Enjoy la bande-annonce The Neon Demon: Onirique, sanglante, sensuelle….
Peu après la conférence ce jeudi matin annonçant la sélection complète du Festival Cannes 2016, voici la sublime bande-annonce de The Neon Demon du réalisateur danois Nicolas Winding Refn, qui sait fait connaitre avec Drive auprès du grand public avec le prix de la mise en scène. Trois ans aprèsOnly God Forgives, un long métrage qui divisa la Croisette, il revient avec ce film inspiré par la légende de la Comtesse de Bathory, qui se baignait dans le sang de jeunes filles pour rester belle….
The Neon Demon: Bande-annonce du nouveau film d’horreur de Nicolas Winding Refn
Le film The Neon Demon conte l’histoire d’une jeune fille débarque à Los Angeles. Son rêve est de devenir mannequin. Son ascension fulgurante, sa beauté et sa pureté suscitent jalousies et convoitises. Certaines filles s’inclinent devant elle, d’autres sont prêtes à tout pour lui voler sa beauté.
The Neon Demon compte également au casting Jena Malone, Bella Heathcote, Keanu Reeves et Christina Hendricks, le long métrage débarquera dans nos salles le 8 juin prochain.
The Nice Guys se dévoile dans un premier trailer funky
Shane black met en scène un Ryan Gosling et Russell Crowe. L’intrigue se déroule à Los Angeles dans les années 1970. Les deux acolytes vont devoir enquêter sur le prétendu suicide d’une célébrité du porno. Leur investigation vont les mener au sein d’une conspiration impliquant des personnalités haut placées …
Au casting de The Nice Guys, on retrouve également Kim Basinger, Matt Bomer, Margaret Qualley…. Le film sortira dans les salles obscures le 20 mai prochain aux Etats-Unis. Aucune date en France pour le moment.
Vingt-quatre ans après Basic Instinct, Verhoeven revient avec une adaptation de Philippe Djian, Elle, un film avec Isabelle Huppert et Virginie Efira.
Elle raconte l’histoire de Michèle, une chef d’entreprise de jeux vidéo qui se fait violer chez elle par un agresseur masqué. Hantée par ce traumatisme, elle va tenter de confondre le coupable.
Almodovar revient sur la Croisette avec son nouveau film Julietta
En compétition le mois prochain à Cannes, juste avant sa sortie en salles, Julieta, réalisé par la star du cinéma espagnol, Pedro Almodóvar. Le réalisateur revient trois ans après « Les Amants passagers » et pourrait se voir enfin récompensé de la Palme d’or, la récompense suprême, à Cannes. Il était en compétition en 2011 avec La Piel que Habito, et a reçu le Prix de la jeunesse, Tout sur ma mère (1999) avait décroché le prix de la mise en scène et Volver (2006) avait emporté le prix d’interprétation féminine pour toute l’équipe d’actrices.
Pathé a mis en ligne la Bande-annonce du film Julieta, avec Emma Suárez, Adriana Ugarte, Daniel Grao, Darío Grandinetti, Inma Cuesta, Rossy de Palma, Joaquín Notario, Susi Sánchez, Pilar Castro, Mariam Bachir, Michelle Jenner, Nathalie Poza et Tomás del Estal Pedro Almodóvar, d’après les récits d’Alice Munro…
Cannes 2016: Voici l’ensemble des films sélectionnés :
Jeudi matin, la sélection du Festival de Cannes 2016 a en effet été dévoilée. Au total, cinq films figurent hors compétition, 20 en compétition et 17 dans la catégorie « Un certain regard ».
Thierry Frémaux : « Nous avons vu 1859 longs-métrages » pour faire cette sélection, 49 ont été choisis. 20 en compétition, 17 à un Certain Regard, 5 hors compétition et 2 Séances de Minuit. 7 premiers films. 28 pays représentés.
Les films hors-compétition : Café Society de Woody Allen(film d’ouverture)
Le Bon Gros Géant de Steven Spielberg
Boxon de Na Hong-jin
Money Monster de Jodie Foster
The Nice Guys de Shane Black
Inspiré du roman de Roald Dahl, le long-métrage sera visible dans les salles des le 20 juillet.
https://www.youtube.com/watch?v=leCaoHz9oic
Le film raconte l’aventure de Sophie, petite fille de 10 ans, recueillie par un gentil géant de 7 mètres. Touché par son « cœur solitaire », il l’emmène dans son pays et lui enseigne la magie. Mais la présence de l’enfant attire la convoitise de créatures moins bien intentionnées. La petite orpheline et son ami courent voir la reine d’Angleterre pour la prévenir du danger que représentent ces mangeurs d’hommes.
En Compétition :
Toni Erdmann de Maren Ade
Julieta de Pedro Almodovar
American Honey d’Andrea Arnold
Personal Shopper d’Olivier Assayas
La Fille Inconnue de Jean-Pierre Dardenne et Luc Dardenne
Juste la fin du monde de Xavier Dolan
Ma Loute de Bruno Dumont
Paterson de Jim Jarmusch
Rester Vertical d’Alain Guiraudie
Aquarius de Kleber Mendonça Filho
Mal de Pierres de Nicole Garcia
I, Daniel Blake de Ken Loach
Ma’Rosa de Brillante Mendoza
Baccalauréat de Cristian Mungiu
Loving de Jeff Nichols
Agassi de Park Chan-Wook
The Last Face de Sean Penn
Sierra-nevada de Cristi Puiu
Elle de Paul Verhoeven
The Neon Demon de Nicolas Winding Refn
Un Certain Regard :
Varoonegi de Behnam Behzadi
Apprentice de Boo Junfeng
Voir du Pays de Delphine Coulin et Muriel Coulin
La Danseuse de Stéphanie Di Giusto
Eshtebak de Mohamed Diab
La Tortue rouge de Michael Dudok De Wit
Fuchi Ni Tatsu de Fukada Kôji
Omor Shakhsiya de Maha Haj
Me’ever Laharim Vehagvaot d’Eran Kolirin
After The Storm de Kore-Eda Hirokazu
Hymyileva Mies de Juho Kuosmanen
La Larga Noche De Francisco Sanctis de Francisco Marquez et Andrea Testa
Caini de Bogdan Mirica
Pericle Il Nero de Stefano Mordini
The Transfiguration de Michael O’Shea
Captain Fantastic de Matt Ross
Uchenik de Kirill Serebrennikov
Séances de Minuit :
Gimme Danger de Jim Jarmusch
Le Train pour Busang de Yeon Sang-Ho
Séances spéciales :
La Mort de Louis XIV d’Albert Serra
Hissein Habré, une tragédie Tchadienne de Mahamat-Saleh Haroun
Le Cancre de Paul Vecchiali
L’Ultima Spiaggia de Thanos Anastopoulos et David Del Degan
Exil de Rithy Panh
La suite et le commentaire de cette sélection apparaîtront dans l’après-midi sur LeMagduciné
Les dernières News du Festival de Cannes 2016 avant l’annonce de la sélection officielle qui aura lieu ce Jeudi à Paris
«Café Society» de Woody Allen, film d’ouverture en Sélection officielle Hors Compétition.
Le réalisateur américain ouvrira pour la troisième fois le Festival de Cannes, (rappelons qu’en 2002 il avait déjà ouvert le festival avec Hollywood Ending et en 2011 avec Midnight in Paris), avec son nouvel long métrage, Café Society qui sera projeté en ouverture le mercredi 11 mai au Grand Théâtre Lumière du Palais des Festivals.
Le Synopsis «Café Society»
Le film raconte l’histoire d’un jeune homme qui se rend à Hollywood dans les années 1930 dans l’espoir de travailler dans l’industrie du cinéma. Il tombe amoureux et se retrouve plongé dans l’effervescence de la Café Society qui a marqué cette époque, explique le communiqué du Festival. Au casting, Kristen Stewart «Sils Maria», pour la première fois sous la direction de Woody Allen, Jesse Eisenberg («actuellement à l’affiche de Batman v Superman»), Steve Carell, Parker Posey et Blake Lively.
Le cinéaste George Miller, réalisateur de la célèbre saga Mad Maxest le président du jury de la sélection officielle, il succédera aux frères Coen à la tête de cette prestigieuse compétition internationale.
https://www.youtube.com/watch?v=7fQ57mm9SIc
Le réalisateur américain William Friedkin (French Connection, L’Exorciste), donnera la très attendue leçon de cinéma du 69e Festival de Cannes. Il sera sur la scène de la salle Buñuel du Palais des Festivals pour dialoguer avec le public dans une rencontre animée par le critique Michel Ciment.
Naomi Kawase, la réalisatrice du film Délices de Tokyo, présenté l’an passé en ouverture de la section Un Certain Regard, sera la présidente du jury de la Cinéfondation et des courts métrages du Festival de Cannes 2016.
Dix films de fiction issus majoritairement d’Europe et d’Amérique centrale et du Sud, avec un représentant pour l’Asie et un pour l’Afrique seront en compétition pour la Palme d’or du court métrage 2016:
«La Laine sur le dos» de Lofti Achour (Tunisie, France)
«Dreamlands» de Sara Dunlop (Royaume-Uni)
«Timecode» de Juanjo Gimenez (Espagne)
«Imago» de Raymund Gutierrez (Philippines)
«Madre» de Simón Mesa Soto (Colombie)
«La jeune fille qui dansait avec le diable» de Joa Paulo Miranda Maria (Brésil)
«Après Suzanne» de Félix Moati (France)
«4:15 P.M. Sfarsitul Lumi» de Catalin Rotaru et Gabi Virginia Sarga (Roumanie)
«Il Silenzio» de Farnoosh Samadi Frooshan et Ali Asgari (Italie)
«Fight on a Swedish Beach» de Simon Vahlne (Suède)
Ben Wheatley est le fils prodige du cinéma britannique, qui s’est très vite imposé comme un petit génie à suivre de près après son deuxième film , le brillant Kill List. Depuis, il tente de trouver sa voie dans un cinéma retors et subversif essayant un peu trop de réitérer le succès de son film culte, en exploitant les mêmes artifices, mais en vain. Son cinéma tourne un peu en rond avec ses deux derniers films, et on peut craindre que dans sa volonté d’adapter pour son dernier né le roman de J. G. Ballard, High-Rise, il cède aux même travers au risque de se répéter.
