Accueil Blog Page 712

Stargate Universe saison 1 et 2 : critique série

0

Deuxième série dérivée, Stargate Universe s’avère pourtant très différente de ses ainées. Un ton plus sombre et nettement moins d’humour, un design réaliste, une image magnifique, une continuité bien plus marquée, une série qui se concentre sur tout un équipage et non plus une équipe, moins d’exploration et plus de développement des personnages.

Synopsis : Dans la Voie Lactée, une base du SGC, ayant pour vocation à étudier le mystérieux 9ème chevron de la porte des étoiles, est attaquée par surprise. Le dernier chevron est finalement activé en catastrophe et les gens réunis autour du projet, militaires, civil et scientifiques, débarquent sur un très ancien vaisseau qui vogue à des milliards d’années-lumière, à destination des frontières de l’univers même. Totalement non préparés, sans équipement et pas du tout qualifiés pour une telle mission, ils vont pourtant devoir survivre en trouvant les ressources nécessaires sur d’autres planète, et surtout coopérer ensemble, ce qui ne sera guère évident pour une communauté constituée par la force des événements. Mais malgré les difficultés et le danger, tous prennent conscience qu’ils vivent une aventure unique.

Ce n’est pas la destination qui compte mais le voyage

Une volonté d’innover

Une volonté marquée de se distinguer de SG1 et Atlantis. Une prise de risque dont on peut féliciter les créateurs, mais que malheureusement plusieurs fans n’ont visiblement pas appréciée, rebutés principalement par le manque d’humour et d’exploration. Ce qui est fort dommage car SGU excelle sur plusieurs points.

Luttes pour la survie, justice, espoir constituent des thèmes très intéressants et inédits pour la franchise. Outre le ton sombre, on assiste clairement à un effort de réalisation, tant au niveau de la musique (de vraies compositions sont utilisées, comme « Breath » de Alexi Murdoch, en plus de morceaux originaux signés par un Joël Goldsmith toujours en grande forme), que des images somptueuses de l’espace. Il y a quelque chose de majestueux à voir l’équipage accolé à la baie du vaisseau, admirer une nébuleuse ou contempler la couronne d’une étoile.

Des personnages complexes qui évoluent

Du fait des conditions particulières à sa formation, des problèmes de confiance et des conflits de pouvoir notamment ne tardent pas à apparaître. Difficile aussi pour une autorité de se faire respecter et d’être considérée comme légitime, lorsque les civils peinent à accepter une autorité militaire parfois instable et craignent pour leur sécurité, des dangers extérieurs comme des soldats eux-mêmes.

Moins lisses que ceux des précédentes séries (surtout Atlantis), les personnages apparaissent plus complexes, et dévoilent une évolution certaine.

Parmi eux on retrouve le colonel Young, qui en acceptant le commandement d’une base mineure n’avait pas signé pour de telles responsabilités écrasantes. Il est intègre mais cède un peu trop souvent à ses émotions. Son aptitude à diriger sera d’ailleurs souvent remise en cause. Principalement par le Dr Rush (Robert Carlyle, également maléfique et tourmenté Rumplestiskin dans Once upon a time), scientifique de génie, froid et rationnel, du genre à ne pas hésiter à sacrifier des personnes pour l’intérêt de tous. Une absence de compassion auquel vient s’ajouter une obsession dangereuse pour le mystère qui entoure le vaisseau, ce qui suscite la méfiance de Young. Mais son intelligence fait de lui un atout indispensable. Rush, par son rôle très ambigu, est sans contexte le personnage le plus intéressant de la série, et même de la franchise.

Les autres ne sont pas en reste mais ils sont trop nombreux pour être tous cités. Si parmi les jeunes personnages se créé un triangle amoureux, ce dernier reste très discret et traité avec pertinence sans qu’il ne prenne une place trop importante dans l’intrigue.

Durant la saison 2, l’évolution des personnages est notable, notamment dans les rapports qu’ils entretiennent entre eux. Ceux qui s’affrontaient naguère commencent à agir ensemble comme des partenaires, même si la confiance reste encore fragile. Young affronte ses doutes, Eli, le jeune génie qui passait son temps à jouer à des jeux vidéo, accepte d’utiliser son talent, et Chloé la fille de sénateur, trouve finalement sa place.

Dans l’ensemble, en dépit des épreuves endurées et des conditions encore rudimentaires, chacun accepte la situation. Comme le dit un des scientifiques parlant au nom de tous, « je n’aimerais être à aucun autre endroit ». C’est que l’équipage vit en même temps une incroyable aventure, découvrant de nouveaux mondes, de nouvelles galaxies, contemplant de près de magnifiques étoiles.

Le vaisseau constitue également un personnage à part entière, et prend des décisions par lui-même pour le bien de l’équipage.

De nouvelles découvertes sur le fonctionnement du vaisseau, des rencontres avec des races aliens hostiles comme bienveillantes, prolongent l’intérêt de la saison 2. Une saison réussie donc, qui trouve même le temps de développer les personnages secondaires, bien que la multiplicité des intrigues nuise parfois au rythme.

Lien avec la Terre

L’équipage a la possibilité de contacter la Terre via les pierres de communication, pour s’entretenir avec les responsables ou bien parler à leurs proches. Mais malgré l’immense réconfort que cela peut leur apporter, cette technologie a ses limites : tout le monde n’a pas le niveau d’autorisation requis pour connaître la vérité, l’aide qu’ils peuvent offrir à leurs proches est limitée puisque n’étant pas physiquement présents, ils sont condamnés à les voir évoluer sans eux. Entre autre les couples finissent fatalement par se séparer. Une possibilité qui a parfois l’effet pervers de rendre l’éloignement encore plus pénible à supporter.

L’idée est intéressante, elle permet davantage d’intrigues via le lien avec la Voie Lactée, ainsi que de conserver une capacité d’identification propre à la franchise via ce lien avec notre monde. Mais elle a l’inconvénient de casser quelque peu avec l’isolement, en diminuant l’intensité de l’histoire par des scènes sentimentales un peu trop nombreuses. Défaut néanmoins surtout présent au début de la série, par la suite cette astuce scénaristique sert d’avantage l’histoire, comme le conflit avec l’Alliance Luxienne. A ce titre, les épisodes de fin de la première saison suscitent une intensité rarement égalée.

Reproches injustifiés

En plus de son changement de cap, Stargate Universe a subi d’autres critiques, notamment des trop fortes ressemblances avec Battlestar Galactica et Star Trek Voyager. A croire que certains aiment bien parler de copie dés que les séries partagent quelques caractéristiques communes sans chercher à voir plus loin… Concernant Battlestar Galactica, série culte de SF (et forcément référence facile), si les deux séries partagent effectivement la même ambiance sombre et une idée assez similaire (humains à la dérive dans un espace inconnu), SGU s’en diffère pourtant par de nombreux points : utilisation d’éléments classiques de la SF (aliens, voyage temporel, technologie avancée…) que Battlestar Galactica avait refusé d’utiliser pour innover le genre, ainsi que des personnages de notre monde. Stargate Universe a emprunté l’ambiance sombre et réaliste de Battlestar Galactica pour y ajouter ses propres éléments et les mélanger à sa sauce, c’est indubitablement une série différente. Elle reste fidèle au concept de la franchise : permettre le voyage dans les étoiles à notre époque, via des technologies avancées.

Changement de ton, ressemblances injustifiées, malgré ses qualités Stargate Universe a souffert de plusieurs handicaps dans son idée de départ. Ces reproches sont difficiles à comprendre d’autant que Stargate Universe réussit sur plusieurs points où Atlantis n’avait su réussir, amplifiant les défauts de SG1 sans bénéficier des mêmes qualités (mais ça c’est une autre critique): histoire centrée sur toute une communauté et non une équipe, un bâtiment Ancien qui se découvre petit à petit, (les interfaces avec notre propre technologie ne se font pas en un clin d’œil), mondes exotiques qui habitent d’autres écosystèmes que ces bonnes vieilles forêts de Vancouver…

Il est regrettable que tant de personnes privilégient le pur divertissement à une œuvre de qualité. Si Stargate Universe n’est pas irréprochable loin s’en faut, dire qu’elle n’aurait jamais dû exister comme il est possible de le lire sur internet paraît exagéré.

