c’est dommage, car il se révélait extrêmement sympathique dans une première partie qui prenait le temps de poser un contexte et des relations entre les personnages avant que tout ne dégénère. C’est paradoxalement à l’instant où le film devait devenir le plus jouissif qu’il s’enferme dans un récit sur le pourquoi-du-comment et des explications à outrance qui nous intéresse tellement peu. Benni Diez, tu ne comprends donc pas qu’il faut être plus généreux avec ton spectateur? Offre lui ce qu’il est en droit d’attendre d’un tel film ! On se demande où les scénaristes trouvent l’intérêt de s’attarder sur des explications malvenues, de la psychologie de comptoirs et une intrigue rallongée. Sûrement pour tenir 1h30, comme convenu dans le cahier des charges. Toute la dernière partie consiste en un combat improbable et peu réjouissant entre les survivants et des hommes-guêpes dans des scènes d’action brouillonnes et visuellement laides. Les effets visuels ? Tout est en CGI (image générée par ordinateur) et très inégal, oscillant quelques fulgurances en animatronic avant de gerber à l’écran une salve de code binaire. C’est affligeant. Il ne suffit que de regarder la première séquence pour deviner la gêne qu’on va ressentir devant ce film. Quoi ??! Benni Diez était le superviseur des effets spéciaux sur Melancholia de Lars Von Trier ? Quelle tristesse de tomber si bas ! Et puis, qu’est-ce-que vient foutre Lance Hericksen dans cette galère ? Avec un tel sujet, pourquoi les réalisateurs ne poussent-ils pas le concept de leur film jusqu’au-boutisme ? Pourquoi il n’y a pas (ou peu) l’humour nécessaire qui aurait rendu cet instant festivalier mémorable ? Pourquoi est-ce que le réalisateur tient tellement à filmer des séquences longues et chiantes de dialogues vains, puisque l’intérêt repose ailleurs que sur la profondeur des personnages. Quelques rires jaunes dans la salle durant la première demi-heure mais très vite, tout le monde s’est rendu compte du pétard mouillé qu’était ce Stung. Encore un nouveau film qui passera en deuxième partie de soirée sur la chaîne SyFy. A nouveau, cet ultime Midnight Movie confirme que la sélection a fait pâle figure cette année.
Note de la rédaction : ★☆☆☆☆
La compétition du FEFFS 2015 est désormais terminée. Tous les films ont déjà été présentés au public. A fortiori, on en a loupé quelques-uns qui s’annonçaient intéressants d’après les échos dans la file d’attente. On pense à Tag de Sion Sono ou Ni le Ciel Ni la Terre de Clément Cogitore. Malgré ces deux-là, j’ose imaginer ce que pourrait donner le palmarès final selon mes critères d’appréciation et les retours entendus dans les salles. Il me paraît évident que The Lobster va repartir avec un prix (Public ?) alors que je ne trouverais pas étonnant que Ni le Ciel Ni la Terre du natif strasbourgeois reparte avec une récompense européenne. Concernant le reste, les films de cette journée peuvent également trouver leur place dans le palmarès final notamment The Survivalist avec son ambiance radicale et crédible ou bien The Hallow, belle et efficace proposition de cinéma de genre. Der Bunker, The Invitation ou Tag pourraient bien surprendre et se caser dans le palmarès d’une compétition inégale. Quoiqu’il en soit, il faudra patienter jusqu’à demain pour découvrir qui sera le nouvel Octopus d’or, après White God l’an passé. On terminera cette dernière journée au festival avec le film de clôture Yakuza Apocalypse de Takashi Miike et la tant-attendue et si jouissive Nuit Excentrique. Du film de loups-garous, de la Suède exhibitionniste et un film français muet sur la drogue, croyez-moi qu’on va bien se marrer ! A demain, les frelons !
FEFFS 2015 : compétition internationale, interview du réalisateur Nikias Chryssos
Synopsis: un étudiant ambitieux recherche le calme et la solitude pour se focaliser sur son travail. Il se retrouve dans une résidence ressemblant à un bunker, habité par un couple qui scolarise leur fils Klaus à la maison. Ils lui demandent alors de s’occuper de l’éducation de Klaus qui se révèle avoir de grosses difficultés pour assimiler les leçons qui lui sont dispensées dans ce cadre familial plutôt déstabilisant.
Le FEFFS 2015 met à l’honneur le cinéma de genre allemand, avec Der Bunker de Nikias Chryssos pour la compétition internationale, mais aussi dans la section « Midnight Movies » Stung de Benni Diez ou German Angst des réalisateurs Jorg Buttgereit, Andreas Marschall, et Michal Kosakowski.
La rédaction CSM a immédiatement été séduite par Der Bunker, un ovni issu de la scène indé berlinoise, qui se distingue par son ambiance surréaliste, ses touches d’humour décalé, ses acteurs parfaitement incarnés et dans l’ensemble déjantés, le tout dans un huit-clos infernal dont l’ambiance particulièrement anxiogène devrait en séduire plus d’un, accompagné d’une composition musicale particulièrement travaillée, et d’un jeu sur les lumières des plus soignés. A ne pas rater!
Nous avons eu la chance de dialoguer avec le réalisateur de ce film, Nikias Chryssos, qui a fait sensation auprès du public strasbourgeois, et qui devrait sans nul doute quel que soit le palmarès, marquer les esprits.
– Bonjour Nikias, peux-tu nous expliquer la genèse de ton film? D’où t’es venue l’idée d’enfermer tous tes personnages dans un bunker, qui devient un huis-clos infernal plus le film avance? T’es-tu inspiré de faits réels, d’un de tes projets antérieurs, ou tes personnages sont-ils tout simplement sortis tout droit de ton imagination?
Durant un certain temps, j’ai fait beaucoup de recherche dans des groupes occultes et des communautés religieuses, je suis allé à des réunions, j’ai parlé aux membres, j’ai lu beaucoup de livres. J’ai aimé l’idée d’un film dans lequel la famille fonctionne comme une petite communauté religieuse, avec « un personnage bon », un plutôt moyen, un suiveur, etc… Je suis également très intéressé par le sujet de l’éducation de manière générale, et par le fait de savoir comment des enfants stricts ou libéraux sont éduqués. Parfois, j’imagine que les enfants sont écrasés par les espérances de leurs parents. Que se passe-t-il dans ce cas s’ils ne sont pas clairement à la hauteur de la tâche dévolue?… De l’autre côté, il y a l’étudiant qui a de très hautes (sans doute trop hautes) ambitions pour lui-même. La mise en scène du bunker m’a donné l’occasion de combiner tous ces thèmes qui m’intéressent et de voir ce qu’il arrive lorsque ces personnages se confrontent dans un univers tout à fait psychotique. Les personnages ont toujours été étroitement liés aux acteurs qui ont fini par les jouer, donc j’ai très tôt pu leur parler dans le cadre du processus de création, de leur rôle respectif et de l’intrigue. J’ai essayé de la maintenir attrayante et ouverte sur de nouveaux développements, et ce durant toute la construction du film. Plus tard, j’ai lu l’histoire d’une famille, je crois que c’était en France ou la Belgique, où le père a instruit son enfant à la maison parce qu’il pensait qu’une race étrangère attaquerait la Terre et l’enfant était censé être « l’élu » devant se battre contre eux. Oui parfois, la réalité est encore plus bizarre que la fiction!
– Tes acteurs sont tous inspirés et incarnés. Mais nous avons bien sûr le désir immédiat d’en savoir un peu plus sur le choix du fils, Klaus, en particulier. Comment as-tu casté ce brillant acteur?
Je connais Daniel Fripan, qui joue Klaus, depuis de nombreuses années et je pense qu’il est effectivement un acteur incroyable. En fait, nous avons déjà tourné un court-métrage ensemble, intitulé Hochhaus, où il joue le rôle d’un mauvais frère, plus âgé, un rôle très différent. La plupart du temps, il joue des escrocs, des skinheads, des criminels, mais dans la vraie vie, il est très drôle et sympathique, donc ça a été une véritable chance de le caster dans un rôle complètement différent. Quand nous nous sommes rencontrés, je ne l’avais plus vu depuis deux ans et je lui ai demandé: « Danny, je pense tourner ce film. Crois-tu pouvoir jouer un personnage âgé de huit ans? » Il a sauté sur mes genoux, m’a étreint et m’a regardé comme un petit enfant. Voilà c’était tout pour le casting! Je pense qu’il y a quelque chose d’effrayant et de véritablement touchant dans son personnage. On ne lui donne pas le droit de grandir, il est contraint d’être un enfant, mais en même temps, il n’est pas non plus un vrai adulte. Ce fut très amusant de travailler avec la costumière, Henrike Naumann, et notre maquilleuse, Sylvia Grave, sur son apparence.
– Au-delà du suspense et d’une atmosphère déconcertante jusqu’au final, il y a un travail remarquable sur les lumières, mais aussi la musique. Concernant la lumière, ce travail sur le rouge, le blanc, qui suit parfaitement l’évolution psychologique des personnages, as-tu été inspiré par le travail de Nicolas Winding Refn, ou de manière générale, quelles ont été tes autres sources d’inspiration? De même pour la musique : en quoi joue t-elle également un rôle central dans ton film?
Mon directeur de la photographie, Matthias Reisser, s’occupe essentiellement de l’éclairage dans les films. Il travaille également comme un chef électricien pour de grandes productions en Allemagne, et ensemble avec notre conceptrice de production Melanie Raab, nous avons beaucoup travaillé sur les couleurs et l’atmosphère dans la maison. Nous avons essayé de trouver des ambiances particulières dans les différentes pièces et aussi en accord avec l’évolution du film. Nous avons pensé que le rouge était une couleur forte pour la transgression de l’étudiant dans une sphère diabolique et cauchemardesque, mais aussi de montrer le bunker comme quelque chose qui s’assimile à « un ventre profond« . Il fut intéressant également d’utiliser la couleur comme une connexion pour l’entrée du bunker et l’intérieur de la maison.
Le travail de Nicolas W. Refn fut une influence déterminante oui, mais aussi Dario Argento dans Suspiria, David Lynch, et de manière secondaire, des films japonais raffinés comme Tokyo Drifter (ndlr: Le Vagabond de Tokyo). En dehors de l’aspect visuel, la bande sonore du film est très importante pour moi. Nous avons utilisé différentes sortes de musique : principalement du classique dans la première moitié du film illustrant le côté faux-bourgeois de la famille, majoritairement jouée en arrière-plan. Mais parfois ce classique se mélange à d’autres thèmes de la BO ; de longues et profondes notes accentuent l’atmosphère sombre et malsaine de cette « maison hantée »; ensuite une partition avec différentes variations pour l’étudiant, Heinrich, ou pour « le démon » avec lequel la mère discute; enfin, un thème musical pour la mère et son fils. Nous avons développé tout cela avec un jeune compositeur appelé Leonard Petersen, très talentueux. J’ai aussi aimé incorporer d’autres styles de musique comme une chanson punk et même de la techno pour le climax* qui je pense fonctionne très bien, c’est dynamique et surprenant.
*apogée ou point d’acmé
Merci infiniment Nikias pour tes réponses et bravo pour ton oeuvre!
Der Bunker est le premier long métrage du réalisateur Nikias Chryssos, il y dirige Pit Bukowski (Der Samurai), Daniel Fripan, Oona von Maydell, David Scheller…
Année de production : 2015
Scénaristes : Nikias Chryssos
Musique : Leonard Petersen
Genre : Horreur, Comédie, Drame
Pays d’origine : Allemagne
Durée : 1h25
Note*: Le climax en musique est le point culminant d’un morceau — notamment en musique symphonique romantique – moment où la nuance fortissimo et l’agitation musicale maximale sont obtenues grâce à un tutti orchestral.
Les pérégrinations d’un reporter au FEFFS 2015 : projections des films Night Fare, The Corpse of Anna Fritz et Turbo Kid.