Synopsis : 1975. Le Dr Robert Laing (Tom Hiddleston), en quête d’anonymat, emménage près de Londres dans un nouvel appartement d’une tour à peine achevée; mais il va vite découvrir que ses voisins, obsédés par une étrange rivalité, n’ont pas l’intention de le laisser en paix…
Ascenseur social
Toujours accompagné de sa femme Amy Jump au scénario, il semble rester dans sa zone de confort, affichant clairement ses influences telles que Stanley Kubrick ou encore David Cronenberg, les maîtres de la subversion. Il livre un film qui a ses défauts mais qui dans sa volonté d’aller de l’avant marque un tournant dans sa filmographie. Ben Wheatley semble avoir légèrement appris de ses erreurs et passe à la vitesse supérieure.
Au niveau de son scénario, le film restera très proche du roman qu’il adapte. Surtout dans sa volonté de ne laisser aucune clé de lecture à son spectateur, le perdant volontairement au milieu du chaos. La structure du film est brillante et d’une densité folle. Divisé en trois actes, avec un premier qui symbolise la lutte des classes, un deuxième sur leur homogénéisation et un dernier sur le besoin inconscient d’ordre dans le chaos. Chacun de ces actes est composé de scènes aux genres différents pour créer un tout volontairement chaotique et insaisissable. Wheatley a toujours aimé partir d’un genre spécifique pour aboutir à un autre, comme lorsqu’il commence Kill List comme un polar pour ensuite le faire basculer dans l’horreur. Ici il va plus loin dans son approche en brassant tellement de genres au sein de la même œuvre pour qu’aucun ne se démarque vraiment, une scène pouvant être écrite comme une comédie assez légère pour ensuite basculer dans le thriller avant de repasser par l’absurde ou l’horreur. Il se sert de tous ces paramètres humains pour créer quelque chose qui part dans tous les sens, arrivant à imposer une sensation de foutoir sans pour autant donner l’impression de quelque chose qui n’est pas sous contrôle. Il trouve le juste dosage entre l’incontrôlé qui est nécessaire au chaos mais aussi la maîtrise qui est indispensable pour ne pas perdre l’attention de son spectateur. Un équilibre miraculeux que beaucoup n’auraient pas su obtenir. Le récit est aussi admirable dans sa manière de traiter les évidences avec peu de subtilité, notamment la lutte des classes qui est un thème tellement utilisé au cinéma qu’il le traite ici avec une lourdeur apparente pour appuyer le fait que ce n’est pas ce qui l’intéresse. Au travers de son manque de subtilité dans ce domaine, il fait passer avec finesse un sous-texte bien plus audacieux et intelligent, ce qui crée un paradoxe déstabilisant mais absolument génial. Au final ce qui l’intéresse n’est pas le rapport de force entre les riches et les pauvres, mais la nature de l’homme, qui, peu importe son rang social, parvient à se complaire et s’enivrer dans la violence, la domination et la contradiction.
Ici l’homme cherche à se dépasser, à aspirer à mieux ou à dominer son prochain. Que ce soit traduit par le projet fou de l’architecte qui construit les tours ou par la profession du personnage principal, tout met en évidence l’aspect paradoxal de la condition humaine et des limites de son esprit. Vouloir construire un lieu homogène et égalitaire mais en faire un bâtiment vertical qui sépare les classes sociales par des étages et qui range dans des cases est quelque chose de contradictoire, comme vouloir étudier et enseigner l’étude du cerveau alors que l’on ne comprend rien de son fonctionnement. Le film pose beaucoup de parallèles sur les choses et leurs inverses montrant tout le ridicule du genre humain qui cherche l’égalité à travers l’envie de se faire meilleur que les autres. Et lorsqu’une homogénéité se trouve dans le chaos, qui octroie un système plus égalitaire, elle n’est que temporaire. Il souligne bien l’harmonie engendrée par la frénésie à travers une formidable utilisation de la barrière de la langue au sein de deux passages faisant usage du français où malgré des langues différentes les personnages parviennent à se comprendre en plein chaos alors que ce n’était pas le cas avant. Mais l’égalité n’est qu’illusoire car l’homme ne s’y résout pas, cherchant à trouver inconsciemment un certain ordre en érigeant de nouvelles barrières entre les gens par la domination, ce qui touche ici plus particulièrement les femmes. Personne ne se juge par l’égalité d’être des êtres humains, vivants et aimant les mêmes choses mais se juge par la différence de leurs sexes, de leurs orientations ou de leurs rangs sociaux. Tout le monde voit son prochain comme un moyen ou un objet qu’il peut utiliser, échanger et dégrader à sa guise, car un homme en voit toujours un autre comme son inférieur. Ils se veulent être des hommes de progrès mais sont pourtant des êtres régressifs, soulignant l’aspect rétro-futuriste de l’oeuvre. Dans un monde qui évolue vite, l’homme s’impose par sa volonté à faire marche arrière, qui dans ses envies de progrès cède à ses bas instincts pour le mener inexorablement à sa chute et appuie le côté méta du film. Car se passant en 1995 il nous renvoie en arrière, notamment en se clôturant sur un discours de Margaret Thatcher qui prend ici un double sens car comme le récit il semble être dépassé mais parvient quand même à trouver un écho dans notre monde actuel. Un monde qui malgré ses progrès se tourne encore vers son passé, comme si tout était mieux avant, continuant à vivre sous des règles qu’il tente pourtant d’abolir mais finit par les perpétuer. Construisant son progrès sur les fondations d’une époque obsolète, par automatisme ou conditionnement sociétal, alors que celle-ci est loin d’être parfaite mais confère un sentiment de nostalgie et de sécurité. On retrouve cela dans le monde d’aujourd’hui, où l’on se sert de nouvelles choses, comme par exemple les réseaux sociaux, pour accentuer de vieilles manies comme la pensée de groupe et l’effet de foule, qui dans sa bien-pensance et ses envies extrêmes de tolérance véhicule parfois la violence et l’intolérance dans ce qui devient une véritable chasse aux sorcières de ce que le groupe juge contraire à lui, toujours en étant convaincu de son bon droit. Une chose qui prend toute sa dimension à travers le film, qui symbolise cet état de fait de manière littérale, et qui dans son extrême densité souligne le paradoxe des choses avec une rare justesse. Parfois le bien est le mal tout comme la vertu peut être un péché.
Ce qui amène au dernier aspect du film, sa connotation biblique : la croyance à un haut lieu, à un architecte etc. Il va même faire de son trio principal, une trinité où s’affrontent le père, le fils et le saint esprit, sans que les rôles soient pleinement définis, les personnages changeant de visage selon les scènes, faisant ainsi évoluer les rapports de force. Une aura prophétique se dégage alors de l’ensemble et sonne comme une critique acerbe de l’homme, de ses créations et de ses croyances, les deux choses étant étroitement liées car elles sont toutes deux vouées à dépasser leur créateur et à causer sa perte. Le film prend alors la forme d’une vaste parabole emplie de métaphores sur la croyance , le passé qui est voué à être le futur et sur tous les aspects humains et ses dimensions. On a parfois une sensation de trop, ce qui est son principal défaut. Il va parfois trop loin dans ses envies de subversions tombant dans un ridicule nauséabond, notamment dans un dernier tiers moins maîtrisé empreint de mauvais goût, et il manque parfois de subtilité dans ses approches narratives quand bien même cela sert la symbolique. On regrettera aussi le fait que le film décide de s’ouvrir de manière trop classique, avec une vision du futur avant de raconter son récit comme un immense flashback, même si ça marque les intentions de l’oeuvre c’est assez maladroit et pas des plus judicieux. Mais malgré ses quelques défauts, on reste admiratif devant la manière très perfectionniste que le cinéaste à de ne pas céder à la facilité dans son propos et dans sa dimension paradoxale en faisant preuve d’audace et de virtuosité dans le traitement des thématiques.
Le casting est excellent et se donne corps et âme pour accentuer la frénésie ambiante. Luke Evans est celui qui impressionne le plus dans ce domaine, offrant une prestation fiévreuse et pleine de nuances d’où se dégagent fureur et mélancolie. Tom Hiddleston est absolument impeccable, mais plus mesuré dans sa prestation : ayant hérité du personnage le plus froid du film, il garde une distance émotionnelle avec les événements. Mais il est d’une justesse incroyable arrivant à offrir une performance pleine de justesse mais aussi de faux-semblants, car son personnage masque ses émotions mais les fait exploser à certains moments, exposant la dimension de jeu de l’acteur et son immense charisme. Jeremy Irons vient compléter ce trio principal, il est très bon et donne un aspect plus calme et plus tragique à l’oeuvre. Les trois acteurs sont accompagnés par des seconds rôles tout aussi convaincants et on retiendra surtout Sienna Miller, excellente d’intensité, et James Purefoy, complètement délirant dans un personnage aussi malsain que loufoque.
La réalisation est superbe que ce soit dans son montage qui s’évertue à nous perdre au sein de cet immeuble, assurant un rythme effréné faisant du chaos une fête en perpétuel recommencement, accentué par une photographie léchée et enivrante : froide et sèche lors des passages en dehors de l’immeuble pour en donner un côté désincarné , elle se montre plus esthétisante et rassurante lors des moments dans l’immeuble, même lorsque tout s’effondre. Constituant une ambiance particulière, comme si les événements étaient en suspendu hors du temps, à mi-chemin entre le rêve et le cauchemar. La musique reste aussi dans cette optique d’hétérogénéité. Passant d’un registre à l’autre selon les scènes sans liens logiques mais qui même si diamétralement opposés, lorsqu’ils sont mis bout à bout forment un tout cohérent, à l’image même des intentions du film. La musique est d’ailleurs mémorable, que ce soit les brillantes compositions d’ambiances de Clint Mansell ou les morceaux « traditionnels » comme l’excellente reprise par Portishead de SOS d’ABBA . La mise en scène de Ben Wheatley est virtuose dans sa manière de gérer les différentes ambiances et les genres, en arrivant à offrir quelques gags visuels savoureux tout en plongeant dans des moments plus allégoriques et abstraits et en passant par des moments plus brutes à la violence sèche. Constamment en évolution, il filme le chaos sous différents angles et dans différentes tonalités, offrant des idées de mise en scène bien pensée et des fulgurances visuelles qui imprègnent la rétine comme la chute d’un homme en slow motion, des effets de miroirs astucieux ou encore un passage somptueux en kaléidoscope. Il y a un travail vraiment ambitieux sur les cadrages et les couleurs, faisant du film le plus du beau du cinéaste, qui utilise la symbolique de manière habile et qui parvient à se renouveler dans ses effets, quitte à parfois en faire un peu trop.
