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Les délices de Tokyo, un film de Naomi Kawase : Critique

De la part de l’auteur de ces lignes, le choix de rentrer dans le cinéma de Naomi Kawase au travers des Délices de Tokyo relève de la volonté d’être séduite par une cinéaste dont l’œuvre n’a pas eu ses faveurs jusqu’ici. Son précédent film, Still the Water, a été tout autant qualifié d’émouvant et de barbant, de majestueux et d’ennuyeux. Naomi Kawase est une cinéaste qui sublime la nature dans une veine (trop) contemplative et appuyée, mais cela ne semble pas être le cas de son nouveau film.

Synopsis: Les dorayakis sont des pâtisseries traditionnelles japonaises qui se composent de deux pancakes fourrés de pâte de haricots rouges confits, « AN ».Tokue, une femme de 70 ans, va tenter de convaincre Sentaro, le vendeur de dorayakis, de l’embaucher. Tokue a le secret d’une pâte exquise et la petite échoppe devient un endroit incontournable…

Les recettes du bonheur

Déjà vu à Cannes par un de nos rédacteurs, conquis par son charme exotique, Les délices de Tokyo, semblait, à la vue de la bande-annonce, un film plus animé, plus touchant avec son sujet culinaire souvent vecteur d’émotions, et son casting intergénérationnel composé d’une vieille dame philosophe, d’un jeune homme taciturne et d’une adolescente mal aimée, qui sonne comme une promesse de belles histoires de transmission.

Sentaro (Masatoshi Nagase) est un homme encore jeune qui se réveille aux aurores pour aller, d’un pas lourd, préparer des dorayakis, ces petites crêpes japonaises fourrées à la pâte de haricots rouges confits (le An du titre original). Sentaro passe des journées sans joie à fabriquer et vendre ses petites pâtisseries, se laissant chahuter sans réagir par de jeunes collégiennes joyeuses. L’homme est taciturne, voire dépressif, on le sent porteur de tristes
secrets.

L’histoire est celle de sa rencontre avec la jeune Wakana (Kyara Uchida), une jeune fille toute aussi mélancolique que lui. Comme toutes les collégiennes du quartier, elle vient tous les jours à la boutique de Sentaro, essaie sans succès de se faire embaucher par lui, et reçoit de sa part les dorayakis ratés dans ce qui se rapproche le plus d’un geste d’amitié. Mais c’est aussi et surtout l’histoire de sa rencontre avec Tokue (Kirin Kiki), une vieille dame un peu mystérieuse, un peu fantasque, qui elle aussi insiste pour venir travailler à l’échoppe de Sentaro. D’abord réticent, Sentaro cède après avoir goûté de sa délicieuse pâte de An. Commence alors un ballet à trois à pas très feutrés, où chaque personnage emmène au pot sa solitude pour goûter ensemble à une communauté chaleureuse faite de petites attentions les uns aux autres.

Le film de Naomi Kawase est une véritable ode poétique à la nature, aux cerisiers en fleurs, aux canaris qui font « piou piou piou », à la lune avec qui on partage des promesses, aux forêts que l’on entend presque respirer, aux haricots qu’on laisse venir à soi, et auxquels on s’adresse tendrement, respectueusement. Un film animiste donc, où les hommes et les femmes murmurent à l’oreille des arbres, mais qui aurait cependant gagné à être moins surligné. Les images se suffisent à elles-mêmes, et pourtant la cinéaste s’est crue obligée de faire dire et redire à ses différents protagonistes tout le bien et tout le beau qu’ils trouvent dans la nature.
Les commentaires de Tokue en particulier sont quelquefois très redondants, trop présents, et écrasant sur leur passage la délicatesse de ce qui est filmé par Kawase. La musique du français David Hadjadj n’est pas en reste pour surcharger une image qui n’en avait pas besoin.

En revanche, la cinéaste arrive à nous émouvoir avec le silence de ses personnages, celui de Sentaro, en particulier. Des silences éloquents si on peut dire, qui traduisent parfaitement ses tourments et turpitudes qui nous restent cachés. Quand il se lie d’amitié avec Tokue, et qu’ensemble ils font chanter les haricots dans des plans très serrés sur la nourriture rarement vus au cinéma, Sentaro esquisse un sourire qui révèle en creux la bouleversante absence de sourire jusqu’à ce moment du film. Une très belle histoire d’appropriation filiale mutuelle s’écrit sous nos yeux, et on ne peut qu’être attendris. Mais là encore, la cinéaste aurait pu facilement se passer des larmes qu’il verse dans certaines scènes, tant elles sont superflues et nuisent à la sobriété du film. A l’autre extrémité, le jeu de Kirin Kiki est celui d’une actrice bonne vivante, adoptant des personnages excentriques et comiques à la télé ou dans les films de Hirokazu Koreeda dont elle est une fidèle ; un jeu qui peut parfois paraître en décalage avec la tonalité générale que la cinéaste a voulu donner à son film.

Soulignons aussi la prestation toute en réserve de la jeune Kyara Uchida dans son rôle de Wakana (la petite-fille de Kirin Kiki à la ville). Wakana est une quasi-enfant qui porte une mère fantasque et irresponsable (un autre point qui rappelle le grand Koreeda). Kyara Uchida apporte beaucoup de fraîcheur et d’émotion dans son rôle d’enfant trop vite grandie, ignorée de sa mère et ignorée de ses camarades.

Les délices de Tokyo est un film tourné avec beaucoup de savoir, avec de vrais moments de pure beauté, mais il souffre d’un surtexte trop important, trop prévisible et souvent inutile. La cinéaste a par ailleurs voulu rendre hommage dans son film à une minorité que les japonais ont longtemps tenu à l’écart de la société (Tokue fait partie de cette minorité), et il y a un télescopage maladroit entre cette histoire et celle plus intimiste de Sentaro et de ses deux partenaires. Cet hommage n’est ni inintéressant, ni inutile, mais les deux parties du film semblent avoir été accolées l’une à l’autre de manière un peu heurtée, sans beaucoup de liant, ce qui donne l’impression que le film est calibré à marche forcée pour une audience large et grand public, avec des thématiques destinées à émouvoir le plus grand nombre. Une impression mitigée donc pour cette première rencontre avec Naomi Kawase…

Les délices de Tokyo – Bande annonce

Les délices de Tokyo – Fiche technique

Titre original : An
Date de sortie : 27 Janvier 2016
Réalisateur : Naomi Kawase
Nationalité : Japon
Genre : Drame
Année : 2015
Durée : 113 min.
Scénario : Naomi Kawase, d’après la nouvelle de Durian Sukegawa
Interprétation : Kirin Kiki (Tokue), Masatoshi Nagase (Sentaro), Kyara Uchida (Wakana), Miyoko Asada (Propriétaire de la boutique), Etsuko Ichihara (Yoshiko)
Musique : David Hadjadj
Photographie : Shigeki Akiyama
Montage : Tina Baz
Producteurs : Koichiro Fukushima, Yoshito Oyama, Masa Sawada
Maisons de production : Comme des Cinémas
Kumie, Mam, Nagoya Broadcasting Network (NBN), Twenty Twenty Vision Filmproduktion GmbH
Distribution (France) : Haut et court
Récompenses : Kirin Kiki : meilleure actrice au Hochi Festival 2015 ; Naomi Kawase : meilleure réalisatrice au festival de Valladolid ; meilleur film étranger au festival de Saõ Paolo.
Budget : 234 000 000 JPY

Ce sentiment de l’été, un film de Mikhaël Hers : Critique

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Après Memory Lane, un premier long métrage passé relativement inaperçu, pour lequel le producteur Luc Moulet avait dit du réalisateur qu’il s’agissait du «plus grand cinéaste français de demain», Mikhaël Hers revient aux affaires avec Ce sentiment de l’été.

Synopsis: Au milieu de l’été, Sasha, 30 ans, décède soudainement. Alors qu’ils se connaissent peu, son compagnon Lawrence et sa sœur Zoé se rapprochent. Ils partagent comme ils peuvent la peine et le poids de l’absence, entre Berlin, Paris et New York. Trois étés, trois villes, le temps de leur retour à la lumière, portés par le souvenir de celle qu’ils ont aimée.

Ce dernier partage la même volonté d’illustrer une chronique de la vie quotidienne en plein été, à ceci près qu’il lui ajoute l’absence comme élément perturbateur. Si le premier était un film de potes suggestif, le second est un film sur la difficulté des relations à tenir dans une période post-mortem. Le cinéaste français conserve son goût pour la contemplation, la représentation d’une saison qu’il filme avec amour et plaisir au sein de laquelle errent des corps à la recherche d’un sens à donner à la vie. Si Ce sentiment de l’été ne renouvelle en rien le drame d’auteur sur fond de réflexion sur le deuil, Mikhaël Hers est suffisamment sensible et mélancolique pour emporter l’adhésion d’un public sensible à la tristesse d’Anders Danielsen Lie (Fidelio l’odysée d’Alice, Oslo 31 août).

De la difficulté de surmonter le deuil (encore)

On ne pourra nier que le film a des allures de séquelle à Oslo, 31 août, surtout quand celui-ci partage le même interprète principal. A croire qu’Anders Danielsen Lie interprète l’amoureux mélancolique à la dérive avec brio. On retrouve donc ces personnages similaires dans les deux films, différents sur la condition sociale mais liés par la même mélancolie qui les anime à longueur de journée. Ici, il doit vivre péniblement avec le deuil de sa compagne avec qui il entretenait une relation fusionnelle et artistique. C’est d’ailleurs elle que l’on suit à travers une introduction d’une poésie envoûtante. On suit cette jeune femme au réveil, le corps à moitié dénudé en train de se préparer, de se sublimer par la grâce de la lumière estivale et de se diriger vers son école d’art. Une longue introduction d’ambiance où aucun mot n’est prononcé, seul le bruit de ses pas nous guide vers son destin funeste puisqu’elle est soudainement victime d’un arrêt cardiaque et s’effondre dans un parc. C’est à cet instant que le film prend le spectateur par la main et nous indique que l’intérêt du film se porte davantage sur les relations entre les individus touchés par ce même deuil. Chacun y va de sa réaction, les uns se morfondent, d’autres en profitent pour vivre une nouvelle vie, certains la continuent sans se retourner et certains autres encore tombent en dépression. Sans jamais tomber dans le pessimisme froid et pesant, Mikhaël Hers aborde ce sujet avec poésie et finesse, de par l’atmosphère d’une saison estivale magnifiée par le parti-pris de tourner en pellicule. Plus que jamais, l’été est beau ici. Et c’est paradoxalement sa sublimation qui fait davantage prendre conscience aux personnages du vide qui les entourent. Chaque personnage virevolte à travers la vie, sans situation établie, ni projet de vie, quand bien même on a un enfant en bas-âge. Le temps passe, mais seule l’action de boire des coups sur les toits des différentes capitales apporte un tant-soi peu d’évasion et de sens à ces personnages. Dans cette optique, la ville de New York semble être le lieu ultime où les personnages errants se réunissent, partagent leurs souvenirs et sont à la recherche d’une existence.