Pour rattraper la projection catastrophique de minuit d’hier, il avait été convenu avec certains festivaliers d’aller se soûler au bar. Pour se désaltérer dans un premier temps, mais également pour cracher sur les vilains petits canards de la sélection. On se retrouve donc au Berthom de Strasbourg, jouissant de l’happy-hour et d’une Maredsous bien agréable. L’arrivée d’un nouveau festivalier à Strasbourg nous permet de lui faire quelques recommandations sur les films à voir, mais surtout sur ceux à ne pas voir. Emelie, Ava’s Possession, Howl sont ceux qui reviennent régulièrement tandis que j’hésite à recommander ou non Crumbs. Mais en le décrivant comme un film dans la lignée d’un Jodorowsky, mes compagnons de festival sont encore plus excités par ce film qu’ils ne pourront voir nul par ailleurs. Quoi qu’il en soit, en ce qui nous concerne ce soir, on espère au minimum se marrer un peu, car la sélection jusqu’à présent est un peu pâlotte. Rien de véritablement jouissif ou transcendant. Notre programme commencera donc par un film français en présence de l’équipe du film, un long métrage espagnol nécrophile et un film de minuit rétro-futuriste. Moi qui avait espéré assister à la séance de Cop Car à 22h, une bénévole m’apprend que la séance est complète. Un « ah merde » m’échappe, mais je décide très sagement d’assister à la séance de The Corpse of Anna Fritz, film espagnol que je souhaitais pourtant éviter. Mais soit je m’y plierai. Alors, visionnons mes bons !
[CROSSOVERS] Night Fare
Réalisé par Julien Seri (France, 2015). Sortie en salles françaises le 04 novembre 2015.
Synopsis: Luc et Chris, son ami anglais, montent dans un taxi pour rentrer chez eux après une soirée parisienne bien arrosée. Arrivés à destination, ils s’enfuient sans payer la course. Ils sont tombés sur le mauvais chauffeur… Le taxi va se mettre en chasse toute la nuit. Mais, est-ce vraiment l’argent qu’il veut ?
Night Fare est la nouvelle preuve qu’un film de genre français peut être produit en marge du système. En ayant récolté plus de 50 000€ sur le site de crownfunding Ulule, Julien Seri a pu concrétiser ce Night Fare, sorte de croisement entre Drive, Duel et Collatéral avec une dose de surréalisme totalement inattendue. Pourtant, Julien Seri n’est pas un inconnu du milieu du cinéma puisqu’il a déjà eu l’occasion de travailler avec Luc Besson, et ses faits d’armes s’intitulent Yamakasi-Les Samourais des temps modernes, Les Fils du Vent et Scorpion. Des films dispensables mais qui témoignent de la nervosité d’un réalisateur qui privilégie l’action au reste. Night Fare n’échappera pas à la règle et on pourrait presque s’en réjouir tant les combats s’avèrent rythmés, bien fichus et haletants. Je dis « presque » car le scénario a dû mourir en cours de tournage. Démarrant autour d’un triangle amoureux, le récit dévoile quelques flash-backs sur le passé des personnages principaux tandis qu’on apprend qu’il y a une organisation beaucoup plus importante derrière ce croque-mitaine conducteur de taxi, et qu’elle remontrait au Moyen-Age (!!!). C’est là que le film nous perd en route. Avec un scénario qui avance dans une complexité inutile et une organisation de chevaliers de la nuit, Night Fare ne devient plus que l’ombre de lui-même, alors qu’il tenait là un duel excitant entre deux types paumés et un vengeur invincible. A trop vouloir en faire et éviter le déjà-vu, Julien Seri livre une partition grotesque et boursouflée. On lui reconnaîtra néanmoins le mérite d’avoir un casting correct et une mise en scène soignée, avec quelques jolis cadres et des lumières acidulées qui témoignent d’un amour pour Nicolas Winding Refn, même si certains effets font peine à voir (des flammes virtuelles). Concernant le réalisateur danois, Julien Seri doit sans doute lui attribuer aussi son goût pour la violence et les exécutions sanglantes. Les bras volent, les os se brisent et les balles déforment les visages. C’est esthétiquement plaisant et toujours dynamique. On ne pourra pas reprocher au film de ne pas nous maintenir captivés par cette débauche de violences. S’il tombe parfois dans certains poncifs, Julien Seri évite cependant de nombreux clichés et on sent qu’il a eu la maîtrise sur une bonne partie de son film. Il est clair qu’on aura rarement vu un tel résultat sur les écrans français. Night Fare est donc un véritable OFNI dans le système du cinéma français. Pas si énervant que cela mais extrêmement prétentieux et qui s’écrase dans un dénouement what-the-fuck au plus haut point. Peut-être que pour la première fois, je ne sais pas comment saisir ce film pour lequel j’ai totalement décroché du scénario tout en restant diverti par le style et les scènes d’action. Un plaisir coupable ? Peut-être bien.
Note de la rédaction : ★★☆☆☆ .
[EN COMPÉTITION] The Corpse of Anna Fritz
Réalisé par Hector Hernandes Vicens (Espagne, 2015). Date de sortie prochainement annoncée.
Synopsis : Anna Fritz, une actrice célèbre à la beauté troublante, vient de décéder. Un employé de la morgue, sur le point de finir son service, laisse deux de ses meilleurs amis s’introduire dans les lieux pour observer la défunte. Il n’est d’abord question que de jeter un oeil sous le drap. Mais très vite, la morale s’efface et l’un des visiteurs est tenté de posséder ce corps inerte.
Étonnant et minimaliste film espagnol qui traite d’un sujet trop rarement vu sur les écrans, la nécrophilie. Se déroulant dans une morgue (l’unique décor), le film serre progressivement son étau à mesure que l’intrigue se rapproche d’un thriller en huis-clos haletant. On reconnaîtra l’audace pour Hector Hernandes Vicens de traiter d’un tel sujet dans une société frileuse qui souhaite détourner le regard de ses pulsions les plus odieuses et profondes. Mais c’est tout! Faute d’écriture, le scénario tombe dans une accumulation de scènes caricaturales où les personnages agissent comme les plus infâmes misogynes au monde. Dès lors que le cadavre se réveille, les personnages auront des réactions toutes plus absurdes et inimaginables. Tous les personnages semblent être des clichés sur pattes, confrontant plusieurs notions de bien et de mal. Enfin par « notions », j’entends qu’il y a un gentil, un méchant et un entre-les-deux, de sorte à donner plusieurs discours sur la situation, sauf que le réalisateur ne fait qu’effleurer cet aspect, tout comme il ne considère son actrice principale que comme un cadavre, à l’image du film. Son immobilité l’oblige à jouer de son statut d’actrice et de persuasion, mais jamais elle ne parviendra à éclipser ce statut de femme-objet. Il semble difficile pour le réalisateur de ne pas tomber dans la paresse d’un scénario rempli à ras-bord d’incohérences et de ridicules facilités. Un téléphone qui sonne au bon moment, un gardien qui n’entend rien de par ses écouteurs, une actrice qui ne peut bouger, etc. Malgré l’invraisemblance de la situation, tout semble aller sur des roulettes pour ces nécrophiles d’un soir afin de tenir jusqu’au final renversant. C’est sans compter le lourdingue message que le film porte puisqu’il n’en contient tout simplement pas. The Corpse of Anna Fritz ne dit rien. Dès lors que ce « viol nécrophile » est perpétré (à deux reprises), personne ne réfléchira à l’immaturité et la violence de cet acte. Seul compte la manière dont les « héros » vont pouvoir s’en sortir. Misogyne à l’extrême, le réalisateur n’ose à aucun moment filmer la violence et la nudité masculine comme il le devrait alors que son actrice principale bénéficie d’une quasi-totalité de plans en full-frontal naked. C’est la faiblesse d’un film qui traite d’un sujet controversé, mais qu’il ne fait qu’effleurer pour livrer un thriller aux allures tout-juste morbides. Grotesque et totalement vain.
Note de la rédaction : ★★☆☆☆ .
[MIDNIGHT MOVIES] Turbo Kid
Réalisé par François Simard, Anouk Whissell, Yoann-Karl Whissell (Nouvelle-Zélande, 2015). Date de sortie prochainement annoncée.
Synopsis : 1997 : dans un futur parallèle post-apocalyptique, un adolescent orphelin surnommé « le Kid » parcourt le désert à la recherche de reliques qu’il échange contre de l’eau fraîche, denrée la plus précieuse dans ce monde toxique. Il rencontre Apple, dont l’humour à toute épreuve le sort peu à peu de son isolement. Mais Apple est enlevée par Zeus, le personnage sadique et plein de verve qui règne sur le territoire. Le Kid doit alors assumer son destin : éliminer Zeus et sauver Apple.
On aime bien le cinéma néo-zélandais. Surtout quand il nous livre des cinéastes comme Peter Jackson ou des films fantastiques comme les récents Housebound ou What we do in the Shadows (Vampires en toute intimité en VF). Alors un film se déroulant dans un monde post-apocalyptique avec des personnages hauts en couleur, on pense à l’australien Mad Max mais surtout on a hâte ! En 2011, un appel à films est lancé pour compléter l’anthologie The ABC’s of Death d’un 26ème épisode. Le collectif Roadkill Superstar (François Simard, Anouk et Yoann-Karl Whissell) remplit le mandat et livre T is for Turbo, qui arrive bon premier au vote populaire, mais qui est finalement recalé derrière T is for Toilet par le jury. Dommage mais les gars ne se laissent pas abattre et convaincus par le potentiel de leur court et l’accueil du public, ils l’adaptent dans la foulée en long métrage. On ne peut que saluer cette petite pépite du cinéma de série Z. Quelle réjouissance, quelle audace, quel style ! Budget minimaliste, mais générosité maximale pour ces réalisateurs qui, malgré le manque de moyens, font preuve d’une maîtrise, d’une nostalgie et d’une considération pour son spectateur. C’est du vrai bon cinéma, taillé pour les festivals et les amateurs de genre. Les passionnés de cinéma rétro-futuristes des années 80 y trouveront assurément leur compte. Même les récents fans de Mad Max Fury Road pourrait bien trouver leur bonheur tant l’univers nous y renvoie régulièrement. L’absence d’eaux, des personnages pittoresques, un antagoniste en béton, de la violence dégoulinante comme il faut. Seules les voitures et machines de guerre du film de George Miller sont remplacés par des BMX, mais l’univers dépeint y est sensiblement le même. La profusion d’accessoires rétros ou d’effets horrifiques ne doivent cependant pas empêcher de voir dans Turbo Kid un film charmant qui prend le temps de s’attarder sur la construction émotionnelle de ses deux personnages principaux. J’irais presque jusqu’à dire que tout ceci est très mignon. Mais quand bien même on est réconforté par cet aspect romantique, on ne peut que jubiler lors des combats qui ne semblent avoir aucune limite, autant dans l’humour que dans le gore. La séquence finale est à juste-titre ce qu’on a vu de plus distrayant au cinéma ces derniers temps. C’est à ça que l’on reconnaît les bons films, à partir du moment où l’équipe du film déborde d’énergie et fait preuve de créativité. Les plus nostalgiques trouveront leur compte tant chaque scène s’avère bourrée de références aux années 80. Et que dire de cette BO alliant toute l’énergie et le dynamisme de l’électro et du synthé. On en ressortirait presque nos walkmans. C’est d’autant plus agréable que ce film au grand cœur a bénéficié d’une sortie dans les salles obscures canadiennes. La consécration pour un collectif sur le point de s’envoler. On a hâte de retrouver ces petits gars et on suivra leur prochain projet avec intérêt.
Note de la rédaction : ★★★★☆
Enfin un film de minuit à la hauteur de mes espérances et de celles de tous les spectateurs de la salle, applaudissant avec énergie lors du générique final. C’est le cœur revigoré, mais l’esprit lessivé que je rentre me coucher pour rattraper un peu de sommeil et me préparer à la prochaine journée où quatre films seront visionnés par la rédaction. Un thriller hitchcockien, un Je Suis Une Légende-Like, une forêt irlandaise terrifiante et des guêpes mutantes. Après cette journée bien plus dynamique, on a déjà hâte de retrouver le chemin des salles strasbourgeoises. En attendant la vénérable Nuit Excentrique. A demain, les cadavres !
C’est un pur hasard de calendrier, mais la sortie une semaine après Straight Outta Compton d’un film français sur le même thème, celui du hip-hop, peut permettre une comparaison qui ferait cas d’école entre les cinémas hexagonal et d’outre-Atlantique, sans que les deux films soient antithétiques (l’antithèse de Brooklyn serait plutôt et paradoxalement un film français: Dheepan).
L’éclosion d’un talent qui espère voir briller
Alors que le biopic des membres de NWA nous vendait, en pur produit américain, du spectaculaire et des rêves de gloire et de fortune, ce que nous propose Pascal Tessaud à l’occasion de son premier film est une œuvre intimiste, naturaliste et jonglant entre chronique sociale et histoire d’amour torturée.