High-Rise est donc un très bon film. Mais qui malgré sa prouesse de renouveler des thématiques éprouvées tout en parvenant à bien retranscrire le paradoxe de l’esprit humain, en fait parfois trop dans ses effets au point de naviguer avec le mauvais goût finissant par décevoir sur son dernier tiers. Ben Wheatley est clairement un cinéaste intelligent, peut être même trop pour son propre bien, car en se concentrant trop sur sa symbolique il néglige parfois sa narration, qui finit par céder à certaines facilités, ou qui peut se montrer obscur dans la caractérisation de ses personnages ou bien trop détaché d’eux. Néanmoins la réussite du film est bien là. Soutenu par un excellent casting, une mise en scène virtuose qui est techniquement impeccable et accompagné d’une musique sensationnelle ainsi que d’un aspect symbolique brillant et incroyablement bien tenu malgré son côté retors et très dense. Wheatley signe donc son meilleur film depuis Kill List, même si il ne réitère pas l’impact et la folie de ce dernier, il parvient à aller de l’avant au sein de son cinéma et propose quelque chose de différent tout en étant dans la suite logique de ses précédentes œuvres. On est maintenant encore plus curieux de ce qu’il peut nous réserver par la suite.
High-Rise : Bande annonce
High-Rise : Fiche technique
Réalisateur : Ben Wheatley
Scénario : Amy Jump, d’après I.G.H. de J. G. Ballard
Interprétation: Tom Hiddleston (le Dr Robert Laing), Luke Evans (Richard Wilder), Jeremy Irons (Anthony Royal), Sienna Miller (Charlotte Melville), Elisabeth Moss (Helen Wilder), James Purefoy (Pangbourne)…
Image: Laurie Rose
Montage: Amy Jump et Ben Wheatley
Musique: Clint Mansell
Costumes : Odile Dicks-Mireaux
Décor : Mark Tildesley
Producteur : Jeremy Thomas
Société de production : Recorded Picture Company
Distributeur : The Jokers
Durée : 119 minutes
Genre: Thriller
Date de sortie : 6 avril 2016
Le choix ne se portait pas sur sa fille au départ par crainte des conflits d’intérêt ? Le rideau se lève déjà sur une belle mascarade. Agathe Bonitzer en requin féminin, maline et contestataire, mutine et bien trop curieuse.
Synopsis: Nora Sator, jeune trentenaire dynamique, commence sa carrière dans la haute finance. Quand elle apprend que son patron et sa femme ont fréquenté son père dans leur jeunesse, elle découvre qu’une mystérieuse rivalité les oppose encore. Ambitieuse, Nora gagne vite la confiance de ses supérieurs mais entretient des rapports compliqués avec son collègue Xavier, contrairement à sa sœur Maya qui succombe rapidement à ses charmes… Entre histoires de famille, de cœur et intrigues professionnelles, les destins s’entremêlent et les masques tombent.
Un monde de la finance théâtralisé
Les adjectifs sont trop nombreux pour une erreur de casting évidente. On est loin de Dallas et son univers impitoyable, voulu par l’auteur. Des secrets familiaux au sein d’un capitalisme d’entreprise, le sujet sonne déjà bourgeois (pour le bohème, c’est à revoir). Le traitement l’est pourtant. Tout de suite, maintenant est peut-être bien accordé sur papier et le scénario aiguise l’appétit certes, mais sa réalisation, d’une convenance sans borne, laisse pantois. En théorie, quelques bonnes surprises. En pratique, une réflexion réductrice sur les erreurs de jeunesse. CSM tente de décrypter cet essai dont on n’attachera avec du recul que peu d’importance. Sur les planches, il aurait sûrement fait fureur…
Le casting, réunissant des têtes d’affiche, participe à la froideur théâtrale reprochée. Vincent Lacoste à contre-emploi, Bacri en dépressif (pour changer), Wilson en salaud haut placé (pour changer), Huppert en alcoolique romantique, Greggory en triste souvenir blessé (pour changer), Julia Faure vient quant à elle se greffer pour camper une sœur excentrique, sortie d’une comédie de boulevard bon marché. L’état d’âme mussetien côtoie dangereusement le feuilleton hebdomadaire et à trop vouloir tenter Rohmer, on brouille les pistes. Déjà qu’elles étaient froides ! Elle a beau être bleue, si c’est de la poudreuse, la glisse sera pas agréable. Admettons le parti pris peu singulier de filmer (caméra à l’épaule flottante ou plan fixe académique : Julien Hirsch est pourtant un chef op réputé, césar de la meilleure photographie en 2007 pour Lady Chatterley !) la coïncidence et le quiproquo, au cœur de bureaux aseptisés et de deux « familles » que tout oppose. Un couple richissime et une femme de ménage vecteur de surnaturel d’un côté, de l’autre, un père aigris et ses deux filles, poncifs éculés (une pragmatique maîtrisant les chiffres contre une plus extravagante qui chante dans un bar). La moins spirituelle des deux traverse le miroir et franchit la barrière pour venir côtoyer un monde luxueux dont elle n’a absolument aucune difficulté à s’accommoder des codes. A mi-chemin entre un conte de Perrault et une farce de Molière, TDSM, pour reprendre le jargon de la finance, articule péniblement son récit et peine à clairement exposer là où le film veut aller.
Évacuons le récit d’initiation, la fable familiale et la comédie de mœurs, que reste-t-il ? L’histoire d’amour contrariée, la tragédie existentielle, la chanson de geste… pour une ode à l’oubli, au mauvais chemin de vie emprunté ? Bonitzer ne semble pas vouloir atteindre le point d’acmé chez ses acteurs, qu’ils s’abandonnent révélant leur fragilité, comme pourrait le proposer un certain Chéreau, mais l’objectif étant de trouver un certain équilibre entre « drôlerie » et « humanité ». En reprenant le dossier de presse, le producteur Saïd Ben Saïd voulait que le cinéaste adapte Les employés de Balzac qui « raconte les intrigues pour empêcher un homme honnête et compétent d’accéder au poste de ministre que sa femme, ambitieuse à la place de son mari, convoite pour lui. »* Il aurait été une source d’inspiration pour le réalisateur/scénariste qui, avec Agnès de Sacy (partenaire également d’écriture de Zabou Breitman [voir à ce propos L’Homme de sa vie] et Valéria Bruni-Tedeschi), voulaient aborder un lieu de pouvoir sans tomber dans celui de la politique. L’introduction du film s’inspire du premier chapitre du « livre autobiographique d’Anne Lauvergeon, La Femme qui résiste, dans lequel elle raconte ses débuts comme conseillère de Mitterrand : elle avait rendez-vous avec François de Grossouvre, ne savait pas trop s’orienter dans les couloirs de l’Elysée, courait pour ne pas arriver en retard lorqu’elle tombe littéralement dans les bras de Nelson Mandela qui sortait du bureau du président ! Puis elle a eu une brève discussion avec Mitterrand qui lui a dit de ne pas trop prendre au sérieux Grossouvre« * et qu’il ferait semblant de parler au téléphone avec Mitterrand lorsqu’elle arriverait dans son bureau. La transposition est sans relief, peut-être en partie la faute au chef décorateur. Mais les contrastes, parties intégrantes de l’histoire, ne sont pas foncièrement d’une évidence remarquable. C’est ainsi que la scène à l’hôpital considérée comme élément humoristique ne fait rire personne. L’ensemble est par ailleurs allergique à la moindre zygomatique, non sans caresser un certain désir de tendresse. Bon, si en effet, Nora Sator, la petite cousine du corsaire de l’espace ou une abeille qui chante (Maya la sœur), ou voir Yannick Renier en grand méchant businessman, ça amuse, de là à valoir un réel détour…
Les personnages, véritables coquilles vides, à l’exception relative d’Isabelle Huppert en blonde, femme au centre d’un carré amoureux, semblent être des marionnettes qui luttent à la manière guignolesque pour leur propre reconnaissance, a priori, car il arrive que l’on cerne mal la ou les raison(s) des coups de bâton. Le marionnettiste privilégie le concept au profit d’une réelle synergie cinématographique. Est-ce dû à sa formation d’enseignant-critique-philosophe ? L’austérité du contexte, de l’environnement, de la diégèse déborde sur l’empathie que le spectateur pourrait éprouver pour l’intrigue. Et si effectivement « le monde des mathématiques […] est lui aussi inaccessible aux profanes« *, la peinture-réflexion faite par Bonitzer et de Sacy tend vers une laborieuse artificialité, qui à coup de double-sens et non-dits, sans oublier une dose gratuite et étrange de « surnaturel » (le personnage de la femme de ménage, Ezilie [créole d’Erzulie, déesse vaudou de l’amour] et l’apparition du chien noir), éloigne toute sympathie élémentaire à l’égard du récit qui nous est conté.
Aucune dimension de conte, si ce n’est rêvée et intellectualisée, à ce septième long métrage. Si Cherchez Hortense et Le Grand Alibi atteignait un relatif cœur de cible par une certaine connivence avec le public grâce notamment aux dialogues bien pensés, Tout de suite, maintenant s’enorgueillit de résoudre le puzzle existentiel, entre ambition professionnelle et sentiment amoureux, par trop d’abstractions et une mauvaise direction d’acteurs. Mais peut-être pour la simple et bonne raison que le film « est constitué de strates de sens dont certaines échappent aux personnages et parfois au spectateur »*… Restons donc chacun dans notre bulle !