Que ce soit à Berlin, Paris, Annecy ou New York, l’absence rattrape toujours ces personnages qui n’arrivent pas à laisser leur corps s’émouvoir dans des environnements pourtant beaux et propices à la jovialité. Peu importe la ville, on se rend rapidement compte que chaque ville agit comme un nouveau décor, une nouvelle vie mais où le modèle narratif reste le même: Les personnages se rencontrent, discutent longuement, vont en soirée et se remémorent la douleur qu’ils partagent et qui s’avère être au final le seul lien qui les unit. De là l’idée de signifier qu’il est difficile de se reconstruire quand bien même l’environnement varie et les gens autour de soi aussi. Le fait de voir une attirance magnétique entre deux personnages liés par le prisme d’un deuil commun montre à quel point le passé nous rattrape toujours. Ces personnages interprétés par Anders Danielsen Lie et Judith Chemla apportent la justesse nécessaire pour montrer cette gêne, cette retenue et ces silences qui agissent entre eux. Il y a assurément dans Ce sentiment de l’été une réussite dans la transmission des sentiments, des émotions qui les animent et de la complexité de leurs relations. Chacun réapprend à vivre à sa façon et se laisse apprivoiser par la vie et le plaisir. On pourrait presque trouver ça maladroit de conclure son film sur une scène de sexe et des plans fixes symbolisant l’évasion, mais cette manière de libérer les corps donne finalement sens à la pensée du cinéaste pour qui la vie après la mort est possible.

Comme son précédent film, à trop vouloir s’attacher à représenter le climat, l’ambiance et la tonalité de l’environnement dans lequel évolue les personnages, Ce sentiment de l’été ne raconte pas grand-chose de plus que la monotonie et la mélancolie perpétuelles de nos vies. Mikhaël Hers le fait néanmoins d’une jolie manière, par la grâce d’une lumière qui magnifie les décors et donne vie aux corps. On ressort de la projection avec le sentiment d’avoir vu un film au sujet tellement rabâché qu’il ne surprend plus mais pour lequel on lui accorde notre estime, simplement parce Ce sentiment de l’été réussit à nous redonner envie de jouir de la vie et de voir le monde, au-delà du vide qui anime nos vies.

Ce sentiment de l’été : Bande-annonce

Ce sentiment de l’été : Fiche Technique

 

Réalisation : Mikhaël Hers
Scénario : Mikhaël Hers & Mariette Désert
Interprétation : Anders Danielsen Lie (Lawrence), Judith Chemla (Zoé), Marie Rivière (Adélaïde), Féodor Atkine (Vladimir), Thibault Vinçon (David)…
Photographie : Sébastien Buchmann
Décors : Sidney Dubois
Costume : Caroline Spieth
Montage : Marion Monnier
Musique : Thomas Jamois
Producteurs : Philip Boëffard, Rémi Burah, Vanessa Ciszewski, Pierre Guyard, Ève Machuel, Olivier Père, Christophe Rossignon, Gaetan Rousseau
Sociétés de Production : Nord-Ouest, Arte France Cinéma, Katuh Studio, Rhône-Alpes Cinéma
Distributeur : Pyramide Distribution
Festival : Grand prix du jury du Festival du Film indépendant de Bordeaux 2015
Genre : Drame
Durée : 106 minutes
Sortie en salles le 17 février 2016

France / Allemagne – 2015

 

American Gods, The Witch, Conan, AHS : news & trailers du 25 au 31 janvier

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Actus cinéma et séries – les légendes sont de sortie : American Gods, Conan The Conqueror, AHS, The Witch, Alice au Pays des Merveilles

CineSerieMag vous invite à découvrir ou redécouvrir quelques news du Cinéma et de la télévision qui ont marqué cette dernière semaine de janvier. Au programme : le plein de bandes-annonces et un gros plan sur les monstres, les légendes et les héros d’hier et d’aujourd’hui : Cabin Feever, The Witch, American Horror Story, Conan The Conqueror, American Gods, Official Secrets, Mamá, Alice au Pays des Merveilles, Gaycation…

 Actualités cinéma  : le prochain Conan The Conqueror

Après l’échec cuisant du remake de 2011 avec Jason Momoa, voici enfin le troisième volet de la saga Conan le Barbare et la suite de Conan le Destructeur. Conan the Conqueror racontera comment Conan (joué par Schwarzy bien sûr), désormais roi d’Aquilonie devra reprendre les armes pour défendre son royaume. Dans une interview pour TheArnoldFans.com, Arnold Schwarzenegger a voulu apaiser les inquiétudes de ses fans : « J’ai fait tous ces trucs physiques [de mes derniers films] et ça ne m’a pas épuisé, j’ai beaucoup d’énergie et je me sens vraiment en pleine forme. Je suis absolument convaincu que je peux faire le film Conan et faire aussi de l’équitation, des combats à l’épée, et tous les combats. » Le producteur Frederick Malmberg et son collègue Chris Morgan sont actuellement à la recherche d’un réalisateur pour le film.

 Actualités séries : American Horror Story saison 6

US Weekly et US magazine ont rapporté l’intérêt de la production d’AHS pour l’histoire du Slender Man appelé aussi ‘Tall Man’. La légende du Slender Man est née sur Internet, popularisée par le site Something Awful en 2009. Elle a inspiré plusieurs séries tv comme Supernatural, Lost Girl ou même Dr Who ainsi que le film The Tall Man. Le mythe décrit ce monstre comme une homme très mince en costume noir, aux bras anormalement longs et au teint blafard dépourvu de bouche et d’yeux qui traquerait et kidnapperait les enfants. Quelqu’un aurait déjà écrit le scénario de cette prochaine saison dont American Horror Story devrait racheter les droits. En outre Lady Gaga devrait aussi faire partie du casting. Bref, affaire à suivre…

 Actualités cinéma  :  le trailer de The Witch

On apprenait dimanche que The Witch de Robert Eggers avait été gratifié du Prix du Jury Syfy au Festival de Gérardmer. Ce conte horrifique très remarqué raconte la plongée dans l’horreur et dans la folie d’une famille puritaine en proie à un mal invisible au milieu du 17e siècle. Le nouveau trailer rend parfaitement compte de cette ambiance angoissante et oppressante.

Trailer de The Witch :

 Actualités séries : American Gods a son premier rôle !

C’est Ricky Whittle (Lincoln dans The 100) qui interprétera le rôle de Shadow Moon dans la prochaine série American Gods tirée du roman de Neil Gaiman, également producteur du projet. Bryan Fuller (Hannibal, Pushing Daisies) et Michael Green sont à la tête de cette épopée qui opposera les anciens Dieux aux Dieux de l’Amérique contemporaine. American Gods raconte l’histoire de Shadow Moon, un arnaqueur repenti qui va devenir le garde du corps de Mr Wednesday. Mais le mystérieux individu est en fait un ancien dieu qui parcourt le pays pour reformer ses armées et se préparer à combattre de nouvelles divinités. Le tournage débutera en avril pour une diffusion sur Starz fin 2016. L’épisode pilote sera réalisé par David Slade qui interviendra sur d’autres épisodes. Neil Gaiman est très enthousiaste et a confié au sujet de Ricky Whittle : « Je suis heureux que Ricky ait été choisi pour Shadow Moon. Ses auditions étaient mémorables. »

 Actualités cinéma  :  le sequel de Mamá

On en a beaucoup parlé cette semaine :  Mamá, le film d’horreur de Andrés Muschietti produit par Guillermo del Toro aura une suite ! Retrouvez notre article ici.

 Actualités cinéma  : trailer du remake de Cabin Fever 

Eli Roth va toujours plus loin dans l’horreur et s’attaque désormais au remake d’un de ses grands classiques : Cabin Fever. Comme le premier, cette nouvelle version sera réalisée par Travis Zariwny et suivra une bande de jeunes fêtards touchés par un virus des plus violents et isolés dans une cabane en pleine forêt. Le trailer sanglant de Cabin Fever laisse présager un film bien gore à la hauteur du premier !

Bande annonce de Cabin Fever :

 Actualités séries : Gaycation, le docu-série LGBT de Ellen Page

Retrouvez les infos sur Gaycation, la nouvelle série choc de Ellen Page, dans notre  article du 30 janvier.

 Actualités cinéma  : Official Secrets

Le prochain film de Justin Chadwick réunira Anthony Hopkins, Harrison Ford, Paul Bettany, Natalie Dormer et Martin Freeman autour de la guerre en Irak. Adapté du livre The Spy Who Tried To Stop A War: Katherine Gun And The Secret Plot To Sanction The Iraq Invasion de Marcia et Thomas Mitchell, ce thriller suivra Katharine Gun un agent de la NSA arrêtée pour avoir révélé l’opération d’espionnage américano-britannique en vue d’obtenir l’autorisation de l’ONU pour l’invasion de l’Irak.

