Accueil Blog Page 715

Occupied Saison 1: critique série

Juste avant Noël et sa sur-consommation dans la chaleur des foyers, les derniers épisodes de la saison 1 d’Occupied ont été dévoilés sur Arte. La série norvégienne imaginée par l’écrivain Jo Nesbo est un thriller politique prenant mêlant, comme nombre de séries venues du Nord, intime et préoccupations mondiales.

Synopsis : Dans un futur proche, la Russie occupe la Norvège avec l’assentiment de l’Union européenne pour s’approprier son pétrole. Sans chars ni bruits de bottes, la Russie étend son emprise, mettant désormais politiques et citoyens norvégiens face à un dilemme : résister ou collaborer ? 

Cauchemar politique et intime en Norvège

La question que posent les auteurs de la série est d’ailleurs toute simple : qu’est-ce que résister et comment s’y prendre ? Aucun personnage n’a la même réponse toute faîte car chacun évolue et est confronté à ses propres dilemmes. L’intrigue politique prend de plus en plus d’importance donnant au final de cette première saison, une tournure inattendue, mais vraiment passionnante pour la suite. On attend alors que la Norvège se réveille face à son envahisseur, la puissante et froide Russie, dont les positions vacillent à chaque nouveau petit caillou dans l’engrenage des négociations qui se voudraient pacifistes.

Chaque épisode de la série correspond à un mois de l’année (d’avril à décembre) ce qui permet de donner du rythme à Occupied, qui fonctionne par ellipses. Autant le temps politique est lent, c’est celui des négociations, autant celui de l’intime est ici parachuté dans l’urgence. D’un épisode à l’autre les cartes sont redistribuées. Les personnages représentent chacun un visage de la société norvégienne que veut montrer la série, sans oublier les pions plus importants sur l’échiquier : Premier Ministre, journaliste etc. Si la toile de fond, portée par un envoûtant générique, est écologique (les centrales au thorium, les catastrophes climatiques qui nous guettent), l’intrigue est, quant à elle, entièrement politique. C’est surtout une question de choix à l’heure où l’occupation est presque muette, invisible (elle ne change pas concrètement la vie quotidienne et ordinaire des Norvégiens) alors qu’elle résonnait dans les rues autrefois au son des bottes de l’ennemi et des privations pour la population. Quelques facilités auraient pu être évitées, comme la maladie déclarée d’une des membres du gouvernement qui rejoint la résistance presque par dépit. Un certain sens du spectacle aussi dans les salles de conférences de nos hommes politiques (on sent que c’est « joué »). Mais la trajectoire de chacun des autres personnages est si riche que l’on pardonne facilement ces quelques faiblesses. D’autant que le scénario est haletant, que les rebondissements ne manquent pas, sans que la série oublie de prendre son temps. Un régal qui nous tient en haleine. On s’y remet en question, on angoisse avant l’arrivée du mois suivant, annonciateur d’un chaos invisible qu’il soit écologique – la fin annoncée d’une planète sur-consommée – politique – tout se joue à « huis clos » – ou intime, la fin d’une famille, la naissance d’une autre et tout cela sans savoir ce que demain nous réserve.

Côté casting, c’est un sans faute, même du côté des plus jeunes comme de ceux plus engagés dont les discours pourraient frôler la caricature. On retrouve également une partition musicale impeccable, notamment dans le générique. La ville où se déroule la série est à l’image de celle des Revenants (la petite française de Canal+) : envoûtante et dangereuse , recelant autant de violence que d’amour, le tout bousculé par l’arrivée de quelques remous sensibles (que ce soit des morts qui reprennent vie, ou des ennemis « infiltrés » dans la population locale) qui viennent changer un décor familier de quelques menus détails qui font toute la différence. La preuve : ce futur imaginé ressemble au nôtre, pourrait être le nôtre (n’oublions pas la présence de la Russie en Ukraine). On voudrait croire que c’est entièrement une histoire d’anticipation, pourtant on ne peut s’empêcher d’y voir-là notre histoire qui se répète ou qui continue dans le mauvais sens… Une formidable réussite diffusée, encore une fois, sur Arte.

Bande annonce Occupied S1

Fiche tehnique – Occupied S1

Titre original : Okkupert
Nationalité : Norvège
Réalisation : Erik Skjoldbjærg
Scénario : Jo Nesbø, Karianne Lund, Erik Skjoldbjærg, Erik Richter Strand
Interprétation :  Henrik Mestad (le Premier ministre Jesper Berg), Eldar Skar (Hans Martin Djupvik), Vegar Hoel (Thomas Eriksen), Lisa Loven (Astrid Berg), Ane Dahl Torp (Bente Norum), Hippolyte Girardot (le commissaire français), Ingeborga Dapkunaite (Irina Sidorova), Ragnhild Gudbrandsen (Wenche Arnesen), Selome Emnetu (Hilde)
Musique : Nicholas Sillitoe
Photographie : John Andreas Andersen
Décors : Nina Bjerch Andresen
Montage : Sverrir Kristjánsson
Production : Yellow Bird, TV 2 Norway, ARTE F, SVT, GETEVE, Hummelfilm
Durée : 10 épisodes de 45 minutes

La Montagne magique, un film d’Anca Damian: Critique

Adam Jacek Winkler est un personnage dont on comprend aisément l’attrait pour un cinéaste. Il se voulait héros, cherchant à donner un sens à sa vie en s’inscrivant dans l’Histoire. La réalisatrice Anca Damian inscrit son film la Montagne magique au sein d’une trilogie dédiée à l’héroïsme entamée en 2012 avec Le Voyage de monsieur Crulic.

Synopsis : La biographie d’Adam Jacek Winker, traverse près d’un demi-siècle d’histoire. Polonais réfugié à Paris dans les années 60, sa vie aventureuse prend un tournant radical dans les années 80. Se rêvant chevalier du 20ème siècle, Jacek quitte la France pour combattre les soviétiques aux côtés du commandant Massoud en Afghanistan.

Une vie à chercher le héros

« Crulic (le héros de Le Voyage de M. Crulic) était un quidam, un inconnu devenu célèbre à travers sa mort. Un personnage kafkaïen broyé par la société, qui ne trouva que la mort pour prouver sa vérité. Winkler est au contraire un héros romantique, un de ces chevaliers dont les origines proviennent des racines profondes de l’histoire de l’humanité. Sa vie prend sens dans une lutte contre le mal qui doit être menée jusqu’à la mort. » Entretien avec la réalisatrice (dossier de presse du distributeur)

 

Le film s’intéresse à ce personnage et à son histoire méconnue, celle d’un homme qui voulait mourir au combat, faire quelque chose de sa vie. Il est donc parti en guerre contre le communisme invasif des années 80 qu’il va combattre aux côtés des Afghans. Sans adhérer à une frange politique particulière, c’est uniquement de sa destinée en tant qu’individu qu’il est question dans ce film. La Montagne magique, c’est donc le biopic de ce personnage, on suit la trajectoire sinueuse de sa vie, sans manichéisme mais avec une certaine bienveillance dans le regard. Cela se traduit dans les choix esthétiques singuliers et originaux de la réalisatrice.

La Montagne magique est un film singulier qui flirte avec les genres canoniques et démontre la caducité d’une partition du cinéma en fiction, documentaire et animation. Une œuvre de cinéma transcende son sujet, peu importe les codes qu’elle emprunte, et ce sont d’ailleurs bien souvent les films qui se moquent des étiquettes. Avant Anca Damian, d’autres cinéastes ont choisi l’animation dans des films qui surprirent un public occidental trop habitué à considérer encore l’animation comme un sous-produit de cinéma destiné aux enfants et qui serait donc bêtifiant. On l’a vu avec Persepolis de Marjane Satrapi (2007) ou encore Valse avec Bachir (2008) de Ari Folman. Dans un cas, il s’agit de raconter une histoire familiale qui prend une tonalité universelle par la magie de ce dessin en noir et blanc; pour le film de Folman, l’animation est une manière de retranscrire les images mentales dans tout ce qu’elles ont d’inquiétant et d’instable. Le film d’animation, en recréant de toutes pièces un univers peut se jouer des stéréotypes et proposer une vision plus libre et fantasmée que ne peut le permettre la prise de vue réelle. La Montagne magique participe de cette animation qui s’affranchit du réalisme, du mouvement fluide et de la texture toujours plus proche du réel. Le film s’appuie sur un matériau divers et très riche puisé dans les archives de la famille d’Adam Winkler. On y trouve des photographies et des dessins fait par Winkler lui même. Anca Damian s’inspire des dessins de Winkler pour créer l’univers graphique de son film, et elle inclut au milieu de ces images oniriques des photographies qui par contraste contextualisent fortement l’histoire.

« L’objectif de ce mélange est à la fois de créer une surréalité crédible, et de toucher l’universalité à travers des archétypes préexistant dans l’art. » Entretien avec la réalisatrice(dossier de presse du distributeur)

Ainsi, l’image rotoscopée d’Adam Jacek Winkler évolue au milieu de paysages rappelant les peintures des nabis ou les fantaisies de Chagall. Le film est magnifique mais va au-delà du beau livre d’images en présentant une réalité loin d’être en noir et blanc en gardant tout ce qui fait la complexité du personnage: idéaliste, égoïste, naïf et passionné.

La Montagne magique – Bande annonce

La Montagne magique: Fiche technique

Roumanie, Pologne, France
Durée : 89 minutes
Genre : Biopic onirique & utopie animée
Réalisé par : Anca Damian
Scénario : Anca Damian et Anna Winkler
Distribution (voix) : Christophe Miossec (Adam Jacek Winkler), Lizzie Brochère (Anna Winkler)
Directeur artistique : Theodore Ushev
Animation : Sergiu Negulici, Raluca Popa, Dan Panaitescu, Tomek Ducki
Musique : Alexander Balanescu
Son : Frédéric Théry, Sebastian Wlodarczyk
Produit par : Anca Damian (Aparte Film), Joanna Ronikier & Włodzimierz, Matuszewski (Filmograf), Guillaume de Seille & Bénédicte Thomas (Arizona Productions)
Distribué par : Arizona Films
Date de sortie : 23 décembre 2015

Mindhunter : la série Thriller de David Fincher & Charlize Theron

0

Mindhunter, le nouveau projet Netflix réunit Fincher et Theron autour d’esprits criminels :

Après House of Cards, David Fincher se retrouve producteur exécutif sur la prochaine série de Netflix en compagnie de Charlize Theron. La série thriller Mindhunter est basée sur le Best seller Mind Hunter : Inside the FBI’s Elite Serial Crime Unit écrit par les anciens agents spéciaux John Douglas et Mark Olshaker. Des années durant, Douglas a poursuivi quelques uns des violeurs et des tueurs en série les plus célèbres de l’histoire tout en développant des techniques de profilage pour les attraper. Il est d’ailleurs connu pour bien d’autres œuvres sur les criminels en série telles que Prédateurs et Victimes ou Inside the mind of BTK. Le livre nous entraîne dans les coulisses de certains des cas les plus médiatisés. On y croise entre autres Robert Hansen qui s’amusait à chasser des prostituées dans une forêt en Alaska, Waynes Williams, le meurtrier des enfants d’Atlanta, et Gary Ridgway, le tueur de la Green River. Pour parfaire ses méthodes de profilage John Douglas a interviewé et étudié un grand nombre de tueurs en série. Plusieurs personnages de cinéma et de télévision se sont ainsi inspirés de lui notamment Jack Crawford dans Le Silence des agneaux, Will Graham de Hannibal et Jason Gideon d’Esprits Criminels.