*extraits du dossier de presse
Tout de suite, maintenant :Bande-annonce
Tout de suite, maintenant : Fiche technique
Réalisation : Pascal Bonitzer
Scénario : Pascal Bonitzer, Agnès de Sacy
Interprétation : Agathe Bonitzer (Nora Sator), Isabelle Huppert (Solveig), Jean-Pierre Bacri (Serge), Lambert Wilson (Barsac), Vincent Lacoste (Xavier), Julia Faure (Maya), Pascal Greggory (Prévôt Parédés), Yannick Renier (Van Stratten)…
Photographie : Julien Hirsh
Décors : Manu de Chauvigny
Costume : Caroline Koener
Montage : Elise Fievet
Musique : Bertrand Burgalat
Producteurs : Saïd Ben Saïd, Michel Merkt
Budget : /
Récompenses : /
Genre : Comédie dramatique
Durée : 98min
Sortie en salles: 22 juin 2016
Le Prix du Public 25ème édition du festival a été remis ce dimanche 10 avril au film Difret de Zeresenay Mehari.
Synopsis : Hirut, une petite fille éthiopienne, se fait enlever et violer. Lorsqu’elle essaye de s’enfuir, elle tue son agresseur. Meaza, fondatrice de l’Association des Avocates Ethiophienne, va prendre sa défense et l’aider.
Allons droit au but : le gros problème du film réside dans sa forme. Le sujet, lui, est intouchable. Tiré d’une histoire vraie, une mineure de 14 ans abusée, le combat pour les droits des femmes, le combat pour la civilisation, bref tout y est. Voilà en gros ce dont voulait parler le réalisateur Zeresenay Mehari, éthiopien de naissance, émigré aux Etats-Unis. Ce sont bien sûr des questions importantes, auxquelles le cinéma répond en créant des oeuvres d’art, portant ainsi connaissance de la situation à travers le monde. Ce qui est intéressant dans Difret, c’est d’une part bien sûr l’histoire, mais également la découverte du pays le plus vieux du monde. On y voit bien l’opposition entre d’un côté un pays pétri de traditions, principalement hors de la ville, et de l’autre la ville et ses progrès. Ainsi, après que Hiruteut tué son agresseur, le tribunal du village se réunit et ordonne un jugement, qui a première autorité sur celui plus important de la ville. Cela n’enlève pas l’officialité du premier, au contraire. Le gouvernement ne veut pas s’opposer aux vieilles traditions, qui obligent les gens à rester manger sous peine d’impolitesse, et autorisent les hommes à choisir leurs épouses par enlèvement. Ce traitement, affreux, aurait pu avoir plus de nuances. Le manichéisme imprègne le film, avec d’un côté les bons et de l’autre les méchants. Cela se retrouve particulièrement sur le personnage de l’avocat qui défend l’homme tué : il est clairement désigné comme méchant presque comme s’il voulait juste voir lui-même la petite se faire exécuter, alors qu’il ne fait que prendre la défense de son client.
Du côté de la forme, le réalisateur a choisi de mettre en avant l’émotion et le sensoriel. Il y a en effet un gros travail au niveau du son pour nous mettre dans la peau d’Hirut : quand elle se fait frapper, notre oreille est perturbée (classique), lorsque le téléphone sonne, les bruits deviennent confus, comme l’est la jeune fille. A de nombreuses reprises, on remarquera l’utilisation du regard caméra lors de certains dialogues, pour mieux nous impliquer ? L’implication se fait sans problème par ce style faussement documentaire si cher aux films se voulant réalistes à l’américaine. Il y a une grosse différence de style entre un film éthiopien comme The Price of Love de la réalisatrice Hermon Hailey, et Difret, produit par Angelina Jolie. Quelle dommage de voir un tel didactisme, une telle froideur dans les plans ! Certes le réalisateur a fait appel à des acteurs et actrices éthiopiens, il a collaboré avec les techniciens du pays, mais en s’entourant tout de même d’une productrice au nom bien connu, Angelina Jolie, mais aussi de Monika Lenczewska, chef opératrice, et de la monteuse Agnieszka Glinska. C’est-à-dire les deux postes les plus significatifs sur la forme d’une oeuvre cinématographique. C’est presque aberrant que certains critiques en viennent à encenser l’art éthiopien, alors que ce n’est qu’un calque de la plus pure production américaine.
En définitive, il n’y a rien d’intéressant dans la manière dont Difret est filmé… mais était-ce là son but ? On pourrait croire que non. Toutefois, le cinéma étant à la fois un fond et une forme, un sujet et une mise en scène, les deux sont indissociables. Que l’un ou l’autre soit sans intérêt nuit gravement à la qualité du tout, et à l’intérêt qu’on porte au long-métrage. Il n’empêche que tous les combats valent la peine d’être menés. Le film a rencontré un succès mitigé en France, totalisant un peu de moins de 4770 entrées, ainsi qu’aux Etats-Unis, où il n’a remporté que 38 500$… Si c’était pour sensibiliser l’Occident, c’est un échec. Il faut noter que le film a tout de même reçu plusieurs prix…du public (qui est à la fois un mauvais et un bon indicateur de la qualité d’un film), notamment le prix Panorama du Public à la Berlinale 2014, le prix du public du meilleur film au Sundance Festival 2014, et enfin à la Caravane des Cinémas d’Afrique 2016. Quant à l’Afrique, le film a été interdit en Ethiopie, car la femme bafouée dont l’histoire s’inspire a porté plainte.
Difret : Bande-annonce
Difret : Fiche Technique
Réalisation : Zeresenay Mehari
Scénario : Zeresenay Mehari
Distribution : Meron Getnet (Meaza Ashenafi), Tizita Hagere (Hirut Assefa)
Photographie : Monika Lenczewska
Décors : Tewodros Berhanu
Costume : Helina Desalegn
Montage : Agnieszka Glinska
Musique : Dave Eggar et David Schommer
Sociétés de Production : Haile Addis Pictures et Truth Aid
Durée : 99min
Sortie en salles le 8 juillet 2015
Après l’annulation de Paradise Lost, un autre film aux thèmes mystico-bibliques, à un stade avancé du projet, Alex Proyas se retrouve engagé par Lionsgate pour diriger Gods of Egypt, un long métrage narrant les affrontements fratricides et parricides des divinités égyptiennes, à une époque antique fantasmée.
Synopsis: Inspiré de la mythologie égyptienne, le film raconte comment la survie de l’humanité repose sur les épaules du jeune héros mortel du nom de Bek qui entreprend une périlleuse aventure pour sauver le monde et la fille qu’il aime. Pour ce faire, il doit demander de l’aide au puissant Dieu Horus afin de contrer Seth , le Dieu des ténèbres qui a usurpé le trône d’Egypte, plongeant le royaume dans le chaos.
Nanar démesuré
Entre promotion hasardeuse, échec critique et commercial cinglant outre-Atlantique, Gods of Egypt ne semblait pas être le renouveau attendu en termes de cinéma mythologique. De part cette mauvaise publicité, le spectateur pouvait espérer visionner un long métrage au capital divertissement certain, doublé d’un aspect nanardesque réjouissant. S’assurant de garder la main mise sur son film en le produisant, Proyas se met au défi de proposer une démesure visuelle à coup d’effets numériques dégoulinants. Si le résultat peut enthousiasmer les aficionados du genre et les adeptes du divertissement sans réflexion, il est évident qu’il souffre de grandes lacunes qui pénalisent ses ambitions de grande fresque épique et mythologique.
Déterminé à retranscrire la folie christique de Paradise Lost, Proyas se permet de blasphémer l’architecture antique égyptienne en transmettant la démesure de l’esthétique judéo-chrétienne. Cependant, la tentative du réalisateur de mélanger les styles rend compte d’un long métrage paradoxalement sans limite, à la fois aberrant et jouissif. La grande force de Gods of Egypt est d’arriver à repousser les limites du n’importe nawak (c’est un euphémisme) à chacun de ses plans. Entre un Geoffrey Rush sous tranxène voguant dans l’espace sur son vaisseau spatial et tirant des rayons lasers sur une copie de Galactus à la dentition exponentielle et un Gérard Butler recyclant ce qui lui reste de Léonidas pour se transformer en un Chevalier du Zodiac à tête de Chacal, tout cela fait largement vriller les neurones. Malheureusement, entre deux horribles serpents géants en CGI, Proyas repousse les limites du regardable par sa mise en scène factice au possible. Pourtant auteur de chef d’œuvres avant-gardistes comme The Crow ou Dark City, deux longs métrages accomplis aussi bien d’un point de vue stylistique que scénaristique, on se demande comment Proyas a t-il pu sombrer aussi loin dans le mauvais goût, sans jamais se remettre en question. Il survient alors la légitime interrogation de savoir si tout cela n’est qu’une gigantesque escroquerie ou alors du génie incompris. Qu’il en soit pour un parti pris artistique ou une preuve du manque d’attention allouée à la production, le film se vautre dans un génocide artistique complet, d’autant plus invraisemblable à la vue de son colossal budget de plus de 140 millions de dollars (approximativement celui de Jurassic World, Mad Max : Fury Roadou Godzilla). Il en découle ainsi des scènes d’actions en demi teinte, parfois jouissives et lisibles mais quelques fois ruinées par une succession de travellings circulaires au ralenti et de flashs lumineux qui rendent le film peu agréable à la vue.
