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Je vous souhaite d’être follement aimée, un film d’Ounie Lecomte : Critique

Malgré ses origines coréennes, il est frappant de voir à quel point Ounie Lecomte a les mêmes airs que Céline Sallette arbore dans son nouveau film Je vous souhaite d’être follement aimée : un front plus que buté, un regard intense, une mine grave. De même que la petite Kim Sae-ron du précédent film, Une vie toute neuve, pouvait être son exact double enfantin…

Synopsis: Elisa, kinésithérapeute, part s’installer avec son jeune fils, Noé, à Dunkerque, ville où elle est née sous X. Quelques mois plus tôt, elle y a entrepris des recherches sur sa mère biologique, mais cette femme a refusé de dévoiler son identité. À la recherche d’une mère inconnue, de son passé et de leur histoire, Élisa ne renonce pas et veut comprendre… Le hasard va bouleverser ses attentes…

Poetry

C’est que l’histoire personnelle d’Ounie Lecomte est indissociable de ses films : on y parle de l’adoption, mais surtout d’abandon, de la peur de l’abandon, de l’incompréhension de l’abandon.

Poetry, le titre de cet article, fait aussi bien référence à Lee Chang Dong crédité de remerciements dans le générique de fin, le producteur et mentor coréen d’Ounie Lecomte pour ce film autobiographique tourné en Corée, Une vie toute neuve, qu’à André Breton, à qui elle a emprunté la phrase « Je vous souhaite d’être follement aimée », une adresse du grand écrivain à la future jeune femme de 16 ans que son bébé de 8 mois allait devenir. Et de fait, malgré un ancrage social très fort (nous sommes à Dunkerque, ville multiple éprouvée par la guerre), le film n’est que poésie et douceur, au point peut-être de perdre pied par moments en terme de réalisme.

 

Elisa est une belle jeune femme trentenaire au regard triste qu’on découvre dans un trajet ferroviaire de Paris vers Dunkerque. Un trajet solitaire, une entreprise qu’elle ne peut mener que seule : elle part à la rencontre de la femme qui est habilitée à organiser une rencontre entre elle et sa mère biologique qui l’a abandonnée à sa naissance après un accouchement sous X. Celle-ci refuse de la rencontrer, mais Elisa persiste et accepte un remplacement de 6 mois à Dunkerque (elle est kinésithérapeute). Elle s’y installe avec son fils Noé, et laisse son compagnon Alex à Paris.

Le film d’Ounie Lecomte est un récit à deux voix, celle d’Elisa et celle d’Annette. Par construction, le spectateur comprend très vite que la personne recherchée par Elisa est Annette. Elisa donc, d’un côté, qui n’arrive pas à aimer correctement ni son compagnon -à l’écoute pourtant- ni son fils qui est perturbé par l’amorce de séparation de ses parents. Dans son travail de kiné, dans ces corps à corps multi-quotidiens filmés magnifiquement par la grande Caroline Champetier, Elisa est tactile, on l’imagine douce, aimante, voire sensuelle. Mais dans sa vie de tous les jours, elle n’arrive justement pas à s’abandonner. Par peur de s’y perdre, sans doute, ressassant depuis trop longtemps la question de son abandon par sa mère biologique. « Je ne sais pas comment m’y prendre » dit-elle en parlant des relations difficiles avec son jeune Noé. La cinéaste réussit à restituer parfaitement cette douleur originelle qu’est la sienne, ce trou béant que même la maternité n’est jamais venue combler.

D’un autre côté, Annette (Anne Benoît), une femme triste elle aussi, partageant sa vie entre sa mère Renée (Françoise Lebrun), habitant un étage au dessus d’elle, et ses trois chiens, arrivés les uns après les autres à son foyer au même rythme que des enfants qu’elle n’a pas eu. Travaillant à la cantine de l’école de Noé, elle se prend d’affection pour ce petit garçon révolté, inexplicablement mat et frisé avec un père « champenois de Champagne » et qui lui aussi, se heurte, si jeune déjà, à des questions d’identité. Au détour d’une discussion, Annette apprend que la maman de Noé est kiné. C’est ainsi, par le plus grand des hasards, que mère et fille se frôlent littéralement et apprennent à se connaître sans se reconnaître. Toutes ces scènes de séances de kiné où Elisa soigne Annette, où une sorte de complicité naît entre les deux femmes, sont merveilleuses de délicatesse et de beauté, avec en acmé celle où dans le cadre d’une banale technique de travail, Elisa englobe Annette dans une position fœtale extrêmement évocatrice et émouvante, dans une inversion des rôles très touchante.

La mise en scène permet au spectateur de profiter pleinement de ces émotions. Comme les deux protagonistes sont très vite parfaitement identifiées, toute son attention peut se tourner vers cette rencontre qui se fait en douceur, à l’insu des intéressées…

Le travail des acteurs est remarquable, celui de Céline Sallette en particulier : des regards qui suffisent à exprimer toute sa souffrance, des regards durs, inquiets, perdus ou au contraire pleins d’amour quand ils se tournent vers son fils ; une préparation sérieuse quant à son rôle de kiné, qui met en exergue son rapport avec le corps des autres et avec le sien propre. Eclairée d’une lumière très douce et filmée en très gros plans, la peau des patients sous la main d’Elisa, celle d’Anne Benoît notamment, incarne totalement le film d’Ounie Lecomte pour lui donner une épaisseur organique en adéquation avec les quêtes de soi qui sont en question dans Je vous souhaite d’être follement aimée.

Les autres acteurs sont à l’avenant : Anne Benoît, parfaite dans le rôle d’une femme qui vit la vie d’une autre, la vie de sa mère très intrusive, ce dernier personnage étant joué par Françoise Lebrun, décidément parfaite à tous les âges ; Louis-Do de Lencquesaing, sensible et délicat dans le rôle du compagnon d’Elisa, et même la discrète Catherine Mouchet dans son modeste rôle de celle par qui tout va arriver imprime le film de sa forte personnalité, aussi ténébreuse que malicieuse…

Une dernière actrice et non des moindres est la ville de Dunkerque, une belle endormie pour laquelle Caroline Champetier elle-même dit avoir eu un coup de foudre. Une ville que la très belle musique d’Ibrahim Maalouf et sa trompette (1) rendent presque méconnaissable, différente. Filmée de nuit ou de jour, avec des séquences marines nombreuses et variées, des séquences parfois à rallonge il est vrai, la ville de Dunkerque est propice à toutes les passions, à toutes les belles histoires d’amour : Parfait amour de Catherine Breillat en 1996, Quand la mer monte d’Yolande moreau et Gilles Porte en 2004, ou encore Les Beaux Jours de Marion Vernoux en 2013 pour ne citer qu’eux…

Je vous souhaite d’être follement aimée est un film idéal (casting, musique, scénario même si on peut le trouver un peu foisonnant). Alors que c’est une pure fiction, le film crie la sincérité d’Ounie Lecomte, sa souffrance d’enfant abandonnée aussi, et cette onde se transmet au spectateur de manière bouleversante.            

(1) à propos d’Ibrahim Maalouf : Le son singulier de sa trompette, inventée par son père, renvoie pour moi ici à l’idée du souffle. (Ounie Lecomte , dossier de presse)

Je vous souhaite d’être follement aimée – Bande annonce

Je vous souhaite d’être follement aimée – Fiche technique

Date de sortie : 06 Janvier 2016
Réalisateur : Ounie Lecomte
Nationalité : France
Genre : Drame
Année : 2015
Durée : 100 min.
Scénario : Ounie Lecomte, Agnès de Sacy
Interprétation : Céline Sallette (Elisa), Anne Benoît (Annette), Elyes Aguis (Noé), Louis-Do de Lencquesaing (Alex), Françoise Lebrun (Renée), Catherine Mouchet (Madame Kubiak)
Musique : Ibrahim Maalouf
Photographie : Caroline Champetier
Montage : Tina Baz
Producteurs : Laurent Lavolé
Maisons de production : Gloria Films
Distribution (France) : Diaphana Distribution
Récompenses : –
Budget : –

Writing’s on the Wall : meilleure chanson aux Golden Globes pour Spectre

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Writing’s on the Wall : la B.O de Spectre primée aux Golden Globes !

Ça vient de tomber ! Le générique du film Spectre interprété par Sam Smith et titré Writing’s on the Wall  a remporté le prix de la meilleure chanson aux Golden Globes 2016. Déroutante, la mélodie qui donne un ton plutôt lugubre au 24ème opus de la saga James Bond 007 a su convaincre le public.

On retrouve la version instrumentale de Writing’s on the Wall sur l’album Soundtrack du film Spectre encore une fois signé Thomas Newman (compositeur de Skyfall mais aussi d’American Beauty). Thomas Newman avait remporté un BAFTA en 2013 pour Skyfall mais, cette fois, le chanteur britannique Sam Smith a détrôné le compositeur. Pourtant, Smith avoue détester interpréter cette chanson. Invité au Graham Norton Show, il s’expliquait ainsi : «Je l’ai réellement chantée qu’une fois, vraiment. Car j’ai enregistré la démo dans le studio, et ils l’ont utilisée. Elle est horrible à chanter. Horrible. Je regrette presque – non je ne regrette pas ! C’est juste que cela va très haut, je dois vraiment m’accrocher pour la chanter, c’est affreux.»