Une triste annulation

Pourtant avec le temps elle avait fini par être davantage appréciée, mais c’était sans compter sur la politique controversée de SyFy, qui en changeant le jour de diffusion de la série a provoqué une nette baisse des audiences sur la saison 2 (idem pour Caprica, autre série excellente victime de cette chaîne de plus en plus critiquée). Malgré toutes les protestations, le couperet est tombé, et c’est avec une grande tristesse que les fans de cette série incomprise ont dû se résoudre à voir une série très prometteuse se terminer prématurément, en plein sur sa lancée. D’autant que les scénaristes avaient un plan prévu sur 5 ans, avec la levée du mystère sur une intelligence présente dés le début de l’univers rien que ça ! Comment aurait encore évolué ces personnages qui avaient déjà bien changé depuis le début ? Nous ne le saurons jamais. Agréable consolation malgré tout : le dernier épisode s’achève sur une fin ouverte, ou l’équipage se cryogénise pour arriver dans une autre galaxie. Discours sur les épreuves endurées et les liens forts qui en ont résulté, l’équipage devenu une vraie famille, lumières qui s’éteignent, dernier regard sur les lueurs bleutés de la navigation en hyper-espace, un adieu émouvant en somme.

Stargate Universe: Fiche technique

Réalisateurs : Peter De Luise, Andy Mikita
Scénaristes : Carl Binder, Joseph Mallozzi, Paul Mullie, Robert C.Cooper, Brad Wright
Casting : David Blue : Eli Wallace ; Robert Carlyle : Dr Nicholas Rush ; Louis Ferreira : Col Everett Young ; Alaina Huffman : Sgt Tamara Johansen ; Elyse Levesque : Chloe Armstrong ; Ming-Na : Camille Wray ; Jamil Walker Smith : Sgt Ronald Greer ; Brian J. Smith (II) : Ltn Matthew Scott
Musique : Joel Goldsmith
Producteurs : Robert C. Cooper, Brad Wright
Société de production : MGM
Genre : Science-fiction
Chaîne de diffusion : Syfy
Nationalité : américaine, canadienne
Nombre d’épisodes : 40, 2 saisons
Durée : 42 minutes

Stargate Universe: Bande-annonce

Retrospective Danny Boyle : Trance, critique du film

Comme l’a prouvé la rétrospective Danny Boyle effectuée par plusieurs de nos rédacteurs, le réalisateur américain aime s’attacher à un univers clippesque, dans lequel vient se greffer un rythme effréné, laissant rarement le temps au spectateur de reprendre son souffle. Trance ne déroge pas à la règle et s’inscrit dans cette droite lignée.

Synopsis : Commissaire-priseur expert dans les œuvres d’art, Simon se fait le complice du gang de Franck pour voler un tableau d’une valeur de plusieurs millions de dollars. Dans le feu de l’action, Simon reçoit un violent coup sur la tête. À son réveil, il n’a plus aucun souvenir de l’endroit où il a caché le tableau. Ni les menaces ni la torture ne lui feront retrouver la mémoire. Franck engage alors une spécialiste de l’hypnose pour tenter de découvrir la réponse dans les méandres de l’esprit de Simon…

Si sur le papier, le scénario de ce long-métrage apparaît comme un énième film de faussaires bandits prêts à tout pour mettre la main sur le pactole, il n’en est rien. Certes, le vol du tableau de Goya, Le Vol des Sorcières, sert de toile de fond au film et fait de la première demie-heure de film un agglomérat de lieux-communs, mais Danny Boyle se penche davantage sur l’hypnose, et sur la manière dont l’hypno-thérapie peut être retranscrite à l’écran. Comment filmer l’état second d’une personne ? Comment donner corps à cet état de « transe » que traverse Simon lors de ses séances d’hypnothérapie ? Beaucoup d’interrogations pour de très belles réponses de la part du réalisateur.

Danny Boyle a su imposer son style, n’en déplaise à beaucoup. Le réalisateur tend à concilier fond et forme, et avec Trance, impossible de dissocier l’un de l’autre. L’image de son directeur de la photographie, Anthony Dod Mantle, avec qui il avait travaillé sur 127 heures, 28 jours plus tard ou encore Slumdog Millionnaire, émerveille comme elle intrigue : jeux de couleurs, surcadrages ou variations des valeurs de plans, n’hésitant pas à briser certaines normes cinématographiques, font partie intégrante du travail issu de la collaboration entre les deux hommes.
Mais ne serait-ce pas trop ? La question mérite d’être posée. Si Danny Boyle tente coûte que coûte de magnifier ces faits par une image léchée, s’en dégage une sensation de trop plein, comme si Trance n’était qu’un magazine d’effets visuels, afin de montrer de quoi le réalisateur est capable.Cependant, les choix esthétiques s’avèrent justifiés et sont en adéquation avec la tension progressive qui émane du film.

Côté casting, on compte un « frenchie » dans l’équipe, en la personne de Vincent Cassel. Son personnage ne peut que rappeler celui de François Toulour « le renard de la nuit », qu’il endossait dans Ocean’s Twelve et Ocean’s Thirteen de Steven Soderbergh. Sinon, Cassel fait du Cassel, tantôt désagréable, tantôt plus juste, alternant entre mine de gangster et carrure de bel homme. Le personnage de Vincent Cassel aime les femmes et le fait savoir. Il aime avoir le contrôle et n’hésite pas à faire comprendre qu’il est un homme de pouvoir, n’hésitant pas à user de la violence pour parvenir à ses fins.
Autre personnage clé, Simon, incarné par James McAvoy, acteur britannique. Par un jeu frôlant la folie et la sournoiserie, Simon se révèle être un personnage que l’on cerne difficilement. Manipule-t-il la bande de Cassel ? Est-il amoureux ou est-ce sa mémoire qui lui joue des tours ? Impossible de définir qui est Simon, tant il s’avère être ambigu, que ce soit dans sa manière d’agir ou dans ses séances d’hypnothérapie. James McAvoy donne donc vie de la plus belle des manières à un personnage qui interpelle le spectateur. Mais Danny Boyle sait également s’entourer des meilleures actrices américaines. Ainsi, Rosario Dawson est la révélation du film. Par son charme et un jeu permettant un personnage sans artifice, la comédienne qui a débuté au cinéma avec Larry Clark épate et enthousiasme le spectateur. Même si elle s’avère minoritaires, plongée dans un univers que l’on qualifiera de masculin, Rosario Dawson parvient à prouver que les femmes ont un impact sur la gente masculine et qu’elles ne sont pas prêtes à se laisser faire ! Danny Boyle s’entoure donc d’un casting de choc, mais attention, le film est à voir en version originale étant donné que la version française fait perdre toute crédibilité aux différents personnages, qu’ils soient minimes ou majeurs !

Enfin, Trance est un film à twist, comme bon nombre de films à l’instar du cultisme Usual Suspects de Bryan Singer ou encore Sixième Sens de M. Night Shyamalan. Le twist final d’un film emporte rarement l’adhésion totale du public, et dans Trance, il s’avère qu’il déçoit. La tension palpable, qui ne fait que s’intensifier, laisse présager un final grandiose, et pourtant, ce n’est pas le cas. Toutefois, cela est une question d’interprétation et d’appréhension de la pellicule, certains verront en ce twist final un véritable coup de maître.

Trance a donc toute sa place dans la filmographie de Danny Boyle. Rythme effréné et réalisation léchée, accompagnés d’un casting de choix, font de cette œuvre un film haletant, mais qui ne renouvelle pas pour autant le film de faussaires, seule l’appréhension psychologique étant vraiment intéressante.

Fiche technique : Trance

Réalisateur : Danny Boyle
Interprétation : Vincent Cassel, James McAvoy, Rosario Dawson, Danny Sapani, Tuppence Middleton
Bande originale : Rick Smith
Scénario : Joe Ahearne, John Hodge
Photographie : Anthony Dod Mantle
Montage : Jon Harris (II)
Directeurs artistiques : Katrina Dunn, Denis Schnegg, Su Whitaker
Décor : Mark Tildesley, Dominic Capon
Costume : Suttirat Anne Larlarb
Producteurs : Danny Boyle, Christian Colson
Production : Cloud Eight Films, Film4
Distributeur France : Pathé Distribution
Durée : 101 minutes
Genre : Thriller
Date de sortie France : 8 mai 2013

Tokyo Olympiades, un documentaire de Kon Ichikawa: Critique

Tokyo Olympiades, c’est la transcription cinématographique de ce que le sport apporte dans notre vie sociétale, une forme de synergie populaire où l’accent est mis sur le plaisir et la communion entre les êtres malgré leurs différences.