Mais même s’il semble correspondre aux normes du cinéma grand-public français héritées de la Nouvelle Vague, Brooklyn est loin d’être un produit calibré puisqu’il s’agit d’un « film guerilla », ces productions purement urbaines initiées par Donoma de Djinn Carrénard et Rengaine de Rachid Djaïdani, tournées en peu de temps, avec des moyens limités acquis non pas grâce aux subventions publiques mais au crowdfunding et des acteurs majoritairement non-professionnels auxquels est donnée une large marge d’improvisation.
Si ce premier film a tapé dans l’œil de l’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion (ACID) à l’occasion du dernier festival de Cannes, c’est avant tout parce que son auteur a su dénicher une pépite sur laquelle faire reposer son film : la rappeuse suisse KT Gorique. Celle qui s’est fait connaitre dans le milieu du hip-hop lors de championnats mondiaux d’improvisation se retrouve ici présente dans quasiment tous les plans du film et nous prouve que son talent dépasse les battles de rap. L’énergie que dégage ce petit bout de femme en devient même le moteur de toute la dramaturgie du long-métrage, tandis que la sincérité qu’elle donne à son personnage réussit à en faire une petite histoire sinon touchante, du moins remarquable par la justesse de son propos sur la place de la femme dans un milieu malgré tout terriblement phallocrate. L’autre personnage frappant est celui de Yazid, interprété par l’excellent Jalil Naciri (remarqué notamment dans la série P.J.), qui incarne l’esprit de volonté d’émancipation et de fraternité que le réalisateur a voulu mettre en avant pour donner un visage différent des cités que les clichés que nous en donne habituellement le cinéma de fiction.
L’autre atout de Brooklyn est sans aucun doute la qualité des images (souvent le parent pauvre de tels films tournés à l’arraché) et ses choix de mises en scènes. Qu’il s’agisse de prises de vues à l’épaule ou de changements de focales incongrus, tous ces effets visuels vont dans le même sens, celui de coller au plus près notre héroïne pour capter ses émotions et créer ainsi un lien empathique digne de ce que les frères Dardenne savent faire. Mais aucun de ces artifices n’est utilisé de manière appuyée, le montage ne laissant jamais aux scènes le temps de s’éterniser inutilement (d’où la durée assez courte du film) mais va directement à l’essentiel et s’adapte ainsi, une nouvelle fois, à la vitalité qui émane de Coralie. Une vigueur et une sympathie qui brisent l’image d’une génération morose et d’un milieu social inhospitalier, et qui apparaissent même -sans que le discours ne se veuille jamais moralisateur ou démagogique- comme des modèles à suivre, aussi bien dans la façon qu’elle a d’accomplir un petit boulot pour payer son loyer que dans son engagement associatif et artistique. A noter que le montage réussit également parfaitement à adopter, lors des captations de scènes chantées, la rythmique des musiques hip-hop, ce qui rend la bande originale d’autant plus entraînante.
Il n’est absolument pas nécessaire d’être un amateur de rap ni de l’art de la rue pour apprécier la proposition de Brooklyn: Celle de s’éloigner des sempiternels films sur les banlieues et leur vision enragée et antisystème de quartiers tenus par des petits caïds, puisque c’est au contraire l’image d’une communauté pleine de ressources culturelles, de fraternité et d’espoir qui nous y est offerte avec une virtuosité prometteuse.
Synopsis : Tout juste arrivée à Saint-Denis, Coralie, venue de suisse et âgée de 22 ans, est logée chez une vieille dame du nom de Odette et est embauchée dans une association qui aide les jeunes rappeurs à se faire connaitre en vue de monter sur scène et de sortir un album. Alors qu’elle entame une relation avec Issa, ses talents de chanteuse sont remarqués par Yazid, un manager qui décide de la prendre sous son aile.
Brooklyn : Fiche technique
Réalisation: Pascal Tessaud
Scénario: Pascal Tessaud
Interprétation: Kt Gorique (Coralie, AKA Brooklyn), Rafal Uchiwa (Issa), Jalil Naciri (Yazid), Liliane Rovère (Odette), Despee Gonzales (Diego)…
Photographie: Fabien Rodesch, Sebastien Bages, Pascal Tessaud
Décors: Thierry Jaulin
Montage: Nicolas Milteau, Amandine Normand
Musique: Khulibai, Calogero di Benedetto, DJ Dusty, Kt Gorique…
Producteur(s): Pascal Tessaud
Production: Les enfants de la Dalle, Film Factory, Cypher films, Manufactura
Distributeur: UFO Distribution
Durée: 83 minutes
Genre: Comédie dramatique, musical
Date de sortie: 23 septembre 2015
Jeudi 24 septembre, Alice Winocour, entourée de toute son équipe, est venue présenter son deuxième film, Maryland, au public parisien.
Synopsis : De retour d’Afghanistan, Vincent, victime de troubles de stress post-traumatique, est chargé d’assurer la sécurité de Jessie, la femme d’un riche homme d’affaires libanais, dans sa propriété « Maryland ».Tandis qu’il éprouve une étrange fascination pour la femme qu’il doit protéger, Vincent est sujet à des angoisses et des hallucinations. Malgré le calme apparent qui règne sur « Maryland », Vincent perçoit une menace extérieure…
Malgré un débat (censé suivre le film) finalement écourté – voire carrément passé sous silence – la réalisatrice a présenté son film en quelques mots avant la projection et ce, en présence de Matthias Schoenaerts et de Diane Kruger (apparue quelques secondes après la projection du film et vite assaillie). Si la rencontre a quelques peu déçu, qu’en est-il du film ?
Qui vive
« Je voulais faire un film qui soit une expérience sensorielle, entièrement du point de vue d’un seul personnage. Mais c’est aussi une histoire d’amour un peu étrange, vous verrez », c’est en ces mots qu’Alice Winocour a présenté Maryland aux spectateurs. Cette promesse-là, de faire ressentir entièrement (et quasiment uniquement) les émotions du personnage principal, soit Vincent (Matthias Schoenaerts) un ancien soldat en plein syndrome post-traumatique, fonctionne plutôt bien. Le film est en effet assez prenant tant il met en scène images réelles et fantasmées, mêlées à une stylisation parfois forcée, pour mettre le spectateur dans un état d’alerte permanente. Pourtant, la toute première partie du film, celle où Vincent est encore dans le fantasme de la menace, où il entend des choses qui n’existent pas, imagine des drames qui ne se réalisent pas, est un plutôt faible. Alice Winocour y multiplie les ralentis pas toujours heureux. Ce qu’elle réussit pourtant le mieux c’est de filmer ce corps pris dans un huis clos, ou plutôt comme enfermé dans la villa d’un couple dont il va bientôt protéger la femme (Diane Kruger). Cette première partie présente Vincent comme un soldat traumatisé, ce qu’il a vécu ne nous sera livré que par une courte image (avec renfort de grosse musique) en guise d’ouverture du film. Si l’objectif est de ressentir ce trouble, avec des sons mis en avant, le spectateur étant enfermé comme dans une bulle qui représente la tête de Vincent, Alice Winocour reste un peu trop en surface. Elle pose un constat clinique trop rapide. C’est pourtant ce qui avait fait la force de son précédent film, Augustine, où tout reposait sur la relation médecin-malade et où devait être diagnostiqué un trouble étrange : l’hystérie. Là encore la réalisatrice se repose sur le corps. Car si Vincent est cabossé dans sa tête, son corps est entier. Une scène très courte dans un centre de « remise en forme » avec des soldats aux corps vraiment blessés nous fera ressentir toute la force de ce traumatisme entièrement psychologique, dur à définir et pourtant entêtant. Engagé comme garde du corps, Vincent ne peut que rester alerte, sans relâche, et ce avec le désir de repartir au plus vite au combat.
« La peur n’évite pas le danger »
Quant arrive la menace réelle, Alice Winocour bascule dans le thriller d’action à grands renforts de musique qui est souvent un substitut à la parole et est censée nous faire ressentir encore plus l’état d’esprit de Vincent. La musique est donc omniprésente alors que Vincent est un personnage à la Drive, taiseux, peu expressif et froid voire glaçant dans ses accès de violence. Dès que commence l’action pure et dure (toujours contrebalancée par des scènes de calme plat où Vincent ne parvient pas à faire retomber la pression) on ne possède comme clef de lecture que ce que Vincent perçoit et comprend. C’est donc sa vision à lui qui fait monter la pression, la villa se transformant en véritable piège où les caméras de surveillance filment le vide alors que les agresseurs surgissent de nulle part. Tout se passe comme si la première partie, très calme, présageait de la tempête qui traverse toute la fin du film. Alice Winocour met alors en scène des rituels : Vincent fermant les grilles placées devant les portes de la villa (et qui ressemblent à des barreaux de prison) ou encore ce même Vincent déclenchant l’alarme. On le voit donc se réfugier derrière une hyper sécurité qui pourtant ne le protège pas.
Dans la tête de Vincent
La mise en scène est plutôt fluide, accrochée aux corps et à cette villa menaçante montrée d’abord comme un lieu de fête, mais où la pluie peut venir à tout moment affoler les invités qui se replient dans ses murs. Alice Winocour construit des sanctuaires inviolables au sein de cette villa comme la cuisine, lieu de réunion de tous les personnages. Ces passages plus calmes permettent au film de monter en tension, d’escalader l’échelle de l’explosion (de Vincent comme du lieu). On ne saura pas vraiment d’où provient la menace. Vincent n’a pas le temps de le savoir et Jessie, la femme qu’il protège, s’en préoccupe finalement assez peu. Le personnage est d’ailleurs faiblement caractérisé, tant il est surtout un pantin au service d’un mari puis une petite chose à protéger, un fantasme pour Vincent. Dommage qu’un tel stéréotype perdure pour une fois qu’une femme prend les commandes, en France, d’un film d’action. Au début du film, quand « tout va bien », Jessie porte donc des mini-shorts, va à la plage, puis très vite elle bascule dans le cauchemar et s’habille en jogging. C’est un résumé plutôt simpliste, mais ça reste la seule image qu’Alice Winocour donne de Jessie. Pourtant, Diane Kruger apporte une forme de nuance au personnage ou du moins un peu de relief par sa forte présence à l’écran et la relation qu’elle noue avec Vincent (entièrement basée sur un jeu de regards). On reste quand même dans un schéma classique puisque la fameuse histoire d’amour, fantasmée elle aussi, présente Jessie comme la figure salvatrice, qui apporte l’apaisement. Résultat, si l’enrobage de Maryland est plutôt réussi – tension assez palpable, travail intéressant sur le son et la musique (sur laquelle Alice Winocour a cependant trop tendance à se reposer pour donner à ressentir) et mélange d’images réelles et fantasmées qui posent la question de leur statut au cinéma – le tout manque de consistance.
Alice Winocour a écouté le témoignage de nombreux soldats et a tout de suite pensé à Matthias Schoenaerts, parfait pour ce rôle. Il n’en fait jamais trop, même quand il y a des incohérences, sobre jusqu’au bout. Avec cet espace propice au cinéma – quand il n’y a plus de mots pour dire ce qu’on ressent, que le corps lâche – qu’il a ouvert, Maryland demeure inabouti, même s’il offre quelques sueurs froides. Mais les images s’enchaînent sans réel fil conducteur, le ressenti est donc biaisé car on peine parfois à se convaincre devant une situation souvent rocambolesque. Le calme avant la tempête, certes, mais l’espace clinique de la souffrance est trop étouffé par une grandiloquence qui freine la raison première du film : « faire ressentir ».
Bande annonce – Maryland
Fiche technique – Maryland
Titre original : Maryland
Date de sortie : 30 septembre 2015
Nationalité : Française
Réalisation : Alice Winocour
Scénario : Alice Winocour
Interprétation : Matthias Schoenaerts (Vincent), Diane Kruger (Jessie), Paul Hamy (Franck)
Musique : Gesaffelstein
Photographie : George Lechaptois
Décors : Samuel Deshors
Montage : Julien Lacheray
Production : Isabelle Madelaine, Emilie Tisné
Sociétés de production : Dharamsala, Darius Films
Sociétés de distribution : Mars Films
Budget : NR
Genre : Action
Durée : 98 minutes
Récompense(s) : Sélection « Un Certain Regard » Festival de Cannes 2015, Sélection Festival de Toronto
La série Scream Queens a fait un faux départ mardi et a dû faire face à l’absence criante de l’audience télé !