 

 L’info de dernière minute : le trailer d’Alice au Pays des Merveilles 2

Dans ce teaser du deuxième volet, la voix d’Alan Rickman se mêle à la musique. Dans le premier volet d’Alice au Pays des Merveilles, il était Absolem la chenille que vous pourrez entendre plus longuement au cinéma en Mai 2016.

https://www.youtube.com/watch?v=8bdlZ3_tiWA

Star Wars IX : Colin Trevorrow se la joue Gravity

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De passage au Festival du Film Indépendant de Sundance, le réalisateur Colin Trevorrow, chargé par LucasFilm de clore la trilogie initiée par J.J Abrams, avec Star Wars IX, s’est fendu de quelques révélations pour le moins étonnantes. Si l’on est ravi de le voir poursuivre le travail visuel de ses prédécesseurs, en favorisant un tournage en argentique, on ne peut qu’être circonspect de le voir affirmer tout sourire, vouloir tourner son épopée de science-fiction dans un endroit tout simplement insolite : l’Espace. 

Soutenu dans sa démarche par Christopher Nolan, qui avait en son temps émis les mêmes démarches pour shooter quelques plans de son Interstellar, il semblerait donc que Trevorrow vienne s’ajouter au bal des réalisateurs tentant désespérément de laisser une trace dans leur art. Non content d’avoir reçu l’aval o combien symbolique de Steven Spielberg sur son précédent film Jurassic World, il semblerait donc que, sans doute pour se détacher de cette image de yes-man attachée à lui après le succès du film (en l’occurrence un remake), le réalisateur américain ait décidé de voir les choses en grand pour son Star Wars IX en ayant révélé sa volonté de tourner dans l’espace.

« J’ai demandé : pouvons-nous filmer dans l’espace en Imax aujourd’hui pour Star Wars ? Je n’ai pas encore reçu de réponse, mais il y a déjà eu des tournages IMAX dans l’espace ! »

Si on ne peut que rester circonspect devant l’absurdité d’une telle demande, qui si elle se voit teintée d’une volonté à accoucher plus grand réalisme n’en demeure pas moins un défi technique titanesque, on doit au moins reconnaitre à Trevorrow l’idée de vouloir donner  aux spectateurs avec son Star Wars IX un véritable bouquet final, similaire au Retour du Jedi en son temps, qui en donnant à voir la déculottée en règle de l’Empire, continue de s’imposer comme l’un des épisodes majeurs de la saga initiée par George Lucas.

LeMagduCiné s’allie à TCM Cinéma pour plus de passion !

TCM Cinéma & leMagduCiné : Plus de films, plus d’écrits, plus de cinéphiles 

              Si le début de l’année 2016 a été marqué par le deuil dans le monde du cinéma – avec le décès de grands noms tels que Michel Galabru, Alan Rickman et Marc Cassot (grand doubleur français)–, il a aussi apporté quelques bonnes nouvelles. En octobre 2015, lors de la Soirée George Lucas chez TCM Cinéma, LeMagduCiné s’est lié avec la célèbre chaîne câblée de télévision entièrement dédiée au cinéma.

           Dès ce mois de février débute alors une série de nouveaux écrits critiques / historiques / théoriques qui travailleront les films programmés par la chaîne. Cette collaboration nous & vous permettra de (re)découvrir des anciens films et d’autres relativement récents. Il s’agira donc d’élargir ensemble le spectre de notre cinéphilie qui est, comme s’annonce le prochain Star Trek réalisé par Justin Lin, sans limite ! À noter toutefois que les films proposés par la chaîne sont des productions américaines.

         Au programme de ce mois février, nous rédigerons un écrit sur Gene Kelly célébré par TCM Cinéma via sa rétrospective mensuelle. Seront faits aussi des retours de quelques-unes de leurs interviews, notamment celles de Quentin Tarentino et James Cameron. De plus, il vous sera proposé les critiques de l’énigmatique Usual Suspects (Bryan Singer, 1995), du coloré et énergique Un Jour à New-York (Stanley Donen et Gene Kelly, avec Gene Kelly et Frank Sinatra, 1950), du guerrier Les Maraudeurs attaquent (Samuel Fuller, 1962), et enfin du physique On achève bien les chevaux (Sydney Pollack, 1969).

            Si l’on espère que notre programme d’écriture vous comblera, nous ne pouvons que vous conseiller d’étendre le vôtre en découvrant les nombreux autres films proposés par TCM Cinéma : Syriana (Stephen Gaghan, 2005) Butch Cassidy & Le Kid (George Roy Hill, 1969), El Dorado (Howard Hawks, 1966), Nashville (Robert Altman, 1975), Les Ailes (William Wellman, 1927), Elephant (Gus Van Sant, 2003), Le Renard du Désert* (Henry Hathaway, 1951), Les rats du désert* (Robert Wise, 1953)The Rain People (Francis Ford Coppola, 1969), Sailor & Lula (David Lynch, 1990), et bien d’autres films à (re) découvrir sur TCM Cinéma.

            Retrouvez ici le programme de la chaîne TCM Cinéma :

http://www.tcmcinema.fr/guide-tv

            Nous vous souhaitons d’excellentes lectures et (re)découvertes cinématographiques. Ci-dessous, la bande-annonce de notre prochain rendez-vous filmique :

*Tous deux avec James Mason dans le rôle du maréchal Erwin Rommel.

Beira-Mar ou l’âge des premières fois : Critique

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Si de prime abord Beira-Mar ou l’âge des premières fois fait penser aux films nordiques avec ces couleurs et ces teintes pâles, à la manière de Natür Therapy, le long-métrage s’avère être un film brésilien se déroulant sur le littoral. Les couleurs bleutées et grisâtres nous font voir un paysage maussade, que l’on se passerait de découvrir.

Synopsis : C’est l’hiver au Brésil. Lorsque Martin doit rejoindre le littoral et rencontrer pour la première fois la famille de son père, il propose à son meilleur ami de l’accompagner. Tomaz accepte, voyant ce séjour comme l’occasion de raviver leur amitié. Dans cette maison faisant face à une mer froide et déchaînée, les deux adolescents passent leurs journées ensemble, à l’écart du monde. Sur fond de quête identitaire et d’at
traction mutuelle, ils vont découvrir le doute, la jalousie et l’amour.

Ainsi, une nouvelle image du Brésil s’offre aux spectateurs. Alors que les lieux communs relatifs au pays de la samba renvoyaient des places ensoleillées, des plaines verdoyantes et des villes colorées, Beira-Mar fait valoir une côte brésilienne triste, comme si le temps s’était arrêté et que le paysage était en adéquation avec la mine cendreuse de nos deux compères. S’ils voyagent à des fins familiales, leurs déambulations relèvent plus du voyage initiatique, comme si chacun allait ressortir plus grand de ce voyage. Entre boîte de nuit, soirées dans une villa au bord de mer qui relèvent de l’orgie et discussions abordant toutes sortes de thèmes, plus personne ne sait où donner de la tête.

Martin et Tomaz sont les protagonistes principaux, amis de longue date et complices, à la manière de deux frères. Chacun tentera de se reconnaître dans un des deux personnages : alors que Tomaz à l’air d’être en quête d’identité, de nature assez frêle, plus petit que son camarade, Martin nous apparaît comme un personnage plus sur de lui, faisant face à son père, mais lui aussi dans une certaine quête identitaire, en résulte la rencontre avec des membres de sa famille qu’il n’avait pas vu depuis 10 ans. Toutefois, leur comportement intrigue et fait survenir des interrogations : les deux garçons sont-ils réellement amis ? Ne cherchent-ils pas plus que ça ? Alors qu’un semble assumer son hétérosexualité en couchant avec les filles s’offrant à lui, l’autre boit pour oublier et pour repousser le dit moment, comme si l’acte sexuel devenait embarrassant, à la manière d’un fardeau honteux. Ainsi, on apprend l’homosexualité de Tomaz. Malheureusement, tout s’avère bien trop prévisible. Certes, des détails sont éparpillés tout au long de la pellicule, mais les réalisateurs cherchent à émouvoir et provoquer une certaine empathie lors de cette révélation, n’en résultent des dires qui ne font qu’être affirmés. Cependant, la suite surprend et pourra laisser le spectateur pantois. Les garçons sont comme des frères, sont des plus proches, et finiront pas coucher ensemble. Après une discussion s’en suit une scène de sexe que l’on découvre sous des angles auxquels nous ne sommes pas habitués au cinéma. Par leurs choix de cadre et par une ambiance sonore travaillée, Filipe Matzembacher et Marcio Reolon laissent sous-entendre fellation et sodomie. Ainsi, Beira-Mar se confirme dans son statut de quête sexuelle, hétérosexuelle à la base, homosexuelle au final. Attention, rapports et amour ne sont pas magnifiés. Aucune musique extra-diégétique ne vient assagir la scène. Le maquillage n’est pas non plus de rigueur dans Beira-Mar, les visages des protagonistes sont marqués : boutons, traces rouges ou petites plaies nous laissent découvrir des jeunes dans la fleur de l’âge, s’immisçant petit à petit dans la vie d’adulte, une vie qu’ils ne cessent de repousser. Il est également intéressant de souligner que Mateus Almada et Maurício José Barcellos sont deux acteurs amateurs, dont un a été repéré sur Facebook. Si leur personnage ne sont pas des plus démonstratif, leur interprétation est sujette à une certaine sensibilité et une naïveté qu’il est agréable à voir. Les deux jeunes hommes s’aident à grandir mutuellement, et leur complicité est belle à voir.

Filipe Matzembacher et Marcio Reolon nous donne donc à voir l’homosexualité masculine, là où Abdellatif Kechiche avait levé le voile sur une homosexualité féminine. Certains assimileront les deux films, le bleu des cheveux de Tomaz rappelant ceux de Léa Seydoux dans La Vie d’Adèle et pourtant, Beira-Mar a été tourné en 2012. Par conséquent, les réalisateurs n’avait aucun connaissance du projet du réalisateur franco-tunisien, et n’étaient pas au fait du roman graphique Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh, à l’origine du film de Kechiche.
Même si le sujet traité, la quête d’identité sexuelle, s’avère intéressant, Beira-Mar ou l’âge des premières fois est un film fade et plutôt impersonnel, aux personnages manquant de caractère et de force. Tomaz et Martin ne sont pas assez charismatiques pour espérer emporter l’empathie du public, malgré une certaine sensibilité dans le jeu des deux acteurs principaux.