Synopsis : Le film est consacré aux Jeux Olympiques d’été de 1964 qui ont eu lieu à Tokyo. L’objectif du réalisateur, Kon Ichikawa est de lier le Septième Art au Sport, sans oublier de mettre en avant les bénéfices à différents points de vue d’un événement planétaire tel que les Jeux Olympiques.

Une initiation pour 2020

Cette œuvre parvient avec sa justesse technique à nous faire replonger dans une Olympiade qui s’est déroulée il y a plus de la moitié d’un siècle. Le sport est bien sûr mis sur un piédestal mais ce qui différencie ce documentaire des autres productions commerciales c’est sa capacité à aller au-delà de l’aspect sportif.

L’objectif est de promouvoir les bienfaits du plus grand événement planétaire, les Jeux Olympiques. Cohésion, entraide, objectifs communs, renforcement de son identité, éthique, sont autant de qualités-thématiques abordées qui font de cette œuvre un véritable symbole de paix.

Ces caractéristiques énumérées précédemment vous paraîtront sans doute banales voire sans originalité particulière je le conçois. Mais, encore faut-il être capable de trouver un réalisateur qui soit capable de nous faire vibrer et ressentir cette passion des êtres. Sur ce point on retrouve la qualité majeure des films japonais, la retranscription des sentiments.

Autant du point de vue de la population que des sportifs, on ressent cette forme d’accomplissement de l’athlète d’aller au bout de soi-même après 4 ans de préparation pour parfois une fraction de seconde le moment T, ou pour le spectateur qui s’émancipe au travers de la performance des athlètes qui lui font vivre une expérience personnelle propice à son bien-être passager, donc implicitement à son émancipation, qui viendra elle-même impacter son engagement dans la vie sociétale. D’où ce sentiment pendant les JO de fédérer une nation.

De ce documentaire, les connaisseurs n’obtiendront pas des connaissances sportives supplémentaires, mis à part découvrir de nouveau certaines nouvelles facettes du peuple japonais. Mais, en tant que fan inconditionnel de sport on ne peut qu’être satisfait d’avoir visionné enfin une œuvre digne de son nom dans le registre.

Vous vous demanderez surement au vu de ces éloges pourquoi seulement un 3,5 ? Parce que lorsque l’on visionne les Dieux du Stade réalisé en 1938 en marge des JO de Berlin, on s’aperçoit que d’autres thématiques auraient pu être mieux exploitées, notamment le côté jusqu’au-boutiste des athlètes pour réaliser leurs rêves. Le second reproche concerne l’entame du documentaire assez maladroite, très traditionnelle, un peu théâtralisée avec certaines longueurs. Enfin, malgré la grande justesse technique d’Ichikawa, lorsque l’on voit ce qu’était capable de faire Riefenstahl dans les années 30, on se dit qu’il y avait mieux à faire par moment. Il y a une certaine répétition dans l’esthétisme du documentaire qui finit par ne plus impressionner le spectateur au fil des heures.

Ceci dit, nous ne sommes vraiment pas surpris de le voir dans les documentaires à visionner dans les 1001 films avant de mourir (référence pas absolue, mais tout de même) car cette œuvre a d’innombrables qualités. Ce documentaire parvient à nous rendre spectateur et à nous faire revivre des émotions passées, et surtout à dresser un tableau exceptionnel des bienfaits du sport partant de la plus petite échelle (un individu) à un plus grand panel visant l’universalité.

Après avoir vu ce documentaire le spectateur a véritablement hâte de voir ce que donneront ces JO en 2020, en espérant que d’ici là cette œuvre soit plus visionnée, et surtout que le Comité Olympique Japonais nous trouve un nouveau Ichikawa pour retranscrire de nouveau les JO du Pays du Soleil Levant, 56 ans après.

Tokyo Olympiades: Fiche Technique

Titre original :東京オリンピック, Tōkyō Orinpikku
Réalisation : Kon Ichikawa
Photographie :Kazuo Miyagawa
Pays d’origine : Japon
Genre : Documentaire
Durée : 2 h 50
Date de sortie :28 juillet 1965
Film présenté hors compétition au Festival de Cannes 1965

Auteur : Adrien Lavrat

La Tour 2 Contrôle Infernale, un film d’Éric Judor : Critique

0

Cela faisait 15 ans que les fans s’interrogeaient sur le devenir des laveurs de carreaux les plus connus du cinéma français. 15 ans à se demander ce que sont devenus Marie-Joëlle ou « Machin ». En 2016, Eric Judor entreprend le pari osé d’une suite de La Tour Montparnasse Infernale avec La Tour 2 Contrôle Infernale.

Synopsis : Octobre 1981. Ernest Krakenkrick et Bachir Bouzouk sont deux brillants pilotes de l’armée française. Suite à une malencontreuse erreur au cours d’un test de centrifugeuse, ils perdent une partie de leur potentiel intellectuel. L’armée voulant les garder dans l’aviation, on leur trouve un poste de bagagistes à Orly Ouest…

Toutefois, il ne s’agit pas ici d’une suite, mais d’un prequel. Ainsi, le comparse de Ramzy Bedia nous fait découvrir l’histoire des pères des protagonistes du premier opus, les pères étant interprétés par Eric et Ramzy, pour le travail de ressemblance. La Tour Montparnasse Infernale était une affaire de goût : alors que certains voyaient en ce film un navet aux dialogues et péripéties nauséeux accompagné de personnages stupides et stériles, d’autres appréhendaient le long-métrage comme une comédie mythique, aux répliques cultes, d’une absurdité qu’il était agréable de voir. Ainsi le débat était lancé. Comment envisager la suite ? Eric et Ramzy sauront-ils préserver le « niveau » du premier opus et maintenir une lignée humoristique qui leur est propre ou sombreront-ils dans un excès d’imbécilité qui ne pourra que décrédibiliser La Tour Montparnasse Infernale ?Même s’il s’avère bien différent du premier, La Tour 2 Contrôle Infernale peut-être considéré comme une bonne suite de la part du duo comique.

Anti-Eric et Ramzy, passez votre tour. L’humour du duo est absurde, sans réel sens. En brisant le 4ème mur et par des comiques de situation et de répétition, le fan inconditionnel du premier film parviendra à retrouver l’esprit du premier opus. Mais tout l’humour du film ne repose pas uniquement sur Ernest Krakenkrick et Bachir Bouzouk (Eric et Ramzy). Les dialogues entre le ministre (Grégoire Oestermann) et sa conseillère (Marina Foïs) sont tout à fait jouissifs – en accord avec l’époque du film, les années 80. Ceux-ci, à propos des choix du ministre, passionné de musique et souhaitant instaurer la « Fête de la musique » -, se présentent comme incongrus et s’avèrent inénarrables, tant ils sont absurdes et emplis de continuelles touches humoristiques. Toutefois, l’humour prend légèrement moins bien, certaines vannes tombant quelque peu « à plat ». Pour compenser, certaines scènes sont extrêmement drôles et bien plus réfléchies qu’elles n’y paraissent. Philippe Katerine, accompagné de sa bande de « Moustachious », parvient à tirer son épingle du jeu et se révèle être la bonne surprise de ce prequel. Défauts de prononciation et faits acerbes définissent un personnage haut en couleur, peut-être le plus intéressant du film. Mais si le film ravit par son casting, c’est également parce qu’une bonne partie des acteurs du premier film se retrouvent dans ce nouveau projet. Ainsi, nous redécouvrons Serge Riaboukine dans la bande des Moustachious, mais également Marina Foïs incarnant La Conseillère du Ministre, enceinte de la future et culte « Marie-Joëlle », ou encore le père de Peter Mc Calloway, ici nommé Jean-Peter Mc Calloway. (À savoir que Peter Mc Calloway est l’idole ultime du personnage qu’incarne Ramzy dans La Tour Montparnasse Infernale). En parlant de Ramzy, il est important aussi de souligner qu’il est bien moins bon que ne peut l’être Eric. Alors que le personnage de ce dernier est toujours aussi « débile » et « mongole », comme il aime à l’appeler, celui de Ramzy est bien plus superficiel. Le jeu d’acteur de Ramzy reste en surface, comme s’il n’osait plus se donner un genre « bêta », comme s’il n’assumait plus le caractère idiot de son personnage. Dommage, sachant que le film repose sur la complicité du duo.