Scream Queens a débuté ce mardi soir sur la chaîne américaine FOX. La série horrifique et déjantée créée par Ryan Murphy (American Horror Story, Glee, Nip/Tuck) et ses comparses Brad Falchuk et Ian Brennan (Glee, Nip/Tuck) mettait en scène quelques unes de leurs favorites et un casting attendu du public. Mais le démarrage n’a pas eu l’effet escompté et le pilote a fait un flop ainsi que l’épisode suivant.
Dans Scream Queens, tous les ingrédients du succès sont pourtant bien présents. Emma Roberts en perverse narcissique et Skyler Samuels en justicière : deux actrices d’American Horror Story dans un face à face délirant. Jamie Lee Curtis, terrible et vicieuse campe une reine-mère de la manipulation tandis que Lea Michele (Glee) joue les psychopathes handicapées. Abigail Breslin (Maggie, Final Girl), quant à elle, fait le choix de l’auto-dérision et on la préférerait presque comme ça, notamment quand la blonde s’inflige une baffe monumentale… Un grand moment qui décoiffe !
Dans le pilote, un personnage balance une réplique clef : « Les fraternités, c’est comme Game Of Thrones ! » Tout est dit ! Scream Queens est une série diabolique et complètement barrée. Parfois, elle atteint des sommets dans la parodie et le troisième degré mais la mayonnaise prend et on entre aisément dans le délire des créateurs.
Et pourtant, la série n’a réuni que 4 millions de téléspectateurs (dont 2,2 millions des 18-49 ans) contre 18,2 millions devant le retour de NCIS sur CBS. The Voice aussi était de la partie sur NBC avec 12,3 millions de fidèles mais l’échec s’est surtout ressenti face aux 9 millions postés devant Les Muppets sur ABC ! De quoi contrarier franchement la FOX qui a déjà raté le lancement de Minority Report lundi face à Big Bang Theory et The Voice – une fois n’est pas coutume, tant qu’à faire !
Gageons que les prochaines apparitions de Chad Michael Murray (Marvel’s Agent Carter, Les Frères Scott) et Patrick Schwartzenegger apporteront de l’audience à nos Scream Queens !
Dans cette attente, on peut toujours visionner le teaser de l’épisode 3 sorti hier et visible ci-dessous !
FEFFS 2015 compétition internationale, retranscription de la rencontre publique avec Rafael Martinez pour son film Sweet home
Synopsis: Alicia attire son compagnon dans un immeuble quasi déserté pour une soirée en tête à tête. Le même jour, elle s’était rendue sur place dans le cadre de son emploi pour motiver le dernier locataire à s’en aller. Mais des hommes reviennent, pendant la nuit, avec un même but et des moyens plus radicaux. Alicia les surprend et tentera de leur échapper jusqu’au matin. Interdit au moins de 16 ans
La Rédaction CSM, comme le public strasbourgeois, a été séduite par Sweet Home, un home invasion intense, qui peut apparaître comme un exercice classique certes, mais dont l’efficacité provient essentiellement de la maîtrise de la réalisation de Rafael Martinez, très prometteuse pour son premier film. L’intrigue se déroule en plein cœur de Barcelone, dans un immeuble délabré : courses poursuites dans les escaliers et les égouts, décapitation sanguinolente, et autres mutilations, raviront les spectateurs avides d’hémoglobine et de sensations fortes…
Nous avons eu le privilège d’assister à la projection de Sweet Home en présence du réalisateur, du scénariste et de la traductrice, qui ont dévoilé face à un public favorable, mais non sans une certaine pudeur, la genèse de leur projet:
Angel Agudo à gauche, la traductrice et Rafa Martinez au centre
– Bonjour Rafa, en voyant le film, j’ai l’impression qu’il y a deux films en un, le premier qui est un véritable home invasion, et à compter du moment où tu amènes ce nouveau personnage en milieu du film, ça devient presque un film deBoogeyman, un film de croque-mitaine…
Je vois plutôt 4 temps de film en un, en fait… Je vois un début avec un prologue assez classique et ensuite on a un deuxième film un peu plus réaliste comme dans Maman j’ai raté l’avion, puis ça devient véritablement un film d’horreur avec des références comme Panic Room ou Die Hard…
– Le film est assez ludique, avec une dynamique dans laquelle les personnages sont placés devant des objectifs, des salles, des objets à acquérir, les clés, la trappe, qui permettent d’accéder à de nouveaux lieux, où les personnages sont bloqués, les ennemis sont bloqués, et en fait j’ai trouvé que ça ressemblait énormément à un jeu vidéo et notamment à Clock Tower, une saga d’épouvante très connue dans le jeu vidéo avec une unité de lieu, un personnage assez similaire à l’antagoniste du film. Au niveau du scénario, même de la mise en scène, le jeu vidéo a t-il simplement été une référence pour la réalisation du film?
Oui, c’est clair que les jeux vidéos, ça a beaucoup joué… Rafa (ndlr: Rafael Martinez, scénariste du film), qui a également écrit le film, est beaucoup influencé par ça, et donc on a une unité de lieu, et des objets à trouver, et puis on a les différents étages qui sont comme des niveaux en fait, et la scène finale c’est directement inspiré de l’idée de jeux vidéos parce qu’elle se confronte au boss, au monstre à la fin. Donc oui, il y avait une vision un peu comme ça.
– Question à Angel Agudo (ndlr: l’un des 3 scénaristes): tu viens avec un véritable scénario ou quand vous commencez, vous êtes tous les deux au point de départ, à l’instigation du projet?
En fait, il y a Rafa (ndlr: Raphael Martinez) avec des amis qui avaient commencé à écrire, et puis Theresa (ndlr: Teresa de Rosendo) qui est aussi co-scénariste, est entrée en jeu, et moi au final je suis arrivé pour continuer cette coopération, et puis on a discuté ensemble, et voilà, on est arrivé au scénario final.
– Est-ce ton premier film? L’ensemble est super maîtrisé, il y a des mouvements de caméra super inventifs, qui tombent dans la cage d’escalier, pour représenter la première personne… L’unité de lieu m’a plus fait penser à Rec, produit par la même boîte de prod Filmax… Si tel n’est pas le cas, je serais assez intéressé de savoir tu as fait d’autres films en tant que réalisateur.
Alors oui, c’est mon premier long métrage. Bon en fait, c’est vrai qu’il est extrêmement contrôlé, maîtrisé, car on a passé énormément de temps à l’écrire, à le penser, mais par contre je voulais un peu m’éloigner de Rec, je n’avais pas envie de caméra à la main, j’avais envie de m’éloigner de ce style là. Oui, j’ai fait d’autres choses avant, j’ai un peu touché à tout en fait, que ce soit l’écriture, le montage ou la réalisation…
– Faire un premier film ne doit pas être évident. Concernant la production, as tu financé cela tout seul, ou as-tu beaucoup cherché de financements? L’autre question est : as-tu pensé à « buter » l’héroïne à la fin? (ndlr: rires du public)
C’est un processus qui a duré très longtemps en fait, 5 ou 6 ans à partir du moment où on l’a écrit, et pour le financement, le projet est passé de producteur en producteur et on a fini par trouver Filmax, qui nous a financés, et c’est vrai que ce n’était pas si facile au final de les convaincre, car c’est un film qui a pris peu de temps à se tourner, qui a pris peu d’argent. Puis des producteurs polonais sont entrés en jeu aussi… Donc oui, ça a été un processus assez long et au final le film est là, et on est bien content.
Concernant l’héroïne, oui j’aurais bien aimé la buter, car sur le tournage en tant que personne, c’était dur des fois! (ndlr: rires du public)
– Du coup, je ne crois pas qu’on est vu l’actrice (ndlr: Ingrid Garcia Jonsson) dans autre chose en France. Vient-elle du cinéma d’auteur plutôt?
C’est vrai que c’est une actrice que l’on ne connait pas encore trop, qui est vraiment très jeune, et moi ce qui a attiré mon attention, c’est qu’elle avait tourné juste avant dans un film totalement différent, très arty, avec un réalisateur espagnol (ndlr: La Belle Jeunesse de Jaime Rosales), artiste, tout ça… Il tournait complètement d’une autre manière que la mienne. Il faisait une séquence par jour, et beaucoup d’improvisation. En gros si son film à lui c’était une musique classique, moi c’était du rock’n roll pour elle, c’était complètement différent.
– Les statistiques du début du film sont-ils inventés ou vrais? (ndlr: statistiques sur le nombre d’espagnols expulsés de chez eux)
En tout cas, le phénomène des expulsions ou ce qui est expliqué au début, c’est vraiment réel en Espagne, et ça se passe comme ça. Après, on a fait des recherches pour avoir des données plus précises… Donc ce que l’on voit, il y a une partie qui est réelle, mais les 2% de gens qui ont disparu, où on ne sait plus ce qui se passe, bon ça c’est inventé, mais on a essayé de faire un truc un peu homogène pour coller à notre histoire. Mais il y a des chiffres qui sont vrais, oui…
– Félicitations pour la maîtrise bien réelle de votre premier film. Par rapport à l’immeuble, qui est d’une certaine manière un des personnages du film, avez-vous tourné en studio uniquement ou partiellement dans un immeuble? Et si cet immeuble existe véritablement à Barcelone, du coup avez-vous été obligés de chasser des locataires pour tourner? (ndlr: rires du public)
Déjà, merci pour tous les mots d’encouragement parce que le tournage a tellement été difficile que maintenant vos paroles, ça fait vraiment du bien et ça va me donner l’énergie de tourner un second film. Concernant l’immeuble, c’est vraiment un immeuble des alentours de Barcelone. On n’a pas tourné ailleurs en fait, pour des raisons de budget. Après, on a modifié quelques aspects pour certaines scènes, que ce soit des entrées ou des sorties pour permettre des mouvements dans le film… Non, on n’a mis personne à la porte et on n’a tué personne pour tourner le film, mais il se trouve qu’il y avait une personne qui vivait encore là-bas quand on a repéré l’immeuble, et on a dû attendre qu’elle s’en aille, gentiment, pendant qu’on signait des contrats, pour que l’on puisse enfin se mettre à tourner.
– Concernant l’immeuble toujours, y a t’il en Espagne des particularités avec les immeubles, parce que de mémoire A louer était espagnol aussi, Rec aussi… On a à chaque fois la hantise de rester coincé dans un immeuble… Cet immeuble est d’ailleurs très bien choisi par rapport à la narration. Est-ce que vous aviez le scénario et vous vous êtes dit « il faut qu’on trouve un immeuble qui colle à ça », et vous avez galéré pour le trouver ou est-ce qu’en voyant cet immeuble, vous vous êtes dit « ok c’est là qu’il faut qu’on tourne, parce que celui-là il est parfait »?
Peut-être que si les films espagnols sont souvent tournés dans des immeubles, c’est parce qu’on n’a pas trop d’argent, donc finalement c’est plus facile de se concentrer sur un lieu en particulier. Pour autant, on a essayé de donner véritablement une diversité à cet immeuble, en jouant avec la lumière, les couleurs… Pour le choix du bâtiment, on est vraiment parti du scénario, et à partir de là, on a cherché l’immeuble qui allait le mieux s’y prêter. On a vraiment eu du mal à le trouver: soit il y avait des escaliers trop petits, ou trop grands, il n’y avait pas d’ascenseur… Et quand on a enfin trouvé le bon immeuble, on a fait des ajustements, on a réécrit quelques scènes: au début on avait écrit pour qu’il y ait 4 appartements; finalement, on en a mis trois, on s’est adapté…
Merci beaucoup Rafael.
Propos recueillis lors de la rencontre publique du 23/09/15 avec Rafael Martinez pour son film Sweet home (Compétition internationale, FEFFS 2015)
Les pérégrinations d’un reporter au Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg : projection du film The Visit, des courts métrages et le Midnight Movie, Howl.