Cependant, malgré cette orgie visuelle oscillant entre kitsch non assumé et idées fantasques inachevées (on appréciera les divinités qui saignent de l’or liquide), Gods of Egypt tourne à vide dans une intrigue des plus revues sur grand écran. Si les relations entre humains mortels et figures divines auraient mérité d’être étoffées pour gagner en crédibilité, on n’aura jamais réellement de thématiques soigneusement explicites à se mettre sous la dent. Le rapport au relationnel, thème cher à Proyas (l’homme et la machine dans I. Robot), se retrouve balayé au profit d’un vide abyssal dans la caractérisation des personnages et par des démonstrations simplistes et clichées des divinités. Des personnalités étranges, un mélange entre le courage des Chevaliers du Zodiac et la philosophie de comptoir digne du pire ouvrage de Bernard Henry Lévy où la déesse de l’amour dont le surnom de « Maîtresse de l’Ouest » désigne ici une femme soumise aux sentiments versatiles. C’est donc peu dire si le film est beaucoup trop sérieux pour ce qu’il raconte, passablement verbeux mais avant tout ridiculement grotesque dans ses dialogues (le malaise culminant avec un « Dans ton cul » sorti de nul part).
De la même façon que Les Chevaliers du Zodiac aient inspiré Proyas dans l’esthétique de son film, l’équipe technique semble témoigner d’une volonté associatrice entre le cinéma et la télévision. En témoigne le premier rôle, celui du dieu des airs Horus, alloué à Nikolaj Coster-Waldau aka Jaime Lannister dans Game of Thrones mais aussi la française Élodie Yung (apparue dans la série française Les Bleues et l’excellent show de Netflix, Daredevil). Néanmoins, il sera rapidement lassant d’observer le cabotinage incessant d’un Gérard Butler en caricature de lui même et d’un Geoffrey Rush repoussant les limites de la paresse. Seuls les seconds rôles pourront nous faire esquisser un semblant de sourire, avec Brenton Thwaites ou encore Chadwick Boseman qui, avant de porter le costume de Black Panther chez les Avengers, se mue en Thot, divinité du savoir et s’extasiant sur la moindre salade dans un fou rire général dans le public. Difficile donc de se réjouir d’une telle équipe technique, exception faite de la présence de Marco Beltrami à la musique, dont la partition classique mais épique sera probablement la chose la plus attrayante de l’ensemble.
Gods of Egypt ne restera donc pas bien longtemps dans les mémoires, la faute à un divertissement façonné sans grande rigueur, ne pouvant convenir qu’aux passionnés du genre, grâce à ses scènes d’actions numériques résolument efficaces et son étonnante et agréable démesure. Cependant, par le fait du perpétuel étonnement de voir un tel long métrage prendre vie et par la redoutable attraction qu’il possède grâce à son esthétique kitsch et ses dialogues grotesques, on vous conseille de jeter un œil à cette production, qui, s’il elle n’avait pas été chapeautée dans l’urgence, aurait pu être un grand moment de divertissement voire un renouveau dans le cinéma mythologique hollywoodien.
Gods of Egypt : Fiche Technique
Titre original : Gods of Egypt
Réalisation : Alex Proyas
Scénario : Matt Sazama et Burk Sharpless
Interprétation: Brenton Thwaites (Bek), Nikolaj Coster Waldau (Horus), Gérard Butler (Seth), Geoffrey Rush (Rê), Courtney Eaton (Zaya), Chadwick Bosemon (Thot), Élodie Yung (Hathor)
Décors : Ian Gracie
Costumes : Liz Keogh
Montage : Richard Learoyd
Musique : Marco Beltrami
Production : Basil Iwanyk et Alex Proyas
Sociétés de production : Mystery Clock Cinema et Thunder Road Pictures ; Pyramania et Summit Entertainment (coproductions)
Sociétés de distribution : Lionsgate (États-Unis), SND (France), Belga Films (Belgique)
Budget : 140 millions de dollars
Langue : Anglais
Durée : 127 minutes
Genre : Fantastique
Dates de sortie : 6 avril 2016
Duel, un film disponible sur TCM Cinéma dès le samedi 30 avril 2016 dans le cycle « Culte »
Synopsis : David Mann est un modeste employé de commerce au volant de sa petite voiture, une Plymouth Valiant rouge qui, sur une route traversant le désert californien, franchit une ligne jaune pour doubler un impressionnant camion-citerne. Va alors commencer un petit jeu de queues-de-poisson de plus en plus violents et qui vire rapidement à une course-poursuite effrénée dont l’issue ne peut être que mortelle.
La loi du plus fort
Quand Universal demande au tout jeune Steven Spielberg, âgé alors de 23 ans, n’ayant alors à son actif que la réalisation de quelques épisodes de la série fantastique Night Gallery, de mettre en boite un téléfilm destiné à la chaine ABC, ils sont loin d’imaginer que le voyage cauchemardesque que va vivre David Mann va également marquer le début de l’une des carrières les plus prolifiques d’Hollywood. Adapté d’une nouvelle (publiée dans Playboy Magazine, pour l’anecdote) de Richard Matheson –déjà scénariste de L’homme qui rétrécit (Jack Arnold,1957) et de plusieurs épisodes de la série La Quatrième Dimension, qui partage avec Night Gallery le même créateur, Rod Serling–, qui a d’ailleurs participé à l’écriture du scénario, le téléfilm de 74 minutes de Spielberg, tourné en à peine deux semaines et moins d’un demi-millions de dollars de budget, allait connaitre un tel succès lors de sa première diffusion que ses producteurs firent le choix audacieux de l’exploiter dans les salles européennes. C’est ainsi que, deux ans plus tard et après le tournage de scènes supplémentaires (dont celle nous laissant découvrir la femme du héros, que Spielberg avouera plus tard regretter) permettant d’atteindre une durée standard de 90 minutes, le long-métrage a été découvert en France.
Plusieurs longs travellings filmés depuis une caméra posée à l’avant d’un pare-choc de voiture qui nous font suivre son trajet depuis le garage d’un petit pavillon jusqu’à la sortie de la ville vers de grandes étendues désertiques. Il n’en faut pas plus pour immerger le spectateur dans un voyage à priori anodin aucôté de cet automobiliste dont il faudra toutefois attendre près de dix minutes pour voir le visage et donc l’identifier. Si l’on n’y retrouve encore aucune des grandes obsessions thématiques qui irrigueront la suite de sa filmographie (le pouvoir de l’imagination, la quête d’une jeunesse éternelle et les grandes valeurs américaines essentiellement), ce coup d’essai de la part de Spielberg rend indiscutable son talent pour narrer une histoire et installer une tension via un découpage diablement efficace. C’est justement dans la façon dont la fluidité des plans du générique d’ouverture donne peu à peu la place à un montage plus hachuré (un dispositif hérité de Hitchcock) que le film prend l’aspect d’un véritable cauchemar, en utilisant allègrement des images aussi inconfortables que peuvent l’être des gros plans à courtes focales, des mises au point floues ou des cadrages débullés. Une idée renforcée par l’idée que, même si le scénario ne dispose d’aucun argument qui relève du fantastique, le tournant horrifique que va prendre le survival fait de ce camion une pure créature maléfique. Spielberg avait un temps pensé réaliser son film sans la moindre parole, puis a finalement fait le choix de mettre en place, en plus de quelques dialogues (la plupart ayant d’ailleurs été ajoutée pour la « version ciné »), une voix-off qui nous ferait partager les monologues internes de David Mann et donc son sentiment croissant de paranoïa. Les décors désertiques n’ont pas non plus été choisis au hasard car, tout comme le font plus implicitement le titre et, en son temps, l’acteur (Dennis Weaver, vu notamment dans Dix hommes à abattre et La bataille de la vallée du diable), ils renvoient automatiquement le public vers les codes du western, dans lesquels la course-poursuite était monnaie courante, et le placent ainsi dans l’attente d’une montée crescendo de la violence qui accroit encore la tension.
Mais, davantage qu’une modernisation des chevauchées entre indiens et cowboys propres à la mythologie américaine, le sous-texte de ce Duel est celui d’une remise en question de la place de l’Homme (« Mann » n’est pas pour rien le patronyme du héros) comme espèce dominante face à une mécanisation omniprésente. En cela, Spielberg est parfaitement dans le même esprit contestataire que les jeunes cinéastes du Nouvel Hollywood, et en particulier de celui qui deviendra plus tard son fidèle compère, George Lucas, qui signait la même année THX 1138. Car, même si, contrairement à ce que fera Brian De Palma dix ans plus tard en adaptant Christine de Stephen King, le fameux camion-citerne est piloté par un être humain, l’idée de ne faire apparaitre de ce chauffeur que des bribes (un bras, une paire de santiags et enfin une main) sans que l’on ne puisse jamais lui accoler un visage et encore moins une personnalité ou des motivations, contraint le spectateur à faire un effort inconscient d’anthropomorphisme qui ferait de la carlingue du camion, un Peterbilt 281, le véritable méchant. Et pourtant, la scène dans laquelle le camion vient au secours d’un bus pour enfants (initialement absente de la nouvelle) rend plus ambivalente cette appréhension manichéenne de la machine et surtout plus légitime le sentiment de persécution de David Mann. Parallèlement, le parcours dramaturgique du « gentil », cet homme dont la lâcheté lui est reprochée par sa propre femme, fait de la résolution sanglante de son calvaire une véritable émancipation, une affirmation de soi face à une menace déshumanisée bien sûr, mais aussi au carcan social -que représente finalement sa voiture- dans lequel il s’est enfermé.
Tirant parfaitement parti de la simplicité de son scénario, au risque de faire se répéter certaines situations, Spielberg réussit à faire de son premier long-métrage une représentation de la peur primale de l’Homme face à une force qui lui serait supérieure. Au vu de cette réussite, il n’y a rien d’étonnant à ce que les décideurs d’Universal lui aient demandé, quatre ans plus tard, de réaliser un thriller similaire mais où l’animal remplacerait la machine… et que Les Dents de la Mer le consacre comme un cinéaste incontournable.