Cependant l’absurde ne se cantonne pas aux dialogues ou aux situations engendrées par les personnages du film. La réalisation d’Eric est à la merci du métrage, se dévoilent des partis pris techniques totalement rocambolesques et pourtant singuliers à l’ambiance du film que parvient à instaurer Eric Judor. Effets de montage, générique au milieu du film ou gros plan jusque dans les narines de Philippe Katerine viennent rompre avec l’action du film, pour prolonger le comique instauré par le réalisateur ; n’en déplaise aux spectateurs qui ne sauront que se fendre la poire devant de tels choix qui paraissent bêtes de prime abord, mais qui sont en réalité de magnifiques prolongements de l’absurdité ambiante de La Tour 2 Contrôle Infernale.

La Tour 2 Contrôle Infernale est donc plutôt une réussite, même si moins convaincante que son prédécesseur. Le duo comique convoque la même folie dans le scénario, malgré des touches humoristiques différentes. Les fans pourront s’y retrouver, alors que les haters d’Eric et Ramzy continueront de penser que le duo comique ne parvient qu’à nous proposer des films d’une lourdeur sans nom. La Tour 2 Contrôle Infernale réussira-t-il à être aussi culte que son ainé dans la force de ses répliques ? Avis aux amateurs !

Fiche technique : La Tour 2 Contrôle Infernale

Date de sortie : 10 février 2016
Réalisateur : Éric Judor
Interprétation : Ramzy Bedia, Éric Judor, Philippe Katerine, Marina Foïs, Serge Riaboukine, William Gay, Grégoire Oestermann, Lionel Beyeke…
Scénario : Éric Judor, Ramzy Bedia
Producteurs : Alain Goldman
Maison de production :
Distributeur : Legende Distribution
Durée : 88 minutes
Genre : Comédie

Leonardo DiCaprio, Brie Larson & Spotlight : grands vainqueurs des SAG Awards 2016

0

Leonardo DiCaprio, Brie Larson et Spotlight encore primés : un bon indice pour les Oscars ?

Ils étaient nombreux hier soir, samedi 30 janvier, à défiler sur le red carpet du Shrine Auditorium à Los Angeles. Les héros de la télévision, ceux de Game of Thrones notamment, ont côtoyé les stars du grand écran pour assister aux résultats des SAG 2016 : Leonardo DiCaprio avec à son bras Kate Winslet, Ben Kingsley, Julianne Moore, Kit Harrigton et Emilia Clarke, Nicole Kidman, Brie Larson, Jim Parsons, Naomi Watts ou encore Rachel McAdams pour ne nommer qu’eux. Si Idris Elba a raflé deux récompenses, c’est sans grande surprise que Leonardo DiCaprio et Brie Larson ont remporté les prix des meilleurs acteur et actrice de cinéma et que Spotlight s’est vu décerner le prix de la meilleure distribution. Les Critics Choice Awards avaient déjà fait ce choix le 17 janvier (nous leur avions consacré un article ici), ce qui nous donne un aperçu de ce que pourraient être les Oscars le 28 février – même si force est de constater qu’hier les acteurs de couleur étaient à l’honneur…

Les primés aux Screen Actors Guild Awards par catégorie cinéma :

Meilleur acteur :
LEONARDO DiCAPRIO / Hugh Glass – “THE REVENANT” (20th Century Fox)

Meilleure actrice :
BRIE LARSON / Ma – “ROOM” (A24)

Meilleur acteur dans un second rôle :
IDRIS ELBA / Commandant – “BEASTS OF NO NATION” (Netflix)

Meilleure actrice dans un second rôle :
ALICIA VIKANDER / Gerda Wegener – “THE DANISH GIRL” (Focus Features)

Meilleure équipe d’acteurs :
SPOTLIGHT

Les primés aux Screen Actors Guild Awards par catégorie télévision :

Meilleur acteur de série ou téléfilm :
IDRIS ELBA / DCI John Luther – “LUTHER” (BBC America)

Meilleure actrice de série ou téléfilm :
QUEEN LATIFAH / Bessie Smith – “BESSIE” (HBO)

Meilleur acteur de série dramatique :
KEVIN SPACEY / Francis Underwood – “HOUSE OF CARDS” (Netflix)

Meilleure actrice de série dramatique :
VIOLA DAVIS / Annalise Keating – “HOW TO GET AWAY WITH MURDER” (ABC)

Meilleure acteur de série comique :

JEFFREY TAMBOR / Maura Pfefferman – “TRANSPARENT” (Amazon)

 

Meilleure actrice de série comique :
UZO ADUBA / Suzanne “Crazy Eyes” Warren – “ORANGE IS THE NEW BLACK” (Netflix)

Meilleure équipe d’acteurs dans une série dramatique :
DOWNTON ABBEY

Meilleure équipe d’acteurs dans une série comique :
ORANGE IS THE NEW BLACK

Meilleure équipe de cascadeurs dans un film :
MAD MAX: FURY ROAD” (Warner Bros. Pictures)

Gaycation, le docu-série engagé de Ellen Page

0

Gaycation : un documentaire sur les droits de la communauté LGBT porté par Ellen Page

Outre ses talents d’actrice incontestables, Ellen Page est une jeune femme intelligente et combative, une activiste du bonheur et de l’amour comme elle le laissait entendre il y a deux ans lors de son Coming Out.  Actuellement à l’affiche de Free Love, une romance au caractère militant avec Julianne Moore, la jeune actrice est aussi aux commandes d’une série documentaire LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transgenres) : Gaycation.

Jusqu’en août 2015, Ellen Page et son ami, le cinéaste et journaliste Ian Daniel, ont parcouru le monde à la découverte des cultures LGBT, faisant honneur à cette communauté chaleureuse mais opprimée, pointant du doigt les détracteurs, n’hésitant pas à aller à la confrontation comme avec le sénateur Cruz en plein Barbecue ! Du Japon au Brésil en passant par la Jamaïque, les deux instigateurs sont partis à la rencontre de personnages incroyables pour recueillir leur histoire, leurs confessions dans une série de reportages.

Invitée du Grand Journal le 15 janvier 2016, Ellen Page a expliqué ses motivations quant à la réalisation de Gaycation notamment dans la défense des droits de la communauté LGBT : « Il reste encore un combat à mener. Dans de très nombreux états, on peut encore être licencié parce qu’on fait partie de la communauté LGBT et les femmes ‘Trans’ aux Etats-Unis ont une espérance de vie de 35 ans. Il faut donc bien comprendre qu’il existe toujours des problèmes évidents d’égalité. »

Le premier épisode de Gaycation sera diffusé 2 Mars 2016 à 22 heures sur Viceland, la chaîne TV de la plate-forme de journalisme d’investigation Vice.

Rétrospective Danny Boyle : Slumdog Millionaire

Avant de pouvoir écrire une critique de ce film, il est nécessaire de rappeler qu’il a tout de même remporté 4 golden globes et 8 oscars, dont celui du meilleur film, en 2009. Slumdog Millionaire est l’adaptation britannique d’un roman indien très célèbre de Vikas Swarup : « Les Fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devient milliardaire ».

Danny Boyle, le metteur en scène de Trainspotting, relève le défi de traduire les contradictions d’un pays en pleine mutation. Il ambitionne de parler de l’Inde d’aujourd’hui, pays difficile à cerner (cf. Documentaire de Louis Malle L’inde Fantôme), de ses affrontements reli­gieux à ses trafiquants d’enfants.