Fiche technique : Beira-Mar

Titre original : Beira-Mar
Titre français : Beira-Mar ou l’âge des premières fois
Réalisation : Filipe Matzembacher, Marcio Reolon
Scénario : Marcio Reolon, Filipe Matzembacher
Interprétation : Mateus Almada, Ariel Artur, Mauricio Barcellos, Irene Brietzke, Elisa Brittes, Maitê Felistoffa
Direction artistique : Manuela Falcão
Montage : Bruno Carboni, Germano de Oliveira
Musique : Felipe Puperi
Photographie : João Gabriel de Queiroz
Son : Tiago Bello
Production : Marcio Reolon, Tainá Rocha
Sociétés de distribution (France) : Epicentre Films
Genre : Drame
Durée : 83 minutes
Dates de sortie : 17 février 2016

TCM Cinéma Programme : Usual Suspects

[Critique] Usual Suspects

Diffusé sur TCM à partir du mardi 02 février

Synopsis : après l’attaque et l’incendie d’un bateau, l’agent des douanes Dave Kujan et l’agent du FBI Jack Baer interrogent les deux seuls rescapés, un marin hongrois grièvement brûlé et un petit arnaqueur boiteux, Verbal Kint.

Dans le cadre du partenariat entre LeMagduCiné et TCM Cinéma, nous vous proposerons régulièrement des critiques de films diffusés sur la chaîne de cinéma.

Olivier Assayas écrivait à propos d’Hitchcock : « Hitchcock est le grand cinéaste manipulateur. Il joue au chat et à la souris avec le spectateur, met en place des mécaniques, des leurres, qui conduisent son public où il le désire. On peut d’ailleurs trouver cette manipulation perverse». Le minimum que l’on puisse dire, c’est que Bryan Singer, pour son deuxième long métrage, a retenu les préceptes du maître.

Double temporalité

Usual Suspects est un film jouissif, un polar tendu construit avec maestria. Le scénario, écrit par Christopher MacQuarrie (futur réalisateur de Mission Impossible : Rogue Nation) alterne deux chronologies différentes : le présent (l’enquête sur le massacre du bateau dans le port de San Diego) et le passé (récit de Verbal Kint), construction que l’on avait qualifiée de complexe à la sortie du film. De fait, le scénario est loin d’être compliqué, et le spectateur peut sans problème remettre dans l’ordre les épisodes. Mais cette organisation permet à Singer d’arriver là où il veut nous mener et d’entraîner les spectateurs dans un jeu de manipulation diabolique.

Le passage d’une temporalité à l’autre se fait par un réseau dense de références internes et de renvois qui assurent une cohérence à l’ensemble. Du coup, la narration se fait avec une impeccable fluidité : une fois embarqué dans le navire de Singer, on n’en sort pas. Sa durée courte (1h45) lui assure un rythme rapide, malgré les scènes d’action peu nombreuses. Enfin, sa construction en flashback, nous rappelant constamment que presque tout le monde est mort sur ce bateau, donne un aspect de tragédie moderne à cette histoire de gros coup, renvoyant aux classiques du genre. De plus, ces deux temporalités sont assumées par deux narrateurs différents, puisque le passé est vu uniquement à travers le témoignage de Verbal Kint. Cela permet à Singer de s’amuser très subtilement sur le rôle des différents narrateurs.

Deux coups de génie

A priori, pas de grande originalité dans le déroulement du scénario ni dans l’histoire elle-même, qui reprend un des thèmes importants du polar (l’alliance de cinq petits malfrats dans le but de faire un gros coup), mais une grande maîtrise dans son système narratif. Cependant, le synopsis met l’accent sur deux énigmes autour desquelles tourne toute l’histoire. La première énigme, c’est le coup du bateau lui-même. On nous annonce dès le début qu’il s’agissait d’un trafic de drogue, mais plus l’enquête évolue, plus le flou s’installe autour de ce qui s’est réellement passé sur un quai de San Diego. Chaque nouvelle information, au lieu de clarifier la situation, renforce encore l’énigme.

L’autre coup de génie, c’est Keyser Söze. Criminel fantôme, sorte de Croque-Mitaine du monde des petites frappes, Père Fouettard ultime, son personnage marque d’une façon indélébile les spectateurs du film. Véritable mythe, légende urbaine, il emploie tout le monde en même temps (certains travaillent indirectement pour lui sans même le savoir) et son invisibilité lui permet d’être à la fois partout et nulle part simultanément. Légende pour les uns, terrifiante réalité pour les autres, on nous le présente avec une aura si légendaire qu’il en devient mythique. La scène où Kint raconte la légende de Söze en Turquie est filmée d’une façon tellement irréelle qu’elle renforce le flou du spectateur.

Réflexion sur les mythes, jeu sur la narration, Singer réemploie les ingrédients traditionnels du genre pour s’amuser avec son spectateur. Série B réalisée avec relativement peu de moyens et des acteurs alors inconnus mais remarquables à tout point de vue, Usual Suspects est un film qui peut se voir et se revoir avec le même plaisir, tant il restera toujours des réponses à la question : comment se fait-on manipuler par un cinéaste ?

Usual Suspects : Bande annonce

Usual Suspects : Fiche technique

Réalisateur : Bryan Singer
Scénariste : Christopher MacQuarrie
Interprètes : Gabriel Byrne (Dean Keaton), Kevin Pollack (Todd Hockney), Stephen Baldwin (Michael MacManus), Benicio DelToro (Fenster), Kevin Spacey (Verbal Kint), Pete Postlethwaite (Kobayashi), Chazz Palminteri (Dave Kujan), Giancarlo Esposito (Jack Baer).
Musique et montage : John Ottman.
Directeur de la photographie : Newton Thomas Sigel
Producteur : Michael McDonnell, Bryan Singer.
Compagnies de production : Polygram Filmed Entertainment, Spelling Films International, Blue Parrot, Bad Hat Harry Productions, Rosco Film GmbH.
Compagnies de distribution : Polygram Filmed Entertainment.
Date de sortie : 25 janvier 1995.
Durée : 1h46
Budget : 6 millions de dollars
Récompenses : Oscars du meilleur scénario original (Christopher MacQuarrie)
Oscar du meilleur second rôle masculin (Kevin Spacey)

Diffusé sur TCM à partir du 02 février 2016

La Chanteuse de pansori, un film de Im Kwon-taek: Critique

Im Kwon-Taek est un des cinéastes asiatiques les plus prolifiques et demeure pourtant l’un des moins reconnus dans l’Hexagone. Son prix de la mise en scène en 2002 à Cannes pour « Ivre de Femmes et de Peinture » laissait présager un meilleur avenir pour son auteur, ce film étant à ce jour son plus grand succès chez nous.

Synopsis: Deux orphelins, Dongho un garçon et Songwha une fille, recueillis par un chanteur itinérant de pansori, Yubong, apprennent sous sa rude férule, à devenir musicien et chanteuse. Ils vivent des représentations données en public dans les villages. Mais après la guerre, les gens ne s’intéressent plus à cet art méprisé. Dongho part, fuyant la misère, la brutalité de son père. Songwa tombe malade et refuse de chanter. Pour qu’elle perpétue le pansori, sa douleur et sa peine, Yubong la rend aveugle. A travers un mélo superbe, un hommage à une tradition culturelle coréenne.

L’Art de Vivre

Force est de constater qu’il n’en aura rien été. Il faut dire que sa carrière n’a pas été un long fleuve tranquille, lui-même ayant tardé à vouloir dévoiler son œuvre au grand public. Son passé de militant communiste au plus fort de la dictature coréenne, qui n’était qu’alors un seul état, l’obligeait à produire des longs-métrages de commande populistes et manichéens. Ce n’est que lors de la scission du pays que le gouvernement mettra tout son pouvoir pour faire de sa cinématographie une rivale conquérante à la Nouvelle Vague mondiale.

 La Chanteuse de Pansori regroupe un panel d’obsessions propre au réalisateur. C’est d’abord un bel hommage à la culture traditionnelle de la péninsule, le Pansori étant un de ses plus anciens marqueurs sociaux. Mais c’est surtout un chant liturgique qui requiert une attention toute particulière, la voix servant de catalyseur aux émotions qu’il dégage. C’est enfin un art de vivre, où il faut puiser au plus profond de son être pour matérialiser la puissance démiurgique de l’incantation. Le propos, au-delà de faire revivre ce pan oublié de L’Histoire, est de nous faire ressentir la douleur qu’éprouvent ceux qui tentent de le conserver. Le récit alterne alors des moments de plénitude totale avec d’autres sentiments beaucoup plus diffus où sourd une grande mélancolie. C’est cette alternance qui lui donne sa puissance émotionnelle et lui redonne les lettres de noblesse qu’il mérite. Il faut prendre la pleine mesure de ce grand film en se laissant porter par la grâce des personnages qui s’échinent péniblement à un jusqu’au boutisme cathartique.

Le noyau familial est également une autre de ses grandes préoccupations. Il n’y a qu’à voir son désir de reconstruire le lien du sang dans l’adversité, tant il s’acharne à lui faire subir les pires épreuves. Il tire de cet éclatement un regard très juste sur la complexité des relations humaines. Son vécu personnel s’en ressent, lui qui fit partie d’une grande cellule dont les membres s’éparpillèrent plus que de raison. Les uns morts au combat pour servir la Patrie, les autres s’évitant et se conspuant pour cause de traîtrise. Il met probablement un peu de lui dans chacun des hommes et des femmes qu’il suit avec une infinie tendresse. Ce faisant, il ne leur épargne pourtant aucune concession. Le père est cet figure rustre et alcoolique qui admoneste sa progéniture dans le but ultime de transmettre son savoir. Il ne tergiverse jamais avec le respect et exige un don de soi total. Le fils, peu courageux, est celui qui n’a pas su se forger le mental d’acier pour tracer la route paternelle. Les regrets lui en seront éternels. Enfin la fille représente la force de caractère que la cécité soudaine pousse dans un retranchement insoupçonnable. Il est permis de penser que cette force de la nature est la personne pour qui le maître  a le plus d’empathie.  Son admiration pour les femmes est sans borne. Sûrement s’imagine-t-il que la gente féminine représente le mieux l’abnégation dont doivent faire preuve les aspirants garants à la transcendance.