En Février 2015, Sam Smith avait déjà été couronné de succès à la 57ème cérémonie des Grammy Awards. Le jeune homme de 22 ans était reparti avec quatre trophées : meilleure chanson pour Stay With Me, meilleur album pop (In the Lonely Hour ), meilleur nouvel artiste et meilleur enregistrement de l’année.

Pour les irréductibles, voici la liste des pistes disponibles sur l’album de Thomas Newman Spectre : Original Motion Picture :

1 – Los Muertos Vivos Estan (feat. Tambuco)
2 – Vauxhall Bridge
3 – The Eternal City
4 – Donna Lucia
5 – A Place Without Mercy
6 – Backfire
7 – Crows Klinik
8 – The Pale King
9 – Madeleine
10 – Kite In a Hurricane
11 – Snow Plane
12 – L’Americain
13 – Secret Room
14 – Hinx
15 – Writing’s On the Wall (Instrumental)
16 – Silver Wraith
17 – A Reunion
18 – Day of the Dead (feat. Tambuco)
19 – Tempus Fugit
20 – Safe House
21 – Blindfold
22 – Careless
23 – Detonation
24 – Westminster Bridge
25 – Out of Bullets
26 – Spectre (End Title)

Arrête ton cinéma, un film de Diane Kurys : critique

Que ce soit dans la bouche de Quentin Tarantino un soir de remise de prix ou dans celle de deux productrices un brin déjantées qui promettent de ne jamais rater un film, cette expression a bien du souci à se faire dans le dernier film de Diane Kurys, Arrête ton cinéma. On y croise Sylvie Testud – ici rebaptisée Sybille comme dans son livre C’est le métier qui rentre dont le film est adapté – qui tente désespérément, mais avec un optimisme sans faille, de réaliser son premier film.

Synopsis : C’est dans l’enthousiasme que Sybille démarre l’écriture de son premier film. Actrice reconnue, elle va passer pour la première fois de l’autre côté de la caméra. Tout semble lui sourire. Ses productrices Brigitte et Ingrid sont deux personnages loufoques mais attachants et Sybille se jette avec elles dans l’aventure, mettant de côté sa vie familiale. Mais, du choix improbable des actrices, aux réécritures successives du scénario, en passant par les refus des financiers, le rêve merveilleux va se transformer en cauchemar.

« Vive le cinéma »

En 38 ans et environ 15 films, Diane Kurys s’est à peu près essayée à tous les genres et ce, depuis le succès du tout premier Diabolo menthe. Qui pourrait ainsi croire que la réalisatrice du drame Pour une femme (2014), soit aussi celle de la comédie potache Je reste ? En racontant cette fois-ci les coulisses du cinéma avec son actrice « fétiche » (du moins depuis Sagan et Pour une femme), Diane Kurys se livre de nouveau à la comédie pour le meilleur comme pour le pire.

On achève bien les chevaux

Tout se passe bien pour Sybille quand elle apprend, après avoir terminé son dernier film en date en tant qu’actrice, que des productrices sont enchantées par son travail et veulent produire son « excellent » scénario dont elle n’a pourtant écrit que quatre pages. La voilà donc partie dans un rêve un peu étrange, d’autant plus étrange qu’elle semble être la seule à le vivre ainsi. Car tous ceux qu’elle contacte sont catégoriques : ce sont deux folles qu’elle a pour productrices. Pourtant, en incorrigible optimiste, Sybille ne se démonte pas et se lance même à corps perdu dans l’écriture de son film (en délaissant sa petite famille). La toute première partie du film est donc un formidable moment de réécriture qui fait passer l’histoire de Sybille d’un hôpital à un haras pour commencer. Mais décidemment cette première idée soufflée par les productrices elles-mêmes leur semble tout à coup bien mauvaise. Les chevaux mis de côté, ce sont trois « filles de joie » que l’on retrouve à l’écran.

« Où sont les femmes ? » 

Diane Kurys comme Sylvie Testud, présentent le soir où LeMagduciné a vu Arrête ton cinéma, ne se sont rien interdit pour le film, allant du vulgaire le plus potache à la pure comédie. Résultat, le film oscille entre de très bonnes idées – notamment du côté des productrices incarnées par deux actrices (Balasko et Breitman) qui visiblement s’amusent beaucoup – et une mise en scène un peu molle. Le scénario vaut pour ce jusqu’au-boutisme qu’il ne se refuse pas. Il nous fait entrer bien plus avant dans le monde impitoyable du cinéma que ne l’avait fait la série Dix pour cent. C’est d’ailleurs sûrement la raison pour laquelle Dix pour cent a trouvé sa place à une heure de « grande écoute » sur France 2 et qu’Arrête ton cinéma n’a trouvé aucune chaîne tv pour son financement. Diane Kurys est elle-même aux commandes de la production, ce qui lui laisse le droit de tout dire, de ne rien s’interdire. Et de donner la part belle depuis quelques films aux femmes, fragiles comme Sybille (qui a pourtant une force d’optimisme sans faille et de conviction étonnante) ou follement passionnées sans limites comme ces productrices vindicatives qui restent debout malgré les déconvenues. On notera à ce propos un formidable morceau de bravoure de Josiane Balasko alias Brigitte un jour de tournage de clip. Si le film frise sans cesse le mauvais goût, c’est assumé. Les personnages ont chacun leurs petites manies, leur particularité, mais plus que de la caricature, c’est dans le clownesque et la parodie que Diane Kurys est allée piocher.

Affreuses sales et méchantes

Au final, le film ne propose aucun conte de fées/happy end, mais décrit un monde de requins dans lequel les scénarios sont tirés dans tous les sens. La passion du cinéma semble à tout moment se perdre dans des considérations monnayables à l’infini. C’est que le « cinéma est une histoire d’amour aveuglante » pour Sylvie Testud, où il faut savoir faire des compromis. Ici, c’est presque la compromission (qu’il faut à tout prix éviter selon Diane Kurys) qui guette. En tout cas, Sybille y perd l’esprit dans des rêves-cauchemars qui brouillent un peu plus la frontière d’avec la réalité. Car dans ce film de fiction, adapté lui-même d’une fiction littéraire, Diane Kurys comme Sylvie Testud parlent d’elles-mêmes et de leur propre expérience de l’hystérie du cinéma, qu’elle soit sur les plateaux ou lors de la préparation des films. La douce folie qu’elles racontent nous envahie, elle démange chacun des personnages. Et ce sont deux productrices tyranniques – leur nom de famille rappelle d’ailleurs celui d’un célèbre tyran (Ceaușescu) même si « ça ne s’écrit pas pareil »- qui tirent les ficelles. On ne tient pas là un grand film sur le cinéma, mais un moment de folie partagée tout simple, à l’image de la discussion qui s’est déroulée ce soir-là entre les journalistes et Sylvie Testud, toujours un peu perchée, mais passionnée et passionnante. Pas le meilleur, mais loin d’être le pire film de Diane Kurys.

Bande annonce – Arrête ton cinéma

Fiche technique – Arrête ton cinéma 

Titre original : Arrête ton cinéma
Date de sortie : 13 janvier 2016
Nationalité : France
Réalisation : Diane Kurys
Scénario : Diane Kurys et Sylvie Testud
Interprétation : Sylvie Testud, Josiane Balasko, Zabou Breitman, Fred Testot, François Xavier-Demaison, Claire Keim, Hélène de Fougerolles, Virginie Hocq
Musique : Hugo Gonzalez Pioli, Paolo Bionvino
Photographie : Gilles Henry
Décors : Tony Egry
Montage : Sylvie Gadmer
Production : Diane Kurys, Alexandre Arcady
Sociétés de production : Alexandre Films
Sociétés de distribution : Bac Films
Genre : Comédie
Durée : 90 minutes

Demain, un film de Cyril Dion et Mélanie Laurent : Critique

Voilà plus d’un mois que le film est en salle (11 novembre 2015). Documentaire/Roadmovie plein d’espoir et intelligemment construit, cet objet sensible qui ne manquera pas de frapper les consciences a été diffusé en avant-première à Arras et nous avions pu rencontrer Cyril Dion. Nous sommes allés voir Demain en ce début d’année 2016 et il nous fallait nous y arrêter une nouvelle fois tant l’importance du message est primordiale.