Toutefois son erreur est de vouloir néanmoins montrer un pays joyeux malgré toute cette pauvreté, où deux orphelins affamés peuvent s’amuser comme des fous sur le toit d’un train en marche, et où peut fleurir une extraordinaire histoire d’amour en plein cœur des bidonvilles.

Quelque chose dérange dans ces images et ce récit invraisemblable souligne au contraire, involontairement, la cruauté d’une réalité bien plus triste.

Aussi stylisée que décorative, la mise en scène tente de renouer avec le bouillonnement créatif de ses premiers longs métrages. En effet les partis pris esthétiques sont nombreux et très éclectiques. Beaucoup de plans originaux, une caméra agitée et nerveuse qui bouge sans cesse et surtout un énorme travail sur la colorimétrie. Slumdog Millionaire pêche principalement par son exagération perpétuelle

Le fait d’esthétiser la pauvreté, donne alors une vision très superficielle et mercantile. La pauvreté, la mort, se veulent belles par l’utilisation de couleurs accentuées, un montage au rythme effréné, et une bande son oppressante et omniprésente. Mais tout cela ce n’est pas la réalité, ce ne sont que des enchevêtrements d’artifices. La misère et la laideur sont enveloppées dans un déguisement rutilant et aseptisé, autant de choix esthétiques qui mettent le spectateur à distance, qui le privent d’un réel qu’ils méritent de voir.

Par ailleurs, les effets de mise en scène sont décuplés par un scénario qui cultive lui aussi l’artifice et la surenchère.

Le film est en fait divisé en de multiples saynètes sans rapport les unes avec les autres, interrompues par une nouvelle question – prétexte à un nouveau sujet –, où Danny Boyle veut tantôt dénoncer la misère, tantôt rendre hommage au folklore indien. Son développement narratif, suivant toujours le même schéma, ne laisse place à aucune surprise et lasse rapidement. Il en résulte un film confus, intéressant à certains égards mais somme toute décevant.

En somme, un sommet de mièvrerie beaucoup trop kitsch, pour une success story exotique calibrée pour remporter un maximum d’oscars et faire tirer aux spectateurs quelques larmes.

En comparaison avec les meilleurs films oscarisés des années précédentes, un sentiment de légèreté semble prendre le dessus. Pour ne citer qu’eux No country for old men des frères Coen et Les infiltrés de Martin Scorsese les années précédentes.

Synopsis : Jamal Malik, 18 ans, orphelin vivant dans les bidonvilles de Mumbai, est sur le point de remporter la somme colossale de 20 millions de roupies lors de la version indienne de l’émission « Qui veut gagner des millions ? ». Il n’est plus qu’à une question de la victoire lorsque la police l’arrête sur un soupçon de tricherie.
Sommé de justifier ses bonnes réponses, Jamal explique d’où lui viennent ses connaissances et raconte sa vie dans la rue, ses histoires de famille et même celle de cette fille dont il est tombé amoureux et qu’il a perdue.
Mais comment ce jeune homme est-il parvenu en finale d’une émission de télévision ? La réponse ne fait pas partie du jeu, mais elle est passionnante.

https://www.youtube.com/watch?v=MLI_u2DkSYk

 Slumdog Millionaire – Fiche technique :

Réalisation : Danny Boyle
Interprétation : Dev Patel, Freida Pinto
Scénario : Simon Beaufoy, d’après le livre « Les fabuleuses aventures d’un indien malchanceux qui devint milliardaire » de Vikas Swarup
Musique : A.R. Rahman
Montage : Chris Dickens
Photographie : Anthony Dod Mantle
Décors : Mark Digby
Producteur : Christian Colson
Production : Celador Films et Film4 Productions
Distributeurs : Pathé
Durée : 120 minutes
Genre : Drame

Auteur : Clement Faure

Our Brand Is Crisis, Un Film De David Gordon Greene: Critique

Our Brand Is Crisis de David Gordon Greene (réalisateur du remarqué Joe), s’inspire du documentaire du même nom et réalisé en 2005 par Rachel Boynton.

Synopsis: Un candidat à la présidence de la Bolivie à la cote de popularité en chute libre fait appel à une équipe de management américaine d’élite, dirigée par la compromise mais brillante stratégiste Jane « Calamity » Bodine. En pleine retraite forcée à la suite d’un scandale lui ayant valu son surnom et l’ayant profondément ébranlée, Jane se voit offrir la chance de battre son plus grand adversaire, le détestable Pat Candy, qui coache désormais l’opposition.

Les Promesses De l’Ombre

A travers une campagne présidentielle, ce film pose un regard accablant et parfois désespérant, sur le monde politique, devenu immense business mondialisé, dont sont exclues les convictions et la volonté de servir un peuple, au profit de carrières individuelles. Seuls comptent alors le pouvoir et la richesse, que l’on gagne avec une élection. Par le biais d’une histoire vraie, il passe en revue ce monde devenu sans morale, nécrosé par les mensonges, les vaines promesses, les vœux pieux et le clientélisme.

Le film reprend donc la trame du documentaire: Bolivie 2002, élection présidentielle, les candidats s’affrontent et parmi eux, deux hommes, deux « ombres » aux idées diamétralement opposées se détachent. L’un, capitaliste et pro-F.M.I. est soutenu (manipulé) implicitement par les U.S.A. à travers une entreprise de conseil en stratégie politique. L’autre pense avant tout à son pays: son peuple et son avenir. On suit la campagne, orchestrée de main de maitre par des Américains imposant, à un Bolivien dont ce n’est pas la culture, leurs méthodes: coups bas, mensonges, manipulations et surtout, diffamation et calomnie.

Pour ça, le film est passionnant bien qu’inutile, on aurait pu en rester au documentaire. Ce qui en fait le sel, c’est cette vision des coulisses d’une campagne ordurière, où tous les coups sont permis. Tout ce qui fait l’intérêt formel d’une fiction passe après le fond de l’histoire: l’intervention d’un pays du nord dans la vie politique d’un pays du sud. On repense évidemment à la mort de Salvador Allende, imputable à la C.I.A. et brillamment évoquée par Costa-Gavras dans Missing. Avoir fait de ce documentaire une oeuvre romancée, n’apporte en soit pas grand chose. Les états d’âmes des personnages sont moins intéressants que la partie d’échecs, qui se joue entre les deux stratèges, à travers leurs candidats respectifs.

Le film était prometteur, et même si David Gordon Greene peut faire encore mieux, son film Joe avait marqué, bien qu’arrivant après le plus abouti Mud de  Jeff Nichols. Au casting Sandra Bullock qui, forte d’une certaine expérience, semble vouloir suivre les traces de Matthew McConaughy et confirmer le virage amorcé avec Gravity. Depuis, elle semble vouloir se donner le temps de choisir ses films, mais son jeu reste assez limité et n’a pas trouvé cette profondeur, qui ferait d’une abonnées aux bluettes une actrice shakespearienne. Elle manque de subtilité, de nuance, forçant grimaces et gesticulations au détriment de la crédibilité. Alors Billy Bob Thornton, si peu présent, si trop absent, porte seul la classe, le talent et le charisme d’un acteur irréprochable.

Quant à David Gordon Greene, son travail est propre et sans éclat, ni reproches ni compliments, aucun instant de grâce dans la mise en scène, une bande originale dont on ne sait plus si on l’a entendue. Simplement, tout ça manque d’audace, de prise de risque formelle, d’envie de bousculer les codes préétablis du genre. Comme si le sujet suffisait à faire un film. Le seul reproche sera peut-être que tout cela se passe en Amérique latine, pas toujours réputée pour être un exemple de démocratie, le film venant grossir le trait. Comme si on venait confirmer les préjugés de certains sur les pays du sud, oubliant les vérités sur les pays du nord. Reste que ces stratèges politiques sont tout de même des maitres du jeu d’échecs.

Certains se plaindront d’un film caricatural, poussant loin l’idée d’hommes politiques corrompus par la soif de pouvoir. Ils oublieront que ce film s’inspire d’un documentaire qui lui-même, relate une authentique campagne électorale. Ils oublieront également que, lorsqu’un homme n’a pas de convictions, il se soumet à ses désirs et que, de tous les désirs, le pouvoir est celui qui fait perdre l’esprit et cela, David Gordon Greene le démontre parfaitement.