Mindhunter sera réalisée par David Fincher qui s’est déjà intéressé à l’esprit calculateur et torturé des serial killers dans deux de ses films : Se7en et surtout Zodiac, basé sur l’histoire du tueur du Zodiaque. Le scénario du pilote est l’oeuvre de Scott Buck, grand habitué des meurtres en série à travers le personnage de Dexter. Mais c’est Joe Penhall, scénariste de La Route, qui écrira les prochains épisodesAvec tous ces pro à l’ouvrage, autant dire que ce projet à la sauce Esprits Criminels est entre de bonnes mains et qu’il nous garantit quelques frissons !

La série Mindhunter est en travaux depuis six ans mais elle va enfin entrer en production. Au départ, elle avait été programmée par HBO avec Fincher, Theron et Fox 21 comme producteurs exécutifs. Netflix reprend donc le flambeau de ce thriller riche en récits macabres. Charlize Theron, familière des tueurs en série via son personnage dans Monster, partagera les fonctions de producteurs exécutifs avec Fincher mais rien n’a été dit quant à son jeu d’actrice… Suspense !

Homeland Saison 5: Critique Série

0

Après une quatrième saison que la plupart des fans ont jugée illégitime au vu de la rupture radicale avec les trois précédentes, le trio de showrunners à la tête de la série (Alex Gansa, Gideon Raff et Howard Gordon) se sont retrouvés face au défi de devoir renouveler la série, en tâchant de respecter une certaine continuité scénaristique comme formelle.

Synopsis : Deux ans et demi après sa mission au Pakistan, Carrie Mathison a quitté la CIA pour s’occuper de sa fille. Elle a emménagé à Berlin où elle vit en couple avec un riche homme d’affaire local. Suite au vol de documents secrets appartenant à l’officine allemande de l’agence de renseignements américaine, Carrie va vite comprendre que sa vie est en danger et qu’un complot international est en œuvre.

Sur les traces de renouveau

Après une saison déjà délocalisée au Pakistan, on retrouve cette fois Carrie Mathison (Claire Danes) installée en Europe, avec l’intention de mettre son passé, et ses névroses, derrière elle. Les intrigues, qui vont se tisser autour de ses nouvelles mésaventures, quittent l’antagonisme entre Carrie et les islamistes qu’elle traque depuis des années pour tenter de se donner des enjeux géopolitiques plus concrets et de faire écho à l’actualité. En plus des soldats de Daesh sur le sol européen, le scandale des écoutes allemandes pour le compte de la CIA, le conflit israélo-palestinien, le pouvoir de nuisance des hackers, l’éternelle culpabilité des descendants d’officiers nazis, la guerre en Syrie ou bien encore la crise de l’immigration sont autant de sujets brûlants qui se retrouvent traités dès l’épisode pilote, au point de donner le sentiment d’avoir affaire à un gros fourre-tout dont on imagine mal comment chaque sous-intrigue pourra être exploités jusqu’au bout. Contrairement à ce qui a été annoncé cependant, le drame de Charlie Hebdo n’est en aucun cas évoqué en dehors d’un hommage aux victimes en ouverture de l’un des douze épisodes.

Tandis que les trois premières saisons misaient principalement sur l’ambiguïté psychologique de ses personnages pour faire naître un sentiment de paranoïa omniprésent, le changement de ton imposé par le twist final de la saison 3 a poussé les scénaristes à compenser ce manque de profondeur en donnant plus de rythme aux nouvelles saisons. Le suspense qui identifiait les premières saisons a ainsi donné place à une mise en scène beaucoup plus énergique au point d’être assimilée à celle de l’autre série d’espionnage qu’elle avait pourtant rendu ringarde : 24 heures chrono. Autant dire que le ton d’Homeland a évolué vers l’exact opposé de ce qui a fait sa gloire. Est-ce que cela va définitivement lui faire perdre son intérêt ? C’est en tout cas ce qu’ont tenté d’éviter les auteurs après une saison très décevante. C’est donc bien en jouant sur des thématiques ultra-réalistes et contemporaines ainsi sur la complexité des coulisses des agences de renseignement dans un monde instable, que la série d’espionnage va tenter de renaître de ses cendres. Mais le résultat a tellement partagé entre de courtes mais efficaces montées de tension et de longues scènes bavardes dignes d’une adaptation d’un John Le Carré, que la saison 5 ne réussit jamais a trouvé son identité propre et peine à prendre aux tripes.

Et pourtant la saison débute agréablement, grâce notamment aux envies de Carrie de nouveau départ qui lui font gagner en sympathie, ce qui lui manquait cruellement jusque-là. La voir ainsi épanouie, dans l’épisode pilote, dans son rôle de mère, et de bonne chrétienne, fait d’elle un personnage moins caricatural et plus humain que la figure classique de l’agent secret dans les fictions, à l’inverse de son ancien acolyte Peter Quinn (Rupert Friend) que l’on retrouve ici en impitoyable tueur à gages au service de l’Oncle Sam. La part passionnelle de l’intrigue, qui à toujours été un élément clef de la série pour ajouter aux troubles des personnages, concerne à présent davantage le personnage de Saul Berinson (Mandy Patinkin). L’ancien mentor de Carrie se retrouve lui-aussi –comme par hasard, et alors que la saison 4 semblait annoncer son départ à la retraite–  en mission à Berlin où il à affaire à la responsable locale avec laquelle il a une relation assez… alambiquée. Évidemment, de ce point de départ, vont débuter toute une série événements qui vont faire resurgir les fantômes du passé de notre héroïne et l’entraîner dans une spirale dont va naître le suspense et toutes les questions de choix moraux que devront se poser chaque personnage (et, espérons-le, à travers eux les spectateurs) concernant l’omniprésence de la menace terroriste.

Ce schéma scénaristique classique, mais toujours efficace, produit suffisamment de rebondissements (même si les plus gros d’entre eux restent peu surprenants) pour ne pas devenir monotone. Le scénario souffre malgré tout de la mécanique ultra-calibrée de son format qui lui impose une dynamique rendant obligatoires certaines scènes d’action ou, en guise de cliffhangers qui viendraient automatiquement clôturer chaque épisodes, des soi-disant twists qui ne se justifient pas forcément et n’apportent rien au récit global. Cette prévisibilité et cette redondance sont les principales limites de l’écriture de cette cinquième saison puisqu’elle réussit, finalement, à jongler suffisamment habilement avec toutes ses pistes pour produire une intrigue cohérente qui ne s’égare que rarement –le détour à Amsterdam et le parcours de Quinn en sont certainement les éléments les moins aboutis. Davantage que l’actualisation et la multiplication des sujets, la véritable nouveauté qui apparaît dans ces épisodes est que, contrairement aux quatre saisons précédentes, le terrorisme islamiste ne semble plus être le grand ennemi de l’Amérique. D’une manière qui semble symptomatique de l’évolution de la politique étrangère de l’ère Obama 2, Homeland ne fait plus des actions armées des djihadistes et de la montée en puissance de Daesh qu’un fond de décor, alors que la véritable menace vient de Russie. L’introduction dans la série d’agents du SVR en guise d’antagonistes est la preuve que, tel que le conçoit le public américain, une nouvelle Guerre Froide a déjà débuté.

Le problème de cette saison n’est donc aucunement son scénario qui tient la route, mais l’inégalité de son rythme. La difficulté de maintenir une tension hétérogène, non pas d’un épisode d’un épisode à l’autre, mais au cœur même de chacun d’entre eux, fait que cette cinquième saison est en demi-teinte. Ne profitant ni de moments d’intensité palpitants ni d’une intrigue assez labyrinthique pour être addictive, Homeland peine à convaincre et sa conclusion laisse supposer que ses créateurs ne sont eux-mêmes pas convaincus que la série sera renouvelée.

Homeland saison 5 – Fiche technique

Création : Alex Gansa , Gideon Raff, Howard Gordon
Réalisation : Lesli Linka Glatter, Alex Graves, Daniel Attias, John David Coles, Keith Gordon, Michael Offer, Tucker Gates
Scénario : Chip Johannessen, Patrick Harbinson, Alex Gansa, Benjamin Cavell, Ron Nyswaner, Ted Mann, Alex Gansa, Meredith Stiehm
Interprétation : Claire Danes (Carrie Mathison), Mandy Patinkin (Saul Berenson), Rupert Friend (Peter Quinn), Miranda Otto (Allison Carr), F. Murray Abraham (Dar Adal), Sebastian Koch (Otto Düring)…
Production : Howard Gordon, Alex Gansa, Gideon Raff, Damian Lewis…
Pays : Etats-Unis
Chaine de diffusion (US) : Showtime
Société de distribution (France): Canal + Série
Nombre d’épisodes: 12
Durée d’un épisode : 52 minutes environ

Star Wars « croque » le record de Jurassic World sur la scène mondiale

0

Dans la soirée du dimanche 20 décembre, les premières retombées économiques de l’épisode 7 de Star Wars étaient florissantes. Si le score nord-américain est sans appel et devient instantanément le démarrage le plus prolifique jamais réalisé par un film, le résultat sur la scène internationale semblait quelque peu décevant. Néanmoins, alors que les chiffres du box office mondial nous faisait entendre l’inverse, il semblerait que Star Wars : Le Réveil de la Force est bien dépassé Jurassic World en terme de meilleur démarrage mondial de tous les temps.