Car il ne s’agit finalement que de cela. Il faut pouvoir se donner corps et âme à son art pour en légitimer l’esprit spirituel. Traverser les peines et les joies, masquer ses peurs et ses faiblesses, garder sans cesse espoir dans une forme d’abandon. Aussi illusoire soit-elle. C’est le sens de ces dernières séquences bouleversantes  où frère et sœur se retrouvent par la grâce du chant. Il leur suffit de quelques notes pour s’avouer un amour fraternel. Peu de mots, des gestes hésitants mais une même sensation d’éternité. Dans la continuité, le géniteur ose enfin avouer à sa fille les raisons de ses tourments, signe qu’il lui reconnaît sa pleine dévotion. On comprend par là que la culpabilité est la grande affaire d’Im Kwon-Taek, qui infuse par touches latentes la majeure partie de la structure narrative du scénario. Il semble ainsi y solder le deuil d’idéaux longtemps lourds à porter. Le long pèlerinage parcouru par ces pauvres hères procède d’un langage divinatoire  où chaque pas effectué les libère d’un sacerdoce blasphématoire. C’est  un chemin de croix dont ils ne peuvent réchapper, guidés qu’ils sont par une puissance imperceptible et intangible.

La mise en scène se joue d’une temporalité étendue et laisse vivre dans son expression la plus simple les éléments naturels qui entourent les troubadours. L’hiver glace les cœurs endeuillés qui se perdent tandis que l’automne ravit l’espoir d’une union fragile. L’horizon s’obstrue d’une pleine lune qui aveugle la pensée alors que le soleil du petit matin réchauffe le sang d’une fratrie embaumée. Elle saisit avec une incroyable dextérité la pesanteur des situations et ranime la flamme avec passion lorsqu’elle devient nécessaire. Et les comédiens en arrivent à une extase telle qu’ils s’oublient devant la caméra, surs que leurs faits et gestes trouveront la pleine mesure de leur expression avec la virtuosité du cinéaste.

Bande annonce La Chanteuse de Pansori

La Chanteuse de pansori: Fiche technique

Titre : La Chanteuse de pansori
Titre original : Seopyeonje (서편제)
Réalisation : Im Kwon-taek
Scénario : Kim Myung-gon, d’après le roman de Lee Chung-joon
Casting : Kim Myung-gon : Youbong, Oh Jung-hae : Songhwa, Kim Kyu-chul : Dong-ho, Shin Sae-kil, Ahn Byeong-kyeong : Naksan
Production : Lee Tae-won
Société de production : Taehung Pictures
Musique : Kim Soo-chul
Photographie : Jung Il-sung
Montage : Park Sun-duk
Pays d’origine : Corée du Sud
Langue : coréen
Format : Couleurs – 1,85:1 – Dolby – 35 mm
Genre : Drame, musical
Durée : 112 minutes
Dates de sortie : 10 avril 1993 (Corée du Sud), 22 novembre 1995 (France)

Auteur : Le Cinéphile Dijonnais

Mysterious object at noon, un film d’Apichatpong Weerasethakul : Critique

Synopsis : Sillonnant la campagne thaïlandaise, une équipe de tournage demande aux personnes rencontrées en chemin de prendre la parole devant la caméra. Sur le principe du cadavre exquis, chacun invente successivement les péripéties d’un conte étrange. Celui d’un garçon infirme qui découvre un beau jour son institutrice évanouie et une mystérieuse boule sur le plancher. La boule se métamorphose et prend soudain les traits d’un petit garçon…

Work in progress

Le réalisateur Apichatpong Weerasethakul possède aujourd’hui une renommée internationale : il a été primé plusieurs fois au sein de festivals prestigieux, notamment à Cannes (Palme d’or en 2010 pour son film Oncle Boonmee). Découvrir les débuts d’un cinéaste, c’est toujours un petit privilège. Mysterious object at noon est le premier long métrage de Weerasethakul, réalisé en 2000, resté inédit jusqu’à sa récente restauration et sa sortie en janvier 2016. Regarder ce film aujourd’hui, à la lumière des récentes œuvres du réalisateur est intéressant pour voir comment le travail de ce dernier a évolué et quelles sont les constantes qui innervent ses créations.

Mysterious object at noon est l’œuvre d’une expérience. A mi-chemin entre travail documentaire et mise en scène de fiction, Weerasethakul fait reposer son scénario sur le principe du cadavre exquis. Il élabore la structure de son récit : un jeune infirme étudie auprès de son institutrice, celle-ci perd connaissance. En essayant de la réveiller, le jeune garçon trouve aux côtés de l’enseignante un objet sphérique étrange qui se transforme en petit garçon. A partir de cette base, le réalisateur propose à ses personnages de prendre les rênes de l’histoire et d’en raconter la suite. Ses acteurs, non-professionnels, il les filme partout à travers la Thaïlande, dans chaque village qu’il traverse avec toujours la même attention portée à ceux qui sont montrés.

Bien que le résultat final du film puisse laisser un goût d’inachevé, compte tenu du lien trop lâche qui relie les différents interprètes de l’histoire de l’infirme, on note néanmoins une réelle envie de filmer l’autre, de prendre le temps de montrer qui il est aux spectateurs, de lui laisser le temps de s’exprimer. Cela donne au film des accents méditatifs que l’on retrouve au sein de sa filmographie. Mysterious object at noon est un film expérimental. Le réalisateur y explore les possibilités formels et scénaristique du médium film et offre à son public un mystérieux objet, à la fois travail en train de se faire et premier jalon d’une œuvre à venir.

Mysterious object at noon : fiche technique

Titre original : Dokfa nai meuman
Thaïlande
Genre : premier long métrage
Réalisé par : Apichatpong Weerasethakul
Image : Prasong Klimborron et Sayombhu Mukdeeprom
Montage : Tony Morias et Apichatpong Weerasethakul
Son : Sirote Tulsook Paisit
Date de sortie : 27 janvier 2016

Festival de Gérardmer 2016 : Le Bilan de la Rédaction

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Festival International du Film Fantastique de Gérardmer 2016 : Bilan

Gérardmer, c’était bien mais Gérardmer, c’est déjà fini. Après cinq jours intensifs de projections non-stop et de pluie battante dans la commune vosgienne, le jury présidé par Claude Lelouch a rendu son verdict. Si on ne s’étonnera pas qu’il ait fait jaser dans le public de la cérémonie de clôture (Evolution et JeruZalem ont été hués), les meilleurs films de la compétition ont néanmoins été récompenses. Bone Tomahawk est la claque implacable de ce festival, tandis que Southbound est un efficace film à sketchs horrifiques sans oublier le jubilatoire et chouchou du public The Devil’s Candy alors que l’envoûtant et terrifiant The Witch est -certes- salué mais ne récolte qu’une maigre récompense. Comme chaque année, il y a du bon et du moins bon. Des films qui vont annoncer la couleur du genre dans les mois à venir et ceux qui vont inévitablement tomber dans l’oubli. Alors si malheureusement, la rédaction n’a pas tout vu, de nombreux films ont néanmoins été visionnés et c’est l’occasion pour nous de vous donner un avis avec le recul nécessaire post-cérémonie pour juger ces films.

[EN COMPÉTITION] The Witch

Réalisé par Robert Eggers (Etats-Unis, 2015). Date de sortie prochainement annoncée.

Synopsis : Au XVIIème siècle, une famille puritaine de Nouvelle-Angleterre vit seule dans des contrées sauvages. Alors que son nouveau-né disparaît que sa fille est suspectée de sorcellerie, la famille commence à être fragilisée par un mal mystérieux.

Un an. Ça fait fait un an qu’un certain et très sobrement intitulé The Witch, film de sorcières d’un illustre inconnu jouit d’une excellente réputation. Sa première projection à Sundance 2015 avait laissé les spectateurs tétanisés et les critiques faisaient déjà l’éloge d’un nouveau cinéaste décidé à marquer le genre. Un an que The Witch fait donc son petit bonhomme de chemin, ne s’immisçant que très peu dans les autres festivals internationaux, conservant une aura mystique et mystérieuse autour de lui. Et voilà qu’il débarque à Gérardmer, prêt à en découdre avec des festivaliers à qui il en faut plus pour les effrayer. Autant le dire tout de suite, on n’a jamais vu une telle représentation du mythe de la sorcière au cinéma. Enfin une relecture viscérale qui va au bout des choses, n’hésite pas à choquer et remettre en questions toutes les croyances universelles. A contre-courant de tout ce qui a déjà été crée, Robert Eggers est un réalisateur qui casse les codes, suggère plus que ne représente et va jusqu’à sous-entendre que l’origine du mal démarre dans l’enfance (par l’hypocrisie des adultes). Robert Eggers propose avec ce film une réflexion intéressante sur le domaine de la croyance et de la condition humaine. L’hypocrisie de l’homme est pointé du doigt, celui qui se dit vertueux alors qu’il n’est au fond qu’attirer par le pêché et cède sans demi-mesure dans le mensonge, par vanité. Comme l’indique le générique final, Robert Eggers a potassé le sujet en faisant appel à un nombre conséquent de documentations sur le moyen-âge et les procès contre les sorcières. Tout ce qui est dit dans le film provient de procès ayant « réellement » existé. Tout ce qui entoure cette représentation de la sorcière est souligné, sublimée par une photographie aussi crasseuse que brumeuse, froide et anxiogène où le Mal peut prendre aussi bien prendre la forme d’un chaperon rouge ou d’un bouc. Sans compter une lumière sublime qui participe à l’ambiance moyenâgeuse de ce premier long métrage. The Witch est une ode au Mal, ou tout du moins tente de le comprendre et de l’expliquer. Le cinéaste n’hésite pas à jouer avec les attentes du spectateur, ce qui donne à son film des allures de suspens où le spectateur s’interroge constamment sur la culpabilité des membres de cette famille (Y’a-t-il vraiment une sorcière ? Quel membre est le coupable ? Sont-ils tous fous ? Qu’en est-il du monde extérieur ?). Si le rythme lancinant pourra en rebuter certains, le dernier quart du film voit la tension s’accentuer dans un climax final tétanisant. Maîtrisé et doté d’une réflexion aussi fascinante que pertinente sur les croyances, The Witch est un film qui aura bien mérité sa réputation festivalière et est assurément la révélation de cette année. C’est peu dire que The Witch nous a foutu la même baffe que It Follows, l’an passé. Un must-see absolu pour tous les fans de genre.