Synopsis: Et si montrer des solutions, raconter une histoire qui fait du bien, était la meilleure façon de résoudre les crises écologiques, économiques et sociales, que traversent nos pays ? Suite à la publication d’une étude qui annonce la possible disparition d’une partie de l’humanité d’ici 2100, Cyril Dion et Mélanie Laurent sont partis avec une équipe de quatre personnes enquêter dans dix pays pour comprendre ce qui pourrait provoquer cette catastrophe et surtout comment l’éviter. Durant leur voyage, ils ont rencontré les pionniers qui réinventent l’agriculture, l’énergie, l’économie, la démocratie et l’éducation. En mettant bout à bout ces initiatives positives et concrètes qui fonctionnent déjà, ils commencent à voir émerger ce que pourrait être le monde de demain…

 En 5 chapitres, Cyril Dion, Mélanie Laurent et leur équipe s’incluent dans la réflexion qui dure presque deux heures. Deux heures pour un voyage aux quatre coins de la planète pour faire le portrait de héros des temps modernes. Des personnes comme vous et moi qui veulent changer la donne. Si nous continuons à vivre comme nous le faisons, puiser-emprunter-consommer-jeter, tout cela dans le seul but d’amasser un maximum de profit individuel, l’humanité toute entière court à sa perte d’ici 2100. Les scientifiques ne voient pas aussi loin et c’est dès 2050 que les conséquences s’en feront gravement ressentir. Il ne faut pas être sensible à l’écologie pour apprécier ce voyage didactique. Être un simple spectateur, un être humain responsable, un citoyen les deux pieds sur terre suffit à comprendre le point de non retour.

Demain-homme-pont-velo

Les deux cinéastes ont choisi de participer au cœur même du projet cinématographique. Si certains encarts « le saviez-vous » peuvent être imposants, ils ne manquent jamais de nous éclairer. Il peut arriver que le spectateur se sente un peu perdu sous cette profusion de chiffres et d’informations, mais il doit se faire violence s’il veut espérer que les générations à venir n’aient pas à pâtir de nos façons de consommer, d’agir et de penser. La police de caractère et les ballades inde de la suédoise Fredrika Stahl participe à l’aspect naïf d’une pub ensoleillante. Son univers pop jazz mélancolique entre Lili Allen, Regina Spektor et le timbre de Cocorosie ou Agnes Obel ne convenait pas à l’éditeur à l’écoute de la première maquette, mais Cyril et Mélanie ont été étonnés de voir que sa musique collait parfaitement aux images. Tonalités aériennes, xylophone à l’appui et ronronnements vocaux, la bande originale, composée de 17 titres et disponible en vente depuis le 27 novembre, est un peu comme le glaçage en sucre d’un gâteau dont on n’aurait aucun complexe à en reprendre une deuxième part. Le genre de gâteau qu’on partage avec ses voisins un peu bruyants, sa famille peu à l’écoute ou ses amis absents. Le genre de gâteau qui réconcilie. Encore cette image d’épinal made in Coca Cola qui nous a fait croire au gros bonhomme rouge et blanc, made in Nutella qui nous fait croire à tous le petit déjeuner est le seul moment de la journée où la famille ne communique qu’en regards plein d’amour, molaires à découvert.

A contrario de ces mises en scène artificielles, bien que réconfortantes, Demain n’épouse aucun cahier des charges indigeste. A défaut de sa narration linéaire et bien pensée. Les solutions apportées durant chaque portrait ne datent pas d’hier et un amer goût d’impossible se dépose dans nos consciences fébriles. Pierre Rabhi n’est pas le seul à clamer haut et fort que lorsqu’on ne fera pas de l’argent un but en soi, la carotte au bout du bâton, l’évolution sera possible. Mais comment sortir de ce gouvernement actuel qui fonce tout droit dans le mur ? Arrêter le suffrage universel pour un tirage au sort entre citoyens qui réécriraient la Constitution, à l’instar de l’Islande en 2010 ? Instaurer des monnaies locales et libérer la création monétaire ? Ne plus construire d’autoroute ? Plus de pistes cyclables dans les capitales et grandes villes, une meilleure circulation en transports en commun ? Des toits végétaux ? Envisager d’autres systèmes éducatifs possibles responsabilisant l’enfant dès le plus jeune âge avec des matières plus ouvertes et des activités diversifiées pour l’aider à trouver sa voie ? Vous pouvez retrouver toutes ces solutions sur le site internet du film. Sortir donc du « monopole » des banques centrales et privées resterait une priorité. Ne nous leurrons pas, le gouvernement, qu’il soit français ou étranger, n’est pas prêt d’abandonner les accords financiers basés encore et toujours sur le puisement des énergies fossiles. L’or n’est pas sous nos pieds, ni dans nos mains, mais dans nos têtes. Les réels héros ne seront jamais dans les médias qui préfèrent endormir les consciences, car il faut préserver le capitalisme.

Demain-travail-terre

Demain est cette chose magique qui se produit à l’écoute d’un live de Sigur Ros. Le sourire chaud et discret au creux de notre estomac lorsque notre cerveau est trop pudique pour nous faire être fier de nous-même. Une bonne dose de sérotonine après avoir faire de l’exercice (une des 5 hormones du plaisir) etc. Les exemples sont individuels, mais les arguments collectifs. Autant le regarder à plusieurs et si l’envie vous prend de rejoindre une association, de nettoyer les départementales et de fuir les grandes enseignes… Faites le !

Un jeune néerlandais de 20 ans à trouver le moyen de nettoyer les océans

Pour en savoir plus sur une constitution d’origine citoyenne et l’oeuvre d’un enseignant marseillais

(Musique : Alabama Shakes – I Found You)

[Fiche Technique] Demain

Titre original : Demain
Date de sortie : 11 novembre 2015
Réalisateur : Cyril Dion et Mélanie Laurent
Nationalité : Français
Genre : Documentaire – roadmovie
Année : 2015
Durée : 108min.
Scénario : Cyril Dion
Intervenants : Cyril Dion (écrivain, réalisateur et poète français), Mélanie Laurent (actrice, réalisatrice et chanteuse française), Pierre Rabhi (essayiste, agriculteur biologiste, romancier et poète français, fondateur du mouvement Colibris), Vandana Shiva (écologiste, écrivain et féministe indienne), Jeremy Rifkin (essayiste américain, spécialiste de prospective économique et scientifique), Anthony Barnosky (de l’université de Californie, Berkeley, paléobiologiste), Elizabeth Hadly (de l’université Stanford, biologiste), Éric Scotto (PDG d’Akuo Energy, producteur indépendant français d’énergie renouvelable), Olivier De Schutter (juriste belge, professeur de droit international, rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation), Emmanuel Druon (dirigeant français de la papeterie Pocheco, à Forest-sur-Marque), Rob Hopkins (initiateur du mouvement des villes en transition), Jan Gehl (architecte et urbaniste danois), Perrine et Charles Hervé-Gruyer (agriculteurs biologistes français, produisant en permaculture au Bec-Hellouin), Bernard Lietaer (économiste belge), Michelle Long (localiste américaine, dirigeante de Balle (Business Alliance for Local Living Economies), « plus grand réseau au monde d’entrepreneurs locaux engagés pour transformer l’économie »), Kari Louhivuori (principal de la Kirkkojärvi Comprehensive School d’Espoo, en Finlande), Elango Rangaswamy (créateur du village modèle de Kuthambakkam, dans le district de Tiruvallur du Tamil Nadu, en Inde du Sud), Robert Reed, porte-parole de Recology, coopérative mettant en œuvre la démarche « zéro déchet » de San Francisco, aux États-Unis), Thierry Salomon (ingénieur énergéticien français, l’un des promoteurs en France du concept de négaWatt), David Van Reybrouck (scientifique belge, historien de la culture, archéologue et écrivain), Malik Yakini (fondateur du Detroit Black Community Food Security Network, qui exploite une ferme de 2,8 hectares à Détroit), Hervé Dubois (porte-parole de la banque Wir, à Bâle).
Musique : Fredrika Stahl
Photographie : Alexandre Léglise
Montage image : Sandie Bompar
Producteurs : Bruno Levy
Maisons de production : Move Movie, France 2 cinéma, Mars films et Mely Production (coproduction) ; Fonds de dotation Akuo Energy, OCS et France Télévisions (participation) ; KissKissBankBank (financement participatif)
Distribution (France) : Mars Distribution
Récompenses : César 2016 du meilleur documentaire
Budget : ~1 760 000 €

People’s Choice Awards 2016 : Fast & Furious 7 et The Big Bang Theory à l’honneur

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People’s Choice Awards 2016, les primés des catégories Cinéma et Séries télé :

Mercredi 6 Janvier au soir ont eu lieu les très prisés People’s Choice Awards présentés par Janet Lynch, star de Angel from Hell sur CBS.  Plus de 60  catégories soumises aux votes du public et qui brassent un peu de tout, du cinéma à la musique en passant par les jeux vidéos : de quoi rameuter du beau monde ! Sandra Bullock s’est vu remettre le prix de la comédienne préférée du public et a adressé un discours aux mamans, aux fans, à la Planète… « Nous sommes toutes des mères qui travaillent et aiment leur job, a-t-elle dit. Merci de me donner encore un joli souvenir avec ce prix. » Quant à Vin Diesel, c’est avec beaucoup d’émotion qu’il a reçu le prix du meilleur film pour Fast & Furious 7 et rendu hommage au regretté Paul Walker.

Cineseries-Mag a listé pour vous les principaux primés mais seulement dans ces catégories qui nous intéressent : le cinéma et la télévision !