La soirée d’hier sera évidemment dans les mémoires de Disney, même s’il a fallu attendre le lendemain pour confirmer ce record. En effet, les estimations portaient sur un démarrage américain à 238 millions de dollars ainsi qu’un score international élevé à 279 millions. Ainsi, avec un bilan provisoire de 517 millions, Star Wars se retrouvait déjà remboursé avec un score pharaonique, mais juste en dessous des 525 millions de Jurassic World. Mais la patience à ses raisons et ce soir, les scores définitifs sont tombés. Le space opéra augmente ainsi largement ses recettes américaines pour atteindre 248 M$ et ses chiffres internationaux pour finir à 281 M$. A nouveau bilan, nouveau record et Star Wars 7 s’envole à 529 millions pour son premier week end d’exploitation, terrassant définitivement les dinosaures de Jurassic World.

Alors, que retenir de ses chiffres si importants ? Déjà que Disney gagne son pari d’attirer les foules du monde entier. La tâche était d’autant plus ardu que le film aurait pu être de qualité moindre (fort heureusement, il n’en est rien selon le rédacteur de ces lignes) et que certains fans étaient frileux quand au rachat de la franchise par la major aux grandes oreilles. Maintenant, d’autres records sont dans la mire de Star Wars 7. Tout d’abord, le meilleur score américain de tous les temps est désormais à sa portée, les vacances de Noël devrait confirmer le carton en salle du long métrage et les recettes de la semaine devraient suivre. Il pourrait ainsi atteindre les 760 millions d’Avatar, grâce au bouche à oreille plus que favorable (seulement 1% de critiques négatives sur Twitter !).

 

Grâce à ce fantastique chiffre américain et un démarrage international sans exploitation en Chine (ce qui était le cas pour les dinos), il devrait sans trop de problème dépasser prochainement la barre symbolique des 2 milliards de dollars, voire dépasser les 2,1 d’Avatar. Le record à 2,78 milliards semble cependant trop loin mais pas inatteignable pour un film qui profitera des vacances et de la faible concurrence pour écraser le box office tel un rouleau compresseur. On vous reparlera donc sous peu de l’avancée commerciale du long métrage, qui devrait faire parler de lui encore longtemps…

Star Wars : Le Réveil de la Force : Bande-annonce

Fargo saison 2 : critique série

A l’heure où l’actualité (intergalactique) cinématographique tend pour une fois à légitimer le reboot, le spin of et autres suites en tous genres ; le petit écran s’essaie lui aussi à l’art de faire du neuf avec du vieux : Fargo, 6ème long métrage des frères Coen somnolait tranquillement sur l’étagère des meilleurs films des années 90, jusqu’à ce que la chaine FX annonce son projet d’en faire une série télé.

Synopsis: La saison traite d’un incident qui s’est déroulé en 1979 à Sioux Falls dans le Dakota du Sud et qui a été plusieurs fois mentionné durant la première saison. Elle met en scène l’esthéticienne Peggy Blomquist et son mari, un boucher du nom d’Ed Blomquist, qui décident de couvrir leurs traces après le meurtre involontaire de Rye Gerhardt, un des fils d’une famille criminelle locale dont la matriarche est Floyd Gerhardt. Pendant ce temps, Lou Solverson, qui vient de rentrer du Vietnam et le shérif Hank Larsson, enquêtent sur trois meurtres commis par Rye Gerhardt.

No Country for Bad Men

 Toujours cité, rarement égalé dans son genre, le film n’avait rien demandé, et surtout ne semblait pas offrir le terreau nécessaire à une nouvelle intrigue. Pourtant nous pouvions faire confiance à la chaine qui héberge The Americans ou encore Louie, puisque Fargo saison 1, s’affirmait en 2014 comme l’une des meilleures séries de l’année. Un succès, et un formidable duo d’acteurs, qui n’ont été éclipsés que par le triomphe retentissant de True Detective ; mais à n’en pas douter, le couple de nordistes Billy Bob Thornton/ Martin Freeman luttait dans la même catégorie que les sudistes (beaucoup plus médiatisés) Woody Harrelson/ Matthew McConaughey. Une série au destin comparable, puisque par la forme adoptée (et louable), de faire de chaque saison une boucle bouclée ; les producteurs ne pouvant inscrire le show dans une réelle continuité annonçaient un turnover général : bref des nouveaux acteurs, des nouvelles aventures. C’était donc sans suspense, mais avec de belles promesses de réalisation que nous quittions l’excellente surprise signée Noah Hawley.

Que fallait-il espérer de cette saison 2 ? Nous nous serions facilement contentés d’un second volet d’un niveau égal, mais celui-ci ambitionnait bien plus, et fonçait tête baissée dans l’univers neigeux, névrosé, et jubilatoire du Fargo de 96, en réussissant une nouvelle fois à instaurer une intrigue palpitante. Alors, les nominations pleuvent déjà, la série est renouvelée pour une saison 3, prévue pour 2017 (…): la réussite est totale pour ce préquel. Une suite qui d’ailleurs finit par se connecter à la saison 1 ; avec des liens tissés pas forcément utiles, mais pas vraiment gênants non plus car sous forme de clins d’œil plus que de véritables révélations. De cette décade, on en retiendra essentiellement ses 90 premiers pourcents : 9 épisodes où la montée exponentielle de la folie n’a de semblable que la violence qui, contrainte au début, finit par érupter dans un flot continu de massacres et d’assassinats. Et si le pitch, plus que lugubre, peut rebuter, le travail de Noah Hawley et des frères Coen (dans quelles mesures ? puisque simples producteurs) dépasse évidement ce simple bain de sang. Un effort de mise en scène jouissif de maîtrise et de froideur, qui finalement prend plus la forme du calme que de la tempête. Avec ce sentiment annonciateur, que tout est joué dès le début, comme ces split screens qui ponctuent chaque épisode : La temporalité se distord, se confond, panique en quelque sorte: mais le temps s’achemine tranquillement vers une conclusion annoncée, alors que chaque seconde s’affole à l’idée d’y parvenir. Un refus d’obtempérer qui se retrouve dans le destin de tous les personnages, une fois encore servi par un casting délicieux. C’est là que nous parlons de Kirsten Dunst, de comment elle est merveilleuse, et de comment elle délivre la meilleure performance féminine télévisuelle de l’année. Et qui par la même occasion souligne qu’il y a matière à écrire des rôles incroyables pour des femmes dans le cinéma des frères Coen. Espérons donc qu’ils s’inspireront de ceux qu’ils inspirent, et composeront un peu plus pour des actrices.

Une fois de plus cette fin d’année met à l’honneur les hot cops de la télévision : on ne cite plus Andrew Lincoln de The Walkind Dead, mais on peut crier haut et fort le nom de Justin Theroux de The Leftovers ! Ici on retrouve Patrick Wilson dans son plus beau rôle depuis Watchmen, en policier submergé par le cancer de sa femme (La toujours parfaite Cristin Milioti), l’enquête autour d’un triple meurtre, et les péripéties aventureuses d’un couple un peu simplet mais meurtrier. A cela s’additionne une intrigue mafieuse qui voit s’opposer deux camps tout aussi déjantés l’un que l’autre. D’un côté les Gerhardt, une famille issue de l’immigration allemande prête à tout pour asseoir son autorité sur leur région face à « Kansas City », l’organisation criminelle d’obédience capitaliste qui entend s’implanter dans le North Dakota. Pour ce faire, est mandaté Mike Milligan (Bokeem Woodbine), personnage tarantinesque : éloquent, violent, et caustique.

La saison 2 de Fargo s’appuie donc sur un très solide casting, mais séduit également par la fougue et la retenue qui imprègne toute son histoire. Beaucoup d’échanges de mots au début, de dialogues nerveux où les armes sont pointées mais jamais déchargées ; puis peu à peu les victimes s’accumulent, les chargeurs se vident, et les tueurs se taisent. Un reflux de bestialité et de haine glaciale ; souvent incarnés par l’homme de main des Gerhardt, tout droit sortie de No Country for old men : un indien quasi automate qui exécute les requêtes sanguinaires de ses maîtres. Noah Hawley parvient, assez génialement il faut le dire, à repousser sans cesse les limites de la brutalité, sans pour autant lâcher les rênes et se perdre dans la gratuité. Les 9 premiers épisodes sont parfaits, le dernier l’est un peu moins avec comme souvent la dure tâche de conclure l’intrigue, mais surtout d’orchestrer l’apaisement. Et sous ce couvert, le vide s’insère un peu trop et nous laisse une pointe de déception. Pas assez cependant pour nous faire oublier cette descente dans ces enfers enneigés. Où l’on plonge dans un univers visuel impressionnant : avec un trio costumes, décors, photographie remarquable qui s’affilie avec justesse au cinéma des frères Coen. La série continue son parcours sans faute. 

Fargo saison 2>> bande annonce

Fiche technique: Fargo

Création : Noah Hawley
Réalisation : Randall Einhorn, Michael Uppendahl, Adam Arkin, Keith Gordon, Jeffrey Reiner, Noah Hawley
Distribution: Kirsten Dunst, Patrick Wilson, Jesse Plemons, Ted Danson, Bokeem Woodbine, Brad Mann, Zahn McClarnon, Jeffrey Donovan, Cristin Milioti
Scénario : Noah Hawley
Direction artistique : Trevor Smith, Bill Ives
Décors : Warren Alan Young, John Blackie
Costumes : Carol Case
Photographie : Dana Gonzales
Montage : Skip Macdonald, Bridget Durnford, Regis Kimble
Musique : Jeff Russo
Casting : Rachel Tenner, Stephanie Gorin
Production : Kim Todds, Chad Oakes, Michael Frislev, Noah Hawley, Warren Littlefield, Joel et Ethan Coen, Adam Bernstein, Geyer Kosinski
Sociétés de production : 26 Keys Productions, The Littlefield Company, Nomadic Pictures, Mike Zoss Productions, FX Productions, MGM Television
Sociétés de distribution (télévision) : FX Network (États-Unis); Netflix (France)
Pays d’origine : États-Unis
Genre : policier, comédie noire,
Durée : 48 à 53 minutes

Star Wars: Le Réveil de la force, un film de J.J. Abrams : Critique

            Synopsis : Dans une galaxie lointaine, très lointaine, un nouvel épisode de la saga « Star Wars », 30 ans après les événements du « Retour du Jedi ».