Après une première journée mitigée, où la seule bonne surprise est venue d’un bunker allemand, on se lance, avec entrain dans ce nouveau jour, en plein cœur de la capitale alsacienne. La pluie ne nous a pas lâchés depuis hier et on se presse pour retrouver la bonne température des salles obscures strasbourgeoises. Au programme aujourd’hui, un documentaire qui dépassera les limites terrestres, du court-métrage francophone et international et une série B de loups-garous qu’on espère divertissante. Le temps d’aller faire un tour dans les commodités et…voilà que je rencontre un festivalier avec qui j’avais déjà visionné quelques films en début d’année à Gérardmer. De bonnes retrouvailles qui sont vite devenues gênantes vu qu’elles se déroulaient dans les toilettes (à croire que les toilettes à Strasbourg, c’est The place to be !). On décide d’un commun accord de se rejoindre dans la salle pour regarder le film ensemble. Alors visionnons mes bons !
[DOCUMENTAIRE] The Visit – An Alien Encounter
Réalisé par Michael Madsen (Danemark-Finlande, 2015). Sortie dans les salles françaises le 04 novembre 2015.
Synopsis : Sommes-nous prêts à une rencontre avec des extraterrestres ? C’est la question que pose le Danois Michael Madsen avec son nouveau documentaire, The Visit, dans lequel il enquête, de l’armée à l’ONU.
Après avoir sondé l’humanité et ses institutions sur le sort des déchets nucléaires d’ici quelques milliers d’années dans Into Eternity, salué dans une multitude de festivals, Michael Madsen s’intéresse avec The Visit à ce que donnerait rationnellement la première rencontre entre l’homme et une forme de vie extra-terrestre. Derrière toutes les perspectives et l’organisation que l’humanité semble avoir prévues pour agir dans une pareille circonstance, The Visit révèle avant tout l’inconnu et l’ethnocentrisme de l’homme qui pense être le seul dans l’univers. Entre peurs et espoirs, Michael Madsen interroge notre propre image. Pendant des mois, le réalisateur a rencontré tout un tas de personnalités issues du monde scientifique, politique et militaire. De la NASA aux Nations Unies en passant par l’armée, on se rend compte que malgré l’intelligence et la maturité de ces gens, ces derniers arrivent difficilement à concevoir des êtres extra-terrestres autrement que comme des continuités développées de l’homme. A aucun moment, ils n’arrivent à s’interroger sur l’absence d’émotions (le propre de l’homme) ou la présence d’émotions inconnues par l’homme. Ils s’inquiètent d’une menace mais peut-on imaginer que ces êtres ne peuvent percevoir ce sentiment de menace ? Au fond, ce que révèle ce documentaire si intéressant, c’est que l’homme est aussi fasciné qu’effrayé par l’inconnu. Les scientifiques s’interrogent sur ce premier contact, alternant des moments de curiosité intimiste (que nous-voulez-vous ? que savez-vous de plus que nous sur la vie ?) à des formes de menaces suggérées (organisation militaire défensive pour parer à toute éventuelle attaque de ces êtres). Les hommes n’ont jamais pu vivre une période sans conflits et lorsque l’inconnu débarque dans son quotidien, ils ressentent une forme de menace et d’intrusion alors qu’ils sont pour autant fascinés par cette existence venue d’ailleurs. Au service de ses interrogations, Michael Madsen réinvente le documentaire, dépassant le cadre visuel de son précédent film. Avec de nombreux plans aériens et une stylisation des cadres et lieux, The Visit offre une douce sensation de flottement et d’envoûtement, renforcée par une bande-son magnétique et des dialogues calmes et clairs. L’expression visuelle bénéficie d’un soin tout particulier et nous renvoie à nos fantasmes les plus enfouis (l’attirance, la peur ou l’affrontement avec l’inconnu). On pourra lui reprocher un manque de rythme mais ça serait dommage de passer à côté de ce documentaire qui interroge philosophiquement notre condition humaine et offre une expérience sensorielle sans précédent. A la fin du film, on se pose une ultime question qui bousculera tout ce en quoi nous croyons : Est-ce-que nous sommes dignes d’intérêt ? Michael Madsen n’a jamais estimé être en mesure d’apporter des réponses aux questions de ses documentaires. Il ne fait qu’apporter une interrogation à un instant T dans notre vie. C’est la justesse d’un documentariste qui fait preuve de modestie et de conscience de soi-même, car au fond il sait que nous ne savons rien. Il ne nous reste plus qu’à attendre l’ultime volée de sa trilogie de l’humanité qui s’intitulera Odyssey. Avec une telle et si brillante trilogie, Michael Madsen confirme qu’il est l’un des documentaristes les plus intéressants de ce siècle.
Note de la rédaction : ★★★★☆
Le temps de faire un débriefing avec mes compagnons de séance autour d’un café (eux ont plutôt été désarçonnés par la forme du documentaire) qu’il est l’heure pour moi de les laisser et d’aller perdre un peu de temps dans les rues de Strasbourg, à la recherche d’une activité à faire. Ça tombe bien, le programme du festival m’annonce qu’il y a une rencontre à la FNAC avec deux artistes dont le travail repose essentiellement sur la représentation des Playmobil® dans la pop-culture. Pourquoi pas !.
Richard Unglick est un passionné d’histoire et de cinéma qui baigne dans l’univers des Playmobil® depuis tout petit. Dans les années 2000, abandonnant son métier de cinéaste, il développe un concept photographique original qui consiste à pasticher avec beaucoup d’humour les grandes œuvres de l’Histoire à l’aide des célèbres figurines et de leurs accessoires. Ses photographies se sont fait connaître grâce à quatre albums publiés chez Casterman dès 2004. Sa première exposition se tient à Paris en 2011, Richard Unglik a depuis exposé à l’internationale comme en Angleterre, aux Etats-Unis ou plus récemment en Corée. Il expliquera qu’il conçoit ses ouvrages comme de véritables films avec un choix visuel précis, un casting de Playmobil® (véridique!) et des décors conçus à partir de Playmobil® préexistants. Il expose ses photos actuellement à Strasbourg où il reprend de vieilles affiches de films fantastiques (Le Chien des Baskerville,M Le Maudit, Les Dents de la Mer, etc.) qu’il réinvente à l’aide de ces petits jouets allemands. A ses côtés, son camarade Claude Steible a toujours eu la passion pour le paysage, jouant très tôt avec des trains électriques et des modèles réduits. Il commence à se passionner pour les Playmobil® quand il en achète pour ses enfants. Depuis, Claude Steible a acquis 2500 figurines dont 1500 sont les héros d’une exposition au Musée du Jouet de Colmar. Passionné d’Histoire, il y a reconstitué des saynètes inspirées de films, dont Danse avec les loups, Gladiator, Jurassic Park, L’Âge de Glace ou Le Seigneur des Anneaux. Son objectif à travers ses expositions est de faire retomber le public en enfance en utilisant un jouet mondialement connu. Une rencontre des plus intéressantes avec ces deux grands enfants qui jouissent de leur métier et reconnaissent être les plus chanceux au monde, surtout auprès des enfants qui les envient d’exercer un métier à partir de ces jeux. La rencontre s’achève sur une succession de photos décalées, comme des Playmobil® rastas partageant Le Dernier Repas ou des Playmobil® hippies dans une situation suggérée mais osée. Bref mais très amusant. Cela laisse juste assez de temps pour casser la croûte et foncer aux projections des courts métrages..
[COMPÉTITION COURTS MÉTRAGES FRANÇAIS]
Six films projetés mais seulement trois qui ont particulièrement retenu mon intérêt malgré de nombreuses qualités chez les autres. Un premier film délicieux et amusant au nom d’Aquabike où une jeune femme est traumatisée par un poisson s’étant retrouvé dans sa culotte. Elle n’a plus jamais remis les pieds dans l’eau depuis cet événement mais décide de voir Aquaman, un gourou-guérisseur aux méthodes radicales. C’est drôle, très décalé et joyeusement interprété pour un film qui aura su faire naître quelques rires dans l’assemblée. Mais au delà de l’aspect comique de son court, le réalisateur Jean-Baptiste Saurel démontre une vraie maîtrise des effets spéciaux, de la mise en scène et de l’humour loufoque. C’est terriblement rafraîchissant. Juliet, le second film part d’un postulat déjà vu puisque dans un futur proche, la société SEED lance à grand renfort de publicité, JULIET1, la première génération d’êtres synthétiques de compagnie. Ces femmes androïdes à l’aspect hyper réaliste, connaissent rapidement un succès foudroyant. Le réalisateur Marc-Henri Boulier interroge sur la notion de robotique dans notre société et surtout de sa présence dans notre quotidien. Mais il le fait avec un humour pince-sans-rire tout en parodiant les codes des publicités d’Apple ou des conservateurs qui réagissent grossièrement à la situation. Vraisemblablement (et avec une bonne et savante dose d’humour), l’homme serait défaitiste, prêt à délaisser son prochain pour vivre une « vie normale » avec un robot. Peut-on y voir une définition contemporaine de l’Amour ? Dans son fond, on pense àEx-Machina, son symbolisme, mais aussi au sympathique court-métrage néerlandais Robotics sorti l’an passé ou à un segment de la série Black Mirror. Déjà vu donc mais bien efficace. Et enfin, très certainement le meilleur court métrage de la sélection, Un Jour de Plus d’Alban Sapin. Dans un futur tout aussi proche que le précédent film, les hommes ont déserté Paris depuis un an. Dans cet environnement désolé, quelques survivants errent dans ces ruines à la recherche de nourriture. Parmi eux, un couple tente par tous les moyens de subsister et de prendre contact avec d’autres rescapés. Il s’agit là d’un film terriblement percutant pour une œuvre française de genre. Alban Sapin ne lésine pas sur les moyens et offre quelques chouettes décors post-apocalyptiques et maîtrise avec brio les codes du western et du film d’infectés. Il en résulte un film au postulat très simple, mais qui se dénoue sur une morale excitante, qu’est-ce-que nous ne ferions pas pour vivre un jour de plus ? C’est beau, cruellement tendu et visuellement grandiose. Une claque comme on en voit que trop rarement en France. A l’issue du festival, le jury remettra le Prix du Meilleur Court Métrage Made in France. J’ose espérer qu’un de ces trois là se verra attribuer cet honorable prix.
Note de la rédaction sur l’ensemble de la séance: ★★★☆☆
[COMPÉTITION COURTS MÉTRAGES INTERNATIONAUX]
Cette année, la sélection des courts internationaux était d’une excellente facture. Sept films projetés, cinq qui m’ont plu, mais trois plus particulièrement. Et cocorico, on retrouve deux films français parmi ma petite sélection, même si ma préférence va pour un efficace film norvégien. On commence par Moonkup – Les Noces d’Hémophile de Pierre Mazingarbe, un étonnant film de vampire français où les hommes ont perdu la guerre contre ces buveurs de sang. Résultat? Un mariage entre les deux espèces qui pourrait bien changer toute l’humanité. Quasi-entièrement filmé en lieu-clos dans un train, Moonkup fait preuve de générosité dans sa description aussi gore qu’érotique du mythe du vampire avec tous les codes que cela comprend. Comme hier, on refait un Point Godwin notamment dans cette représentation d’une classe humaine qui a collaboré avec les vampires et nous renvoie à la Seconde Guerre mondiale. Il y a de la beauté, de l’organique et de l’énergie dans ce film sensible et déconcertant qui mérite toute notre attention. On lui souhaite d’aller loin dans les festivals internationaux, car une telle maîtrise et une telle audace en France méritent d’être saluées. On part maintenant pour les Pyrénées d’où nous vient Territoire, un sanglant et jubilatoire film de lycanthrope. En 1957. Pierre arrive sur l’estive avec son chien et son troupeau de brebis. Il craint la menace du loup, mais ne se doute pas de celle que représente un peloton de parachutistes. A partir de ce postulat, le film suit le parcours d’un mutique berger qui va protéger une jeune touriste et tenter de survivre par tous les moyens. Les effets spéciaux sont incroyables, l’immersion est totale et la mise en scène est somptueuse. On regrettera juste une fin grotesque laissant planer un soupçon de conspirationnisme déplacé. Dommage pour ce faux pas, mais gardons de Territoire, le souvenir d’un film de genre bien percutant. Et enfin, le meilleur tous azimuts de cette sélection, le norvégien Polaroid. Sarah et Linda, deux amies, découvrent un vieux Polaroid au fond d’une boîte. Elles seront très vite confrontées à la sombre malédiction déclenchée par l’utilisation de cet appareil. Polaroid pourrait être le croisement de trois films : Mamá, The Ring et le court Lights Out. On s’aperçoit que le format court se prête très bien au film d’esprits et fantômes. Extrêmement frissonnant, la peur surgit de l’ombre par un superbe travail sur l’ambiance. Ce film démontre qu’il ne faut pas grand chose pour nous faire trembler comme jamais. Sans véritable jump-scares, l’effroi se trouve sur ce fil qui sépare la lumière de l’obscurité. A nouveau en huis-clos, Polaroid se pose comme le film le plus effrayant que j’ai vu depuis It Follows, rien que ça. C’est dire la qualité des films qui sortent en salles et même ceux des festivals. Je ne peux que souhaiter à son réalisateur Lars Klevberg de se retrouver dans le palmarès final de la compétition et de trouver une notoriété à l’international. A l’issue de la projection, le public était amené à voter pour son film préféré. Un prix du Jury et un Prix du Public seront en effet remis lors de la cérémonie de clôture ce samedi. Nul doute que vous avez deviné pour quel film j’ai voté.