People’s Choice Awards 2016 – catégorie Cinéma :

Meilleur film : Fast & Furious 7

Meilleur acteur : Channing Tatum

Meilleure actrice : Sandra Bullock

Meilleur film d’action : Fast & Furious 7

Meilleur acteur de film d’action : Chris Hemsworth

Meilleur actrice de film d’action : Shailene Woodley

Meilleure comédie : The Hit Girls 2

Meilleur acteur comique : Kevin Hart

Meilleure actrice comique : Melissa McCarthy

Meilleur Drame : Seul sur Mars

Meilleur acteur dramatique : Johnny Depp

Meilleure actrice dramatique : Dakota Johnson

Meilleur film familial : Les Minions

Meilleur Thriller : Taken 3

People’s Choice Awards 2016 – catégorie Séries télé :

Meilleure série : The Big Bang Theory

Meilleur acteur de série comique : Jim Parsons (The Big Bang Theory)

Meilleure actrice de série comique : Melissa McCarthy (Mike & Molly)

Meilleure série de Sci-Fi/Fantasy sur le réseau Network : Beauty and the Beast

Meilleure série fantastique sur le câble : Outlander

Meilleur acteur de série fantastique : Jensen Ackles (Supernatural)

Meilleure actrice de série fantastique : Caitriona Balfe (Outlander)

Meilleure série policière : Person of Interest

Meilleur acteur de série policière : Nathan Fillion (Castle)

Meilleure actrice de série policière : Stana Katic (Castle)

Meilleure série dramatique sur le réseau Network : Grey’s anatomy

Meilleur acteur de série dramatique : Taylor Kinney (Chicago Fire)

Meilleure actrice de série dramatique : Ellen Pompeo (Grey’s Anatomy)

Meilleure série comique sur le câble : It’s Always Sunny in Philadelphia

Meilleure série dramatique sur le câble : Pretty Little Liars

Meilleure série prime du câble : Homeland

Meilleurs acteur et actrice du câble : Kevin Hart & Sasha Alexander

Meilleur acteurs et actrices prime du câble : Dwayne Johnson & Kristen Bell

Mistress America, un film de Noah Baumbach : Critique

Film après film, le new-yorkais Noah Baumbach creuse le sillon de son sujet, l’angoisse du temps qui passe sans que l’on puisse avoir prise sur sa propre vie, une certaine inadaptation sociale de ses héros. En l’occurrence, il s’agit de deux héroïnes, deux facettes d’un même personnage. Brooke et Tracy sont deux futures « demi-sœurs », car leurs père et mère respectifs s’apprêtent à se marier.

Synopsis: Étudiante en première année dans une université de New York, Tracy se sent bien seule : elle ne fait ni les rencontres exaltantes auxquelles elle s’attendait, ni ne mène la vie urbaine trépidante à laquelle elle aspirait. Jusqu’au jour où elle est accueillie par sa future demi-soeur Brooke, New-Yorkaise pure et dure habitant à Times Square. Séduite par les extravagances de Brooke, Tracy découvre enfin le Manhattan dont elle rêvait…

The New-York trilogy

Tracy, la plus jeune, est « freshman » à la très select université féminine new-yorkaise de Barnard. Aspirante écrivaine, elle s’y ennuie pourtant terriblement, ne se reconnaissant dans aucune des activités proposées, basiques et ternes, très loin de l’idée qu’elle se fait de New-York. Seule, la rencontre avec Tony (Matthew Shear) apporte de la légèreté dans son quotidien, un étudiant de l’université de Columbia qui suit les mêmes cours qu’elle, qui a les mêmes ambitions littéraires qu’elle, et qui est tout aussi décalé qu’elle. Mais quand elle s’aperçoit que Tony sort avec une personne (Jasmine Cephas-Jones) rencontrée après elle (« j’ai besoin de quelqu’un à aimer et non de quelqu’un avec qui être en compétition » dira-t-il), Tracy finit par entrer en contact avec Brooke, une jeune femme plus âgée qu’elle, plus exubérante, plus enivrante, avec qui elle pense enfin pouvoir découvrir le New-York de ses rêves.

Mistress America est le titre d’une émission télévisée que Brooke souhaite monter, une activité comme les mille autres qu’elle entreprend ou qu’elle aimerait entreprendre, une activité avortée sur laquelle une fois de plus son inlassable babil prend le pas. Brooke a 30 ans, et a le besoin d’accomplissement à son taquet. Contrairement à Frances Ha, la protagoniste du film éponyme issu de la précédente collaboration de Noah Baumbach et de sa compagne Greta Gerwig – un personnage certes tout aussi déphasé que Brooke Cardinas – cette dernière se trouve à la limite d’une hyperactivité suspecte qui cache le même malaise, la même incapacité à trouver sa place dans une société où tout est balisé. Autant l’inconfort a paralysé Frances, autant il galvanise Brooke dans une étourdissante farandole qui va fasciner sa future petite sœur Tracy, qui va s’en inspirer pour écrire sa deuxième nouvelle intitulée aussi Mistress America.

Noah Baumbach s’attache décidément à ce personnage, puisqu’en effet, les deux héroïnes, et même les nombreux personnages secondaires du film sont tous une sorte d’émanation de Frances Ha, elle-même parente proche du tourmenté  Roger Greenberg que Ben Stiller incarnait déjà dans Greenberg (et dans lequel Greta Gerwig jouait également). Sa force est de savoir varier les situations qui gravitent autour du même thème, de réussir à nous surprendre encore par un angle de vue nouveau. Ici, c’est le potentiel comique de Greta Gerwig qui est porté à son comble, dans une performance digne des meilleures screwball comedies de Hollywood, tant dans sa gestuelle chaplinesque (il faut la voir mimer le rembobinage d’un discours qui a mal débuté, un vrai régal) que dans l’acuité des dialogues, des réparties vives que les non anglophones risquent de ne pas pouvoir apprécier dans leur pleine mesure, tellement elles fusent à toute vitesse…

Passé donc un temps d’adaptation, où on se familiarise avec ce rythme qui pourrait paraître trop frénétique à certains, les comiques de situations et la drôlerie du scénario font réellement mouche auprès du spectateur. Le personnage de Tony, incarné pourtant par un acteur peu charismatique, ponctue le métrage de ses hilarants et rugissants « Nicolette ! » à l’adresse de sa petite amie maladivement jalouse de Tracy, à la manière d’un running-gag très réussi. Mais tout comme les différentes tentatives professionnelles de Brooke, ce film mené tambour battant patine quelque peu dans sa partie centrale très théâtralisée, quand Brooke et ses amis étudiants se rendent à la très luxueuse résidence de sa némésis Mamie Claire, une ex amie qui lui a volé son riche fiancé Dylan, son idée de tee-shirts fleuris, ses petits chats. L’idée est de solliciter financièrement le couple pour un énième projet (un restaurant solidaire dont l’idée est aussi peu rentable qu’elle est poétique) que les investisseurs initiaux viennent de désavouer. Cette partie du film est un peu à rallonge, meublée par les performances visuelles et verbales de Greta Gerwig qui pour le coup tournent légèrement au cabotinage. Toute la délicatesse et la fraîcheur dont elle avait fait preuve dans Frances Ha sont partiellement écrasées par le tourbillon du personnage de Brooke qu’elle a co-écrit avec le cinéaste Noah Baumbach, cependant qu’elle-même fait de l’ombre à Lola Kirke, qui incarne pourtant avec beaucoup de justesse cette jeune femme qui essaie de faire feu de tout bois, afin de se sentir exister et vivre.

La jeune femme américaine telle que dépeinte par Noah Baumbach est aux antipodes de l’imagerie véhiculée par les médias ; c’est une femme pleine de doutes, ce qui fait son charme (« tu es drôle, car tu ne sais pas que tu es drôle » dit de Brooke à son ex fiancé Dylan), tout en étant paradoxalement déterminée. C’est une femme libre, mais insouciante, comme l’ont été avant elles toutes les héroïnes de Noah Baumbach : celles interprétées et co-écrites par Greta Gerwig elle-même, comme celles de While we’re young, où Baumbach officiait seul, la jeune Darby (Amanda Seyfried) et la moins jeune Cornelia (Naomi Watts), des personnages un peu plus caricaturaux, mais tout aussi peu conventionnels. Des new-yorkaises très proches de leurs aînées déjà rencontrées chez Woody Allen dont le cinéaste, avec sa trilogie new-yorkaise, est en passe de reprendre le flambeau, celui-ci désertant de plus en plus sa ville de prédilection pour succomber aux sirènes de l’Europe….

