Tsili, un film de Amos Gitaï : Critique

Le Poids des mots.

Après avoir décortiqué le conflit israélo-palestinien, dénoncé les ravages de la guerre du Kippour ou du Liban, le réalisateur israélien controversé Amos Gitaï s’attaque aujourd’hui au lourd sujet de la déportation.
Tsili s’ouvre sur une formidable séquence où l’héroïne danse sous un fond noir sur la musique au violon qui rythmera tout le film. C’est hypnotique et la signification de cette scène d’ouverture se fera naturellement plus tard. La Tsili du titre est une jeune juive échappée de la déportation qui se cache dans la forêt près du camp où est détenue toute sa famille. Ici elle se fabriquera un petit cocon et sera rejointe par un autre juif en cavale. Bien que rescapés de l’horreur des camps de concentration, les deux personnages n’en ont pas moins perdu leur condition humaine, vivant terrés comme des animaux et restant quasi-muet tout au long du film.

Les films d’Amos Gitai sont souvent caractérisés par des plans longs et une réalisation méticuleuse. On retrouve la même recette ici et c’est paradoxalement par le langage quasi-absent que prend sens la mise en scène. Dans Free Zone une palestinienne disait à un israélien ce qu’un juif aurait pu dire à un nazi : « Dommage que les Israéliens ne parlent pas l’arabe comme les Palestiniens parlent l’hébreu, parce que je crois que ça changerait la face des choses ». Une phrase qui résume l’importance de la communication lors d’un conflit aux yeux du cinéaste. C’est par le langage, ces quelques mots prononcés en yiddish, que Tsili accorde la confiance à cet homme et lui ouvre la porte de son cocon. Et c’est par cette absence de parole, qu’il remplace par des bruits incessants d’obus, qu’Amos Gitaï rend compte du caractère inénarrable de la situation, et de l’atmosphère oppressante qui englobe les personnages.

Ainsi vont se substituer à la parole des gestes bien humains. La course incessante de Tsili vers davantage de liberté, les gestes tendres de la jeune femme envers son nouveau compagnon et la musique, ce violoniste qui rassemble tous les rescapés vers un même but, celui d’une quête vers un nouveau monde. La scène d’ouverture prend alors tout son sens. Sans moyen d’expression, muselée, Tsili danse. Et danse. Comme si sa vie en dépendait.

Film court, peu coûteux mais pas sans ambitions, Tsili nous offre un beau moment de cinéma. Rarement le sujet de la déportation, qui trouve de nombreux échos aujourd’hui, n’a été traité avec autant de subtilité et de poésie. Avec Tsili, Amos Gitaï revient à ses thèmes les plus chers et à la quintessence de son cinéma.

Synopsis : Tsili, une jeune juive part se cacher après que sa famille entière ait été déportée dans des camps de concentration. Réfugiée dans une forêt, la jeune fille tente de survivre par ses propres moyens pour échapper à l’enfer qui règne dans la vallée.

Fiche Technique : Tsili

Titre original : Tsili
Date de sortie : 12 Août 2015 (France)
Nationalité : Israélien, français , italien , russe
Réalisation : Amos Gitaï
Scénario : Amos Gitaï, Maire-José Sanselme
Interprétation : Sara Adler, Meshi Olinski, Lia Koenig, Adam Tsekhman, Natalia Voitulevitch-Manor, Andrei Kashkar, Yelena Yaralova
Musique : Alexej Kochetkov, Amit Poznansky
Photographie : NR
Décors : Andrei Chernikov
Montage : Yuval Orr, Isabelle Ingold
Production : Michael Tapuach, Laurent Truchot, Yury Krestinskiy, Pavel Douvidzon, Denis Freyd, Amos Gitaï, Carlo Hintermann, Gerardo Panichi, Luca Venitucci, Leon Edry, Moshe Edry
Sociétés de production : Agav Films, Archipel 35, Hamon Hafakot, Trikita Entertainment, Citrullo International.
Société de distribution : Epicentre Films
Budget : NR
Genre : Drame
Durée : 88 mins
Récompense(s) : NR

Auteur : Jim Martin

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

« Soudain », un chemin patient vers l’intime

L'amitié entre une directrice française d'EHPAD et une metteuse en scène japonaise. De cet argument simple, Ryusuke Hamaguchi tire un film épuré et pourtant foisonnant, aussi sensible que politique, sans jamais forcer le trait si ce n'est dans quelques redondances. Analyse.

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Oklahoma Honey : le chant de la ruche

Andrew Patterson filme l'Oklahoma rural dans "Oklahoma Honey", une fable inspirante et généreuse portée par le retour de Matthew McConaughey en apiculteur charismatique, six ans après "The Gentlemen". Entre bluegrass, communauté et vengeance, Angelina LookingGlass fait des débuts marquants face à Kurt Russell.