Duel : Bande-annonce
Duel : Fiche technique
Réalisation : Steven Spielberg
Scénario : Richard Matheson, d’après sa nouvelle homonyme
Interprétation : Dennis Weaver (David Mann), Carey Loftin (le conducteur du camion), Jacqueline Scott (Mme Mann), Lou Frizzell (Le chauffeur du bus scolaire), Eddie Firestone (Le patron du café), Lucille Benson (La patronne du Snakerama)…
Image : Jack A. Marta
Montage : Frank Morriss
Musique : Billy Goldenberg
Production : George Eckstein
Société de production : Universal
Budget: 450 000 $
Distribution : K Films
Durée : 90 minutes
Genre : Thriller
Date de sortie en France : 21 mars 1973
Moins de deux ans après la sortie en salles d’Eden, sorte de petit ovni dans sa filmographie, Mia Hansen-Løve retourne à la mélancolie filmée au présent avec L’Avenir, à découvrir au cinéma depuis le 6 avril.
Synopsis : Nathalie est professeur de philosophie dans un lycée parisien. Passionnée par son travail, elle aime par-dessus tout transmettre son goût de la pensée. Mariée, deux enfants, elle partage sa vie entre sa famille, ses anciens élèves et sa mère, très possessive. Un jour, son mari lui annonce qu’il part vivre avec une autre femme. Confrontée à une liberté nouvelle, elle va réinventer sa vie.
Naissance d’une femme
Mia Hansen-Løve a délaissé les « jeunes filles en fleurs », mais pas ses thèmes de prédilection : la douceur, la mélancolie et le choix d’une vie toute tracée qu’on refuse enfin. En confrontant cette fois un personnage plus âgé à une liberté nouvellement gagnée, la réalisatrice perd quelque peu en émotion, mais pas en douce légèreté. Elle ne fait plus éclore de belles jeunes filles romanesques à l’écran, mais fait littéralement (re)naître une femme, portée par l’incandescence d’Isabelle Huppert. Même s’il ne touche pas autant que ses premiers films (notamment Le père de mes enfants et Un amour de jeunesse), L’Avenir renoue enfin, après un passage plus contrasté avec Eden, avec les aspirations premières de Mia Hansen-Løve : échapper à la mélancolie en vivant au présent. Si c’est le long chemin que devaient parcourir les jeunes filles d’autrefois, c’est le choix plus brutal (car presque « malgré elle ») que fait Nathalie (jouée par une Isabelle Huppert toute en finesse et en nuances) après avoir été « libérée » de ses enfants, de son mari et de sa mère. Si ces trois poids pesaient sur elle, ils la faisaient aussi tenir dans sa vie de prof de philo qui doit résister à la modernité ou avancer avec elle. C’est ainsi qu’un chat noir sera le symbole de ce détachement impossible et pourtant nécessaire. Le temps a passé, les questions sont les mêmes : comment faire sa vie, qu’en faire ?
Le temps de la renaissance
Comme toujours, Mia Hansen-Løve prend son temps, elle filme une déambulation, les personnages ne cessent de marcher, de parler, de chercher. D’écrire aussi. En proie au doute, philosophique ici, ils ne s’arrêtent pourtant pas d’avancer. C’est cette force-là qu’elle déverse dans un film souvent drôle, qui peine à accrocher de suite son spectateur, mais qui saura le prendre au cœur au détour d’une maison bretonne qui s’éloigne, d’une vie qui redémarre. Cette femme est magnifique, froide, bourgeoise et elle tente d’accorder ses idées et sa vie, sans que cela soit toujours simple. La jeunesse qu’elle côtoie dans le Vercors le lui renvoie à la figure. Se considérant trop veille pour les combats, voire pour « refaire sa vie » amoureuse, elle papillonne au gré des événements (une mort suivie d’une naissance). Quand les larmes envahissent le visage d’Isabelle Huppert, souvent baigné par une lumière d’été, le film vibre, tout autant que quand sa voix s’élève pour rassurer un bébé qui pleure. Et ce ne sont pas des éditeurs pessimistes sur l’avenir qui feront reculer Nathalie, bien au contraire. Comme le Rossignol de « la claire fontaine », elle demande à ceux « qui ont le cœur gai » de continuer à chanter, à vivre. Son cœur à elle s’apaisera doucement d’une vie déjà passée, d’une vie à vivre encore, de destins à forger. Son métier ? La philosophie sous l’angle : apprendre à penser aux jeunes générations. Tout un programme inspiré à la réalisatrice par le métier de ses parents, tous deux professeurs de philosophie (comme dans le film). Le film respire une certaine modernité bienvenue, quand des jeunes bloquent l’entrée du lycée où travaille Nathalie pour protester contre une loi qui brouille leur avenir et qu’on leur répond « passe ton bac d’abord, tu te plaindras de la condition des salariés quand tu travailleras vraiment ». Rigidité, souplesse face à cette contestation, Nathalie ne choisit pas vraiment, son passé a respiré l’engagement, contrairement à son (ex) mari qui coupe court à la révolte par sa stature. Les échos au présent sont nombreux, la figure de Chloé, la fille de Nathalie, évoquant rapidement la silhouette de Mia Hansen-Løve elle-même, gracile.
Par son ancrage philosophique, le film réactive nos questionnements sur la vie et sa capacité à nous mener toujours plus loin, toujours plus vite surtout, sans qu’on ait toujours le temps de comprendre ce que l’on fait (et pourquoi!). Heureusement que des films comme L’Avenir prennent le temps de nous apaiser, de nous faire réfléchir. La douceur de Mia Hansen-Løve, sa capacité à faire des portraits nuancés, par touches successives, sont autant de caractéristiques qui font de L’Avenir un film pudique et sensible. C’est ainsi lentement, à tâtons que l’on quitte, presque à regret, l’appartement de Nathalie quand sonnent les dernières secondes du film.
L’Avenir : Bande-annonce
L’Avenir : Fiche technique
Réalisation : Mia Hansen-Løve
Scénario : Mia Hansen-Løve
Interprétation : Isabelle Huppert, André Marcon, Roman Kolinda, Edith Scob, Sarah Le Picard, Solal Forte …
Image : Denis Lenoir
Montage : Marion Monnier
Son : Vincent Vatoux
Production : Sacha Guillaume
Société de production : CG Cinéma, Arte France Cinéma, Rhône-Alpes Cinéma, Detailfilm
Festivals: Berlinade, Ours d’Argent de la Meilleure Réalisatrice pour Mia Hansen-Løve.
Distribution : Les films du Losange
Durée : 100 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 6 avril 2016
Depuis plus d’un an et après une projection jugée tétanisante à Sundance 2015, The Witch n’a cessé de faire parler de lui, jouissant d’une aura quasi-mystique et dont les premiers retours évoquaient un film troublant à l’effroi jamais vu.
Synopsis: 1630, en Nouvelle-Angleterre. William et Katherine, un couple dévot, s’établit à la limite de la civilisation, menant une vie pieuse avec leurs cinq enfants et cultivant leur lopin de terre au milieu d’une étendue encore sauvage. La mystérieuse disparition de leur nouveau-né et la perte soudaine de leurs récoltes vont rapidement les amener à se dresser les uns contre les autres…
Le jury du festival de Robert Redford s’est également laissé charmer par cette première œuvre puisque Robert Eggers est reparti de Sundance avec le prix du Meilleur Réalisateur. A l’occasion de sa sortie nationale en mars aux Etats-Unis, The Witch a également pu compter sur plusieurs publicités bienvenues. En effet, le célèbre romancier Stephen King n’a pas hésité à adouber The Witch , le qualifiant de« film réaliste et plein de tension, aussi profond que viscéral » qui l’a profondément terrifié. Plus surprenant, les satanistes de l’association nord-américaine Satanic Temple ont félicité le réalisateur et n’ont pas hésité à organiser eux-mêmes les avant-premières du film qu’ils considèrent comme « une expérience satanique transformatrice qui leur tient à cœur ». De quoi créer un emballement médiatique pour un film qui -avec son modeste budget de production (3.5 millions de dollars)- s’est positionné comme le quatrième meilleur démarrage lors du weekend de sa sortie. Tous les projecteurs étant désormais braqués sur le film, le distributeur Universal a décidé de voir gros et a annoncé une date de sortie française pour le 15 juin prochain. Et ce qu’il faut dire, c’est qu’à l’instar des avis unanimes sur It Followsl’an passé, The Witch a tout pour être l’un des films d’horreur phares de 2016.
Chasse aux sorcières
The Witch parle donc de la sorcellerie mais comme jamais le cinéma n’en avait parlé auparavant. Le récit s’intéresse au destin d’une famille chassée d’un village, qui refuse de suivre les préceptes de nouveaux évangélistes et décide de vivre en marge de la civilisation, préférant suivre leurs croyances traditionnelles. Croyant dur comme fer être sous la bénédiction de Dieu, ils ne vont pas tarder à faire face à d’étranges événements. Le clan familial n’en sera que plus meurtri dès lors qu’un des leurs sera porté disparu. Au-delà de son intérêt pour les mythes et croyances sur la sorcellerie et sa perception populaire, The Witch est avant tout une réflexion sur la condition humaine. Chaque membre de la famille croit être intouchable, touché par la bonté divine grâce à un mode de vie qu’il estime en concordance avec la pensée de Dieu. Mais au fond, chacun possède ses vices et est perverti par l’attraction du pêché. Le mensonge, la chair, l’inceste, le mépris. Chacun agit à un moment ou à un autre en mal, mais continuant de croire qu’il agit sous le joug de Dieu. Et c’est là que la sorcellerie fait son apparition car les hommes -immanquablement hypocrites- ne peuvent considérer le Mal que par l’entremise d’une présence démoniaque. Les sorcières servent d’argument à la culpabilité des protagonistes du film, qui rejettent la faute de leurs pêchés sur la présence de celles-ci. C’est leur ultime défense pour se persuader que le malheur n’est pas de leur ressort, mais de celui du Malin. Et finalement, est-ce-que cette sorcière existe vraiment ou ne pourrait-elle être que la représentation du mal qui contamine les hommes ? Au fond, The Witch est davantage un drame familial teinté d’une bonne dose de thriller, sous couvert d’une ambiance fantastique pesante. Le cinéaste n’hésite pas à jouer avec les attentes du spectateur, ce qui donne à son film des allures de suspense où le public est constamment amené à s’interroger sur la culpabilité des membres de cette famille (Y a-t-il vraiment une sorcière ? Quel personnage peut-être le coupable ? Sont-ils tous fous ? Qu’en est-il du monde extérieur ?). Les films d’épouvante ne sont jamais aussi intéressants et angoissants que lorsqu’ils interrogent le rapport entre le réel et l’imaginaire, et laissent subsister le doute. The Witch rentre dans cette catégorie. Robert Eggers crée un suspense haletant aux allures de The Thing et de Le Village où le spectateur doute de chacun des protagonistes du film mais également de son environnement.