Our Brand Is Crisis: Fiche Technique

Réalisateur: David Gordon Greene
Producteur: George Clooney & Grant Heslov
Scénario: Peter Straughan
Musique: David Wingo
Sociétés de production: Participant Media, Smokehouse Pictures & 360 Films
Société de distribution: Warner Bros. Pictures
Sortie: 20 avril 2016
Origine: U.S.A.
Budget: 28 millions $
Durée: 107′
Casting: Sandra Bullock, Scoot McNair, Billy Bob Thornton et Zoe Kazan

 

Rétrospective Danny Boyle: Sunshine, critique du film

Dans la carrière de Danny Boyle, Sunshine, sorti en 2007, constitue son plus gros échec commercial, non pas en termes de chiffre d’affaires mais au prorata de son budget, les entrées en salles n’ayant atteint que 80% des dépenses de production.

En 2057, le soleil s’éteint peu à peu, condamnant l’Humanité vers sa perte. Après une première expédition avortée, un second groupe de scientifiques est envoyé en vaisseau spatial pour faire imploser une charge thermonucléaire sensé réveiller l’astre solaire. A l’approche de leur objectif, alors que les communications avec la Terre sont coupées et que les esprits commencent à s’échauffer, les membres de l’équipage reçoivent un mystérieux message de détresse.

A trop s’approcher du soleil, on se brûle les ailes !

Comme pour beaucoup de réalisateurs formalistes révélés dans les années 90, le virage du 21ème siècle –et du post-11 septembre–, caractérisé par la demande croissante du public pour des effets numériques maitrisés et des univers visuels ténébreux, s’est révélé pour lui une étape délicate. Son 28 jours plus tard s’étant avéré un coup gagnant grâce à la résurgence simultanée du film de zombie, beaucoup doivent penser qu’il aurait mieux fait d’en réaliser la suite lui-même tant cette seconde tentative de renouveler un genre ultra-codifié n’a pas réussi à convaincre le public. Il faut bien reconnaitre qu’en s’essayant aux codes de l’épopée spatiale, Boyle et son scénariste Alex Garland se sont attaqués à une institution sacrée sur laquelle beaucoup de réalisateurs s’étaient déjà cassé les dents. On ne peut toutefois pas leur reprocher de réussir à aborder les grandes thématiques fondamentales propres aux huis-clos spatiaux, déjà en exergue dans tous les classiques du genre dont ils s’inspirent allégrement, grâce à la mise en place d’enjeux magistraux. Et même si ce point de départ, qu’est la mort annoncée du Soleil, peut sembler être trop tiré par les cheveux pour rendre crédible l’intrigue et ses prétendues résonances philosophiques, il est surtout le prétexte à un style visuel qui, lui, est particulièrement singulier.

Avant que l’irréprochabilité du travail esthétique ne saute aux yeux, ce qui différencie Sunshine des nombreux films de série B dont il se rapproche à priori (on pense à Armageddon pour l’ampleur des enjeux et à Event Horizon pour le déroulement des évènements), c’est évidemment son casting. En mêlant quelques acteurs venus d’ailleurs à des comédiens anglo-saxons, Danny Boyle a donné une dimension internationale à l’équipage de l’ICARUS II, ce qui écarte le film du piège d’un quelque triomphalisme nationaliste que l’on reproche souvent à de tels films-catastrophe. Ainsi, la hongkongaise Michelle Michelle Yeoh (Tigre et Dragon, Demain ne meurt jamais), le néo-zélandais Cliff Curtis (Blow, The Fountain) et le japonais Hiroyuki Sanada (Ring, Le Dernier Samouraï), mais aussi Benedict Wong de par ses origines chinoises, apportent tout à la fois l’assurance d’interprétations soignées et cet éclectisme ethnique qui appuie l’universalité du propos. Parmi les autres acteurs, on note la présence de Chris Evans qui, après avoir été révélé dans Les Quatre Fantastiques, livrait là une prestation d’une étonnante maturité. Mais le rôle le plus mémorable du film qui offert à Cillian Murphy, que Boyle avait déjà dirigé dans 28 jours plus tard et qui avait entre-temps triomphé dans Batman Begins et Le Vent se lève. Comme le veut la règle propre à tout bon huis-clos, les relations entre les personnages se veulent tumultueuses, mais plutôt que d’ajouter à cette situation intrinsèquement claustrophobique une paranoïa entre les protagonistes, ce sont les doutes relatifs à leur mission qui générera cette tension si bien interprétée par les acteurs.

Les arguments scientifiques sur lesquels repose le scénario ne tenant pas la route une seule seconde, il faut chercher dans les rapports qu’entretiennent les personnages entre eux et vis-à-vis de leur objectif le pouvoir symbolique de l’œuvre. Dès la première scène, dans laquelle le psychiatre de bord fait preuve d’une certaine addiction aux rayons lumineux, on peut penser que la thématique de la drogue, déjà très présente dans les premiers films du réalisateur, va être à nouveau à l’œuvre, mais l’allégorie va bien plus loin. Le pouvoir de fascination que suscite le Soleil sur les astronautes, ainsi que la façon dont il est à la fois source de vie et de mort, font de lui une représentation assez évidente d’un Dieu Unique. C’est donc à travers le comportement autodestructeur que les personnages auront à son approche (tandis que certains y resteront parfaitement cartésiens et feront passer leur mission avant leur propre survie, les autres ne demanderont qu’à mourir pour Lui ou, pire, penseront parler en Son nom) que la réflexion métaphysique se tisse peu à peu, et que l’esprit nihiliste déjà présent dans Trainspotting ou La Plage reprend son droit sur le noble esprit de sacrifice qui semble initialement animé les héros. Même si l’écriture peut par moment sembler maladroite du fait de l’usage de certaines ficelles scénaristiques prévisibles (chaque personnage connait son moment de bravoure puis, quand il ne sert plus à rien, il meurt), l’étude approfondi de cet axe de lecture explorant la confrontation entre la science et le sacré donne tout son éclat à ce long-métrage. Encore une fois, ce choix du Soleil comme unique cause des enjeux, vitaux comme intellectuels, peut donner l’impression d’être une idée incongrue, mais elle se justifie par la volonté de Danny Boyle de faire de la lumière un élément central dans sa mise en scène.

Plus le film avance, plus l’ICARUS II approche du soleil. Dès lors, cette lumière ardente qui, depuis la Terre, apparait comme un espoir de survie, se transforme de plus en plus en une imminence mortelle pour nos attachants héros. Une évolution visuelle qui bien au-delà du nombre croissant d’effets lumineux ingénieux (un usage des lense flairs que n’aurait pas dénigrer J.J. Abrams) puisque, si la première moitié du film se construit sur une succession de plans assez longs, qui assoient sur l’ambiance un stress sous-jacent, le découpage va peu à peu s’accélérer tandis que l’intrigue va prendre l’allure d’un thriller oppressant puis d’un survival horrifique. C’est en cela que Sunshine représente une pièce charnière dans la filmographie de Boyle puisque si ses précédents films misaient sur son scénario pour créer du rythme (en particulier dans Petits meurtres entre amis et Transpotting, La Plage ayant davantage reposé sur sa photographie… avec le résultat que l’on sait), c’est à présent ce sens du montage qui deviendra l’élément clef de ses films, d’autant que c’est ce qui fera le succès de Slumdog Millionaire. Les nombreux plans terriblement suffocants filmés depuis l’intérieur des scaphandriers nous permettent de ressentir au mieux la peur et le sentiment d’impuissance des scientifiques face à leur destin funeste. Et la plus-value apportée par la composition de John Murphy donne aux plus belles scènes un pouvoir hypnotique assez bluffant. Cette maitrise formelle de la part de Danny Boyle, qui réussit à adapter sa réalisation au fur et à mesure que l’intrigue évolue pour en accentuer toujours plus la dimension immersive, est une marque indéniable de son talent protéiforme. C’est toutefois tous ces changements de rythme pour le moins radicaux qui ont probablement dû le plus déstabilisé le public lors de sa sortie en salles.