Note de la rédaction : ★★★★☆  

[DOCUMENTAIRE] Lost Soul – The Doomed Journey Of Richard Stanley’s Island Of Dr. Moreau

Réalisé par David Gregory (Etats-Unis, 2015). Date de sortie prochainement annoncée.

Synopsis : Le cinéaste Richard Stanley rêve depuis toujours de porter à l’écran le roman de H.G. Wells L’Île du docteur Moreau. Finalement, au beau milieu des années 1990 et grâce à sa force de conviction, il se retrouve à la tête d’un budget conséquent pour enfin pouvoir donner vie à son projet. Mais le rêve va très vite se transformer en cauchemar, sur fond de batailles d’ego et d’intérêts divergents entre l’art cinématographique et son industrie.

Pour qui aime le cinéma, il est toujours intéressant de jeter un œil sur les making-of ou les documentaires qui reviennent sur la genèse d’un film. Ne-serait-ce que pour comprendre les mécanismes de production d’un film ou s’intéresser aux différents corps de métier et voir à quel point le cinéma est un art et un travail d’équipe magnifique. Mais il est encore plus fascinant de voir les films qui se sont fait dans la douleur ou ne sont pas fait pour comprendre à quel point la réussite d’un film tient sur un fil. On se souvient du tournage chaotique et inachevé de Don Quichotte de Terry Gilliam dans Lost in la Mancha, de l’éprouvant Apocalypse Now de Francis Ford Coppola dans Aux Coeurs des Ténèbres ou de Fucking Kassovitz qui revient sur le bordel  monstre qu’a été Babylon A.D. Mais si ces documentaires vous avaient déjà laissé bouche-bée sur la manière dont la production d’un film peut tourner au carnage, alors il faut absolument que vous voyez Lost Soul. Ce documentaire revient sur l’hallucinante genèse du film L’île du Docteur Moreau de John Frankenheimer avec Marlon Brando et Val Kilmer. Je viens de dire que le film est de John Frankenheimer mais le projet est à la base partie d’une idée de Richard Stanley, très réputé autrefois dans le cinéma indépendant. Jouissant d’un confortable budget hollywoodien, il a participé à toute l’écriture du scénario, la pré-production et était présent les premières semaines du tournage pour mettre en image ce livre qui le hante depuis sa plus tendre enfance. Lost Soul revient donc sur l’incroyable histoire d’un échec historique. Jamais on ne s’ennuie devant ce film où plus le récit avance, plus le film devient incontrôlable et montre à quel point le projet est parti dans des directions inimaginables. Il arrive même à nous surprendre constamment et montrer quand bien on croyait avoir tout vu que le pire n’était pas encore arrivé. On apprend ainsi qu’un cyclone a bloqué le tournage du film, que Val Kilmer a été exécrable avec toute l’équipe, que Marlon Brando en avait rien à foutre du film et se moquait éperdument du tournage (à partir du moment où il a échappé des mains de Richard Stanley), que le tournage a duré six mois au lieu de six semaines, que Richard Stanley a fait appel à la sorcellerie pour maudir ce film, qu’il a disparu dans les forêts australiennes, que John Frankenheimmer n’a fait qu’hurler pendant le tournage, que l’alcool et la drogue ont coulé à flot dans les soirées avec l’équipe, et caetera, et caetera. C’en est absolument dément de voir à quel point ce film est devenu incontrôlable. Pour ce documentaire, David Gregory s’est approprié tous les points de vue de cet avortement cinématographique. Tous les corps de métiers d’un film (producteurs, réalisateurs, assistants réalisateurs, acteurs(rices), régisseurs, costumiers, maquilleurs, locaux, etc.) ont eu le droit à la parole et c’est ce qui donne son authenticité à ce récit. Tous s’accordent à dire que le film aurait pu marquer l’histoire du cinéma fantastique tant Richard Stanley semblait avoir un regard visionnaire sur l’oeuvre de H.G. Wells. Si on le savait déjà, on se rend compte à quel point l’équilibre d’un film est délicat tant le système de production cinématographiques contient son lot de failles, d’égos surdimensionnés, d’individus aussi m’en-foutistes que perchés, et de solutions casse-gueules. Lost Soul est un documentaire tellement incroyable qu’il mériterait d’être adapté en long métrage. Un incontournable absolu dans la catégorie « documentaire sur le cinéma ».

Note de la rédaction : ★★★★★  

[EN COMPÉTITION] The Devil’s Candy

Réalisé par Sean Byrne (Etats-Unis, 2015). Date de sortie prochainement annoncée.

Synopsis : Un artiste et sa famille s’installent dans la maison de leurs rêves. Des forces démoniaques se mettent peu à peu à envahir les tableaux du peintre et à devenir une menace pour ses proches…

Certains amateurs du genre se souviennent peut-être de The Loved Ones, un brillant et éprouvant premier film d’horreur, qui avait par ailleurs obtenu le Prix du Jury à Gérardmer en 2011. Cette incursion dans le genre avait révélé Sean Byrne et on attendait impatiemment de ses nouvelles. C’est désormais chose faite avec The Devil’s Candy où le cinéaste tasmanien abandonne le torture-porn pour se tourner vers le slashero-thriller démoniaque. Le film démarre de la plus classique des manières : Dans une maison de campagne éloignée de la ville, un homme entend des voix et tue sa mère. On apprend que son père se suicidera par la suite. La maison est rachetée par une famille qui s’installe et tente de prendre ses marques. Le père de famille ne va pas tarder à entendre ces mêmes voix. On croirait là avoir affaire à un ersatz d’Amytiville. Mais heureusement, Sean Byrne prend la bonne voie pour livrer un film bien différent des attentes crées par l’introduction. Si la trame narrative s’avère bien plus classique que son précédent, elle se révèle tout aussi diablement efficace. Le cinéaste semble privilégier la mise en scène puisqu’il fait preuve d’une maîtrise magnétique qui donne un aspect des plus envoûtants à la photographie et au montage. La lumière est en ce sens un modèle de ce qu’il faut faire pour installer une ambiance sans tomber dans la caricature. A cela, il faut noter une bande-son composée de morceaux de métal et de hard-rock qui correspond à l’état d’esprit de cette famille d’artistes (la composition musicale a d’ailleurs obtenu le Prix de la Musique Originale à Gérardmer). Par ailleurs, on s’attache énormément aux personnages du film tant si bien que malgré sa trame classique, le réalisateur nous saisit et suscite notre empathie. Un effort remarquable tant les films de genre codifiés nous mettent face à des personnages caricaturaux ou vides de sens. La seconde partie du film vire littéralement dans le slasher pur et brutal avec un enchaînement d’événements qui accentuent une tension déjà bien pesante. The Devil’s Candy était donc la séance Grand Huit de ce festival. On connaît le chemin mais c’est toujours avec le même plaisir qu’on le prend.

Note de la rédaction : ★★★★☆ 

[HORS COMPÉTITION] Cooties

Réalisé par Jonathan Milott & Cary Murnion (Etats-Unis, 2014). Date de sortie en DVD/Blu-Ray/VOD prochainement annoncée.

Synopsis : Infectés par un mystérieux virus, des écoliers deviennent des créatures sauvages et meurtrières qui menacent les enseignants…

Les fans de Lloyd Kaufman et amateurs des films Troma connaissent assurément Poultrygeist : Night of the Chicken Dead, une série Z extrêmement assumée et jubilatoire comme pas permis. Le modèle du film idéal dans une soirée entre potes, bières et pizzas. Cooties en est son pendant, son spin-off plus gentil mais dans cette même veine délirante. A la suite d’un nuggets pourri, tous les enfants qui n’ont pas encore fini la puberté deviennent des infectés et se mettent dans une rage folle envers les non-contaminés. D’un côté, le pitch est porteur d’un potentiel horrifique énorme, de l’autre il y a une dimension comique certaine à voir des adultes défoncer des enfants. Pas étonnant alors qu’on ait Leigh Wannell (sagas Saw/Insidious) et Ian Brennan (la série Glee) à l’écriture du film. Irrévérencieux quand il s’agit de balancer des punchlines bien sentis (la pique sur les hobbits à l’encontre d’Elijah Wood), Cooties devient donc un objet plutôt fendard avec quelques longueurs, un manque d’audace et de gore mais qui se regarde sans déplaisir et s’avère être une séance taillée pour être en festival. Loin d’être un indispensable, Cooties est suffisamment drôle pour mériter le coup d’œil et passer un bon moment.

Note de la rédaction : ★★★☆☆ 

[EN COMPÉTITION] Bone Tomahawk

Réalisé par S. Craig Zahler (Etats-Unis, 2015). Sortie en DVD/Blu-Ray/VOD le 11 mai 2016.

Synopsis : 1850. Dans la paisible ville de Bright Hope, quelque part entre le Texas et le Nouveau-Mexique, une mystérieuse horde d’Indiens en quête de vengeance kidnappent plusieurs personnes. Pour tenter de les sauver, le shérif local, accompagné de quelques hommes, se lance alors à leur poursuite… C’est le début d’un voyage vers l’enfer.