Mettant quatre ans à obtenir les financements nécessaires pour monter son film, Robert Eggers a eu le temps de potasser son sujet, profitant de cette période d’attente pour explorer toutes les sources inspirées d’histoires de sorcières dans la Nouvelle-Angleterre du XVIIème siècle, et notamment les célèbres sorcières de Salem. Mais s’il maîtrise son sujet avec brio, le cinéaste épate par le souci de réalisme atmosphérique et d’angoisse qui règne au sein de The Witch. Enfin une lecture viscérale qui va au bout des choses, n’hésite pas à choquer et remettre en questions toutes les croyances universelles. A contre-courant de tout ce qui a déjà été créé, Robert Eggers ne tombe pas dans la facilité de la frayeur, suggère plus qu’il ne représente et préfère miser sur le suspense plutôt que la peur explicite. Des visions d’effroi brèves parcourent par à-coups ce conte familial macabre mais c’est davantage dans l’attente de quelque chose et l’inconnu que naît un fort sentiment d’angoisse. Cette angoisse, il faut également la voir dans l’audace d’un cinéaste qui brise les codes et enlève à l’enfance tout son caractère innocent pour en faire le terreau du mal. Robert Eggers n’hésite pas à aller à contre-courant de la représentation commune de l’enfance pour sous-entendre que l’origine du mal démarre à cette période de la vie, par l’hypocrisie des adultes. Le cinéaste propose ainsi avec ce film une réflexion intéressante sur le domaine de la croyance et de la condition humaine. L’hypocrisie de l’homme est pointée du doigt, de celui qui se dit vertueux alors qu’il n’est au fond qu’attiré par le pêché et cède au mensonge, par pure vanité et individualisme.
The Witch est tout simplement une ode au Mal, un film nihiliste au possible où tous les personnages sont irrémédiablement attirés par le vice et la contestation de préceptes inculqués très tôt. Mais ce Mal qui règne tout le long du film, Robert Eggers tente de le comprendre et de l’expliquer. Car The Witch évoque évidemment sans détour le satanisme et les êtres pervertis que sont les sorcières, ce à quoi on peut lui rajouter une réflexion profondément féministe. L’aînée de la famille, responsable des enfants et des tâches ménagères doit partager sa situation de « femme au foyer » avec la découverte de son corps (et donc de son ouverture au monde dans une séquence finale bouleversante) dans une famille puritaine. De par son statut et le mépris que les membres de sa famille lui vouent, elle n’est jamais considérée à sa juste valeur et par son esprit de révolte, elle devient un fardeau pour la famille. Dès lors qu’elle tente de se libérer de l’emprise familiale, elle est perçue comme une sorcière dans une société du XVIIème siècle absolument pas prête à donner du poids aux femmes. Au final, la sorcellerie devient un échappatoire pour cette jeune femme brisée par une société patriarcale et figée, incapable d’évoluer. Alors que les femmes semblent renaître et s’envoler vers les cieux dans une séquence finale magnifique, The Witch est donc un formidable brûlot féministe d’épouvante qui interroge notre époque et répond à sa manière aux doutes sur l’existence ou non de la sorcellerie. Tout simplement sublime. Tout ce qui entoure cette représentation de la sorcière est soulignée, magnifiée par une photographie aussi crasseuse que brumeuse, froide et anxiogène où le Mal peut aussi bien prendre la forme d’un chaperon rouge que d’un bouc. Un sens du cadre maîtrisé, aidé par une lumière sublime qui participe à l’ambiance moyenâgeuse de ce premier long métrage.
Si le rythme lancinant pourra en rebuter certains, le dernier quart du film voit la tension s’accentuer dans un climax final tétanisant qui marquera durablement les esprits. Maîtrisé, troublant et doté d’une réflexion subtile sur les croyances, The Witch est un film qui aura bien mérité sa réputation dithyrambique et se pose comme la révélation fantastique de cette année. Pas étonnant que certains critiques le considèrent déjà comme le plus grand film d’horreur de la décennie. On va très vite réentendre parler de Robert Eggers, car aucun autre film ne semble pouvoir atteindre l’aura de ce premier long métrage à l’angoisse jamais vue qui ne joue dans aucune autre catégorie cette année.
The Witch: Bande annonce VOST
Fiche Technique: The Witch
Réalisation : Robert Eggers
Scénario : Robert Eggers
Distribution : Anya Taylor-Joy (Thomasin), Ralph Ineson (William), Kate Dickie (Katherine), Harvey Scrimshaw (Caleb), Ellie Grainger (Mercy), Lucas Dawson (Jonas)
Photographie : Jarin Blaschke
Décors : Craig Lathrop
Costume : Linda Muir
Montage : Louise Ford
Musique : Mark Korven
Producteurs : Daniel Bekerman, Lars Knudsen, Jodi Redmond, Rodrigo Teixeira, Jay Van Hoy, Rosalie Chilelli, Lauren Haber
Sociétés de Production : Parts and Labor, RT Features, Rooks Nest Entertainment, Code Red Productions, Scythia Films, Maiden Voyage Pictures, Mott Street Pictures, Pulse Films, Special Projects
Distributeur : Universal Pictures International France
Budget : 3 500 000 $
Récompenses : Meilleur Réalisateur au Festival de Sundance 2015, Meilleur Premier Film au London Film Festival 2015, Prix du Jury Syfy au Festival International du Film Fantastique de Gérardmer 2016
Genre : Epouvante-horreur, fantastique, thriller, drame
Durée : 92min
Sortie en salles le 15 juin 2016
La série événement de la télévision norvégienne arrive en DVD et Blu-Ray chez Wild Side
Synopsis : Allemagne, 1938. Le physicien et Prix Nobel Werner Heisenberg intègre le Projet Uranium, dont le but est d’aboutir à la fabrication d’une bombe très puissante. Pour ces travaux, les Allemands ont besoin de l’eau lourde, qui ne se trouve que dans une usine norvégienne, la Norsk Hydro. 1940 : le Reich envahit la Norvège. Les Alliés cherchent alors un moyen de saboter l’usine de fabrication d’eau lourde.
Les cinéphiles avertis connaissent déjà l’histoire véridique de cette Bataille de l’eau lourde, qui avait inspiré le film Les Héros de Télémark, d’Anthony Mann, avec Kirk Douglas et Richard Harris et, plus anciennement encore, un film de Jean Dréville. Ici, le sujet fait l’objet d’une mini-série de 6 épisodes de 44 minutes, une production norvégienne qui obtiendra des scores à faire baver de jalousie les télévisions françaises (64 % de part d’audience !). Et force est de constater que le résultat est une belle réussite, même si on n’apprécie pas les films de guerre.
Un conflit humain
En effet, The Heavy Water War s’attache principalement à l’aspect humain du conflit. La série insiste sur des personnages (dont la grande majorité sont historiques) avec leurs engagements et leurs lâchetés, leurs doutes et leurs peurs, leur hypocrisie et leurs mensonges. D’un côté, par exemple, nous avons Werner Heisenberg, un des pères de la physique quantique. Il travaille pour le régime nazi dans la plus profonde hypocrisie, prétendant œuvrer uniquement pour faire avancer la science et s’aveuglant quant aux conséquences civiles et militaires de ses recherches.
Un autre personnage que l’on va suivre tout au long de la série : Bjørn Henriksen, le directeur de la Norsk Hydro. D’un côté, il n’hésite pas à collaborer activement avec les Nazis en leur livrant l’eau lourde réclamée par le régime hitlérien. Un méchant, pourrait-on se dire ? La série a l’intelligence de ne pas diviser ses personnages d’une façon manichéenne : pas de gentils ni de méchants, mais des humains, avec leurs forces et leurs faiblesses, pris dans un étau historique où chaque situation est périlleuse. Ainsi, il suffit de voir Henriksen avec sa femme pour comprendre qu’il n’a cessé d’agir dans ce qu’il pensait être l’intérêt de son couple, et que ses options étaient très limitées.
Pour soutenir ces personnages travaillés qui échappent à la caricature, la série met en place toute une reconstitution soignée et minutieuse, non seulement des décors et costumes, mais aussi de l’ambiance, de l’atmosphère, des mentalités de cette période de guerre.
Une série passionnante
Qu’on ne s’y trompe pas : The Heavy Water War s’intéresse certes aux personnages, mais elle ne laisse pas de côté l’action. Nous sommes en pleine guerre, et ça se voit. Au fil des épisodes, nous avons droit à des bombardements, des parachutages, des courses-poursuites dans la neige, du sabotage, des fusillades, etc.
De plus, le spectateur ne s’ennuie pas un seul instant pendant les quelques 4h30 de série. Le scénario fait alterner les situations et les passages tendus, en se concentrant sur quatre théâtres d’opérations : le laboratoire d’Heisenberg en Allemagne, le QG allié à Londres, l’usine Norsk Hydro et les montagnes norvégiennes où des groupes de saboteurs préparent leurs actions. Passant de l’un à l’autre, la série multiplie les situations de suspense et d’action.
Le résultat est une série captivante et intelligente, remarquablement interprétée et réalisée avec soin.