Mistress America – Bande annonce

Mistress America – Fiche technique

Titre original : Mistress America
Date de sortie : 06 Janvier 2016
Réalisateur : Noah Baumbach
Nationalité : US of A, Brésil
Genre : Comédie
Année : 2015
Durée : 84 min.
Scénario : Noah Baumbach, Greta Gerwig
Interprétation : Greta Gerwig (Brooke), Lola Kirke (Tracy), Matthew Shear (Tony), Jasmine Cephas Jones (Nicolette), Heather Lind (Mamie-Claire), Michael Chernus (Dylan), Cindy Cheung (Karen), Shana Dowdeswell (Ruth), Kathryn Erbe (Stevie Fishko), Dean Wareham (Harold)
Musique : Britta Philipps, Dean Wareham
Photographie : Sam Levy
Montage : Jennifer Lame
Producteurs : Rodrigo Teixeira, Lila Yacoub, Noah Baumbach, Scott Rudin, Greta Gerwig
Maisons de production : Fox Searchlight Pictures, RT Features
Distribution (France) : 20th Century Fox
Récompenses : –
Budget : –

Les 8 Salopards, un film de Quentin Tarantino: Critique

Entre un scénario dispersé aux quatre coins du Web et la résignation de son auteur à le porter jusque sur l’écran, la genèse tout bonnement chaotique de The Hateful Eight aura provoqué nombre d’émules sur la Toile, quitte à faire naître, comme à chaque fois avec un film de Tarantino, un inextinguible sentiment d’attente. La sortie du film renommé chez nous Les 8 Salopards (en référence aux 12 Salopards de Robert Aldrich) approchant, l’heure était donc venue, de jeter un oeil à la nouvelle bravade cinématographique de QT, qui cherche encore une fois ici après Django Unchained à dépoussiérer le genre du western, avec une histoire convoquant autant règlements de compte et faux semblants que trahisons.

Le retour de QT

A première vue, The Hateful Eight (titre original qu’on préférera volontiers au titre français Les 8 Salopards) peut s’apparenter au film somme de QT. D’aucuns prétexteront avoir vu déjà tel paysage dans Django Unchained ou tels acteurs dans Pulp Fiction quand d’autres pointeront du doigt l’étonnante ressemblance du film avec Réservoir Dogs, tout deux jouant sur la peur de l’inconnu couplée à un adroit sens du timing et du huis-clos. Mais au fond, qu’est-ce que ça change ? Le natif de Knoxville malgré une production désastreuse est de retour ; prêt à montrer à la vindicte populaire l’ayant un temps dégoûté du projet, toute sa hargne et sa vigueur avec un film qui dès le départ semblait différent de ses précédents. Différent à d’ailleurs bien des titres. Que ça soit dans le choix du genre qui fait directement suite après Django (on retrouve l’univers du Western – un doublon historique chez Tarantino-) ou de la temporalité (les deux films semblent comme liés à la guerre de Sécession, période charnière de l’Histoire américaine) jamais QT n’avait semblé vouloir autant brouiller les pistes. Et pourtant, on saluera bien comme il faut ce choix, puisque celui-ci renforce encore plus l’attente posée à l’égard du film, le bonhomme étant passé maître dans l’art de transformer son travail en événement culturel. A l’issue de la projection (qui plus est à l’ancienne puisque comportant un entracte) et shooté en Panavision 70mm (un obscur format inutilisé depuis un demi-siècle), on se rend compte ainsi que si la facétie du natif de Knoxville semble moins évidente qu’avant, son sens du professionnalisme, lui n’a pas diminué d’un iota. Une exigence d’ailleurs perceptible dès la première scène, ou Tarantino pose ses caméras au beau milieu d’un blizzard. Une plaine enneigée balayée par des bourrasques de vent d’ou n’émane qu’un froid glacial qui suinterait presque de l’écran) et une diligence se mouvant au rythme d’une partition signée Morricone : en une économie de parole rarissime et un sens du cadre à faire pâlir la jeune génération, QT parvient à un stade qui le voit côtoyer les plus grands de sa profession, en réussissant à rendre identifiable la paternité de son oeuvre au regard du seul premier plan.

Le reste, hérité de son style de métronome, ne sera pas différent. Mise en scène plus aboutie, plus profonde, auscultant sans mal la condition féminine et noire dans une société morcelée par de graves crises identitaires et idéologiques, Tarantino assure le show quand bien même son premier acte et par la suite des choses, son second, ne consiste qu’en de longues tirades scandées tour à tour par un casting décidément ravi d’être là. Entre un Samuel L Jackson, bouffeur d’écran compulsif et un Walton Goggins portant bien haut les habits de LA révélation du film ; un Michael Madsen mutique et un Bruce Dern en vieux sage, le casting donne l’élégant contrepoids à une intrigue jouant constamment sur le clair-obscur et la dissimulation.

Une ode à la filmographie de John Carpenter.

Pour comprendre davantage, inutile ainsi de chercher plus loin, puisque la clé de l’intrigue réside dans le personnage campé par Kurt Russel. S’il ne sera évidemment pas question ici de révéler des éléments clés du film, on pourra toutefois rester amusé devant le personnage de Russel qui, à l’instar de celui qu’il occupait dans The Thing de John Carpenter, est le premier à amener un vent de suspicion dans l’endroit où se côtoient ce ramassis de criminel. Décor enneigé, aucune sortie possible, paranoïa qui s’installe, psychose et peur ; les deux œuvres, outre l’apparition de Russel comporte ainsi nombre de points communs, si bien que Tarantino, sans doute désireux de ne pas faire une zone d’ombre sur l’héritage de Carpenter, décide de travestir sa mise en scène pour s’en dissocier. N’hésitant pas à répéter des scènes entières pour saisir les points de vue et ressentis des différents personnages, Tarantino s’amuse à dresser une incompréhension généralisée dans un décor rappelant le huis-clos de Reservoir Dogs et se délecte à filmer le comportement de ces personnages, tous aux abois, soucieux de connaitre le fin mot de l’histoire et de trouver une issue favorable à ce massacre en devenir. Ça en devient quasi théâtral par endroit, ne faisant que renforcer le sentiment qu’en optant pour une entracte, QT a choisi la voie de la sagesse. Faisant monter la sauce de minutes en minutes, l’entracte devient alors presque nécessaire : au vu du festival de violence qui s’annonce, vaut mieux avoir les idées claires.

Et inlassablement, cette dernière partie suffit à elle seule le prix du ticket. Déferlement de violence sèche et abrupte (à des années-lumières de la violence quasi comique jusqu’à présent déployée dans ses anciens films), règlements de comptes et horreur ; Tarantino assène avec une puissance rare un dernier acte aux airs de chevauchée funeste et signe là encore un vibrant hommage au cinéma de Carpenter, en convoquant l’idéal d’un autre de ses films, Assaut. Car dans cet épilogue sentant bien bon la poudre et la haine, difficile de ne pas penser au film de Carpenter, qui voyait le bien s’associer au mal pour combattre le pire. Ici, même combat ou presque, sauf que Tarantino n’étant qu’un auteur au peu de vertus, difficile de pouvoir dénicher une personne respirant la droiture morale ; une absence de bon amenant donc l’occasion rêvée de voir d’improbables alliances se créer, les protagonistes choisissant leurs camps le plus souvent en se basant sur la croyance naïve en une maxime terriblement puérile : l’ennemi de mon ennemi est mon ami. On notera d’ailleurs dans cette conclusion inoubliable, ce désir lancinant qu’a eu QT de vouloir lier ce déferlement de violences avec le sous-texte dessiné par l’intrigue générale : The Hateful Eight en devient plus savoureux à regarder, puisque s’assumant sans honte être sa plus belle oeuvre, sa plus pessimiste et nihiliste aussi, mais chassant le cool comme une dameuse sur des congères. Pour autant, on pourra sans doute être agacé par ce soin quasi maladif du réalisateur que de vouloir emballer son oeuvre dans le plus large écrin possible. 2h47 de film, bien que très proche de son Django Unchained, passent ainsi plus ou moins difficilement, une longueur de plus appuyée par les nombreuses scènes se voyant répétées pour mieux servir l’intrigue et alimenter la paranoïa ambiante. Homme de mot, Tarantino est certes fort, mais pas infaillible. C’est peut-être la seule morale du film à coté de celle de la puissance des flingues et de l’argent. Mais franchement, qu’est-ce qu’on pouvait attendre de plus venant d’un réalisateur faisant tourner des barillets comme Patrick Sébastien ferait tourner des serviettes ?

Synopsis : Quelques années après la guerre de Sécession, le chasseur de primes John Ruth fait route vers la ville de Red Rock où il doit livrer à la justice sa prisonnière, Daisy Domergue. Ils rencontrent sur la route le major Marquis Warren un ancien soldat de l’Union devenu lui aussi chasseur de primes, et Chris Mannix, le nouveau shérif de Red Rock. Alors qu’ils sont surpris par le blizzard, ils trouvent refuge dans un relais de diligence où se trouvent déjà quatre autres personnes : Bob, qui s’occupe du relais en l’absence de la propriétaire, Oswaldo Mobray, le bourreau de Red Rock, le conducteur de troupeaux Joe Gage, et le général confédéré Sanford Smithers. Coincés par la tempête, les huit voyageurs vont s’engager dans une série de tromperies et de trahisons.