Sur un pitch qui laissait présager le pire, Danny Boyle a réussi à mettre au point une œuvre profondément humaniste, mais surtout la preuve que sa mise en scène ne se limite pas à ses tics d’ancien formaliste issu de la télévision mais qu’il est également capable de rendre ses réalisations sensorielles et éblouissantes de beauté. Sans jamais atteindre la grâce d’un Stanley Kubrick, puisqu’il est évident que c’est -sur le fond- son inspiration première, le réalisateur britannique fait preuve d’une maitrise technique qui ne mérite pas d’être boudée.

Sunshine: Bande Annonce (en VO)

https://www.youtube.com/watch?v=r8BSlqHAhuY

Fiche Technique: Sunshine

Réalisation: Danny Boyle
Scénario: Alex Garland
Interprétation: Cillian Murphy (Capa), Hiroyuki Sanada (Kaneda), Rose Byrne (Cassie), Chris Evans (Mace), Michelle Yeoh (Corazon), Cliff Curtis (Searle), Troy Garity (Harvey), Benedict Wong (Trey), Mark Strong (Pinbaker)…
Image: Alwin H. Kuchler
Costumes: Suttirat Anne Larlarb
Montage: Chris Gill
Musique: John Murphy
Producteur(s): Andrew MacDonald
Production: Fox Searchlight Pictures, DNA films
Distributeur: 20th Century Fox France
Durée: 100 minutes
Genre: Science-Fiction

Grande-Bretagne – 2007

Jane Got A Gun, un film de Gavin O’Connor : Critique

Avant même sa sortie, Jane got a gun a fait beaucoup parler de lui du fait de ses difficultés de productions, et en particulier de l’abandon le premier jour de tournage de la réalisatrice Lamsay (officiellement découragée au vu des conditions météorologiques, officieusement à cause de ses problèmes d’alcool), entrainant avec elle une partie du casting et le chef opérateur et remplacée à la dernière minute par Gavin O’Connor.

Synopsis: En 1871, Jane Hammond vit dans une ferme avec sa fille et son mari. Quand ce dernier rentre à la maison criblé de balles et annonçant que le gang auquel il appartenait va l’attaquer, elle n’a pas d’autre choix que de demander l’aide de son ancien fiancé. En même temps qu’elle s’entrainera au maniement des armes, les souvenirs referont surface, réveillant entre eux des sentiments qu’ils croyaient enfuis.

This is a man’s world

Le report de sa sortie suite aux attentats du 13 novembre contribuait aussi à sa manière à son statut de film maudit, mais rendait aussi sa sortie plus attendue. Longtemps resté sur la blacklist hollywoodien, le scénario de Brian Duffield a été moult fois remanié, ce qui rend difficile de savoir à quelle étape le projet de réaliser un western féministe s’est retrouvé vidé de son sens premier.

Depuis True Grit, il semble évident que le western peut être le terreau pour créer des personnages féminins forts autres que le stéréotype de la pionnière ultra-masculine Calamity Jane. Mais il est difficile de voir dans le personnage incarné par Natalie Portman un emblème de l’émancipation féminine tant son parcours et sa survie ne peuvent se faire que grâce aux hommes qui l’entourent. Même si cette mère courage est au centre du récit, il faut reconnaître que sans l’aide de ses deux hommes (Joel Edgerton et Noah Emmerich), le récit ne saurait pas comment lui donner une quelconque ampleur. Mais le véritable problème du scénario n’est pas tant l’échec du contournement des écueils machistes propres au genre, mais bel et bien sa construction. La façon dont le récit se construit autour d’une succession de flashbacks, introduits par des fondus enchainés ringards, fait subir au rythme  des ruptures maladroites du début à la fin alors que la tension ne se crée jamais. S’ajoute à cela une tonalité fleur bleue dans la relation entre Jane et son protecteur qui nuit elle aussi à la radicalité vers laquelle prétend tendre l’ambiance crasse qu’essaie vainement de mettre en place la photographie et ses filtres ocres et jaunâtres.

Que dire des acteurs, sinon que Natalie Portman, qui est pourtant la principale productrice et donc à l’origine du film, semble peu investie dans ce rôle. Aucune fulgurance, jamais émouvante. C’est à croire qu’elle a préféré prendre le moins de risque possible quant à l’interprétation de son personnage, ne sachant jamais choisir entre en faire un être fragile ou au contraire redoutable. Joel Edgerton et Noah Emmerich ne sont eux non plus pas convaincants, sans pour autant atteindre le niveau de grotesque d’Ewan McGregor qui, ne serait-ce qu’en s’étant taillé la même moustache que dans Jack le chasseur de géants, s’est fermé à la moindre crédibilité. Des personnages qui sont trop propres sur eux pour un univers qui se voudrait difficile. La mise en scène subit le même défaut, à savoir une incapacité de capter la violence ambiante, jusqu’à la fusillade finale expédiée trop rapidement pour ne pas être qualifiée de pétard mouillé, alors qu’elle condensait tous les enjeux du long-métrage. Quant à la scène de conclusion, elle nous renvoie à une morale désuète qui ne fait que confirmer ce que la réalisation kitch nous laissait présager : la modernité auquel prétend ce western n’est en fait qu’un regrettable passéisme.

Jane Got a Gun – Bande annonce:

Jane Got a Gun – Fiche technique:

Réalisation : Gavin O’Connor
Scénario : Brian Duffield, Anthony Tambakis, Joel Edgerton
Interprétation: Natalie Portman (Jane Hammond), Joel Edgerton (Dan Frost), Noah Emmerich (Bill Hammond), Ewan McGregor (John Bishop)…
Décors : James F. Oberlander, Tim Grimes
Costumes : Catherine George
Photographie : Mandy Walker
Montage : Alan Cody
Musique : Marcello De Francisci, Lisa Gerrard
Producteur(s): Natalie Portman, Mary Regency Boies, Terry Dougas, Aleen Keshishian, Scott Steindorff…
Production: 1821 Pictures, Boies / Schiller Film Group, Handsomecharlie Films, Scott Pictures, Straight Up Films, Unanimous Pictures
Pays d’origine : États-Unis
Langue : Anglais
Durée : 98 minutes
Distributeur: Mars Distribution
Date de sortie: 27 janvier 2016
Genre : Western

Marguerite, un film de Xavier Giannoli : critique

On le sait depuis mercredi 27 janvier, Marguerite de Xavier Giannoli est nommé aux César. Rien de surprenant au regard de la qualité tant esthétique que dramatique de l’opus. Le film est porté par la fougue de Catherine Frot, toujours aussi surprenante de films en films.

Synopsis : Le Paris des années 20. Marguerite Dumont est une femme fortunée passionnée de musique et d’opéra. Depuis des années elle chante régulièrement devant son cercle d’habitués. Mais Marguerite chante tragiquement faux et personne ne le lui a jamais dit. Son mari et ses proches l’ont toujours entretenue dans ses illusions. Tout se complique le jour où elle se met en tête de se produire devant un vrai public à l’Opéra.

La folie des grandeurs

L’histoire tient pourtant sur un timbre : une chanteuse persuadée d’être une grande cantatrice chante abominablement faux, mais personne n’ose lui dire. Giannoli étudie de nouveau la force du mensonge, du monde fabriqué comme il l’avait déjà fait avec brio dans A l’origine. Ici encore le réalisateur étudie la formidable poussée fiévreuse par laquelle quelques personnes se mettent à créer un univers de toute pièce, l’énergie de tout un petit monde réuni autour de l’espoir d’une seule. La complication viendra avec le désir toujours plus grand de Marguerite, devant tant de louanges, d’étendre son public. Marguerite est un film de mise en scène dans la mise en scène, de personnages hauts en couleurs. Les plans sont construits tels des tableaux. Marguerite fait rire, rit elle aussi, mais émeut également par cette passion pourtant inaccessible qui l’occupe chaque jour entièrement. Catherine Frot offre à ce personnage réel ce qu’il faut de fantaisie et d’intelligence que la mise en scène accompagne. Une mise en scène pourtant de plus en plus voyeuriste, accentuée par le personnage du fidèle Maldebos et ses photographies comme des natures mortes pourtant consacrées aux nombreux portraits de « Madame » en star d’Opéra.