Sortie en coffret DVD ou Blu-Ray chez Wild Side le 6 avril 2016
The Heavy Water War – Fiche Technique
Titre original : Kampen om tungtvannet
Créateur : Petter S. Rosenlund
Réalisateur : Per-Olav Sørensen
Scénario : Ketil Gølme Andersen, Lars Andersen, Mette M. Bølstad, Michael W. Horsten, Adam Price, Petter S. Rosenlund
Interprétation : Christoph Bach (Werner Heisenberg), Espen Klouman Høiner (Leif Tronstad), Dennis Storhøi (Bjørn Henriksen), Anna Friel (Julie Smith)
Musique : Kristian Eidnes Andersen
Montage : Per-Erik Eriksen, Silje Nordseth, Martin Stoltz
Photographie : John Christian Rosenlund
Production : Kari Moen Kristiansen
Sociétés de production : Flimkameratene A/S, Headline Pictures, Sebasto Film & TV
Société de distribution : AB Svensk Filmindustri
Editeur du DVD : Wild Side
Nombre d’épisodes : 6
Durée d’un épisode : 44’
Date de diffusion (France) : 20 mars 2016
Genre : drame, guerre
Comment évoquer un sujet aussi brûlant que peut l’être le projet de loi du mariage pour tous sans tomber dans le reportage qui ne fait qu’effleurer son sujet ou un propos démagogique qui accompagne sans distance la matière sur laquelle il travaille ?
Synopsis : De septembre 2012 à mai 2013, la France s’enflamme sur le projet de loi du Mariage pour tous. Pendant ces neuf mois de gestation législative, la sociologue Irène Théry raconte à son fils les enjeux du débat. De ces récits nait un cinéma d’ours en peluches, de jouets, de bouts de cartons. Portrait intime et feuilleton national, ce film nous fait redécouvrir ce que nous pensions tous connaître : la famille.
La vie est un théâtre… de marionnettes
Etienne Chaillou et Mathias Théry ont réussi à échapper à ce double écueil avec leur film Lasociologue et l’ourson. A l’origine, il y a une volonté de comprendre pourquoi cette question du mariage pour tous a ébranlé à ce point la société française. L’accès à ce questionnement et également la source de ces réponses émanent d’une personne qui ne sait pas encore qu’elle deviendra personnage : la mère d’un des réalisateurs, Irène Théry, sociologue. Avant que le projet de loi du mariage pour tous ne soit soumis au vote à l’assemblée nationale et au sénat, l’État a consulté de nombreux philosophes, psychiatres et sociologues. Irène Théry a fait partie de ces spécialistes appelés à évoquer leur travail.
Les deux cinéastes décident de la suivre dans ses différents déplacements, à l’Élysée et au sein des manifestations. Il n’est pas toujours simple de filmer dans ces conditions ; les portes se ferment souvent, le discours tenu est professionnel. En parallèle, Mathias Théry décide d’enregistrer les conversations qu’il a avec sa mère au téléphone, sans savoir ce qu’il adviendra de ce matériau au moment où il décide de le conserver. Ces dialogues, plus intimes, évoquent des situations familiales, la sociologue s’appuie sur le vécu de sa propre famille pour répondre aux questions faussement naïves du fils. Les tâtonnements sont nombreux à ce stade, les réalisateurs n’ont aucune idée de ce à quoi ressemblera le film. Quelques idées émergent cependant : les conversations entre la mère et le fils constituent le matériau le plus conséquent et le plus intéressant. Par ailleurs, un personnage se dessine en la personne d’Irène Théry, les enregistrements téléphoniques tendent à l’ériger en narratrice. Comment concilier ces matériaux composites et parvenir à faire qu’une histoire familiale puisse faire écho chez n’importe qui ?
« On ne voulait pas recréer ces situations [celles décrites par Irène Théry au téléphone] avec de vraies personnes, cela nous semblait faux, c’est là que nous est venue l’idée des marionnettes. » Mathias Théry
Ce parti-pris adopté, le film développe une narration de la reconstitution faite de bric à brac. Entre peluches et figurines, Etienne Chaillou et Mathias Théry nous donnent à voir un concentré de notre société, vu du dessus, avec suffisamment de distance et d’humour pour permettre aux spectateurs de réfléchir. Est-ce un film militant ? La question ne doit sans doute pas se poser en ces termes, le militantisme, au sens le plus strict, ayant bien souvent du mal avec la prise de distance (et souvent avec le sens de l’humour) ; l’esprit malicieux, distillé habilement par petites touches tout au long du récit annihile toute entreprise de prosélytisme. La sociologue et l’ourson est certainement un film pour lequel il faut penser au sens large, il ne s’inscrit pas dans une petite case, celle du film à thèse ou film à thème mais va bien au-delà. La créativité, l’invention de nombreux jeunes cinéastes d’aujourd’hui tendent à mettre à jour une porosité de plus en plus grande entre les genres classiques tels qu’ils ont pu segmenter le cinéma. Il est très rassurant de constater qu’une belle jeunesse s’annonce pour prendre la relève, et à tous ceux qui déclament la mort du septième art, je réponds soyez curieux et frottez-vous à de nouvelles formes, ces hybrides qui renouvelleront la création cinématographique.
La sociologue et l’ourson : Bande-annonce
La sociologue et l’ourson : Fiche technique
Réalisation : Etienne Chaillou et Mathias Théry
Image, son et montage : Etienne Chaillou et Mathias Théry
Production: Quark Productions, Docks 66
Distribution: Docks 66
Durée : 80 minutes
Genre : documentaire en stop motion
Date de sortie : 6 avril 2016
Deuxième week-end du festival du Ciné-Mourguet consacré au cinéma africain. Plus que trois jours pour voir les films en compétition, et voter pour le Prix du Public.
Le point sur les films manqués
Toute cette semaine, de nombreuses projections on eu lieu, L’Oeil du Cyclone de Sékou Traoré, dont les festivaliers disent le plus grand bien. Il y avait également le documentaire Les Himbas font leur cinéma de Solenn Bardet. Ce peuple de Namibie, souvent étudié et filmé par les reporters, exprime son agacement en prenant lui-même la caméra et en se mettant en scène !
Puisque Caravane des Cinémas d’Afrique, ce n’est pas que du cinéma, il y avait également ce mercredi le défilé de mode, intitulé sobrement « Mod’elles d’Afrique ». A l’occasion des 25 ans du festival, le danseur-chorégraphe Lebeau Turel Boumpoutou a mis en scène les mannequins portant la nouvelle collection de la styliste Nini Nicoué, figure incontournable de la mode togolaise.
Vendredi 8 Avril – 8ème jour
Le début de ce long week-end festivalier se fait par la porte du documentaire. Bla Cinima de Lamine Ammar-Khodia est un film dont le principe même en fait une démarche sociologique intéressante. Le réalisateur et son opératrice se posent sur la place devant un cinéma d’Alger, le Sierra Maestra, pour y interroger les passants. Le point de départ de la discussion, c’est le cinéma, ce sont les films. Mais plus la conversation dure, plus les langues se délient, et finalement, les Algérois parlent de leur pays, de leurs impressions, avec un regard parfois enthousiaste, parfois teinté d’amertume. Ce qui reste du cinéma dans l’imaginaire collectif, c’est Eastwood, Delon, Titanic, Ben-Hur... pourquoi aucun film algérien ? Le seul grand film cité est La Bataille d’Alger de Pontecorvo (réalisé en 1966.) Maintenant, tout cela est terminé. Les salles obscures sont boudées par les spectateurs, puisque le cinéma est maintenant ailleurs, à la télévision ou en streaming illégal. « Je ne veux pas que les jeunes y voient ce que moi j’y ai vu » nous confie un passant, qui y allait enfant pour voir ce que les couples faisaient, dans l’intimité et le confort de la salle. La salle de cinéma n’est pleine que pour accueillir le spectacle de fin d’année de l’école, où les bambins exécutent des numéros patriotiques. Cela en dit long sur le pays, de son besoin de reconnaissance au manque de confiance de son peuple. On comprend bien vite le questionnement du réalisateur : « puisque moi j’aime le cinéma, pourquoi les autres n’y vont pas ? » Ainsi, c’est le désir d’aller vers l’autre pour le comprendre qui a donné naissance à ce documentaire. Le cinéphile qui se pose ces mêmes questions comprendra.
Après avoir discuté avec Flavien Poncet, le coordinateur du festival, et François Rocher, directeur du cinéma, la salle 1 vient de se libérer. Le film de ce soir, c’est Run, de l’ivoirien Philippe Lacôte, qui narre le récit rétrospectif d’un jeune homme aux trois vies, alors qu’il vient de tuer le Premier Ministre. Le film, que l’on a pu voir à la séléction Un Certain Regard de Cannes, fait écho aux événements historiques passés en Côte d’Ivoire, tout en s’attachant à l’histoire de Run (c’est son nom), construit comme un conte. On est surpris devant ce dialogue entre le pragmatique et l’animique, qui sont, à priori, toujours présent, mêlés, en Côte d’Ivoire. Tour à tour, le personnage sera sous la protection du Maître des Pluies, puis sous celle de Gladys la Mangeuse, puis de l’Amiral, chef des Jeunes Patriotes, et enfin d’Assa, joué par Isaach de Bankolé, acteur récurrent chez Jim Jarmusch et Claire Denis. Ainsi, on plonge dans la culture ivoirienne, avec d’une part les rites, et d’autre part la réalité politique, en somme tout ce qui fait la personne de Philippe Lacôte. Il y a bien parfois quelques longueurs. Certaines images manquent de puissance, mais peut-être est-ce une question d’habitude. Par exemple, de nombreux symboles jalonnent le film, mais si le spectateur ne comprend pas le symbole, le plan devient moins emblématique. Au cours de la discussion qui s’ensuit avec le réalisateur et Michel Amarger, la philosophie de l’auteur semble plus compréhensible. En réalité, il devient très clair que le récit devient presque tout entièrement métaphorique (mais de quoi?) dans la mesure où Run est l’objet de multiples transformations, et acquiert même un statut particulier, celui de fou. Cela explique le premier plan : tout semble, autour du personnage arrêté, figé. Et c’est lorsque le rêve rejoint la tragique réalité que tout s’accélère, et qu’il faut courir, se cacher, que les événements déclenchés ont des conséquences inéluctables. C’est peut-être ça aussi ce dont veut parler le réalisateur, que l’on évoque au cours de la discussion : l’illusion du rêve et le retour brutal à la réalité, cette fois politique, qui a eu lieu tardivement pour les ivoiriens.