Avant tout, il convient de dire que Bone Tomahawk est le film qui nous aura le plus marqué dans cette compétition et est donc un Grand Prix du Jury entièrement mérité. Car au-delà de ce que le film offre en termes de fantastique, Bone Tomahawk est un film pertinent et ancré dans une actualité bouillante qui lui donne tout son sens. Ces derniers mois ont été dur à la suite des attentats et maintenant plus que jamais, le radicalisme effraie ce qui ne nous empêche pas de vouloir tenir tête et combattre ce mal qui nous a frappé de plein fouets. Bone Tomahawk, c’est l’histoire de citoyens américains qui vont combattre des indiens troglodytes (un autre indien du film dira cette phrase pleine de sens « ils ne sont pas comme moi ») pour tenter de sauver trois individus enlevés. Il faut savoir que ces hommes sont des cannibales à la violence acharnée, véritables monstres de cinéma.  On regrette de voir que le film, qui a remporté un tas de prix (Grand Prix du Jury de Gérardmer et Prix de la Mise en Scène à Sitges, entre autres) à travers le monde, ne sera disponible qu’à partir de mai prochain en VOD et sorties matérialisées. Même pas une sortie en salles ? Déception et incompréhension. On peut s’estimer chanceux de l’avoir vu sur grand écran à Gérardmer. Il faut dire qu’en termes de violence et de brutalité, à l’image de l’Ouest américain, S. Craig Zahler ne lésine pas sur les moyens. La première image du film s’ouvre sur un homme assoupi, se faisant sauvagement égorgé. La chair est écorchée, le sang coule, la respiration devient étouffante et on devine qu’il ne s’agira pas de l’unique image choc du film. La suite tend à installer une dimension contemplative et survival appréciable (mais peut-être pas accessible à tous), donnant au film des allures de western classique. L’intrigue fait donc fi de toute complexité narrative : Des cowboys valeureux partent à la rescousse d’une jolie demoiselle, deux heures durant. C’est tellement simpliste et épuré que le réalisateur assume clairement ce postulat pour le contrebalancer en se dirigeant vers des sentiers qui n’ont encore jamais été foulés au cinéma. C’est aussi grâce à la mise en scène que le film se démarque et prend son envol. Cette dernière prend le temps d’affiner les cadres, de faire durer les plans, de représenter l’étendue de l’Ouest américain qui apparaît comme un territoire inconnu et de jouer sur des contrastes solaires/nuités somptueux. On notera qu’on tient avec Bone Tomahawk la meilleure distribution de ce festival, avec des Kurt Russel, Patrick Wilson, Richard Jenkins et Matthew Fox impeccables, où les dialogues balancés avec hargne sont le fruit d’une écriture ciselée remarquable. On voit très bien le parallèle avec l’actualité récente, surtout quand le film propose d’avoir un recul sur les événements et de ne pas faire des amalgames entre les indiens. Bone Tomhawk se conclue dans une violence effroyable, faisant résonner les cris, tourner les yeux et susciter quelques débuts de malaise (de vrais scènes de carnage). C’est certain, cela faisait un moment qu’un film n’avait pas suscité un tel malaise au sein de notre rédaction. La dernière fois qu’on a été aussi retourné, c’était en novembre dernier.

Note de la rédaction : ★★★★☆ 

[NUIT DÉCALÉE] Freaks of Nature

Réalisé par Robbie Pickering (Etats-Unis, 2015). Sortie le 15 février 2016 en VOD. 

Synopsis : Dans un monde où zombies, vampires et humains cohabitent, la vie d’un lycée est perturbée par l’arrivée des Aliens…

La célèbre et mythique Nuit Décalée de Gérardmer. La fameuse nuit qui permet à des spectateurs déconneurs, alcoolisés et assoifés de mauvais films sympathiques de se décharger dans une programmation qui jouit peut-être d’un trop grand sérieux. Après nous avoir balancé une publicité WTF pour une pizza, des bonbons et des requins gonflables dans la salle, la première séance de cette Nuit s’avère être un crossover ultime. Freaks of Nature combine tout simplement le teen movie, le film de zombies, le film de vampire et le film d’extra-terrestres. Rien que ça. Et justement c’est bien ça le problème. Car en croyant que ce postulat unique lui assure une audience large et une écriture ouverte à toutes les possibilités, Freaks of Nature se révèle extrêmement pauvre en humour. Ni le côté potache, ni les dialogues enfantins ne lui permettent de se démarquer et d’être le film fendard qu’on souhaitait voir dans ce genre d’événement. L’ambiance de la salle a pris un sérieux coup, les bâillements se sont levés et certaines paupières n’ont pas souhaité continuer la projection. Une parodie fades de tous les genres qui ont animé Hollywood ces dernières années. Autant se tourner vers le cinéma d’Edgar Wright qui, avec sa Cornetto Trilogy, arrive à dépeindre tous ces genres avec un humour génial et sans limites.

Note de la rédaction : ★☆☆☆☆  

[NUIT DÉCALÉE] Sharknado 3 : Oh Hell No !

Réalisé par Anthony C. Ferrante (Etats-Unis, 2015). Date de sortie en DVD/Blu-Ray/VOD prochainement annoncée.

Synopsis : Fin et April passent leurs vacances d’été en Floride. Pas de chance ! Cet état, habituellement ensoleillé, est détrempé par la pluie. Mais il y a pire : un Sharknado s’annonce… C’est toute la côte Est, d’Orlando à Washington, qui cette fois-ci sert de garde-manger aux requins volants. Fin et April vont devoir, une fois de plus, sortir le grand jeu…

Faut-il vraiment présenter la saga Sharknado ? Merci aux gars d’Asylum Productions de nous avoir offert le concept le plus délirant possible et qui a étonnamment trouvé un écho auprès du public et des spectateurs de Syfy. On reprend donc les mêmes ingrédients des précédents en poussant encore plus loin le n’importe-quoi (vu qu’Asylum semble avoir fait pété les budgets). Ok la Maison Blanche est détruite, ok le délire requin nous envoie dans l’espace avec David Hasselhoff, ok le casting devient de plus en plus prestigieux (!!!) mais cela n’empêche que ce film reste un navet pour lequel on ne devrait pas avoir la simplicité d’état d’esprit de le diffuser en festival. Des effets-spéciaux cheap aux bavards interminables, Sharknado 3 va paradoxalement plus loin tout en régressant dans le plaisir jubilatoire, lorgnant avec la morosité et l’ennui le plus total. Il fût une époque où l’on ne s’emballait pas autant devant les téléfilms catastrophe de TF1 ou M6. Sharknado reste donc toujours aussi con, lourd et chiant. Il y avait bien un troisième film dans cette Nuit Décalée mais ces deux là ont refroidis même les esprits les plus solides des festivaliers.

Note de la rédaction : ★☆☆☆☆    

[HORS COMPÉTITION] Summer Camp

Réalisé par Alberto Marini (Espagne, 2015). Date de sortie en DVD/Blu-Ray/VOD prochainement annoncée.

Synopsis : En espérant y vivre de nouvelles expériences, quatre jeunes acceptent de travailler comme moniteurs et monitrices dans un camp d’été. La propagation incontrôlable d’une infection qui rend chacun agressif va entraîner le groupe dans une spirale infernale d’horreur et de folie.

Produit par les créateurs de la saga [REC], Summer Camp est un film qui ne restera qu’en festival tant il n’innove rien ce qui a déjà été fait dans le thriller, le film d’horreur et plus spécifiquement le film de contaminé. Tout commence mal dès la présentation des personnages, caricaturaux au possible. On repense déjà avec un certain regret à Bone Tomahawk, The Devil’s Candy et The Witch. Le film trace son chemin sans surprises, on fonce droit vers le déjà-vu pur et dur mais le cinéaste Alberto Marini offre soudainement une intrigue plus intéressante, du moins dans un premier temps. La bonne idée vient du fait que la contamination n’a en effet qu’une durée limitée ce qui fait les personnages contaminés peuvent redevenir normaux à tout instant. Dès lors, le film prend des allures de The Thing à la sauce espagnol où chacun doit faire confiance ou non à l’autre (des quiproquos laissent croire à la culpabilité de certains personnages, sur le point ou non de devenir des contaminés). Les contaminés sont féroces et la brutalité fonctionne à plein régime même si la mise en scène s’avère brouillonne. Le problème, c’est que malgré cette intéressante et inédite tournure narrative, le film s’emmêle dans ce qui faisait sa force et résonne mal sur l’ensemble du film. Le réalisateur semble s’en apercevoir et retombe donc dans le film d’horreur vu mille fois, avec le lot de codes du genre que cela comprend. Paradoxalement, le film se prend tellement au sérieux qu’il en devient drôle et aurait davantage mérité sa place dans la Nuit Décalée. On regrettera que la bonne idée d’une infection à durée limitée soit mal exploitée car Summer Camp avait les arguments pour devenir plus qu’une série B ressassée et hautement dispensable.

Note de la rédaction : ★★☆☆☆    

Tout le palmarès de la 23ème édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer

Malgré quelques déceptions, cela faisait des années que la compétition international du Festival de Gérardmer n’avait pas été aussi bonnes. On repart de ce festival avec l’envie féroce de recommander Bone Tomahawk, The Witch, The Devil’s Candy, Southbound, de discuter des perplexes Evolution et JeruZalem et d’oublier les autres.

Avant de conclure, j’en profite pour remercier l’organisation du Festival de Gérardmer pour nous avoir permis d’assister à toute la manifestation, à l’attaché de presse Aïda BELLOULID pour sa disponibilité et sa gentillesse ainsi que tous les bénévoles du festival qui ont dû braver des pluies diluviennes pour maintenir à flot ce navire si formidable qu’est le Festival à Gérardmer. On ne peut que trop vous conseiller de vous y rendre l’année prochaine. Merci à tous et à l’année prochaine.

Festival de Gérardmer 2016 : Grand Prix du Jury pour Bone Tomahawk

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Bone Tomahawk Grand Prix du 23ème Festival de Gérardmer

Après cinq jours de compétition acharnés entre la dizaine de longs métrages sélectionnés, c’est avec une vive excitation mêlée à une certaine émotion que les festivaliers se sont empressés d’aller assister à la cérémonie de clôture et de remise des prix. On se rappelle que l’an passé, Christophe Gans avait récompensé It Follows de David Robert Mitchell, un choix qui s’était avéré percutant tant le film avait su marquer les esprits et est déjà devenu un incontournable du genre.

Le Jury Longs Métrages de la 23e édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer était présidé par Claude Lelouch et composé de Sophie Audouin-Mamikonian, François-Eudes Chanfrault, Guillaume Gouix, Jonathan Lambert, Gilles Marchand, Dominik Moll, Louise Monot, Mathilde Seigner et Elsa Zylberstein.

Alors après les traditionnels pronostics des festivaliers dans les rangs de l’espace LAC (The Witch et Southbound étaient au cœur des discussions), les remerciements des dirigeants du festival aux partenaires et bénévoles, et le fameux discours du Président du Jury, Monsieur Claude Lelouch, ce dernier annonce les différents primés et sacre enfin Bone Tomahawk de S. Craig Zahler du Grand Prix du Jury, qui se positionne désormais comme l’un des plus attendus films de genre de l’année.