Le Retour de la Critique et des Jedi-Rédacteurs

            « Enfin la critique du Magduciné, le meilleur webzine ou web revue de cinéma et de série du monde » pourriez-vous vous dire. En effet, la critique arrive, comme promis dans l’article des retours de la rédaction sorti le 16 décembre, le jour de la sortie de ce septième épisode de Star Wars. On vous apportait une multiplicité de regards face à ce film universel, et les avis étaient réellement partagés. Hélas pour Le Point selon qui les rédacteurs ayant écrit un « oui, mais… » dans leur critique de ce nouveau Star Wars sont des « énergumènes », vous devrez alors à nouveau nous compter parmi ces contrebandiers de la critique. Car très chers collègues et lecteurs, peut-être sommes-nous au contraire des Jedi, plus sages que beaucoup d’autres… Aussi, comme dit dans notre précèdent texte, la critique contiendra alors des spoilers. Donc à toi jeune padawan qui n’a pas encore fait tes premiers pas à l’une des séances de ce film, comme le dirait l’un des plus grands maîtres Jedi, « Evite d’entrer dans cette grotte de la Force car bouleversée par un trop plein d’informations, tu seras ». Ou encore comme dirait Obi-Wan : « Ce n’est pas la critique que vous cherchez… ».

            Les lumières de la salle s’éteignent. Le logo Lucasfilm apparaît pour laisser place à l’éternel « Il y a bien longtemps dans une galaxie lointaine, très lointaine… ». Tout-à-coup, trente-huit ans après le premier film, dix ans après La Revanche des Sith qui venait clôturer la saga Star Wars, qui n’est autre que l’histoire de Dark Vador, d’un père qui tombera puis se relèvera grâce au fils pour enfin accomplir sa destinée : « rétablir l’équilibre dans la Force » (tout cela a été dit par Lucas, dans les commentaires des dernières éditions DVD et Blu Ray), le titre jaillit à nouveau à l’écran suivi de son générique inoubliable.

On y apprend le synopsis de ce nouvel épisode : un groupe politique fasciste héritier de l’Empire, le Premier Ordre, combat la République par tous les moyens. La Résistance, missionnée par la République, combat elle-même le Premier Ordre afin de protéger la jeune nouvelle République. Mais le Premier Ordre s’est donné une mission autrement plus précise : retrouver et éliminer Luke Skywalker, le dernier des Jedi.

            Vous vous dites déjà que ce résumé n’est pas sans rappeler le premier volet de la saga Un Nouvel Espoir (1977, même si le sous-titre fut rajouté en 1979) et L’Empire Contre-Attaque (1980) ? Rassurez-vous, vous n’êtes pas des cas isolés aigris ou n’ayant pas compris ce nouveau Star Wars, bien au contraire…

https://www.youtube.com/watch?v=cpxrMwUsbIY

Planètes désertique, enneigée, forestière,

base spatiale hyper-armée, il est temps du…

Réveil du Magnétoscope

            Star Wars Le Réveil de la Force n’est pas juste un sequel de la saga monstre de George Lucas. S’il est un film presque entièrement créé par des fans héritiers et des anciens de l’empire Lucasfilm tels que Lawrence Kasdan – « presque » car lancé par Lucas et Kennedy bien avant la vente –, on peut se demander s’il n’est pas aussi un film justement trop fait par des fans, et si le créateur fou déifié à de maintes reprises mais assumant ses défauts qu’est Lucas ne nous manque pas ici.

            Car, en effet, ce septième volet tend plus à ressembler à un medley des deux premiers épisodes auquel sont venus se greffer d’autres morceaux du Retour du Jedi (1983) – que ce soient des situations trop similaires, des personnages (le/la jedi, le gars cool de l’espace au blaster entre autres) et des lieux (planète désertique, planète forestière, planète enneigée mélangée avec l’Étoile de la Mort puissance dix) et même quelques idées de la prélogie. Il ne faut toutefois pas oublier que la saga a été construite par Lucas à partir des réutilisations de récits mythologiques et légendaires, et sur des parallèles entre des événements et des récits entre les deux trilogies. Mais ici, il semble que le film n’a pas continué de se construire à partir des recherches et réflexions Campbell-iennes – Joseph Campbell est l’auteur du Héros aux mille et un visages et d’autres ouvrages clefs sur la narratologie, science du récit et ses schémas et personnages-archétypes (…) – de Lucas. Non le film reprend les autres films, voilà où est le problème. Plus frustrant encore, il réutilise les deux premiers films pour en faire une seule et même œuvre. Ainsi il ne s’agit pas ici de poursuivre la saga, mais plus de faire un rembobinage des anciens pour toutefois mieux avancer peut-on espérer. Aussi nuançons notre propos en disant que comme Lucas qui a fait de ses films des métaphores de nos sociétés (avec la prélogie) ou encore des paraboles (avec la trilogie originale), Abrams a pensé le Premier Ordre comme le retour brutal des nazis, regroupés et réarmés. Et le film renvoie visuellement à cela, avec l’iconographie du mal en blanc, noir et accompagné de rouge. Si cela peut renvoyer à la montée du fascisme en Europe et même aux US avec Donald Trump, ce n’est pas une véritable métaphore de notre réalité. On sait que Lucas voulait revenir sur le côté politique avec l’impact des actions passées sur le présent politique, social et familial – toujours du côté des Skywalker donc. Il s’agit donc pour Lucas de travailler la mémoire, le trauma, et le retour de forces fanatiques des ténèbres du passé malgré tout ce qui s’est passé. C’était alors un véritable travail sur le retour du fascisme ou du nazisme avec des individus prêts à assumer leur histoire malgré tout, ou d’autres qui ne la connaissent pas. Ces deux motifs sont présents dans le film sorti ce mercredi 16 décembre, mais assez différemment, loin du travail à la fois macro- et microcosmique de Lucas qu’on peut avoir dans la prélogie.

Transmission, Histoire, histoire et impact…

Traumatisme et mémoire individuelle et collective

            Dans le film, plusieurs personnages sont victimes d’une histoire personnelle (l’arrachement à une famille pour certains et la perte d’un fils pour d’autres) et collective (la défaite de l’Empire qui a marqué des paysages – voir Jakku – et tout de même donné naissance au Premier Ordre). Ces traumatismes permettent de montrer l’impact de l’histoire sur le présent, un présent toutefois présenté de manière microcosmique, c’est-à-dire qu’on voit à peine les modes de vie des civilisations, des grandes communautés. Il s’agit de suivre un individu ou des groupes, ce qui n’est pas sans rappeler le tout premier Star Wars, qui arrivait toutefois à nous présenter dans des dialogues propres et concis ou encore mystérieux le contexte socio-politique de la galaxie, on peut par exemple penser au Grand Moff Tarkin qui nous parlait du Sénat Galactique et de sa dissolution au profit de sa domination par des Gouverneurs. Ou bien même à Obi-Wan qui, lors de son explication rapide et mystérieuse d’une ère qui l’était tout autant à l’époque, évoquait « the clone wars », la Guerre des Clones. Un manque de subtilité par rapport aux anciens nous direz-vous ? Et nous vous acquiescerons avec ce petit sourire et ce regard empli de malice et de sagesse digne d’Obi-Wan Kénobi. Si bien que lorsque Kylo Ren – le sombre nouveau seigneur noir de la saga, point du film sur lequel nous n’aurons pas le temps de s’attarder, hélas pour vous et nous – évoque l’utilisation d’armée de clones plus obéissante que les stormtroopers arrachés aux familles et conditionnés dès la naissance, nous nous disons que non seulement ça n’est pas subtil mais surtout c’est peu pertinent. Pourquoi pas utiliser des clones ? Parce que, comme nous l’avons appris depuis avec les films et la première série animée (ou encore avec l’Univers Étendu détruit par Lucasfilm pour devenir des légendes mais étant toutefois une certaine source d’inspiration pour le nouveau volet), les clones ont un vieillissement accéléré qui leur permet d’être opérationnels au plus vite, mais dès lors limités par leur obsolescence programmée. Nous avions discuté avec Patrice Girod lors de la soirée George Lucas chez TCM Cinéma de la possible présence d’éléments précis incohérents. Il parlait notamment d’un stormtrooper qui arrivait en pleine bataille pour affronter Finn (le héros incarné par John Boyega) avec une sorte de bâton de force et un bouclier. Cette individualité dans une armée censée être programmée et vidée de toute humanité et personnalité propre à chacun était incohérente. Certes nous avons affaire au Premier Ordre et non à l’Empire pourrait-on penser. Problème, beaucoup de passages concernant ce First Order et se concentrant sur lui, présentent et insistent sur le conditionnement de leur troupes et leurs possibles dérèglements psychologiques vérifiés et à retravailler. Donc que fait ce stormtrooper, déjà bien trop individualiste disant « Traître ! » à Finn, au milieu de cette bataille armée de manière aussi différente à part incarner un challenge de combat de sabre laser pour le héros et la cause d’un combat brutal et attendu par le public ? Autre idée incohérente, on peut entendre un personnage dire de son fils qu’il a « trop de Vador (Vader) en lui ». L’oncle de Luke dans le premier film, Owen Lars, avait rencontré son père alors empli de rage, et toujours en mouvement, entre autres choses. Il disait justement – c’est-à-dire de manière parfaitement cohérente avec la prélogie sortie plus tard des 1999 à 2005 – dans le premier volet à propos de Luke, en réponse au « Il ressemble à son père » de sa femme Béru : « C’est bien ce qui me fait peur… ». Il s’agissait de rapprocher le père au fils, tout en étant conscient de ce que savait l’oncle du père. Une subtilité à laquelle on échappe à nouveau ici, puisqu’ils ne comparent pas le père au petit-fils, mais la personnalité qui avait pris le pouvoir sur celle de « l’homme de bien » (dixit Obi-Wan Kénobi) émotionnellement et psychologiquement instable qu’était le grand-père. Non, ils le comparent directement au seigneur Sith. « Ce sont des détails, des subtilités » pourriez-vous nous répondre un peu pantois, oui, nous sommes d’accord, des subtilités qui manquent cruellement au récit.

Ces éléments incohérents, ces traumas et informations peu subtiles ont une cause commune : le rythme du film.

Un réveil bien énergique pour tout le monde, voire dopé ?