Note de la rédaction sur l’ensemble de la séance: ★★★★☆
Fin de séance de ces courts très appréciables et prochain événement, un Midnight Movies au doux parfum de lycanthropie. Après le court métrage Territoire précédemment vu, je me mets à espérer un autre film de genre maîtrisé. Dans la file d’attente, je retrouve mes compagnons d’hier qui m’évoquent la déception Sweet Home (un ersatz espagnol de Panic Room) et regrette amèrement avoir loupé la séance de The Lobster, complète. Ils se mettent à espérer que ce film de minuit va rattraper leur programme de la journée. Ils vont malheureusement vite déchanter..
[MIDNIGHT MOVIES] Howl
Réalisé par Paul Hyett (Royaume-Uni, 2015). Date de sortie prochainement annoncée.
Synopsis : Une poignée de voyageurs qui n’ont rien en commun se retrouvent bloqués dans un wagon, en proie à des loups-garous féroces. Immobilisés en rase campagne, leur calvaire durera toute une nuit.
Howl a tout de la série B classique. Une bande d’inconnus piégés dans un lieu clos et attaqués par un monstre affamé. Réalisé par Paul Hyett, un spécialiste des effets-spéciaux ayant œuvré sur des succès comme La Dame en Noir, le diptyque The Descent ou Eden Lake, Howl revisite le mythe du lycanthrope avec une trame simpliste mais résolument attachée à nous divertir pendant 90 minutes. C’est juste raté. Le film hésite constamment à jouer la carte de l’humour et du sérieux. Les personnages sont affreusement caricaturaux et l’enchaînement des morts ne provoque aucune réaction. Pire, lorsqu’un des personnages se transforme en loup-garou, la salle s’est mise à rire tant l’effet était grotesque. A aucun moment, les personnages n’ont un semblant de profondeur et tombent fâcheusement dans une succession de clichés sur pattes. Dès lors, le film démarre de la pire des façons. On notera tout de même un joli travail sur les monstres, mais c’est tout de même très peu quand on voit le manque de générosité du réalisateur qui filme presque constamment les massacres hors-champ. Budget limité peut-être mais quelle paresse ! On ne s’amuse pas, on ne frissonne pas, on ne fait que subir ce long arrêt de train en plein milieu de la campagne. Tiens, j’aurais presque préféré me taper une bonne grève de la SNCF. Heureusement que le représentant du festival nous a dit que ce film lui avait effroyablement plu au Marché du Film à Cannes… Quelle tristesse de voir les Midnight Movies être sabotés à ce point.
Note de la rédaction : ★★☆☆☆ .
C’est tout de même sacrément décevant de devoir trouver de la qualité dans les sélections parallèles et mineures du festival. Hormis un Bunker allemand, un documentaire et quelques courts, j’avoue être très déçu pour l’instant de la sélection. Tous les festivaliers sont unanimes pour dire que la compétition est affligeante (sauf à quelques exceptions comme Der Bunker, Ni le Ciel Ni la Terre, The Lobster, etc.) et que les films de minuit sont décevants. Ils restent quatre jours et j’ose espérer que le festival nous a gardé ses meilleures cartouches pour le weekend. Comme la veille, on rentre chacun chez soi, l’air dépité et l’envie de voir enfin un film de genre à la hauteur de la réputation du festival. Gérardmer nous avait offert It Followsen début d’année, j’espère que Strasbourg saura nous dénicher un film encore vu nulle part ailleurs et qui laissera une marque impérissable dans l’esprit des festivaliers. Quoiqu’il en soit, demain on reprend tout à zéro et on se farcit un ersatz français de Drive en présence du réalisateur, une voiture de police conduite par des enfants et un Mad Max rétro et fauché. Allez festival, ne me déçois pas ce coup-ci ! A demain, les lycanthropes !
Les pérégrinations d’un reporter au FEFFS 2015 : Au programme des films en compétitions Der Bunker, Crumbs et le Midnight Movies Ava’s Possession.
Après avoir malheureusement loupé la prestigieuse Zombie Walk de Strasbourg, sans compter une Masterclass cinq étoiles avec Joe Dante, cinéaste visionnaire du cinéma fantastique et invité d’honneur au Festival Fantastique de Strasbourg 2015, je pose enfin le pied sur cette bonne et si chaleureuse terre strasbourgeoise. Certes, la pluie rend cette première journée plus que morose, mais je compte bien me ressourcer en visionnant quelques films qui font le bonheur des festivals et spectateurs du cinéma de genre depuis quelques mois. Et puis, qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il neige, il ne fallait surtout pas rater la tant-attendue séance en plein air qui verra les Gremlins être projeté sur la Place de la Cathédrale. Ô joie ! Le temps d’avaler une salade, un café, de récupérer mes badges d’accréditations par une bénévole plus que sympathique (déjà croisée l’an passé) et c’est parti pour la huitième édition du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg !
[EN COMPÉTITION] Emelie
Réalisé par Michael Thelin (Etats-Unis, 2015). Date de sortie prochainement annoncée.
Synopsis : Le soir de leur treizième anniversaire de mariage, Dan et Joyce attendent la baby-sitter supposée garder leurs trois enfants. Une autre jeune fille vient la remplacer. Mais sous des airs angéliques, Emelie s’avère dangereusement perverse.
Depuis Neuchâtel et Deauville, Emelie se trimbale une réputation catastrophique. Les retours sont unanimement mauvais sur ce qui devait être le renouveau du « Baby sitter movie ». Pourtant tout commençait avec les meilleurs intentions, et un plan nous rappelait même le terrifiant It Follows sorti en début d’année. La scène d’enlèvement est haletante, silencieuse, la caméra tourne sur elle-même et donne déjà toutes les intentions d’un film qui n’entend pas jouer la carte du mystère. On se met à croire au potentiel de ce film jusqu’à ce que la tâche de baby-sitting entre enfin en ligne de compte. La mise en scène devient dès lors paresseuse n’offrant que quelques rares plans corrects, du moins ne se contentant pas de ressembler à une sitcom des années 90. Entre classicisme digne d’une série télévisée et néo-réalisme, on se demande où veut bien en venir Michael Thelin. Et c’est dommage, car à côté de ça, les acteurs sont passables (hormis les parents) et le potentiel des enfants est exploité à fond. On croit à leur fratrie et ça tendrait presque à nous rassurer sur le dénouement du film. L’immersion est là, la tension s’avère excitante par moment, mais jamais le réalisateur ne nous saisira complètement. Car Emelie s’avère extrêmement inabouti sur la forme narrative, le réalisateur ne sachant jamais sur quel pied danser. Laisser une part de mystère ou dévoiler toutes les intentions de l’antagoniste principale ? Il choisira la pire option, faisant appel à quelques flashbacks déplacés et honteux. C’est aussi ça le problème d’Emelie, le manque de développement de ses personnages. On nous suspend, par le biais d’une séquence surprenante, à l’adultère du père de famille, mais jamais plus le réalisateur n’y reviendra. Quel est donc l’intérêt d’une telle scène si c’est seulement pour l’effleurer ? Pire l’antagoniste se révélera extrêmement fade, ne proposant qu’une pâle caricature d’une mère revancharde et déçue de la vie. Tristesse. C’est sans compter les scènes d’action extrêmement mal branlées (passez-moi l’expression) dont on ne croit pas une seule seconde et qui manquent cruellement de rythme. A croire que tout a été tourné en une prise. Je me permets même de vous spoiler la fin tant je ne vous le recommande pas. Car le réalisateur a la prétention de croire qu’il est en train d’écrire un film majeur, nous offrant une conclusion ouverte et dispensable, laissant (dés)espérer une ou plusieurs suites au film. C’est grotesque, incohérent, complètement raté et hautement prétentieux. Tout ce qu’il faut éviter dans le cinéma. Comme les deux précédents festivals cités, on s’interroge sur le pourquoi d’une sélection en compétition. J’irais jusqu’à parier qu’il y a des pots de vin derrière tout ça. Quoiqu’il en soit, j’espère juste que le baby-sitting n’est pas autant une corvée que ce film ne l’a été.
Note de la rédaction : ★★☆☆☆
[EN COMPÉTITION] Der Bunker
Réalisé par Nikias Chryssos (Allemagne, 2015). Date de sortie prochainement annoncée.
Synopsis : Un étudiant ambitieux recherche le calme et la solitude pour se focaliser sur son travail. Il se retrouve dans une résidence ressemblant à un bunker, habité par un couple qui scolarise leur fils Klaus à la maison. Le couple lui demande alors de s’occuper de l’éducation de Klaus qui se révèle avoir de grosses difficultés pour assimiler les leçons qui lui sont dispensées dans ce cadre familial plutôt déstabilisant.
A l’inverse du précédent film visionné, Der Bunker a été particulièrement remarqué dans les récents festivals fantastiques, où il a notamment reçu le Prix du Jury et celui de la Critique au Festival Mauvais Genre. De quoi susciter toute ma curiosité, le film offre une affiche toute particulière avec une ambiance et un univers qui ne pourront que me bousculer. C’est le premier long-métrage du grecquo-germanique Nikia Chryssos et force est de reconnaître qu’il fait preuve d’une maîtrise visuelle imparable. Chaque cadre est travaillé avec une telle géométrie et des couleurs vives et acidulées. Budget modeste, mais des décors joyeusement singuliers, de par la profusion d’accessoires, renvoyant à une époque des Trente Glorieuses désormais révolue. Une mini-société a vu le jour dans ce bunker, une société manquant néanmoins d’éducation et c’est là tout le sujet du film. Avant même d’évoquer le récit, on est bluffé par l’épate visuelle, mais toujours modeste de sa mise en scène. Dans Der Bunker, le réalisateur se réapproprie le mythe de Faust en enfermant ses protagonistes dans un cadre clos et unique, car rares sont les plans hors du bunker. Il n’y a qu’un pas pour nous renvoyer à l’idée d’un pacte avec Hitler (Point Godwin !!!) dans une société germanique, dont les maux de la seconde guerre mondiale ne cessent de tirailler les mentalités. Der Bunker démarre comme une comédie décalée sur des personnages atypiques et un choc des cultures intemporel. Le fantastique surgira très rapidement avant d’aboutir à un drame haletant. Un mélange des genres qui fonctionnent bien, même si la dernière partie s’avère contre-productive, car trop étirée. Irrévérencieux, minimaliste et lynchien jusqu’au-boutiste, Der Bunker nous renvoie à l’étrange et tout aussi envoûtant Der Samurai, présenté l’an passé dans ce même festival. Comble de la chose, l’interprète principal du film Pit Bukowski (extrêmement convaincant) était l’antagoniste de Der Samurai. De quoi suspecter un acteur allemand prometteur ? C’est encore tôt pour le dire, mais c’est tout ce qu’on lui souhaite. On pense également à l’absurdité symptomatique de nos sociétés, souvent maltraitées par Yorgos Lanthimos (Canine, The Lobster). Aussi décalé que déstabilisant et glauque, Der Bunker s’achève d’une bien belle manière et agit comme une morale classique, mais bienveillante. C’est totalement fou et souvent jouissif. Le contrat est réussi pour Nikia Chryssos et on peut espérer pour lui qu’il reparte avec un trophée à l’issue du festival.