Les 8 Salopards – Bande-annonce

Les Huit Salopards – Fiche Technique:

Réalisation: Quentin Tarantino
Scénario: Quentin Tarantino
Interprétation: Samuel L. Jackson (Marquis Warren), Kurt Russell (John Ruth), Jennifer Jason Leigh (Daisy Domergue), Walton Goggins (Chris Mannix), Michael Madsen (Joe Gage), Tim Roth (Oswaldo Mobray), Demian Bichir (Bob le Mexicain), Bruce Dern (Gén. Sandy Smithers)
Image: Robert Richardson
Costumes: Courtney Hoffman
Montage: Fred Raskin
Musique: Ennio Morricone
Producteur(s): Richard N. Gladstein, Stacey Sher, Shannon McIntosh
Production: The Weinstein Company
Distributeur: SND
Récompenses : Oscar 2016 de la meilleure musique
Date de sortie: 6 janvier 2016
Durée: 2h48 (3h02 en 70mm
Genre: Western

États-Unis – 2015

Penny Dreadful saison 3 : l’arrivée de Dracula

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Penny Dreadful saison 3 : Dracula devrait entrer en scène avec son armée de vampires

Souvenez-vous, dans la saison 2 de Penny Dreadful, on découvrait par la prophétie que Miss Ives était la réincarnation de la déesse égyptienne Amonet (ou Amunet). Amonet étant le double féminin du dieu suprême Amon-Rê (ou Amun Ra), qui règne à la fois dans la lumière et les ténèbres, leur union engendrerait inévitablement l’Apocalypse. On apprenait aussi que Lucifer et Dracula étaient frères et que tout deux cherchaient à corrompre la jeune sorcière.

Après avoir croisé quelques vampires dans la saison 1, c’est dans Penny Dreadful saison 3 que nous devrions enfin découvrir le Comte Dracula d’après Vine Report. De toute évidence, Dracula tentera à son tour de séduire Vanessa ou de la contraindre par la force avec l’aide de ses acolytes vampires. Dès lors, on comprend mieux le teaser via l’image qui montrait Miss Ives entre les mains du Dr Seward (Patti LuPone de retour !) dans un établissement psychiatrique. Tiraillée par tous ces démons, la sorcière risque bien d’en perdre la raison ! Et qui de mieux pour la soigner que le Dr Seward qui est un personnage central du roman Dracula écrit par Bram Stoker. Dans le récit, cet ancien élève du professeur Van Helsing devenu directeur d’une clinique psychiatrique participera d’ailleurs à une lutte sans merci contre le Comte Dracula. CQFD !

Showtime semble bien confirmer nos doutes en nous offrant une mise en bouche sur sa page Instagram révélant trois personnages aux bonnes têtes de vampires accompagnés d’une légende tout aussi alléchante : «Just some Familiars hanging out !» (Juste quelques habitués qui passent le temps !). Plus encore, une autre image montre ces mêmes prédateurs en pleine action un peu plus loin suivi du commentaire : «Something bad is about to happen…I have a feeling.» (Quelque chose de mauvais va arriver…J’en ai le sentiment.)

Malheureusement (ou pas) les vampires ne seront pas les seuls vilains de la saison 3 puisqu’on retrouvera Dorian Gray et Lily Frankenstein plus proches que jamais et prêts à soumettre les faibles êtres humains !

En témoigne cette photo prise sur le tournage à Berlin et qui montre nos immortels tourtereaux en grande discussion…ou plutôt manigance…

Penny Dreadful saison 3 reviendra courant 2016 !

And Then There Were None, mini-série : Critique

Le premier roman policier le plus vendu au monde et probablement le plus connu de la reine du crime n’est plus à présenter. Adapté encore et encore au théâtre, au cinéma, à la radio, en bande dessinée et même en jeu vidéo, Les 10 Petits Nègres/Indiens, selon la traduction d’origine, revêt sous la plume de Sarah Phelps (Great Expectations, The Crimson Fields, The Casual Vacancy) une captivante et sombre actualisation en trois parties.

Synopsis : En 1939, l’Europe est au bord de la guerre. Dix personnes qui ne se connaissent pas (huit invités et deux domestiques) se retrouvent sur « Soldier Island » (l’Île du Soldat), une île le long de la côte du Devon en Angleterre. Isolés du continent, leur hôte U.N. Owen mystérieusement absent, ils se retrouvent tour à tour accusés de crime. Après que deux personnes trouvent la mort, les autres comprennent qu’un meurtrier est parmi eux.

À la suite du rachat des droits d’adaptation d’Agatha Christie par la BBC, Ben Stephenson (producteur délégué sur Sherlock, Call the Midwife et Wolf Hall, qui a rejoint les rangs de Bad Robot auprès de JJ Abrams) et Charlotte Moore annoncent la mise en production de deux séries à l’occasion du 125e anniversaire de la naissance de la romancière : Partners in Crime et And Then There Were None. Cette dernière a été diffusé le 26, 27 et 28 décembre 2015. Manquerait plus que vous ne vous étouffiez en finissant la dinde de Noël et les fêtes de fin d’année ne pourraient être plus cruelles ou réjouissantes, c’est selon !

Peut-on faire justice soi-même ?

Amis sériphiles, la distribution ne vous est pas étrangère. Aidan Turner aka Poldark interprète le charismatique Lombard, Charles Dance alias Tywin Lannister (Game of Thrones) incarne le juge sordide Wargrave[toggler title= »Spoil » ] (aux traits de Jigsaw)[/toggler], Toby Stephens ou le Capitaine James Flint (Black Sails) est l’anxieux docteur Armstrong, Noah Taylor (La Vie Aquatique, Charlie et la Chocolaterie, Le Nouveau Monde, Edge of Tomorrowet Sam Neil (tous deux connus également pour leurs rôles dans Peaky Blinders) sont respectivement le fidèle domestique Rogers et le désabusé, mais hanté général MacArthur… La mini-série rend parfaitement hommage aux ambiances glauque fantastique et brumeuse ensoleillée chères à Agatha Christie (sans doute la première romancière à avoir su anticiper le Clair Obscur du Film Noir). Ne nous arrêtons pas sur les personnages cluedo, la caractéristique est évidente, mais concentrons-nous sur la mise en tension brillante d’une histoire pourtant familière, mais qui nous étonne à chaque fois…

Dix petits nègres s’en furent dîner,
L’un d’eux but à s’en étouffer,
N’en resta plus que neuf.

Neuf petits nègres se couchèrent à minuit,
L’un d’eux à jamais s’endormit
N’en resta plus que huit.

Huit petits nègres dans le Devon étaient allés,
L’un d’eux voulut y demeurer
N’en resta plus que sept.

Sept petits nègres fendirent du petit bois,
En deux l’un se coupa ma foi
N’en resta plus que six.

Six petits nègres rêvassaient au rucher,
Une abeille l’un d’eux a piqué
N’en resta plus que cinq.

Cinq petits nègres étaient avocats à la cour,
L’un d’eux finit en haute cour
N’en resta plus que quatre.

Quatre petits nègres se baignèrent au matin,
Poisson d’avril goba l’un
N’en resta plus que trois.

Trois petits nègres s’en allèrent au zoo,
Un ours de l’un fit la peau
N’en resta plus que deux.

Deux petits nègres se dorèrent au soleil,
L’un d’eux devint vermeil
N’en resta plus qu’un.

Un petit nègre se retrouva tout esseulé
Se pendre il s’en est allé
N’en resta plus… du tout.

Sous la direction de Craig Viveiros et la production d’Abi Bach (The Honourable Woman), le tournage a débuté en juillet 2015 en Cornouailles. Les falaises sont moins hautes et plus rocheuses que celles de Bridport pour Broadchurch, mais l’allusion est pourtant certaine. Le meurtre présumé involontaire d’un enfant retrouvé noyé. Vera Claythorne d’une beauté discrète ouvre le récit. La mise en scène synecdotique (la partie pour le tout) et élégante joue l’opposition climatique et chromatique comme pour annoncer la brutalité des événements et des caractères. Un passé d’apparence heureux et insouciant et le présent apposé à l’été cependant, terne et pluvieux. Le générique en tout début d’épisode est centré sur les statuettes en matière laiteuse verte des soldats, sur lesquelles des extraits du poème sont projetés. Au fur et à mesure des cordes stridentes sur les poussées graves des vents entre Hans Zimmer (Inception) et John William sans trop de lyrisme, les statuettes s’émiettent et croulent en morceau pour former l’île du soldat sur fond noir. L’effet est saisissant. L’arrivée en bateau des convives rappelle le huis clos oppressant en mer d’Hitchcock dans Lifeboat. Les costumes d’époques et certains mobiliers font écho au dénouement funeste de Titanic de James Cameron. Les ombres parcourent les murs dès que les personnages sont confrontés à leurs fantômes (L’Orphelinat d’Antonio Bayona). Puis, vient la réelle tension, le point de non retour, la confrontation à soi appuyée par les élans de cordes crescendo et les cors qui, de manière sporadique, viennent souligner l’évincement decrescendo. Stuart Earl (Black Mirror, Lilting) est un nom à retenir…

Les décors sont dans le style des années 1930, époque de l’action, mais loin du style art déco classiquement utilisé dans les adaptations des œuvres d’Agatha Christie. Le spectateur est ici Poirot ou Marple, mais ne pourra arrêter le coupable. Grâce à ce sentiment d’insécurité agréable et pernicieux, And Then There Were None déploie avec une richesse de ton et un rythme soutenu, une palette de mauvaises consciences. Mélangeant le policier, le thriller et le drame sentimental, cette mini-série vient renforcer l’idée que les anglais sont les meilleurs dans le genre et la montée orageuse. Après Inside N°9 (dont on attend impatiemment la saison 3!), The Missing (la saison 2!), Doctor Fostercette pépite de moins de 3 heures conjugue tous les temps et les hommages pour faire de l’être humain, un salaud pardonnable pourtant piégé dans le remord d’avoir mal agis. Entre luxure et dépravation, gourmandise et paranoïa, paresse et égocentrisme, les péchés capitaux ont beau dos pour cette courte fable de trois épisodes. La fin justifie les moyens. Notre faim à nous qui s’en soucie ?! C’est justement le principal défaut. La durée mérite sérieusement que le récit s’étende sur tous les personnages, de manière relativement égale, qu’ils finissent par nous être familier et non réduits à de simples pions d’un échiquier pourtant parfaitement composé. L’empathie aurait été approfondi et le choc face aux meurtres réellement ressenti. Bien que le choix d’Agatha Christie, semblable à Hitchcock, eut été de ne pas les élever plus haut que sur le plateau.