Épisode III : La Revanche du Magnétoscope

            « Le rembobinage de la saga a été trop rapide » murmure Lawrence Kasdan, « Mince, faut qu’on avance alors ! » lui répond Kathleen Kennedy. « Shit ! Comment je vais faire ? », lâche dans un coin J.J. Abrams. Une conversation née de notre imagination qui reflète toutefois très bien une réalité : le récit à la fois passéiste et tourné vers le futur roule bien plus vite qu’à quatre-vingt huit miles. En effet, à partir d’une vingtaine de minutes du film, toutes les actions s’enchaînent sans temps morts, sans ellipse évidente, sans repos des personnages, somme toute en 24h chrono ou moins. Il s’agit alors pour le spectateur de s’accrocher à cette pure attraction que devient Star Wars Le Réveil de Force, ponctuée de révélations attendues pour certains, malvenues pour d’autres, et de grandes séquences d’émotions, parfois mystiques, trop courtes et mal situées pour être aussi puissantes que la Force. D’ailleurs, même pendant les vingt premières minutes, s’il y a un bien une chronologie temporelle claire, la réalisation ne nous laisse pas assez de temps (à l’inverse de ce « diable » de Lucas) pour contempler comme il se doit le génie visuel Abram-sien. Cette avancée rapide empêche la caractérisation des personnages d’être aussi souple et humaine que ce qu’on a pu voir avant et dans bien d’autres films, même fonctionnant sur des non-dits. Car ici, même ces derniers sont trop vite exposés (n’oublions pas que le film n’est pas subtil), on pense au personnage de Rey dont on sait rapidement qu’elle a des secrets et qu’elle est traumatisée… De même, tout ce qu’on savait sur les stormtroopers se retrouve explicité tel une scène érotique de Lynch qui serait reprise par des pornographes, ainsi Finn révèlera aussi trop vite son trauma, d’ailleurs vécu à sa première mission dira-t-il dans le film. Ou encore pour finir, la nouvelle arme du Premier Ordre –fanatique de l’Empire ne l’oublions pas, présenté comme un parti « fasciste » émergeant à la politique brutale, et toutefois surpuissant –, qui à l’image de celles des aliens dans le prochain Indépendance Day Resurgence, est toujours plus grosse qu’avant, plus puissante, technologiquement plus avancée, et toujours plus fragile… Ainsi on peut constater ceci, l’équipe du film n’a pas retenu l’une des leçons les plus importantes de la trilogie originale qu’ils ne cessent de reprendre, citer (nous avons même entendu des gens crier au plagiat, assez exagérément bien sûr) tels des puits de pétroles avec la richesse de notre chère planète. Une leçon de Yoda (à propos de Luke dans L’Empire Contre-Attaque) : « Celui-ci depuis très longtemps je l’observe et toute sa vie, il a regardé vers l’avenir, vers l’horizon. Jamais l’esprit là où il était, hum! A ce qu’il faisait. ». Assez explicite, n’est-ce pas ?

Fans as a Phantom Menace Theme & Finale

            (Re)Imaginez alors ce film, sorte de « remake » des deux premiers, aussi un pot pourri de toute la saga, peu subtil – peu humain avec la caractérisation des personnages douteuse et malvenue – et trop rapide pour l’être, un film qui n’est pas tant une suite qu’un reboot… Mais alors que reste-t-il ?

Il en reste un très bon film bancal trop nostalgique toutefois empli de bonnes idées, extrêmement bien réalisé même si son mixage sonore en Atmos efface dans les moments (d’action) la très belle bande-son de John Williams qu’on penserait plus inspiré chez un Lucas. Une belle aventure humaine aussi, parfois surprenante, souvent émouvante, parfois brillante, mais qui manque cruellement de temps. Temps dans un second sens ici, puisqu’on sait que le scénario fut terminé peu avant le tournage, et Abrams nous a appris dernièrement qu’il y avait de nombreuses réécritures pendant celui-ci. Si la Force s’est bel et bien réveillée, le film aurait du sortir en Mai 2016, et aurait du écouter Lucas et moins les fans afin de donner autre chose que ce que beaucoup attendaient de lui, du grand spectacle Star Wars. Ainsi Le Réveil de la Force, à l’inverse de la saga, néglige beaucoup trop l’humain, l’histoire, les personnages pour présenter une attraction cinématographique centrée sur l’aspect technologique et la science-fiction. Mais EA Games a déjà réussi cette mission avec Star Wars Battlefront, sorti au mois de Novembre 2015, en nous faisant « vivre » l’expérience Star Wars. Nuançons par le fait que c’est la réalisation et la mise en scène d’Abrams qui apportent la subtilité, par les jeux de regards, la contemplation, concentration et émotion qu’il sait apporter, ou encore avec la violence et la brutalité, l’horreur, la catastrophe humaine et universelle qu’il rapporte dans Star Wars, servant alors l’aspect de parabole historique qu’est la saga tout comme son cinéma, qui a toujours été empli d’espoir, optimiste sans vraiment l’être, car conscient de l’horreur du monde. Un film qui poursuit l’œuvre mélancolique, douce-amère et emplie d’espoir d’Abrams. Aussi nuançons à nouveau par le fait que le film est tout assez cohérent avec la saga. Un très bon film d’Abrams, loin d’être le meilleur Star Wars, ni le pire. La fin nous promet une suite emplie d’inattendu même si déjà un élément qui créera un parallèle avec l’Empire Contre-Attaque peut être attendu, la formation du jedi par un maître exilé. Ou alors, peut-être que Rian Johnson, réalisateur et scénariste de l’Épisode VIII prendra d’autres directions et alors nous surprendra, bien plus que ce volet, une tâche non difficile à remplir.

           Surprise, hors-sujet ou presque, Columbo sort de sa tombe et nous demande avec son air interrogatif toujours aussi amusant : « Euh just’ une dernière question M’sieur, est-ce que c’était nécessaire ? Je veux dire… Ce film et le reste ? ».

PS : Si cette critique termine sur une question, elle en pose d’autres, elle n’a pas travaillé certains sujets pour respecter un certain format et une ligne réflexive. Il s’agit aussi de vous respecter lecteurs / spectateurs afin d’éviter plus de spoilers. Enfin ces commentaires manquants peuvent être trouvés en grande quantité ailleurs sur la toile, traités de manière positive et négative, précise et généralisatrice, concernant Kylo Ren, le personnage féminin fort qu’est Rey, le retour des anciens de la trilogie originale, la 3D du film, etc.

 

 

FICHE TECHNIQUE 

Titre original : Star Wars: Episode VII – The Force Awakens
Réalisation : J.J. Abrams
Scénario : Lawrence Kasdan, J.J. Abrams, & Michael Arndt, d’après George Lucas
Acteurs principaux : Daisy Ridley, John Boyega, Oscar Isaac, Harrison Ford, Carrie Fisher, Mark Hamill, Peter Mayhew, Anthony Daniels, Andy Serkis, Max Von Sydow

Décors : Rick Carter & Darren Gilford

Costumes : Michael Kaplan

Photographie : Dan Mindel

Montage : Maryann Brandon & Mary Jo Markey

Son : Ben Burtt & Matthew Wood

Musique : John Williams
Pays d’origine : U.S.A.
Sortie : 16 décembre 2015
Durée : 2h16min

Producteurs : Kathleen Kennedy, J.J. Abrams & Bryan Burk
Production : Lucasfilm, Bad Robot, Walt Disney Pictures

Distributeur : The Walt Disney Company France

Notre sélec films anti Noël : Gremlins, Family Man…

0

Les films anti Noël sont de sortie pour l’occasion !??

?? Jingle Bells, Jingle Bells, Jingle all the way ?? Ah… Voici qu’arrive Noël ! Noël et sa magie, Noël et ses cadeaux, Noël et son cortège de films à l’eau de rose ou de comédies tendres. Mais pour les plus frileux, LeMagduCiné a fait une sélection originale de films qui contre-balancera toutes ses mièvreries de fin d’année. Des frissons avec Père Noël : Origines, de l’action avec Piège de Cristal et L’Arme Fatale, de l’humour noir avec Le Père Noël est une Ordure et de l’horreur avec Black Christmas…et encore tout plein d’autres films anti Noël dans cette liste de divertissement pour grands-enfants ! :

Père-Noël : Origines – Et si Papa Noël n’était pas un gentil ?

? « Oh Oh Oh ! » Père-Noël : Origines ou quand le Père-Noël lui-même devient symbole de cauchemar ! Ce film irlandais de Jalmari Helander est un récit perverti du conte de fées où le vieux bonhomme rondouillard et souriant prend des allures de vilain dans un décor à la fois merveilleux et inquiétant. Inspiré du mythe de Saint Nicolas et de son acolyte, le père fouettard, le Papa Noël du film arrive pour punir les enfants dissipés.  De très belles images et un scénario malin pour une comédie fantastique assez réussie qui rejoint la liste des films anti Noël en première position. Alors qu’elle mène une fouille archéologique, une équipe de chercheurs découvre une cavité dans la glace. Le chef de l’expédition est alors persuadé d’avoir trouvé la tombe d’une créature légendaire, le Père Noël lui-même…?

Piège de Cristal & 58 Minutes pour vivre : des Noël plutôt agités !

?Dans Piège de Cristal, John McClane alias Bruce Willis rejoint sa femme pour participer au Noël de son entreprise mais l’immeuble est pris en otage par des terroristes. La fête est déjà finie pour le lieutenant qui va devoir affronter les criminels. Deux ans plus tard, dans 58 Minutes pour vivre, McClane attend son épouse Holly à l’aéroport de Washington pour le réveillon de Noël. Il remarque bientôt deux individus qui pénètrent dans des locaux interdits et décide d’intervenir. Mais, à cet instant, des terroristes prennent d’assaut la tour de contrôle… Encore un Noël raté pour John qui protestera dans une réplique culte : « Quand est-ce que j’aurai droit à un Noël normal, moi ?!» Dans Une Journée en Enfer, la malédiction prendra fin mais pour l’heure, on peut quand même se délecter des deux premiers opus de la saga Die Hard. Indémodable !  Le dernier Die Hard : Belle journée pour mourir est sorti en 2013 mais une sixième aventure se prépare : Die Hard : Year One. ?

Gremlins : une saga de films anti Noël

? Ces petites créatures mythiques sont presque devenues le symbole du réveillon. De vrais petits lutins capricieux qui adorent vous gâcher Noël ! La saga de Joe Dante est un régal à consommer sans modération et pour les fans de Gizmo, un troisième opus des Gremlins est en préparation et se déroulera 30 ans après.?