Comédie humaine

Tout tourne donc autour de ce mensonge qui devient de plus en plus grotesque, mais qui pourtant capte complètement le spectateur. Comme un homme, joué par Cluzet, mobilisait toute un village autour de la construction d’une route qui n’allait nulle part, Marguerite dépend de la farce qui se mêle autour d’elle. Libérée de la contrainte de plaire, son argent aidant, elle ose toutes les excentricités. Est-elle véritablement aimée ? Que cherche-t-on à la bercer ainsi d’illusions ? Le film ose tout nous montrer, lui aussi, même la perversité quand il faudra se résoudre à détruire le doux secret pour prendre l’ultime cliché, le plus beau. Autour de Catherine Frot gravitent d’excellents comédiens (du mari qui rechigne à écouter chanter sa femme en public mais maintien le secret en place à la jeune chanteuse d’opéra). Cette comédie humaine donne à voir toute une société basée en grande partie sur l’apparence. Il faut s’y montrer, avec du fard, ne pas y faire de faux pas et sauver ce qui reste d’honneur. Ainsi bridée cette « société du spectacle » voit naître des êtres incompris, jugés différents, que ses membres se plaisent à observer pour mieux en rire, mieux les détruire. Marguerite était sans doute trop loufoque, trop libre finalement pour cette époque qu’elle a forcé à la saluer avec délicatesse, pour mieux l’enterrer en coulisses. Victime malgré elle de cette machination qu’elle vivait comme un « rêve éveillé », Marguerite a chanté jusqu’au bout, remettant en cause l’œuvre d’art même dans sa volonté d’être toujours belle. Elle dira d’ailleurs :« un jour il faudra jeter des œuvres d’art sur des tomates, ça changerait ». Or, il semblerait que tous ne soient pas prêts au changement. La roue tourne pourtant, mais la course folle des hommes vers toujours plus de plaisir continue, quitte à détruire les dindons de la farce. Mais il y a aussi ceux qui dénoncent le grotesque, s’en jouent tout en s’y perdant. Le film tient justement parce que Marguerite y croit, mais que l’on sait que tout peut s’écrouler d’un moment à l’autre. La construction dramatique n’en est que plus forte, car ce sont eux au fond qui sont ridicules, pas Marguerite qui ne fait qu’étudier un mécanisme, faire le portrait d’un personnage fascinant. La grande scène a ouvert ses bras au personnage, un César sera-t-il au rendez-vous pour Marguerite, qui concourt parmi d’autres théâtres humains qui révèlent, eux aussi, la folie du monde à l’image de La loi du marché de Stéphane Brizé ? Réponse le 26 février prochain.

Bande annonce – Marguerite

Fiche technique – Marguerite

Titre original : Marguerite
Date de sortie :
Nationalité : France
Réalisation : Xavier Giannoli
Scénario : Xavier Giannoli, Marcia Romano
Interprétation : Catherine Frot, André Marcon, Michel Fau, Christa Théret, Denis Mpunga, Syvlain Dieuaide, Aubert Fenoy,  Théo Cholbi
Musique : Ronan Maillard
Photographie : Glynn Speeckaert
Décors : Martin Kurel
Montage : Cyril Nakache
Production : Olivier Delbosc, Marc Missonier
Sociétés de production : Fidélité Films, Gabril Inc.,  France 3 Cinéma, Sirena Film, Score Pictures, CN5 Productions, Jouror Cinéma
Sociétés de distribution : Memento Films Distribution
Budget : NR
Genre : Drame
Durée : 129 minutes
Récompense(s) : César 2016 de la meilleure actrice pour Catherine Frot, des meilleurs costumes, des meilleurs décors et du meilleur son

Encore heureux, un film de Benoît Graffin : Critique

En compétition au Festival d’Alpes d’Huez 2016 et bon perdant, Encore Heureux s’aligne caustiquement sur ce dont les productions françaises semblent raffoler en ce moment. Sous forme d’interrogation, elles cumulent poncifs et bons sentiments. L’emploi ? La mort ? L’argent ? Le troisième âge ? Le bonheur conjugal/familial surtout ? L’image d’Épinal du couple qui se « déchire » sous les yeux des enfants/adolescents incrédules.

Synopsis : Sam, cadre supérieur, et sa femme Marie ont une vie agréable dans leur belle maison. Mais tout bascule quand Sam perd son travail. Deux ans après, il n’a toujours pas trouvé d’emploi. Marie, contrainte de voler dans les supermarchés, n’en peut plus de la nonchalance de son mari qui refuse tous les petits boulots qu’elle a pu lui trouver. Lasse, elle n’est pas loin de tomber dans les bras d’un homme riche et rassurant. Alors que la fille du couple, Alex, s’exerce sur le piano de leur voisine irascible, cette dernière meurt brutalement. L’adolescente cache la vérité à ses parents et dérobe une lampe extrêmement coûteuse…

Après La Loi du marchéLe Grand Partage, Papa ou maman, La famille Bélier, La dernière leçon ou Paris-Willouby, il est difficile de toujours apprécier ce qui sort de nos usines (pour ne pas paraphraser les Lumière). Il se pourrait que Benoît Graffin, scénariste confirmé (Après vous, La Fille de Monaco, Hors de prix..), nous réconcilie avec le genre dont il est question ici, la comédie française. Sandrine Kiberlain, une Vénus au coquillage, et Edouard Baer, ours très bien léché, campent ce duo aux accents improbables qui court après la carotte. L’argent fait-il le bonheur ? Au-delà de toute morale, il paraîtrait que oui et pour une fois, le résultat nous plait. Sommes-nous pour autant des ânes ? Ou des végétariens ?

À la conquête du bonheur ou comment une famille parisienne sans étiquette politique réussit à passer les obstacles. Ne jugeons pas les caractères, contentons-nous de les énumérer : Sam, ancien cadre, refuse de descendre l’échelle sociale, ou du moins par fierté devant sa femme. Sa femme, Marie, qui travaille dans un magasin de chaussures et se met à voler avec la complicité de ses enfants. Elle se laisse courtiser par un riche homme célibataire joué par Benjamin Biolay. Les bases sont amorales et aucun sentiment de culpabilité ne s’en dégage. Ce sont les petits plaisirs coupables dont chacun d’entre nous a déjà fait l’expérience. Le film entier tient sur ce fil et ne choit pas. L’équilibre est assuré par les acteurs qui réussissent à retranscrire le spontané rendant l’ensemble attachant. Le seul défaut serait de ne pas pousser le vice un peu plus loin, car on frôle le plaisir sans concession avec Bulle Ogier. La tendresse est telle, grâce principalement à Sandrine Kiberlain et ses enfants interprétés par Carla Besnaïnou et Mathieu Torloting, que l’on oublie les coquilles scénaristiques jusqu’à être tenu quasi en haleine par les péripéties roadmoviesques.

La simplicité apparente se complexifie de manière plus ou moins grotesque, mais le sourire est récurrent. Le scénario, bien que peu original et malgré des impressions de déjà vu comme les relations conflictuelles entre le troisième âge seul au monde et l’enfance au fort potentiel (L’Étudiante et Monsieur Henri), le béguin impossible (Caprices, Ange et Gabriel…), l’ambition contredite etc, réussit sa course poursuite sans excès. L’humour noir y est parfois maladroit, mais Encore Heureux a le mérite de s’élever en haut du panier grâce à la performance de ses acteurs et un quotient sympathie presque égal à celui de Little Miss Sunshine. Libre à chacun d’apprécier l’archétype de l’happy ending douteux. Pourquoi aucun prix à Alpe d’Huez ?

Encore heureux – Bande Annonce

[Encore heureux] : Fiche Technique

Réalisation: Benoît Graffin
Distribution: Sandrine Kiberlain, Edouard Baer, Bulle Ogier, Carla Besnaïnou, Mathieu Torloting, Benjamin Biolay, Guilaine Londez …
Scénario: Mika Tard, Deborah Saïag, Benoît Graffin avec la participation de Nicolas Bedos
Musique: Gush
Montage: Anita Roth
Photographie: Antoine Héberlé
Décor : Samantha Gordowski, Julien Tesseraud
Producteur: Pauline Duhault
Production: E.D.I Films
Distribution: EuropaCorp Distribution
Durée: 93 minutes
Genre: Comédie
Dates de sortie: 27 janvier 2016