Note de la rédaction : ★★★★☆
Après cette réjouissante projection, il est temps pour moi de m’accorder une pause café méritée et surtout d’aller à la rencontre de mon hôte Couch Surfing. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est une pratique en ligne qui vise à l’hébergement par hospitalité. Une chouette fille m’accueille et m’héberge pour la semaine, me laissant ses clés. A peine le temps de boire un verre et de (dé)régler une connexion internet, qu’on décide de retourner dans le centre-ville pour une nouvelle projection, mais la pluie s’est mêlée à nos plans. En fin de compte, et malgré avoir fait mon fier dans l’introduction concernant mon intention d’aller voir les Gremlins au pied de la Cathédrale, il faut dire qu’il a sacrément plu et que mon courage m’a vite lâché. NOUS a vite lâché! Alors, c’est avec beaucoup de regrets que j’ai zappé cette séance unique, en compagnie du réalisateur Joe Dante pour ce qui s’annonçait comme l’événement du festival. Malheureux concours de circonstance donc. Et même si la séance s’est malgré tout tenue au pied de la Cathédrale et ce malgré les averses, c’est en compagnie de mon hôte que nous nous sommes tournés vers une salle obscure bien chauffée où était projeté un certain film ethiopien en compétition, considéré comme un OFNI directement venu d’Ethiopie. Et pour ajouter une plus-value, le réalisateur est présent et répondra à nos questions après la projections. Très bien, alors visionnons mes bons !.
[EN COMPÉTITION] Crumbs
Réalisé par Miguel Llanso (Espagne-Ethiopie, 2015). Date de sortie prochainement annoncée.
Synopsis : Candy, qui pense avoir des origines extraterrestres, est las de ramasser les miettes d’une civilisation révolue. Le réveil d’un vaisseau spatial endormi nourrit son rêve de rentrer chez lui.
Comment évoquer Crumbs sans tomber tout de suite dans le WTF ? Dans un monde post-apocalyptique, l’histoire suit un éthiopien nain profondément amoureux d’une belle jeune femme, mais souhaitant retourner sur sa planète, observant avec tristesse le vaisseau flottant dans les airs. Il décide de parcourir les terres africaines à la recherche de son destin. Il croisera sur sa route un soldat nazi, une sorcière ou le Père Noël. C’est raté pour ne pas tomber dans le WTF. On n’a jamais dit que la sobriété était de rigueur dans le milieu du cinéma. Plaisanterie à part, Crumbs est un film au potentiel incroyable, envoûtant et maîtrisé visuellement. Les décors sont tous extraordinaires et on sent que le réalisateur s’est impliqué dans un colossal travail de repérage. Dans ce monde post-apocalyptique, on célèbre des symboles et des babioles d’une société de consommation révolue comme une figurine Tortue Ninja, une épée Carrefour ou un vinyle de Michael Jackson. On prie les grands hommes, comme Michael Jordan, Stephen Hawking III, Paul McCartney ou Justin Bieber VI. Au-delà de Picasso, à travers une épée forgée à 490 000 exemplaires, Carrefour est considéré comme le dernier artiste de l’univers. Miguel Llanso ne lésine donc pas sur l’ironie de la situation et de la manière dont les hommes s’approprient les reliques du passé. Crumbs est un bel objet cinématographique, expérimental et profond. L’absurdité provoque quelque fois le rire et cela en devient envoûtant, notamment par l’utilisation de longs plans mutiques s’achevant sur des fondus au noir. Crumbs joue davantage sur la perception sensorielle de l’oeuvre plutôt que sur une logique narrative. De fait, tout le monde s’est retrouvé déconcerté par cette fin abrupte qui arrive après seulement 68 minutes de projection. Extrême lenteur d’un film pourtant si court. Le surréalisme touche à l’onirisme par moments, Miguel Llanso effleurant de larges notions comme l’amour, l’espoir, la religion, l’humanité et la vie. Mais il faut reconnaître que le fond du film, ou du moins la linéarité éclatée de son récit, rebutera même les cinéphiles les plus assidus. Cela n’empêche pas Crumbs de regorger d’idées remarquables et d’une succession de plans de toute beauté, mais on restera sur la réserve d’un film qui a trop vouloir explorer de vastes notions se perd dans d’interminables séquences dont on ne connait pas la direction. Certain percevront le film comme une oeuvre extrêmement profonde, d’autres comme une oeuvre vaine et irrégulière. C’est peut-être la force de ce film qui -plus que jamais- joue sur l’entière perception de son spectateur.
Note de la rédaction : ★★★☆☆
Au centre, Miguel Llanso, le réalisateur de Crumbs.
Le réalisateur espagnol Miguel Llanso -au demeurant très sympathique- nous fait l’honneur de sa présence à Strasbourg. La joie et la fierté d’avoir fait ce film se lisent sur son visage et se boivent dans ses paroles. Il détaille la genèse du film, évoquant quelques difficultés de tournages, notamment lorsque son équipe et lui se sont retrouvés entre deux bandes rivales, prêtes à se battre pour faire payer à l’équipe le droit de tourner leur film. Puis, il s’amuse du fait qu’il ne parlait pas un mot d’éthiopien et qu’il se contentait de faire confiance à son producteur. Il rit grassement en s’imaginant les dialogues du film insensés. Il se rappelle de conditions particulières de tournage avec des acteurs locaux, dont un certain chef de gare qui devait réciter un long monologue et qui n’arrivait pas à prononcer un mot face caméra. Fait amusant, ce chef de gare dans le film est finalement devenu mutique, ajoutant un degré de plus à l’ambiance pesante et perchée du film. Il revient sur les décors extraordinaires du film, évoquant avec humour une anecdote. Lors d’un festival, il a été récompensé d’un prix concernant la Production Design (meilleurs décors) par le chef décorateur du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson. Miguel Llanso expliquera qu’il n’a absolument rien touché sur ces décors et que tout était déjà là, offert par les terres éthiopiennes et qu’il s’amuse d’avoir reçu un tel prix des mains d’un homme qui a travaillé des années sur la conception des décors du Seigneur des Anneaux. Sur la fin de cette session question/réponse, Miguel Llanso devient très nihiliste, évoquant son film comme une métaphore de la société contemporaine avec une Apocalypse ayant déjà eu lieu par le biais du capitalisme qui a pourri la société, les hommes et le monde. Il n’hésite pas à revendiquer qu’il trouve « de la merde » partout autour de lui. Un propos qui laisse peser un certain malaise, mais rattrapé par la sympathie généreuse de ce cinéaste qui nous a fait vivre une expérience singulière, classique des festivals de genre. On va suivre de près ce cinéaste, intéressant mais qui devra davantage s’appliquer sur le récit de son prochain projet, que l’on attend fébrilement, mais néanmoins avec une certaine curiosité.
Cet éprouvant, mais fascinant long métrage nous aura donné faim ET SOIF. C’est donc d’un commun accord que l’on décide d’aller ingurgiter une bonne bière locale ainsi qu’un savoureux bol de soupe (jamais vous n’aurez autant appris sur mes repas que lors de ces chroniques). La fatigue gagne mon hôte, mais je reste déterminé à vivre (subir?) cette séance de minuit qui peut s’avérer intéressante. Je rejoins quelques membres rencontrés sur le réseau social culturel SensCritique avec lesquels on avait convenu de voir certains films ensemble. Des gens passionnés, follement amoureux du cinéma de genre et prêt à bouffer du film à foison pendant dix jours. L’un expliquera fièrement qu’il a vu SIX films, la veille. Respect, mon pote. On échange quelques recommandations et ce qui revient souvent, c’est le jubilatoire Deathgasm, considéré comme une excellente et jouissive séance de minuit génial. Le temps d’acheter un dernier café et on fonce s’installer dans une salle à moitié vide pour un film que personne n’attendait vraiment. A raison ?.
[MIDNIGHT MOVIES] Ava’s Possession
Réalisé par Jordan Galland (Etats-Unis, 2015). Date de sortie prochainement annoncée.
Synopsis : Après avoir subi un exorcisme, Ava Dopkins essaie de vivre une vie normale. Ayant tout oublié du mois précédent, elle est obligée d’intégrer un groupe anonyme pour les personnes possédées. Elle tente de se rapprocher de ses amis, de retrouver un boulot, mais surtout, de savoir d’où viennent toutes ces taches dans son appartement.
Nombreux sont les films d’exorcisme à s’achever sur la réussite ou non de l’exorcisme final sans aller plus loin. Ava’s Possession part donc d’un postulat très intéressant : Qu’est-ce-qu’il se passe après un exorcisme pour un exorcisé ? Après un intéressant prologue sur un exorcisme vécu à la première personne, le récit suit le retour au monde normal d’une récente exorcisée. Il est amusant de voir que la Justice souhaite trainer en justice ces personnes autrefois possédées pour des actes qu’elles n’ont pas commis d’elle-même. De même qu’il existe un collectif d’Exorcisés Anonymes. A partir de là, le film redevient très classique et suit l’interprète principale dans sa quête pour comprendre ce qui s’est passé durant sa possession et se débarrasser définitivement du démon en elle qui agit en silence. Mise en scène digne d’une série télévisée cheap, personnages peu convaincants au service d’un scénario grotesque, Ava’s Possession ne marquera pas les esprits malgré quelques applaudissements de fin. On est déçu qu’un tel sujet -encore jamais évoqué- soit aussi mal traité. Tout le film manque d’humour et de sérieux, à plus grand regret, et la relation entre les personnages sonne régulièrement fausse. Il y avait matière à davantage de développement, de travail sur la forme (même si quelques plans s’avèrent hypnotiques) et de tension. On regrettera des effets spéciaux un peu datés, mais on aurait su lui pardonner cet élément si le film proposait une crédibilité narrative. La fin vire au n’importe-quoi, entre retour de démons, amour non réciproque, culpabilité de la famille… Le rythme ne suit plus et nous non plus d’ailleurs. On subit les ultimes minutes avant le générique final. Déçu par Ava’s Possession et cette séance de minuit!
Note de la rédaction : ★★☆☆☆
Ah, quelle joie de voir que la pluie est toujours au beau temps (joli oxymore) à la sortie du cinéma. Il nous reste plus qu’à rentrer, maugréant autour de cette dernière séance de la journée qui nous aura laissé un fort goût d’amertume. Qu’à cela ne tienne, on a hâte d’y retourner demain. Certains vont se faire plaisir en allant voir le très-attendue The Lobster tandis que moi je vais privilégier du documentaire et du court métrage. Rendez-vous demain pour tout savoir sur cette seconde journée au Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg. Bye les démons !
Knock Knock est un des deux films d’Eli Roth à voir le jour cette année. Alors que The Green Inferno, film tourné en 2013, ne sortira qu’en VOD, Knock Knock aura la chance de connaître une sortie en salles
Intrusion
Pourtant le premier film se situe davantage dans le style de son auteur, alors que le dernier offre à Roth l’exploration d’un nouveau cinéma, celui du thriller érotico-soft. Étant un remake du film Death Game de Peter S. Traynor sorti en 1977, il se montre très loin de ce à quoi le cinéaste nous avait habitué, pas de gore ici, mais la promesse d’un film sensuel, prenant et malsain. Mais au final, cette promesse est-elle tenue ?
La finesse n’a jamais été le point fort de la filmographie d’Eli Roth, ni la psychologie d’ailleurs, ayant un style plutôt grossier et sensationnaliste. Ce n’était généralement pas un défaut de ses films, étant de genres peu subtils ni trop retorses sur la psychologie, mais on constate qu’ici c’est un handicap majeur. Présentant de prime abord la vie familiale de son personnage principal, il va employer tous les clichés possibles des parfaites familles américaines. Des enfants qui réveillent leurs parents en sautant sur le lit, la fête d’anniversaire surprise pour le papa, la femme comblée et le couple heureux ainsi que la maison qui est pleine de photos de famille. Tous les pires clichés du genre y passent au sein d’un début laborieux et forcé qui agace très vite le spectateur. Après ça, le film se découpera en deux actes, celui de la rencontre avec les deux jeunes femmes, qui comprend toute la partie séduction ; et la partie séquestration du père de famille, qui se situe plus dans les obsessions d’Eli Roth, plongeant dans le thriller horrifique. La première partie est bien trop longue, tirant la situation à l’extrême pour ménager le suspense, alors que l’on sait très vite comment elle va aboutir. L’aspect prévisible a donc tendance à entretenir un certain ennui d’autant qu’il ne rend pas cela plus intéressant du fait de la personnalité des deux jeunes femmes. En rien elles ne sont intrigantes ou même attirantes de par leurs psychologies respectives. Elles font très vite immatures et elles laissent rapidement entrevoir leurs véritables intentions. Dès lors, on prend immédiatement conscience de la stupidité des personnages que ce soit celle du père ou des deux femmes. Même si leur côté juvénile sert un peu le message derrière l’œuvre, cela tend à rendre l’ensemble trop grossier et malhonnête.