Furyo ou Merry Christmas Mr Laurence

? Sous des apparences de film de guerre, Furyo fait passer beaucoup d’émotions à travers ces deux personnages radicalement opposés mais irrémédiablement attirés l’un par l’autre. C’est un drame psychologique de Nagisa Ōshima avec David Bowie. C’est aussi l’un des premiers films de Takeshi Kitano (Sergent Gengo Hara). Furyo est une romance interdite, un amour inavoué, suggéré par des jeux de regards entre un prisonnier de guerre anglais (David Bowie) et un capitaine Nipon. Même si Bowie est le personnage principal du film, le Mr Laurence du titre est un autre prisonnier qui aura un rôle clef et mettra le point final à l’histoire le jour de Noël. Une oeuvre culte et riche à redécouvrir !?

Batman : le défi – le Noël du Pingouin !

? C’est aussi Noël chez les super-héros. Batman : le défi est la suite du premier Batman qui se déroule durant la période de Noël à Gotham City. Le Pingouin débarque en ville et il est bien décidé à participer aux festivités. C’est aussi l’un des Batman les plus esthétiques de par son réalisateur fantasque et visionnaire, Tim Burton, ses décors et ses personnages notamment Michèle Pfeiffer aka Catwoman. ?
Le Père-Noël est une ordure : le film culte du Réveillon !

? Voilà LE film qu’il faut avoir vu au moins une fois dans sa vie. Au théâtre ou à la télé mais par la fine équipe du Splendid toujours, on appréciera les personnages loufoques, stéréotypés, égoïstes, imbuvables mais tellement hilarants ! De « Zosette épouze X » à « Je ne vous jette pas la pierre, Pierre » en passant par « c’est fin, c’est fin, ça se mange sans faim » : des répliques cultissimes, des personnages hauts en couleur interprétés par des acteurs géniaux (Jugnot, Lhermitte, Clavier, Balasko, Chazel, Anémone). Que des premiers rôles ! Une perle de l’humour noir qui rejoint inévitablement le gang des films anti Noël. ?

Black Christmas : le réveillon de l’horreur

?Pour les plus courageux, Cineseries-Mag a bien sûr misé sur le meilleur des genres de films anti Noël : l’horreur. Là où on aurait pu craindre un remake d’Halloween, Black Christmas est une vraie réussite. Un slasher de Bob Clark qui explore l’angoisse à travers les sons, les voix, les jeux d’ombres, et ce meurtrier psychopathe indéfini mais omniprésent jusqu’au bout. Le décalage avec le contexte festif et les chants de Noël en est d’autant plus malsain. Pour les moins aventureux, sachez que Black Christmas ne fait pas dans le gore, les meurtres se passent en hors-champ, le réalisateur joue davantage sur l’ambiance et le non-dit mais il réussit tout de même a créer une ambiance sous tension très efficace…?

The Children : ces vilains garnements qui n’auront pas de cadeaux ! 

Pour finir, voici un joyeux film d’horreur ambiance Le Village des Damnés (en pire !) à la sauce Noël. Deux familles se retrouvent à la campagne pour les fêtes de fin d’année mais les enfants tombent malades et deviennent très vite étranges pour finalement se retourner contre leurs parents. The Children est un film très dérangeant réalisé par Tom Shankland dont les décors, la musique et les personnages suscitent formidablement le malaise. De jeunes acteurs redoutables dans ces rôles d’enfants terribles ! Suspense et terreur sont au rendez-vous : âmes sensibles s’abstenir ! ?

L’Arme Fatale : un Noël en famille ?

? Un duo improbable formé par un flic sérieux, la cinquantaine et père de famille (Danny Glover) et un autre jeune, rebel, dépressif et violent (Mel Gibson). Tous les deux mènent l’enquête sur un trafic de drogue pendant les fêtes de Noël mais l’entente est houleuse. Jusqu’à ce que le plus jeune sauve son coéquipier. Commence alors une amitié qui durera sur quatre épisodes de la saga L’Arme Fatale.?

Family Man : Mr Scrooge revisité…

?Dans Family Man, Nicolas Cage incarne Jack Campbell, un Mr Scrooge des temps modernes qui a abandonné sa fiancée pour une carrière de courtier à Wall Street. Treize ans plus tard, un soir de Noël, il assiste à un braquage et intervient courageusement. Pour le récompenser, le destin va lui montrer l’autre vie qu’il aurait pu avoir…

Bon d’accord, ce film fleure quand même bon le pain d’épice et les chandelles. On s’éloigne un peu des films anti Noël mais avec Téa Léoni et Nicolas Cage, on est au moins sûr de passer un bon moment et cette adaptation du roman de Dickens est plutôt originale pour une fois !?

L’étrange Noël de Monsieur Jack : un peu d’animation !

On retrouve de nouveau Tim Burton mais cette fois avec un grand classique de l’animation gothique : L’étrange Noël de Monsieur JackUn véritable conte de Noël détourné, merveilleux et monstrueux. Des personnages filiformes et pâlichons, même pour les plus vivants, des décors sombres mais envoûtants et des histoires tragiques mais toujours avec une note d’humour : tels sont les ingrédients de Monsieur Burton. Dans cette animation, ses dons sont réellement mis en valeur. Les images et l’histoire rendent les personnages attachants, les chansons restent en tête et l’aspect inquiétant est vite oublié au profit des festivités. Toutefois, The Nightmare before Christmas fait indéniablement partie de la liste des films anti Noël ! 

Voilà, vous avez de quoi faire avec cette liste de films anti Noël mais que ça ne vous empêche pas de passer de joyeuses fêtes !

 

Argentina, un film de Carlos Saura : critique

0

Carlos Saura, réalisateur espagnol de renommée internationale, a déjà longuement démontré, lors de ces soixante années de carrière, son talent pour mettre en scène la danse et la musique hispanique.

Synopsis : De la Pampa aux Andes, de l’univers des indiens Mapuche á celui des villageois qui chantent leur nostalgie dans les cafés, du monde des Gauchos à celui des grandes villes d’aujourd’hui… ARGENTINA nous propose un voyage musical et sensoriel dans l’espace et le temps composé des chants, des danses et des couleurs qui font toute l’âme de l’Argentine.

Deux de ses premiers films, la Cousine Angélique et Cria Cuervos, ont remporté le prix spécial du jury au Festival de Cannes dans les années 1970. Carmen (1983) et Tango (1997) reçurent également des nominations aux Oscars. Cinq ans après Flamenco, Flamenco, Carlos Saura nous plonge au cœur des racines culturelles de l’Argentine à travers une fresque picturale et sensorielle.

Avant sa sortie en France, Argentina a été présentée dans de nombreux festivals, notamment le Festival Do Rio, l’International Antalya Golden film festival, le Festival Biarritz Amérique Latine Cinémas et Culture, le Festival Cinespana et le Festival International du Film d’Arras.

Argentina ne s’assimile pas au documentaire descriptif et informatique. Il ne se raconte pas mais se regarde. Il ne cherche jamais à expliquer mais à expérimenter et à exprimer, en faisant du spectateur le témoin direct de la scène, unique cadre et décor du film. Par touches successives, des chants, des musiques, des danses aux rythmes et aux tons multiples, composent peu à peu une peinture sensuelle et colorée d’une Argentine sublimée par sa diversité culturelle. Carlos Saura précise que « ce film est musical en soi, il n’y a pas d’argumentaires mais seulement des interprétations, de la mise en scène, de la lumière et beaucoup de respect de ma part. »

Argentina s’apprécie en effet comme une invitation au voyage et à la découverte. Le film se présente comme une succession de tableaux, à la mise en scène et à la photographie soignée, révélant chacun une part des traditions et des sources culturelles de l’Argentine. La zamba, le chacarera, la tonada, le carnavalito, le chamamé s’enchaînent ainsi en suscitant la curiosité, l’admiration et l’émotion du spectateur. Les danseurs professionnels assez exceptionnels, choisis par le réalisateur, ne font pas un faux pas. Même s’ils évoluent dans un environnement simple, le jeu de la caméra et des miroirs parviennent à magnifier leurs mouvements.

Argentina s’apprécie pleinement pour ce qu’il est, à la fois une œuvre esthétique et une ode à l’art et à la diversité. Très peu de détails sont donnés sur ces musiques et ces danses, à l’exception de quelques phrases de présentation au début du film. Le parti pris de Carlos Saura est de laisser toute la place à l’art, ce qui entretient parfois, malgré l’émerveillement, un certain mystère et une forme d’opacité à l’égard de ces représentations. Il manque peut-être, dans ce large mais sélectif tour d’horizon, un fil conducteur permettant de mieux appréhender les choix, les liens et la réunion de ces tableaux fondateurs de l’identité argentine. On conserve du film des images étonnantes et magnifiques, tout en ayant une légère d’impression d’inachevé face à un sujet aussi vaste, dont on a vu beaucoup mais appris peu.

Argentina – Bande annonce

Argentina – Fiche technique

Titre original : Zonda
Date de sortie : 30 décembre 2015 Nationalité : Argentin, espagnol, français
Réalisation : Carlos Saura Scénario : Carlos Saura
Interprétation : Chaqueno Palavecino, Soledad Pastorutti, Jairo, Liliana Herrero, Luis Salinas, Jaime Torres
Musique : Lito Vitale Photographie : Felix Monti
Chorégraphe : Pajarin Saavedra Montage : Iara Rodriguez Vilardebo, César Custodio
Production : Marcelo Schaces, Mariana Erijimovich, Alejandro Israel, Guy Amon, Stéphane Sorlat, José Velasco, Antonio Saura
Sociétés de production: Barakacine Producciones, Zebra Produccionnes S.A., Mondex Films
Société de distribution : Epicentre Films Budget : NR
Genre : Documentaire
Durée : 1h27min

La vie très privée de Monsieur Sim, un film de Michel Leclerc : critique

A la découverte du nom de Jean-Pierre Bacri au générique, l’idée d’un film stéréotypé nous vient à l’esprit : personnage bougon, acteur cabotin, comédie généralement drôle, et peut-être un peu convenu. Mais au final, le nouveau film de Michel Leclerc, la Vie très privée de Monsieur Sim, est très typé… Michel Leclerc. Le même genre d’humour féroce que dans le Nom des gens, avec son doux délire, la même forme de comédie réaliste que pour Télé Gaucho, avec son anti-héros…

Synopsis: Monsieur Sim n’a aucun intérêt. C’est du moins ce qu’il pense de lui-même. Sa femme l’a quitté, son boulot l’a quitté et lorsqu’il part voir son père au fin fond de l’Italie, celui-ci ne prend même pas le temps de déjeuner avec lui. C’est alors qu’il reçoit une proposition inattendue : traverser la France pour vendre des brosses à dents qui vont « révolutionner l’hygiène bucco-dentaire ». Il en profite pour revoir les visages de son enfance, son premier amour, ainsi que sa fille et faire d’étonnantes découvertes qui vont le révéler à lui-même…

Quand l’amer monte

Pour autant, le film est une adaptation assez fidèle et réussi du livre de Jonathan Coe « The terrible privacy of Maxwell Sim », un roman pourtant très britannique dont il a fallu transposer à peu près tout pour cette version française. Jonathan Coe, un des des écrivains contemporains les plus lus outre-Manche, au même titre et un peu dans la même veine que Nick Hornby, est reconnaissable pour sa plume très acérée et drôle sur des sujets ultra-modernes (et éminemment british !). On peut avancer sans trop se tromper que le cinéaste a du se reconnaître dans l’écrivain, et dans ce livre en particulier, tant on retrouve leurs deux univers intimement mélangés dans l’œuvre.