Palmarès du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer 2016 :

Grand Prix du Jury Bone Tomahawk  de S. Craig Zahler (États-Unis/USA)

1850. Dans la paisible ville de Bright Hope, quelque part entre le Texas et le Nouveau-Mexique, une mystérieuse horde d’Indiens en quête de vengeance kidnappent plusieurs personnes. Pour tenter de les sauver, le shérif local, accompagné de quelques hommes, se lance alors à leur poursuite… C’est le début d’un voyage vers l’enfer.

Prix du Jury ex-æquo Évolution de Lucile Hadzihalilovic (France, Espagne & Belgique)

Nicolas, onze ans, vit avec sa mère dans un village isolé au bord de l’océan, peuplé uniquement de femmes et de garçons de son âge. Dans un hôpital qui surplombe la mer, tous les enfants reçoivent un mystérieux traitement. Nicolas est le seul à se questionner. Il a l’impression que sa mère lui ment et il voudrait savoir ce qu’elle fait la nuit, sur la plage, avec les autres femmes. Au cours des étranges découvertes qu’il fera, Nicolas trouvera une alliée inattendue en la personne d’une jeune infirmière de l’hôpital

JeruZalem de Doron Paz & Yoav Paz (États-Unis & Israël)

Deux jeunes Américaines partent en vacances d’été à Jérusalem pendant les cérémonies du Yom Kippour. Mais cette escapade se transforme en véritable cauchemar quand semble s’ouvrir l’une des portes de l’Enfer. Et que sonne le jour du Jugement dernier

Prix de la Critique InternationaleÉvolution de Lucile Hadzihalilovic (France, Espagne & Belgique)

Prix du Public The Devil’s Candy de Sean Byrne (États-Unis)

Un artiste et sa famille s’installent dans la maison de leurs rêves. Des forces démoniaques se mettent peu à peu à envahir les tableaux du peintre et à devenir une menace pour ses proches…

Prix du Jury JeunesSouthbound de Roxanne Benjamin, David Bruckner, Patrick Horvath & Radio Silence (États-Unis)

Dans un désert américain, le long d’une route abandonnée, des voyageurs épuisés – deux hommes en fuite de leur passé, un groupe de rock au féminin en route vers son prochain concert, un homme perdu qui souhaite rentrer chez lui, un frère à la recherche d’une sœur depuis longtemps disparue et une famille en vacances – doivent affronter, au cours de cinq histoires cauchemardesques, leurs peurs les plus terribles et leurs plus sombres secrets.

Prix du Jury Syfy The Witch de Robert Eggers (États-Unis & Canada)

1630, en Nouvelle-Angleterre. William et Katherine, un couple dévot, s’établit à la limite de la civilisation, menant une vie pieuse avec leurs cinq enfants et cultivant leur lopin de terre au milieu d’une étendue encore sauvage. La mystérieuse disparition de leur nouveau-né et la perte soudaine de leurs récoltes vont rapidement les amener à se dresser les uns contre les autres…

Grand Prix du Court MétrageQuenottes de Pascal Thiebaux et Gil Pinheiro (France & Luxembourg)

 Et si La Petite Souris n’était en fait qu’une psychopathe obsessionnelle obnubilée par sa collection de trophées dentaires ? Pour elle, une dent perdue est inacceptable, elle doit impérativement la remplacer… Par tous les moyens…

Prix de la Musique OriginaleThe Devil’s Candy de Sean Byrne (États-Unis)

Rendez-vous dès demain pour avoir un compte-rendu de la rédaction sur cette 23ème édition qui aura bien évidemment comporté son lot de surprises mais aussi de frustrantes déceptions.

Pour plus d’informations et retrouver la totalité du palmarès : http://festival-gerardmer.com/2016/

La 5ème vague, un film de J Blakeson : Critique

Moins connu que les nombreux livres estampillés « jeunes adultes » qui se voient portés au cinéma, la trilogie de Rick Yancey (dont le troisième tome sera publié dans l’année) a tout de même généré suffisamment de succès outre-Atlantique pour se voir, à son tour, adapté à l’écran.

Synopsis : La Terre a été attaquée par des extra-terrestres qui, en quatre vagues, ont détruit la plupart des humains. Parmi les survivants, la jeune Cassie se voit séparée de son petit frère, qu’elle a juré de protéger, et se lance à sa poursuite lorsqu’elle rencontre un mystérieux protecteur. Parallèlement, et alors qu’une cinquième vague va achever l’extermination de l’Humanité, un groupe de jeunes se forme pour résister à l’ennemi.

Plus convenu de Divergente. Plus cucul que Twilight.

Derrière ce projet, la Columbia a confié la réalisation de La 5ème Vague à J Blakeson, mais s’est surtout assuré une certaine visibilité grâce à la présence en tête d’affiche de Chloë Grace Moretz. Depuis qu’elle est devenue bankable grâce à Kick-ass, la jeune actrice enchaine les projets de réalisateurs de renom (Hugo Cabret, Dark Shadows…), quelques films d’auteur (Sils Maria) ainsi que d’impardonnables navets (Carrie). Amatrice des romans dont le film est tiré, elle s’est lancée dans cette aventure qui sera incontestablement à ranger dans la troisième catégorie. Même si le pitch peut laisser présager d’un film de science-fiction plus musclé que Les Âmes Vagabondes et que la scène d’ouverture semble nous plonger dans un univers post-apocalyptique pour une intrigue survivaliste telle que la série The Walking Dead les a rendues populaires, la tournure du scénario et la platitude de la mise en scène nous font peu à peu réaliser à quel point le film n’a strictement rien à sauver.

Respectant à la virgule près les règles de la structure narrative classique, le premier tiers du film est voué à la mise en situation. Sans toutefois réussir à creuser ses personnages au-delà des clichés les plus consensuels, il s’agit sans nul doute de la partie la plus intéressante du long-métrage, grâce à des scènes de destruction massive profitant d’effets spéciaux acceptables. Une demi-heure sous le signe du film catastrophe qui satisfera donc les amateurs du cinéma de Roland Emmerich. Et bien que sa rapidité d’adaptation fasse perdre beaucoup aux enjeux que voudrait avoir le film, la confrontation de Cassie, cette gamine bien trop stéréotypée, à une situation extraordinaire est une allégorie particulièrement peu subtile du passage à l’âge adulte qui peut toutefois laisser un dernier espoir de voir une histoire qui s’éloigne de toutes ces variations dystopiques pour ados ultra-calibrées qui défendent avec le pire des cynismes le pouvoir de l’émancipation. Mais la suite du scénario ira justement nous prouver que c’est dans cette voie aseptisée et hypocrite qu’il se fourvoie avec des gros sabots, et ce particulièrement grâce au soi-disant (car prévisible au moins une demi-heure plus tôt) rebondissement majeur sur la nature des méchants, personnalisés ici par un Liev Schreiber qui n’y croit pas une seconde (on a de la peine pour lui quand on sait qu’il est en même temps dans l’excellent Spotlight). Parmi les éléments devenus l’un des pires poncifs de ce sous-genre, l’idée de voir des enfants se faire transformer en machines à tuer est ici particulièrement malsaine tant le discours en faveur de l’auto-défense et du maniement des armes à feu manque de subtilité.

Mais le pire n’est pas dans la sous-intrigue entourant le conditionnement des ados par l’armée, et dont le personnage est campé par Nick Robinson (aperçu dans Jurassic World), mais bel et bien dans celle qui nous fait suivre Cassie. Pendant que ses amis se retrouvent conditionnés par des militaires, elle fait la connaissance du brave Evan Walker, qui répond à tous les archétypes du gentil héros américain (interprété par Alex Roe, dont la ridicule scène torse nu assurera l’adhésion des midinettes auxquelles s’adressent le film), impeccable sous tous rapports. Se tisse entre eux une relation qui elle-aussi répond aux normes les plus classiques de la partie « romantique » attendues d’une telle production infantilisante. Et, d’un coup d’un seul, suite à un rebondissement des plus rocambolesques qui survient en même temps que celui sur les militaires, ce personnage  se retrouve limité à des répliques dont la mièvrerie ferait passer tout ce qui a précédé pour du Baudelaire. Se multiplient alors de déplorables tirades sur « le pouvoir de l’amour et ses bienfaits pour sauver l’Humanité contre les aliens ». C’est ainsi que démarre un dernier tiers où tous les pires reproches que l’on puisse faire aux Hunger Games, Nos Etoiles Contraires et autres films pour teenagers américains se retrouvent condensés. Incohérences, sentimentalisme à l’eau de rose croupie, manque de crédibilité et de surprise, personnages caricaturaux et dialogues mal écrits… tout est là pour faire plonger ce film d’invasion dans les tréfonds de la crétinerie. Un niveau d’écriture qui s’accorde à merveille avec le peu de moyens que se donne la mise en scène plan-plan qui ne réussit à donner corps à aucun passage, aucune intensité ni émotions, le tout accompagné d’une bande originale lourdingue.

Plus le film avance, plus il s’effondre dans les travers le plus convenus et les plus naïfs de son scénario déjà-vu, qui ne réussit qu’à grossir la puérilité du roman dont il est tiré. Le résultat en est indubitablement le premier navet de cette année 2016 et la preuve que la formule young adult a atteint ses limites.

La 5ème vague – Fiche technique:

Etats-Unis – 2016

Titre originel : The 5th Wave
Réalisation: J Blakeson
Interprétation: Chloë Grace Moretz (Cassie), Alex Roe (Evan Walker), Zackary Arthur (Sammy), Nick Robinson (Ben Parish), Liev Schreiber (Colonel Vosch)…
Scénario: Susannah Grant, Akiva Goldsman, Jeff Pinkner d’après l’oeuvre de Rick Yancey
Musique: Henry Jackman
Montage: Paul Rubell
Photographie: Enrique Chediak
Décors : Jon Billington
Producteurs : Tobey Maguire, Graham King, Lynn Harris, Matthew Plouffe, Tim Headington
Production: Columbia Pictures
Distribution: Sony Pictures Releasing France
Durée: 117 minutes
Genre: Comédie
Date de sortie: 27 janvier 2016