La deuxième partie ne sera en rien bénéfique dans ce constat. Déjà elle est bien trop courte, ou du moins exécutée trop rapidement. Ayant perdu trop de temps sur le premier acte, Roth se fera bien plus succinct sur la séquestration, qui aurait dû être le cœur de l’œuvre. Malheureusement ce ne sera pas le cas et les défauts persistent voire même s’intensifient. L’histoire devient encore plus prévisible, et la situation ne tient debout que par l’absurdité des personnages, ce qui est révélateur sur le niveau globale de l’intrigue. Les décisions incohérentes prennent le pas sur d’autres et atteignent leur paroxysme lorsqu’une tierce personne rentre dans le jeu. A ce moment là du récit, le spectateur perd le peu d’intérêt qu’il lui restait encore. Et le film se conclut sans surprise sur une note moralisatrice un peu douteuse et surtout réductrice sur la psychologie des personnages, présentant un monde simpliste et unilatéral où tout est soit blanc soit noir. Ce qui nous laisse avec l’étrange sentiment d’avoir été pris pour des imbéciles. Le jugement du réalisateur sur les hommes, réduits à des pervers, est en effet très définitif alors qu’il porte les figures féminines aux nues. Mais il utilise un féminisme vicié, qui se montre trop simpliste dans l’exposition des femmes. Ici, elles ont des figures de vengeresses quasiment christiques, malgré leurs folies latentes qui ne symbolisent que leurs candeurs et leurs puretés. Il les présente comme des êtres vertueux et sans tâches alors que la réalité n’est pas aussi simple. Le message se fait donc trop moralisateur, trop hypocrite et trop arrogant n’ayant en fin de compte absolument rien à offrir. Le final n’étant pas assez choquant pour nous pousser à réfléchir, d’autant qu’il tombe sans vergogne dans le ridicule.
Et en plus des grosses faiblesses du scénario, le casting n’est pas vraiment en mesure de rattraper l’ensemble. Les acteurs offrent des prestations inégales, comme Lorenza Izzo et Ana de Armas qui sont bien trop cabotines dans leurs rôles. Même si c’est un choix de la direction d’acteurs, c’est un choix qui ne porte pas ses fruits. En aucun cas les deux actrices arrivent à être mystérieuses, angoissantes ou fascinantes. Elles tombent juste dans les poncifs de ce genre de personnages et ne sortiront jamais de leurs stéréotypes. Pour Keanu Reeves, qui est la vraie attraction de ce film, cela est beaucoup moins simple. Il peine vraiment à être convaincant en père de famille au début du film, l’acteur semble totalement à l’ouest au sein du récit. En fin de parcours, il se révèle pourtant particulièrement excellent, arrivant à transmettre la détresse et la peur de ce père de famille avec justesse.
Il est dommage que la réalisation ne soit pas mémorable. La photographie, le montage ainsi que la sélection musicale, se montrent génériques, sans parler de la mise en scène d’Eli Roth qui s’avère classique et plate. On ne retrouve pas sa patte, il plonge dans le puritanisme américain alors qu’il a davantage l’âme d’un enfant terrible. On sent quand même qu’il veut faire une critique des « banlieusards », mais cela ne fonctionne pas car la mise en scène manque d’impact. Roth a beau essayer de créer un monde d’apparence, avec cette maison idéale de la famille parfaite, pour mieux le déconstruire, la perfection qui n’est qu’illusion pour cacher les péchés de tous les jours, mais il manque cruellement de justesse pour y parvenir. De plus, la mise en scène n’arrivera pas à rendre le récit sensuel, malgré quelques visions érotiques, préférant jouer le hors champs lors des scènes torrides avec inserts sur les photos de famille. Au cours de la dernière partie, le cinéaste n’arrive même pas à cristalliser le suspense, les scènes sont dénuées de tension, alors que c’est censé être sa marque de fabrique.
Knock Knock est un ratage, un long métrage à peine regardable qui n’est sauvé de la médiocrité que par quelques séquences pas inintéressantes et un acteur principal qui s’améliore vraiment de scène en scène. Mais on s’ennuie souvent, on ne reconnaît pas le cinéaste et à aucun moment on ne ressent le moindre frisson érotique ou d’angoisse. L’ensemble est juste plat, simpliste et moralisateur. C’est dommage car il y avait de belles promesses derrière tout ça, et à certains moments on aperçoit le bon film que l’on aurait pu avoir mais il mise trop sur les facilités d’écritures poussant ses personnages dans la stupidité. Mais c’est surtout le manque de rigueur et de finesse qui fait que tout cela échoue et certainement pas le manque de talent. On est donc face à une œuvre décevante mais pas entièrement honteuse.
Synopsis : Evan Webber (Keanu Reeves) est un heureux père de famille et architecte. Il se retrouve seul chez lui pour la Fête des pères, ses enfants et sa femme étant partis à la plage pour le week-end. C’est alors que deux belles jeunes femmes, Genesis (Lorenza Izzo) et Bel (Ana de Armas), sonnent à sa porte et s’immiscent dans sa maison puis dans sa vie.
Knock Knock – Bande annonce
Knock Knock : Fiche technique
États-Unis – 2015
Réalisation: Eli Roth
Scénario: Guillermo Amoedo, Nicolás López et Eli Roth
Interprétation: Keanu Reeves (Evan Webber), Lorenza Izzo (Genesis), Ana de Armas (Bel)
Photographie: Antonio Quercia
Décors: Marichi Palacios
Costumes: Elisa Hormazábal
Montage: Diego Macho
Musique: Manuel Riveiro
Producteur(s): Miguel Asensio, Colleen Camp, John T. Degraye, Cassian Elwes, Nicolás López et Eli Roth
Production: Black Bear Pictures, Camp Grey, Dragonfly Entertainment, Elevated Films et Sobras International Pictures
Distributeur: Synergy Cinéma
Date de sortie: 23 septembre 2015
Durée: 1h39min
Genre: Thriller érotique
Pour des raisons totalement obscures, Philippe Ramos est un cinéaste qui a échappé à l’auteure de ces lignes. Il faut dire que les projections de ses films restent très confidentielles dans nos lointaines contrées provinciales, seulement deux séances (11h, 21h30) par exemple, pour Fou d’Amour, dès cette première semaine d’exploitation.
Synopsis : 1959.Coupable d’un double meurtre, un homme est guillotiné. Au fond du panier qui vient de l’accueillir, la tête du mort raconte : tout allait si bien ! Curé admiré, magnifique amant, son paradis terrestre ne semblait pas avoir de fin.…
Le diable au corps.
Cette lacune sera vite réparée, car Philippe Ramos a montré avec Fou d’Amour qu’il est un cinéaste important dans le paysage français, inventif et esthète, minimaliste et baroque à la fois.
Fou d’Amour est un film inspiré de la vraie histoire de Guy Desnoyers, connue comme « l’affaire du curé d’Uruffe » qui a fait grand bruit à la fin des années 50 : victime de ces pratiques anciennes des grandes familles bourgeoises et pieuses qui consistent à «donner » un fils à l’Eglise et un autre à l’Armée, le jeune Desnoyers est voué par sa grand-mère à la prêtrise, alors que son goût est clairement pour les femmes. Quand le drame finit par arriver, il commet alors l’irréparable et tue sauvagement une jeune femme qu’il a mise enceinte, ainsi que le fœtus viable de celle-ci.
Arrêté, jugé et reconnu coupable à la majorité par le jury, le curé a cependant échappé à la peine de mort. Le Président de la Cour d’Assises aurait réuni les jurés pour leur demander de lui accorder des circonstances atténuantes. René Coty serait intervenu, afin de préserver les relations avec le Vatican. C’est le fils d’un ancien juré qui a révélé cette affaire à Jean-François Colisimo, un écrivain qui préparait un livre sur l’affaire. Ainsi Desnoyers a été emprisonné jusqu’en 1978, puis il se retire en Bretagne, et on perd sa trace jusqu’à son décès le 21 avril 2010.
Philippe Ramos est moins indulgent que le jury, car son film s’ouvre sur le curé en route vers le lieu de son exécution, et c’est depuis une boîte que sa tête coupée par la guillotine nous prend à témoin en nous racontant son histoire. Ce faisant, le cinéaste essaie de nous mettre du côté de son protagoniste, un homme qu’on va à apprendre à connaître et peut-être à comprendre tout au long du flash-back qu’il s’apprête à nous raconter.
Le pan de vie évoqué par la tête du curé se passe dans sa dernière paroisse. Un vrai vivier pour lui, d’autant plus qu’il monte avec délectation des plans d’une simplicité biblique pour approcher les mères de famille (création d’un club de football), et les filles de celles-ci (création d’un club de théâtre). C’est jubilatoire et éminemment viscéral, merveilleusement servi par un Melvil Poupaud au mieux de sa forme, un charme irrésistible sous son sourire innocent et goguenard à la fois. La jouissance du corps sans entrave relève presque du satyre en ce qui concerne le personnage principal.
Mais la recherche des plaisirs sexuels et de l’orgasme sont également le but de ses maîtresses, de la vieillissante châtelaine (Dominique Blanc, admirable dans un rôle mélancolique de cougar), aux diverses femmes qui se résument en une seule chose pour leur lubrique curé, jusqu’à Rose (magnétique Diane Rouxel), celle par qui la salvation (l’amour) et la perte (la mort) arrivent. La nudité n’est presque jamais stylisée, mais offerte sans vulgarité au spectateur dans sa dimension érotique la plus basique et sans doute la plus vraie.
La componction et l’hypocrisie qu’on pouvait trouver dans ces milieux-là, en ces temps-là, sont en filigrane de l’histoire du curé, avec notamment cette savoureuse scène où le vicaire général et le curé plus âgé d’une paroisse voisine viennent faire une sorte d’inspection quand certaines rumeurs leur furent arrivées aux oreilles : dégoulinant de déni, ils représentent la parfaite vision satirique du monde ecclésiastique d’alors.
Malgré son côté extrêmement littéraire, la voix off, et les citations bibliques en pagaille qui semblent parfois justifier avec ironie les actions de ce curé sans nom, pour ne pas dire innommable, le film ne baisse jamais de régime, étant toujours sur la brèche d’une idée ou d’une autre, du moins dans sa première partie.
Quand le drame survient et que le film bascule dans un registre beaucoup plus sombre, il devient plus convenu et plus linéaire, comme si Philippe Ramos n’arrivait pas à s’intéresser autant à cette part du personnage, le fou meurtrier et sordide. Le rythme est en même temps lent et saccadé, au risque de perdre le spectateur. Malgré tout, l’intensité du jeu de Melvil Poupaud ne faiblit pas, et le rendu de la folie qu’il incarne, bien que conventionnel, est spectaculaire.
Fou d’amour est un film organique qui fait beaucoup penser à ceux de Bruno Dumont, notamment l’Humanité, Flandres ou encore Hors-Satan. Les scènes du « désert », les plus dispensables peut-être en terme de rythme, sont celles qui évoquent le plus la beauté aride de la nature, de l’homme, de la nature habitée par l’homme. Et de Dumont à Bresson, il n’y a qu’un pas que l’on n’hésitera pas à franchir pour parler de ce film…
Fou d’Amour, une bonne manière de se faufiler dans le cinéma de Philippe Ramos.
Fou d’amour – Bande annonce
Fou d’amour – Fiche technique
Titre original : –
Date de sortie : 16 Septembre 2015
Réalisateur : Philippe Ramos
Nationalité : France
Genre : Comédie dramatique
Année : 2015
Durée : 107 min.
Scénario : Philippe Ramos
Interprétation : Melvil Poupaud (Le curé), Dominique Blanc (Armance), Diane Rouxel (Rose), Lise Lamétrie
(Lisette), Jean-François Stévenin (Le curé de Mantaille),
J.P. ‘Van Gogh’ Bodet (Le facteur), Jacques Bonnaffé (Le grand-vicaire)
Musique : Pierre Stéphane Meugé
Photographie : Philippe Ramos
Montage : Philippe Ramos
Producteurs : Paulo Branco
Maisons de production : Alfama Films, Rhône-Alpes Cinéma
Distribution (France) : Alfama distribution
Récompenses : –
Budget : NR