François Sim (Jean-Pierre Bacri, magistral, car débarrassé de -certains de- ses tics), « Sim comme la carte » aime-t-il à préciser, est un homme dépressif, incapable de communiquer normalement avec ses semblables. Sa femme Caroline (pétillante Isabelle Gélinas) l’a quitté, son employeur l’a lâché, et quand il profite d’un voyage que Caroline a acheté sur Internet un mois avant de le quitter, c’est seul, et c’est seul qu’il va monter à bord d’un avion qui va l’emmener vers les Pouilles à la rencontre de son père. Dans ces premières minutes, on le découvre très bavard, un vrai moulin à paroles étourdissant, assommant littéralement son voisin de siège (et quel voisin !), une vraie logorrhée à la hauteur de son mal-être.

Cette scène inaugurale donne le ton de cette comédie française très travaillée, à savoir un comique apporté essentiellement par les dialogues truculents à la fois de Jonathan Coe, de Baya Kasmi, la coscénariste et compagne du cinéaste, et de Michel Leclerc lui-même. Le comique traverse le film de part en part, mais également une certaine tristesse liée aux situations vécues par le protagoniste : la solitude extrême (« j’ai 70 amis Facebook» assène-t-il à son voisin), les ruses qu’il emploie pour s’immiscer dans la vie de son ex-femme, la précarité et les concessions qu’il est obligé de faire pour retrouver un travail, les mensonges et les non-dits qui ont façonné sa vie, rien ne prête à rire, vraiment…

Le film, dans le sillage du livre, est bâti comme un road-movie, en PACA et ailleurs, qui permet au cinéaste de confronter son héros à différents personnages : son père, peu désireux de lui tenir compagnie, son ex-femme qui oscille entre mépris et compassion à son égard, Luigia (la toujours très belle Valeria Golino) son amour de jeunesse qui lui a permis de découvrir quelque chose à propos de son père, et dont un carnet resté à son domicile méridional a valu à François de découvrir encore autre chose sur ce père ; des nouveaux collègues stéréotypés aux bornes de la caricature, avec une Carole Franck survoltée à leur tête -qui décidément bonifie avec l’expérience-, Poppy (Vimala Pons) et son oncle Samuel (Mathieu Amalric, faussement affable comme à son habitude), des rencontres de hasard mais d’importance qui l’emmènent à Donald Crowhurst, un navigateur amateur qui a réellement existé et qui a bâti la fin de sa vie autour d’un mensonge lié à une course autour du monde. Les parallèles entre la vie de Crowhurst et de François Sim sont en effet nombreux et évidents, et en découvrant la vie du « navigateur » dans un livre que Samuel lui a prêté, François se découvre, ou plus exactement apprend à se découvrir, et une scène où il lit ce livre comme s’il lisait en lui-même est une des plus émouvantes du film.

La vie très privée de Monsieur Sim est un beau film malgré un problème de rythme ; certaines scènes sont étirées inutilement en longueur, d’autres sont répétitives (celles avec le GPS de la 3008 Hybride flambant neuve qu’on lui a donnée pour aller vendre des brosses à dent bio : la métaphore de l’homme seul et apeuré qui a pour fiancée idéale une voix virtuelle est un peu trop surlignée, et déjà vue en mieux dans le Her de Spike Jonze)…

La vie très privée de Monsieur Sim est un film faussement joyeux. Disparu en mer, à la suite d’une folie suicidaire probablement, Donald Crowhurst a écrit dans son journal ces mots ultimes : « C’est fini, c’est fini. C’est la fin de mon jeu. La vérité a éclaté. » , des mots qui sont repris dans le film et qui résonnent étrangement quand à la fin, on découvre enfin toutes les vérités sur la vie privée de François Sim. Sans en avoir l’air, le film recèle jusqu’à son terme des rebondissements qui au lieu de faire grand bruit, s’insinuent fortuitement chez le spectateur, de manière quasiment hitchcockienne, et redonne un tout autre sens à tout ce qui vient d’être vu. Une mise en scène très intelligente dont la paternité est davantage à attribuer à Jonathan Coe, car on retrouve les mêmes ressorts scénaristiques dans le livre, mais que Michel Leclerc a réussi à transposer dans son film. Malgré ses défauts, une des meilleures comédies françaises de 2015.

La vie très privée de Monsieur Sim – Bande annonce

La vie très privée de Monsieur Sim – Fiche technique

Titre original : –
Date de sortie : 16 Décembre 2015
Réalisateur : Michel Leclerc
Nationalité : France
Genre : Comédie
Année : 2015
Durée : 102 min.
Scénario : Jonathan Coe (roman), Michel Leclerc, Baya Kasmi
Interprétation : Jean-Pierre Bacri (François Sim), Isabelle Gélinas (Caroline), Vimala Pons (Poppy), Sixtine Dutheil (Lucy), Christian Bouillette (Jacques Sim), Vincent Lacoste (Jacques Sim (20 ans)), Félix Moati (Francis), Carole Franck (Audrey), Mathieu Amalric (Samuel), Valeria Golino (Luigia)
Musique : Vincent Delerm
Photographie : Guillaume Deffontaines
Montage : François Gédigier
Producteurs : Caroline Adrian, Fabrice Goldstein, Antoine Rein
Maisons de production : Delante Films, Karé Productions, Rhône-Alpes Cinéma, France 2 Cinéma, Mars Films
Distribution (France) : Mars Distribution
Récompenses : –
Budget : –

 

 

Le dernier jour d’Yitzak Rabin, un film d’Amos Gitai: Critique

0

Quelques mois après la sortie de son film précédent, le très austère et minimaliste Tsili adapté d’un roman d’Aharon Appelfeld, Amos Gitaï fait un virage stylistique radical en proposant une œuvre se voulant plus facilement accessible.

Synopsis : Le 4 novembre 1995. Yitzhak Rabin, Premier ministre israélien, qui avait obtenu l’année précédente le Prix Nobel de la paix grâce à ses négociations ayant abouti aux accords d’Oslo, est froidement abattu de trois balles. Retour sur cet assassinat, ses causes et ses conséquences.

Une enquête aussi falsifiée que ce film à thèse

Toujours soucieux de dépeindre son pays, Israël, sous toutes ses facettes, le réalisateur de Kippour et Free Zone revient, vingt ans plus tard, sur un événement qui en a bouleversé la (courte) histoire. Le choix d’aborder le meurtre du premier ministre Yitzhak Rabin en prenant pour point de départ l’enquête qui l’a suivi n’est évidemment pas sans rappeler le processus avec lequel Oliver Stone avait élaboré son JFK en 1991, mais la façon dont Gitaï a conçu son film est bien différente de l’enquête que menait Kevin Costner sur l’homicide de Kennedy. En   mêlant des images d’archives à des reconstitutions, le cinéaste s’assure une indiscutable caution de vérité.

L’interview de Shimon Peres qui revient sur l’assassinat de Rabin, dont il était très proche (ils avaient gagné le Prix Nobel ensemble, avec Yasser Arafat, le troisième négociateur, en 1994) qui ouvre le long-métrage lui offre l’aura de respectabilité de celui qui est le dernier père fondateur encore en vie de l’État d’Israël. Puis débute l’enchainement d’archives et de fictions documentées avec les images du meurtre en lui-même puis, pendant environ une heure, une succession de scènes nous faisant vivre les réactions d’un peuple en état de choc et les conférences de presse évasives d’une Police dépassée par les événements, des images qui nous renvoient immanquablement au traumatisme qu’a vécu la France en novembre dernier. Mais apparait aussitôt une scission au sein de la population israélite puisque beaucoup d’entre eux ne pleurent pas celui qui prônait la réconciliation israélo-palestinienne, mais au contraire célèbrent la mort de celui qu’ils qualifient de traitre au sionisme. La seconde moitié du film se concentrera davantage sur l’enquête menée par la commission Shamgar qui, plutôt que de rechercher les véritables instigateurs du drame, vont se focaliser sur les défaillances du système de sécurité l’ayant permis.

Comme bien souvent, le gros défaut de Gitaï est de tenir un discours trop appuyé car, dès l’instant où il montre des images des meetings du parti d’opposition, le Likkoud, en faisant apparaitre ses militants comme des gens uniquement mus par la haine assimilables à des fascistes et où il imagine une réunion de ses dirigeants en faisant d’eux d’infâmes manipulateurs, son parti-pris devient bien trop pesant. Et, dès lors que l’on a compris que l’enquête de la commission n’est qu’un simulacre de justice ourdi par des institutions qui ne veulent pas voir la vérité en face, faire se suivre les interrogatoires des témoins du meurtre ne sert plus qu’à étirer vainement la durée du film dans un rythme rébarbatif. En dehors du dernier quart d’heure, qui permet de comprendre l’endoctrinement de Yigal Amir et se conclut par un plan séquence subtil et maitrisé (même si le cadreur a eu du mal à tenir le point tout du long), toute la partie reconstitution souffre d’un manque d’enjeux rédhibitoire. En découle un soi-disant thriller judiciaire bien trop bavard et théâtral aussi épuisant qu’inoffensif. La partie documentaire est en revanche plus captivante dans la façon dont Gitaï met en place son brûlot visant frontalement Benyamin Netanyahou. L’interview de la veuve Leah Rabin clôt cette partie en lui assurant, cette fois, une profonde émotion. La façon dont le réalisateur se sert des images pour donner du poids à son pamphlet politique s’apparente au travail contesté que fait Michael Moore, lui faisant perdre beaucoup de sa crédibilité.