Fiche Technique : And Then There Were None

Royaume-Uni (Newquay, Mullion, Cornouailles, Hillingdon House, Hillingdon) – 2015
Création : Sarah Phelps
Acteurs principaux : Charles Dance (Juge Lawrence Wargrave), Maeve Dermody (Vera Claythorne), Douglas Booth (Anthony Marston), Burn Gorman (Detective Sergeant William Blore), Anna Maxwell Martin (Ethel Rogers), Sam Neill (Général John MacArthur), Miranda Richardson (Emily Brent), Toby Stephens (Dr Edward Armstrong), Noah Taylor (Thomas Rogers), Aidan Turner (Philip Lombard)
Image : John Pardue
Décors : Helen Scott, Hannah Spice
Costumes : Lindsay Pugh
Montage : Sam White
Musique : Stuart Earl
Genres : Drame, thriller
3 x 60
Producteurs : Abi Bach (Mammoth Screen) en association avec Acorn Productions (propriétaire d’Agatha Christie Ltd.)
Distributeur : BBC One

The Walking Dead trailer de la partie 2

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The Walking Dead trailer de la saison 6 à mid-season :

Pour le réveillon du nouvel an 2016, AMC nous avait préparé un petit cadeau : la bande-annonce de la partie 2 de The Walking Dead que Cineseries-Mag vous livre ici pour la reprise avec quelques explications. Attention Spoilers !!!

Pendant près de 30 secondes, The Walking Dead nous offre un bref aperçu de la deuxième moitié de cette sixième saison et des drames que vont sans doute vivre les personnages. On y voit notamment une Maggie (Lauren Cohan) terrorisée en train de s’époumoner pendant que son Glenn (Steven Yeun) tire à vue sur un zombie et que Rick (Andrew Lincoln) et son fils semblent surtout abasourdis par ce qu’ils ont sous yeux. De leur côté, Darryl et les autres ne sont pas en sécurité non plus face aux motards de la bande des « Saviors » !

Le teaser ne montre toutefois aucun signe du très attendu Negan, le vilain leader des « Saviors » qui sera joué par Jeffrey Dean Morgan mais on sait désormais qu’il sera accompagné de Gregory, un autre grand méchant joué par Xander Berkeley (Salem, 12 Monkeys). Dans le roman graphique de Robert Kirkman, il s’agit du leader de la Hilltop Colony dont nous avions déjà entendu parler via le personnage de Paul « Jesus » Monroe (Tom Payne).

«Je pensais que la vie derrière ces murs était possible. Je me suis trompé.» avoue Rick dans ce trailer. Il ne fait vraiment plus bon vivre à Alexandria mais le pire est encore à venir… The Walking Dead reviendra à 21:00 le 14 février sur AMC.

 

Show Me A Hero, une série de David Simon : critique

Alors que la popularité de Netflix ne cesse d’augmenter, on entendait moins parler de HBO, qui avait de nombreuses fois créé l’événement dans le domaine des séries jusqu’à présent. La chaîne va donc sortir l’artillerie lourde pour contre-attaquer : Show Me A Hero est créée par David Simon, qui nous avait déjà donné deux séries exceptionnelles, Sur écoute (The Wire en V.O.) et Treme, cette dernière étant réalisée par Paul Haggis (scénariste de Million Dollar Baby ou Casino Royale). Le casting contient quelques noms connus pour leur talent (Alfred Molina, James Belushi, Winona Ryder…). Mais c’est par son sujet et le traitement de celui-ci que Show me a hero est exceptionnelle.

Synopsis : à la fin des années 80, Nick Wasiscko devient le plus jeune maire des Etats-Unis en se faisant élire à Yonkers, dans l’Etat de New-York, alors qu’une décision de justice divise violemment la ville.

Dura lex sed lex
La série commence par un survol de Yonkers. Cela permet de situer géographiquement l’un des enjeux de l’histoire. À l’Est se trouvent les beaux quartiers, où les riches habitants sont uniformément Blancs ; de l’autre côté, une cité où se cumulent tous les problèmes sociaux que l’on peut rencontrer (pauvreté, abandon de l’état, insécurité) et où les habitants sont tous Noirs. Or, la justice impose à la ville (sous peine d’une amende pouvant la mettre en faillite) la construction de logements sociaux dans les quartiers riches de l’Est, instaurant ainsi une mixité sociale. La décision est particulièrement mal accueillie dans ces beaux quartiers dont les résidents veulent rester entre eux. Les manifestations se multiplient. Les propos sont parfois violents. Et c’est dans ce contexte que Nick Wasiscko, ancien policier devenu conseiller municipal, se fait élire maire à moins de 30 ans, basant sa campagne sur le refus de la décision de justice.Une promesse qu’il ne pourra pas tenir. S’établit alors une différence fondamentale entre la justice et la politique, une sorte de divorce qui peut se résumer en ces mots : « La justice n’est pas une affaire de popularité. Mais la politique, oui. ». La confrontation entre les deux fait des étincelles et pose des questions : jusqu’à quel point la justice peut-elle s’imposer contre l’avis des populations ? Une décision de justice peut-elle s’imposer sous la menace ? Ou doit-on attendre qu’elle soit acceptée par la population ? Quelle est la place de l’éducation ? Au-delà, c’est tout le système démocratique américain qui est ici attaqué, avec ses élections tellement fréquentes qu’un politicien est constamment en campagne et n’a donc pas les mains libres pour vraiment agir pour le bien de la communauté.

La série pose aussi de nombreuses questions sur l’aménagement du territoire et comment l’endroit où on habite influe sur la vie sociale. Le communautarisme est montré dans tous ses aspects. Par la situation géographico-sociale, chacun vit replié sur sa communauté et rejette les autres. Les préjugés sont favorisés par le manque de mixité. Mais, à nouveau, cette mixité doit-elle être imposée artificiellement ? Sinon, peut-elle arriver naturellement ? Avec beaucoup de justesse, Show me a hero montre que les préjugés sont des deux côtés : pour les Blancs, les Noirs sont tous des délinquants et pourriront leur beau quartier. Mais pour les Noirs, les Blancs sont tous racistes et représentent un danger qui empêche de vivre sereinement. Loin de tomber dans le piège de l’idéalisme politique, la série montre les limites du projet parce que chacun préfère rester avec ceux auxquels il est rattaché.

« It’s a lonely fight »
Le titre de la série provient d’une citation de l’écrivain américain Francis Scott Fitzgerald : « Show me a hero and I’ll write you a tragedy » (Montrez-moi un héros et je vous écrirai une tragédie). Et, en effet, il y a un caractère tragique dans ce personnage de Nick Wasiscko, personnage authentique, faut-il le rappeler, plus jeune maire des Etats-unis, dont les épisodes racontent l’ascension inattendue et fulgurante, et la chute vertigineuse. Une ascension qui en fait une sorte de golden boy de la politique, le héros du parti démocrate, mais qui le livre à une population excédée dans une situation tellement complexe qu’il n’a aucune vraie marge de manœuvre. Et le scénario montre bien la dimension tragique d’un personnage prisonnier d’enjeux extérieurs qui s’abattent sur lui. Malgré toute sa bonne volonté et l’humanité avec laquelle il essaie de traiter un sujet complexe, Wasiscko est emmêlé dans des considérations de politique qui le dépassent largement. Et la série de montrer, une fois de plus avec beaucoup d’intelligence et de finesse, sans rabâcher vulgairement mais en ayant confiance en l’intelligence de son spectateur, les différences monumentales entre la politique des partis et la situation des élus sur le terrain. Le choix de l’affrontement au lieu de la recherche d’un consensus, les candidats adoubés par les hautes sphères des partis et parachutés là pour favoriser un destin national, tout est montré sans fard. Mais Wasiscko n’est pas seulement la victime héroïque. Il a ses lâchetés et ses faiblesses. On le voit prêt à tout, mêmes aux pires bassesses, pour garder une minuscule bribe de pouvoir.

« Everybody just want a home »
La série essaie vraiment d’aborder tous les aspects du problème. Donc, au lieu de ne s’intéresser qu’au seul personnage de Wasiscko, au fil des épisodes nous allons suivre le destins de quelques personnages, des habitants de Yonkers, choisis aussi bien dans les beaux quartiers que dans les logements sociaux. Parmi ces personnages qui ne sont pas secondaires, loin de là, figure Mary Dorman (interprétée par l’excellente Catherine Keener, méconnaissable mais toujours exceptionnelle). Elle est une de ces privilégiés des quartiers riches qui manifestent bruyamment contre la décision de justice, avant d’être finalement intégrée dans un comité qui va prendre contact avec les familles des logements sociaux. Son parcours compose quelques-unes des scènes les plus émouvantes de cette série.

