La Montagne magique, un film d’Anca Damian: Critique

Adam Jacek Winkler est un personnage dont on comprend aisément l’attrait pour un cinéaste. Il se voulait héros, cherchant à donner un sens à sa vie en s’inscrivant dans l’Histoire. La réalisatrice Anca Damian inscrit son film la Montagne magique au sein d’une trilogie dédiée à l’héroïsme entamée en 2012 avec Le Voyage de monsieur Crulic.

Synopsis : La biographie d’Adam Jacek Winker, traverse près d’un demi-siècle d’histoire. Polonais réfugié à Paris dans les années 60, sa vie aventureuse prend un tournant radical dans les années 80. Se rêvant chevalier du 20ème siècle, Jacek quitte la France pour combattre les soviétiques aux côtés du commandant Massoud en Afghanistan.

Une vie à chercher le héros

« Crulic (le héros de Le Voyage de M. Crulic) était un quidam, un inconnu devenu célèbre à travers sa mort. Un personnage kafkaïen broyé par la société, qui ne trouva que la mort pour prouver sa vérité. Winkler est au contraire un héros romantique, un de ces chevaliers dont les origines proviennent des racines profondes de l’histoire de l’humanité. Sa vie prend sens dans une lutte contre le mal qui doit être menée jusqu’à la mort. » Entretien avec la réalisatrice (dossier de presse du distributeur)

 

Le film s’intéresse à ce personnage et à son histoire méconnue, celle d’un homme qui voulait mourir au combat, faire quelque chose de sa vie. Il est donc parti en guerre contre le communisme invasif des années 80 qu’il va combattre aux côtés des Afghans. Sans adhérer à une frange politique particulière, c’est uniquement de sa destinée en tant qu’individu qu’il est question dans ce film. La Montagne magique, c’est donc le biopic de ce personnage, on suit la trajectoire sinueuse de sa vie, sans manichéisme mais avec une certaine bienveillance dans le regard. Cela se traduit dans les choix esthétiques singuliers et originaux de la réalisatrice.

La Montagne magique est un film singulier qui flirte avec les genres canoniques et démontre la caducité d’une partition du cinéma en fiction, documentaire et animation. Une œuvre de cinéma transcende son sujet, peu importe les codes qu’elle emprunte, et ce sont d’ailleurs bien souvent les films qui se moquent des étiquettes. Avant Anca Damian, d’autres cinéastes ont choisi l’animation dans des films qui surprirent un public occidental trop habitué à considérer encore l’animation comme un sous-produit de cinéma destiné aux enfants et qui serait donc bêtifiant. On l’a vu avec Persepolis de Marjane Satrapi (2007) ou encore Valse avec Bachir (2008) de Ari Folman. Dans un cas, il s’agit de raconter une histoire familiale qui prend une tonalité universelle par la magie de ce dessin en noir et blanc; pour le film de Folman, l’animation est une manière de retranscrire les images mentales dans tout ce qu’elles ont d’inquiétant et d’instable. Le film d’animation, en recréant de toutes pièces un univers peut se jouer des stéréotypes et proposer une vision plus libre et fantasmée que ne peut le permettre la prise de vue réelle. La Montagne magique participe de cette animation qui s’affranchit du réalisme, du mouvement fluide et de la texture toujours plus proche du réel. Le film s’appuie sur un matériau divers et très riche puisé dans les archives de la famille d’Adam Winkler. On y trouve des photographies et des dessins fait par Winkler lui même. Anca Damian s’inspire des dessins de Winkler pour créer l’univers graphique de son film, et elle inclut au milieu de ces images oniriques des photographies qui par contraste contextualisent fortement l’histoire.

« L’objectif de ce mélange est à la fois de créer une surréalité crédible, et de toucher l’universalité à travers des archétypes préexistant dans l’art. » Entretien avec la réalisatrice(dossier de presse du distributeur)

Ainsi, l’image rotoscopée d’Adam Jacek Winkler évolue au milieu de paysages rappelant les peintures des nabis ou les fantaisies de Chagall. Le film est magnifique mais va au-delà du beau livre d’images en présentant une réalité loin d’être en noir et blanc en gardant tout ce qui fait la complexité du personnage: idéaliste, égoïste, naïf et passionné.

La Montagne magique – Bande annonce

La Montagne magique: Fiche technique

Roumanie, Pologne, France
Durée : 89 minutes
Genre : Biopic onirique & utopie animée
Réalisé par : Anca Damian
Scénario : Anca Damian et Anna Winkler
Distribution (voix) : Christophe Miossec (Adam Jacek Winkler), Lizzie Brochère (Anna Winkler)
Directeur artistique : Theodore Ushev
Animation : Sergiu Negulici, Raluca Popa, Dan Panaitescu, Tomek Ducki
Musique : Alexander Balanescu
Son : Frédéric Théry, Sebastian Wlodarczyk
Produit par : Anca Damian (Aparte Film), Joanna Ronikier & Włodzimierz, Matuszewski (Filmograf), Guillaume de Seille & Bénédicte Thomas (Arizona Productions)
Distribué par : Arizona Films
Date de sortie : 23 décembre 2015

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Constance Mendez-Harscouët
Constance Mendez-Harscouëthttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières amours de cinéma, c'est aux films d'animation que je les dois. La poésie du dessin animé est incomparable à mes yeux. J'ai ensuite élargi mes perspectives et ai découvert à quel point le champ du septième art était vaste et beau. Mon envie de films ne s'est jamais tarie. J'en ai vus et je continue d'en voir autant que je peux, car, au-delà d'être un divertissement, le cinéma façonne ma manière de voir le monde.

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