Beaucoup trop long et rarement passionnant, Le dernier jour d’Yitzhak Rabin ne tente jamais de résoudre la moindre énigme complotiste puisque Gitai semble persuadé d’en avoir la clef et en profite pour illustrer ses opinions politiques d’une manière si peu subtile qu’elle ne convaincra que ceux qui les partagent déjà.

Le dernier jour d’Yitzhak Rabin : Bande-annonce

Le dernier jour d’Yitzhak Rabin : Fiche technique

Titre original : Yitzhak Rabin, the last day
Date de sortie : 16 décembre 2015
Nationalité : Israël
Réalisation : Amos Gitaï
Scénario : Amos Gitaï, Marie-Jose Sanselme
Interprétation : Ischac Hiskiya (Président de la Commission), Pini Mitelman (Membre de la Commission), Einat Weizman (Avocate de la Commission), Tomer Sisley (Chauffeur de Rabin), Michael Warshaviak (Membre de la Commission)…
Musique : Amit Poznansky
Photographie : Eric Gautier
Direction artistique : Miguel Merkin
Montage : Yuval Orr, Tahel Sofer, Isabelle Ingold
Sociétés de production : Thibault Grabherr, LGM Cinema, France 2 Cinéma, Les Films du Worso…
Sociétés de distribution : Sophie Dulac
Genre : Thriller, documentaire, drame
Durée : 180 minutes

Rosalie Blum, un film de Julien Rappeneau: Critique

Synopsis : Vincent Machot (interprété par Kyan Khojandi) connaît sa vie par cœur. Il la partage entre son salon de coiffure, son cousin, son chat, et sa mère (Anémone) bien trop envahissante. Mais la vie réserve parfois des surprises, même aux plus prudents… Il croise par hasard Rosalie Blum (Noémie Lvovsky), une femme mystérieuse et solitaire, qu’il est convaincu d’avoir déjà rencontrée. Mais où ? Intrigué, il se décide à la suivre partout, dans l’espoir d’en savoir plus. Il ne se doute pas que cette filature va l’entraîner dans une aventure pleine d’imprévus où il découvrira des personnages aussi fantasques qu’attachants. Une chose est sûre : la vie de Vincent Machot va changer…

            À l’occasion des 10 Ans du Cinémovida d’Arras, nous avons pu assister à deux avant-premières, celle de Les Premiers les Derniers de Bouli Lanners que nous avons pu aussi rencontrer, et aujourd’hui, ce lundi 14 décembre 2015, celle de Rosalie Blum de Julien Rappeneau dont la sortie publique est programmée le 23 mars 2016.

La reine « inconstance » et la petite surprise

            Le film conte une énième histoire de rencontre humaine qui occasionnera notamment une rencontre amoureuse. Les personnages trainent tous derrière eux un passé plus ou moins difficile à porter. S’il est censé être une comédie, Rosalie Blum a tout d’un drame, dans son intrigue, dans l’interprétation de ses personnages souvent graves, beaucoup préoccupés consciemment / inconsciemment par leur passé trouble, particulièrement porté par les liens familiaux. On pourrait répondre à cela en expliquant que la présence du personnage du colocataire incarné par Philippe Rebot qu’on retrouve ici après l’avoir vu dans Les Premiers, Les Derniers (Bouli Lanners, 2016) à la précédente avant-première. Mais sa présence amène à penser à tout autre chose : le fait qu’un acteur peut être formidable chez un cinéaste et médiocre chez un autre. Son personnage est grotesque dans le sens noble du terme, mais hélas aussi dans son sens vulgarisé soit ridicule. Il est dans un surjeu, heureusement inconstant ; il se révélera formidable lorsqu’il en fera très peu. On pense à ce bref moment où le personnage d’Aude – interprétée par Alice Isaaz – mélancolique, ira s’allonger dans ses bras doucement, calmement.

           L’inconstance caractérisera aussi la structure même du film. Le réalisateur nous dévoile d’abord un morceau de la chronologie du point de vue de Vincent. Ce point de vue est souligné par le discours du personnage en voix-off. Fondu au noir, le nom du personnage Aude, et son le récit redémarre, de son point de vue bien sûr. On découvre alors que Rosalie sait qu’elle est suivie par Vincent, et elle charge sa nièce Aude de suivre Vincent. La nièce accepte la tâche et l’accomplira avec ses deux folles amies, deux véritables clichés sur pattes : la fille colérique et nihiliste mais qui peut avoir de bonnes idées parfois, et une autre hyper excentrique aux idées farfelues mais drôle, touchante et parfois elle aussi ingénieuse. Aude, elle, est la jeune femme incomprise par ses parents, perdue, qui cherche à nouer des liens familiaux avec sa tante underground, ainsi éloignées toutes les deux de la bourgeoisie familiale. Elle cherche aussi l’amour, un type bien, car elle en a marre d’enchaîner des relations douteuses avec des garçons qui le sont tout autant. Mais l’actrice réussit à dépasser le stéréotype féminin, ou arrive à passer outre le cliché, pour livrer une interprétation plus fine que l’écriture du personnage. Alice Isaaz a cette douceur, cette lumière, cette grâce dans le regard, dans ses mouvements, qui tendent à rendre Aude plus subtile, plus complexe. Khojandi a aussi un jeu empli de doute qui le rend fragile, perdu, et parfois étonné et passionné, comme un enfant. Et bien que Lvovsky montre ce qu’elle sait faire (une femme à la quarantaine bien avancée ou cinquantaine débutée, brave, fragile, aimante, et douce malgré un passé difficile) et qu’Anémone prouve qu’elle sait jouer une personne âgée usante et méchante (à l’instar de Tati Danielle), le casting et l’interprétation relativement moyenne du film ne sauvent pas le récit de figures stéréotypées voire de clichés, ni la forme véritablement inconstante de celui-ci.

            En effet, après la vision d’une même histoire par les points de vue des deux personnages, une fermeture au noir et une ouverture en fondu nous amènent face à Rosalie, qui occupe l’espace sonore par sa voix-off. La temporalité est ambiguë, son récit a-t-il lieu après ou dans l’histoire déjà contée ? Tout-à-coup la voix n’intervient plus. Et l’on revient sur les personnages d’Aude et Vincent. Les brèves rencontres complotées par Rosalie et qui entêteront Vincent auront d’ailleurs lieu du point de vue du garçon coiffeur. Il n’y aura donc pas de troisième partie de l’histoire redécouverte à travers le personnage de Rosalie, celle-ci fera chronologiquement suite à l’histoire déjà par deux fois vue et entendue, et elle fait passer le film Rosalie Blum dans un récit linéaire. Il s’agira en effet de suivre non plus un personnage puis un autre, mais un duo et enfin le trio. Ainsi la construction du récit s’en trouve perturbée, s’il fallait progresser chronologiquement, cela aurait pu se faire via le point de vue d’un personnage comme dans la trilogie Pusher (Nicolas Winding Refn, 1996-2005), dans laquelle chaque volet nous fait vivre une histoire du point d’un personnage, les épisodes suivants nous contant ainsi la suite chronologique via les points de vues de deux autres protagonistes. D’ailleurs l’œuvre à l’origine du film, le roman graphique Rosalie Blum de Camille Jourdy, a été créée en trois tomes.

On sait qu’il est difficile de préserver l’efficacité dans un film construit avec une histoire contée par différents points de vue isolés les uns des autres dans des parties qui leurs sont propres. D’ailleurs, le film a paru très long, très mou, alors que le rythme des images, des sons et l’enchaînement des actions sont assez rapides. Et la construction globale de Rosalie Blum est au final plus que douteuse. On pourrait même aller jusqu’à parler d’échec narratif qui atteindra son point culminant avec la dernière scène du film, scène dévoilant le pourquoi d’images abstraites qui occupent les rêves de Vincent. La découverte se fait cependant au dernier plan et non au fil des rêves qui restent abstraits. Et les éléments de la scène nous étant majoritairement inconnus, il s’agit véritablement d’une surprise, d’un twist final didactique, qui nous fait d’ailleurs replonger dans un passé très éloigné de la chronologie globale du récit pour comprendre le début de celle-ci, faisant ainsi de Rosalie Blum une boucle. Mais ce twist inattendu nous apparaît comme malvenu à ce moment précis du film au récit redevenu linéaire.

            Rosalie Blum n’est pas un mauvais film, mais il n’est pas un bon film, il tient plus du téléfilm d’une qualité moyenne supérieure que du film de cinéma. Il faut dire aussi que visuellement, le film n’est pas extraordinaire, il n’a pas de particularité propre à lui, de personnalité, même si l’histoire et les personnages – figures de la bande dessinée de Camille Jourdy dont le film est l’adaptation – sont formidables. Leur potentiel visuel n’a pas été exploré, car le réalisateur n’a pas signé un travail visuel du récit graphique de Jourdy comme Chabat a pu le faire avec AstérixDommage… Relativisons toutefois en disant que le premier film de Julien Rappeneau en tant que réalisateur n’est vraiment pas un échec, bien au contraire. Enfin, justement, peut-être en attendions-nous trop de ce cinéaste scénariste de Cloclo, des deux films Pamela Rose de et avec Kad et Olivier et aussi de 36 Quai des Orfèvres ?

            Nous vous invitons à en apprendre plus concernant le film dans l’article de notre rencontre avec le réalisateur et scénariste Julien Rappeneau.

Ci-dessous, la présentation du film et la rencontre avec le casting,

rapides mais efficaces par France 3 :

Ci-dessous, la bande-annonce du film :

Fiche Technique: Rosalie Blum

Réalisation : Julien Rappeneau
Scénario : Julien Rappeneau, d’après l’œuvre de Camille Jourdy
Casting : Noémie Lvovsky, Kyan Khojandi, Alice Isaaz, Anémone, Philippe Rebbot
Directeur de la photographie : Pierre Cottereau
Montage : Stan Collet
Musique : Martin Rappeneau
Décors : Marie Cheminal
Costumes : Isabelle Pannetier
Producteurs/trices : Michaël Gentile, Charles Gilibert
Production : The Film, GG Cinéma, France 2 Cinéma
Distribution : SND
Date de sortie : 23 Mars 2016