Une fois de plus, David Simon montre qu’il est un des maîtres de la série télé politique et intelligente. Il signe une mini-série (de 6 épisodes d’une heure) exceptionnelle, formidablement écrite et interprétée, bercée par la musique du Boss Springsteen, d’une grande subtilité, évitant les raccourcis faciles et incitant à une grande réflexion sur la politique et sur l’engagement au niveau local, sur le thème : « On veut changer de vie ? Mais qu’est-on prêt à faire pour le mériter ? »

Show me a hero : Bande Annonce

Créateur : David Simon
Réalisateur : Paul Haggis
Scénaristes : Lisa Belki, David Simon, William F. Zorzi
Interprétation : Oscar Isaac (Nick Wasiscko), Carla Quevedo (Nay), Alfred Molina (Frank Spallone), Catherine Keener (Mary Dorman), Winona Ryder (Vinni restiano), James Belushi (Angelo Martinelli).
Photographie : Andrij Parekh
Musique : Nathan Larson
Montage : Jo Francis, Kate Sanford
Producteurs : Gail Mutrux, Jessica Levin
Sociétés de production : HBO, Pretty Pictures, Blown Deadline Productions
Société de distribution : HBO
Nombre d’épisodes : 6
Durée d’un episode : 55 minutes
Date de diffusion : 16 août 2015

Joy, un film de David O. Russell : Critique

Depuis l’excellent The Fighter, David O. Russell est plutôt apprécié à Hollywood et aux cérémonies des Oscars, s’étant assez vite imposé comme un directeur d’acteurs impeccable qui sait à coup sûr déceler le talent et offrit même à certains leurs meilleurs rôles comme pour Jennifer Lawrence et Bradley Cooper qui semblent tout deux être devenus son duo fétiche.

Synopsis : Inspiré d’une histoire vraie, JOY décrit le fascinant et émouvant parcours, sur 40 ans, d’une femme farouchement déterminée à réussir, en dépit de son excentrique et dysfonctionnelle famille, et à fonder un empire d’un milliard de dollars. Au-delà de la femme d’exception, Joy (Jennifer Lawrence) incarne le rêve américain dans cette comédie dramatique, mêlant portrait de famille, trahisons, déraison et sentiments.

Conflits familiaux 

Le cinéaste aime vraiment travailler avec les mêmes personnes dans un même registre cinématographique mais sa formule et son style s’effritent au fur et à mesure de ses œuvres car à toujours faire les mêmes choses, son cinéma commence sérieusement à manquer de renouvellement et attire les détracteurs, les avis sur ce film n’étant pas vraiment tendres. Mais s’imposant par certains aspects comme son film le plus ambitieux, est-ce que Joy parvient à renouveler le cinéma de l’auteur ou au contraire fait-il plonger celui-ci dans la caricature de lui-même ?

O. Russell ne s’est toujours intéressé qu’à une chose, les conflits internes, ce qui peut bien amener une groupe de personnes, réunies par les liens du sang, leurs devoirs ou encore une passion, à se détruire, se manipuler, tirer profit des autres, menant généralement à des scènes de confrontations intenses sous forme de joutes verbales. Rarement les conflits se traduiront par une forme physique, tout passe par le dialogue. Et c’est un aspect de son cinéma qui gagne de plus en plus d’importance au fil de ses œuvres au point de prendre le pas sur la narration. Ceci devenait un peu le défaut de ses deux précédents films, Silver Linings Playbook  et American Hustle, sans pour autant prendre des proportions envahissantes mais suffisamment pour être alarmant quant à la suite de sa filmographie. Car cette fois-ci, cela devient véritablement un handicap. La première partie est noyée sous les problèmes familiaux de l’héroïne sans que quelque chose ne vienne contrebalancer tout ça. L’histoire a beau être inspirée de faits réels, on sent que parfois O. Russell en rajoute et ce dès la deuxième scène qui part très vite dans la scène de dispute hors de proportion et téléphonée qui laisse augurer le pire pour la suite. La première heure de film se montre donc assez laborieuse et il est difficile de se passionner pour le parcours du personnage, l’ensemble va prendre une structure non linéaire pour insérer des flash-backs et expliquer son histoire et sa personnalité, à elle et à ceux qui l’entourent, en usant d’une voix-off agaçante et qui ne se justifie absolument pas. D’ailleurs durant cette partie du récit, le cinéaste va s’amuser à faire un parallèle peu subtil et grossièrement amené entre la vie de famille de Joy et les soap opéras que regarde sa mère, ce qui fait un remplissage inutile surtout que ce genre de scènes revient à plusieurs reprises pour apporter à chaque fois le même message.

Néanmoins un miracle va s’opérer en cours de route, le film faisant le choix d’élaguer un certain nombre de personnages inutiles pour se concentrer sur la conception de la « serpillière magique », la manière dont Joy va devoir la vendre et les obstacles sur sa route. Devenant une success story certes plus classique, l’ensemble gagne cependant un nouveau souffle parvenant même à susciter l’intérêt et à donner envie de connaitre le fin mot de l’histoire. Même les conflits familiaux gagnent en puissance avec la manière dont Joy est exploitée par son père, sa nouvelle belle-mère et sa belle sœur. Les dialogues deviennent plus acerbes et vifs et on se sent impliqué dans les événements, se surprenant même à être aussi révolté que le personnage. De plus tout ce qui entoure la télévision et le télé-achat est plutôt bien géré, le personnage incarné par Bradley Cooper apporte une touche de fraîcheur et une pointe d’humanité bienvenue qui relance, ou plutôt lance, vraiment la machine. Dans cette deuxième partie, O. Russell va même arriver à éviter à peu près tous les pièges que l’on trouve habituellement dans les biopics, évitant l’habituel panneau en début de générique de fin pour nous dire ce que son devenu les personnages, et misant sur une utilisation habile du flash-forward.

Le casting sert à merveille l’ensemble, comme toujours O. Russell s’impose comme un directeur d’acteurs hors pair et ici chaque acteur offre une excellente prestation. Malgré son jeune âge, Jennifer Lawrence parvient à être convaincante dans ce rôle de mère de famille épuisée par la vie. Elle fait preuve d’une profondeur de jeu et d’une maturité admirable et signe probablement son meilleur rôle. On retiendra aussi Édgar Ramírez, discret mais touchant, Robert de Niro, impeccable, mais on est surtout impressionné par Isabella Rossellini, farfelue comme jamais et absolument géniale. Sans parler de Bradley Cooper, encore une fois parfait, arrivant à faire transparaître toute l’humanité et la compassion de son personnage par la seule force de son regard.

La mise en scène de David O. Russell est globalement très réussie et maîtrisée mais a tendance à se montrer un peu sage. Comme toujours le cinéaste offre de belles images et des plans très travaillés servis par une photographie léchée et souvent accompagnés d’une sélection musicale qui flatte les oreilles mais son style reste quand même classique et esthétiquement très simple. Même si ici il tente quelques phases plus allégoriques, notamment quand il se plonge dans les rêves et les souvenirs de son personnage mais il ne va pas au bout de ses expérimentations. Sinon le montage est plutôt bien agencé et offre au film un rythme soutenu ; malgré la première partie qui laisse perplexe on ne s’y ennuie pas, les scènes s’enchaînant avec fluidité.

Joy est un film plaisant et qui sait se faire apprécier mais il impose clairement une limite dans la filmographie et le style de son auteur. La première heure se fait souvent douloureuse et apparaît comme une caricature de ce à quoi nous a habitué le cinéaste, ayant probablement plus de liberté en raison du succès de ses précédents films, il peine à s’imposer des limites pour contenir ses frasques. Cependant David O. Russell reste un cinéaste qui a un certain talent et il arrive très nettement à redresser la barre de son film pour offrir une success story certes attendue mais qui s’extirpe néanmoins admirablement du carcan des biopics académiques. Une certaine radicalité et énergie se dégage de l’œuvre qui se montre comme son personnage, insoumise, ce qui la rend admirable. Surtout que le tout est servi par des acteurs exceptionnels et de vrais moments de cinéma.

Fiche technique : Joy

Etats-Unis – 2015
Réalisation : David O. Russell
Scénario : David O. Russell et Annie Mumolo
Interprétation : Jennifer Lawrence (Joy Mangano), Bradley Cooper ( Neil, un cadre de QVC), Robert De Niro  (Rudy Mangano, le père de Joy), Édgar Ramírez (Tony Miranne, l’ex-mari de Joy ), Isabella Rossellini (Trudy, la petite-amie de Rudy et financier de Joy)…
Décors : Judy Becker
Costumes : Michael Wilkinson
Montage :Jay Cassidy
Photographie : Linus Sandgren
Production : John Davis, Megan Ellison, John Fox, Jonathan Gordon et Ken Mok
Société de production : Annapurna Pictures et Davis Entertainment
Société de distribution : Fox 2000 Pictures